LIVRE VI
PrainfillB PABVIB. — «BfiCB.
Les habitants de la Grèce et de ritalfe ne sont pas Àntocbibones* — La population et la ciTillsatlon ne Tiennent pas de la même source. -^ De la population primitiTe de la Grèce. — Opinion de Freret. —Des colonies.— Traditions orientales. — Traditions (grecques. — L'origine des Grecs est la même que celle des nations de TAsIe mineure.—Les langues de ces peuples sont originairement la même.— Les premiers habitants de la Grèce sont entrés par la Tbrace. — L'origine tbrace était contestée par les Grecs. — Les colonies orientales trouyèrent des habitants sauvages. — La première colonie, celle d'Inachns, ftit phénicienne ou égyptienne. —Population pèlasgique. — Les Pélasges étaient Celtes. — 11 y ayail ayant Inachus quelque ciyiUsation. — De la manière dont la colonie d'Inachus put s'établir. — Opfaiion de Schlosser. — Les Pélasges Tinrent par la Tbrace. — La première migration qui occupa la Thrace était Celte.
Si nous n'avions eu d'autre objet en vue que de montrer l'origine des peuples, se rattachant tous à quelque point de la chaîne caucasique, et par ce point, à la famille primitive établie sur les plateaux les plus élevés de l'Asie, nous n'aurions pas besoin de faire une étude particulière de la Grèce et de lltalie.
L'histoire et le consentement de tous les peuples ont fait justice des prétentions au titre d^Âutochthones, d'Aborigènes, dont ces deux grandes nations voulaient ennoblir leur berceau. On sait que toutes deux ont été formées par des migrations asiatiques; mais comment ces migrations ont-elles eu lieu ; à laquelle des descendances de l'Asie occidentale ou méridionale faut-il les rapporter? Ce sont des questions qu'il est utile d'envisager, et (pxïl entre aussi dans notre plan de traiter. Il ne sidïït pas, poiii- salisfàife Tè^rit, d'admettre comme vrai tin fait géflérai^et primitif; il n'est bien constaté qu'après la vérification des faits postérieurs, dont lé résultat est dé Confirmer, de inetfre borsdexloute rt)pinioti géni^â^ment admise, mais qui n en est pas moi&s susceptible d'observations et d'explications.
La manière dont furent peuplées la Grèce et l'Italie n'est pas un événement simple.La population, et sqrtout la civilisation de ces deux pays, émanent de deux sources.£lles n'ont pas eu lieude toute pièce, et en même temps; la physionpmie sociale a changé avec les différentes phases de rhistmre primitive. On nous enseigne vaguement que la civilisation de l'Egypte ou de la Phénicie a été
transportée dans la Grèce, qu'une race sauvage et barbare couvrait alors ce sol, destiné à répéter les chants d'Homère , à entendre la langue harmonieuse de Platon; mais dans quelle proportion ces éléments ont-ils concouru à former cet admirable ensemble? d'oii venait cette race antérieure aux civilisateurs égyptiens et phéniciens? comment renouer, pour elle, la chaîne du développe*ment humain, depuis Tantique et unique source ? C'est ce qu'il est important de connaître.
La Grèce a tout perdu. Sur cette terre des arts, de la civilisation, oii furent lus, aux applaudisse^ ments des peuples assemblés, les premiers chants de l'histoire, car il n'y avait que des chants sur ce sol poétique et harmonieux, tout a péri, suivant l'expression d'un poète moderne :
Tout, jusqu'aux noms divins qui charmaient nos oreilles.
Mais la Grèce mourante trouva dans Alexandre, le missionnaire armé qui devait répandre dans l'Asie la flamme du foyer prêt à s'éteindre, comme plus tard César répandit dans le monde la civilisation romaine, fille elle-même de cette Grèce, appelée aiqsi à se survivre dans sa glcrire et dans son génie, qui ne périssent point.
C'est ainsi que notre occident put rallumer le flambeau aux dernières étincelles ensevelies sous la cendre accumulée par les barbares. Héritiers des trésors arrachés à l'oubli, nous avons fécondé ces restes précieux du passé; art, philosophie^ science, gouvernement, tout s'est agrandi sous l'influence toujours active de la pensée humaine; mais gardons-nous d'oublier ceux qui, avant nous, creusèrent le premier sillon si riche d'avenir. Si le passé fut nécessairement incomplet, si les ga* ges qu'il nous a laissés prennent du fruit des travaux modernes une importance qui n'était pas soupçonnée jadis, convenons que sans les efforts de nos devanciers, nous serions réduits à écrire , comme eux des annales sans coordination; si nous pouvons aujourd'hui jeter sur le monde ce coupd'œil qui embrasse l'espace et le temps, rendonsen grâces aux grands hommes, dont les chefsd'œuvre ont marqué la route, et nous ont appris à la mesurer.
La Grèce se présente la première à notre examen.
Essayons de déterminer d'où lui étaient venus ses premiers habitants ; à quelle race, à quelle migration ils appartenaient.
n n'est pas besoin de longues recherches pour établir d'où cette contrée a tiré ses premiers ha* iHtants, nommés Pélasges, c'est-à-dire étrangers; malgré la distance, ils reconnaissaient pour leurs frères les peuples dont la mer les séparait, c'est-àdire ceux de l'Asie mineure ; que servirait de les suivre dans leurs courses à travers la Thrace, ou sur l'Hellespont, ou d'tles en îles, lorsqu'ils pénètrent peu à peu dans la Grèce qu'ils envahissent. Chaque tribu entraîne une tribu sur ses traces ; toutes , elles se pressent sans se heurter. Ensuite apparaissent les Hellènes, qui apportent de nouvelles neonnaissances aux anciens Pélasges, en même temps que des colonies grecques reviennent s'établir sur les rivages de TÂsie. La proximité d'une péninsule si importante, située sur le plus grand continentdu globe, peuplée d'habitants qui, non seulement avaient la plupart une même origine^ mais dont la civilisation tenait déjà à d'antiques fondements, décida en partie de la destinée des Grecs.*
Nous trouvons dans ce passage de Herder, ex-
* Herder, t. 2, p. 452.
trait d'un mémoire de Heyne/ la d<»inée.la plus générale sur la population primitive de la Grèce. L'Asie mineure et laThrace, peuplées par des nations de même origine, nous lavons déjà établi/ en sont la source. Mais cette donnée vague a be* soin de plus grands détails, et d'être précisée pour être véritablement comprise.
l^reret ^ a consacré à Texamen de cette ques* tion des premiers habitants de la Grèce, un Icmg mémoire, dont l'extrait se trouve dans rhistoire de l'Académie des Inscriptions.
Plusieurs, confondant les origines du pays avec trois ou quatre colonies peu nombreuses qui se sont policées, font venir d'Egypte ou de Pl^nicie les premiers habitants delà Grèce; d'autres les ont tirés de la Phry gie et de l'Asie mineure ; quelques-uns enfin en ont fait des Celtes, des Ger: mains, des Livoniens.'des Hongrois.
L'histoire des Grecs ne peut remonter qu'à l'arrivée des colonies, et conséquemment tout ce qu'ils ont débité sur les temps antérieurs est imaginé après coup. Le seul appui des traditions est
^ Heyne, De Origine Grœeorum, Gotting, conun. soc, 1764. 3 Mém. de VJcad. des Inêcr,, t. '21.
insuffisant pour conserver le souvenir des faits éloignés, si Ton veut arriver à quelque chose de bien lié, et ne remonte guère qu'à un petit nom-* bre de générations.
Ces colonies sont au nombre de quatre» dont trois, conduites par Inadbus , par Gécrops et par Danaus, étaient composées d'Égyptiens; l'autre, ayant Gadmus pour guide , venait de Phénicie. Freret place celle d'Inachus à 1970 ans avant l'ère chrétienne ; celle de Gécrops à Tan 1657 ; celle de Gadmus à 1594; celle de Danaus à 1586. Ses calculs sont appuyés sur deux sources.
Dans l'un, il remonte de l'époque de ia guerre de Troie, pour former un système de chronologie purement grecque ; dans l'autre , il embrasse la chronologie égyptienne : il arrive des deux côtés aux mêmes résultats. Dans ce dernier système, il prend l'époque de Sésostris pour base, et établit le synchronisme de ce prince avec le pharaon persécuteur des Hébreux. Opinion adoptée par le comte de Boulainvilliers et le P. de Tournemine.
Quelque sauvages que fussent les premiers habitants de la Grèce, ils avaient une religion, espèce de déisme qui ne partageait pas l'adminis-
(ration de l'univers entre plusieurs divinités. Ce premier culte grossier fut altéré par les colonies orientales. Elles forcèrent les habitants d'adopter les différents cultes qu'elles apportaient. Ces nombreuses divinités prirent dans la théogonie grecque la date que leur assignait l'époque de leur admission, selon la remarque d'Hérodote; leurs aventures sont l'histoire défigurée de l'établissement de leurs autels; et par leurs combats et leurs exploits, on doit entendre les difficultés qu'éprouvèrent leurs premiers sectateurs.
Au nombre des traditions orientales sur les Grecs se place, et avant toutes, celle des livres sacrés : 1^ parce qu'on a tenté de rapporter toutes les langues à celle des Hébreux, comme à leur source, ce qui est contraire au récit de Moïse et à la dispersion des peuples et des langues; 2« parce qu'on a cherché à ramener l'origine de tous les peuples connus aux trois fils de Noé.
Moïse n'a pu parler que des peuples connus des Israélites. Ltes Grecs étaient dans ce cas. 11 les désignecomme les fils de Javan^ qui peuplèrent les îles des natwns.^
^ Genèse, chap. 10, vers. 4 et 5.
Des quatre fils de Javan, Elisa, Kettim, Tharsis et Dodanim, il n'y a guère que les deux premiers qui puissent être déterminés avec certitude, parce qu'on les retrouve dans d'autres livres de la Bible. Freret pense que ces deux noms désignent le Péloponèse et la Macédoine, nommée Maketia par quelques anciens.
Les traditions des Grecs eux-mêmes nous montrent ce peuple, ignorant sa première origine, prendre à la lettre les noms de fils de la terre et d'Âutochthones, donnés par les poètes à ses ancêtres. La Thrace^ la Macédoine et l'Épire, auxquels on refusait le nom de Grèce, faisaient originairement partie delà nation grecque, qui les traitait de Barbares. Ce refus des membres de la confédération hellénique d'admettre ces peuples est capital, et nous en tirerons des conséquences qui nous paraissent en harmonie avec le système général des migrations asiatiques. Nous y reconnaissons la distinction des Hellènes et des Pélasges , fait important dans l'histoire primitive de la Grèce. Le nom d'Hellènes, que portèrent dans la suite tous les Grecs , ne s'appliquait dans l'origine qu'à un petit canton de la Grèce, et s'étendit ensuite à un certain nombre de cités qui
formaient une ligne particulière. Le nom de Pélasges, regardé comme celui d'Un peuple d'Ârcadie errant dans toute la Grèce» dans les îles de la mer Egée, sur les côtes de l'Asie mineure, sur celles de l'Italie, est le nom général des premiers Grecs avant la formation des cités. U disparut à mesure que la civilisation se répandit dans la Grèce.
L'origine des nations de l'Asie mineure paraît avoir été la même que celle des Grecs. Les anciens habitants de la Lydie , de la Carie S de la Mysie, les Phrygiens, les Arméniens, formaient, dans le principe , une nation avec les Pélasges et les Grecs européens. ^ La preuve qu'en donne Freret, c'est que la langue de toutes ces nations asiatiques , malgré la différence des dialectes, arvait beaucoup de rapport avec celle des Grecs d'Europe.
Nous avons vu plus haut que cette langue des Arméniens, des Phrygiens, prenait sa source dans la langue zend '. Suivant Reiss\ elle provenait du
^ HERODOTE, liv. 1", p. 80-81, édit. Vi^essel
* Strabon, 7, p. 521, liv. 15, p. 627.
' Liv. 4, 2« part.
^ Gvûmm. russe, tntrod.
sanscrit; c'est donc vers les pays où ces deux lan* gués étaient en usage qu'il faut chercher l'origine primitive des Grecs. C'est dans la Perse et vers la partie orientale de cet empire que ces deux langues f ou plutôt , comme nous le montrerons , ces deux dialectes de l'idiome primiti^F étaient parlés.
Remarqucms ici cette coïncidence singulière avec ce que nous avons lu dans le passage déjà cité du code de menou. Nous le reproduisons :
€ Plusieurs familles de la classe militaire ayant abandonné les préceptes des Vedas,etc.; vécurent dans un état de dégradation telles que les Yavanas (les Grecs), descendus de Javan, suivant Moïse ; les Pablavas (les Persans anciens); les Tchinas (les Chinois), * etc. >
Voilà donc la tradition indoue en harmonie avec Moïse , et confirmée par les rapports entre les Arméniens , les Phrygiens, les Pélasges et les Grecs. Les faits, les monuments traditionnels, et les recherches modernes, nous offrent une concordance difficile à contester.
Ce que cette conformité de langage entré tant de peuples, dit Freret, nous permet de supposer
^ Wi(«i4. Joues, Disc, sur Ui Chinois^ t. 2, p. 406, Calcutta.
comme mi fait plus que vraisemblable, c*est que, depuis les frontières des Celtes jusqu'à œlles des Mèdes et des Syriens, on parlait une même langue divisée en plusieurs dialectes^ et que le grec était un de ces dialectes.
« On peut et on doit les considérer comme les c botanistes considèrent les plantes, qu'ils rédui- € sent à un certain nombre de genres , subdivisés c chacun en plusieurs espèces qui, convenant « toutes dans les caractères essentiels du genre , € y ajoutent seulement des variétés. >
La langue esclavonne est la seule qui paraisse à Freret se rapprocher de la langue grecque par son génie grammatical , par la ressemblance des sons et des racines. Les peuples qui la parlent sont les descendants des Gètes et des Thraces, voisins de la Grèce.
Cette langue générale , le mélange des Thraces avec les Grecs marqué dans les anciennes histoires, la situation des lieux, tout indique donc que les anciens habitants de la Grèce étaient originaires de Thrace. Tel est le résultat auquel arrive Freret. *
^ j^cad. des Inscr., t. 21^ p. 7 et suiv.
Nous avons dit (livre 5) que les Thraces étaient des Slaves ; c'est donc a Torigine slave qu'il faut remonter pour reconnaître la source première de la migration grecque» en tant que considérée comme Thrace. Distinguons cependant, car il ne Ëiut pas se laisser abuser par ce qu'il semblerait exister d'exclusif dans cette descendance purement thrace , et dans le rapport du grec et de Tes* clayon. D'abord, ce rapport n'est pas si grand qu'on n'y rencontre les preuves d'une source plus ancienne ; et , fût-il aussi grand que le dit Freret , cela indiquerait la fusion amenée par le voisinage, mais n'empêcherait pas que la première population des îles et du continent de la Grèce ne fut antérieure à la migration esclavonne , et par conséquent à la Thrace, telle qu'elle était restée à la suite des envahissements successifs.
Ce qui résulte véritablement des rapports déjà établis , c'est que la Grèce ne put être peuplée par un autre chemin que la Thrace, et que la consé* quence naturelle dut être une plus grande conformité entre les Thraces et les Grecs.
Cette origine n'était pas incontestée parmi les Grecs eux-mêmes; nous venons de voir qu'ils refusaient le nom de Grecs aux Thraces, aux Macé-
doniens, aux Ëpirotes. Alexandre, fils d'Amyntas, roi de Macédoine , pour être admis aux jeux olympiques y fut obligé de prouver qu'il était ori« ginaire d'Argos. *
Les Thraces eux-mêmes , nous Tavons déjà dit, n'étaient pas non.plus une dation sans mélange. Les Taures, qui habitaient les niontagnès, étaient le reste d'une population que les monuments , tirés de sa langue et de ses usages /rattachaient aux Goths, et peut-être antérieurement aux Celtes. Avant les Thraces, ou Esclavons, il y avait donc eu une migration germanique.
Qu'avons-nous déjà trouvé précédemment sur cette série de migrations? La plus occidentale était celtique , la seconde germanique, la troisième esclavonne ; les deux derniers termes de cette progression se trouvent les mêmes pour l'Europe
occidentale et pour la Grèce. C'est un motif puissant de croire que, s'il en existe une plus ancienne dans cette même Grèce, elle sera là ce qu'elle est sur l'autre ligne de descendance, c'est-à-dire celtique. Or, rien n'établit que la migration germanique qui donna naissance aiix Gimmériens fut la première , et bien des documents la présentent comme la seconde.
Le ten^toirô Toisûi de là Grèce proprement dite, parait avoir été, et fut effectivement, le séjour de la nation cimmérienne qui , pour s'y établir, chassa probablement devant elle les premiers habitants; lai seule retraite qui leur fût ouverte, c'était la Grèce et ses îles. Nous voyons en effet les Pélasges erràHt dans toute la Grèce, dafis les îles de la mer Egée, et jusque sur les côtes de l'Asie mineure et de l'Italie.
^ n fallait que cette population primitive fut déjà assez nombreuse au temps de l'arrivée des colonies orientales, car peu de générations après elle envoyèrent elles-mêmes des colonies dans l'Asie mineure.*
Les Orientaux civilisèrent cette race primitive. Ce fat sans doute grâce à ces progrès , qui furent bornés à la Grèce proprement dite, que ses habitants dédaigtièrent les peuples restés barbares de la Macédoine et de l'Ëpire , sortis tous de l'Asie, mais en différents temps. Oublieux d'un passé que la tradition seule était impuissante à conserver, ils durent voir des étrangers dans des voisins qui ne s'étaient présentés à eux que comme
* Clavier, t. l".
des conquérants et des maîtres; et l'influence des colons orientaux, en les assimilant à eux, ne put que fortifier cette barrière qui s'élevait entre des hommes de même origine primitive.
En admettant l'arrivée d'Inachus , mille neuf cent soixante -dix ans avant notre ère, nous trouverons donc pour les anciens habitants de la Grèce une époque antérieure à l'arrivée d'Abraham dans la Palestine. Cette migration d'Inachus parait également n'avoir pas été postérieure de beaucoup à l'établissement des Phéniciens dans la Méditerranée, puisque Moïse ^ dit que les Phéniciens, à l'époque d'Abraham, étaient dès-Ion dans ce pays, expression qui ne parait pas permettre de leur attribuer une longue possession. Or, les Phéniciens étaient Arabes et avaient passé par l'Egypte avant de s'établir dans la Méditerranée. Ce fait peut expliquer la double version qui fait d'Inachus tantôt un Phénicien, tantôt un Égyptien.
Pour que l'analogie fut complète entre la migration celtique de la Grèce et la même migration dans l'occident de l'Europe , il faudrait donc que
* Genèse, ch. 15, vers. 7.
les Pélasges, s'ils étaient Celtes , eussent occupé les points les plus reculés de la Grèce, c'est-à-dire le Péloponèse. C'est précisément ce que nous trouvons.
Les ArcadienSy un des plus anciens peuples de la Grèce, portèrent le nom de Pélasges, * qu'ils prétendaient tenir de leur fondateur Pélasge , qui s'empara d'une partie si considérable du Péloponèse, que toute la presqu'île fiit appelée, d'après lui, Pélasgie. * Ces Pélasges, que nous voyons répandus dans l'Attique, en Thessalie*, enËpire, avaient une origine plus ancienne. Josèphe les fait descendre de Javan, fils de Japhet et petit-fils de Noé , opinion qui est d'accord avec l'Écriture et avec les traditions orientales. Nous avons répété toutrà-l'heure que le code de menou donne les Yavanas, tribu exilée, comme les ancêtres des Grecs. Or, nous savons ce qu'il &ut penser de cette descendance de Noé. Cela ne prouve autre chose que l'opinion où étaient les Grecs euxmêmes, ainsi que tous les peuples, que les pre-
' Étibnnb de Bysancb, f^oee Arcas.
^ Idem., f^oce Peloponnesus.
^ Idem, y f^oce Thessalia,
miers habitants de la Grèce venaient do nord, où Ton plaçait le partage de Japh^.
Homère place les Pélasgesen.Thessalîe;^ c'est en effet en Thessalie qu'ils se retirèrent après avoir été chassés du Péloponèse. ' Ces différaites stations des Pélasges ont engagé les poètes à désigner les Grecs en général pdr ce nom. '
Les historiens l'ont également adopté ; la nation des Pélasges était répsoidae dans toute la Grèce, dit Thucydide. *
n serait trop long de suivre les Pélasges dans toutes le^rs émigrations; elles sont rapportées par les auteurs les plus célèbres dç l'antiquité. Il en résultç cOifait, que ces auteurs regardaient la nation répandue sur tous les points où ils la {dacent comme un seul et même peuple. Or, ces points étaient la Thraçe, le mont OlympQ» uœ pajrtiede TÂsie mineur^, lesîles^.et isur tous cesppints, nous ne yoyons apparaître que dçs. peuples spythjques ou celtiques. La Grèce était dcmc habitée
* Homère, in Catalog.^ chant a, v. 841, Iliade.
* Denis d'Hàlygarnàsse, Uv. 1", p. 14-20, édit. Fréd. Sylburgii.
' Ovide, Métamorphoses, liv. 12, vers 7.
* Thucydide, liv. 1", c. 5.
par les mêmes peuples ; donc les Grecs étaient des Celtes.
Les Grecs ont dit que les premiers habitants de leur pays étaient Autochthones; ils ont placé les géants dans les pays occupés par les Pélasges; * dans la langue des Celtes , titan vent dire homme né de la terre; aussi les Grecs leur ont donné ce même nom dans leur langue. Les Celtes et les Scythes étaient appelés géants par les méridionaux, dont la taille n'égalait pas celle des hommes du nord, et les Pélasges sont des géants dans la tradition grecque; ils habitent TA rcadie, pays des premiers Pélasges. Titans , géants, et Pélasges, désignent donc les mêmes hommes, conformité remarquable, non contestée et reconnue également par les Celtes et par les Grecs.
Les Pélasges occupaient anciennement l'île de Samothrace; ^ Thucydide' met des Thraees dans la Phocide; les Thraces étaient donc établis en Grèce de toute ancienneté.
L'ile de Lemnos était anciennement occupée
* ETIENNE DE Bysangb, p. 166, f^oce ArcfU, ^ HERODOTE, 2, p. 128, édit. Wessel.
' Liv. 2, c. 29.
par les Pélasges , suivant Hérodote; * suivant Strabon,' les premiers habitants de cette île étaient des Thràces, venus là du continent; voilà donc les Thraces et les Pélasges qui sont le même peuple. Une difficulté parait cependant naître ici. Nous avons dit que les Thraces étaient des Esclavons , que les Thraces qui les avaient précédés dans le pays étaient des Goths ou Germains; maintenant, dirons-nous, qu'antérieurement à ces Thraces-Germains, il y aura eu des ThracespCeltes. Ce serait donner comme une preuve ce qui est en contestation, ce serait faire ce qu'on appelle une pétition de principe.
Observons d'abord que, relativement à la Grèce, aucune migration septentrionale n^a pu avoir lieu que par la Thrace; que pour les Grecs, par conséquent, les Celtes, aussi bien que les Cimménens, étaient et devaient être des Thraees. Ainsi , quel que soit le nombre des migrations, pour eux c'étaient toujours des hommes venus des mêmes pays , par conséquent le même peuple.
Mais il est évident que ce n'est pas sur le nom
« Liv. 5, p. 584, édit. Wess^l.
2 StRABON, VII 551.
même de Tfaraces que porte la discussion, mais sur rexistence d'une migration antérieure à la possession délaThriace parlei^ Gimmériens, Or, nous avons admîaquela nation cimmérJie0]3Le,<{ui fut la souche des Tauri, réfugiés sur lèe tmmtagnes, par suite de ila graode inyasiondes Scy-thés, fiirt, tiU'détmife, ou refoulée. dans le^^ionr tagnes ^ ou remofita vers Ids points d'où elle était venue, ks mcmts !Garpaths , pour redesœndre de là vers Im bassins de la Yistaiie et* de l'Oder^Oette grande invasion des Scythes eut Ueu vers Tan 6^ avant notre ère , et par conséquent est bien posr térieuré à Toccupation de la Grèce par les premières peuplades venues du nord.
Les premières peuplades, qui furent civilisées par lès colonies orientales,.refusaient aux peuples de llSpire et de la Macédoine le nom de Grecs, et cependant elles ne se prétendaient ni égyptiennes, ni phéniciennes; elles ne supposaient donc pas que leur origine, quoique prenant sa source iaoi mëînes lieux , fAt identique. La distinction , dèë* lors, ne pouvait être fondée que sur la différence des époques d'établissement. Nous avons, en effet, expliqué ailleurs que toutésces migration^ remontaient, quoiqua différentes époques^ k la
même patrie primitive; amsi, Thypothèse que nous avions fondée sur Tordre des migrations se trouve oonfirmée par ia conduite mteie deaGrecs, et'Ieur conviction, à cet égard» répond à la donnée plus générale dont nous étions partis.
Cette difficulté écartée, et une migration antérieureau séjour des Gimmériens sur ie Bosphore, présentée comme probable, les autres caractères attribués aux Pélasges^ et qui lesSmt Gett», de* viennent la confirmation de la doctrine qœ nous avons émise, et reçorr^t d'elle en même taoïps un plus haut degré d'autorité*
Les Pélasges avaient établi Toracle dé Dodone, le plus ancien de la Grèce. Cet cmicle n'était aai^nement qu'un chêne ou un hêtre; les Celtes n'avaient point de temples» non plus qae les Germains : ils oifraient leurs sacrifices autour d'une pierre on^de quelque ^and wbre;^ les Scythes , au sein même de leur territoire primitif, avaiait le même usage, et oonsaCràient ai} dieu de la guerre des chênes d'une prodigieuse hauteur. *
* Tàci«, ùêrm., cap. ix.
L^ Pélaggeâ ne donikiieiit ni noiH^ m mn^ùtA aux âiyimtéê qu*Ms adorawil; ûê k^^piêMmt smpkmeiâ lé9 .diebx« Los noms dOftVdjâ àW servi dépôts, dit Hérodote, ^ oAt été appâ^téd d'Êgyptid pour la plus grande partie. C^était tivAéi l'usage des Perses, des Scythes dt de^GélIëSi
£ki général» kis usages reHgveux déS plumiers habitsmte de U Grèw' vêtaient delà Thraee/et par conséquradïdes Soythèi^ L&s Usager d^ lâcé^ démôtlietts^ que ndus a^rùm dit OdCbpe^ lé tefi^ toire dm Pâasges, detaient coUfiérVèr qtielqtte empreinte fim pattiotilièrë deisu^gés deât Celtes, s'il est ?rài que tes €elt«s ont été les premiet^ habitants de k Pélasgie4 C'est ce qui a lieu en effet- ^
Les Llii^émonv^s portaient de grands che^ veux Y tandis que les autres Grecs les portaient plus eourts^ L'Usage de i^oigtt^ leur chevekre pour les jottirs de c^nbat leur était commun àted les Gaulois. Quand fls msyrchaîent à TéAn^ïti; leurs poètes mfflrcfaafent devant eus ; on coiihàit assez de quelle ardeur les enflammaient les chants de Tyrtée; c'était l'emploi des bardes chej^ les
< Hérodote, 2, p. 128. Édit Wessel. » '
Qaulob. De touft les peuples de la Gcèoe, les Laicédémoniens étaient le moins adonné aux lettres; les Celtes et les peuples du nord, engénéirad, avaient en <^la une praUque semblable : ils se contentaient d'apprendre des airs, ou chansons, qui étaient leurs monuments.
La langue grecque est un mélange de celte, de phénicien et d^égyptien, ou, pour mieux dire, elle dérive de la double source asiatique, méridionale et septentrionale. La base est le célticpié, les additions appsfftiennent aux deux antres, li est remarquable que ce soient les mots qui expri« mentles idées simples qui se trouvent les mêmes dans tous les dialectes. Les premières idées ont été rendues par les mêmes sons ; les combinaisons ont été plus tardives, et c'est, là que les différences s'établissent.
, On peut vcdr un gtsoad nombre de ces mots d'une analogie, frappante clans Pèlloutier, ^ Pezron, ' Builet. ' On ne peut, dans ce cas^ reprocher à ces auteurs leurs préventions. U ne s'agit
* liv. 1".
^ j^fUiq, des Celtes,
» Dict. celtique.
pas là de déductions ni de raisonnement , mais de mots appréciables par tous.
Nous pouvons donc considérer comme un fait qui nous est acquis désormais , que les colonies phéniciennes et égyptiennes ont trouvé dans la Grèce d'anciens habitants dont la vie sauvage pffre^ dans les caractères qui peuvent être re^ trouvés, des analogies frappantes avecles peuples de migration septentrionale} qw ces migra-^ tions ont été successives; que la derni^e peut être considérée comme esclavonne; que la seconde, dont les débris existent encore, s'est arrêtée à la Thrace, et n'a pas pénétré jusqu'à la Grèce proprement dite, ou du moins jusqu'au Péloponnèse , et que cette péninsule a été peuplée par un peuple du nord qui a devancé les autres. Toutes ces migrations ont dès caractèi^es généraux semblables qui les ratiacfaeat à la même source primitive, eï des caractères particuliers qui les dassent dans r<)rdre de temps et de succession. Or, nous; avons vu .ailleurs ' qiie cette jw^emière migration est celle qu'on a appelée celtique; donc les Pélasges, ou premiers habitants du Péloponnèse, sont des Scythes de première migration , ou des Celtes.
£q d autres termes, la popuktîon primitive de la Grèce, de Faveu de tous, n'appaortient pas aux ootoû^s orientales 100 méridionales, et ne peut être phémci^aqe ni égyptienne, {linsi efie ne peut venir que du ttord* Toirtes l€|â migrations du nord appartiennent à iiné même soiîclie, qfue nous dé* signons sous le qom collectif di^ Scythes; donc la migration qni a peup)é la Grèce est scy the. Ces nugraticms n'^nt pas été simidtanôes, et elles se 9oat poussées l'une Feutre ; donc , celle qui occupe Textréraité de la Gkèce doit être la première. O^ c€i]lo<!i porte le nom de migration celtique ; donc l^$ Grecs sont dei Celtes.
De quelque manière que le dilemme soit posé, la conclusion se trouve la même.
L'c^inieb générale attribue à Inadbus la pre* i^ière colonie qui civilisa la Grèce. Cependant on aperçoit avant hn quelques traces de civilisation d^nsl^ Péloponnèse. Il parait que Syc^ne existait déjà, Ipr^qu'Inadius vînt à Argos; car, suivant quelques auteurs,^ Phoronée, fils dlnachus, fit la g^rre aux Telchines, qui quittèrent la Pélopon^ njè^e pour aller s'éiaWir dm^ Tîte de Rbodes. Sen-
* OaosE, liv. 1", ch. 7,
limepit confirmé psr Strabon ^ et Dîodore de Sicils»' qui disent que cette âô avait été peuplée pab des Telohines. .Strabqp ' dk cm Telchines otigU naires de Tlle ide Gr^, dont le preuuer nosft» était Tetehinh. Ils étaient probableàient Phéiih ekitts. Diodkire deSiei/ie^dit <|ae, anivant les àn4 ciaines tradUkions, ils étaient enfanta de la rasr, ce qui semble désigner les Pfaénidenflv qni lurent les premiers peuples navigateurs.
On ne peut pas détermitt^r à quelle ^fwqne se firent ces étj^ilissen^enls; m^iis aucun ne pouvait être plus ancien qU'Inaditts;^ et, comme la yille d'Altos qu'il fonda devint bientôt la plus importante, c'est à lui (}tte commence Téritablement là première lueur historique qui lu*iiie sur la Grèce.
La seule chose que les anciens disent sur Tori^ gine d'ïnaehus, c'est qu'il était fils de l'Océan. De tous les peu|>Ies de Ist Méditerranée , les Phéni* ciens, qui avaient hàbifé lès bords de la mer Rouge,
' Liv, i4, p. 6»$.
* Liv. 5, p. 536. Édit. Rhodom.
' Strabon, p. 654.
* liv! », p. 926. &lir. Bttodam
» Cci'ftfR^^M. iapremiiTs iew^idela Grèce, 1. 1, p. 7.
élaieût les seuls qui coAnuâsent TOcéan. Oa paît donc au nums conjecturer, d après cda > qulnachus était Phéiiioteii dTor^ae, s'il ne Tétait pas de naissance. Question. importatite dans Tétude de Taniiqmté; car il est intéressant ifesàvoir à qvi la Grèce, qui civilisa TËorope, dut eHe^même les premiers «gërnles *de ses arts et de' ses. iscîeDces, transmis à notre occident, frt qui lin Aoniient une si grande supériorité sur Tascien monde, et. sur les antres parties du gk>be.
La vie nomade ne permet pas jude grande multiplication de l'espèce; et lorsque cçtte^çî com« menée à deveinir nombreu^^Jl ifiuf; qu'eUe ait recours, surtout lorsque le territoire est borné comme celui de la Grèce, à.ui^eeiqist^i^.ipokis précaire^ C'est dans ces circonstances que parurent les Phénidens; ijs . apprirent aux Grecs à tirer partides produ((!tions d0 l^r pays, csa'^ il est probable que ee fu^t d'abord comme fecteurs et commerçants qu'ils s'annoncèrent. Us établirent, comme nous l'avons fait nous-mêmes dans l'Inde et sur d'autres points, de véritables comptoirs. La nation phénicienne ne fut jamais assez tiombreuse pour entreprendr,e, des invasions. à main armée. Son commerce se développait' sur une
grande éteadue de côtes ; il est donc impossible que ces établissements fussent autre chose que des établiissements de comnierce.
Les Pfaénideifô forent dcmc peu nombreux , et leurs premiers guides des ccmunetçants , qui de** vinrent rois , héros, ou même dieux , quand le temps ent mêlé toutes ses fables aux traditions du passé.
D'après cela, les Phéniciens ne durent pas faire adopter leur langue, mais apprendre celle du pays; et comme ils avaient besoin d'une foule de mots pour les nouvelles relations qu ils créaient, ils conservèrent probablement les mots orientaux qui leur appartenaient. On leur a tou^urs attribué l'introduction de l'écrituie, et l'alphabet grec fut celui des Phéniciens. Il est vrai qu'on en fait honneur à Gadmus. Gela est assez difficile à croire. En effet, l'établissement de Cadmus est de 1394 ans avant J.-G., plus de trois cents ans après Inachus. Gomment croire que les relahons de commerce aient pu avoir lieu pendant aussi longtemps/ sans la connaissance de l'alphabet, surtout si l'on considère que les relations des colo-
* Hëroootë, liv. 1", p. 2. Édit. Wcssel.
nies grecques avec la Phé»icie n'avaient pas dA cesser. Cependant Wolf ^ retarde encore cette connaissance de Falphabet ; mais d'antres anto*rités metient hors de contestation que ks Grecs Favaient reçu long-temps avant Gadmus; et, in** dépendamment de toute preuve matérielle , c^te opinion réunit pour elle les probabilités et la rai» son. C'était Topinion du président Bouhier '; Larfàker l'adopte, ainsi que Clavier/
Diodore de Sicile ^ dit que les anciennes lettres grecques se ncmimaieiit lettres pélasgiques, ^ comme ce nom de Pélasges a presque entfôre» ment cessé dans la Grèce après Dunaâs , il en résulte que TintroductitHi de ces lettres est antérieure à ce prince. Elles n'avaient pu dès^lcurs être apportées que par la première colonie phiteîeienne.
Tout sauvages qu'étaient les habitants du Péloponnèse, ils avaient cepen<kmt qu^qnes idées religieuses. Ils reconnaissaient deux divinités princt^
^ Prolégomènes de l'Iliade. Édit. 179».
* Paléographie de Montfaucon, à la fin.
' Page 10.
« Liv. 5, p. 200. Édit. Rhodom.
pales : le ciel et la terre. Platon ^ prétend qu'ils rendaient un culte au soleil, à la lune, aux autres. Ce cidte se conserva plus long-temps en Arcadie , où les Phéniciens firent pénétrer plus tard leur influence.
Le culte des Phéniciens se perpétua en Grèce , et il est facile de s'en convaincre par Fanalogie des divinités grecques et phéniciennes^ Le Moloch phénicien n'est autre que le Saturne des Latins, et le :xpovoç des Grecs. C'est avec ces noms que les Grecs et les Romains rendaient celui de Moloch. Nous n'insisterons pas sur ces ressemblances, qui seront l'objet d'un chapitre particulier.
Nous avons peu de données sur le gouvernement et les lois des Phéniciens : il parait, d'après la Bible , que chaque ville avait des rois particuliers, comme nous le voyons dans la Grèce. Josué * dit que les Israélites tuèrent tous les rois des Cananéens ; c'était le nom des Phéniciens dans l'Écriture. L'autorité de ces rois était limitée ; et à Garthage, colonie purement phénicienne, les deux
* Platon; Cratylus.
' Josué, ch. i%
rois n'avaient pas plus de pouvoir que les rois de Sparte/ Ainsi , il y a une grande analogie entre Fancienne forme du gouvernement de la Grèce et celui des Phéniciens. Or, les autres peuples, à cette époque, étaient soumis au gouvernement despotique, comme FËgypte et les autres états de rOrient.
Le goût de la navigation , si marqué chez les Grecs, leur venait certainement des Phéniciens. L'horreur des Égyptiens pour la mer ne permet pas de leur attribuer Torigine de cette ardeur de voyages maritimes qui fut la source de tant de colonies envoyées par les Grecs dans les îles et sur les côtes de l'Asie mineure. Autre point de ressemblance avec les Phéniciens.
n est difficile, après cela, de ne pas croire que les chefs des premières colonies qui vinrent dans la Grèce étaient Phéniciens. M. de Sainte-Croix* pense qu'ils faisaient partie de ces Égyptiens qui furent chassés de leur pays par les pasteurs; mais ces pasteurs commencèrent par s'emparer des ports;
PoLYBE, liv. 6, p. 495.
De l'état et du sort âe$ anciennes colonies, p. 68-69.
et Ton ne voit pas dès-lors où les Égyptiens au<* raient pu s'embarquer. Freret pense que ces premiers chefs étaient eux-mêmes des pasteurs; ce qui concilie la double opinion qui rattache, soit à TÉgypte, soit à la Phénicie, Torigine de la civilisation grecque.
Cependant il y a deux aspects dans cette civilisation : le commerce et les arts. Il ne paraît pas que les Phéniciens, tout occupés de leurs manufactures, aient accordé aux arts de pur agrément une importance bien grande. Après Sanchonialon et son paraphraste,.Philon de Bibles, nous n'avons rien à citer de la littérature phénicienne. Il n'en était pas de même des Égyptiens, parmi lesquels il paraît que Danaiis avait été élevé.*
Nous ne répéterons pas ici ce qui se trouve dans tous les écrivains sur la famille de Danaus, sur son frère Égyptus, les cinquante fils de l'un et les cinquante filles de l'autre. Il nous suffit de savoir que Danaus vint de l'Egypte en Grèce.
Il fit quelques changements à la religion des Grecs; celle des Égyptiens ne différait pas beau-
* Clayibr, t. 4«, p. «T.
coup de celle des Phéniciens. Gomme eax» ils avaî^t le dieu principal, qu ils nommaient Rneph. Seulement ils araienf plus de ditim'tés du second ondre, protectrices des villes, plus nombreuses en Egypte qu'en Phénicie.
n fit cesserlessacrificesliumains,et Cécrops, qui était son contemporain , suivant Clavier/ poussa Fhumani té jusqu'à défendre de sacrifier aux dieux rien qui eût eu vie.
On aura remarqué sans doute que Gécrops, placé ici comme contemporain de Danaûs, est fort antérieur, suivant Freret. Cette discussion chronologique ne peut nous arrêta. H suffit, pour nous, que les Phéniciejns aient été les premiers , pour que nous puissions leur attribuer le mérite de la civilisation de la Grèce , et tous les deux sont d^accord sur ce point qu'ils mettent Inachus en première ligne. La part des Égyptiens reste encore assez belle, puisque c'est à eux que Ton rapporte l'introduction des arts et -des sciences qui jetèrent un si vif éclat dans la Grèce , et lui donnent aux yeux du monde entier la gloire que
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les siècles ont consacrée, d avoir été l'origine de la civilisation moderne.
Schlosser/ toat en déclarant qu'il est efirayé de la multitude des systèmes créés par les savants qui se sont occupés des temps primitifs, arrive à une conclusion qui se rapporte tout-à-fait a la nôtre quant à Torigine des Pélasges.
n divise en deux époques les temps antérieurs à Lycurgue : la première est celle des temps primitifs, qui s'arrête à quatre générations avant la guerre de Troie , 1400 ans avant J.-G. C'est le commencement des temps héroïques* Cette période se divise en deux parties, l'une barbare, et l'autre pélasgique.
Il est probable que les tribus barbares qui» dans la suite, eurent le nom de Thraces, se vé^ pandirent sur toute la Grèce et le Péloponnèse* La période péhusgique est déjà de l'histoire, et on ne saurait révoquear en doute que cette souche de peuples ne se soit répandue sur la Grèce et sur l'Italie. Mais ces temps ^ quoiqu'ils tiennent par quelques points à l'histoire, sont encore trop rem-
* fHêi. nnii>. de VmtiqtUté, t. i"^, p. S69.
plis d'iocerlitude pour qu on en puisse déduire un ensemble satis^isant. Ce sont des fables et des traditions, au milieu desquelles voici les points que Ton peut indiquer avec certitude.
Nul doute que la Thrace ne fut le pays d'où les Pélasges vinrent dans la Thessalie , et de là en Grèce. Homère et Hésiode appellent Jupiter le dieu national des Pélasges, et Dodone était le lieu où il manifestait sa présence.
Pendant que les Pélasges parcouraient les mers et fondaient partout des colonies et même des (^tats, d*autres tribus de Thraces pénétraient dans lès montagnes et se répandaient dans les plaines; c'est ce qu'indiquent les guerres des Centaures et des Lapithes. Lies Lapithes chassèrent les Pélasges de la plus grande partie de la Thessalie. ( Strabon; édit. Falcon, p. 657. )
Ainsi, suivant Schlosser, la population primitive de la Grèce est composée de Pélasges qui
viennent de Thrace; cette migration thrace n'est pas la seule qui ait eu lieu. Notre opinion est semblable : nous avons dit que les Pélasges ou Thraces de première migration, étaient venus dans le Péloponnèse, chassés par de nouvelles hordes qui s'établirent sur les lieux qu'ils abandonnaient.
Nous nous rencontrons pour l'ordre et le point de départ de ces migrations; seulement, nous allons plus loin, et nous prétendons que la première de ces migrations était celte; c'est ce que notre discussion a eu pour objet d'établir.