CHAPITRE IV
Promulgation de statuts particuliers à la Faculté de médecine. — Exercice illégal de l'art par les empiriques et les charlatans. — Encore les praticiens juifs. — Obligation pour les nouveaux agrégés en médecine de donner un splendide repas à leurs collègues ; ce que devint par la suite cette obligation et récit de quelques curiei/x incidents auxquels elle donna lieu.
La Faculté de médecine dans ses rapports avec la corporation de3 barbiers-chirurgiens ; articles des statuts de la ville concernant ces derniers.
La peste de 1580 à Avignon ; belle conduite d'Antoine Fiancé, docteur en médecine de notre Faculté, mort victime de son dévouement.
André du Laurens et Pierre Richer de Bellevai, reçus docteurs agrégés en médecine à Avignon. — Décès de Philippe Guilhem, titulaire de la chaire. — Son successeur Charles Robert; mort de celui-ci et élection de Denis Chrétien.
La Faculté des arts et la Faculté de médecine. — Fondation du collège de Barthélémy Riquetis. — Établissement de celui des Jésuites et son affiliation à l'Université.
Maîtres- ès-arts promus par Denis Chrétien.
État nominatif des médecins agrégés vivant en 1599.
Nous avons conduit l'histoire de notre Faculté, du moins dans les faits principaux que nous avons pu en recueillir, jusqu'à la fin de l'année 1576. A cette date, elle n'avait pas e/icore de statuts propres. Englobée dans le système universitaire, elle était régie par des lois faites surtout en vue de la Faculté de droit et auxquelles elle devait cependant se plier, quoique le plus souvent elles ne tinssent compte ni de ses besoins particuliers, ni du but spécial de son institution. D'ailleurs, quand les statuts de i5o3 furent établis, elle occupait dans l'Université une place si modeste qu'on crut pouvoir, jusqu'à un cer«« tain point, la traiter de quantité négligeable. Et puis, ces statuts avaient
eux-mêmes besoin d'être revus et modifiés. Depuis longtemps on ne reconnaissait les points défectueux et les imperfections quUl y avait à corriger, n'eût-ce été, par exemple, que la question des droits à acquitter, non seulement en ce qui concernait les légistes, mais surtout les candidats des autres Facultés. N'était-il pas juste alors que chaque Faculté intéressée modifiât ces statuts dans le sens de ses intérêts et de ses besoins, à la seule condition toutefois de ne p?: de vue, dans
cette élaboration particul bien généfal de f site et de ne
rien enlever à son unité d'esprit et de direction ? On le comprit ainsi, et de^ là les statuts propres que chacune d'elles se donna successivement, du consentement même du collège des docteurs agrégés en droit.
Ce furent les médecins qui donnèrent le signai. On a vu combien lentement, mais sagement, leur Faculté avait grandi. Elle avait maintenant quelque droit de parler et de se faire entendre. Aussi, tenant compte de ses besoins spéciaux, de sa nouvelle situation et du but à atteindre, ses principaux représentants, tous liés par l'agrégation, Jean Guillien 11), Antoine Cierici, Jean Rambert, Emmanuel Ribère, Charles Robert et Philippe Guillien, rédigèrent, en Tannée 1577, des statuts pour son usage et les firent approuver, à la date du 18 novembre de la même année, par le primicier et le vice-légat. L'impor» tance de cç document est trop considérable pour que nous n'en mettions pas le texte intégrai sous les yeux du lecteur, nous réservant de le faire suivre des commentaires qu'il comporte :
STATUTA MEDICORUM AVENIONENSIUM AGGREGATORUM.
« Cum a multis rétro saeculis ex omnibus orbis christiani regioni- « bus, plurimi ad hanc almam Avenionis Academiam, ejuscelebritate « commoti, soiiti sunt accedere ut doctoratus lauream consequantur, « eaque ornati decoratique in patrias suas revenantur, quod in maxi- « mum decus atque ornamentum dictas Academiae, neenon ipsius a civitatis cedit ; ve/um quia propier magnam copiam empiricorum a et impostorum in hac civitate impune vagantium, plurimum minui- « tur auctoritas et .celebritas antiqua médecine professorum, cujus « ratione plurimi dedignantur in hac Academiadoctorum lauream susa cipere ; quod certe evidens affert detrimentum, ipsi Academiae, Rmo « Cancellario.. Domino Primicerio, totique civitati , cum emolu-
(1) Le lecteur se rend compte, sans qu'il soit besoin d'y insister, que les Guillelmi, les Guilheîmy ou les Guillien et Guilhem, sont toujours les membres de la même famille, dont les noms et l'orthographe ont des variantes, suivant les I époques.
« menta hic mansura ad alias academias avertuntur ; ea propter, hu- « miles oratores vestri: Joannes Guilhelmus, Antonius Clericy, Joana nés Rambertus, Emmanuel Riberius, Carolus Robertus, Philippus « Guilhelmus, doctores medici in Avenionensi hac Academia aggregati, « leges et statuta infrascripta, sub beneplacito R™16 Paternitatis vestrae, « ediderunt :
« In promotione cujuscumque ad gradum licentiae vel doctoratus « lauream, pro more jam diuturno, sunto îantum sex doctores, videlicet « Regens seu Promotor et quinque antiquiores aggregati, qui accia piant emoiumenta inferius dicenda ab eo qui promovetur ; a die « autem aggregationis antiquitas censetur.
« Quicumque erit regens, esto et promotor et in senario praedicto « numéro comprehensus esto.
« Doctor regens et promotor a singulis qui promoventur ad lau- « ream quatuor aureos solatos accipito.