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LE TOURNEUR (DE DRAAIERJ

Cet artiste (i) a besoin pour son travail d'un certain nombre dVbjets spéciaux. Il lui faut un banc de tourneur^ avec une roue, des guides, des fers et un rabot.

Fig. 79. — Le tourneur i son établi (d'après Geirit Paapc),

La roue, nécessaire à son genre de travail {voir fig. 80), consiste dans une sorte de grand disque, sufHsamment épais, monté sur une tige, se terminant par une pointe de fer qui peut tourner à volonté dans une encoche de même métal.

Au sommet se trouve un autre disque de bois, de la grandeur d'une assiette; et, au-dessous, une sorte de collier en fer, qui sert à fixer l'appareil. Construite de la sorte , la roue peut être facilement mise en mouvement par l'ouvrier. Celui-ci se place sur un banc installé obliquement; il pose l'un de ses

(i) On remarquera que l'auteur, qui n'avait jusque-là parlé que île werkman (ouvrier), appelle le tourneur kunstwerker (littéralemenc : travailleur d'art).

pieds sur une planche fixe disposée à cet effet et chasse le disque de l'autre pied, accélérant ou ralentissant le mouvement suivant les besoins de son travail.

Derrière le banc où s'assoit Touvrier se trouve une petite table appelée walkbank \\], sur laquelle il fait sa première opération.

Les cubes de terre qui lui sont apportés par Y aardetrapper sont partagés en morceaux de grandeur convenable pour être

Fig. 80. — Le tour d'un faïencier (d'après Geirit Paape).

travaillés, ou, suivant le terme technique, pour être pétris [ivalken).

C'est avec les mains qu'il pétrit la terre afin d'en augmenter la souplesse ; ensuite, il la divise en petits blocs, dont il proportionne la grosseur aux œuvres d'art {kunststukken) qu'il a l'intention de fabriquer.

Cette première opération terminée, le draaier s'installe devant sa roue et lui imprime avec le pied un mouvement de rotation; il place ensuite sur le disque supérieur un de ses blocs

( I ) Mot formé de bank, banc, et walken , qui veut dire pétrir.

La fabrication. i6j

de terre qu'il a soin de fixer au centre. Le bloc tourne entre ses mains, et, à l'aide de ses doigts ou d'ébauchoirs en bois (fig. 8i et 82), il lui imprime la forme désirée.

Fig. 81 et 82. — Ébauchoirs.

Afin que l'ouvrier puisse donner aux diverses pièces qu'il fabrique des formes identiques ^ il place devant son disque un guide qu'on appelle le mât {de mast). Ce guide consiste en un petit bâton verticalement planté dans un morceau de bois et muni à différentes hauteurs de baleines horizontales. Une de ces baleines est chargée spécialement d'indiquer la hauteur totale de l'objet en cours de fabrication, et une autre sa largeur. De cette façon^ l'ouvrier peut achever son travail en donnant à toutes ses pièces les mêmes dimensions.

Quand l'œuvre a reçu sa forme, le tourneur prend un fil d'archal d'une grande ténuité^ et le tendant, en le tirant par les deux bouts j il le passe entre le disque et la pièce tournée. Celle-ci se trouvant de la sorte séparée du disque, il la pose sur une planche placée à côté de lui et qu'on nomme dtaai* bord, ou planche de tourneur. Quand cette planche est cou* verte^ on la porte au séchoir, afin que les pièces puissent acquérir la solidité indispensable pour subir les opérations suivantes.

Ces séchoirs sont situés dans le voisinage des fours et jouissent d'une température fort élevée^ parce que les fours restent allumés toute la semaine. Ils Servent non-seulement à faire sécher les pièces tournées, mais encore à protéger pendant l'hiver les pièces fraîchement faites contre la gelée j qui, sans cela^ pourrait les gâter.

i68 Histoire de la Faïence de Delft.

Pour activer le séchage, des porte-vaisselle en treillage sont disposés de bas en haut tout autour des séchoirs, et Ton place sur eux les planches chargées de vases tournés. L'espace demeuré libre entre les planches laisse un passage à la chaleur.

Lorsque les objets ont acquis le degré de sécheresse convenable, le tourneur les] reprend et les porte de nouveau à son établi. On estime que" la sécheresse^ est] convoiable lors-

- Le tourneur à sun étaoli, d'aprca de la colleciion Evenepoel,

que, avec un couteau, on peut couper la terre sans t''"' la pièce ni sans la déformer.

Quand le tourneur a façonné une pièce, une assietc^^ ™ exemple, il reste sous cette assiette un morceau de terre -^ semblable au pied d'une vieille tasse, mais plus infci^^^ Ce pied, séparé du disque en même temps que Tass-*^ -' sert à rouvrier pour saisir la pièce et la placer sur sa [

car l'assiette est encore trop fraîche pour pouvoir être to.^ ^ sans être déformée. Ce pied, toutefois, doit être enlevé ;c'e« en cela que consiste Topération qu'on appelle polir {schaven\

La fabrication. i6g

On place alors sur le disque une forme de bois^ offrant en saillie la courbure intérieure de la pièce tournée. Quand ce sont des assiettes^ celles-ci^ s' appliquant exactement sur la forme ^ font^ pour ainsi dire, corps avec elle, de façon à n'être pas ébranlées par le travail. L'assiette étant disposée de la sorte et le pied en haut, le tourneur appuie avec son pouce gauche sur le sommet du pied, pendant que de la main droite, armée d'un rabot en fer, dont la forme varie, il sépare le pied du fond de Tassiette et donne à celle-ci sa forme définitive. Ces deux opérations, tourner et polir, exigent une habileté de main particulière et une longue pratique; aussi les ouvriers y sont-ils dressés le plus souvent dès leur enfance.

Les œuvres polies de la sorte sont déposées de nouveau sur la planche du tourneur, mais placées cette fois de façon à pouvoir sécher rapidement. Pour cela, on met deux assiettes Tune sur l'autre; la première est posée à plat, et celle de dessus a le fond tourné en haut. Cette dernière sèche très-rapidement, et alors on renverse les assiettes pour faire pareillement sécher celle de dessous. On tourne de la même façon les autres pièces; on les polit de la même manière, et ensuite elles sont portées par le draaier au séchoir.

Une fois qu'elles sont convenablement sèches, ces différentes pièces sont enlevées des séchoirs et réunies en tas.

On distingue plusieurs sortes de tourneurs : les tourneurs de grand (groot draaiers), les tourneurs de rond {rond draaier s) et les tourneurs de plat {plat draaier s), ainsi nommés suivant qu'ils façonnent de grandes pièces, des vases, ou des assiettes, des plats^ etc.

i-jo Histoire de la Faïence de Delft.

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