‹ Histoire de la domination normande en Italie et en SicileChapitre 711 sur 742 · I. Cf. Chalandon, op. eit., pl. IT · texte numérisé non relu

I. Cf. Chalandon, op. eit., pl. IT

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Jésus ressuscitant Lazare, on voit un homme quise bouche le nez avec son manteau : dans l’entrée du Christ à Jérusalem un enfant enlève sa chemise pour l'étendre sous les pieds de l’ânesse qui porte le sauveur. Ces gestes sont plus symboliques que pittoresques. Nous retrouvonsle second dans la mosaïque de Bethléem qui fut assurément exécutée d’après des cahiers de modèles par des artistes byzantins. Toutefois, devant la complication et la relative habileté de quelques scènes, comme le martyr de saint Pierre et de saint Paul, par exemple, on peut admettre avec vraisemblance que les mosaïstes siciliens, dessinateurs et coloristes, avaient composé eux-mêmes les cartons d'après lesquels furent exécutées les mosaïques. C’est dire d'un mot tout le progrès accompli, la substitution à la règle traditionnelle de l'invention originale, dans les attitudes, dans les draperies, dans les couleurs. A cette innovation dans l'idée correspond une perfection moins grande dans la forme, et une adaptation moins complète de la mosaïque à son but primitif de décoration. Soucieux de faire des tableaux, des groupes, des personnages, d’une manière harmonieuse et naturelle, les artistes oublient parfois de subordonner

les lignes et les nuances de leurs compositions à la place qu'ils {

occupent : à cet égard, certaines mosaïques de Monreale sont caractéristiques.

Une étude approfondie permettrait peut-être de trouver dans la couleur une évolution analogue. À Cefalu l'or des fonds et le bleu des draperies constituent invariablement les tonalités dominantes. Peu à peu d’autres couleurs viennent s'ajouter : des rouges-feu, des jaunes, des verts de toute nuance et de toute qualité, forment aux nefs de la Palatine une gamme d’une richesse et d'une variété délicate qu'on ne trouve pas à Cefalu. Ces couleurs nouvelles furent peut-être introduites par la nécessité de représenter des objets nouveaux dont les artistes cherchèrent les modèles non plus dansles traditions, mais dans la nature. La technique des mosaïques latérales de la Palatine se retrouve exactement à Monreale, où furent même reproduits quelques-uns des sujets représentés sur les murs de la chapelle Royale. Les mosaïques de Monreale, de quelque façon qu'on les considère, qu’elles marquent un progrès dans l’art du dessin ou une déca-

L'ART SICULO-NORMAND 131

dence dans celui de la décoration, complètent admirablement un ensemble unique, où se trouvent employées, pour exprimer une même impression religieuse profonde, toutes les ressources d'un art dont trois civilisations différentes fournirent les éléments.

La vie des grandes cités de l'Italie méridionale et de la Sicile est caractérisée, tout ensemble, par un développement et une activité considérable, et par la bigarrure des mœurs et des coutumes, conséquence de la juxtaposition des races qui s’y croisent. Certes, dans les premières années, les conquérants normands épousèrent des femmes lombardes ! ; mais cette fusion est la seule que l'on puisse constater : Grecs, Italiens, Normands et Musulmans continuèrent de vivre dans les mêmes villes, soumis à la même autorité, mais fidèles à leurs mœurs et à leurs traditions particulières. Chaque peuple contribue, à sa manière, au progrès économique, moral et scientifique du royaume constitué par les princes normands. Salerne, déjà célèbre par son école de médecine, envoie ses vaisseaux marchands jusqu'à Alexandrie, et entretient avec l'Égypte des rapports commerciaux forts importants. Dans le port d'Amalfi, se rencontrent vendeurs et acheteurs de toute nationalité et de toute provenance : Arabes, Siciliens, Africains, Indiens même, y viennent échanger leurs produits ?, Un mouvement constant unit les ports de la Pouille aux échelles de l'Orient latin : c'est sur la côte de la Pouille que viennent s’embarquer pour la Terre-Sainte les nombreux pèlerins d'Europe ?. À Messine, le fond de la population est composé de Grecs d'une moralité assez basse : pirates, forbans, aventuriers, commerçants douteux, circulent dans les rues étroites, bordées de bouges, de tripots et de mauvais lieux 4.

1. Sans parler des princes normands, nous voyons que ces alliances ont été assez fréquentes parmi leurs vassaux, cf. Gattola, Hist., t. I, p. 177 et 278; di Meo, op. cit., t. VII, p: 258:

2. G. Ap., IX, 477; après qu'elle eut été pillée par les Pisans (1137) l'importance d’Amalfi alla en décroissant.

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