Cod. dipl. Bar., t. V, p
4. Ibn Giobair, B.A.S., &. I, p. 144, et Edrisi, ibid., p. 68, font l'éloge de la ville par contre, Falcand, op. cit., p. 108, p. 147 et Ambroise, L’Estoire de la guerre sainte, v. 605 et suiv., sont nettement hostiles à la population de Messine.
Histoire de la domination normande. IL. — Cuaraxnox,.
Les chevaliers français y laissèrent souvent l'or de leurs escarcelles : certains d’entre eux, moins résignés, voulant tirer vengeance des Grecs quiles ont insultés et dépouillés, suscitèrent des querelles violentes, desquelles naquit même une révolution de palais. Cet aspect pittoresque et crapuleux n'est pourtant pas le seul sous lequel les historiens nous fassent connaître Messine. Le port de guerre est considérable ; l'arsenal est aménagé de manière à équiper des flottes nombreuses, les comptoirs des Génois sont riches et bien achalandés. Enfin, un magnifique palais royal s'élève au-dessus de la ville, objet de l'admiration d'Ibn Giobair !.
Ce dernier est frappé de l'animation des routes de Sicile, et, en même temps, de la politesse des gens qu'il y coudoie. Le Musulman s'étonne d'être prévenu par des chrétiens, qui le saluent avec empressement. Mais c'est surtout Palerme, la capitale, qui excite l'enthousiasme des étrangers. Ibn Giobair la compare à Cordoue, et l'appelle « la plus vaste et la plus belle métropole du monde, la cité de toutes les élégances dont on ne finirait jamais d'énumérer les charmes ». Le commerce est important : Amalfitains et Vénitiens y possèdent de nombreuses bou-
tiques. Trois quartiers forment la ville : au centre s'élèvent,
entourés de murailles fortifiées, le palais-royal, flanqué de la Tour Pisane, et de la Tour Grecque, et la cathédrale. Dans Île palais sont comprises les habitations de tous les officiers et serviteurs qui composent la maison du roi et celle de la reine *. La cour de Palerme offre le même mélange, la même diversité que nous avons remarqués partout ailleurs. Le roi y figure dans un appareil emprunté tout à la fois, au cérémonial byzantin, à la chevalerie occidentale et au faste de l'Orient arabe. Il porte la couronne grecque à pendeloques et est revêtu de la dalmatique ;, mais, parfois, 1l couvre ses épaules du grand manteau d’'émir,
|. Cf. Amari, Su le iscrizioni arabiche del palazzo regio diMessina, extr. des Atti della reale acad. dei Lincei (1880-1881), pp. 9-10.
2, Cf. Falcand, op. cit., p. 183; Garufi, op. cit, p. #4; Cusa, op. cit., t. I, p. 631.
3. Cf. dans Engel, op. cit., pl. [, la reproduction des sceaux des divers rois normands ; de Roger IT à Tancrède, ils portent tous le costume des empereurs byzantins. Voir dans Venturi, 0p. cit., t. IT, p. 421, la reproduction de la mosaïque représentant le couronnement de Roger.
brodé de caractères coufiques, et orné de deux tigres terrassant des chameaux, que l'on voit encore aujourd'hui dans le trésor impérial de Vienne, et tel un souverain oriental se coiffe d’une sorte de tiare hémisphérique que nous voyons reproduite dans le manuscrit de Pierre d'Eboli !, Le mélange des civilisations et des croyances apparaît encore plus distinctement dans l'aube de Guillaume II, sur laquelle des femmes arabes brodèrent en caractères de leur langue, desinvocations au Rédempteur chrétien, fils de la Vierge ?.
Autour du roi, deux gardes, une escorte de chevaliers, et une milice nègre, commandée par un Musulman 5. Dans l’armée, même mélange, à côté des chevaliers normands, les troupes musulmanes aux costumes éclatants #. Au palais, de nombreuses