CHAPITRE X
Utilité de la botanique en médecine. — Origine des jardins botaniques dits des « simples ». — \rticles de l'édit de 1707, qui réorganisent l'enseignement de cette branche des sciences médicales dans les Facultés de médecine. — L'Université d'Avignon se met en devoir d'obéir aux prescriptions de l'édit ; délibération conforme du 22 août 1707.
La Terre de Champfleury ; détails topographiques. — Portion de ce terrain demandée par te. Faculté de médecine au pape pour y établir le jardin botanique. — La demande est agréée. — Protestations des consuls de la ville contre cette concession. — Décret du vice-légat conforme à l'ordre du pape.
Les Etats du Comtat refusent de se laisser imposer pour subvenir aux dépenses nécessitées par l'installation du jardin et l'établissement d'un professeur de botanique. — Expédients que la Faculté de médecine emploie pour arriver à ses fins. — Nouvelle procédure. — Ordonnance du vice-légat créant un régent de botanique et lui assuran un traitement. — Droit déporter le chaperon accordé parle primicier au nouveau régent.
L'Université, d'accord avec la Faculté de médecine, vend l'enclos de Champfleury à l'œuvre de l'aumône générale et achète un autre terrain dans l'enceinte de la ville. — Le jardin botanique y est définitivement aménagé. — Traitement des professeurs de botanique' et d'anatomie.
Création d'un herbier. — Premier programme universitaire portant mention du cours de botanique. — Le nouveau jardin ne répondant pas à toutes les nécessités de l'enseignement et au but de sa création, on se met en quête d'une nouvelle installation. — Supplique au pape pour obtenir à la fois son adhésion et son appui. — Inutilité de cette démarche. — La Faculté de médecine se résigne au statu quo et s'efforce de tirer le meilleur parti de son jardin botanique.
L'utilité de la botanique en médecine ne saurait être contestée. Elle trouve son application aussi bien en physiologie, en hygiène, en médecine légale qu'en thérapeutique. La science de la vie étant une, la physiologie végétale et la physiologie animale s'éclairent réciproquement, et la connaissance de Tune dévoile fréquemment les secrets de l'autre. A l'étude des fonctions des plantes les hygiénistes demandent
des données positives sur la salubrité ou l'insalubrité des forêts, des prairies, des marais, etc. Ils doivent savoir reconnaître les plantes alimentaires de celles appartenant à des espèces plus ou moins analogues, qui sont au contraire nuisibles à l'homme et aux animaux. Gomment, d'autre part, le médecin mis en présence d'un malade ayant tous les symptômes d'un empoisonnement saurait-il apprécier, par l'inspection des débris de végétaux contenus dans les vomissements, la part qui leur revient dans cet empoisonnement, s'il ne connaissait par avance les propriétés toxiques de ces végétaux et ne pouvait en discerner les caractères? Plus utile encore est la connaissance des plantes en thérapeutique. Un très grand nombre parmi elles sont employées comme médicaments; il fut même un temps où on les tirait tous du règne végétal. Chacune de ces adaptations de la botanique à Fart de guérir porte donc en elle son indispensable utilité. Les anciens ne s'y étaient point jnépris, et l'on sait par les ouvrages cL'Hippocrate, d'Aristote et de son disciple Théophrates, de Dioscoride et de Pline, l'importance qu'ils attachaient à l'étude de la botanique. Dans son traité de Institutione divinarum Scripturarum, Cassiodore recommande aux ecclésiastiques chargés du soin des malades d'étudier Vherbarium, nom que portait le traité de matière médicale de Dioscoride.
Au moyen âge, YHortus sanitatis, de Cuba, qui est un résumé de l'enseignement de l'école de Salerne(i486),le Devirtutibiis plantarum, de Villanova (1 509), les Comment arii in Dioscoridem,àe Ruelle (1 536), YErbolario, de de Dondis (1 536), le Botanicum historiée naturalisa d'Adam Louicer ( 1 5 5 1 ) , et enfin l' Historia generalis plantarum , de Dalechamp (1587), continuent la chaîne de l'enseignement botanique. Mais cet enseignement n'avait rien d'officiel. Les Facultés de médecine d'Europe n'ayant plus, depuis la disparition de l'école de Salerne, de chaire de botanique, c'était dans les auteurs que nous venons de citer que les médecins devaient étudier les propriétés et les usages des plantes en dehors des programmes des écoles, absolument muets sur cette étude.
Henri IV est le premier qui ait rendu cet enseignement obligatoire, et c'est Montpellier qui eut la bonne fortune de voir créer la première chaire de botanique en France, par lettres patentes données à Vernon le 8 décembre 1 593 (1). On sait qu'elle fut créée en faveur de Richer de Belleval, docteur de notre Faculté, qui en fut le premier titulaire. En
(1) Depuis l'arrêt des grands jours de Béziers de 1550, la Faculté de Montpellier était tenue, il est vrai, de faire aux élèves un cours de botanique « pour en lire et montrer oculairement les simples, depuis la feste de Pâques jusqu'à la St-Luc »; mais cette obligation était restée à l'état de lettre morte.
même temps, ce prince ordonnait par les mêmes lettres patentes rétablissement d'un jardin botanique, afin de joindre l'application à la théorie. Depuis Charlemagne, on n'avait plus vu d'institution pareille en France, car redit de ce grand restaurateur des sciences et des lettres prescrivant l'établissement de jardins botaniques dans toutes les villes de l'empire (i) n'av.ait pas survécu à son règne. Et, tandis qu'à l'étranger on reprenait plus tard son œuvre ; que Mathaeus Silvaticus créait celui de Salerne ( 1 3 1 7 ) ; Gualterius, Luca Ghini, Anguillara et Aldrovandi, ceux de Venise (1 33 3), de Pise (1544), de Padoue (1546), et de Bologne (1 568), la France restait en arrière de ce grand mouvement et se laissait devancer par ceux mêmes à qui elle avait montré la voie.
L'exemple de Montpellier ne fut d'ailleurs suivi que longtemps après par Paris, dont l'école de médecine n'eut pas de jardin « des plantes » avant l'année 1626, où Hérouard l'établit (2).
Mais, même après ces deux créations, l'enseignement de la botanique ' resta très imparfait en France, et il faut arriver à l'édit de Louis XIV de 1 707 pour le voir établi sur des bases solides et propres à en assurer la continuité. Nous avons donné (page 211) le texte des articles XXII et XXIII qui formulent l'obligation de cet enseignement et mirent en demeure les Facultés d'avoir chaire et jardin.
Avignon ne fut pas le dernier à vouloir se mettre en règle avec les nouvelles prescriptions. Le 22 août, quelques mois à peine après la promulgation de l'édit, nous trouvons le collège des médecins réuni et Gastaldy agiter devant eux la question de l'établissement d'un jardin « des simples ». Il dit que, l'obligation étant formelle, il était urgent que l'Université s'adressât à l'archevêque et au vice-légat, pour les prier d'appuyer de leur haute recommandation la demande qu'il y aurait lieu de faire au pape « pour qu'il établisse dans son Université une chose aussi nécessaire pour la perfection de la médecine et pour l'utilité du public ». Séance tenante, une commission prise parmi les membres de la Faculté fut nommée pour étudier la question. Elle y employa deux ans, au bout desquels elle fit part de ses propositions.
Au midi de la ville, touchant presque aux remparts et non loin de la porte dite d'abord du miracle, existait primitivement, sur l'emplace-
(1) Capitulare Karoli-Magni, etc. ; collection d'Etienne Baluze, tom. Ier, p. 342. Ce capitulaire prescrit la culture dans les jardins botaniques de 86 espèces, dont il donne les noms.
(2) Voici les dates de fondation de quelques autres jardins de botanique antérieurs à celui d'Avignon : 1577, Leyde ; 1580, Leipzig; 1581, Kcenisgsberg ; 1587, Breslau. Halle et St-Péfeersbourg n'en eurent pas avant 1725, et Londres en 1760, seulement.
ment actuel de l'ancienne caserne de cavalerie et de ses dépendances, un vaste champ qui fut acheté, pendant la terrible peste qui, en 1 348, désola la ville d'Avignon, par le pape Clément VI et converti par lui en cimetière pour la sépulture des pestiférés. Une chapelle dédiée à la Ste Vierge y avait été bâtie à la même époque (il. Un hôpital placé sous le vocable de St-Roch Vy éleva dans la suite, grâce aux libéralités de Thomas de Gadagne, gentilhomme florentin établi à Avignon (i58o),
Depuis, ce quartier et la porte voisine étaient appelés indistinctement de Ghampfleury ou de St-Roch (2). Lors de la peste de 1629, des cabanes y furent dressées pour servir de lazaret, d'où le nom d'infirmeries qu'elles portèrent (3).
Or, ce terrain et ce bâtiment étaient maintenant sans emploi. La peste n'avait plus reparu à Avignon depuis l'année i63o, et une période de près de 80 ans ainsi écoulée sans nouvelle épidémie permettait d'espérer qu'on en avait bien fini avec ce redoutable fléau. Telle était du moins l'opinion générale dans le pays et celle aussi qu'on avait à Rome, si bien que le 1 1 juin de Tannée 1706 une ordonnance faite en forme de règlement perpétuel et irrévocable par le vice-légat Antoine Banchieri, sur l'ordre qu'il en avait reçu de la Sacrée Congrégation, avait prescrit que l'enclos de Champfleury serait affermé à des particuliers, pour en capitaliser les revenus, au profit de l'hôpital St-Roch, afin que, si le malheur arrivait que la ville fût encore à l'avenir affligée de la peste, elle trouvât là de quoi pouvoir subvenir aux dépenses nécessaires en pareille occasion. Cet enclos, y compris l'usage des bâti* ments, était affermé depuis ce moment au prix de 400 livres.
C'est précisément sur lui que la Faculté de médecine avait jeté ses vues pour la nouvelle création.
Mais tel quel, son étendue était plus grande qu'il n'était nécessaire pour un jardin botanique; aussi le primicier, d'accord avec la commission, ne demandait-il que la partie « qui est à main gauche en entrant a par la grande porte d'iceluy qui contient icelle partie: sept eyminéts « et douze cosses au dextre moderne de cette ville, suivant l'arpente- « ment qui en a été fait, sans y comprendre le chemin qui est pavé
(1) Teyssier, Histoire des papes d'Avignon, page 188.
(2) « Porte du]miracle, à présent de Champfleury (1375) ; Terrier de St-Georges, « aux archives départ. » — « Ante hospitale et cymeterium Campi floriti (1548) », note communiquée par M. de Blégiers à P. Achard, archiviste.
(3) « La peste commença à Avignon le mois d'août 1629, et ce fut pour lors « qu'on commença de faire des cabanes à Jean fleury [sic), et l'on en fit plus de « 300. . . ; la ville bailloit tous les jours à ceux qui y étoient du pain, un pot de « vin, demi-litre de viande et le vendredi huit patas, etc. » [Journal dun anonyme, à la bibliothèque du muséum Calvet, d'Avignon.)
« et qui est derrière le corps du bâtiment du côté de la bise, et en « laissant tout le long dudit chemin, et jusques au coin d'un autre bâti- « ment qui est dans ledit enclos du côté du levant, une partie de « ladite terre, de la contenance de six cosses et demy, pour la plus « grande commodité des voitures et charrettes qui passeront dans « ledit chemin, pour aller dans le restant dudit enclos, entrant par la « grande porte d'iceluy. »
Quant aux limites du terrain lui-même, voici comment elles sont précisées : « Il est confrontant, du levant les prés de quelques partice culiers séparés par une muraille -, du couchant, le grand chemin a public allant de la porte de la ville dite de Champrleury à la Duce rance ; de la bise, le ruisseau qui est tout le long du grand chemin « allant de la porte dite de St-Michel au Rhône ; estant la dite partie « de terre entourée des trois cottes d'une muraille bastie avec du mor- « tier à chaux et à sable ; et du midy, elle confronte ledit chemin pavé a qui est entre ledit bâtiment de Champrleury et la dite partie de lait quelle l'usage étoit demandé » par l'Université.
La topographie des lieux n'a pas tellement changé depuis cette époque, ?que le lecteur ne puisse, avec ces indications, se rendre exactement compte de l'emplacement sur lequel la commission proposait d'établir le jardin botanique. La Faculté de médecine ayant approuvé les conclusions de ses mandataires, le primicier se mit en devoir d'en poursuivre l'exécution, et pour cela rédigea un mémoire qu'il soumit confidentiellement au vice-légat pro informatione, avant de l'envoyer à Rome. N'était-ce pas le plus sûr moyen d'éviter toute perte de temps que de s'assurer au préalable de l'approbation de celui-ci et d'avoir la certitude qu'au cas où ce mémoire lui serait renvoyé, il émettrait un avis favorable sur l'opportunité de la demande et n'y proposerait aucune modification? Le 18 mai 171 1, le primicier de Tulle eut la satisfaction d'annoncer à la Faculté que le vice-légat, en approuvant le contenu tout entier, avait en outre assuré que l'Université pouvait en cette circonstance compter sur lui, et qu'il serait heureux de lui donner une nouvelle preuve de l'intérêt qu'il lui portait et du désir qu'il avait de lui continuer ses bons offices.
Alors seulement la supplique partit pour Rome.
L'exposé de la situation tel qu'il y était fait et la valeur des arguments mis en avant ne donnaient véritablement prise à aucune objection et étaient de nature à présager un accueil favorable. Après un exorde insinuant dans lequel l'Université témoignait de la confiance qu'elle avait toujours'eue dans les souverains pontifes, qui étaient ses fondateurs et n'avaient jamais cessé de s'intéresser à sa prospérité,
venait l'expression de la situation nouvelle faite à la Faculté de médecine depuis les dernières déclarations royales. Cette Faculté, qui depuis longtemps était dans un état si prospère et comptait de si nombreux écoliers, était menacée maintenant de déchoir et de se voir désertée au profit des écoles du royaume et surtout de celle de Montpellier, où abondaient toutes les ressources nécessaires à leurs études, alors qu'à Avignon certaines branches de la médecine ne pouvaient être enseignées, faute de ressources, De celles-ci, Tune, la botanique, y était complètement négligée. Les étudiants n'y trouvaient ni professeurs pour la leur enseigner, ni jardin pour herboriser et prendre une connaissance pratique des plantes médicinales. Aussi, et c'était la conclusion du mémoire, y avait-il urgence à apporter remède à une pareille situation, remède tout trouvé, si Sa Sainteté consentait à abandonner l'usage de la portion du terrain de Champfleury précédemment désignée.
Gomme on l'avait prévu, la cour romaine soumit le mémoire à l'examen du vice-légat Antoine Banchieri,et comme celui-ci, selon sa promesse, l'appuya de toute son influence, le 12 septembre 171 1, le cardinal Paulucci donnait ordre, au nom du pape, au vice-légat Salviatti, successeur d'Antoine Banchieri, de concéder à l'Université le terrain demandé, après qu'il aurait lui-même reconnu l'état des lieux.
Cette reconnaissance fut faite en effet par le vice-légat, en présence de l'archevêque, du dataire de la légation et du primicier, messire l'ar« chidiacre de Genêt, et il fut attribué à l'Université « la terre qui est en « entrant dans ledit lieu de Champfleury à main gauche, de la contece nance d'environ une saumée moins quelques cosses, suivant le rapa port d'un arpenteur. »
En vain les consuls de la ville réclamèrent ils contre cette donation. Le vice-légat, devant l'insuffisance de leurs raisons, rendit un décret et concéda définitivement, en vertu de l'ordre du souverain et auditis partibus, « ledit terrain pour servir de jardin botanique et des plantes, a conjointement avec la sale qui est au bout du bastiment de Champce fleury, pour faire la démonstration et explication des plantes dudit « jardin, avec la chambre qui est au dessous pour la commodité du jarcc dinier et pour mettre en hyver les vases des plantes qui pourroient « périr par le froid ; voulant que Messieurs les consuls ou le prieur a de ladite œuvre de l'hospital de Chamfleury donnassent incessantes ment une clef dudit appartement audit seigneur primicier pour en « faire ledit usage, en façon pourtant qu'arrivant en quelque temps « que ce soit quelque contagion ou peste en cette ville, ce que Dieu « ne veuille ! pour lors, sans autre interpellation ni difficultés aucunes , « l'Université et collège des docteurs aggrégés aux lois remettront en-
« tièrement l'usage dudit terrain et jardin et desdites chambre et sale a pour l'usage des pestiférés, jusqu'à ce que la contagion ait cessé (i). »
Tous les obstacles cependant n'étaient point levés : condamnés dans leurs prétentions par le vice-légat, les consuls en avaient appelé au pape ; ce qui força l'Université (21 décembre 171 1) d'attendre la décision souveraine, avant de rien entreprendre pour mettre le terrain dans l'état requis pour sa nouvelle destination. Mais ce fut en vain encore que les consuls firent cette dernière tentative, ils perdirent en appel comme ils avaient perdu devant le viçe-légat, et la donation faite à l'Université fut solennellement ratifiée;
Alors d'autres difficultés s'élevèrent. La Faculté de médecine avait sans doute un terrain pour son jardin botanique ; mais un jardin sans professeur pour faire les démonstrations pratiques et sans revenus pour pouvoir l'entretenir, assurer les plantations et les cultures, payer un jardinier, constituait pour ainsi dire un fonds inutile, sinon onéreux. L'Université l'avait compris par avance, et dans son mémorial au pape, elle n'avait pas hésité à demander que, pour subvenir à ces dépenses diverses, une taxe fût mise au profit de l'Université sur les diverses communautés du Gomtat.
Malheureusement celles-ci ne s'étaient pas montrées très accommodantes pour la circonstance. On va en juger par la délibération que prit à ce sujet l'assemblée des États, Elle n'est point faite pour nous donner une haute idée de l'intérêt que le Gomtat portait à l'Université en général et à la Faculté de médecine en particulier. N'oublions pas d'ailleurs que le Gomtat s'est toujours posé en antagoniste et en rival de l'État d'Avignon :
a L'an 171 1 et le treizième jour du mois de mars au lieu susdit se a sont assemblés lesdits seigneurs grand vicaire et St-Jean, députés a du corps des seigneurs vassaux, Santiany et de Lapalun, premier et a second consuls dudit Carpentras, et ledit de Villeneuve, procureur a général.
« En laquelle assemblée ledit procureur a exposé qu'il vient de rea cevoir par la poste de Nice une lettre de Rome, dattée du 21 du « passé, par laquelle M. Garichon luy faict sçavoir qu'il a découvert a que la ville ou Université d'Avignon a eu dessein d'établir trois pro-
(1) Voy. aux archives de l'Université d'Avignon, D. 210, « la procédure faicte à l'instance d'illustre et Rme seigneur messire de Genêt, archidiacre de Vaison, à présent primicier de l'Université d'Avignon, pour l'établissement d'un jardin des simples et botanique pour l'accroissement de la Faculté de médecine (13 novembre 17 11). A la suite de cette procédure est la lettre du cardinal Paulucci (12 septembre 171 1), reproduite dans notre Cartulaire> tome Ier, page 364.
« fesseurs en médecine, pour faire une Université de médecine qui <r puisse attirer des environs des étudiants et donner dans les suites o des bons médecins, non seulement à Avignon, mais encore au « Comtat, et que pour subvenir à la dépense de cet établissement, on « demande à Sa Sainteté d'obliger le Comtat à y contribuer en taxant « les villes principales vingt escus par années, les communautés ad- « jointes dix escus et les autres cinq escus annuellement, adjoutant « qu'on presse extraordinairemeut Sa Sainteté d'expédier un bref pour « confirmer cet établissement et lui donner exécution, et qu'il a cru a luy en devoir donner l'avis incessamment, afin que le pays puisse « faire ce qu'il jugera à propos là dessus ; ce que ledit procureur a creu « devoir faire sçavoir à cette assemblée. La dite assemblée a chargé « ledit procureur d'écrire audit sieur Garichon, à Rome, de s'opposer « au dessein et à la prétention de la dite Université d'Avignon, en « remonstrant au nom de ce pays :
« Premièrement : que telle prétention n'est pas moins extraordinaire « qu'injuste, à l'égard du Comtat, qui est une province absolument et « totalement distincte et séparée de la ville d'Avignon, aux charges et « honneurs de laquelle le Comtat n'est point contribuable et n'y a « jamais contribué.
« Que si c'est le nombre des professeurs en médecine et leur capacité « qui doit fournir de bons médecins, il n'est pas nécessaire d'avoir re- « cours ailleurs qu'à la fameuse Université de Montpellier, où il y en « a de plus doctes et un plus grand nombre qu'on n'en prétend à Avi- « gnon, et d'autant mieux parceque les habitants du Comtat iront « toujours plus volontiers à Montpellier, qui n'en est éloigné que de « deux journées, non seulement parceque on y apprend mieux, mais « encore parcequ'il en coûte moins qu'à Avignon, où l'on ne recherche « jamais que de nouveaux moyens de s'attirer toujours plus de revenus « des habitants du Comtat. Cette nouvelle et surprenante prétention « de vouloir augmenter le nombre des professeurs en médecine, aux « seuls dépens des pauvres communautés du Comtat, en fournit une « preuve éclatante, et il n'est pas difficile d'entrevoir par là qu'un tel « projet a moins la science pour objet que le moyen de se procurer un « nouveau lucre aux seuls dépens de leurs voisins, surtout si l'on consi- « dère que l'avidité de la plupart des docteurs aggrégés à ceite Univer- « site a été cause qu'il faut maintenant tripler la dépense du doctorat; « car il n'y a pas vingt ans qu'il ne coûtait que cinquante escus de « passer docteur en droits, et il en faut aujourd'hui plus de cent « cinquante sous des spécieux prétextes qu'on a seu trouver ; ce « pourquoy il seroit bon que l'on fit aujourd'huy, à l'égard de l'Uni- « versité d'Avignon en médecine, ce qu'on pratiqua autrefois à Rome
« où elle fut supprimée, et les professeurs et les médecins furent ex- « puisés,
« bailleurs, quand il faudroit ajouter d'autres professeurs en méde- « cine dans l'Université d'Avignon, n'est-ce pas aux dépens de cette a Université ou des habitants de la ville qui ont l'honneur et l'avance tage de l'avoir chez eux, qu'il faudroit faire cette augmentation et « non pas aux dépens des communautés du Comtat qui n'y a jamais « contribué? et tous les habitants auroient bien plus de lieu de souhai- « ter la suppression de l'Université en médecine d'Avignon que con- « sentir que le nombre en fut augmenté.
« Qu'au surplus, si les communautés étoient en état de fournir un « salaire à des professeurs en médecine, ce seroit dans le Comtat même « que l'on voudroit établir l'Université, et non pas hors de la province. « Mais que les communautés du Comtat sont si obérées depuis les « emprunts faits pour avoir du blé dans cette dernière disette, outre « ceux qui avoient été déjà faits pour subvenir à la dépense faite pour « lever des troupes pour le service de N. S. Père, qu'elles ne seront « pas de longtemps en estât d'acquitter ces dernières dettes.
« Signé : La Rouyère, vicaire-général ; St-Jean, député ; « Lantiani; Lapalun; Villeneuve, procureur général (i). »
La lettre de l'agent d'affaires Carichon et la délibération des États du Comtat se passent de commentaire. La vérité y est altérée d'une étrange façon, mais ici encore de la calomnie il resta assez pour que, si d'une part le pape avait prononcé par l'organe de la Sacrée Congrégation : Concedendam esse Universitati medicornm Aven, partem territorii nuncupati Campo Floreto, il répondit de l'autre : Non esse locum,o\i en bon français : Oui pour la donation du terrain; Non quant à l'imposition sur les communautés du Comtat (2).
Et cependant les modiques revenus dont jouissait l'Université la mettaient hors d'état de subvenir par elle-même à ces dépenses. Ce motif la détermina à présenter un nouveau mémoire à la Sacrée Congrégation pour demander qu'en vue de parer à ces nécessités, le pape lui concédât certains greffes du Comtat qui n'avaient point encore été incorporés à l'Université; que d'ailleurs, comme la vacance des titulaires de ces greffes ne devait se produire de longtemps, et que ce-
(1) Original aux archives départ, de Vaucluse, Registre C. 31 : Assemblée ordinaire du pays du Comtat Venaissin, folio 10-12.
(2) Voy. à ce sujet dans le ier volume du Cartulairc, page 264, les deux lettres du cardinal Paulucci au vice-légat Alaman de Salviati, aux dates des 12 septembre 1711 et 16 janvier 1712.
pendant Tordre du roi concernant la création d'un jardin botanique était formel et comminatoire, Sa Sainteté était suppliée de lui attribuer, en attendant, tout le terrain de Ghamfleury avec ses revenus. L'administration en serait donnée au primicier et au régent en médecine, avec l'obligation d'en employer les revenus pour les honoraires du régent, l'entretien du jardin, les gages du jardinier, la réparation des bâtiments, etc., etc.
Ce fut alors au tour de la ville à protester contre cette nouvelle demande, et elle le fit avec une telle énergie que l'Université jugea prudent d'entrer en composition avec elle, et finalement de se contenter de la première donation.
A partir de ce moment, et jusques au i3 avril 171 7, il n'est plus question de jardin botanique ni de professeur officiel de cet enseignement. Les leçons sont faites alternativement par des agrégés qui s'offrent de bonne volonté (1), et on supplée aux cours pratiques par quelques herborisations faites à la campagne.
Cette situation n'en était pas moins très préjudiciable aux intérêts de l'Université, sur la tête de laquelle était toujours suspendue la menace de voir ses privilèges de régnicole révoqués, si elle ne se conformait pas à la lettre aux prescriptions des édits et des règlements de Sa Majesté. On ne doute pas qu'elle ne préoccupât très fort l'Université et surtout la Faculté de médecine. Aussi allons-nous assister à une nouvelle tentative faite pour sortir d'un embarras aussi critique. Donc, le i3 avril 17 17, le primicier fit connaître que depuis quelques années l'argent qui provenait du terrain que le pape avait donné à la Faculté de médecine pour en faire un jardin botanique, était dispersé entre les mains de divers primiciers, qui pouvaient mourir et exposer ainsi le collège à des contestations avec les héritiers, à l'occasion des sommes dont ils étaient détenteurs. C'est pourquoi il pensait qu'il convenait de réunir l'argent, capital et rentes, provenant de ce terrain et de le déposer entre les mains du secrétaire, qui aurait à l'employer suivant les intentions des souverains pontifes (2).
Cette somme, relativement élevée, qui venait d'être capitalisée pendant ces quelques années, donna l'occasion de reprendre la question du jardin botanique, et dès les premiers jours du mois de septembre 17 18, la Faculté de médecine adressait à ce sujet une requête au vicelégat.
Mieux que des commentaires, le texte même de ce document va
(1) Voy. à l'Appendice la série chronologique des professeurs d'anatomie et de botanique de la Faculté de médecine d'Avignon.
(2) Archives de l'Université d'Avignon, D. 39, folio 372.
nous montrer où en était exactement la question à ce moment et l'expédient que proposait la Faculté pour arriver enfin à la constitution définitive d'une régence de botanique.
Après avoir rappelé les diverses phases subies par l'entreprise jusqu'en l'année 17 12, le mémoire continuait ainsi :
« Comme cette partie du terrain ne sçauroit suffire pour ériger un « jardin botanique ny pour entretenir un professeur, on auroit proposé « divers expédients auxquels on a trouvé jusques à aujourd'hui des « difficultés.
« Cependant, Monseigneur, comme l'édit du feu roy ordonne l'éta- « blissement d'un jardin botanique dans toutes les Universités de « France, et que la nôtre en qualité de régnicole est soumise à cet a édit, sous peine d'être déclarée étrangère, s'il n'y avoit un jardin ou « du moins un professeur spécialement destiné pour la seule science « de la botanique, d'autant qu'aucun sujet du roy, ni même les étran- « gers ne viendroient s'y faire graduer, et par là Avignon seroit toua siours plus désert et l'Université détruite ; à ces causes, Monseigneur, a les exposans supplient très humblement Votre Excellence qu'en « conformité des ordres de Sa Sainteté et de la Sacrée Congrégation, « et pour faire tousiours mieux apparoir que l'étude de la médecine se a conforme à l'édit de S. M., qu'il lui plaise permettre l'établissement « d'un nouveau professeur de botanique, lequel dictera en hiver un « traité sur cette matière et faira en esté des démonstrations dans des « jardins particuliers et à la campagne, ainsi qu'on fait dans les Uni- « versités de France, depuis l'édit de 1707, où il n'y a point de jardin « botanique. *
« Et comme il est impossible à présent de mestre en estât un jardin « à cause des grandes sommes et des fonds qui seroient nécessaires, a tant pour ledit jardin que pour l'entretien d'un professeur, on pour- « roit sous le bon plaisir de Votre Excellence, jusqu'à ce que on ait « trouvé des moyens pour subvenir à pareilles dépenses, assigner dès a à présent au nouveau professeur, pour son honoraire, la rente de « cette partie de terrain assignée à la Faculté de médecine qui est au- « jourd'hui sur le pied de 80 livrés par an ; et quant aux rentes dudit « terrain perçues jusqu'à présent qui sont entre les mains de l'Univer- « site, on pourroit les mettre en fond à la destination qu'il plaira à « Votre Excellence.
« Le tout néanmoins sous la régie, direction et domination du pri- « micier, tout comme dans les Facultés de droit, théologie et médecine, « et que ledit professeur sera éleu de deux en deux ans, par la Faculté « de médecine, en présence et sous l'authorité du primicier et les ex-
« posans prieront Dieu pour la prospérité et grandeur de Vostre Ex- « cellence.
« (Signés :) Laverne, primicier ; Gastaldy, syndic de la Faculté de médecine (1). »
Ces propositions ayant paru sages à Joseph-Maurice de Gontieri, archevêque d'Avignon, vice-légat par intérim, celui-ci leur donna son assentiment et rendit, à la date du vingt -six septembre 1718, une or» donnance qui en est non seulement l'approbation officielle, mais qui constitue aussi l'acte authentique de création de la chaire de botanique dans notre Faculté.
En voici le texte, que nous avons déjà publié dans le premier volume de notre Cartulaire :
« Monseigneur illustrissime et révérendissime archevêque et vice- « légat, vu la susdite requête et la procédure faite par M. Salviati, le « i3 novembre 1711, Tordre de Mgr le cardinal Paulucci du 12 sep- « tembre de la même année, le rescript fait en conséquence d'iceluy « par ledit prélat, a ordonné et ordonne que, sous le bon plaisir de « N. S. Père le Pape, la rente annuelle provenant sdu terrain de « Chamfleury accordé à la Faculté de médecine, pour l'introduction « de l'étude de la botanique, sera employée pour l'honoraire d'un pro- « fesseur, qui sera élu de deux en deux ans, par ladite Faculté de mé- « decine, en présence et sous l'autorité de Monsieur le primicier, et « que l'argent qui se trouve depuis ledit temps entre les mains des « primiciers, sans avoir produit jusqu'à présent aucune utilité, sera a incessamment remplacé aux soins et diligences de Monsieur le pri- « micier et professeur de médecine, et que les intérêts en seront an- « nuellement retirés et déposés entre les mains du secrétaire de ladite « Université, pour être employés à l'augmentation dudit capital, jus- « qu'à ce qu'on soit en état d'ériger un jardin botanique, selon les « intentions de Sa Sainteté et l'édit de S. M., et que la susdite requête a avec la présente ordonnance soient registrées dans les actes de l'Uni- « versité.
« Donné à Avignon, dans le palais apostolique, le vingt-six septem- « bre mil sept cent dix-huit.
« (Signé :) J. M., archevêque d'Avignon et vice -légat, »
Vers le même temps (14 octobre 17 18), Jean-Baptiste Gastaldy demanda le droit, pour le nouveau régent, de porter le chaperon, |et
(1) Voy. le texte original aux archives de l'Université d'Avignon, D. 210. ,
vit sa requête, appuyée de tous les docteurs agrégés en médecine, être agréée par le primicier. Cest ainsi que désormais, le professeur de botanique porta, à l'instar du premier professeur et du régent d'anatomie, un chaperon de même couleur et de même façon (i).
La question du jardin botanique n'en restait pas moins toujours en suspens. Nous avons vu que la portion du terrain de Champfleury donnée à l'Université était trop peu étendue pour une installation convenable. D'autre part, le restant de l'enclos ayant été abandonné peu de temps après à l'œuvre de l'aumône générale, celle-ci, gênée à son tour par l'exiguité de la concession, avait offert à l'Université une certaine somme pour être employée à l'achat d'un autre terrain dans l'enceinte de la ville, en échange de celui de Champfleury.
Malheureusement la somme offerte était elle-même* insuffisante. Dans cette occurrence, le primicier proposa au collège des docteurs en médecine (24 avril 1725) deux expédients pour aboutir enfin à cette création prescrite par l'édit de mars 1707 : ou de faire appel de nouveau à la générosité du pape Benoît XIII, alors régnant, ou de prendre une conclusion par laquelle les quatre premiers docteurs en médecine qui se présenteraient^ l'agrégation payeraient chacun, outre les droits établis, une somme de cinq cents livres qui serait affectée exclusive-
( 1 ) Voici le texte de la supplique adressée à cet effet par la Faculté de médecine :
« Perillustri primicerio et collegio DD. doctorum in U. J. aggregatorum.
« Exponunt regens ordinarius, professorbotanicus et caeteri doctores in medi- « cinse facultate aggregati quod nuper professor botanicus Clementis XI, ponti- « ficis inaximi, munificentia in ipsa facultate fuit erectus. Cum autem aequum « sit ut dictus professor iisdem ac caeteri in dicta facultate honoribus potiatur, « praefati régentes et doctores exponunt ut dictus professor botanicus epomide « honoraria, ex serico heteromallo nigro et limbo soliti coloris facultatis medi- « cinae confecta, decoretur, quam pênes se habere et gestare possit et valeat, « quando et ubi opus est et convenit ; ut inde Universitatis majestas in dies « magnificentius splendescat, et praefati régentes ac doctores pro perillustris sui « primicerii et virorum patrum incolumitate perpetuo exorabunt.
« Alphon, decanus ; Gautier, regens ordinarius ; Gastaldy, professor « botanicus; de Serrepuy, Normandeau, du Sudre, Morelot, doctor « anatomicus; Soubes, Brun, La Font {sic signati.)
« Attentis narratis et de consensu collegii dominorum doctorum concedimus « ut petitur, nonobstantibus....
« Laverne, primicerius (sic signatus.) »
« Datum Avenione, die décima septima mensis octobris, anno a nativitate Do- « mini millesimo septengentesimo decimo octavo , pontificatus Sanctissimi « Clementis pap^ undecimi anno decimo octavo. » (Original aux archives de l'Université d'Avignon, D, 208.)
ment à cet objet. Cette charge devait être en définitive d'autant mjins one'reuse pour ceux-ci que, le nombre des agre'ge's en médecine étant à ce moment très réduit, l'agrégation, même en payant ces cinq cents livres de supplément, leur reviendrait moins cher qu'elle n'était retenu aux membres composant actuellement la Faculté. En cela, d'ailleurs, la Faculté de médecine ne ferait que suivre la pratique constante Je la Faculté de droit. Celle-ci était-elle obérée, avait-elle des dépenses urgentes à faire ou des emprunts à rembourser, le collège y pourvoyait en augmentant les droits de l'agrégation ou, suivant l'expression consacrée, en les abonnant. Ces droits avaient été abonnés, par exemple, en 1682, à six cents écus ; en 1690, à deux mille livres; et en 1738, à deux mille cinq cents livres, pour les six premiers candidats. Dans ces circonstances exceptionnelles, le nouvel agrégé n'avait rien à donner individuellement à ses collègues, mais payait simplement à la masse la somme dite d'abonnement. C'est pour ce dernier parti que la Faculté de médecine parut vouloir se décider, puisqu'elle vota l'abonnement. On en était encore toutefois dans la période d'irrésolution, lorsqu'une heureuse circonstance vint faciliter l'exécution des projets depuis si longtemps à l'ordre du jour.
Balthazar-Frédéric de Ruffy, docteur ès-droits agrégé, et l'un des recteurs de l'aumône générale d'Avignon, avait fait, par contrat, dans le courant de l'année 1729, donation à cette maison de la somme de deux mille livres, monnaie de France, à la condition qu'elle ferait dans les six mois l'acquisition de la terre située dans l'enclos de Champfleury, donnée par Clément XI pour l'établissement du jardin botanique.
Il était en effet très avantageux pour l'œuvre d'avoir la totalité de cet enclos et de n'être privée ni de la portion de terrain, ni du bâtiment dont l'Université avait la jouissance. Outre que la valeur de son immeuble en serait augmentée, il est certain aussi qu'elle trouverait plus facilement des fermiers pour l'exploiter, ceux-ci ne devant plus être exposés, comme par le passé, à des contestations fréquentes avec ceux de l'Université, qui se trouvaient dans le voisinage immédiat etavaient avec eux des servitudes communes.
Il est donc facile de se faire une idée de la faveur avec laquelle on accueillit la condition posée par le généreux donateur. De nouvelles ouvertures furent faites aussitôt à l'Université, à qui l'on offrit cette fois un prix d'achat de deux mille livres, exigible en un seul terme, à l'époque que fixerait le primicier, et devant rapporter jusqu'au jour du versement une rente de 72 livres, monnaie de France, payable le Ier mai de chaque année.
Ces propositions furent acceptées, et, par contrat du 3 juin 1729,
passé devant maître Spinardy, notaire, en présence du vice-légat, le primicier et les docteurs Gastaldy, Parrelly père et Brun, professeurs et agrégés de la Faculté de médecine, députés par elle, vendirent au prix offert la terre et la partie des bâtiments de Champfleury qui leur avaient été concédés (i).
En 1743, FUniversité avait en fonds quatre mille livres provenant du capital et des intérêts accumulés de cette vente. Elle était donc enfin en mesure d'acheter un terrain pour y établir son jardin botanique. L'occasion était d'autant plus favorable, ainsi que le fit observer Jean-Baptiste Gastaldy (9 août 1743), que maître Pamard, chirurgien d'Avignon, voulait vendre un jardin avec deux pavillons et une petite maison servant de logement au jardinier, le tout situé dans l'enceinte de la ville, au quartier de la Carreterie, près de la place de la Belle-Croix (2). Maître Pamard avait fixé le prix de son immeuble à la somme de 3.096 livres, monnaie de France, soit 2.5oo livres pour l'immeuble à proprement parler, 5oo livres pour le prix de la pompe et du rouage qui servait à puiser de l'eau, et que le sieur Pamard laisserait à l'acquéreur, et 96 livres pour les épingles ou pots-de-vin.
Cet immeuble, en raison de sa situation, était très propre, de l'avis de Jean-Baptiste Gastaldy, pour y faire un jardin botanique; les deux pavillons qu'il contenait étaient bien bâtis, et tout paraissait se prêter merveilleusement à une installation plus convenable et à meilleur compte en définitive que partout ailleurs.
Le marché fut conclu. On essaya bien, il est vrai, d'obtenir de maître Pamard une légère diminution du prix ; mais notre chirurgien s'étant montré inflexible, on lui paya finalement les 3.096 livres qu'il
(1) Voyez aux archives de l'Université d'Avignon, D. 210, la minute de la vente de la terre de Champfleury faite par l'Université à la maison de l'aumône générale.
(2) En voici les confronts exacts : « d'une part, chemin allant de la porte de la « Ligne à celle de St-Lazare; de la bize, les murailles de la ville; du levant, maison a et jardin de M. de la Royère, du couchant, maison du sieur Noël, molinier « de soie et maison et cour du sieur Icard. La maison et cour attenante, située a comme le jardin dans la paroisse St-Symphorien, s'ouvrait dans la rue de la « Belle-Croix, tendante à la porte de St-Lazare, confrontant : du levant, maison « des hoirs du sieur Arnaud Noël, fileur à soie ; du couchant, maison des hoirs « du sieur Michel Bezet, taillandier; de la bize, le jardin dudit sieur Icard; du ■ midi, la dite rue. »
Cette maison et le jardin avaient été cédés à Thérèse Fellon, veuve de Pierre Pamard, et à Xicolas-Dominique Pamard, son fils, maître chirurgien, par Yves Icard, marchand d'Avignon, qui devait à la succession Pierre Pamard, la somme de 5825 livres, au prix de 2 1 50 livres données en compte sur le montant de la dette (4 novembre 1729).
demandait. L'acte de vente fut passé le 6 septembre 1743 (1). Lâchât fait, il ne restait plus qu'à régler les droits de lods et de novennium : les premiers furent réduits à la somme, une fois payée, de 1 56 livres cinq sols, monnaie de France, et les seconds, à celle de 8 livres, 1 3 sols, six deniers, même monnaie, payable chaque année . La Faculté reçut alors des seigneurs directs, qui étaient les chanoines du chapitre de Notre-Dame-des-Doms, les RP. PP. Célestins et le recteur du collège St-Nicolas, toustroism solidum, l'investiture définitive de sa nouvelle acquisition (2).
A la même époque, on fixa comme traitement provisoire au professeur de botanique la somme de soixante-six livres, qui représentaient le montant du fermage du nouveau jardin. Ce provisoire d'ailleurs dura peu, et une délibération du 16 juin 1744 établit qu'à l'avenir le professeur de botanique toucherait, à titre d'honoraires, la somme de six livres à chaque doctorat en médecine. Les droits de ce grade furent, à cet effet, augmentés de pareille somme.
En vertu de la même délibération, le revenu de la portion du jardin laissée au jardinier devait être uniquement employé à l'entretien et à la décoration du jardin botanique et de ses bâtiments, sous la direction du professeur.
On s'occupa, du reste, immédiatement de cet objet, et les travaux, poussés activement, misent bientôt le jardin dans les conditions de sa destination nouvelle. Un jardinier y fut spécialement attaché et chargé de le cultiver et de l'entretenir. Dès l'année 1746, ce jardin n'était plus connu que sous le nom de jardin des médecins, ainsi qu'on peut s'en assurer par la lecture des comptes, notes et mémoires produits par les divers artisans, maçons, menuisiers, peintres, etc., employés aux travaux d'aménagement (3).
La création d'un herbier ne fut pas la moindre des préoccupations du régent de botanique. Depuis que le savant botaniste anglais John Falconer avait eu l'idée de réunir en volume des collections de plantes
(1) Une copie de l'acte de vente est aux archives de l'Université, D. 210.
(2) La Faculté dut prendre aussi à sa charge la somme de 1 livre 9 sols 6 deniers patas, payable chaque année, montant des censés dont le dit jardin était grevé.
(3) Deux nos des archives de l'Université, le D. 212 et le D. 213, comprennent en tout 165 pièces de ce genre : scellement d'os dans les murailles pour soutenir les espaliers ; journées payées aux jardiniers; réparations à la pompe ; fournitures de vases; achat de plantes ; fourniture de chaises neuves et réparation des anciennes ; achat d'engrais, etc., etc. Il y avait des orangers et des citronniers dans des vases; des haies et bordures de buis et de laurier séparaient les divers carrés de plantes et d'arbustes.
comprimées, et que son proce'dé, communiqué d'abord à Ghini, professeur à Pise, et par celui-ci à Aldrovandi, à Gesalpino et à Anguillara, s'était répandu dans les Universités d'Italie et de là dans le reste du monde, les herbiers étaient devenus extrêmement à la mode et entraient pour une part considérable dans les méthodes d'enseignement de la botanique. Il faut reconnaître que ce n'était pas sans raison. Ainsi que le dit Adrien Spigel, dans l'ouvrage qu'il publia en 1 606, à Padoue, sous le titre de : * Isagoge in rem herbariam », comme toutes les plantes sont mortes en hiver, il ne reste alors d'autre ressource que de botaniser dans les jardins d'hiver {horti hiemales), c'està-dire dans les livres composés d'un assemblage de plantes sèches collées sur des feuilles de papier. On remarque l'expression de hortus hiemalis, sous laquelle on désigne ces herbiers au XVIIe siècle; mais on les appelait aussi hortus siccus, jardin sec, dénomination remplacée au XVIIIe siècle par celle iïherbarium, employée par Tournefort, un des premiers (1).
A partir de ce moment, les collections de plantes sèches, de même que celles des plantes vivantes que l'on cultive dans les jardins botaniques, deviennent, comme le dit un auteur (2) une institution générale chez tous les peuples civilisés et un moyen d'instruction, dont l'utilité est universellement reconnue, au même titre que les collections de minéraux, de roches, d'animaux, morts et vivants, qu'on expose aux regards du public dans les musées et les ménageries. Elle se généralise si universellement, que l'auteur de la philosophie botanique peut dire sans rencontrer de contradicteurs : Omni botanico herbarium necessarium.
La formation de l'herbier de notre Facuhé de médecine remonte officiellement à l'année 1746. C'est du moins cette année là que de La Font, alors professeur de botanique, fit faire un placard en bois d'aube, doublé à l'intérieur de bois de sapin, avec vingt-sept tiroirs à boutons, destinés à le renfermer. Il y ajouta deux tables, avec tiroirs également. Le tout coûta 5y francs.
Quelque tardif toutefois qu'ait été l'établissement du jardin botanique et de l'herbier de notre Faculté, il ne faudrait pas en conclure que l'enseignement de cette branche des sciences médicales n'y ait daté que de cette époque. La Faculté s'était calomniée lorsque, pour les besoins de la cause, elle l'avait affirmé dans sa première supplique au Pape. Cet enseignement commença, au contraire, pour se conti-
( 1 ) « Herbarium sive hortum siccum appcUant collectionem plantarum exsiccarum quœ in codicibus vel capsis asservantur, ut quavis anni tempestaie inspici possint. » (Tournefort, Institutiones rei heabariœ, I, page 671. — 1700). (2) Saint-Lager : Histoire des herbiers. Paris, J.-B. Baillière, 1885.
nuer ensuite sans interruption, dès Tannée 1708; seulement, jusqu'en 1718,1e premier professeur de médecine cumu'a les deux enseignements, réservant plus particulièrement le deuxième semestre de Tannée scolaire à un cours théorique et pratique de botanique. C'était un surcroît de besogne qu'il s'imposait bénévolement et sans rétribution aucune, dans le seul but de se conformer à Tédit royal et pour la plus grande utilité des étudiants. On suppléait d'autre part à l'absence d'un jardin botanique par des herborisations fréquentes faites à la campagne ou dans les jardins particuliers. Le zèle du professeur palliait ainsi l'insuffisance des moyens, et ce zèle trouvait quelquefois sa légitime récompense dans les témoignages d'intérêt et d'encouragement que lui donnaient les pouvoirs publics. Nul à cet égard ne mérita mieux la reconnaissance de notre Faculté que Tarchevêque François- Maurice de Gontieri, déjà connu par la protection éclairée qu'il avait accordée aux médecins et aux botanistes pendant qu'il occupait le siège de Pérouse. Il aplanit à Avignon les difficultés que rencontra à la première heure le projet de fondation d'une chaire de botanique (1) . Jean-Baptiste Gastaldy père fut le premier professeur officiel. Sa nomination est du 20 octobre 1718, suivant ainsi d'un mois environ la création de la chaire elle-même. Il fut élu pour deux ans (2). La création de cette régence et la nomination du premier titulaire furent d'ailleurs portés à la connaissance du public par le programme des cours de l'Université de Tannée scolaire 1718-1719, affiché, comme cela avait lieu chaque année, en différents points de la ville et dans les principales localités du Gomtat (3). On y lut pour la première fois,
(1) C'est de cette reconnaissance que Benoît Soubes se fait l'écho dans la dédicace de sa thèse de doctorat à cet archevêque : « Dicet haec nostra academia, y lit-on, et ad nepotes remotissimos transmittent viri patres botanices studium publicum in ea méditantes, se non tantum patrocinium, sed et palatium ac hortos varios obtulisse, concessisse, ne loci penuria atque defectu retardaretur grata adeo jucunda utilisque cognitio. » (17 mars 1708.)
(2) L'an 1718 et le 20 octobre, le collège de MM. les médecins étant assemblé dans la classe de médecine par.'ordre et en présence du primicier, a été élu régent botanique, pour deux années, M. Jean-Baptiste Gastaldy, père.
(3) Dès 1659, sinon antérieurement, des programmes imprimés des cours de l'année scolaire étaient affichés chaque année au mois de septembre dans les différents quartiers de la ville. Nous en avons la preuve dans le texte du contrat passé par l'Université le 16 janvier 1659, avec Jacques Bramereau, nommé imprimeur de l'Université à la place de défunt son père.
Ces affiches ou placards en papier, mesurant généralement un mètre de haut sur quarante à cinquante centimètres de large, portaient les armes de l'Université (l'ange membre de six ailes) et avaient un encadrement à double trait noir. Au dessous des armes de l'Université se lisait une dédicace dithyrambique au pape,
dans la partie afférente à renseignement de la Faculté de médecine, cette mention : Jean-Baptiste Gastaldy, conseiller et médecin ordinaire du roi, docteur agrégé en Palme Faculté de médecine, pluries in ea professor primarius, nunc vero in botanices cathedra Clementis XI,
au roi de France, au vice-légat, à l'archevêque, au chancelier et enfin au primicier, recteur, juge et conservateur des privilèges de l'Université. Venait ensuite le programme, à proprement parler, des matières qui devaient être enseignées dans les Facultés, en suivant leur ordre de préséance : théologie, jurisprudence, médecine, philosophie.
Reste à indiquer les points de la ville où les placards-programmes étaient affichés. Nous allons satisfaire la curiosité du lecteur sur ce point, en leur mettant sous les yeux la note que nous avons trouvée dans le registre D. 141, folio 56 verso, des archives de notre Université. Bien qu'elle soit de l'année 1690, les indications qu'elle renferme ne subirent pas de modifications au XVIIIe siècle.
Endroits perpétuels où il faut faire mettre les placards, sive matières que lisent chascune année MM. les régents de V Université :
A la maison de Monsieur le primicier 2 placards.
A la maison de chascun de MM. les quatre régents aux lois
A la maison du régent institutaire
A la maison du secrétaire de ladite Université ,
A la maison ou porte du couvent du régent en théologie
A la maison ou porte du couvent du régent en philosophie
A la porte des Grands-Carmes, Augustins, Cordeliers et Pres-
cheurs, à chascun
A la porte du régent en médecine
A la porte du régent anatomique
A la porte du petit palais, à celle de Notre-Dame-des Doms
Au coin de la Vice-Gérence
A la porte de la maison de ville
Au coin du Change
A la croix de Saint-Deydier
A la porte du collège du Roure
A la porte du collège de Savoye
A la porte du collège de Saint-Eutrope
A la porte du collège des Jésuites
A la porte de l'église de St-Martial
A la porte de la classe des lois
A la porte de la classe de théologie
A la porte de la classe de médecine
A la place de St-Pierre et au puits de la chaisne, àchasque part.
Les communautés du Comtat en recevaient également un ou plusieurs exemplaires, suivant leur importance. Un certain nombre étaient aussi envoyés dans les provinces voisines et dans les Universités du royaume. (Pour les détails complémentaires sur les placards-programmes, voir le tome II de notre Cartulaire d* V Université d'Avignon.
pontificis maximi,principis nostri optimi, munificentia erecta,primus prof essor publions..., etc.
Le titulaire de cette chaire et ses successeurs devaient commencer leurs leçons le jour de la Saint-Luc, et les continuer régulièrement pendant toute l'année scolaire, une fois par jour, à deux heures du soir, dans le semestre d'hiver, et à neuf heures du matin pendant l'été. Il avait pour honoraires le produit du fermage du terrain concédé à l'Université.
L'enseignement de cette chaire fut désormais en pleine prospérité, et le titulaire eut à cœur, comme ceux des autres régences, de former de bons élèves. On verra, dans la seconde partie de cet ouvrage, combien le cours était complet et de quel profit il était pour tous. Leçons ordinaires, répétitions, herborisations, exercices pratiqués, rien n'était négligé. Il y eut aussi des leçons publiques faites avec la même solennité que pour les autres chaires et dont aucun régent en botanique ne tenta jamais d'éluder l'obligation (1).
La Faculté cependant n'était pas absolument satisfaite de son jardin. Il était à peine en état, que déjà on s'aperçut qu'il ne répondait pas à toutes les conditions requises. On lui reprochait surtout son exiguïté, et l'on songea même à l'agrandir immédiatement; mais les délibérations prises à ce sujet n'aboutirent point (14 août 1749 et 16 octobre 1750).
Toutefois, en prévoyance de nécessités futures, la délibération du 24 avril 1725, au sujet de l'abonnement à 5oo livres des droits d'agrégation pour les huit premiers docteurs qui s'y présenteraient, fut étendue à tous les futurs candidats, quel qu'en fût le nombre, à l'exception seulement des fils d'agrégés, jusqu'à ce que l'on eût des ressources largement suffisantes pour une installation complète du jardin botanique, les honoraires du professeur, les gages du jardinier, etc., etc.
En 1763, cette installation paraît achevée, et le jardin botanique définitivement établi. Ce fut le moment choisi pour fixer de nouveaux gages au régent de botanique et par la même occasion à celui d'anatomie.
La Faculté de médecine jouissait à ce moment d'un revenu annuel de 177 livres 10 sols, monnaie de France, provenant partie d'une
(1) 8 mars 1719 : Jean-Baptiste Gastaldy fit une leçon publique de botanique dans la grande salle de l'Université, avec le cérémonial habituel.
12 avril 1725 : leçon publique faite par Joseph-Gaspard Gautier.
5 janvier 1732 : Id. par le même. 12 mai 1744 : Id. par Pierre-Celse Gautier.
22 décembre 1751: Id. par Jean-François de La Font. 12 février 1765 : Id. par Jean -Baptiste- Joseph Gastaldy, etc.
constitution de rente qui lui était supportée par l'hôtel-de- ville, pour un capital de 2,5oo livres qu'il lui avait emprunté, partie du reliquat des 5oo livres acquittées par chacun des six docteurs reçus à l'agrégation depuis la délibération de 1725, partie enfin de la rente annuelle supportée par le jardinier, pour la portion de terrain qui lui avait été abandonnée.
Sur la proposition de Calvet, alors premier professeur, le collège des agrégés en médecine décida, à l'unanimité, que, sur cette somme, 57 livres seraient réservées annuellement pour les réparations casuelles du jardin, et que les 120 livres restantes seraient partagées, la veille de la Noël, par portions égales, entre les deux professeurs d'anatomie et de botanique, sous la réserve toutefois que la Faculté resterait libre de suspendre ou d'augmenter ledit honoraire, suivant les occurrences et les exigences des cas (18 juillet 1763) (i).«
Pendant 16 ans, la Faculté de médecine s'accommoda tant bien que mal de son jardin botanique. Malheureusement, un jour une inondation, dont eut à souffrir la ville, y occasionna de graves dégâts et vint fournir prétexte à nouvelles réclamations et donner corps à certaines plaintes que l'on formulait tout bas. Le professeur Pennier de Longchamps, alors titulaire de la chaire de botanique, se fit l'écho des unes et des autres dans un collège tenu par la Faculté le 8 avril 1779. Il dit que le jardin de botanique n'était guère propre à remplir les vues que la Faculté avait eues en le créant, tant à cause de l'impétuosité du vent auquel il était fort exposé par sa situation, qu'en raison des inondations qu'y occasionnait le moindre débordement du Rhône, dont il était trop voisin ; que d'ailleurs ce jardin était trop peu étendu pour contenir la quantité de plantes médicinales qu'il conviendrait. Il ajouta que, si l'Université était en possession d'un autre immeuble dans lequel on pût avec plus d'aisance et de facilités se livrer à la culture des
(1) Voici la quittance des professeurs de botanique et d'anatomie pour l'année 1768 :
« Nous soussignés, professeur d'anatomie et professeur de botanique dans l'U- « niversité de la présente ville d'Avignon, avons reçu de M. Bernard, secrétaire « de l'Université, entrepositaire des sommes destinées pour l'établissement du « jardin botanique, la somme de 120 livres monnaie de France, laquelle somme « nous avons divisée entre nous, à raison de 60 livres monnaie de France, pour « chacun de nous, et c'est pour l'honoraire en qualité de professeurs qui nous a « été adjugée par la délibération du collège tenu le 18 juillet de l'année 1763.
« A Avignon, le 24 décembre 1768.
« SigJiès : Pancin. professeur d'anatomie ,• Vicary, professeur de botanique. » (Archives de l'Université d'Avignon, D. 213.)
LA CHAIRE ET iîfe JARDIN DE BOTANIQUE 283
plantes dont un jardin botanique doit être nécessairement pourvu, il n'était pas douteux qu'on n'eût tout de suite un plus grand nombre d'élèves, par la facilité qu'ils trouveraient à s'instruire.
Ce dernier argument, toujours irrésistible, détermina la Faculté à adresser une supplique au pape Pie VI pour lui exposer la situation et, enfin de compte, lui demander son intervention en vue de faciliter les voies et moyens pour réussir dans ses nouveaux desseins (1). Cette supplique n'était, en définitive, que le développement des inconvénients signalés par Pennier de Longchamps. Nous ignorons comment elle fut accueillie; mais il est certain que la Faculté n'eut pas, dans la suite, d'autre jardin botanique, et que, quand l'Université fut supprimée, il fut vendu avec ses dépendances comme bien national, et que toutes les plantes et arbustes qu'il renfermait furent transportés au Muséum que la municipalité était en train d'installer dans le ci-devant collège de Saint-Martial.
(1) Texte de la supplique :
« Pio VI pontifia maximo féliciter regnanti.
0 Sanctitati Vestrre supplicant humiliter doctores saluberrimae facultatis medi- « cinae urbis vestne Avenionensis, exponuntque, ad pedes ejus projecti, quod « hortus botanicus a summo Pontifice recolendae memoria? Clémente XI jam- « pridem sibi cpncessus, ut tutius gaudeant privilegiis Universitatum Gallicarum, « minus sufficiat tradendis studiosae juventuti elementis scientias cui totus di- « catus fuit. Hic enim hortus, quem potius hortulum dicerent, angustior est a quam ut possit continere varia salubrium herbarum gênera, quarum tamen cog- « nitio medicis est pernecessaria ; undique ventis adeo perflatur ut pleraeque « quotannis plantae vel marescant pulvere conspersae, vel pereant eradicatae ; a proximior Rhodano flumini quod, exundantibus aquis, non parum nocet . Huicce « ingementes horti botanici angustias et incommodo situi, medicinae doctores « ad Sanctitatem Vestram supplices audent confugere ; patrem suum enixe de- « precantur, ut jure quasrentes benigno vultu dignetur excipere ; principem « suum rogant quod civitati perutile reputatur, et a potentissimo salutiferarum « scientiarum promotore flagitant quod non parvum iisdem scientiis affert ina crementum. Ampliorem igitur et opportunitate loci educandis plantis aptiorem « hortum botanicum a S. V. sibi concedi postulant doctores medici; et licet tact menpostulationeconsulunt majori Universitatis vestras celebritati, fructuosiori « alumnorum medicinas institutioni, tutiorique civium saluti, verum pro tanta « exorata gratia immortales grates habebunt et supremo numini pias ardentesa que preces fundere numquam désistent pro S. V. gubernatione incolumique « diuturnitate. »
(Archives de l'Université d'Avignon, D. 208.)