‹ Histoire de la famille Courtemanche, 1663-1895Chapitre 7 sur 10 · ÈME GÉNÉRATION I · texte numérisé non relu

ÈME GÉNÉRATION I

Ls. Frs. Courtemanche et i° Marguerite Durocher ; 2° Charlotte Bouvier.

Du ier mariage de Louis François Courtemanche avec Marie Marguerite Durocher, sont nés :

i° Geneviève, baptisée le 18 avril 1766 à St-Antoine de Chambly.

20 Réné François, baptisé le 27 septembre 1767 à St-Antoine de Chambly, et inhumé jeune.

3° François Olivier baptisé à St-Antoine de Chambly, le 12 août 1768. Son parrain a été Olivier Durocher, chirurgien à Varennes; il fut inhumé à St-Antoine le 23 août 1768.

4° Benjamin, inhumé à St-Antoine, le 21 juin 1770, âgé de 5 mois.

5° Jacques Amable, inhumé à St-Antoine le 7 décembre 1770, âgé d'un mois.

6° Marie Marguerite,baptisée à St-Antoine

de Chambly, le 30 novembre 1 771, et inhumée le 23 août 1772, âgée de 6 mois.

70 François Marie, inhumé à St Antoine, le 25 juin 1773 à l'âge de trois mois.

8° Jean Baptiste Marie, qui fut baptisé sous condition à St- Antoine le 27 février 1774, marié i° à Marguerite Bourré, 20 à Marguerite Payan dit St-Onge.

90 André Marie, inhumé à St-Antoine le 7 avril 1775 à l'âge de quinze jours.

Son épouse, (à Louis François Courtemanche) Marguerite Durocher, étant morte à l'âge de 34 ans, fut inhumée dans l'église de St-Antoine, le 24 mars 1775.

Du 2e mariage de Louis François Courtemanche, le 24 février 1780 à St-Ours, avec Charlotte Bouvier, fille de François Bouvier et de Charlotte Duval, sont nés :

i° Antoine, marié i° à Marie Loiselle, 20 à Marthe Dufaultà St-Ours, le 3 octobre 18 14, mort subitement à l'âge de 70 ans. Revenant des Etats-Unis en voiture, il fut frappé tout-à-coup d'une maladie de cœur, entra dans une maison en disant : Mon nom est Antoine Courtemanche, de St-Antoine, Rivière Chambly, je vais mourir, et il tomba mort à l'instant même.

2° François Marie, baptisé à St-Antoine de Chambly, le 30 jui • 1781 et inhumé le 12 août 1781, âgé d'un mois.

30 Marie Thérèse, baptisée à St-Antoine, le 3 septembre 1783.

40 Marie Charlotte, mariée à Charles Lachance dit Pépin.

50 François Marie, surnommé plus tard la Croche parcequ'il était infirme, d'un coup de hache qu'il s'était donné sur le genou droit à l'âge de douze ans, baptisé le 9 décembre 1789 à St-Antoine, se maria avec Marie Louise Pépin dit Lachance, qu'on appela plus tard Félicité, et eut pour enfants :

i° François Misaël, baptisé à 'St- Antoine^ le 16 août 1819.

20 Marguerite, baptisée à St-Antoine le 18 juillet 1820, et inhumée le 25 juillet de la même année.

30 Florence, baptisée à St-Antoine le 31 août 182 1, mariée à Louis Gladu. Elle fut la mère du père Louis de Gonzague Gladu,, Oblat de Marie Immaculée.

40 François Azarie, baptisé à St-Antoine 16 septembre 1822.

50 Théophile, marié i° à Emérente Blan-

chette le 31 juillet 1863, à St-Antoine, 2° à Rosalie Lemieux, de Ste-Rosalie.

6° Godfroy, baptisé à St-Antoine le 7 mai

Le 3 novembre 1865, eut lieu dans l'église de St-Antoine la sépulture de François Courtemanche le croche, âgé de 74 ans.

Le 6e enfant de Louis François Courtemanche et de Charlotte Bouvier fut Suzanne, qui resta célibataire et mourut presque subitement à l'âge de 70 ans, le 7 juin 1862.

Louis François Courtemanche fut baptisé au Grand St-Ours, qui se trouvait sur le fleuve St Laurent, à une lieue et demie en bas de Contrecœur. C'était un M. Miniac qui y était alors curé ; car à St-Antoine il n'y avait pas de curé résidant, ni chapelle, elle n'y fut bâtie que l'année suivante en 1741. On fut obligé de passer à travers le bois, à cheval, pour aller y faire baptiser l'enfant, à qui l'on donna le nom de Louis Franç )is. A l'âge de 18 ans, il assista, avec cinq de ses frères, à la bataille de Carillon. A cette bataille, 3000 Canadiens luttèrent victorieusement pendant plus de six heures contre 15,000 Anglais. Ils étaient par conséquent

5 contre i, et malgré cela les Canadiens rem-portèrent la victoire.

Les Anglais perdirent dans cette journée quatre à cinq mille hommes de leur propre aveu. Les Anglais étaient commandés par Abercromby, et les Canadiens par Montcalm. Carillon est situé sur les bords du lac Champlain. Le drapeau de Carillon est encore conservé à Québec.

L'année suivante, le 12 septembre 1759, il assista à la 1 ere bataille des plaines d'Abraham, où les Français, au nombre de 4000, étaient encore commandés par Montcalm, et les Anglais au nombre de 8ooo, étaient cornmandés par Wolfe. Malgré qu'ils furent deux contre un, Montcalm attaque le premier. Wolfe est tué et ensuite Montcalm. Les Anglais furent victorieux dans cette bataille, ils perdirent 700 hommes, et les Français à peu près 1000. Ceci ne les découragea pas, ils augmentèrent le nombre de leurs soldats, et Lévis remplaça Montcalm. Les Anglais remplacèrent Wolfe par le général Murray. Et étant à peu près en nombre * égale, 6000 de chaque côté, ils livrèrent la 2de Bataille des Plaines d'Abraham, où les Fran-

çais furent vainqueurs. Environ 2500 hommes furent tués des deux côtés. Cette bataille se livra le 20 avril 1 760. Et dès le lendemain fut commencé le siège de Québec, auquel assista Louis François Courtemanche, alors âgé de 20 ans. Et il eut un de ses frères de tué au feu de Québec, son nom était Joseph. Mais les Canadiens ne recevant pas les secours qu'ils, attendaient de France, et vers le 15 de mai se trouvant enveloppés par la flotte anglaise, et manquant de vivres, ils furent obligés, pour ne pas mourir de faim, de tuer leurs chevaux et d'en manger la chair. Ce que fit Louis François Courtemanche comme les autres. Ensuite Lévis fut obligé de disperser ses troupes dans les campagnes, pour leur subsistance. Il ne lui restait plus que 3000 hommes pour faire face à 1 7000 de l'artillerie anglaise. Et déplus il n'avait pour ces 3000 hommes des vivres que pour 15 jours, il dut donc poser les armes, et la capitulation fut signée le 8 septembre 1 760. Et lorsque le père Louis François Courtemanche, parvenu à l'âge de 80 ans, racontait cela à ses enfants, le sang bouillonnait encore dans ses veines et il

tremblait de colère au souvenir de la trahison de notre Mère-Patrie ; car il appelait cela une trahison, la cession du Canada à l'Angleterre par la France, qui aurait pu nous défendre contre l'envahissement de l'Anglais.

A 1 âge de 25 ans, Louis François Courtemanche se maria à St Antoine de Chambly le. 25 novembre 1765 à Marie Marguerite Durocher. Il y a parmi les papiers de famille son contrat de mariage fait le 23 novembre 1765 par un notaire de St Charles, Rivière Chambly, Richard McCarty, Notary public, comme il signe, ce qui prouve qu'il était anglais. Aussi ce contrat est très mal écrit, le français n'y est pas du tout observé, il n'y a pas de ponctuation, il est d'une seule phrase, quoique le contrat renferme quatre pages et soit écrit sur du gros papier raide, jaune et pas rayé. Il nomme les parents qui ont assisté au contrat de mariage. D'une part, le sieur Jacques Courtemanche, habitant de la paroisse de St Antoine, sur la rivière Chambly, père de l'époux, et son épouse Marie-Anne Migeon, les sieurs Jacques, Louis, Jean- Marie et Jean-Baptiste, frères du marié, Marie- Angélique, sa sœur, et sieur Jean Courtemanche, son oncle paternel ;

et de la part de Marie Marguerite Durocher, le sieur Olivier Durocher, son oncle, les sieurs René Amable, et Benjamin Durocher, ses frères, Olivier et Louis, cousins, et Dame Geneviève Marchessault, belle-sœur, comme ayant épousé le sieur Benjamin Durocher, et M. Gervaise, prêtre et curé de St-Antoine, et demoiselle Cécile Gervaise, sa nièce, laquelle fut la grand'mère de sir George Etienne Cartier, ayant épousé Jacques II, et sieur Charles Ferdinand Cursinge, ami, et Dame Marie- Anne Brissette, son épouse, aussi amie, et Jean Gravel, aussi ami, et le sieur Louis Archambault, cousin, tous présents et consentant ont fait les accords et conventions de mariage qui suivent, etc., etc. Cet acte a été fait et passé à St-Antoine en la maison et demeure de la dite Délie Marie Marguerite Durocher, l'an de grâce 1765, après-midi, dans la cinquième année du règne, de notre souverain, Georges III, roi de la Grande- Bretagne, le 23 novembre 1765. Le dit futur époux a dit et déclaré ne savoir signer et la future épouse a signé avec les parents et amis susmentionnés, après lecture faite suivant l'ordonnance, etc.

En 1774, Louis François Courtemanche était marguillier en charge de la paroisse de St- Antoine et quand il quitta le banc d'œuvre on voulut le mettre connétable, comme c'était la coutume dans la paroisse. Louis François Courtemanche refusa en disant que puisqu'on lui avait fait l'honneur de le mettre marguillier, on ne devait pas lui faire le déshonneur de le mettre gardien à la porte de l'église, et cette coutume-là fut abolie dans la paroisse. C'est de son temps qu'a été bâtie en pierre, par corvées et petites cotisations, l'église actuelle de St- Antoine en 1779. Il avait alors 39 ans. Lorsqu'on a placé ce qu'on appelle l'aiguille du clocher de l'église de St-Antoine, le conducteur des travaux s étant aperçu que les ouvriers l'avaient mal placée se mit à jurer et à sacrer contre eux en disant qu'il fallait au moins dix hommes pour réparer cela. Alors le père Louis François Courtemanche lui dit : Fâche-toi pas, mon ami, on va arranger ça. Il monta seul dans le clocher, et remit la pièce de bois à sa place. Mais quand il fut descendu, il se trouva faible et perdit connaissance. Et lorsqu'il fut revenu à lui-même, sentant du mal à l'épaule droite, il ouvrit sa chemise et

on remarqua qu'il avait des coutures sur l'épaule, et la peau était coupée et ensanglantée, tellement il avait serré fort la pièce de bois sur son épaule. Aussi il paraît qu'il avait du nerf, le père Louis François Courtemanche. Son fils Jean- Baptiste, racontait qu'un jour, le père Louis François Courtemanche était allé au bois sortir des solles avec un nommé Lagimonière, qui passait pour être l'homme le plus fort de la paroisse de St-Antoine. Comme il y avait cette année-là bien épais de neige, et qu'il était impossible d'aller dans le bois avec des chevaux, ils prirent le parti de sortir leurs solles sur leurs épaules. Quand les arbres furent abattus et ébranlés, le père Courtemanche dit à son compagnon : Tiens, toi £ es pas ben fort, prends le petit bout, et mot je vas prendre l'autre. Ils sortirent ainsi leurs solles du bois sur leurs épaules. Ma s Lagimonière, par orgueil, s'était tellement forcé qu'il en mourut au bout de huit jours d'un effort qu'il avait attrappé. Une autre fois qu'il était allé sortir, du bois, des membres de traînes avec son fils Jean-Baptiste, il lui dit : Tiens, toi £ es jeune, prends le petit boiU, et son fils, racontant cela, ajoutait :

Je caracolais derrière mon père, quoique je ri eusse à peine que le quart de la charge. Pourtant c'était un homme que Jean-Baptiste Courtemanche. Une autre fois, racontait encore son fils Jean-Baptiste, qu'il était allé au bois avec lui, chercher chacun une charge de bois en hiver, il leur arriva de verser, ce que le vieux appelait encanter. Arrête, dit-il, on va essayer à ne pas décharger, et il prit la voiture par le bout des bâtons et la remit sur le chemin.

Sur les vieux jours de Louis- François, et ils étaient vieux, ses jours, car il mourut subitement à l'âge avancé de 86 ans, le 5 octobre 1826, étant devenu un peu troublé, il lui arriva qu'un dimanche, ayant dépassé son banc, qui se trouvait près de la chaire, et qui a appartenu au-delà de 100 ans à la famille Courtemanche, il ne pouvait plus le retrouver. Alors, le père du capitaine Laflèche, du 4ème rang de St-Jude, lequel demeurait lui aussi à St-Antoine, alla le prendre par la main et le mena dans son banc. Après la messe, le père Louis François Courtemanche voulut voir l'homme qui lui avait fait cette politesse. On le lui amena. Je vous remercie, lui dit-il,

du service que vous m avez rendu avant la messe, et je vous souhaite de vous rendre à mm âge, au risque que pareille chose vous arrive et de trouver quelquun assez charitable pou,r vous rendre le même service.

Devenu encore plus âgé et en enfance, il fut réduit à garder la maison. Il demeurait en chaussons et en chemise dans sa grande salle et son cabinet. Il ne sortait jamais dehors et pour empêcher cela, on avait fait pratiquer dans le mur de sa maison de pierre, qu'il avait fait bâtir lui-même, une porte avec des lieux d'aisance en dehors. Un soir d'automne, pendant que François Courtemanche, son fils, qui l'avait à rente, était à veiller dans la cuisine extérieure avec ses hommes engagés, le vieux se trompa de porte probablement et sortit contre son habitude. La fin de la veillée étant arrivée, on ne s'en occupa pas, le croyant couché comme de coutume. Mais vers dix heures, son fils François qu'on appelait le croche, parce qu'il était infirme et boiteux, dit avoir entendu du bruit en dehors de la maison, il crut que c'étaient les animaux du voisin, vu que le vieux, son père, n'avait jamais coutume de sortir, et le lendemain

matin M. Louis Lachance, beau-frère de François Courtemanche, comme étant le frère de sa femme, où il était engagé, s'étant levé de grand matin, pour aller chercher aux champs une paire de bœufs, pour labourer avec des ruelles, comme on faisait alors, aperçut, à une certaine distance de la maison, un homme qui se traînait sur les genoux, le long de la clôture et qui se dirigeait du côté de la maison. Il le reconnut et courut annoncer la nouvelle à la maison. On ne le crut pas, on alla voir dans son cabinet, mais le vieux n'y était pas. On prend une couverte et on va plusieurs hommes pour le chercher. Il était sans parole, usé par 1 âge et transi par le froid. On le place sur une couverte et on l'apporte à la maison. Le vieux leur fait signe avec la main de le mettre à terre près du poêle. Et il mourut quelques instants après, le 5 octobre 1826, sans avoir eu le temps de recevoir les derniers sacrements de l'église. Il était âgé, lui aussi, comme son père Jacques, de 86 ans. Le Révd. M. Archambault, ex-curé de St-Hugues, raconte avoir servi comme petit enfant de chœur à son service sur corps, et Florentine Courtemanche, épouse de Louis

Gladu, père de Louis de Gonzague, Oblat, sa petite-fille, comme étant la fille de François Courtemanche, surnommé le croche, a signé l'acte de sépulture. C'était une des premières familles de St-Antoine. Le père Archambault, ex-curé de St- Hugues, raconte que quand le vieillard mettait son habit militaire et ses souliers français à boucles d'argent, je vous assure, ajoutait-il, qitil était respecté.

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