‹ Histoire de la Faculté de médecine d'AvignonChapitre 30 sur 53 · RÉSUMÉ · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ

Inscriptions 2 o 7

Baccalauréat 5i 10 »

Licence 5iio »

Doctorat ......... 194 19 5

Jusqu'ici il n'a été question dans ce chapitre que d'une 'façon fort incidente des agrégés et des professeurs. Les étudiants ont rempli tout le cadre de notre tableau. Les maîtres cependant doivent y figurer à leur tour. Aussi bien est-il intéressant de connaître, maintenant que la Faculté est en puissance de tous ses moyens, comment elle fonctionne au point de vue des cours, de la durée des régences, et voir les quelques modifications qui furent apportées de ce chef pendant la seconde moitié du XVIIIe siècle; modifications peu nombreuses du reste, car, de même que nous l'avons vu pour les étudiants, la réorganisation, en ce qui concerne cette partie de l'ensemble organique de notre Faculté, était déjà à peu près achevée peu d'années après la promulgation de l'édit.

Au commencement de chaque année, le premier professeur devait choisir les matières de ses leçons Son cours durait trois ans. La première année, il dictait un cours de physiologie; la deuxième, un cours de pathologie ; la trois;ème était consacrée à l'hygiène et à la thérapeutique. Le 23 août 1784, une modification fut apportée à la durée de cette régence, qui désormais ne devait plus être que de deux ans, à l'instar de celles d'anatomie et de botanique (1). Le professeur fut donc dans l'obligation de redoubler d'activité, puisqu'il était tenu de parcourir dans cet espace de temps les matières qui antérieurement prenaient trois ans. Mais cette innovation n'ayant pas donné les résul-

(1) Voy. Archives de l'Université d'Avignon, D. 42, fol. 270 et suivants.

3oS ORIGINES ET ORGANISATION

tats qu'on s'en était promis une décision du i5 septembre 1788 rétablit le triennat,auquel furent également soumises les chaires d'anatomie et de botanique. C'est, du reste, cette même décision qui augmenta de trente livres, à prendre sur les revenus du jardin botanique, les honoraires du premier professeur et porta, comme nous l'avons vu, à 3oo livres le tarif des grades en médecine, inscriptions prises. Mais, comme le baccalauréat, la licence et le doctorat conférés aux étudiants non régnicoles ne continuaient à former qu'un seul acte et étaient conférés tous trois dans la même séance, sans que par conséquent les professeurs, le promoteur et les argumentants fussent obligés de réitérer leurs fonctions, à raison de chaque grade, on spécifia que dans ce cas particulier on ne donnerait à ceux-ci que les droits du doctorat et. que ceux de la licence et du baccalauréat seraient versés à la masse (1). Celle-ci devait s'accroître encore des honoraires afférents à la collation des grades, lorsque les docteurs -agrégés auxquels ils revenaient se seraient dispensés, sans excuse légitime, d'assister aux actes correspondants. Que si, enfin, à l'acte du doctorat, il n'y avait qu'un seul agrégé jeune présent, celui-ci prélèverait sur les droits des jeunes la somme de 9 livres, équivalant à la part attribuée à chacun des cinq agrégés anciens, et le restant serait aussi versé à la masse.

Par toutes ces mesures, dont l'exécution devait être et fut en effet rigoureusemeut poursuivie, on s'assurait de l'exactitude des docteurs à assister aux actes, on augmentait leur dignité et leur considération, et Ton stimulait enfin leur zèle en prévenant leurs négligences.

Le premier professeur faisait une leçon par jour, à 1 1 heures du matin, rarement à deux heures du soir. Nous savons que, de son côté, le professeur de botanique enseignait également tous les jours, à 9 heures du matin en hiver et de 5 à 6 heures du soir en été. Quant au professeur d'anatomie, c'était à 8 heures du matin ou à 3 heures du soir, suivant l'opportunité de la saison et la nature de ses leçons.

(1) On continua, en effet, pendant tout le XVIIIe siècle, a recevoir quelques docteurs pcr saltem, mais c'étaient toujours des étrangers appelés à exercer hors de France et des états pontificaux français. Tel ce Joseph Tirpi, étudiant en médecine à Montpellier, qui, le 27 avril 175 1, écrit à l'Université d'Avignon pour lui demander à quelles conditions elle l'admettrait au doctorat pour pouvoir exercer en Italie Joseph Tirpi avait trois ans d'études à Montpellier et, voulant retourner chez lui, craignait que les lettres délivrées à Montpellier ne fussent pas reconnues pour titre suffisant. Il pensait, ajuste raison, que, son intention étant de se fixer dans les États pontificaux italiens, un diplôme obtenu devant une Université considérée comme française, mais en plus pontificale, aurait une bien plus grande valeur. Le secrétaire de l'Université lui répondit qu'il pouvait venir subir les examens habituels, et que, s'il était reconnu capable, il serait reçu au titre d'étranger.

Chaque leçon des professeurs durait au moins une heure ; la première moitié était consacrée à la dictée du cours, la seconde aux explications qui s'y rapportaient. Les professeurs devaient faire eux-mêmes leurs leçons et ne pouvaient se faire remplacer sans une autorisation spéciale du primicier. On n'a pas oublié, à cet égard, le bref d'Alexandre VI du i3 septembre 1493. La dérogation autorisée par une autre déclaration du même pape, à la date du 18 juin 1498 et inscrite dans les statuts de 1 5o3, n'avait été que temporaire, et Léon X, par son bref du i3 février 1 5 14, avait remis la prescription dans toute sa vigueur (1). Cette prescription n'était pas d'ailleurs exclusive à notre Université : celles de France y étaient soumises également. Nous savons combien la Faculté de Paris était rigoureuse sur ce point (2). Celle de Montpellier, sur laquelle la nôtre avait toujours cherché à se modeler, avait promulgué, le 8 septembre 1732, un règlement dont l'article 19 frappait les professeurs d'une amende de trois livres pour chaque leçon manquée, hors le cas d'absence forcée ou d'empêchement légitime. Le manquement aux actes y était également punie des mêmes peines pécuniaires et avec la même rigueur qu'à Avignon.

Cette discipline sévère pour les maîtres se retrouve à toutes les époques de l'histoire de notre Faculté. Viennent même les jours pénibles et de désespérance, si le courage tend à faiblir, le primicier est là pour le relever et raviver l'ardeur de chacun. Ainsi, au milieu de la tempête, quand sous la nuit noire le vaisseau menace d'être submergé et que l'équipage en détresse, las de lutter contre les éléments déchaînés, se résigne à périr, le capitaine debout ranime les défaillances, encourage les forts, réconforte les faibles, et par sa fermeté obtient de tous un dernier effort qui sauve le navire. C'est une phase au moins aussi critique qu'eut à traverser l'Université d'Avignon pendant le cours des années 1768 et suivantes.

Louis XV, à la suite d'incidents dont nous n'avons pas à faire le détail, avait réuni les États d'Avignon et du Comté-Venaissin au domaine de sa couronne. L'exemple de Louis XIV avait ainsi porté ses fruits. Mais l'annexion avait été surtout préjudiciable à l'Université. Les édits de mars 1769 lui avaient porté les plus terribles coups, en lui enlevant successivement la noblesse au premier degré attachée au primicériat, la propriété des greffes du Comtat, concédée par les papes pour le salaire des professeurs, et en abolissant aussi ]e tribunal des

(1) Voy. dans le tome Ier de notre Cartulaire, pages 174, 192 et 207, la reproduction in extenso des brefs d'Alexandre VI et de Léon X dont il est ici question. Voy. aussi pag. 42 de cet ouvrage.

(2) Voy. page 42.

conservateurs des privilèges de l'Université, bien que celui-ci eût été jion seulement confirmé par tous les papes régnants, mais encore reconnu en diverses circonstances par les rois de France, comme en témoignaient leurs lettres patentes.

Cette perte de ses privilèges les plus importants Pavait frappée comme d'une sorte d'arrêt de mort, et jamais période de son existence ne fut plus lamentable que celle qui suivit immédiatement ces édits. Que les temps étaient maintenant changés ! L'Université n'avait plus que le souvenir de ce qu'elle avait été autrefois, et celui qu'on était convenu d'appeler le plus grand et le plus bienfaisant des monarques était le même qui l'avait le plus irréparablement ruinée ! Les solennelles lettres patentes de Louis XIV, les arrêts obtenus de son Conseil d'Etat contre les Universités rivales et enregistrés dans les divers parlements du royaume, étaient désormais sans valeur, propres tout au plus à rappeler la gloire passée de l'Université avignonaise. Déjà, on ne venait presque plus se faire graduer devant une Université qui n'avait plus de crédit. Découragés par la perte des avantages attachés à leur profession, refroidis dans leur zèle, en présence du petit nombre d'élèves qui fréquentaient les classes, les professeurs perdaient toute ardeur à les instruire et, désertant leurs obligations professionnelles, semblaient prendre leur partie de la ruine commune. Mais alors sur ce navire désemparé et presque en détresse se fait entendre la voix forte et persuasive du primicier de Poulie. Écoutons les sages conseils et les paroles réconfortantes qu'il fait entendre aux maîtres, lorsque, le 5 juin 1770, il remet le pouvoir aux mains de son successeur :

« Représentez à MM. les professeurs, lui recommande-t-il, combien « il importe qu'ils raniment leur ardeur; ils doivent leur talent, leur « science et leur exactitude au plus petit nombre comme au plus grand . « Rien ne doit les dégoûter. J'ose même dire qu'il est de leur devoir « de se présenter dans les classes quand ils devraient y être seuls. Le « public verra toujours la porte des sciences ouverte, des professeurs « établis et prêts à enseigner les gens de bonne volonté. Que les pro- « moteurs soient attentifs à ne présenter pour les grades que des sujets a instruits, et que dans la récitation des points, qui est la principale s chose qu'on leur demande, ils soient dressés de façon à ne pas faire « rougir celui qui les présente et ceux qui les écoutent. Repoussez, « Monsieur, ceux qui ne sont pas sans reproches du côté de la vie et « mœurs ou qui n'ont pas soin de leur bonne renommée ( 1 ) . »

De telles exhortations, faites avec l'autorité qui s'attachait non pas seulement au personnage officiel, mais surtout aux qualités et au carac-

(1) Archives de l'Université d'Avignon, D. 42, fol. 46.

tère de l'homme, produisirent leur effet : on vit renaître l'espérance, les cœurs furent relevés, les esprits reprirent l'empire d'eux-mêmes. On se redressa devant la tourmente, et quand l'orage se fut dissipé, qu'Avignon et le Comtat Venaissin furent rentrés sous la domination du St- Siègedo avril 1774) (1), M. de Poulie, alors auditeur général de la légation et primicier pour la deuxième fois, put, en félicitant l'Université d'être rentrée elle aussi dans la possession de ses droits séculaires (2), — ce à quoi n'avait pas peu contribué le soin qu'avait pris l'Université de continuer ses leçons et ses exercices, malgré les difficultés qu'elle avait rencontrées, — put, disons-nous, rappeler aux docteurs agrégés et aux professeurs qu'il y a non seulement de l'honneur, mais souvent du profit à ne se point laisser abattre dans l'adversité et à lutter toujours et quand même contre la fortune contraire.

En même temps que le primicier tenait la main à ce que les professeurs fissent régulièrement leurs leçons, il ne veillait pas moins à ce qu'ils y apportassent dans cette période, comme dans les précédentes, toute la décence requise. De nombreuses délibérations furent prises à ce sujet et notamment celle du 24 mars 1750, enjoignant à tous les régents de paraître aux leçons et aux actes en robe et en rabat et, ce qui convenait à la gravité des fonctions doctorales, de porter toujours la chevelure, qu'elle fût naturelle ou artificielle, sans bourse et sans attache, et de ne jamais s'y présenter avec la canne. Quant à ceux qui en public avaient le droit, comme les argumentateurs, de parler la tête couverte, ils ne devaient pas négliger de porter leur bonnet, cette marque honorable et distinctive de leur état.

Entre temps, une petite révolution se produisit dans les qualifications données aux agrégés des diverses Facultés. Ceux de la Faculté de droit, jaloux avant tout de leurs prérogatives honorifiques, voyaient non sans dépit que, sur les dédicaces imprimées des thèses, on donnait indifféremment le titre d'illustris aux agrégés en médecine comme à eux-mêmes. Ils en firent même l'objet d'une délibération, dans laquelle ils conclurent à l'unanimité, avec l'approbation du primicier (24 octobre 1774), (lue les qualifications de nobilis et dCillustris ne serait plus attribuées à l'avenir qu'aux seuls agrégés en droit et que ceux en médecine auraient seulement celles de nobilis et dfegregius.

Certes, ces qualifications de nobles et égrèges convenaient bien à nos médecins, par la noblesse de leurs sentiments, la dignité de leur vie,

(1) L'occupation française des provinces pontificales avait duré près de 6 ans (du Ier juin 1768 au 10 avril 1774).

(2) Par décision de l'archevêque François -Marie de Manzi du 25 avril 1774.

312 v ORIGINES ET ORGANISATION

la rectitude de leur conduite, non moins que par leur amour de la science et leurs capacités professionnelles ; mais il en est une autre qu'ils méritaient au moins à autant de titres, c'est celle de religiosi. A notre époque où matérialiste semble l'épithète obligatoire de médecin, on aura sans doute peine à comprendre que, pendant) de longs siècles, cette qualification eût été repoussée avec indignation par tout membre de cette profession à qui elle aurait été appliquée. On ne pensait pas alors que la connaissance de l'organisme humain, de son fonctionnement à l'état de santé et de maladie, fût incompatible avec la foi, et, à côté de la matière inerte et inanimée, on admettait l'esprit qui l'anime et la vivifie. Et comme tout se touche dans le domaine de la foi, Dieu était inséparable de son Église, et la croyance en l'un impliquait l'obéissance à l'autre et le respect pour tous ses enseignements. Ce culte de Dieu, cette respectueuse soumission au pape, son représentant sur terre et le chef de son Église, s'épanouirent magnifiquement dans notre Université à toutes les époques de son histoire. Il est inutile de revenir sur un point que nous avons déjà suffisamment développé.

Nous ajouterons seulement qu'à cet égard l'édit de 1707, sorte de sécularisation des écoles de médecine, ne changea rien dans celle d'Avignon. Elle resta profondément religieuse et ultramontaine, aussi bien dans ses pratiques journalières de dévotion que dans son enseignement et ses manifestations publiques et solennelles.

Cette religiosité des médecins leur donnait d'ailleurs une influence sociale immense. Leurs sentences étaient des oracles qui commandaient une obéissance aveugle. Le biographa de César de Bus raconte que, ce religieux étant tombé malade le jeudi-saint de l'année 1604, Louis Ribère, docteur agrégé, son médecin, lui ordonna de rompre, dès le lendemain, son jeûne ; ce qu'il fit sans hésitation. Et quand, le jour de Pâques, revenu complètement de son indisposition, il était visité par le même praticien, et que celui-ci lui disait : a Je demeuray avant hyer fort estonné, mon père, de ce que vous fustes si prompt à m'obeyr, vous ordonnant de manger de la chair un vendredy-sainct, pour un peu de mal qui se trouva en vous, » il répondit : « Comment ! mais nous faisons cas céans des ordonnances du médecin comme de celles de Dieu ! »

L'esprit philosophique du XVIIIe siècle, alors même qu'il était le plus en vogue en France, ne pénétra jamais dans la Faculté avignonaise, et nous la voyons même, quelques années à peine avant le grand orage qui la fit disparaître, fournir un nouveau témoignage de sa dévotion au St-Siège ; témoignage d'autant plus sincère qu'il fut plus spontané, car c'est sur les seules sollicitations de sa conscience que, le

24 septembre 1782, Pierre-Celse Gautier, doyen de la Faculté, demanda qu'à Tinstar de ce qui se faisait dans la Faculté de droit, les régents en médecine entrant en charge fussent mïs en demeure de prêter préalablement le serment prescrit par la bulle de Boniface VIII à tout maître qui voudrait enseigner dans cette Université. Il ajouta, et c'est ici que se manifeste toute la spontanéité de la proposition, qu'il n'avait jamais eu connaissance qu'à aucune époque le dit serment, dont la teneur est spécifiée dans la bulle, eût été prêté par les docteurs en médedecin; mais que, néanmoins, comme les abus, quelque invétérés qu'ils soient, ne peuvent jamais prévaloir contre une loi si positive, il y avait lieu de s'y conformer. Ce qui fut fait à partir de ce jour.

Dans cette période encore, la Faculté se signale par son zèle à n'admettre au doctorat que des sujets dont la moralité fût à l'abri de tout soupçon, de même qu'elle continue sa guerre séculaire contre le charlatanisme et l'exercice illégal de la médecine, absolument d'accord, en cela, aussi bien avec ses principes traditionnels qu'avec les prescriptions de l'édit de 1707. C'est à ce sentiment qu'elle obéit lorsque, le 22 janvier 1788, elle refusa d'admettre aux examens de la licence et du doctorat un certain Jean Lambert de Macé.

Qui ne se rappelle cette scène du Malade Imaginaire (acte III, scène XIV) où Toinette, déguisée en médecin, dit à Argan émerveillé :

« Je suis médecin passager, qui vais de ville en ville, de province en province, de royaume en royaume, pour chercher d'illustres matières à ma capacité, pour trouver des malades dignes de m'occuper, capables d'exercer les grands et beaux secrets que j'ai trouvés dans la médecine. Je dédaigne de m'amuser à ce menu fatras de maladies ordinaires, à ces bagatelles de rhumatismes et de fluxions, à ces fièvrotes, à ces vapeurs et à ces migraines. Je veux des maladies d'importance, de bonnes fièvres continues, avec des transports au «erveau, de bonnes fièvres pourprées, de bonnes pertes, de bonnes hydropisies formées, de bonnes pleurésies avec des inflammations de poitrine ; c'est là que je me plais ; c'est là que je triomphe; et je voudrais, Monsieur, que vous eusssiez toutes les maladies que je viens de dire, que vous fussiez abandonné de tous les médecins, désespéré, à Fagonie, pour vous montrer l'excellence de mes remèdes, et l'envie que j'aurais de vous rendre service. »

Ce portrait, si nous nous en rapportons à la délibération que nous allons reproduire, convient trait pour trait à ce Lambert de Macé :

« L'an mil sept cent quatre-vingt-neuf et le 22 janvier, du consen- « tement de noble et périllustre seigneur, messire Paul-Louis de a Bruneau, docteur ès-droits agrégé, primicier, recteur, juge et conser-

« vateur des privilèges de Palme Université, de l'étude générale de la « présente ville d'Avignon, Messieurs les docteurs agrégés en la Face culte de médecine de la dite Université étant assemblés sur les cinq a heures et demie du soir, pro urgentibus, dans une salle basse de la « maison d'habitation de Jean-Claude Pancin, docteur agrégé, profesa seur et régent ordinaire de la dite Faculté, où ont été présents les « dits Pancin, premier professeur, et nobles Jean-Baptiste-Joseph de « Gastaldy, Isidore-Dominique de Vicary, professeur d'anatomie, et « Antoine-Joseph Joubert, tous docteurs agrégés de la dite Faculté de « médecine, les autres ne s'y étant pas rendus, quoique bien et due- <c ment convoqués ;

« Auxquels dits sieurs assemblés le dit sieur Pancin, premier pro- « fesseur, a dit que peu de temps après que le dit sieur Jean-Lambert a de Macé, du lieu de Bucey en Franche-Comté, au diocèse de Besan- « çon, a eu pris les grades de maître es ans et de bachelier en méde- « cine dans cette Université, le dit sieur premier professeur aurait « appris, avec autant de surprise que d'indignation, que le dit sieur « Lambert de Macé, qui vient aujourd'hui se présenter pour être admis « à soutenir sa thèse de licence et ensuite celle de doctorat, se serait a rendu indigne de cette prétention et mis dans le cas d'en être entiè- « rement déchu, par des actes de charlatanisme qu'il aurait faits à a Beaucaire pendant la dernière foire; que le dit sieur premier profes- « seur se serait même procuré un exemplaire des billets ou affiches a imprimés où le dit sieur Lambert de Macé fait un étalage pompeux « de prétendues cures opérées par la vertu de ses arcanes ; que, la Face culte ayant toujours banni de son sein des sujets de cette espèce qui « sont le fléau de l'humanité, il avait cru devoir faire part de cette déa couverte aux dits sieurs assemblés, ne doutant pas de leur empresse- « ment à le seconder, d'autant plus que, son sentiment étant tonde sur a l'exécution des statuts de |a Faculté, qui excluent entièrement des <» grades et honneufs de son corps tout individu qui s'en sera rendu « indigne, surtout par des démarches de cette nature, ce serait se faire « un tort irréparable que de passer outre à l'admission d'un candidat « tel que le dit sieur Lambert de Macé, et que par conséquent il dé- « clarait s'y opposer, ainsi qu'il s'y oppose formellement. Et ayant « exhibé le dit billet ou affiche imprimée aux dits sieurs assemblés, a ceux-ci convaincus de la vérité du fait ont remercié le dit sieur pre- « mier professeur des soins et peines qu'il a bien voulu se donner « dans cette occasion, déclarant y avoir lieu au refus d'admission du « dit sieur Lambert de Macé aux dits grades de licence et de doctorat; « et en conséquence, après avoir opiné l'un après l'autre, ils ont una- « nimement conclu et délibéré de s'opposer à toute démarche du dit

« sieur Lambert de Macé, tendante à l'obtention des dits grades de « licence et de doctorat en médecine, et même de lui rendre la « somme par lui consignée pour l'obtention des dits grades. Et pour « constater d'une manière plus authentique la vérité -du motif qui dé- « termine les dits sieurs délibérants à exclure le dit sieur de Macé des « grades de licence et de doctorat, le dit sieur premier professeur « aurait remis à nous pro-secrétaire le dit exemplaire imprimé des a dites affiches, requérant qu'il soit inséré à la suite de la présente dé- <c libération et intercalé dans ce présent livre (1). »

Où trouver mieux que dans cette délibération un argument plus décisif contre ceux qui ont accusé notre Faculté de vénalité dans la concession des grades. Et ici encore avait-elle affaire peut-être à un candidat en définitive capable ; mais notre Faculté pensait que ce n'est pas seulement par la science que le médecin doit être recommandable, mais encore par la dignité de sa vie, et que le savoir n'est rien sans les bonnes mœurs. En revanche, cette exigence dans la moralité de ses candidats lui donnait bien le droit d'user de la même rigueur vis-à-vis de ceux qui pratiquaient l'exercice illégal de la médecine.

L'édit de 1707 avait affirmé plus énergiquement encore ce droit, s'il est possible. Mais en même temps les idées s'élargissent, ce n'est plus une guerre mesquine et de parti pris ; on raisonne les attaques, et on ne sévit plus qu'à bon escient. Les chirurgiens ne sont plus molestés par cela seul qu'ils sont réputés praticiens d'un ordre social inférieur; mais on tient compte de la capacité, de la réputation, et, si la Faculté frappe encore de ses foudres, ce ne sont plus du moins que les incapables et les ignorants qu'elle atteint. Si elle est plus rigoureuse vis-à-vis des apothicaires, c'est qu'ici elle n'a plus de distinctions à faire. Aussi lorsque, excédant leur rôle détenir boutique ouverte de médicaments, ils font œuvre de médecins, la Faculté ne manque jamais d'opposer son veto, pas plus qu'elle ne laisse passer la,*noindre occasion de réduire leurs prétentions, dût-elle même pour cela appeler à son aide des gens de profession similaire avec lesquels les apothicaires étaient souvent en querelle : nous avons nommé les droguistes et les épiciers.

Il nous reste même de cette manœuvre, qu'on ne qualifiera pas, nous l'espérons du moins, de déloyale, un curieux document écrit. C'est une attestation délivrée le 4 février 1779, par le primicier, en faveur de ces derniers et qui certifie que jamais la Faculté n'a eu à se plaindre de ces honnêtes industriels, et qu'on a pu toujours leur acheter de confiance les drogues et médicaments tenus dans leur boutique ; que

(1) Archives de l'Université d'Avignon, D. 156. Le prospectus imprimé est, en effet, annexé comme pièce justificative à cette délibération.

Si6 ORIGINES ET ORGANISATION

leur industrie enfin est éminemment utile aux malades pauvres auxquels ils rendent les plus grands services (i).

Tels sont les faits de quelque importance qui ont marqué l'histoire de la Faculté de médecine d'Avignon pendant la seconde moitié du XVIIIe siècle. Il en est cependant quelques-uns que nous avons passés volontairement sous silence, non que nous les ayons jugés indignes d'être rappelés, mais bien plutôt parce que ces événements sont tellement au-dessus de ceux qui ont fait la matière de ce chapitre, que l'un d'entre eux a eu notamment pour effet d'apporter de tels changements dans la constitution politique de cette Faculté, qu^l nous a paru nécessaire de les expliquer tout au long et de les traiter à part. C'est donc à décrire ces événements que nous concacrerons le chapitre suivant. Nous y verrons comment la Faculté, aux prises avec des difficultés inextricables, trouva dans sa persévérance, dans sa sagesse et dans son bon droit le ressort nécessaire pour triompher de tous les obstacles et finalement avoir raison d'antagonistes puissants, contre lesquels il n'avait pas paru peu téméraire de vouloir engager la lutte.

Mais il nous reste, avant d'aborder ce sujet, à affirmer la vitalité de la Faculté pendant cette dernière période, et nous puiserons maintenant encore les éléments de cette affirmation dans le nombre des étudiants présents, dans le chiffre des gradués, dans le nombre et la valeur des agrégés reçus et la réputation des professeurs. Nous reprendrons ainsi la série des indications que nous avons données pour le demi-siècle précédent.

(i) « Aitestatio primicerii in favorem des droguistes et épiciers, civitatis Avenionensis, qua testatur iîlos semper in vendendo bene et honeste gessissc. »

a Nos Carolus Maria Aubert, primicerius, etc.. testamur et omnibus ad quos a attinuerit certura facimus medicarum rerum et aromaticarum mercatores vulgo « dictos droguistes et épiciers in hac civitate apothecam et tabernam ordinarie « habentes apertam, se bene semper merces suas quas respective capitaliter cons- « tituunt negotium, tam generatim quam singulatim vendendo, laudabiliter et ho- « neste gessisse ; nec nobis unquam innotuisse quod de ullo relative ad res « medicas ab illis venditas fuerit conquestum, nec ex parte medicorum, nec « ex parte civium emptorum; quin imo illorum hune commercii ramum omnibus « civium classibus, sed maxime inopi, perutilem fuisse, esse et fore semper « existimavimus, quo et ipsi pauperes et vicinae pauperum domus possint sive « mineralia, sive vegetalia, simplicia et quascumque aromata ad sanitatem neces- « saria, modération pretio sibi comparare. In quorum fidem praesentes per « secretarium generalem Universitatis nostrse infrascriptum fieri et sigillo nos- « tro obsignatas expediri curavimus.

« Datum Avenione hac die 4 februarii 1779. Sigillentur Auber, piimicerius, « ChambaudjSecretariuSjCum sigillo. » Archives de l'Université d'Avignon, D. 13, fol. 194.

Nombre d'inscriptions

prises :

Années scolaires.

Octobre.

Janvier.

Avril.

Juillet.

Total des :

JO

3i8 ORIGINES ET ORGANISATION »

Ce qui nous donne, en effectuant les mêmes calculs que pour la période précédente de 171 6 à octobre 1750, un total de 1067 inscriptions et une moyenne annuelle de 7 étudiants, prenant chacun quatr.; inscriptions par an. Les noms les plus connus parmi ces étudiants sont: les Achard (Claude), de Marseille; Philippe Brouillard, de i'Isle ; Antoine Bertrand, de Marseille; Bonhomme Clément, d1 Avignon ; Chambaud Joseph, de l'Isle ; Antoine Demours, de Marseille; Félix Ignace, deMornas; Fusée-Aublet, de Salon; Gastaldy Jean-Baptiste et Gastaldy Jean-Bafniste-Joseph, d'Avignon ; Joubert Antoine ; Charles de La Font, d'Avignon ; Odde-Bonioty, de Pernes; Pierre- Barthélémy Pennierde Longchamps, d'Avignon; les deux frères Pa is, d'Arles; Pierre et François-Benezeth Pamard, d'Avignon; Albert Rame, de Nîmes ; Joseph Roulet, de l'Isle; Seux Vincent, d'Eygalières ; Jean-Baptiste Terris, de Bonnieux ; Vaton Jean-Pierre-Marie, de Vacqueyras; Isidore Vicary, de Châteaurenard ; Ignace Voullonne, d'Alicante, etc. (1).

Pendant la même période (1750 à 1790), 225 candidats furent reçus au doctorat, soit une moyenne de 6 par an (2).

Les agrégés reçus sont, de leur côté, au nombre de neuf. Leur collège comprend une moyenne de onze à douze membres (3).

Parmi les agrégés qui furent appelés à siéger comme professeurs sur les chaires de la FacuLé, il en est un de très grande réputation : nous voulons parler de Esprit-Claude-François Calvet, qui fut dans cette seconde moitié du siècle ce que Jean-Baptiste Gastaldy, père, avait été dans la première. A l'un comme à l'autre, et à chacun en son temps, la Faculté de médecine dut ses plus beaux (ours de prospérité. Aussi bien le nom de Calvet est-il aujourd'hui encore bien connu,

(1) Voy. à I'Appendice la liste des étudiants régulièrement inscrits sur les registres de la Faculté pendant le XVIIIe siècle.

(2) Le nombre des réceptions au doctorat à la Faculté de médecine de Paris pendant le XVIIIe siècle était annuellement, d'après Corlieu (loco citato), de 5 à 10 seulement; mais il est vrai, ainsi que le remarque cet auteur, qu'autrefois, bien que les docteurs régents eussent le droit d'exercer par toute la terre, ubique ter r arum ! ils ne quittaient Paris que dans des cas exceptionnels et fort rares; notre Faculté, au contraire, fournissait des praticiens, non seulement à Avignon et au Comtat-Venaissin, mais aux provinces françaises et même aux pays étrangers. Elle était à cet égard de tout point comparable à celle de Montpellier.

(3) Le collège des médecins agrégés de la Faculté se compose, par exemple, en juillet 1762, de onze membres ainsi rangés par ordre d'ancienneté : Joseph Gaspard Gautier, doyen ; François de Lafont ; Arnald-Gabrid-Michel Parrely ; Jean- Baptiste Gastaldy ; Pierre-Celse Gautier, professeur d'anatomie ; Jean-Joseph Athenosy ; Esprit Roux; Jean-François de Lafont ; Pierre-Louis Manne; Thomas Chappelin, professeur de botanique ; et Jean-Baptiste-Joseph Gastaldy.

et nous verrons que sa célébrité lui est justement acquise par des travaux de grande valeur.

De 1756 à 1772, renseignement de la médecine à Avignon se résume dans ce célèbre professeur, qui occupe tour à tour et avec un égal succès toutes les chaires et dont le dévouement aux intérêts de l'école ne se lassa jamais, Candidats au doctorat, candidats à l'agrégation, presque tous furent reçus par lui dans cet espace de plus de seize ans. Voici les chiffres, par année : 1756, deux grades conférés par lui; 1757, sept; 1758, seize grades, parmi lesquels le doctorat et l'agrégation de Jean-Baptiste Gastaldy, fils; 1759, sept grades ; 1760, un doctorat; 1761, cinq grades; 1762, douze; 1763, treize; 1764, onze; 1765, quatre; 1766, douze; 1767, neuf ; 1768, dix; 1769, six; 1770, quatre; 1771, six; 1772, neuf.

Lui-même raconte, dans l'un des manuscrits qu'il nous a laissés, que, lorsqu'il fut nommé premier professeur, il ne trouva qu'un seul élève suivant les leçons, mais que, ne se laissant pas décourager par cette circonstance, il s'adonna de tout cœur à l'instruction de cet élève, et que cette conduite porta bientôt ses fruits; car une année s^tait à peine écoulée,que les classes de médecine étaient fréquentées par de très nombreux étudiants et des candidats aux grades venus de tous pays : d'Allemagne, d'Angleterre, de Suisse, de Minorque, etc.. C'est dans le texte même qu'il faut lire cette déclaration : « Primarius medicinae professor nun- « cupatus, quo primum officii hujus obire munia docens aggressus « sum, unum dumtaxat in scholis reperi medicinae alumnum ; quem « tamen assiduis lectionibus erudire non dubitavi, imo potius opéra? « pretiumduxi, Moxsese docendum praebuit alumnus alter, atque vix « anno elapso, sensim continuaque successione permultos scholas « adeuntes eosque Universitati inscriptos circumspicere mihi licuit ; « exeinde crevit in dies tum alumnorum tune candidatorum numerus, « ita ut quam plurimi, non ab istis solum regionibus, sed Germani, « Angli, Helvetii, Italici, ac praesertim Magonenses ad gradus obtinen- « dos hune undequoque convenerint ; quod quidem ex actis Univer- « sitatis facile innotescit. »

Il nous dit, au même endroit, qu'il occupa cette chaire, qui lui avait été donnée à perpétuité, pendant dix-sept ans, se consacrant tout entier à l'instruction de ses élèves. 11 la quitta volontairement (volens ac li* bens deposui) le 25 mai 1772, à l'étonnement général (1).

Quelques années après, la chaire étant de nouveau devenue vacante,

(1) Historia quasdam de Facultate nostra ejusque quoad regimen nuperis mutationibus, folio 57 du tome Ier de ses oeuvres manuscrites : à la bibliothèque du Muséum Calvet, d'Avignon.

et spe doctoris eligendi jam sublata, dit Calvet, il fut décidé que chaque agrégé à son tour conférerait le doctorat aux candidats. Galvet eut donc ainsi l'occasion de paraître de nouveau dans les actes universitaires. La première promotion qu'il fit fut celle d'André Julian, de Pernes (3 décembre 178 1), et il continua Tannée suivante par trois nouveaux candidats.

On peut dire que les candidats choisissaient Galvet entre tous pour promoteur, non seulement à cause de la valeur des thèses qu'il faisait soutenir, mais encore par le brillant de la soutenance ; car, chez lui, le culte des belles-lettres s^alliait à la rigueur scientifique des épreuves. Discours adressés au candidat, harangues au primicier et au chancelier, tout est empreint d'un cachet littéraire de premier ordre. Qu^n relise ces magnifiques pages dans le tome Ier de ses manuscrits, et on se convaincra de l'exactitude rigoureuse de cette appréciation.

De même, quand il s'agit de discours à prononcer pour l'agrégation d'un nouveau collègue, pour sa propre élection, en qualité de professeur, etc., etc., la forme exquise répond toujours à la solidité du fond(i). «

(1) Voy. notamment au tome Ier de ses œuvres manuscrites : i° « Gratulatio ad medicorum collegium qua prima vice argumenta pro munere « proposui in magna cancellariae aula (1749). ■

20 « Ad illustrissimum dominum Manzi archipraesulum, cum sibi a summo « pontifice recens concessa sede arch., primum cancellarii munere functus est. « in admittendo doctore. »

3° « Ad collegium doctorura I. U. aggregatorum, praeside primicerio, cum « mihi prima vice ad triennium collatum fuit primarii professons munus, die <i 10 mensis martii 1756. »

40 0 Ad eosdem, ob de novo collatam ad triennium primariam facultatis me- « dicinae cathedram, die 19 aprilis 1759. *

5° « Ad eosdem tertium accepto ad sexcennium eodem officio die 3 maii « 1762. »

6° « Ad eosdem quartum accepto ad vitam eodem officio die 24 martii 1768. » 7° « Oratiuncula laudatoria et gratulatoria ad collegium doctorum medicorum a aggregatorum in aedibus meis de more atque jure convocatum pro coopta- « tione domini Johannis Baptistae Josephi Glstaldy in praedictum collegium, die « 70 mensis septembris 1758 » Ce sont des compliments et des éloges sur les mérites du candidat et de sa famille.

En voici la conclusion : « ....Ideoque aggregandum censeo praedictum nobilem et egregium dominum J.-B. Josephum Gastaldy, laetorque vehementer quod in hoc mihi detur occasio publicam exhibendi significationem mei erga illum animi, meaeque erga parentem observantiae. » 8° Id. pour Pennier de Longchamps, die 2° julii 1762.

9° Id. pour Isidore-Dominique Vicary, die 5 novembris 1767. Voici ce discours à titre de spécimen :

L'influence d'un tel esprit se#fit sentir sur ses collègues qui, à leur tour, s'étant pris d'une belle passion pour tout ce qui touchait aux lettres, se firent agréger à la Faculté des arts. Lui-même leur en donna

Viri clarissimi :

« Jure sibi gratulatur Academia nostra quod in sinu suo semper complexa fuerit medicos maximi nominis qui et urbis gloriae et civium saluti sedulo invigilarent. Nihil profecto splendori huic detraxerunt viri eximii collegium nostrum hodierna die constituentes. In iis nempe nunc sicut antehac eminent virtutes egregiae, quse magnos in arte medendi viros efficiunt ; sed aggregatorum numerum imminuit damnosa dies; multos scilicet ex extraneis deterruit iniquitas temporum, nonnullos e nostris rapuit heu! saeva lethi nécessitas. In illa collegiatorum penuria, si quid dolorem nostrum de extinctis lenire valet, de absentibus desiderium compescere, illud estsane, quod scilicet aggregandos sese praebeant viri iis ornati dotibus qui amissorum locum et gloriam retinere possini, idque attulit hodierna eademque faustissima dies. Nobilis et egregius vir dominus Isidorus Dominicus Vicary, Castrarenardensis diocesis Avenionensis, jamdudum hujusce Facultatis doctor, in nostro collegio ambit cooptationem. Is diu apud Monspelienses medicinas operam dédit. Cum deinde Parisiis purissimos quidem sed et famosissimos medicinas fontes per multos annos haurire non timuit, in eo mirati sumus precocem judicii maturitatem, in aetate juvenili levitatem nulhm, gratam semper et elegantem morum urbanitatem, ingenium acre, prudentiam atque modestiam grato conjunctas consortio, nec eximia doctrina imminutas. Nec sane mirum quod virtus ipsi contigerit ante diem, cum monitis et exemplis hune assiduo erudierit parens optimus atque integerrimus cujus virtute familia, civibus, amicis clarissima,amorem omnium et observantiam sibi demereatur. Hoc nixus judicio non mirum est, viri clarissimi. si eum fidenter adeo dignissimum affirmem qui collegii nostri socius adscribatur ; totque ac tam variis nominibus non spero solum sed etiam polliceor fore ut laudatus vir huicce Académies nostrae multum decoris collaturus sit ; ideoque aggregandum censeo prasdictum nobilem dominum Isidorum Dominicum Vicary, solutis tamen prius solvendis, atque vehementer laetor quod moxsit in Academia socius qui fuit antehac in scholis discipulus. » io° Id. pour Jean-Claude Pantin, die 16 novemb. 1767. it° Id. pour François de Belgarric, die 16 novemb. 1767. 12° Id. pour Ignace-Vincent Voullonne, 25 novemb. 1767. 130 Id. pour Laurent Joubert, die 7 julii 1768.

Dans tous ces discours et harangues, Calvet ne se borne pas à des compliments, il traite à la suite un sujet médical ou adapté à la circonstance : parallèle d'Hippocrate et de Sydenham, tableau du charlatanisme médical, éloge de Boeerhaave, aperçu sur la doctrine de Descartes, philosophie d'Erasme, etc., etc. Ces discours sont toujours précédés d'une formule de politesse à l'adresse des assistants :

« Archipraesul illustrissime, neenon Cancellarie reverendissime, Primicerie perillustris, Decane venerande, Viri Patres, cseterique omnium ordinum auditores ornatissimi atque spectatissimi, etc. [explicit oratio). »

Nous aurons l'occasion de revenir sur les discours académiques de Calvet. lorsque nous traiterons de l'enseignement donné par notre Faculté au XVIIIe siècle.

l'exemple, et, le 20 mai 1762, il prit cette agrégation, en même temps que deux autres médecins : Jean-Baptiste Gastaldy fils, et Jean-Baptiste-Joseph Gastaldy.

Ce fut, comme nous l'avons dit, le 25 mai 1772, que Galvet résigna ses fonctions de premier professeur et fut remplacé par Isidore-Dominique Vicary, élu pour trois ans. Une note, placée en regard de cette élection dans les registres de l'Université, nous indique à quelles causes apparentes la Faculté attribuait la retraite de son prédécesseur: a M. Galvet se trouvait accablé par le nombre des malades dont il « avait la confiance et lui-même ne jouissait pas d'une santé parfaite; « comme cette santé pourrait diminuer encore s'il était obligé de rema plir la chaire de professeur...., il prit le parti de se démettre de cette a fonction. Le primicier ajouta que, quoiqu'il fût flatteur d'avoir pour « professeur un homme si connu de tous les savants et agrégé dans a les académies les plus fameuses, avec lesquelles il avait les relations « les plus intimes, il valait cependant mieux conserver un tel citoyen à « la patrie que de l'exposer à cesser de l'être par un surcroît de peine. »

Les successeurs de Calvet dans les diverses chaires avaient presque tous été ses élèves; ils en reproduisirent les méthodes et l'enseignement. Mais celui qui refléta plus particulièrement la pensée du maître fut Ignace-Vincent Voullonne, tour à tour professeur d'anatomie, de pathologie et de botanique pendant les dernières années que vécut l'école d'Avignon, et dont les ouvrages, aujourd'hui encore hautement appréciés par ceux qui les lisent, en furent comme le chant du cygne (1).

La seconde moitié du XVIIIe siècle ne fut pas non plus stérile pour la corporation des chirurgiens avignonais. C'est notamment dans cette période que leur organisation en maîtrise devint effective et qu'ils furent en état de poursuivre l'exécution des articles de leurs statuts.

Bien que ceux-ci eussent été promulgués, approuvés et confirmés dès le 24 juillet 1700, par le vice-légat Antoine Gualterio, leur mise à exécution n'avait pas été sans rencontrer les plus grandes difficultés, et les abus n'avaient cessé de se produire, surtout en ce qui concernait la pratique illégale de la chirurgie-barberie, par les perruquiers et les taffetassiers.

A cette lutte incessante, à ces procès sans nombre qu'elle avait engagés contre les délinquants, la corporation n'avait en fin de compte rien gagné, sinon de vider la bourse commune et de se couvrir de dettes, malgré les contributions successives qu'elle s'était imposées, les dons

(1) Voy., pour les ouvrages de Voullonne, le tome IIe de cette histoire.

qu'elle avait reçus et l'aliénation de quelques biens-fonds qu'elle possédait.

A bout de ressources et en désespoir de cause, devant l'insuffisance de l'autorité des vice-légats pour maintenir leurs privilèges et sauvegarder leurs droits, les maîtres-chirurgiens avaient songé en 1704 (délibération du 9 décembre) à s'adresser plus haut et à solliciter du pape un bref de confirmation de leurs statuts. Peut-être que devant l'oracle de Sa Sainteté chacun s'inclinerait et que des jours meilleurs viendraient enfin à luire pour la corporation. Mais recourir à Rome était toujours une bien grosse affaire. Il en coûtait lourd en frais de procédure et en épices, sans compter que les requêtes et les procès s'y éternisaient, souvent pour ne plus aboutir, pour peu qu'un simple monsignor employé dans l'affaire se jugeât insuffisamment régalé. Estce là le motif des atermoiements de la corporation et de son indécision, qui dura plus d'un demi-siècle ; ou faut-il n'y voir que le témoignage d'une patience et d'une longanimité à toute épreuve de la part des maîtres-chirurgiens? Qu'importe, alors surtout que nous déclarons le problème insoluble ? Ce qui reste indubitablement acquis, c'est que ce ne fut en réalité que le 14 juillet 1758 cjue les maîtres réunis votèrent à l'unanimité d'en appeler au Saint- Père dans le plus bref délai, « faisant tous actes nécessaires pour cela sous les hypothèques et obligations usitées (1). »

(1) « Ce jourd'huy quatorzième juillet mil sept cent cinquante-huit, les maîtres chirurgiens, duement convoqués, se sont assemblés en corps dans la salle haute des RR. PP. Carmes, lieu accoutumé, et a été unanimement délibéré de nouveau, et en tant que de besoin, de faire autoriser en cour de Rome les estatuts du corps de MM. les maîtres-chirurgiens de cette ville d'Avignon pour leur entière observance, et à cet effet de les faire vidimer. « Plus, a été délibéré, etc....

« Plus, il a été unanimement délibéré que, le père et le fils étant tous les deux maîtres restant ensemble, nul des deux maîtres ne pourra transférer son privilège pour faire travailler en son nom, comme aussi celuy qui aura fermé boutique ne pourra louer ny arrenter son privilège.

« Plus, etc

« Et, de plus, ont unanimement de nouveau donné pouvoir à Messieurs les maîtres-jurés et à M. le Procureur, tant conjointement que séparément, de poursuivre ladite autorisation en cour de Rome, tant desdits estatuts que de la présente délibération ; d'employer à cet effet toutes les personnes qui seront nécessaires et de faire tous les frais convenables et d'emprunter, en constitution de pension, les sommes nécessaires pour le tout, et ont donné pouvoir auxdits sieurs députés, ou à la majeure partie d'eux, de passer tous les actes nécessaires sous les hypothèques et obligations usitées, et faire pour le tout ce qu'il sera requis en la meilleure forme ; et se sont tous signés :

Cette fois, du moins, ils marchèrent sûrement, avec l'appui bienveillant du vice-le'gat Passionei, qui, prenant sérieusement leur cause en main, non seulement rédigea un rapport absolument favorable à leur demande, mais les soutint encore de tout son crédit auprès de la Sacrée Congrégation.

Il n'est pas douteux que ce ne soit au moins autant à cette puissante intervention qu'à la bonté de leur cause, que les maîtres-chirurgiens durent le succès de leur dernière démarche; succès qui fut en effet complet, car un rescrit de la Sacrée Congrégation, rendu à la date du 18 août 1759, approuva les statuts dans toute leur teneur et leur donna toute sanction pour en rendre l'observation inviolable (1).

Alors, en conformité de ce rescrit, le même vice-légat promulgua à son tour, à la date du i3 octobre suivant, une ordonnance qui portait à la connaissance de tous la décision souveraine.

Le lecteur nous saura gré de la mettre sous ses yeux :

« Le corps des maîtres-chirurgiens de cette ville nous a fait représenter, qu'ayant reconnu qu'on donnait atteinte depuis longtemps à la

«Curade, doyen; Bonhomme,/»^; Bastide ; Pamard, père ; Bonhomme, fils ; Pamard.yz/s ; Allemand ; Giraud ; Brunel ; Sauvan ; Yves ; Brouillard ; Sivrac ; Fabre ; Taranger ; et moi, François Cambaud, je m'oppose à la délibération cidessus, signe: Cambaud. J'approuve la délibération sus-énoncée et je m'oblige à contribuer pour ma portion. En foy de quoy me suis signé : Fortunet.

Signé : Poncet, secrétaire. »

[Livre des délibérations pour le corps des maîtres en chirurgie de cette ville. Ms. 1785).

(1) Teneur du rescrit de la Sacrée Congrégation : « La sacrée Congrégation des Éminentissimes et Révérendissimes cardinaux députée pour les affaires et consultations de la ville d'Avignon et du Comtat- Venaissin, adhérant à l'information de Monseigneur le Vice-Légat, en date du 3 mars de cette année, par la teneur des présentes, de l'autorité apostolique qui lui est déléguée par N. T. S. P. le pape Clément XIII, a approuvé et confirmé les susdits statuts du Collège ou corps des maîtres chirurgiens de la ville d'Avignon, avec les réformations, déclarations et modifications nouvellement faites et ci-dessus exprimées, et leur a donné toute force et vertu efficaces, suppléant tous et chacuns les défauts, tant de droit que de fait, qui pourraient y être intervenus, quelque substantiels qu'ils puissent être. Mandant et ordonnant tout le contenu aux ^susdits statuts du corps ou collège des maîtres chirurgiens être perpétuellement et inviolablement observé par tous ceux qu'il appartiendra, tant de présent qu'à l'avenir, et qu'ils sortent leur plein et entier effet, suppléant même, en temps que de besoin, le consentement des absents, nonobstant toutes choses contraires.

« Donné à Rome, au Ouirinal, le 18 août 1759. Le cardinal Torrigiani. préfet; Lanfranc Mvttei, secrétaire, ainsi signés avec le sceau.

disposition de leurs statuts, quoiqu'ils eussent été ci-devant confirmés par les souverains pontifes Martin V et Sixte IV, ensuite patdifférents cardinaux-légats et enfin par M. Gualterio étant vice-légat en Tannée 1700, et surtout à ce qui est établi par l'article Ier, qui porte par exprès ce qui suit : « qu'aucun, de quelque état et condition qu'il soit, ne pourra tenir boutique de barberie en cette ville, ni icelle exercer publiquement ni secrètement, encore moins l'art de la chirurgie, qu'il n'ait passé maître dans le dit art (étant par ce moyen la barberie unie à la chirurgie), sous peine de dix écus du roi d'amende pour chaque fois que quelqu'un y contreviendra, la moitié applicable au fisc etPautre au corps des maîtres-chirurgiens» ; que par l'article XVII de ces mêmes statuts, il est encore porté a que nul empirique, soit homme ou femme, tant de la ville qu'étranger, ne pourra pratiquer, ni traiter publiquement ou secrètement, dans la dite ville, aucune maladie concernant la chirurgie sous la peine que dessus » ; que le dit corps, souhaitant de prendre des moyens convenables pour remédier aux abus qui s'étaient introduits, et procurer à l'avenir l'observation des dits statuts, aurait déterminé, par délibération du 14 juillet de l'année dernière 1758, de recourir à N. T. S. P. le pape, et de supplier très humblement Sa Sainteté de vouloir bien confirmer elle-même les dits statuts, sous » certains changements portés par la dite délibération, qui contient entre autres choses a que le père et le fils se trouvant tous les deux maîtres et habitants ensemble sous le même toit, nul d'eux ne pourra transférer son privilège pour faire opérer en son nom ; comme aussi celui qui aura fermé boutique ne pourra louer à d'autres son privilège, »

etc., etc Sa Sainteté, sur l'instance à elle faite,

auroit jugé à propos de renvoyer la confirmation des dits statuts à la Sacrée Congrégation d'Avignon, laquelle, reconnaissant lajustice de la demande, auroit par rescrit mis au pied du Vidimus ou extrait en probante forme des dits statuts et de la dite délibération, approuvé, autorisé et confirmé le tout, et, comme il importe au dit corps qu'un chacun soit informé des dispositions qui le concernent, ils nous ont supplié de vouloir bien en ordonner l'exécution.

« En pourvoyant aux susdites instances, ayant vu et examiné le Vidimus, ou extrait en probante forme des susdits statuts et de la délibération ci-devant mentionnée, ensemble le rescrit de la Sainte Congrégation d'Avignon, et désirant de faire mettre à due exécution les suprêmes intentions de Sa Sainteté, avons ordonné et ordonnons le tout être enregistré rière les actes des archives du Palais Apostolique de cette légation, et ensuite le dit rescrit et les ordres suprêmes y contenus être mis à due et entière exécution, selon leur forme et teneur, et le contenu aux 'susdits statuts être inviolablement observé, nonobstant

tout ce qui peut faire au contraire, à quoi nous avons expressément dérogé et dérogeons. Décernant en tant que de besoin toutes provisions en la meilleure et la plus ample forme.

« Et afin que les présentes soient notoires à un chacun, nous avons ordonné et ordonnons icelles être imprimées, publiées et affichées par tous les lieux et carrefours de cette ville accoutumés. Voulant que telles publications et affiches, ainsi faites, servent de personnelle intimation,

« Donné à Avignon, au Palais Apostolique, le 1 3 octobre 1759.

« S. P. Passionei, vice-légat.

« Jérémie, secrétaire d'État et archiviste. »

L'obtention de ces lettres patentes, qui mettaient la corporation à l'abri de toute contestation malveillante et validaient d'une façon définitive son existence, en tant que corps officiellement organisé et reconnu, fut pour elle un précieux encouragement.

Sûre désormais du lendemain, elle perfectionna son organisme intérieur, aussi bien au point de vue de sa constitution matérielle que de son fonctionnement comme corps savant. C'est pour répondre notamment à la bienveillance des pouvoirs publics et témoigner hautement de leur reconnaissance à leur égard, tout en agissant au plus grand profit de la corporation, que les maîtres-chirurgiens songeaient peu d'années après à établir à leur usage un St-Côme, qui, à l'instar du collège de chirurgie de Paris, serait le siège de la compagnie, et où se donnerait l'enseignement chirurgical. Dans ce but, ils s'ouvrirent de leur projet au Conseil de ville, auquel ils députèrent quatre maîtres chargés de faire aux consuls de très humbles représentations sur l'avantage de cet établissement pour le bien et l'utilité publics ( 1 7/3) Malheureusement, les finances de la ville n'étaient pas assez prospères, pour permettre d'en distraire les sommes qu'auraient nécessitées l'achat ou la construction d'un édifice à cette destination, et la corporation,de son côté, n'avait pas comme celle des chirurgiens de Montpellier, un Lapeyronie, sur la succession duquel ils pouvaient compter pour mener à bonne fin cette grande entreprise. Force leur fut donc de continuer à siéger, soit au couvent des Grands-Carmes, soit dans la maison du doyen, et à faire leurs leçons dans leurs domiciles privés ou dans une salle de l'hôpital.

Mais leur démarche même, non moins que le soin jaloux qu'ils apportaient aux intérêts du corps, témoignent des progrès moraux que la corporation avait faits. Sans doute, il était bien encore parmi eux quelques attardés de l'ancien régime persistant à faire fleurs

heures perdues la barbe et à accommoder les cheveux et les perruques, et demandant à être maintenus dans cet antique privilège ; mais le nombre en diminuait chaque jour. Depuis longtemps la qualification de barbiers avait été remplacée exclusivement par celle de maîtres-chirurgiens ; le corps lui-même n'était plus la corporation, mais, à l'instar des médecins, formait collège. La plupart se piquaient de connaissances littéraires et avaient étudié les arts libéraux, dont ils avaient conquis les diplômes.

Et ainsi Avignon n'avait pas été la dernière ville à obéir à la déclaration royale du 2 3 avril 1743, qui, en séparant à jamais les chirurgiens des barbiers, avait exigé des premiers une éducation libérale et des titres académiques.

De la même période date le sceau du collège. Nous avons la bonne fortune de pouvoir reproduire ici le procès-verbal textuel, et inédit avant nous, de la délibération dans laquelle sa fabrication fut décidée:

« Nota que le dizième jour d'avril de l'an 1777, les maîtres étant assemblés à la majeure partie, il fut proposé de faire graver un cachet aux armes de notre collège de chirurgie à l'instar de celles de France, avec la différence que dans le milieu de l'écusson, il y a une fleur de lys entourée d'une gloire (1), et que les nôtres sont deux clefs en sautoir, avec la tiare, étant les armes de notre Souverain, avec la légende suivante qui entoure l'écusson : « collegium chirurgorum avenionense », que tous les maîtres approuvèrent et me requirent de prendre acte de cette délibération et de faire mettre en exécution le plus tôt possible ce qui'venoit d'être délibéré. » a En foy de quoy me suis signé :

« Beauregard, syndic. »

(i)Le collège des chirurgiens de Paris portait, en effet, primitivement : d'azur aux trois boîtes d'argent posées 2 et 1 avec la devise : « CONSILIOQUE manuque. » Plus tard Louis XIII, qui avait une affection toute spéciale pour la corporation, parce qu'il était né le jour des saints Corne et Damien, le 27 septembre 1601 , fut admis comme membre honoraire de la confrérie et ajouta à leurs armes une fleur de lis d'argent, en abîme, c'est-à-dire au centre du blason. (A. Corlieu : L'ancienne Faculté de médecine de Paris, loco citato . )

Nous avons vu, d'autre part, dans une collection de faïences montalbanaises, appartenant à M. Edouard Forestier, imprimeur de cette ville, une enseigne de chirurgien-harbier. Elle porte un écusson, au centre duquel la fleur de lis est accostée de trois porte-savonnettes. Dans le bas sont des anges portant le bassin et le linge. Un cartouche contient les fers à friser, la lancette et la seringue. Autour sont des bandages ; et au-dessus on ht : « Consilioaue manuque. »

On voit par la reproduction ci-dessous de l'empreinte du sceau que l'artiste sut habilement s'inspirer de la pensée du collège et que la gravure répondit de tous points à ses intentions.

Le prix payé à maître Villet, artiste graveur d'Avignon, le ier août 1778, fut de 24 livres (1).

Mais ce qui rend surtout recommandables à nos yeux les chirurgiens avignonais, c'est le soin constant qu'ils donnèrent à l'art chirurgical pendant la seconde moitié du XVIIIe siècle. Leurs œuvres, que nous aurons à analyser plus tard (2), sont d'une grande valeur, et contribuèrent pour leur part à donner à la chirurgie française cet éclat qui la plaça au premier rang en Europe.

Ce résultat, ils l'obtinrent dans une large mesure par la sévérité qu'ils apportèrent dans les examens des candidats à la maîtrise, non moins que parlasolidité de l'instruction qu'ils donnèrent aux apprentis.

Chaque année, comme nous l'avons vu, quatre examinateurs, indépendamment du doyen, étaient élus à la pluralité des voix, dans une assemblée tenue chez celui-ci, et constituaient le jury devant lequel devaient se présenter les aspirants. Mais pour certaines épreuves déterminées l'assistance de tous les maîtres était obligatoire (3). Ils avaient, d'autre part, jusqu'à cinq démonstrateurs pour les leçons publiques,

(1) Ce sceau, reproduit ici dans sa grandeur réelle et avec sa forme exacte, est en cuivre. Il est conservé au Muséum Calvet d'Avignon, dans une des vitrines de la salle d'archéologie, sous le n° 89.

(2) Voy. le tome II de cet ouvrage.

(3) 13 avril 1769 : « Les maîtres-chirurgiens délibèrent unanimement qu'à l'avenir, quand on passera un aspirant maître-chirurgien, tous les maîtres en chirurgie seront obligés d'assister aux deux grands examens, qui sont le premier et le dernier examen. » Les jurés examinateurs pour l'année 1785 sont : Bonhomme, doyen du collège de chirurgie, chirurgien-major de l'Hôtel-Dieu et dé-

C'étaient, en 1768, Bonhomme pour Tanatomie, Pamard pour les opérations, Brouillard « pour les principes », Fabre pour les maladies des os et Brunel fils pour les accouchements.

Ce dernier cours était fait surtout pour les élèves sages-femmes, dont la situation morale grandissait ainsi à mesure que leur pratique devenait moins empirique (1).

monstrateur d'anatomie de l'Université, Sauvan, Fortunet, Louvet-Beauregard, fils, et Vernhes, père.

En 17581e droit de maîtrise était déjà abonné à la somme do 1,250 livres, et il s'éleva dans la suite jusqu'à 1.500 et 1,800 livres. {Livre des délibérations pour le corps des maîtres en chirurgie de cette ville d'Avignon, 1785. MS. in-f°, passim )

(1) Pendant longtemps les accouchements furent faits par des femmes sans instruction, se formant elles-mêmes d'une façon empirique en assistant leurs parentes et voisines ou en faisant une sorte d'apprentissage chez des matrones de même origine. On juge par là de ce que devait être l'obstétrique en de pareilles mains! Grâce aux préjugés, la pratique des accouchements n'en resta pas moins, jusqu'à la fin du XVIIe siècle, le monopole presque exclusif des femmes. Nous disons presque exclusif, parce qu'en effet, nous verrons, dans le second volume de cette histoire, que, même à ces époques reculées, Avignon eut quelques médecins qui s'étaient fait une sorte de spécialité des accouchements et auxquels l'obstétrique est redevable de plusieurs découvertes

A partir de l'année 1560, les sages-femmes eurent en France des statuts et des règlements les obligeant à se faire instruire par les chirurgiens-jurés, et à prendre brevet pour avoir le droit d'exercer. Il en fut certainement de même à Avignon et dans le Comtat ; mais ici, nous devons le reconnaître, les renseignements nous font complètement défaut pour les périodes antérieures à la seconde moitié du XVIIIe siècle, et nous n'avons pu retrouver la trace d'aucun document relatif à l'organisation de cette petite corporation. Mais ce que nous savons bien, c'est que, du jour où Mauriceau et La Motte eurent, par les progrès qu'ils avaient fait faire à l'art des accouchements, fait disparaître le préjugé qui faisait regarder comme indécent aux hommes d'accoucher les femmes, des chirurgiens s'adonnèrent aussi chez nous à la pratique ordinaire ; et c'est à eux qu'on prit l'habitude de s'adresser dans les cas difficiles.

Alors aussi nos sages-femmes retirèrent, comme partout, les plus grands fruits de la révolution qui leur avait enlevé le sceptre de l'obstétrique pour le placer entre les mains d'hommes instruits et habiles. Leur instruction se perfectionna, leur position fut régularisée ; on les soumit à un intelligent contrôle; on ieur fit connaître et apprécier les cas de dystocie, qui devaient rester en dehors de leur domaine, et pour lesquels elles devaient appeler des accoucheurs. [Voy. Siébold ; cité par A. Lutaud.)

Un édit du 18 juillet 1781 du St-Office de Rome, concernant les juifs d'Avignon, témoigne indirectement de l'habileté des sages-femmes du pays : « Ayant reconnu, dit le premier article, qu'il n'y a point de femmes juives qui soient en état de bien exercer le métier d'accoucheuse, l'ordinaire et l'inquisiteur permettront, si la nécessité l'exige, que du nombre des accoucheuses chrétiennes déjà duement approuvées il en soit député une ou plusieurs pour aider les femme? juives dans leurs accouchements. »

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