‹ Histoire de la Faculté de médecine d'AvignonChapitre 21 sur 53 · XXXVIII · texte numérisé non relu

XXXVIII

« Si donnons en mandement, etc., car tel est nostre plaisir, etc. « Donné à Marly, au mois de mars, l'an de grâce mil sept cent sept, « et de notre règne le soixante quatrième.

Signé : LOUIS.

« Et plus bas : Par le roi : Phelypeaux. Registre et collationné » (i).

Dès qu'on eut connaissance à Avignon de cet édit, le primicier se mit en devoir d'en assurer l'exécution. Le 28 février 1708, il exposa au collège des docteurs agrégés que, dès la St-Luc dernière, il avait commencé de le faire observer dans la Faculté de médecine; que désormais par conséquent le temps d'études, qui était auparavant de quatre années, serait réduit à trois, et qu'après avoir pris les degrés de maître ès-arts et de bachelier en médecine, il suffirait à l'étudiant, pour avoir le droit de pratique, de prendre celui de licence ; il ajouta qu'en conformité de l'article XXXV, qui obligeait tous ceux qui avaient été reçus docteurs avant la promulgation de l'édit de se présenter à l'Université la plus voisine pour y subir un examen, sur la pratique de la médecine, il avait fait rédiger une lettre circulaire qui serait envoyée à tous les médecins domiciliés dans le voisinage et par laquelle il leur enjoignait de venir se faire examiner, conformément à la déclaration de Sa Majesté.

Malheureusementl'Université d'Aix,s'autorisant aussi de la teneur du même article, avait pris les devants et fait pareil commandement à tous les médecins des villes d'Arles, Tarascon, Manosque, Grasse, les Martigues, Sault, Orgon, etc. Alors l'indécision fut extrême parmi tous ces praticiens, et, comme en définitive il leur répugnait aussi bien de subir un nouvel examen que de délier leur bourse, — on a vu que l'article en question portait que chacun de ces médecins payerait à l'Université voisine la somme de dix livres pour visa de son diplôme, — ils essayèrent d'en éluder la disposition. Leur manœuvre consista à se réclamer d'abord de l'Université d'Avignon, contre celle d'Aix, alléguant qu'ils avaient été gradués dans la première ou qu'ils en étaient plus voisins, et à écrire dans ce sens à Jean-Baptiste Gastaldy, alors premier régent, pour que la Faculté de médecine voulût bien les réclamer comme

(1) Un abrégé manuscrit de cet édit est aux archives de l'Université, D. 201. Fr. de Ribiers en donne le texte complet dans son Epitome graduatorum Universitatis Avenionen sis. Avenione, Offray, typ. 1710.

siens. Mais tandis que celle-ci, prenant en effet leur cause en main, obtenait (8 novembre 1708) des lettres réquisitoires au pareatis, pour obliger les médecins des localités voisines de Provence et du Languedoc à se présenter devant elle, comme étant l'Université la plus proche , ils répondaient au secrétaire Bernard, qui était allé lui-même leur intimer cet ordre à Tarascon (10 février 1709), à Arles (14 du même mois) et autres lieux, qu'ayant reçu semblable commandement de l'Université d'Aix, ils se pourvoyaient devant qui de droit, et qu'au surplus leur qualité de docteurs de l'Université d'Avignon les affranchissait, en vertu même des privilèges de cette dernière, de l'obligation de subir aucune nouvelle épreuve (1).

La Faculté ferma les yeux sur cette évidente mauvaise foi et crut habile de ne rien laisser paraître de sa mauvaise humeur; peut-être était-ce en effet faire acte de bonne politique que de ne pas montrer son impuissance vis-à-vis de ceux qu'elle avait élevés et qui lui devaient au moins ce témoignage de reconnaissance, mais leur conduite mise à jour n'aurait-elle pas fourni de nouvelles armes à cette Université d'Aix, toujours prête à l'attaque ? C'est la réflexion qu'elle se fit et sans doute qu'elle agit ainsi avec plus de prudence que si elle avait poursuivi les délinquants.

Aussi bien une tâche plus sérieuse et plus utile lui incombait-elle en ce moment, où elle avait tout à organiser à l'intérieur, en conformité de l'édit de 1707. Elle commença par modifier les tarifs des droits à acquitter par les candidats aux grades. L'argent est toujours le levier de toutes les grandes entreprises, notre Faculté ne l'ignorait point. Le 22 août 1707, Jean-Baptiste Gastaldy, ier professeur, avait réuni la Faculté et lui avait exposé que, par suite du nouvel édit,le doctorat n'étant plus obligatoire pour l'exercice de la médecine, il était probable que beaucoup d'étudiants ne prendraient plus que le. baccalauréat et la licence, seuls titres nécessaires, et qu'en conséquence il serait à propos de régler les droits d'examen sur de nouvelles bases.

C'est en effet ce qui fut fait, et voici les nouveaux tarifs établis à la date du 9 juin 171 o :

A l'archevêque chancelier ....11

Au primicier 8

Au ier professeur i5

Aux cinq plus anciens docteurs, 39 \ livres à diviser entre eux, ce qui donne ( 39 id pour chacun 7 livres et 16 sous . . )

(1) Archives de l'Université d'Avignon, D, 39.

livres i3

sous

6 deniers

id. 9

id.

8 id.

id. 1 2

id

» id.

id.

id.

id.

id.

id.

id.

id.

id.

id.

3 livres io id.

Livres Sous Deniers

Aux trois argumentants, 3 livres, soit

une livre pour chacun 3 livres » »

Au professeur d'anatomie ....

Aux docteurs jeunes, en tout . . .

A l'Université

Pour les lettres : au secrétaire de l'archevêque chancelier, i5 sous ; aux estafiers du même, i livre i5 sous ; à l'imprimeur, i5 sous; au sacristain, pour les cierges, 5 sous. Le tout payable en patas, ce qui en monnaie du roi donne un total de

Aux six docteurs qui assistent à l'assignation des points et accompagnent le jeune docteur à l'église Notre-Dame des Doms, cinq sous patas à chacun ; soit en monnaie royale en tout . . «

Au secrétaire-bedeau

Pour les lettres (diplôme) de docteur.

Au domestique du primicier . . .

Au domestique du ier professeur, .

Total. . . . 1 1 5 livres » »

Les frais de la licence furent fixés également à. . . ii5 livres,

Il est spécifié, en outre, au bas de ce tarif, que la licence ne pourra

être prise qu'après que le candidat aura justifié de l'obtention préalable

des grades de maître ès-arts et de bachelier en médecine, et que ce

dernier ne pourra être conféré avant trois années d'études (i).

Le 23 novembre 1709, la Faculté décida que, suivant l'article XVII, tout étudiant en médecine venu d'une école du royaume serait autorisé à se présenter immédiatement aux épreuves du baccalauréat devant la Faculté de médecine d'Avignon, s'il apportait des attestations en bonne et due forme comme quoi il avait étudié en médecine pendant trois ans, et que trois mois après il pourrait être reçu au degré de licence, s'il était reconnu capable, et sans qu'il fût obligé d'étudier pendant une année à Avignon.

Cette décision venait du reste en confirmation d'une pratique que la Faculté suivait déjà depuis quelque temps, et qu'elle avait jugé nécessaire de consacrer par une délibération authentique. Le dernier précé-

1 id.

6 id.

6 id.

16 id.

id.

9 id.

4 id.

id.

4 id.

id.

[1) Archives de l'Université d'Avignon, D. 144, folio 40.

dent ne datait même que de quelques jours, et il est facile de voir que la question y avait été officiellement résolue. Ici encore nous laissons la parole au texte du procès-verbal :

« L'an mil sept cent neuf et le trois novembre, le collège de MM. les « docteurs aggrégés en médecine de FUniversité d'Avignon, étant as- « semblé sur les deux heures après midy, pour affaires importantes, a par ledit perillustre seigneur primicier, M. Michel de Benoît, docteur a ès-droit aggrégé, auditeur de la Sacrée Rote du palais apostolique « d'Avignon, dans la salle de ladite maison dudit seigneur primicier, « qui est près de sa bibliothèque, où ont été présents : MM. Joseph- « Alexandre de Serrepuy, Ier professeur et régent botanique, Jean- « Joseph Alphons, Esprit-Joseph Parrely, Pierre Pinard, Jean-Baptiste a Gastaldy, François de Sudre, Joseph-Gaspard Gautier, André- « Alexandre Normandeau et Trimond-Joseph Brun, régent anatomi- <c que, tous docteurs aggrégés en ladite Faculté de médecine ; le reste v. des non présents ayant été bien et duement convoqués ; ayant été « débattu par devant ledit seigneur primicier, par lesdits sieurs doc- « teurs, si on admettroit M. Louis de Brilland, de la ville de Belfort, a du diocèse de Besançon, au degré de^bachelier en médecine et consé- « quemment aux degrés de licence et doctorat, en suite de l'attestation « par luy obtenue de son étude de trois ans entiers en médecine dans « l'Université de Besançon, signée par M. Monnot, professeur royal « et doyen de la Faculté de médecine de l'Académie de Besançon, en « datte du second juillet dernier, munie du petit sceau de ladite Uni* « versité, lecture de laquelle a été faite à haute et intelligible voix sur a son original, qui a estéleu par tous les sieurs assemblés, l'un après « l'autre, sans être obligé et tenu de demeurer une année en étudiant a dans cette Université, mais tant seulement trois mois après la récep^ « tion dudit grade de bachelier pour recevoir le degré de licence et « ensuite celui de docteur, et si la même chose est à observer en faveur « de tous ceux qui se présenteront pour recevoir lesdits grades de ba-« « chelier, de licence et doctorat, en portant des attestations de son « étude pendant trois ans dans une Université, a été conclu de rece» a voir ledit sieur de Brilland audit degré de bachelier et trois mois « après aux degrés de licence et de doctorat, s'il est trouvé capable, « ensemble tous ceux qui se présenteront pour recevoir lesdits degrés « de bachelier et œnséquemment les degrés de licence et doctorat, en « apportant l'attestation de trois ans d'études dans une Université en « deube et probante forme, sans qu'il soit besoin d'étudier une année « dans cette Université, ayant au préalable été bien examiné et trouvé « capable (1). »

(1) Archives de l'Université d'Avignon, D. 144, folio 26.

2i8 ORIGINES ET ORGANISATION

Mais pourquoi ne le reconnaîtrions-nous pas? même après l'édit de 1707, on ne se montra pas toujours d'une extrême rigueur sur l'exécution de cet article, et l'on sut, au moins une fois, tourner la difficulté en se contentant, à défaut d'attestations des professeurs, du témoig nage de simples docteurs.

Le fait arriva en 17 19 pour un certain Lavache Beville, natif de Coutances, en Normandie. Il avait, paraît-il, soutenu sa thèse et été admis au baccalauréat devant la Faculté de médecine de Montpellier. Ce furent les sieurs Jean-Joseph Ghrestien Perriq, originaire du Valais, docteur en médecine de la Faculté d'Avignon, et Joseph Gros, de St-Remy, également bachelier de la même Faculté, qui vinrent déclarer sous la foi du serment au primicier (ier août 1 7 19), qu'étudiant la médecine à Montpellier, ils avaient été présents lorsque Lavache Beville fut admis au baccalauréat, sans que néanmoins ils fussent en mesure de préciser le jour où il avait subi cet examen. Les deux témoins signèrent alors cette déclaration, que contresigna le primicier pour lui donner toute validité (1).

Vint ensuite le tour de la réforme du baccalauréat. Les droits à payer pour l'obtention de ce grade étaient primitivement de 3o livres 1 5 sols. Mais on se rappelle qu'avant l'édit de 1707 ce grade suffisait pour la pratique légale de la médecine, et comme beaucoup s'en contentaient, il n'y a pas lieu de s'étonner si les frais en étaient relativement élevés. Aujourd'hui les conditions étaient changées. Le baccalauréat n'était plus qu'un grade témoignant seulement de la régularité des études, de la capacité de l'étudiant et d'une préparation suffisante de sa part pour affronter les épreuves ultérieures de la licence, et n'avait plus d'autre valeur que celle d'un simple certificat d aptitude à ces examens ; il était donc rationnel d'en modérer les frais et c'est ce à quoi se décida la Faculté de médecine en 1 7 1 3, en les réduisant à la somme de 1 o livres 10 sols, maispour ceux-là seulement qui prendraient le grade supérieur.

La répartition devait être ainsi faite :

Au primicier. . . . ' 1 livre 10 sols.

A l'Université 1 livre »

Au régent 2 livres »

A chacun des deux argumentateurs, 1 liv., sic . 2 livres »

Au régent anatomique » 10 sols.

Au secrétaire 3 livres 10 sols.

Total 10 livres 10 sols.

(1) L'original de cette pièce est aux archives départementales de Vaucluse fonds de i 'Université, D. 214.

En même temps qu'on diminuait la dépense, on rendait l'examen plus sérieux, et on se montrait plus difficile sur les qualités du candidat.

Maintenant, tout étudiant qui se présentait au baccalauréat devait produire, avant d'être admis aux épreuves, des certificats de catholicité [fideï], de bonne vie et mœurs, de maîtrise ès-arts, et enfin des attestations de scolarité délivrées par les professeurs de médecine dont il avait suivi les leçons (attestationes studii). Pour cela, il subissait à la fin de chacune des trois années d'étude des examens sur la pathologie, l'anatomie, la botanique et autres matières enseignées, et c'était d'après le résultat de ces examens, qu'au moment voulu, chaque professeur attestait par écrit que le candidat avait en effet fréquenté très régulièrement ses leçons et subi avec succès les examens de fin d'année (1).

Jusqu'en 1707 les candidats au baccalauréat n'étaient examinés que par un seul professeur, mais depuis la réforme, indépendamment des régents en exercice, membres de droit du jury, deux docteurs agrégés étaient désignés à tour de rôle pour les argumenter.

Pour la licence il y eut les mêmes pièces à produire, mais en plus le diplôme de bachelier. Pour les aspirants à ce grade, il y eut aussi augmentation du nombre des examinateurs, qui fut porté de deux à huit. Les points pour la licence étant assignés, le candidat avait un délai de i5 jours pour s'y préparer.

Une fois en possessionde toutes les pièces réglementaires, le candidat se rendait chez le primicier et lui faisait l'exposition de sa demande en autorisation de se présenter à tel ou tel grade, formalité qui n'était, en somme, que V examen de mœurs prescrit par les anciens statuts, et dont nous avons parlé en son lieu. Il allait ensuite faire une visite de politesse à chacun de ses examinateurs, auxquels il laissait, en cas d'absence, une carte avec ces mots :

« X..., qui doit être examiné pour....,.- [indication du grade) , est venu vous rendre ses devoirs. »

Mais qu'il s'agît du baccalauréat ou de la licence, chacun fut désormais dans l'obligation de présenter une thèse imprimée ou manuscrite, dont, en exécution d'une délibération prise le 19 juillet 1714 et confirmée le 14 août 171 5, il devait, avant la soutenance, porter un exemplaire, s'il s'agissait du baccalauréat et que la thèse fût imprimée, aux deux argumentateurs et aux deux plus anciens agrégés.

(1) Voir à I'Appendice des spécimens de ces divers certificats.

Pour la licence, un exemplaire de la thèse imprimée devait être distribué à tous les agrégés, et seulement aux argumentateurs et aux deux plus anciens agrégés si elle n'était que manuscrite. Dans ce dernier cas, le candidat avait à faire connaître, par un billet remis à tous les membres du collège, le sujet de la thèse, le jour et l'heure de la soutenance.

Par ces mesures, on pouvait compter qu'il y aurait toujours aux actes un nombre suffisant de docteurs pour argumenter.

En vertu de cette même délibération, une modification capitale fut apportée aux statuts de la Faculté, en ce que le candidat aurait désormais la liberté de prendre pour promoteur, à quelque grade que ce fût, tel docteur en médecine agrégé qu'il voudrait choisir, sans pourtant rien enlever aux droits du régent (i).

Il est vrai que plus tard, quelques difficultés s'étant élevées au sujet des honoraires que les candidats aux grades en médecine devaient donner à leur promoteur, difficultés nées des exigences pécuniaires de certains d'entre eux, le primicier y mit résolument un terme en faisant décider par le collège des agrégés en droit, (4 mai ij5i) que les lauréandes en la Faculté de médecine, après avoir fait le dépôt des droits normalement établis pour la concession des grades, seraient libres de donner à leur promoteur tel honoraire ou présent qu'ils jugeraient convenable.

On sait que dans les actes publics, indépendamment des agrégés désignés, chacun des assistants avait le droit d'argumenter, mais à la condition toutefois d'observer les règles de préséance. Combien profond fut donc Tétonnement du primicier s'apercevant un jour que, dans l'exercice de ce droit, les licenciés se laissaient fréquemment précéder par des bacheliers, et les docteurs agrégés eux-mêmes par de simples docteurs, et quelquefois même par de jeunes étudiants ! L'édit de 1707, en mettant les réformes à l'ordre du jour, fournit une excellente occasion de corriger cet abus. Le 9 juillet 1708, le collège, sur la proposition du primicier, vota qu'une peine sévère serait infligée à quiconque ne se conformerait pas, dans l'ordre des argumentations, à la constitution du légat Julien de la Rovère, en date du 8 des ides de juillet 1497, qui faisait loi sur la matière pour notre Université (2).

Le doctorat est toujours le couronnement de la licence, et, comme on l'appelle à Montpellier, l'acte du triomphe (actus triumphalis), sorte de consécration solennelle, publique et officielle d'une capacité et

(1) Archives de l'Université d'Avignon, D. 145,/0/w 7. (.2) Id. D. 39, folio 246.

d'un savoir déjà constatés par les épreuves de la licence. Le récipiendaire invite à cette solennité ses parents, ses amis, ceux qu'il veut particulièrement distinguer ou rendre les témoins de son triomphe (1).

Mais, français, régnicole ou étranger, le candidat au doctorat dut soutenir deux thèses, Tune sur un sujet de médecine, l'autre sur un aphorisme d'Hippocrate. Les sujets étaient tirés au sort quelques jours avant la soutenance, ^es thèses discutées, le candidat était proclamé docteur. La cérémonie resta la même qu'avant le XVIIIe siècle. Maintenant encore, à la suite des discours et harangues en latin, on délivrait au lauréat les insignes du grade suprême : la ceinture, qu'on dénouait pour signifier que le jeune docteur était désormais affranchi des liens de l'école ; le livre fermé et puis ouvert, qui indiquait qu'il avait le droit d'enseigner partout où il voudrait ; le bonnet enfin qu'on lui plaçait sur la tête, en lui disant : Recevez ce bonnet", et qu'il brille sur votre tête comme une couronne ! Puis remerciements du lauréat, actions de grâces à l'autel et conduite processionnelle à son domicile.

Et c'était bien véritablement un grand jour que celui du doctorat, car, pour celui qui avait étudié à Avignon, il venait en témoignage de connaissances patiemment acquises par un labeur assidu de plusieurs années. Nous verrons, dans le deuxième volume, combien complet fut l'enseignement médical donné par notre Faculté au XVIIIe siècle, quels excellents professeurs elle eut, et comment elle ne fut, au point de vue de l'instruction, inférieure à aucune des meilleures de l'Europe. Ce qu'il nous plaît de retenir ici, c'est combien, à partir de l'édit de 1707, elle se montra rigoureuse vis-à-vis de l'observation des 'articles se rapportant aux connaissances préparatoires que devaient posséder les étudiants, à la durée des études académiques, à l'exactitude à suivre les leçons, et pour les régents, à leur fidélité à remplir leurs devoirs professionnels.

Jourdain, dans son Histoire de VUniversité de Paris au 17e et au 18e siècles, a remarqué très justement que les articles XIIIe et XVIIIe de l'édit de 1707 promettaient au corps médical, dans leur application,

(1) La formule de ces invitations ne varie pas pendant tout le cours du XVIIP siècle ; c'est un carré de papier sur lequel on lit :

« X. . . vous prie de l'honorer de votre présence à l'acte de son doctorat, [indi* cation du jour), dans la salle de l'archevêché, à. . . heures précises. »

Dans la collection mss. du chanoine Massilian, à la bibliothèque du muséum Calvet, d'Avignon, sont conservés des exemplaires des invitations ainsi faites par Esprit Calvet le 28 juillet 1749, et Ode-Bonioty, le 24 juin 1762.

des praticiens initiés à la philosophie et aux humanités, en même temps qu'ils devaient contribuer à élever dans les collèges le niveau de Tinstiuction publique. Que le médecin ait besoin d'un esprit éminemment philosophique et d'une culture intellectuelle variée pour aborder avec fruit l'étude des grands problèmes de l'organisme vivant, et essayer de pénétrer les arcanes des dérangements que subit la machine humaine, qui de bonne foi oserait le contester? Où trouverait-il un fil conducteur dans ce labyrinthe aux obscurités profondes, aux dédales sans issue, s'il n'avait pas en lui cette logique qui donne la justesse dans les idées, la solidité dans le raisonnement, et qui lui apprend à utiliser dans l'observation les facultés de son entendement, sans jamais s'abandonner aux dangereuses séductions de l'idée préconçue ou du parti pris? Qui encore agrandirait la portée de son intelligence, la rendrait apte à aborder de front les connaissances si complexes et si nombreuses dont la médecine est tributaire? Qui lui apprendrait à traduire nettement, d'une façon précise, compréhensible, élégante même, sa pensée, s'il ne s'était formé de bonne heure à l'école des maîtres en l'art de bien penser et de bien dire? Or, c'est tout cela qu'apprenait l'étude des arts libéraux, car la maîtrise ès-arts correspondait à peu près à la réunion de nos baccalauréats ès-lettres et ès-sciences. Cette première éducation classique sera toujours nécessaire pour se livrer avec fruit aux études médicales, et ce sera toujours au détriment de celles-ci qu'on amoindrira celle-là. La Faculté de médecine d'Avignon en fit du reste elle-même l'expérience; car, plus tard, un certain relâchement s'étant introduit dans l'exécution des dispositions des articles XIII et XVIII, on vit le niveau des études médicales baisser lui-même considérablement, et un de ses professeurs, juge excellent en cette matière, Esprit Galvet, dut reconnaître hautement que ce résultat était surtout imputable à la connaissance insuffisante qu'avaient la plupart des écoliers de la langue latine et des humanités.

Ainsi, pour être admis à étudier la médecine dans notre Faculté, le jeune étudiant devait justifier préalablement de ses connaissances dans les arts libéraux, et nul ne pouvait être inscrit dans le livre matricule, si antérieurement il n'avait exercé un art mécanique quelconque et notait pourvu du brevet de maître ès-arts. Ce grade s'obtenait à Avignon par deux années de classe, dite de philosophie, au collège des Jésuites. C'est en effet entre leurs mains que pendant trois siècles fut l'enseignement secondaire dans notre ville. Ils y étaient les grands éducateurs de la noblesse et de la bourgeoisie, et c'est par leur collège qu'ont passé non seulement tant de savants de tout ordre, mais tous ceux qui se destinaient aux professions libérales. Sur le vu du certificat

d'études délivré par le recteur, le ca ndidat maître ès-arts subissait un examen devant l'Université et recevait son diplôme.

Alors seulement commençaient les études médicales effectives, dont la durée, comme nous l'avons dit, était de trois ans (studere per très annos integros academicos), pendant lesquels il fallait prendre en tout 12 inscriptions [esse duodecies inscriptus de trimestri in trimestri albo almœ studiosorum Facultatis medicinœ). L'année académique commençait toujours à la St-Luc [à Luc al ib us) et se terminait le 18 juillet. Les vacances allaient de cette date à la St-Luc suivante. En prenant sa première inscription, le candidat devait produire un certificat de baptême et de catholicité, et un autre de bonne vie et mœurs ainsi que son titre de maître ès-arts. Les inscriptions se prenaient de trois mois en trois mois, à partir d'octobre. Exceptionnellement, quand un étudiant ne les avait pas prises en temps voulu, si les professeurs pouvaient témoigner de son assiduité, il faisait une instance au primicier, lequel, s'il y avait lieu, ordonnait l'immatriculation d'office, avec les dates correspondantes et en déclarant que ces inscriptions auraient autant de valeur que si elles avaient été prises aux époques réglementaires (1).

On peut voir aux archives de l'Université les deux registres D. 216 (in-folio de 274 feuillets papier) et D.217 (petit in-folio de 542 feuillets papier), destinés aux inscriptions des étudiants en médecine et embrassant tout le XVIIIe siècle. L'un a pour titre : Liber matriculœ et inscriptionum dominorum studentium in Facultate medicinœ in aima Universitate generalis et antiquissimi studii inclytœ civitatis Avenionensis ; l'autre est une copie, à l'usage de l'archevêque, chancelier de l'Université, de ces mêmes inscriptions et matricules.

C'est le moment de rappeler que ces registres sont du même modèle que ceux en usage pour la Faculté de droit. L'édit de 1707 n'était en effet que l'application à l'étude de la médecine de certains principes généraux d'organisation des études universitaires établis d'abord pour" la jurisprudence par l'édit de 1679 et ^a déclaration royale du 20 janvier 1700. C'est dans ces règlements que pour la première fois il avait été question d'inscriptions à prendre régulièrement dans les premiers [ours de chaque trimestre, et de l'envoi régulier au plus ancien des avocats généraux de chaque parlement, dans un délai fixé, d'une copie de la feuille des inscriptions trimestrielles. Ces prescriptions avaient été immédiatement mises en pratique à la Faculté de droit d'Avignon; mais, comme il n'y avait pas de parlement da*ns cette ville ni dans le

(1) Archives de l'Université d'Avignon, D. 143, folio 143.

Comtat, les lettres patentes d'avril 1698 avaient spécifié que ce serait à l'archevêque, ou, en son absence, à son grand vicaire, que cette copie serait remise, et que l'avocat général du pape en vérifierait l'exactitude aux lieu et place des lieutenants généraux des bailliages et sénéchaussées à qui en France était dévolu ce soin. Ainsi en fut-il pour la Faculté de médecine,

Il est aussi à peine nécessaire Rajouter que l'édit de 1707 n'innove que dans le nombre des inscriptions à prendre et les formalités à suivre pour les rendre valables. Quant à l'obligation elle-même faite aux étudiants de s'inscrire dans le livre matricule delà Faculté, nous avons vu précédemment qu'elle datait de fort loin. Il ne nous reste plus maintenant, pour épuiser cette question, qu'à donner la formule de l'inscription adoptée à la suite de l'édit de 1707 :

« Ego infrascriptus incepi (vel continuavi) audire lectiones publicas « domini Johannis Baptistae Gastaldy (ou autre), professons primarii, « domini N...., professons anatomici, et domini N... , professons a botanici, pro trimestri incepto hac die mensis..... anni »

(Signature de l'étudiant.)

Si la Faculté se montre rigoureuse dans l'exécution de l'édit de 1707 en ce qui concerne l'immatriculation des écoliers, la durée des études et l'assiduité aux cours et leçons, elle a aussi un œil vigilant sur les régents. Plusieurs délibérations en témoignent. Le 8 juillet 17 12, le collège des docteurs agrégés en médecine, réuni dans la maison de Joseph de Serrepuy, premier professeur et régent en botanique, pro electione regentis anatomici et urgentibus, en prit une des plus importantes. Jusqu'alors le régent ordinaire était élu pour trois ans, commençant le 19 octobre de l'année courante pour finir à pareille époque de la quatrième année. Mais on sait que, par suite de l'édit de 1707, les écoliers en médecine devaient étudier trois années pleines, avant de prendre leur baccalauréat dont les épreuves consistaient en un examen public avec soutenance de thèse, et que ce n'est que trois mois après qu'ils pouvaient se présentera de nouveaux examens et soutenir les thèses pour la licence, et enfin que, pour les candidats au doctorat, faculté leur était laissée d'en affronter les épreuves immédiatement après la licence et sans aucun intervalle. On comprend dès lors que les écoliers qui commençaient leurs études avec le nouveau régent ne pouvaient, après avoir accompli leurs trois années académiques et pris leur bacca» lauréat, se présentera la licence avant le 18 janvier suivant, c'est-à-dire alors que déjà le successeur du régent dont ils avaient suivi les leçons, et qui les avait préparés au grade, était en fonctions. Il en résultait que

Ce premier maître qui, pendant trois ans, leur avait prodigué tous les soins, les avait instruits et formés dans la science et la pratique médicales, ne pouvait ni les assister dans les épreuves de la licence, ni enfin leur donner le bonnet doctoral, puisque, par les statuts de la Faculté, le régent en exercice avait seul ce droit. Qu'arrivait-il alors? c'est que le premier se trouvait frustré de ses légitimes émoluments, et qu'après avoir été à la peine n'était ni à l'honneur ni au profit. C'était là, comme le remarquait non sans malice un régent, le Sic vos non vobis du poète.

D'un -commun accord, le collège conclut que désormais le régent, bien qu'arrivé à l'expiration de son triennat, pourrait conférer la licence et le doctorat à ses élèves jusqu'au 8 novembre de l'année suivante. Le primicier, ayant approuvé cette délibération, la confirma par une ordonnance authentique qui lui donna désormais force de loi (1).

Enfin, dans un ordre d'idées semblables, le 10 octobre 17 18, il fut établi qu'à l'avenir l'élection se ferait dans le courant du mois d'août, afin de donner aux régents le temps de rédiger le programme de leurs cours et de se préparer dignement aux fonctions de leur futur enseignement.

La Faculté en était là de ses réformes; soucieuse de sa prospérité et n'ayant en vue que l'instruction de ses élèves, elle avait l'œil à tout, provoquant la découverte des abus pour les corriger, s'enquérant de tout ce qui se faisait de bien dans les Universités du royaume pour l'introduire chez elle, continuant enfin à marcher sûrement dans cette voie de progrès où elle était si résolument entrée dès le siècle dernier, quand tout à coup un événement imprévu, effroyable, vint un instant l'arrêter dans sa marche et paralyser ses louables intentions.

C'est une période lamentable dans l'histoire du Midi de la France que celle qui correspond à la terrible peste de 1 721- 1722.

Un navire marchand venu des échelles de Syrie, le Grand Saint" Antoine, avait apporté le redoutable fléau. De Marseille, où le vaisseau avait abordé (25 mai 1720), la peste avait en quelques mois envahi toute la Provence, semant sur son passage l'effroi et la consternation. On sait les ravages épouvantables qu'elle fit à Marseille, à Aix, à Arles ; peu de villes de la Provence échappèrent à ses coups. Avignon et le Comtat, malgré toutes les précautions prises, malgré une ligne rigoureusement gardée, furent'atteints à leur tour.

Les registres de l'Université relatent les phases douloureuses par lesquelles passèrent les habitants. Nous leur empruntons les notes qui

(1) Archives départementales de Vaucluse, fonds de l'Université, D. 144, /à/. 133.

suivent. En les reproduisant textuellement, nous donnerons l'idée la plus vraie, la plus saisissante des angoisses que chacun ressentit et de la perturbation que le fléau jeta au sein du monde universitaire.

C'est en premier lieu une délibération que prit le corps des agrégés à la date du 1 1 juillet 1721, au sujet de la garde des lignes :

« L'an 1721 et le 1 1 juillet, le collège de MM. les docteurs en droit « aggrégés estant assemblé sur les quatre heures, au nombre de « trente-un, il fut conclu de consentir à l'imposition à faire person- « nellement pour subvenir aux frais de la garde de la ligné, sous la a condition que le clergé et le Comtat y concouraient, et y seroient « aussi soumis, et que quant à la forme, avant que de rien conclure, « elle sera communiquée à un collège et que MM. les docteurs ne se- « ront taxés que par Monsieur le primicier et Messieurs les docteurs « qui seront depputez par le collège (1). »

Il y avait, en effet, intérêt capital à entretenir cette ligne, puisque, comme le fit observer Joseph Melchior de Garcin, acteur de la ville, c'est elle qui jusqu'à ce jour« avoit garanti, après Dieu, cet État du mal contagieux et avoit ouvert à ses habitants le Dauphiné d'où ils tiroient en bonne partie ce qui étoit nécessaire à leur subsistance. »

Le 16 septembre 1721, le secrétaire de l'Université écrit en marge de son registre?des gradués :

« Nota que ce jourd'huy, quelques personnes étant tombées malades « dans cette ville de grosses fièvres malignes, desquelles il en est mort « avec des signes à pouvoir faire douter qu'elles ne fussent attaquées « de la peste qui ravage la Provence depuis une quinzaine de mois, « on a. ordonné une quarantaine pour les femmes et les enfants au « dessous de quinze ans, qui doibt commencer le dix-huitième sep- « tembre, à quatre heures précises du soir, et pour les hommes qui a commencera dimanche prochain vingt-unième du même mois. Dieu c nous fasse la grâce que ce mal n'aye point de suite fâcheuse et qu'il « lui plaise vouloir nous préserver de ce terrible fléau ! »

Et un peu plus loin :

« Nota que la quarantaine qui avoit été publiée le 16 du courant « n'a commencé que ce jourd'hui 21 septembre, jour de'dimanche, « fête de St Martin, et est tant pour les hommes que pour les femmes.

« Le mercredy ier jour du mois d'octobre, la dizaine ordonnée étant o finie depuis hier au soir, on a publié la permission à tout le monde t de sortir, tant hommes que femmes, pour aller faire les vendanges

(1) Archives de l'Université d'Avignon, D. 145. folio 352.

« qui ont commencé ledit jour. La même maladie continue cependant a et Thôpital de Champfleury se trouve chargé de plus de cent mala- « des. Dieu nous fasse la grâce que la grande communication qui se « faira pendant le temps de la vendange n'allume le feu croupissant a de ce mal et ne le fasse devenir plus grand qu'il n'est pas ! »

« Le jeudy 23 octobre, la vendange étant linie et la maladie conti- « nuant toujours, a été ordonnée une quarantaine en forme qui a « commencé ledit jour à midy, par le son de toutes les cloches de la « ville. Dieu veuille faire cesser cette maladie et nous en préserver ! »

Hélas ! Dieu ne le voulut point. L'incendie à peine allumé devint bientôt un vaste foyer. L'Université dut fermer définitivement ses portes. Il n'y eut plus ni maîtres, ni élèves, et les registres d'inscriptions et d'examens ne portèrent plus que cette mention lugubre dans son laconisme :

November

Nihil !

December

Nihil !

Januarius

Nihil !

Februarius

Nihil !

Martius

Nihil !

Aprilis

Nihil !

Maius

Nihil !

Période de sept longs mois pendant laquelle la vie universitaire resta en effet absolument suspendue et où un voile funèbre plana sur chacune des Facultés, car chacune eut ses victimes et ses deuils. Plus que toutes les autres, la Faculté de médecine fut cruellement éprouvée.

Le premier de ses agrégés qui mourut victime du devoir professionnel fut Benoît Soubes (24 novembre 1721). La mémoire de cet homme de bien et le souvenir de son admirable dévouement doivent être impérissables, car il mérite d'autant plus les éloges de la postérité que la peste fut un fléau à ce point démoralisateur, que beaucoup de médecins avaient fui ou se tenaient enfermés, et que les chirurgiens employés au service public des infirmeries s'acquittaient mal pour la plupart de leurs obligations. Ils pansaient les malades, dit Laurent Drapier, dans son Histoire manuscrite d Avignon (1), avec l'emplâtre au bout des mouchettes (pincettes), sans nettoyer les plaies, ne s'occupant qu'à jouer et à se divertir tout le jour et la nuit, assurément pour oublier leur peur.

« Dans la ville, dit encore l'abbé Permis (2), il n'y a plus que le

(l) A la hibliothèque du muséum Calvet d'Avignon. (2) Journal Manuscrit de la peste de 1721-1722, à la même bibliothèque.

a sieur Soubes pour médecin de ceux qui sont soupçonnez ou atteints « de la peste, M. . . . s'est enfermé ; MM. . . . (i) à peine veulent- « ils voir leurs pratiques, et encore faut-il qu'elles soient hors de « soupçon. On assure qu'il y a des médecins qui se sont fait payer « un écu de dix livres par visite. Des chirurgiens, il y en a qui n'ont « pas moins voulu pour une saignée, d'autres un louis d'or de quaa rame-cinq livres, et on assure qu'il y en a un qui eut la hardiesse d'en « demander six, et qui, étant venu à composition, se contenta de trois, « sans qu'on mit aucun ordre à un aussi étrange dérèglement (2). »

L'exemple de Benoît Soubes, mort sur la brèche, nous console de ces tristes défaillances. Il fut la personnification laplus magnifique de l'abnégation de soi-même et du devoir professionnel. A qui mieux qu'à de tels citoyens et à leur conduite héroïque sont applicables ces vers du poète :

Nec fulminantis magna Jovis manus :

Si fractus illabatur orbis, Impavidum ferient ruinse ?

Après Benoît Soubes, c'est Alexandre Joseph de Sarrepuy qui meurt aussi en combattant le fléau'J3 décembre 172 1), et qui reste comme lui l'honneur de notre Faculté.

Mort aussi sans peur et sans reproche André-Alexandre Normandeau, autre médecin agrégé. Il était en l'année 1722 membre du bureau de santé et comme tel, indépendamment des soins qu'il donnait aux malades en sa qualité de médecin, faisait encore nuit et jour des patrouilles, se prodiguant pour le salut public, sans souci du danger, sans ménagements pour ses forces. Il tomba malade le jeudi 19 juin 1722. On ne crut pas d'abord qu'il fût atteint de la peste, « quoiqu'il eût une parotide ». Mais son état ne laissa bientôt plus de doute, et il succombait le 22 du même mois, sur les huit heures du matin (3). A

(1) Nous tairons les noms de ces médecins pour l'honneur de leur mémoire.

(2) En temps ordinaire une visite de médecin se payait de 15 à 20 sols et les chirurgiens-barbiers saignaient pour cinq sols.

(3) L'abbé Pertuis raconte ainsi la maladie et la mort du docteur Normandeau, son médecin et son ami :

« Le 22, M. Normandeau, docteur agrégé en médecine, membre du bureau de « santé et commissaire général, mourut de la peste, par deux charbons qui lui « sortaient des deux côtés du cou. Le samedi 13, il était venu prendre du café « chez moi. Le mercredi suivant, 17 du même mois, il se sentit un peu mal à la « tête et il voulut en venir reprendre, mais il alla chez l'abbé de Salvador. Le 18, « il se sentit mal au cou et il se fit saigner le 19. Une glande du côté du cou « s'enfla et l'incommodait beaucoup. Un charbon parut ensuite, et après, un autre

quatre heures de l'après midi, il fut porté à St-Roch, revêtu de la robe doctorale, et on l'ensevelit avec les honneurs rendus aux docteurs ; la cloche de l'Université sonna son glas et ses funérailles. Ainsi honorait-elle ses morts.

Heureusement cependant ne moururent pas tous ceux qui savaient si bien se dévouer pour le salut de leurs concitoyens. A côté de ces illustres victimes, nous comptons d'autres membres de notre Faculté, qui, s'ils furent assez heureux pour échapper au fléau, n'en firent pas moins leur devoir avec zèle et conscience. De ceux-là aussi le souvenir doit rester vivant, puisqu'ils honorent notre profession autant que la Faculté à laquelle ils appartenaient. Parmi ceux-là deux noms brillent surtout : Gautier et Jean-Baptiste Gastaldy. Le premier succéda à Benoît Soubes, dans ses périlleuses fonctions, et l'abbé Permis confond l'un et l'autre dans une même admiration. Jean-Baptiste Gastaldy fut également membre du bureau de santé, et c'est lui qui, même après la disparition de l'épidémie, continua à donner tous ses soins à la chose publique, surveillant la désinfection des maisons visitées par le fléau, poursuivant par tous les moyens en son pouvoir l'assainissement de la cité, et alors que la dernière quarantaine était proclamée, continuant de parcourir les rues à cheval, escorté de douze soldats, pour la faire exécuter dans toute sa rigueur. Gastaldy, en citoyen qui croyait n'avoir rien fait pour le bien public tant qu'il restait encore quelque chose à faire, fut le dernier à quitter son poste et seulement quand il fut bien certain que le fléau avait disparu définitivement et que toutes les mesures étaient prises pour en conjurer le retour.

Alors aussi Bernard, le secrétaire de l'Université, reprenant la plume après la cessation du fléau auquel il avait eu le bonheur d'échapper, jette un dernier regard sur le passé et résume en ces quelques lignes, pour l'instruction de tous, les phases successives de l'épidémie à Avignon et raconte comment l'Université en célébra la disparition :

« Nota que la peste ayant été déclarée dans cette ville vers le milieu « de septembre dernier (1721), environ le dix-huit dudict mois, les

« de l'autre côté ; et nonobstant tous les remèdes qu'on a pu faire, ils PontsufFo- « que le susdit jour de samedi 22 juin, sans qu'aucun médecin ait voulu entrer € chez lui, dès que la contagion fut reconnue. On lui a donné entre autres remè- « des du sang d'un chat. Ça a été une grande perte pour la ville et pour moi en « particulier : car c'est le seul qui s'était exposé à me secourir et ceux de la mai- « son dans le malheur qui nous arriva, lorsque mon valet fut frappé de la peste « chez moi. Dieu lui a fait la grâce de lui conserver le jugement presque jus- « qu'au bout et de recevoir tous les sacrements avec une entière résignation à la 0 volonté de Dieu. »

(Extrait du journal de l'abbé Pertuis, reproduit par Charpenne dans son Histoire des réunions temporaires d'Avignon et du Comtat à la France)

« classes de l'Université n'ont pu s'ouvrir au temps marqué et que a toutes les fonctions publiques du corps de MM. les docteurs ont été « généralement suspendues; qu'ensuite, par la grâce du Seigneur, la « fureur du mal s'étant ralentie vers le commencement du moys de « may de la présente année 1722, on publia la quarantaine de santé; « mais environ le milieu dudict moys y ayant eu dans cette ville une a petite rechute, on fat d'obligation de renouveller ses attentions sur « la liberté de communiquer ensemble jusqu'à ce qu'on vit diminuer « le nombre des malades ; ce qui étant arrivé après la fête de la glo- « rieuse Ascension de Notre Seigneur Jésus-Christ, le temps marqué « pour l'élection de Monsieur le primicier s'approchant, l'illustre sei- « gneur messire Elzéar-Joseph de Guintrandy, primicier, crut qu'on « pourroit sans risque, et en prenant certaines sages précautions, asa sembler le collège qu'on a coutume de tenir toutes les années, huit a jours avant ladicte élection, pour choisir Messieurs les députés de la « table (les membres du bureau) ; cependant comme la contagion n'étoit a point encore tout à fait éteinte dans Avignon, ledict seigneur primi- « cier chargea moy secrétaire de convoquer le collège non seulement « pour faire le choix desdicts sieurs depputés, mais encore pour les a consulter sur la manière dé procéder à l'élection dudict seigneur « primicier et sur le temps et lieu qu'il devoit être élu. »

Le lundi 18 mai, on se réunit en effet pour cette élection, mais on vota par acclamation « nullo discrepante, attendu les circonstances « présentes dans ce temps de contagion, les services que ledict seigneur « primicier avoit rendus au public en exposant généreusement sa santé « et sa vie pour sa patrie», la confirmation de Monsieur de Guintrandy dans cette charge (1).

« Le 22 juin 1722, au matin, on a sonné la cloche de l'Université, a et on a dit la messe de Bellamera dans l'église de St-Didier.

« Ledict jour dernier octobre, veille de la fête de tous les Saints, sur a les 5 à 6 heures du soir, Mgr le vice-légat, accompagné de MM. les « consuls, seroit monté à l'église de Notre-Dame des Doms où l'on a « chanté le Te Deum, en actions de grâce, et où l'on a tiré en même a temps toute l'artillerie.

« Le Ier jour du mois de novembre 1722, toutes les églises ont été « ouvertes à tout le public, à la réserve de quelques-unes qu'on a « voulu purifier, en parfumant les tombeaux dans lesquels on pource roit y avoir enterré quelques personnes suspectes de contagion.

(1) La réunion eut lieu dans la salle de l'Université, à huit heures du matin, « valvis patentibus », et les deux issues de la place des études gardées par les soldats de la milice de la ville.

DEUXIÈME PÉRIODE D'ÉTAT 23i

c A esté délibéré le mercredy 4e novembre de l'an 1722, de faire « l'ouverture des écoles de l'Université, le jour et fête de la St-Martin j prochain, qui sera le r ie de ce mois, avec la solennité ordinaire, aua quel jour la matricule se trouve ouverte dans la plupart des Univer- « sites de France. »

L'ouverture se fit en effet à cette date dans l'église des Gordeliers par un discours que prononça M. Thomas, docteur agrégé ès-droits. Il prit pour sujet le fléau dont la ville venait enfin d'être délivrée. Le lendemain, M. Domergue, doyen de la Faculté de théologie, prononça, selon la coutume, une harangue à l'ouverture des classes et traita de l'existence de Dieu. Le vendredi i3, les cours recommencèrent à la Faculté de médecine.

La contagion, d'après les calculs les moins pessimistes, avait enlevé environ six mille personnes sur une population de 24,000 habitants, soit environ le quart de celle-ci.

Notre Faculté se remit immédiatement à l'œuvre. Nous avons vu avec quel zèle et quelle sincérité elle poursuivait l'application de Tédit de 1707, depuis le jour où il avait été promulgué. Il n'est pas une de ses dispositions qui n'ait fait successivement l'objet de plusieurs délibérations sur les voies à prendre pour en rendre l'observation rigoureuse. On avait remanié pour cela les anciens règlements, on avait rompu avec les vieilles habitudes, et supprimé les traditions les plus chères. Les antiques statuts de 1277 avaient dû plier eux-mêmes devant l'ordre nouveau en ceux de leurs articles qui n'étaient point selon son esprit. La Faculté était maintenant bien véritablement française de fait et de nom. Trop heureuse assurément, lorsque les exigences nouvelles répondaient à ses instincts et à ses propres intentions ! C'est de plein cœur, par exemple, et avec une satisfaction qu'elle ne chercha pas à dissimuler, qu'elle renchérit encore sur l'obligation que faisait l'édit d'être pourvu du diplôme de maître ès-arts, avant d'être admis aux études médicales. Non seulement elle exigea ce titre de tous ses étudiants, mais elle ne reçut jamais que très exceptionnellement parmi eux quiconque avait exercé un art manuel, à moins qu'il n'y eût renoncé d'une façon formelle. *Elle pensait, suivant l'esprit de l'époque, que ces individus pourraient difficilement s'abstenir, dans la suite, des travaux de leur premier état, travaux absolument incompatibles avec la dignité du doctorat et dont la pratique avilirait la médecine, science très noble, que les souverains avaient dotée de si précieux privilèges.

Si elle les excluait des bancs de l'école à plus forte raison ne les recevait-elle pas comme docteuis. Ce sont eux q îe vise cette délibération qu'elle prend le 14 janvier 1728, établissant que, conformément à

plusieurs décisions anciennes et à une pratique constante, le doctorat et l'agrégation en médecine ne seront jamais conférés à aucune personne exerçant un art mécanique quelconque. Son inflexible rigueur sur ce point était connue de longue date; plus que tous les autres, les barbiers-chirurgiens en avaient fait l'expérience.

Le fait que nous allons rappeler, quoique typique, n'est pas unique en son genre.

Le 6 juillet 1728, Valeron-Cambaud, chirurgien d'Avignon, expose très humblement au primicier que, maître ès-arts de l'Université, dont il a suivi également les cours de médecine, il souhaite vivement, aujourd'hui qu'il est enfin parvenu au terme de sa scolarité, prendre ses degrés de baccalauréat et de licence. Il ajoute que, bien qu'il soit conseiller de l'Hôtel de ville, au rang des artisans, et qu'il n'ignore pas que, par une anomalie inexplicable, les statuts municipaux, aux termes desquels l'assesseur doit toujours être pris parmi les docteurs en droit, ne comprennent les médecins dans aucune main, cependant, comme il est profondément pénétré de la supériorité de la médecine sur l'art de la chirurgie, il s'engage à renoncer à sa charge de conseiller et à sa maîtrise, et est prêt à déclarer sous la foi du serment qu'il ne fera plus aucune fonction de l'une ou de l'autre, du jour où il aura pris ses grades en médecine.

Le primicier, ayant ouï ces promesses et déclarations, en donna acte authentique à Valeron-Cambaud, et l'autorisa, à ces conditions seulement, à se présenter aux examens du baccalauréat (1).

Nous n'étonnerons pas nos lecteurs si, après leur avoir exposé en détail la nouvelle organisation de notre Faculté, nous ajoutons que cette première moitié du XVI Ile siècle fut pour elle une période particulièrement brillante (2).

Nous avons vu quel essor elle avait pris au siècle précédent et combien grande était la place qu'elle occupait dans notre système universitaire.

La Faculté de droit y avait incontestablement plus d'importance par le nombre de ses chaires, le chiffre de son personnel de docteurs agrégés, l'autorité du primicier pris toujours dans son sein, l'éclat des fonctions que remplissaient dans la cité la plupart de ses membres au conseil de ville, dans les tribunaux, ou à la légation; mais assurément elle ne la surpassait point en tant que corps enseignant, et si, faisant

(1) Archives de l'Université d'Avignon, D. 146, folio 310.

(2) A partir de l'année 1741, la Faculté de médecine d'Avignon se qualifie officiellement de « Saluberrima ».

abstraction de la situation exceptionnelle qu'elle avait dans le gouvernement de l'Université, on ne la considère plus que dans son état de Faculté et qu'on ne tienne compte que de sa constitution particulière et des services qu'elle rendait à l'enseignement. Il semble, au contraire, qu'à travers les âges une sorte de balance se soit établie entre les deux Facultés, et que la période d'ascension de Tune ait correspondu à celle de descente de l'autre. Ce fait ressort de la comparaison même de l'état de l'une et de l'autre à diverses époques de leur histoire.

Mais en ce qui concerne l'importance de la Faculté de médecine pendant la première moitié du XVIIIe siècle, un rapide aperçu sur le nombre des élèves qui la fréquentèrent durant cette période, sur le chiffre de ses gradués, et des docteurs qui y furent agrégés; quelques mots enfin sur les chaires nouvellement créées dans le but de compléter son enseignement, suffisent à la démonstration.

Le grand nombre d'élèves est mis en évidence par le relevé des inscriptions, régulièrement prises dans le livre de la matricule, pendant les quatre trimestres de chacune des années scolaires 1717-1718 à 1748- 1749. Il est regrettable seulement que le registre correspondant à 1707 et aux années suivantes jusqu'en octobre 17 17 ne se trouve pas aux archives, par suite de sa disparition probable à l'époque de la tourmente révolutionnaire :

Années

Octobre Janvier Avril Juillet

Total des inscriptions pour l'année scolaire.

C'est un total, pour les trente-quatre anne'es, de 1 389 inscriptions, qui donnent une moyenne de ioà 12 étudiants, prenant chacun annuellement quatre inscriptions pendant trois ans. Si Ton excepte celles de Paris et de Montpellier, qui comptaient de 80 à 100 élèves, les écoles # du royaume n'avaient pas une moyenne aussi élevée.

Le total des étudiants à Avignon, pendant cette même période de 34 ans, est de 208, soit six nouveaux chaque année, parmi lesquels un certain nombre se sont acquis plus tard de la notoriété dans la pratique de l'art médical ou comptent encore des descendants à Avignon et dans le Gomtat. Citons les Rolland, de Carpentras ; les Bernardy, de Pernes ; les Gastaldy, d'Avignon; les Morralès, de Valréas; les Rose, de L'Isle; les Pamard, les Penmier de Lonchamps, les Poutingon, les Athenosy, les Manne, d'Avignon. Nous aurons occasion de revenir sur la plupart de ces noms, quand nous traiterons de l'enseignement de notre Faculté ([).

Les docteurs reçus de 1700 à 1749 inclus sont au nombre de 439, soit environ 8 par an.

Ces gradués viennent d'Avignon, du Comtat, des provinces françaises et de l'étranger, et en particulier de Pile de Minorque.

C'est parmi ces docteurs que continuent à se recruter la plupart des médecins agrégés. On en compte 17 dans cette période d'un demi-

(1) Nous donnons, à I'Appendice de ce volume, la liste de tous les étudiants de notre Faculté, régulièrement inscrits de 171 7 à 1791.

siècle, ce qui fut plus que suffisant pour alimenter le collège et donner à la Faculté' cette impulsion vigoureuse dans la voie du progrès que nous nous sommes si souvent plu à constater (r).

Hommes toujours de grande valeur; quelques-uns devinrent d'illustres professeurs, mais tous dépensèrent un zèle e'gal dans l'instruction de leurs élèves. Ici encore nous devons renvoyer à la deuxième partie de cet ouvrage ; nous ne pouvons pas toutefois ne pas saluer au passage un de ces régents en qui, pendant la première moitié du XVIIIe siècle, se personnifie renseignement de notre Faculté: nous avons nommé Jean-Baptiste Gastaldy.

Pendant quarante-quatre ans, il occupa la ire chaire de médecine avec un éclat extraordinaire et une célébrité qui s'étendit dans l'Europe entière.

Si les élèves se pressaient autour de la chaire de ce professeur, qui, au dire de ses contemporains et de ses biographes, avait le talent de mêler l'utile à l'agréable, charme par lequel il se les attachait, il est un autre enseignement qui les attirait aussi : t'est celui que donnaient au lit des malades les médecins agrégés de service au grand hôpital Ste-Marthe.

L'enseignement clinique, nul ne l'ignore, n'existait pas dans les anciennes Facultés de médecine, dans le sens et sous la forme d'aujourd'hui. Ce ne fut que lors de la création des nouvelles écoles -(1794), qu'on songea à l'établir.

Pendant toute la durée des XIVe, XVe et XVIe siècles, l'enseignement de la médecine fut surtout théorique. On se contentait généralement de lire, expliquer, commenter les auteurs arabes ou grecs. Et cependant la théorie sans la pratique n'est rien dans notre art. N'est ce pas au lit du malade que le futur médecin vient vérifier l'exactitude des données fournies par la théorie et en fait l'application technique? Cette nécessité ne commença guère qu'au XVIe siècle, à être comprise des professeurs et des élèves, et c'est pour suppléer à cette lacune, qu'on prit l'habitude de faire de l'observation clinique, soit en suivant les maîtres dans leurs visites à l'hôpital, ou chez leurs malades en ville, soit en s'adonnant soi-même à la pratique, une fois reçu bachelier, et en attendant le doctorat.

(1) Le nombre des agrégés est de 12 en 17 10. Ils sont distribués en deux séries, comprenant chacune six membres, soit les six jeunes et les six vieux. Les six vieux, étaient : Eymeric, Alphon père, Brun père, Parrely, Pinard, Gastaldy; les six jeunes : Chardon, Alphon fils, Sudre fils, Gautier, Normandeau, Trimond, Brun fils.

Cependant, depuis Tannée 1763, la Faculté de médecine de Montpellier, non seulement avait son instruction pratique à l'hôpital St-Eloi, mais elle faisait venir en outre, un jour de chaque semaine, dans ses classes, quelques pauvres malades, « que le professeur consultoit devant les étudiants aux fins de leur apprendre à consulter et connoître les maladies (1). »

Les ressources de notre ville ne comportaient pas évidemment un tel luxe de moyens ; mais, si tout n'y était pas pour le mieux dans la meilleure des écoles, il serait injuste néanmoins de ne pas reconnaître les grands efforts qu'elle fit dans cette voie.

Dès le XVIIe siècle, les étudiants avaient libre entrée à l'hôpital Ste- Marthe, pour y suivre les visites des médecins traitants, et au XVIIIe siècle, grâce à l'impulsion de Jean«Baptiste Gastaldy, l'ami du célèbre Lancisi, celui-là même qui, en l'année 171 5, avait ouvert sous les auspices du pape une école de clinique, à Rome, dans l'hôpital du St- Esprit, ces visites étaient devenus une véritable école pratique pour ' les étudiants en médecine.

Nous devons à l'obligeance de M. Chauvet, archiviste des hospices d'Avignon, communication d'une pièce qui n'a pas seulement le mérite de nous prouver que les visites de l'hôpital étaient très exactement suivies par les étudiants, mais qui nous démontre aussi que les efforts faits par les médecins traitants, tous docteurs agrégés de notre Faculté, pour en retirer le plus grand profit possible en faveur de l'instruction de leurs élèves, n'étaient pas toujours suffisamment secondés par le bon vouloir des administrateurs de cet établissement.

C'est là un épisode de l'éternelle lutte, dans les hôpitaux, entre médecins et commissions hospitalières.

Le document est du 8 mai 1701 et est extrait du registre des délibérations du bureau de l'hospice (2).

a Messieurs les recteurs ayant appris que les femmes malades se a plaignoient de ce que depuis que Monsieur Chardon est entré au « service, il fait toujours sa visite accompagné de cinq ou six jeunes « docteurs ou étudiants en médecine qui « les interrogeoient et leur « tâtoient le pouls » ; ce qui leur faisoit une très grande pesne et a mesne de dire leurs maux, ces jeunes messieurs estant toujours prête sents et pouvant ouyr ce qu'elles disoient au médecin.

« A ces fins, les dits sieurs recteurs, pour délivrer les dites pauvres

(1) Archives de la Faculté de médecine de Montpellier ; Délibérations de 1754 àj768.

le) Archives des hospices d'Avignon, registre ne 60.

« femmes de la pesneque ça leur faisoit, ont prié le dit sieur Chardon a de ne se laisser point accompagner à la salle des femmes par aucun a jeune docteur ou étudiant en médecine, mais de faire sa visite avec « les seuls garçons de l'hospital. »

En vérité, en lisant ce procès verbal, ne semble-t-il pas entendre dans la bouche de ces femmes, sans parler de leur pudeur effarouchée, l'épigramme que Martial décoche à son médecin Symmaque, car, à Rome aussi, les disciples accompagnaient le maître au lit des malades :

« O Symmaque ! je souffrais ; alors tu es venu me visiter accompagné de au moins cent disciples. Chacun d'eux, après toi, m'a voulu toucher de ses mains glacées par l'aquilon. Avant, je n'avais pas encore la fièvre, ô Symmaque ! mais depuis je l'ai bien forte (1) ! »

Enfin, l'enseignement clinique était complété à Avignon par l'assistance des jeunes médecins aux consultations que donnaient, chaque jour, aux malades du dehors, les médecins de service à l'hôpital. Ces consultations avaient lieu devant le parvis de la chapelle.

Cette pratique, qui remontait très haut, est mentionnée en dernier lieu dans une requête présentée, au mois d'avril 1675, parles recteurs de l'hôpital au primicier de l'Université, dans le but de dispenser les médecins de service d'assister aux actes du doctorat. Nous avons reproduit ce document en son lieu (2); mais nous devons faire remarquer ici que cette louable coutume, si utile à la fois pour les indigents malades et pour les étudiants en médecine, ne se retrouve guère qu'à Paris, et que, quand Louis XIV, dans l'article XXXVI de son édit de 1707, la rendit obligatoire pour toutes les villes où il y avait Faculté de médecine ou agrégation de médecins, il ne fit que réglementer un usage en pleine vigueur à Avignon depuis un temps immémorial (3).

Nous avons à parler maintenant de deux chaires particulières qui vinrent compléter, dans la première moitié du XVIIIe siècle, l'enseignement de notre Faculté. L'une, la chaire d'anatomie, quoique éta-

(i) Ad Symmachum

Languebam, sed tu comitatus protinus ad me

Venisti, centum, Symmache, discipulis.

Centum me tetigere manus aquilone gelutae,

Non habui febrem, Symmache ; nunc habeo*

Martial, Êpigrammes, lib. V, IX.

(2) Voy. page 152.

(3) Voy. l'article XXXVI de l'édit de 1707, pag. 213.

blie au XVII* siècle, fut surtout en pleine activité dans celui-ci; l'autre, celle de botanique, est une fondation absolument nouvelle. Nous avons pu réunir sur chacune d'elles un grand nombre de documents inédits. En les mettant sous les yeux du lecteur, nous lui permettrons de se convaincre aisément qu'ici encore la Faculté de médecine d'Avignon ne se laissa distancer par aucune autre, et qu'au point de vue de leur organisation, de leurs ressources et de leur fonctionnement, les deux nouvelles chaires peuvent sans trop de désavantage supporter la comparaison avec leurs similaires des deux grandes écoles du royaume : Paris et Montpellier.

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