LA SECONDE PÉRIODE
DE
FABRICATION
I Gerrit Paape^ en écrivant que la faïence de Delft fut inventée ( idtgevonden ) au milieu du dix-septième siècle (i), a prétendu indiquer par là le moment où cette industrie ^ en se débarrassant de ses langes, revêtit un caractère artistique tout à fait exceptionnel et prit une impor- Fig. 45.- Bouteille tance décisive, certes, il ne s’est pas trompé.
polyclirome.
( Collection .T. F. London, Aux environs de i65o, il se produit une trans-
à la Haye.)
formation véritable dans les conditions générales de la fabrication. Jusque-là, les platcclschilders avaient été des décorateurs plus ou moins expérimentés, et les maîtres
(i) De Plateelbacker of Del/tsch aardewcrkmaker , déjà cité. Cette même date, on s’en souvient, est donnée par le Tegetnvoordige Staat der Vereenigde nederlanden. 1742.
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faïenciers d’assez maigres personnages. A partir de ce moment^ ils vont devenir^ les uns des peintres de mérite^ et les autres des industriels de premier ordre ^ tenant le haut du pavé et prenant chaque jour plus d’influence sur leurs concitoyens.
Les compagnons de Herman Pietersz avaient bien obtenu j dès i6iij de n’être point considérés comme des ouvriers vulgaires. La Gilde de Saint-Luc, corporation d’artistes, leur avait été ouverte. Ils s’étaient ainsi séparés des modestes potiers, qui étaient restés, avec les teinturiers, les fabricants de balais, les paumiers, dans l’humble corporation des marchands d’articles de ménage (i). Mais c’est à peu près tout ce qu’ils avaient obtenu. Leur industrie, qui tout d’abord avait paru vouloir s’étendre et prendre un vigoureux essor, s’était tout à coup arrêtée. La mort de son promoteur fut pour elle comme un glas funèbre. Les ateliers se fermèrent, les maîtres quittèrent la ville. Le recrutement du personnel se trouva en quelque sorte suspendu.
Les registres de la corporation ne nous marchandent point, sur ce triste sujet, les révélations douloureuses.
Le livre de maîtrise, le Meestersboek, nous apprend en effet que depuis i6i6 jusqu’en 1640, c’est-à-dire pendant un espace de vingt-quatre ans, huit plateelschilders seulement subirent les épreuves et obtinrent le titre de maître. En cette année 1640, sur les trente faïenciers qui avaient obtenu la maîtrise depuis la fondation de la Gilde, c’est à peine s’il en restait encore six ou huit qui exerçassent leur profession. Le tiers d’entre eux étaient morts et n’avaient
(1) Voir la liste de la composition des Gildes de Delft, dans le Recueil Delft MS, conservé aux Archives royales, à la Haye.
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pas été remplacés; huit,, c’est-à-dire plus du quarts avaient abandonné Delft sans intention de retour.
Pour les autres J à une ou deux exceptions près,, c’étaient de petits industriels ^ de maigres producteurs^ sans grand crédit J sans influence ^ sans fortune ^ nous avons de cela un indice certain : les noms qu’ils portaient.
Fig. 46. — Grand plat creux, décoré en camaïeu bleu foncé. (Collection de M. de Stuers, à la Haye.)
En ce tempSj en effets les ouvriers, les manœuvres, les travailleurs à façon, les gens de petite condition, en un mot, étaient à peu près les seuls qui eussent conservé la vieille habitude hollandaise de n’avoir point de nom de famille distinct. Ils se bornaient, comme c’était la coutume au quinzième siècle, à faire suivre leur prénom de celui porté par leur père. Ainsi Herman était fils de Pierre et s’appelait, par consé-
quentj Herman Pieterszoon ou Pietersz par abréviation. Le fils d’Herman recevait-il le prénom de Gerrit, on prenait l’habitude de l'appeler Gerrit Hermansz, et les enfants de celui-ci, Herman et Annetje, s’appelaient par la même raison Herman Gerritszoon et Annetje Gerritsdochter, c’est-à-dire fils ou fille de Gerrit, et par abréviation Herman et Annetje Gerrits. Mais dès que la fortune arrivait, dès qu'on croyait avoir quelque motif pour se distinguer du vulgaire, on s’empressait de prendre un surnom. Ce surnom était emprunté à la profession qu’on exerçait, à des qualités physiques ou morales, à une couleur, à un talent, ou bien encore on greffait à la suite de son prénom le lieu de sa naissance ou celui de quelque propriété. Seuls, je le répète, les gens de condition modeste se contentaient de la vieille appellation. Or, sur les noms des trente' premiers céramistes inscrits sur le Meestersboek de la Gilde de Saint -Luc, c’est à peine si nous en trouvons une demi-douzaine qui soient autre chose que des indications patronymiques directes, et encore, parmi les noms favorisés, en est-il deux qui appartiennent à des étrangers. Dans les autres professions artistiques, au contraire, l’usage du surnom était général. De sorte que sur les registres de Saint-Luc, les noms qualifiés des peintres, libraires, verriers et tapissiers, ont une petite allure aristocratique, alors que les modestes plateelbackers semblent être de pauvres déshérités.
Un autre signe de l’infériorité relative dans laquelle ils étaient tenus par leurs confrères de la Gilde, c’était la faculté qui leur était refusée de concourir à la nomination des doyens. Jusqu’en 1648, en etîet, la corporation ne compta que quatre chefs-hommes. Les deux premiers appartenaient
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au groupe des peintres^ et les deux autres à celui des verriers. Les différends des plateelbackers avec leurs ouvriers ou avec leurs clients étaient portés devant ces doyens étrangers à leur industrie J et^ outre un défaut de compétence qui pouvait leur être préjudiciable^ les faïenciers avaient encore à souffrir d’un froissement d’amour-propre professionnel.
Heureusement, au milieu du dix-septième siècle ^ tout cela change; nous assistons â une résurrection^ ou tout au moins à un vigoureux réveil de l’industrie céramique. Tout d’abordj les ateliers se repeuplent et les cadres se reforment. De i65i à 1660 J en moins de dix années ^ plus de vingt maîtres se font recevoir. En 1660^ dix maîtres; en 1662, six; en i663j six encore subissent les épreuves et sont admis. A partir de ce moment^ la prospérité est à son comble; la faïence de Delft devient célèbre; les commandes affluent de toutes parts et avec une telle abondance^ que Bleyswijck peut écrire ; « Quand les faïenciers commencèrent à fleurir J en peu de temps leurs produits furent si recherchés et si demandés^ que bientôt les fabriques s’élevèrent au nombre de vingt-huit j ayant toutes d’importants débouchés et occupant un nombre considérable de bras^ tant au dedans qu’au dehors. »
En même temps la Gilde de Saint-Luc augmente le nombre de ses doyens j porte leur chiffre à six^ et les deux nouveaux sièges sont attribués aux plateelbackers , qui se trouvent avoir de la sorte une part d’autorité aussi large que chacun des deux plus puissants métiers de la corporation. Enfin J nos faïenciers ^ devenus de gros personnages^ enflent leurs noms avec un ensemble fort significatif.
Rien n’est plus intéressant que d’assister à cette transforma-
tion de l’état civil. Jacob Wemmersz s’adjoint le nom ronflant de Hoppestein; Pieter Jeronimus se fait appeler Van Kessel; Gysbrecht Lambrechtsz prend le surnom de Kruyk; Jacob Jacobszoon, celui de Dukerton^ et ainsi de vingt autres. Notez que ces transformations ne s’opèrent pas du premier coup. On ne cherche à se distinguer par une appellation sonore que lorsque déjà la fortune ou la réputation ont fait de vous un homme distingué. Samuel Perrerius trouve son nom très-suffisant quand, en lôqS, il va déclarer à l’Oî/^/e son fils Orbanus; mais, en 1662, quand il fait baptiser sa fille Anna, il le complète en adjoignant les mots Van Beerenveldj qui lui donnent un faux air de gentilhomme. En i65o, quand Quiering Aldersz se marie; en i655, quand il obtient sa maîtrise, il se contente d’être Quiering Aldersz tout court; mais en 1659 il se transforme en M. Van Kleynoven. Il est devenu syndic à ce moment, et les honneurs comme la fortune ont certaines exigences.
Ces noms nouveaux nous embarrasseront bien un peu tout d’abord. En se greffant sur les autres, ils étonnent l’esprit et déroutent les recherches. On ne comptait pas les voir là. Mais une fois qu’on les a reconnus, ils aident singulièrement dans la classification des œuvres et l’attribution des pièces. Le nombre des prénoms usités dans une ville et dans un temps étant forcément restreint, ces prénoms, se répétant périodiquement dans la même famille, sautant du grand-père au petit-fils, ne laissaient pas, en effet, que de créer des confusions nombreuses. Comment, dans un monogramme, distinguer Pieter Jansz de Jan Pietersz? Du reste, jusqu’à présent, la marque de fabrique n’existait pas, et la signature n’était qu’accidentelle. Maintenant, la fabrication a
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pris son essor. L’amour-propre des artistes va engager ceux-ci à signer leurs œuvres ^ tandis que l’intérêt de la vente poussera les fabricants à adopter une marque commerciale^ distinctive J personnelle,, et parfois même à contrefaire celle du voisin.
Fig. 47. — Aiguière casque'e, décorée en camaïeu bleu. (Appartenant à madame B. Montagne, à Paris.)
Cette prospérité presque subite de l’industrie céramique à Delft ne doit pas assurément être regardée comme un fait purement accidentel. Trois grandes causes aidèrent singulièrement à cette résurrection inattendue^ à ce surprenant réveil : d’abord l’abondance des capitaux, qui se trouvèrent tout d’un coup di.sponibles) ensuite l’affluence
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des ouvriers, qui se virent sans travail, tout cela joint à la haute initiative de quelques hommes d’élite, qui prirent alors la tête du mouvement industriel de la populeuse et artistique cité.
C’est, en effet, vers ce temps, aux environs de 1640, que l’industrie des brasseurs périclita complètement à Delft. Le goût s’était-il modifié ? D’autres établissements rivaux s’étaientils fondés dans des conditions plus favorables? Je l’ignore; mais il est plus supposable que cette k pratique de brasserie » avait dû son étonnante fortune à l’exemption de tous droits d’accise dont elle avait été gratifiée jadis par Charles -Quint. Cette exemption accordée au lendemain de l’incendie de i536, et pour empêcher la désertion de la ville, n’ayant plus sa raison d’être, avait été supprimée depuis; dès lors, perdant leur plus important privilège, les brasseries avaient commencé à décliner. En 1640, la plupart des établissements se fermaient les uns après les autres. Les brasseurs, toutefois, n’étaient point ruinés. Dans le siècle de prospérité qu’avait traversé leur industrie, leurs familles avaient eu le temps de s’enrichir. On se souvient, en outre, de cette année 1628 où les actionnaires de la Compagnie des Indes avaient vu d’un seul coup quintupler leurs fortunes. Il fallait donc chercher un placement industriel pour faire fructifier les capitaux devenus libres, en même temps qu’une occupation lucrative pour les travailleurs sans emploi. L’industrie des draps était passée en Angleterre; celle des faïenciers, au contraire, semblait toute disposée à prendre un nouvel essor; on alla à elle, et ainsi s’explique cette phrase de Bleyswijck ; « C’est à l’époque où les brasseries si renommées de Delft décli-
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nèrent et disparurentj que les faïenceries commencèrent à fleurir. »
Mais J pour que cette ère de prospérité fût de longue durée ^ il fallait que quelques grandes intelligences en prissent la direction. Ces grarldes intelligences^ administrateurs habiles ^ artistes de talent ou industriels ingénieux ^ furent toutes ou presque toutes étrangères à la ville. C’est là un fait très-digne de remarque ^ et qui semble indiquer qu’une infusion de sang nouveau était en quelque sorte indispensable pour que l’art céramique atteignît son apogée à Delft. Presque aucun des grands noms que nous allons voir prendre la tête du mouvement ^ ni Aelbregt de Keizer^ qui fut le premier syndic du métier ni Abraham de Kooge, ni Frytomj ni Fictoors,, ni Kleynoven, ne lui appartenait en propre. Parmi les familles qui forment des espèces de dynasties faïencières ^ c’est à peine s’il en est cinq ou six qui soient d’origine delftoise : les Mesch^ qui descendaient d’une vieille famille de potiers; les de Milde^ enfants appauvris d’une ancienne lignée de magistrats municipaux; les Kam^ les Brouv^er^ et encore une ou deux autres. Mais les deux Cleffius étaient d’Amsterdam; mais ni les Hoppesteiiij ni les Eenhoorn^ ni les Pynackers, n’étaient originaires de la ville; et tous^ en se faisant recevoir maîtres^ avaient été obligés d’acquérir le droit de bourgeoisie. Bien mieuXj en 168O;, quand le désir de s’assurer un monopole et le besoin de se protéger contre la concurrence feront opérer le premier dépôt des marques de fabrique j sur sept faïenciers qui consigneront leurs monogrammes et leurs noms^ nous n’en trouverons que deux qui soient nés à Delft.
Ce premier point constaté j il nous reste à indiquer^ aussi
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exactement que possible, le rôle qui revient à chacun dans cette résurrection. Il demeure bien entendu que nous ne viserons ici que les cimes. Quatre ou cinq esprits d’élite prirent la tête du mouvement, les autres ne firent que suivre. Ce sont ces chefs dont nous allons essayer d’indiquer l’histoire, laissant à la partie biographique qui termine ce livre le soin de retracer celle des ingénieux et laborieux comparses qui marchèrent sur leurs traces.
Parmi ces chefs, au premier plan et au premier rang se trouvent deux hommes qui nous paraissent avoir eu une influence décisive sur leurs confrères contemporains : Abraham de Kooge ou de Cooge et Aelbregt de Keizer. L’un et l’autre étaient étrangers. Quel était leur pays d’origine? — Je n’ai pu trouver à ce sujet aucun éclaircissement. Mais Abraham de Kooge devait venir de loin; carie ii juin i632, quand il vint demander à la Gilde de Saint -Luc de vouloir bien l’admettre à titre de maître étranger dans la corporation des peintres, il dut réclamer un délai de trois mois pour faire venir le brevet de maîtrise qu’il avait obtenu dans sa ville natale. Ce délai lui fut accordé. En temps utile, le brevet fut produit, et pendant une quinzaine d’années Abraham paraît avoir exercé la profession de peintre à l’huile.
11 est probable, toutefois, qu’il avait entre temps longuement pratiqué la peinture sur faïence, et qu’il avait, par ses essais, acquis une certaine notoriété; car, en 1648, nous le voyons devenir l’associé de M" Pieter Joppe Oosterlaan et prendre la direction artistique d’une importante plateelbackerij.
Cette plateelbackerij avait été exploitée précédemment par un maître étranger, nommé Lambrecht Gysbrechts. Cet
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habile artiste^ dont nous connaissons quelques produits j était mort en lôqS. La même année j sa veuve s’était empressée de faire obtenir à son fils Gysbrecht un brevet de maîtrise^ pour qu’il pût prendre^ à la tête de l’établissement^ la
Fig. 48. — Grand plat polychrome et doré. (Collection J. P". Loudon, à la Haye.)
place occupée jadis par son père. Mais dès l’année suivante^ consolée sans doute ^ elle avait épousé en secondes noces le père de Pieter Joppe Oosterlaaii) en sorte que ce dernier s’était trouvé mêlé indirectement à cette alFaire de fabrication. Ce Pieter était un homme hors du commun. Le
titre de Meester dont on fait précéder son nom sur le registre de Saint-Luc semblerait même indiquer qu’il était pourvu de quelque titre académique ou tout au moins qu’il était riche. Il prit goût à cette industrie nouvelle^ d’autant plus que, dès cette époque^ il méditait sans doute un mariage bien fait pour resserrer les liens qui l’unissaient déjà à sa nouvelle famille. Le 8 mai i650j en effets nous le voyons épouser la fille de sa belle-mère^ Margrita Lambrechts Kruyk^
et devenir ainsi doublement fils de celle-ci.
Nous avons remarqué^ en étudiant les règlements de la Gilde de Saint-Luc^ que nul ne pouvait diriger un établissement s’il n’avait obtenu le brevet de maîtrise. Cet article créait alors pour les plateelbackers une situation que je ne saurais mieux comparer qu’à celle des pharmaciens de nos jours. Comme cela a lieu pour les officines actuelles^ le faïencier d’alors qui voulait^ soit monter une fabrique ^ soit même ouvrir un magasin^ devait^ s’il n’était maître lui-même^ placer un contre-maître diplômé à la tête de son établissement j om te beprijden, « pour l’affranchir »j comme on disait alors. Or^ Abraham de Kooge était maître peintre, et non pas maître faïencier. Quant à Pieter Oosterlaan, il n’était ni l’un ni l’autre. En sorte qu'il leur fallut mettre à la tête de leur exploitation un nommé Arend Jacobsz Cosijn, qui la conduisit en qualité de meesterknccht. Ce ne fut qu’en i652, après avoir rempli les conditions d’apprentissage et d'épreuves, qu’Oosterlaan put obtenir le brevet de maîtrise, et prendre d’une façon effective la direction de sa fabrique. En 1666, au moment où la mort vint le fraj^per, il avait conservé cette direction, et figurait parmi les syndics de sa corpo-
ration.
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Abraham de Kooge^ lui^ tout en dirigeant la partie artistique de la fabrication^ n’avait point pour cela renoncé à son titre de maître peintre à l’huile. C’est en cette qualité qu’il est inscrit^ en i650j sur la table placée en tête du second Meestersboek de la Gilde de Saint-Luc^ et c’est comme représentant des artistes peintres qu’il fut nommé doyen de la Gilde en i665 et 1666 J c’est-à-dire précisément dans l’année où son associé était élu par les plateelbackers. Mais quand celui-ci vint à mourir^ alors Abraham se vit forcé d’opter pour sa seconde profession. Il déposa officiellement ses pinceaux, et le 6 décembre 1666 J dispensé par ses collègues des formalités prescrites j il fut substitué à Oosterlaan en qualité de maître plateelbacker. Il pratiqua longtemps encore^ car en 1673-1674 et 1676-1677 nous le retrouvons figurant de nouveau au nombre des doyens^ mais il siège cette fois pour le compte des faïenciers. Sa carrière industrielle et artistique dura plus de quarante-cinq ans. Elle fut longue; nous verrons tout à l’heure qu’elle fut bien remplie.
La vie d’Aelbregt de Keizer^ ou du moins ce que nous en pouvons connaître^ est infiniment plus simple. En 1642^ il nous apparaît tout à coup marié avec Lysbeth Willcms^ et déjà père de famille. Cette année-là, le ii novembre, il obtient son diplôme de maîtrise. Aussitôt admis, il se met à l’œuvre, et le succès couronne ses efforts. Dès 1648, il a relevé l’industrie faïencière. Il la place à un rang qu’elle n’a point encore occupé, et il obtient qu’on lui accorde deux sièges parmi les doyens de Saint-Luc. Juste récompense de son mérite, il est le premier de son métier qui occupe ces hautes fonctions. Trois fois, dans la suite, il est réélu, et, pendant l’une de ses magistratures, il trouve moyen de nous prouver qu’il est non-seu-