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Te DELFT gedrukt by ADRIANUS STERCK, Stads Drukker, 1764.
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La Gîlde de Saint-Luc.
et leur interdisant, sous menace d’une amende de six cents florins, de contrefaire les marques des autres fabricants [Keurhoek, lo, fol. 222 verso). Cette ordonnance publiée au perron, criée par la ville, affichée, et dont on trouvera ci-contre le fac-similé, fut suivie d’un plein effet. Toutes ces marques furent consignées dans un registre, document pré-
Fig. 32. — Plateau polychrome et doré, à fond noir.
(Collection J. F. Loudon, à la Haye.)
cieux qui existe encore, et qui fut pendant longtemps la seule pièce officielle connue relative à l’histoire des plateelbackers :
On voit que dans le domaine industriel la compétence de ce comité était assez étendue. Ajoutons que les questions purement commerciales ne lui étaient pas moins familières. Sur cet autre terrain, il élevait fréquemment la voix et intervenait d’une manière efficace. C’est ainsi que nous le voyons passer, avec des bateliers, un traité qui facilite
l’importation des faïences de Delft dans le Brabant et la juridiction d’Anvers (i). Une autre foiSj il félicite les bourgmestres pour la façon dont ils ont servi les intérêts des plateelbackers en poussant les états généraux à contracter un traité de commerce avec l’Amérique (2). Ce sont encore ses membres qui^ en 1784^ supplient Leurs Hautes Puissances MM. les états généraux de prohiber l’entrée des faïences venant de TAngleterre^ ce pays « infracteur et ambitieux » qui avait déclaré la guerre aux Provinces- Unies (3).
Combien d’industries^ qui se croient en grand progrès sur les siècles précédents^ ne pourraient^ même de nos jourSj porter à leur actif une pareille collection d’institutions aussi sages ^ aussi prévoyantes J que celles que nous venons d’énumérer!
Il ne faudrait pas croire^ cependant, que, grâce à toutes ces combinaisons heureuses, la vie des plateelbackers était exempte de soucis et s’écoulait calme et paisible. Hélas! il n’en était rien. Comme de nos jours, les questions de salaire, les heures de travail, la participation des ouvriers aux bénéfices, étaient autant de pierres d’achoppement auxquelles venaient se heurter les meilleures intentions et les résolutions les mieux inspirées.
Dès le 14 juin 1614, c’est-à-dire au lendemain de la fondation de la Gilde, les dissentiments se produisaient déjà, et nous voyons, sur la plainte des ouvriers, les bourgmestres faire défense aux maîtres plateelbackers de laisser
(1) Memoriaalboek , n" G, fol. 19G verso. Anno 17.S].
(2) Memoriaalboek , n" 9, fol. 225 verso. Anno 1782.
(3) La copie du placet se trouve aux Archives Je Delft.
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travailler leurs garçons hors de la fabrique ^ ce qui, pour certains d'entre euXj était un moyen détourné de se faire aider par des gens n’appartenant pas à la corporation. Il leur était également défendu d’avoir plus de deux apprentis (i). Vous voyez qu’on craignait déjà la concurrence.
En 1677 J ce sont les patrons qui se plaignent à leur tour. Les ouvriers désertent la ville. Pour empêcher le départ de ceux qui restent ^ les bourgmestres décident que les ouvriers qui s’éloignent de la sorte ne pourront ^ s’ils reviennent, être réengagés par aucun patron, sous peine pour celui-ci d’une amende de cinquante florins par chaque contravention. Quant à leurs femmes et aux enfants qu’ils laissent à Delft, ils ne doivent compter sur aucune aide. Les établissements charitables et hospitaliers leur seront fermés, et au besoin on les expulsera de la juridiction (2).
En 1755, 1760 et 1762, rappel de cette ordonnance avec aggravation chaque fois de pénalités nouvelles (3). Des fabriques, qui se fondaient alors un peu partout dans le pays, attiraient à elles par des augmentations de salaire les meilleurs ouvriers de Delft, et les plateelbackers , jaloux et redoutant la concurrence, cherchaient à les retenir par l’intimidation. Ce n’est qu’en 1784 que ces mesures coercitives furent déflnitivement abandonnées. J’ai découvert, dans les Archives de Delft, le Mémoire des doyens de la corporation qui provoqua ce retrait. Il mériterait d’être cité d’un bout à l’autre, tant il peint bien les idées du temps. Les
(1) Kenrboek , n” 5, fol. 388.
(2) Kcurboek , n” 9, fol. 42 verso.
(3) Kcurboek, n” 10, fol. 146 verso, 176 verso, 195 verso,
doyens J A. van der Keel^ A. van Hoorn et Lambartus- SanderuSj avouent sans détour que les ordonnances dont on demande l’abrogation avaient un double but : assurer des avantages marqués aux plateelbackerijen delftoises et faire aux autres tout le mal possible. Mais^ devant la nonréussite de ces fabriques rivales^ on consent à se départir des exigences antérieurement sanctionnées. « En lySSj on a bâti une faïencerie à Arnhem, beaucoup d’ouvriers s’y sont rendus; mais cette fabrique n’a pu se maintenir; elle est abandonnée maintenant. Le 26 novembre 1781^ une manufacture a été également inaugurée à Schiedam^ un certain nombre d’ouvriers ont été embauchés; mais les doyens doutent fort que cette faïencerie soit en état de leur faire concurrence,, et^ d’après certains rapports qui leur parviennentj ils ne seraient pas étonnés d’apprendre avant peu que la fabrique a eu le même sort que celle d’Arnhem. w C’est sur ces raisons peu charitables que les doyens s’appuient pour accorder aux ouvriers la faculté de quitter la ville,, après qu’ils auront fait constater, toutefois, que les maîtres de Delft ne peuvent pas leur donner d’ouvrage.
Je demande pardon au lecteur d’entrer dans tous ces détails, mais ils constituent un document de la plus haute valeur. C'est là une page de l’histoire industrielle des Pays- Bas, histoire qui, malheureusement, n’a jamais été écrite et qui, je le crains bien, ne le sera jamais. J’en ai fini, du reste, avec ces petites guerres intestines. Je n’ai plus qu’à citer une convention, celle du i5 avril 1749, renouvelant la défense faite aux patrons de laisser travailler leurs ouvriers dans leur propre domicile et les obligeant à promettre qu’ils n’abaisseront pas les salaires. Le nombre des
La Gilde de Saint-Luc.
thuiswerkers , c’est-à-dire des ouvriers qui peuvent travailler chez euXj était fixé à siXj après lesquels nul ne devait plus être admis à exercer sa profession hors de la fabrique [Memoriaalboek, fol. 162 verso). Cette mesure restrictive prise sur la demande des ouvriers ^ et une grève j une vraie grève pour insuffisance de salaire, qui éclata en lySo, et dans
Fig. 33. — Assiette polychrome à fond noir.
(Collection de M. E. Cussac, à Lille.)
laquelle, à deux reprises, le 19 et le 27 avril, le Magistrat dut intervenir, tels sont les deux derniers événements qu’il me restait à signaler.
La Révolution, du reste, n’était pas loin. En passant sur les Pays-Bas, le souffle républicain qui avait détruit en France les corporations, les jurandes et les maîtrises, allait porter aux Gildcs toute une série de coups funestes sous
lesquels celles-ci ne devaient pas tarder à succomber. Les Provinces-Unies, en effet, se trouvèrent brusquement transformées par le nouvel état de choses. Elles avaient jusque-là formé autant de petits États, autonomes, différant de besoins, d’intérêts, de force, de richesse et d’influence, et à partir de ce jour elles allaient devenir un seul et grand État. 11 leur fallait donc répudier tous ces privilèges qui, dans le principe, avaient eu leur utilité, toutes ces prérogatives particulières, toutes ces institutions restrictives qui formaient maintenant autant d’obstacles à l’unité politique du pays. Aussi l'un des premiers projets de loi dont fut saisie la section financière du conseil d’État, section de laquelle relevaient le commerce et l’industrie, fut-il l’abolition des Gildes.
Rien de plus curieux que les idées contradictoires qui se manifestèrent dans les discussions de cette haute assemblée. « Les corporations doivent être abolies, car elles engendrent des abus considérables », telle est l’opinion dominante. Mais que mettre à leur place? Ici, on entre dans un labyrinthe plein de surprises. Les Égyptiens et les Romains sont appelés en témoignage, les Français aussi, et parmi eux Colbert et Turgot. Les craintes les plus chimériques glacent d’effroi ces esprits incertains. « Sans privilèges, les artisans des villes ne pourront subsister à cause de f existence dispendieuse qu’on mène dans les grands centres. En outre, comment pourvoir à leur alimentation? »
Nous savons aujourd’hui à quoi nous en tenir sur ces terreurs singulières. Mais il est bon, il est instructif de voir où en étaient, il y a moins d’un siècle, les esprits éclairés d’une nation qui peut, à bon droit, compter parmi les plus libres échangistes et les plus libérales de l’Europe.
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Il ne faut donc pas s’étonner que le retour à l’autonomie et à la remise en possession de soi-même ait amené la Hollande à rétablir les corporations. J’ai retrouvé aux Archives de Delft le projet de règlement de la corporation des faïenciers (i).
Je n’en dirai presque rien. Ses vingt et un articles sont inspirés
par l’ancienne Gildebrief de Saint-Luc^ etj dans les plus essen-
tielles dispositions ils en sont simplement la reproduction. Mêmes restrictions ^ même exclusivisme que jadis. J’y relève toutefois quelques heureuses innovations ; d’abord l’établissement d’une école de dessin que tous les apprentis étaient obligés de fréquenter; et^ comme complément à cette école^ trois concours annuels avec distribution de prix ; un concours entre les ouvriers diplômés ^ un autre entre les ouvriers ordinaires J et le troisième entre les apprentis. Les tourneurs avaient également un concours annuel avec trois prix.
Pour le reste,, c’étaient les mêmes formalités. Les cotisations préalables, l’apprentissage avec sa durée obligatoire, la confection du chef-d’œuvre, l’entrée en loge, la prohibition pour ceux qui ne faisaient pas partie de l’association, etc., etc.; tout cet amas de réglementations favorables jadis au développement industriel, à la vie commerciale, à la formation et à l’épanouissement des professions manuelles, mais qui, avec la rapidité des communications, étaient devenues superflues, ne put ranimer à Delft les industries d’art, qui avaient été frappées au cœur.
Un beau jour, faute de compagnons, la Gilde cessa d’être, et, le 4 février i833, M. Henry van der Borst, dernier doyen.
(i) Concept reglement voor de corporatie van Fabrikanten en Trafikanten in aardwerk binnen Delft
dernier syndic^ et peut-être aussi dernier membre^ vint prier le Magistrat de vouloir bien le décharger du trésor de la corporation,, de ses papiers et de ses titres.
J’ai raconté comment toutes ces richesses disparurent , pillées sans doute^ dispersées certainement, perdues pour le présent et aussi peut-être pour l’avenir. Il semble^ du reste^ que c’était le sort de cette malheureuse corporation ^ de mal finir. En la voyant ainsi s’en aller en décomposition, on se prend à regretter qu’elle n’ait pas bravement disparu avec la masse des vieilles institutions balayées par le souffle révolutionnaire.
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Fig. 34. — Fleuron en pierre avec les attributs des plateclbackcrs (placé jadis dans la façade de la maison de Saint -Luc à Delft et conservé présentement au Nederlandsch Muséum).
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Fig. 35 . — Motif de décoration tiré d’une assiette appartenant à M. Patrice Salin.