V. Cousin
En même temps que cette lettre du Ministre, le Maire reçut les devis annoncés ; ils avaient été examinés par le Conseil royal de l'Instruction publique qui faisait quelques objections et demandait plusieurs modifications. Le Maire réunit le Conseil municipal le 10 avril 1840 et lui proposa d'adopter les résolutions suivantes.
^Registre des Dilib., p. no.)
I. — La Ville de Rennes, aussitôt que l'aile gauche de l'Hôtel de Ville sera mise à sa disposition, ce qui aura lieu le i^** octobre prochain au plus tard, se mettra en mesure de remplir immédiatement les conditions des devis en ce qui concerne les collections scientifiques et l'appropriation du local provisoire. Déjà un fonds de 1 5.000 fr. existe au budget de 1840 pour cette appropriation; ce fonds sera plus que suffisant.
II. — Quant aux dépenses pour les collections scientifiques, il y sera pourvu au moyen d'un crédit de 37.000 fr. qui sera porté au budget de l'exercice courant.
m. — Le Conseil s'engage dés à présent à prendre les dispositions nécessaires pour garantir l'exécution de l'établissement définitif dans le plus bref délai possible. Il désigne pour la construction d'un bâtiment universitaire l'emplacement de la Motte et arrête que, pour cette construction, il sera contracté un emprunt de 300.000 fr., conformément à ses précédentes délibérations. Les plans et devis dressés par M. l'Architecte de la Ville seront fournis à M. le Ministre de l'Instruction publique.
Après discussion^ le Conseil, sur la proposition d'un de ses membres, renvoie toutes les pièces à Texamen d'une Commission
— iS —
spéciale, composée de MM. Hamon, Duboys, Grivart. Binet, Paignon, Méaulle.
Après une nouvelle discussion du rapport favorable de la Commission des conclusions conformes à ce qui est énoncé cidessus sont adoptées dans la séance du 13 avril 1840.
L'affaire, vivement poussée, était donc en bonne voie et tout faisait croire qu'elle allait aboutir à bref délai, lorsque se produisit un incident qui intéresse trop la Ville de Rennes pour que nous ne l'exposions pas avec quelques détails ; le patriotisme rennais y trouvera une juste satisfaction.
En reprenant l'idée impériale qui instituait près de chaque Lycée chef-lieu d'Académie une Faculté des Sciences, le gouvernement du roi Louis-Philippe se préoccupait de créer de grands foyers d'études qui l'aideraient à faire rayonner et prévaloir sur tout le territoire les idées libérales ; il n'oubliait pas qu'il était issu de la Révolution de 1830 et il s'appuyait sur la bourgeoisie, qui, personnifiant alors les idées de progrès, et ne demandant qu'à le soutenir et à le suivre dans sa lutte pour la diffusion de l'enseignement à tous ses degrés, était le plus puissant levier dont il pût disposer.
Déjà la loi de 1833 commençait à donner ses premiers résultats ; les établissements d'enseignement secondaire, collèges royaux et collèges communaux, voyaient s'ouvrir une ère de prospérité; il s'agissait de couronner l'œuvre en fortifiant l'enseignement supérieur.
Pour bien comprendre la situation, il faut se reporter à soixante ans en arrière.
La Bretagne était encore, à cette époque, une province n'ayant que de lointaines relations avec Paris; on voyageait peu, les moyens de communications étant rares et coûteux ; il importait
donc, pour atténuer les inconvénients de cet isolement, de créer au centre du pays un organisme puissant donc l'action se ferait sentir dans toute la région de TOuest. A disséminer ses forces on en compromettait les effets.
Rennes, par sa situation géographique, par ses traditions, par SCS mœurs sévères, par sa vieille renommée comme siège du Parlement^ répondait admirablement aux vues du Gouvernement. Dès lors ce ne fut plus seulement d*une Faculté des Sciences qu'on voulut la doter ; pour compléter le faisceau, // fallait y ajouter une Faculté Je Médecine,
Le Ministre de l'Instruction publique écrivit au Maire pour l'inviter à s'occuper sans retard de ce nouveau projet et à rechercher les moyens d'organiser à Rennes cette quatrième Faculté. Le Maire réunit d'urgence le Conseil municipal, qui, sans hésiter, et séance tenante, vota une somme de lo.ooo francs pour approprier à cette destination une partie de l'Hôtel de Ville (17 avril 1840).
Dix jours après, le Conseil, désireux de répondre aux intentions bienveillantes du Gouvernement, vota en principe un emprunt de 1.200.000 francs pour divers travaux et notamment la construction des quais de la Vilaine et du Palais universitaire.
Tout marchait donc à souhait ; le Maire rédigea en termes très pressants une pétition qu'il fit distribuer à tous les députés de la région, leur demandant d'appuyer de leur vote le projet de création et d'installation à Rennes des deux nouvelles Facultés (21 mai 1840).
Dans cettre lettre, qui honore son caractère de magistrat, le Maire fiiisait valoir les avantages que la création des deux Facultés assurerait à la Bretagne tout entière ; il fait ressortir les sacrifices que la Ville s'impose; il insiste surtout, et d'une
manière vive, sur Topposiiion que la Ville de Nantes fait au projet, non pas au point de vue de l'opportunité, qui ne saurait être contestée, mais exclusivement au point de vue nantais. Si le Gouvernement avait choisi Nantes comme siège académique, tout serait pour le mieux. Le Maire de Rennes combat cette prétention étroite : « Nantes, dit-il, pour qui le commerce et l'industrie sont une source de richesse et de bien-être, ne doit pas nous envier le seul avantage auquel nous avons droit de prétendre, celui de rester, comme nous l'avons toujours été, un centre de hautes études universitaires pour les départements de l'Ouest. » Nantes ne désarma point et suscita contre les prétentions de Rennes une vive opposition, qui trouva dans M. Dubois^ député de la Loire-Inférieure, un organe puissant et très écouté en sa qualité de membre du Conseil royal de l'Instruction publique.
IL — Période Parlementaire.
Le Gouvernement ne recula pas devant les oppositions franches ou dissimulées qui s'élevaient contre ses projets. Aussitôt en possession des dernières délibérations du Conseil municipal de Rennes, Victor Cousin déposa sur le bureau de la Chambre un projet de loi portant création : i° d'une Chaire de Langue et de Littérature slave au Collège de France; 2° d'une Faculté de Médecine à Rennes; 3° d'une Faculté des Sciences à Rennes.
Les choses eussent marché très vite et sans encombre si le Ministre s'était borné à proposer la création de la Faculté des Sciences ; mais il tenait à son idée de compléter le centre universitaire breton par l'adjonction d'une Faculté de Médecine. Il
compliqua son projet en y ajoutant une chaire de langue slave au Collège de France. Les adversaires de Rennes profitèrent habilement de cette faute de tactique; ils soulevèrent de longues discussions préjudicielles et de pure forme qui amenèrent des ajournements et des remises de séances et recardèrent Tadoption définitive de la loi créant la Faculté des Sciences, sur laquelle cependant tout le monde était d'accord.
Lorsqu'elle fut enfin promulguée il était trop tard pour que la nouvelle Faculté des Sciences pût fonctionner dès 1840. En face de l'opposition qu'il avait rencontrée le Gouvernement avait d'ailleurs renoncé à la Faculté de Médecine.
Voici, extrait du Moniteur universel (1840, page 749), le compte rendu de la séance du 20 avril à la Chambre des députés. J'en supprime ce qui a trait exclusivement à la Faculté de Médecine comme sortant de mon sujet.
La parole est à M. le Ministre de Tlnstruction publique pour une communication du Gouvernement.
M. Cousin, minisire de V Instruclion publique, — J*ai l'honneur de présenter à la Chambre un projet de loi portant demande de crédits additionnels au budget de 1841, destinés à quelques fondations nouvelles dont nous venons vous exposer le but et le caractère, et dont nous espérons vous démontrer l'utilité.
L — Chaire de Langue et de Littérature slave au Collège de France. IL — Facuhé de Médecine â Rennes.
IIL — Faculté des Sciences à Rennes.
Le crédit nécessaire pour la nouvelle Faculté des Sciences que nous vous proposons également d'établir à Rennes, et qui comprendrait les chaires de mathématiques, physique, chimie, zoologie et botanique, géologie et minéralogie, est beaucoup moins considérable encore, et ne s'élève qu'à 25.000 francs, savoir :
Quatre professeurs titulaires à 4.000 fr. chacun. 16.000 fr.
Un professeur adjoint à 2 . 000 —
Préciput du Doyen i . 000 —
Droit d'examen à répartir entre les professeurs. . 600 —
Un préparateur de physique et de chimie i . 200 —
Un préparateur d'histoire naturelle i . 200 —
Frais matériels 3 . 000 —
Somme totale 25 .000 fr.
Depuis 1830, il a été déjà créé deux nouvelles Facultés des Sciences, Tune à Lyon^ l'autre à Bordeaux. Le progrés continu des études scientifiques, la haute mission que les Facultés des Sciences ont ainsi à remplir, les secours qu'elles assurent au développement de l'industrie, appellent sur ces utiles établissements toute l'attention du Gouvernement et des Chambres. Le Conseil municipal de Rennes, appréciant le bienfait d'une semblable institution, s'est empressé d'allouer les fonds nécessaires pour l'appropriation d'un local provisoire destiné à la Faculté des Sciences et pour l'acquisition de tout le matériel scientifique nécessaire à l'enseignement. Une somme de 52.000 francs a été votée à cet effet, conformément aux devis arrêtés en Conseil royal de l'Instruction publique. La Ville se chargera également de l'amélioration du local de l'École secondaire qui, provisoirement, recevra la nouvelle Faculté de Médecine. Cette Faculté, comme celle des Sciences, ne sera organisée que lorsque tous les travaux d'appropriation provisoire seront complètement terminés.
Enfin, et je le dis ici pour honorer la Ville de Rennes, sur la demande expresse du Ministre de l'Instruction publique, et par l'aide d'honorables influences auxquelles je me plais à rendre hommage, le Conseil municipal, par une dernière délibération du 13 avril 1840, vient de voter un emprunt de 300.000 fr. pour l'établissement définitif des quatre Facultés dans un bâtiment convenable qui sera construit sur un terrain appartenant à la Ville.
Vous le voyez. Messieurs, la Ville de Rennes ne recule devant aucun sacrifice pour obtenir le bienfait d'une instruction supérieure complète ; ses généreux eflPorts méritent d'être encouragés, et les Chambres vou-
dront sans doute se montrer empressées à sanctionner l'atile projet de faire de Rennes un grand centre de hautes études universitaires pour la Bretagne.
En terminant, je prie la Chambre de remarquer que le Gouvernement n'a voulu faire aucune des créations nouvelles qui sont l'objet de ce projet de loi avant d'avoir obtenu les crédits nécessaires pour les réaliser. Il a voulu que les Chambres conservassent toute leur liberté d'examen ; il se confie â leur générosité et à leur munificence accoutumées pour tout ce qui se rapporte â la grandeur et au développement de l'enseignement national.
Le crédit total ici demandé est de 88.200 fr. C'est une bien faible dépense pour de si grands intérêts, Messieurs, et encore cette dépense est-elle compensée par l'abandon d^une somme presque égale sur quelques-unes des augmentations portées au projet de budget dont la loi actuelle est le complément.
Projet de Loi.
Article premier. — Il est ouvert au Ministre de l'Instruction publique, en addition au budget de l'exercice 1841 :
i^' Un crédit de 3.000 fr. pour la création d'une Chaire de Langue et Littérature slave au Collège de France ;
2<> Un crédit de 38.200 fr. pour la création d'une Faculté de Médecine dans la Ville de Rennes ;
3<* Un crédit de 23 000 fr. pour la création d'une Faculté des Sciences dans la même ville.
Art. 2. — Il sera pourvu aux dépenses autorisées par la présente loi, au moyen des ressources accordées pour les besoins de l'exercice 1841.
M. LE Président. — La Chambre donne acte à M. le Ministre de rinstruction publique de la présentation du projet de loi, et ordonne que ce projet sera imprimé et distribué. Je propose à la Chambre de le renvoyer à la Commission du budget.
Plusieurs Voix. — Non, non ! Si, si !
M. LE Président. — Le projet étant pour Texercice de 1841, il ne peut être renvoyé qu*à la Commission du budget.
Une Voix. — C'est une modification de budget qui est présentée par M. le Ministre de l'Instruction publique.
M. LE Président. — S'il s'agissait de l'exercice de 1840, on pourrait renvoyer le projet à une autre Commission, mais c'est une modification au projet de budget, il faut donc la faire apprécier par la Commission du budget.
Voilà pourquoi je propose de le renvoyer à la Commission du budget.
Cette proposition est adoptée.
Le 30 mai, M. Véjux, au nom de la Commission du budget^ lut un rapport favorable concernant la Faculté des Sciences. Voici le compte rendu officiel de cette partie de la séance, présidée par Martin du Nord :
M. Véjux. — Messieurs, le Ministre de l'Instruction publique vous a présenté un. projet de loi portant demande de crédits additionnels au budget de l'Instruction publique, exercice 1841, pour la création : i» d'une Chaire de Langue et Littérature slave ; 2° d'une Faculté de Médecine, et 3^ d'une Faculté des Sciences à Rennes.
Pénétré de l'importance et de la sincérité de ce projet de loi, votre Commission a nommé un rapporteur spécial pour vous rendre compte de son examen
Faculté des Sciences. — Votre Commission a approuvé la création d'une Faculté des Sciences à Rennes. Si une Faculté de Droit ne peut guère se passer d*une Faculté des Lettres, une Faculté des Sciences est à la fois le fondement et le complément d'une Faculté de Médecine.
C'est ainsi que toutes les connaissances humaines se lient et se soutiennent l'une l'autre, et communiquent à ceux qui les cultivent une instruction solide et étendue, de véritables kimiéres.
La réunion à Rennes des quatre Facultés de Droit, de Médecine, des Lettres et des Sciences fera de ce point un des grands centres d'instruction supérieure. Elle s'accordera avec cette pensée féconde, si bien rendue par une de vos précédentes Commissions, de constituer sur quelques points cardinaux du pays des sous-capitales de la Science qui vivifient autour d'elles un long rayon et entraînent ainsi toute la France dans un progrés sinon tout à iait, du moins à peu près égal.
La discussion des conclusions du rapporteur est renvoyée au 2 juin. Cette nouvelle séance étant fort longue, je me bornerai à l'analyser en n'y insérant que les citations textuelles indispensables.
Séance du 2 Juin 1840 Présidence de M. Sauzët.
M. LE Président. — La délibération du budget des afiaires étrangères étant terminée, la Chambre passe au budget de l'Instruction publique.
M. DE GoLBËRY. — Je demande la parole sur Tordre de la discussion.
M. LE Président. — Je vais précisément exposer la difficulté i la Chambre. La Chambre se souvient que pendant que la Commission du budget s'occupait du ministère de l'Instruction publique, il a été proposé un projet de loi portant demande d'un crédit additionnel pour trois objets différents. La Chambre a renvoyé la connaissance de ce projet de loi à la Commission du budget, qui a fait présenter en son nom un rapport séparé. Le rapporteur a demandé que la Chambre joignit, pour les comprendre dans le vote du budget, les deux premiers points, savoir : la création d'une Chaire de Slave au Collège de France, et d'une Faculté des Sciences à Rennes. Quant à ce qui concerne la création d'une Faculté de Médecine â Rennes, elle a demandé que cette
partie du projet devint un projet spécial et qu'il donnât lieu à une discussion distincte dont le jour serait ultérieurement indiqué par l'ordre du jour.
M. DE GoLBÉRY. — Je ne vois pas pourquoi on procède autrement pour la Faculté de Médecine que pour la Faculté des Sciences. Ces deux créations ne doivent pas être séparées, elles font au même titre partie du budget de 1841 et peuvent être votées ensemble.
M. DoBOis, député de la Loire-Inférieure. — La Commission a été saisie, par le côté financier, des trois projets, mais, en vertu du règlement et frappée de l'importance de l'une des créations qui lui semble porter atteinte à tout l'ensemble de l'enseignement médical en France et compromettre l'existence des écoles secondaires de Médecine, la Commission a voulu un rapporteur spécial. Le Ministre a désiré que, puisqu'il n'y a pas de difficulté pour deux des créations projetées, on les vote à part pour ne pas les compromettre ; c'est ce que l'on a fait. Il est probable que la Chambre des Pairs n'accepterait pas une création aussi grave que celle d'une Faculté de Médecine par voie budgétaire. Il vaudra mieux intercaler entre le budget des recettes et celui des dépenses une discussion spéciale pour la Faculté de Médecine.
M. DE LA Plesse. — D'après ce qu'on vient de vous dire pour vous effrayer {sic), il semblerait que vous ayez à discuter la question de la réorganisation des Écoles de Médecine en France. Il n'en est rien. Il s'agit en ce moment d'une simple loi de finance et la preuve c'est que c'est vous-mêmes qui avez renvoyé le projet à la Commission du budget. Le Ministre a le droit, par la loi de floréal an X, de créer de lui-même une Faculté de Médecine ; il s'agit de savoir actuellement si vous lui donnerez Targent nécessaire pour la faire vivre; c'est par déférence pour la Chambre que le Ministre a voulu d'abord vous demander les fonds.
M. le Président. — Le Ministre et la Commission sont d'accord pour séparer les projets.
M. DuFAURE. — Je demande le renvoi du projet tout entier à une séance spéciale; cela est préférable au morcellement de la discussion.
M. DE GoLBÊRY. — Il aurait au contraire mieux valu répartir les trois projets, qui sont tout à fait dissemblables, dans les chapitres du budget qui les concernent ; les uns, parmi les députés, peuvent vouloir d'une chose et non des deux autres, les autres inversement, et en réunissant ainsi des boules noires on fera échouer le tout.
M. CousiK, ministre de T Instruction publique. — Je ferai ce que désirera la Chambre. Si j'avais rédigé moi-même le budget, j'aurais réparti les trois crédits à leurs places naturelles. Par respect pour la Chambre, je n'ai pas créé d'abord les Facultés pour venir vous demander ensuite les crédits nécessaires. {Très bien,) J'ai voulu que la Chambre conservât tout son droit d'examen. A mon grand étonnement, la Commission a été touchée d^un scrupule grave relativement à l'établissement d'une Faculté de Médecine, tandis qu'elle ne faisait aucune difficulté sur les deux autres créations. De là est née l'idée d^une autre disposition à laquelle j'ai consenti.
M. DE Salvandy. — Il est impossible de séparer la Faculté des Sciences de celle de Médecine, car c'est justement pour favoriser les élèves en médecine que l'on veut créer la Faculté des Sciences.
M. Dubois. — Il n'y a pas de liaison nécessaire entre les deux Facultés ; il est nécessaire qu'il y ait discussion séparée à cause des dissidences graves qui ont eu lieu à la Commission.
M. Renard (Athanasc) appuie la proposition de M. de Salvandy et combat celle de M. Dubois. Il résulte, en eflet, de l'exposé des motifs que les enseignements scientifiques de la Faculté de Médecine doivent être faits à la Faculté des Sciences. Il y a donc connexité.
M. LE Président met aux voix la proposition de M. Dufaure renvoyant les trois projets à une discussion spéciale. Elle est adoptée.
M. Jollivet demande que la discussion ait lieu samedi.
M. le Président fait remarquer que le jour dépend de l'avancement de la discussion du budget et que c'est seulement vendredi qu*on sera fixé.
Après tout ce temps perdu, le vote fut Rxé au i8 juin. Mais, dans l'intervalle des deux séances, le Ministre renonça à la création de la Faculté de Médecine. Il demanda de l'ajourner h Tannée prochaine.. . Cétait en 1840.. . nous sommes en 1900 : les choses sont au même point.
Quelles peuvent être les raisons qui décidèrent le Ministre à l'abandon d'une création pour laquelle il avait si vivement sollicité la Municipalité rennaise ? Celles que donna Victor Cousin dans la séance dont on va lire le compte rendu ne sont ni très claires ni très concluantes. Je me contenterai à ce sujet de citer un passage du rapport d'un conseiller municipal de Rennes, M. Hamon, sur le Palais universitaire en projet quelques années plus tard :
« Pendant que Rennes s'efforçait de justifier le projet de loi, les villes voisines qui possédaient des écoles médicales, Nantes surtout, y faisaient une vive opposition. Leurs prétentions furent appuyées par des députés, dont l'influence s'étendait même dans les Conseils de l'Université (M. Dubois, député de la Loire-Inférieure). Le Ministre se laissa vaincre ; il craignit que la Faculté de Médecine ne nuisit, devant la Chambre, à la Faculté des Sciences, et il la sacrifia momentanément au salut de celle-ci. »
Malgré la réserve et la discrétion du rapporteur, il est facile de voir que si les intérêts de la Ville de Rennes furent ainsi sacrifiés, du moins la Municipalité lutta avec énergie et fut à la hauteur de ses devoirs.
Ces quelques considérations étaient nécessaires pour que l'on puisse se rendre un compte exact de l'importante séance de la Chambre dont voici le texte complet tel qu'il figure au Moniteur.