L. DUFILUOL
La séance solennelle de rentrée eut lieu le 10 novembre, dans la grande salle de THôtel de Ville.
J'en emprunte le compte rendu à la brochure officielle qui, cette année-là pour la première fois, et depuis lors régulièrement tous les ans, nous est distribuée. Si Ton en juge par ce procèsverbal^ la cérémonie d'inauguration ne dut guère diflférer de celles que nous voyons chaque année se dérouler, à peu près à la même date, dans le grand amphithéâtre de la Faculté de Droit.
Tous les Corps universitaires assistaient en costume à la cérémonie. Le Conseil académique, les Facultés de Droite des Sciences et des Lettres, l'École secondaire de Médecine s'y trouvaient réunis. Venaient ensuite les fonctionnaires du Collège royal et les fonctionnaires de l'Instruction primaire. MM. le Lieutenant-général commandant la 13* division militaire, le Préfet, le Maréchal-de-Camp commandant le département, le Maire, les Adjoints en uniforme; le Conseil municipal, un grand nombre de Magistrats, plusieurs membres du Clergé; enfin, les premières autorités civiles et militaires témoignaient par leur présence du vif intérêt qui s'attache aux travaux des Facultés. Une grande affluence se pressait dans la salle. MM. les Étudiants y étaient fort nombreux.
A onze heures et demie, la séance s'est ouverte sous la présidence de M. le Recteur de l'Académie, qui a prononcé le discours suivant :
« Messieurs,
€ Cette nouvelle fête universitaire est la consécration d'un nouveau
bienfait que vous saurez dignement apprécier Chacun a voulu
favoriser, dans notre terre natale, ce caractère sérieux et réfléchi, ces habitudes morales et laborieuses qu'il est facile d'y reconnaître. Vos vœux légitimes de perfectionnement ont suscité les plus honorables sympathies et l'édifice de l'instruction n'a pas tardé à prendre parmi nous un accroissement des plus imposants.
a II n'y a pas encore deux ans qu'une solennité semblable à celle qui nous réunit appelait le vif intérêt de tout ce que cette ville renferme de plus distingué. Auprès de cette Faculté de Droit, qui rajeunît chaque année ses anciens titres et sa réputation nationale, en ajoutant de nouvelles richesses à la science et un nouvel honneur au professorat, venait s'inaugurer une Faculté des Lettres, qui n'a failli à sa sœur aînée ni pour l'éclat de l'enseignement, ni pour la portée des travaux personnels de ses membres ; et, certes, l'alliance qu'elle a contractée avec Testime publique ne peut que se resserrer de jour en jour.
« Aujourd'hui, Messieurs, nous célébrons un nouveau progrés. La munificence de la Ville est venue en aide aux bonnes intentions de l'Université ; et, de cette parfaite unité de vues, de cette activité commune, de cette bonne volonté réciproque, est résultée la prompte organisation de la Faculté des Sciences que nous avons l'honneur de placer dans nos rangs. Il est impossible, Messieurs, de procéder sous de meilleurs auspices à une plus intéressante cérémonie, puisqu'il nous est donné de réunir, d'une part, des noms déjà connus dans la science, des titres accordés à de fortes épreuves, et, en regard, un public avide d'instruction, juste appréciateur des choses, doué d'un jugement ferme et d'une grande puissance d'attention
a Ce n'est pas sans éprouver un vif contentement, comme citoyen et comme universitaire, que nous considérons ce bel ensemble de moyens d'instruction mis à notre portée •
Sur Tinvitation de M. le Recteur, le Secrétaire de l'Académie a donné lecture de rordonnance du Roi qui crée la Faculté des Sciences et des arrêtés ministériels qui nomment le Doyen, les Professeurs et le Préparateur d'Histoire naturelle.
M. le Recteur a ensuite reçu le serment de MM. les fonctionnaires de la Faculté des Sciences; puis il a déclaré que cette Faculté était dûment installée et a invité M. le Doyen à prendre la parole.
M. Dujardin s'est exprimé en ces termes :
Pour cette fois seulement, dans la solennité qui doit nous réunir chaque année, notre Faculté des Sciences n'a rien à dire de son passé ; elle ne peut parler encore que de son avenir; mais c'est avec une entière confiance que dans cet avenir elle espère un succès. L'accueil si empressé que ses membres ont déjà reçu est un gage certain de la faveur que son enseignement doit rencontrer chez vous.
Les fonds généreusement votés par les représentants de la cité auront mis les professeurs à même de continuer, loin de Paris, des travaux qui, j'ose le dire, ne seront pas sans honneur pour la Faculté et, par conséquent, pour le pays qui l'adopte. Et je puis le déclarer. Messieurs, au nom de mes collègues et au mien, jamais notre zèle ne sera audessous des sacrifices que la Ville de Rennes s'est imposés ; et ce ne sont désormais que des obstacles matériels qui peuvent retarder l'ouverture de tous nos cours. Nous aurons ainsi, pour notre part, contribué à la prospérité de votre École de Médecine, que ses services, que son importance croissante rendront chaque jour plus chère au pays, et qui, nous Tespérons, pour notre avenir à nous-mêmes, changera bientôt son titre modeste pour prendre rang parmi les Facultés.
Si notre Faculté^ Messieurs, a trouvé chez vous les éléments du succès qu'elle croit pouvoir se promettre, nous devons le dire hautement^ ses membres apportent avec eux des chances de succès telles que peu d'autres Facultés en pourraient présenter davantage. Le titre d'agrégé vient d'être créé en quelque sorte pour donner plus de garanties à la nouvelle Faculté qui vous était promise : c'est désormais le titre scientifique le plus élevé que puisse conférer l'Université aux hommes qui aspirent aux honneurs du professorat : aussi dois-je être fier de voir cette Faculté, à la tête de laquelle m'avait appelé la confiance du Ministre, complétée uniquement par des professeurs ayant conquis avec distinction le titre d'agrégé et l'ayant conquis dans des concours jugés d'avance si difficiles que le résultat seul a pu convaincre de leur possibilité les hommes les plus éminents de la science.
L'enseignement de la Faculté des Sciences doit être un enseignement tout à fait supérieur et destiné à former des licenciés ; cependant, nous l'espérons, chacun des professeurs saura trouver le moyen de concilier les obligations de son titre avec le désir que nous avons tous de popu-
lariser la science ou du moins de la rendre accessible au plus grand
nombre
Notre enseignement. Messieurs, vous offrira donc dés son début un ensemble presque complet ; mais nous espérons le voir bientôt plus complet encore, quand la création d'une deuxième chaire de Mathématiques et d'une chaire de Botanique nous aura permis d'inscrire deux noms de plus sur la liste des professeurs. Ce résuhat que nous appelons de tous nos vœux, notre succès aura pu le hâter sans doute et cela doit vivement exciter notre zélé ; mais, nous devons le dire aussi, ce résultat sera dû bien davantage encore à l'empressement que la Ville de Rennes a mis déjà et qu'elle mettra désormais à contribuer dignement à rétablissement des Facultés dans son sein.
La Faculté des Sciences, dans cette mémorable séance, se trouvait donc officiellement installée. Mais, malgré le vif désir du Recteur et du Ministre, il s^en fallait encore de beaucoup qu'elle fût en état de fonctionner régulièrement.
Le seul acte de 1840, dont il m'a été possible de constater l'accomplissement, est un examen de licence passé à la fin de novembre par M. Paignon. Pendant Tannée scolaire 1 840-1 841, il y eut une session de baccalauréat en juillet. Le Recteur, en janvier 1841, demanda au Doyen de lui faire parvenir les programmes des cours; le Doyen répondit qu'il ne lui était pas possible d'en fournir puisque la plupart des professeurs n'étaient pas encore arrivés. Il est probable que plusieurs d'entre eux, venus pour la séance de rentrée, étaient repartis, les uns par suite de Timpossibilité de faire leurs cours, les autres pour veiller à la construction des instruments de Physique à Paris. Il est bien certain que les locaux étaient encore à l'état de chantiers et que ce fut là la cause déterminante qui fit renvoyer au mois de novembre 1841 l'ouverture des cours réguliers de la Faculté.
Toute Tannée scolaire passa en aménagements, et il ne parait pas que ce fut sans de nombreuses difficultés de détail. J'ai, en effet, trouvé dans les Archives de la Faculté, une lettre du Recteur au Doyen, datée du lo novembre 1841, l'informant que le local est prêt et peut être immédiatement occupé. Je relève dans cette lettre deux phrases caractéristiques :
« M. le Maire m'assure que rien n'a été négligé pour l'appropriation provisoire du local. Si quelques détails sont incomplets, je pense que TÂdministration municipale n'élèvera pas de difficultés pour achever son œuvre. Il importe que nous ne montrions aucun souvenir du grand nombre de difficultés qu'on nous a suscitées depuis longtemps. » Cette phrase dans sa diplomatie administrative est à noter. Elle est claire quand on a lu les pages qui précèdent.
A la rentrée solennelle du 8 novembre 1841, le doyen Dujardin annonça que les retards dus aux difficultés de l'installation touchaient à leur tin ; il indiqua les programmes des cours qui devaient s'ouvrir incessamment.
Mais dans le courant de cette année perdue, d'importants changements dans le personnel des professeurs avaient eu lieu ; la Faculté, il est vrai, aurait eu mauvaise grâce à s'en plaindre , car la suite a montré que les nouveaux venus étaient dignes de prendre la place des premiers. M. Chenou, qui remplaçait M. Vieille, fut ensuite, pendant de longues années, Doyen de la Faculté des Sciences de Poitiers. M. Morren remplaçait dans la chaire de Physique M. de la Provostaye; longtemps Doyen de notre Faculté, il fut appelé à Marseille, avec le même titre de Doyen, à la création de cette Faculté; enfin M. Durocher, qui s'est fait un si grand nom dans la science, et devint membre correspondant de Tlnstitut, succédait à Payer.
Du personnel primitif, il ne restait donc que le doyen Dujardin et Malaguti.
C'est sous cette nouvelle forme que nous allons voir la Faculté se metire à l'œuvre; nous entrons maintenant dans la première phase de son existence scientlâque.
■anar
MALAGUTI