LIVRE VIIÏ
AN JJMMU BB0 onmMW HWiiiiMHiJllliti mt PHIIiOMIPHIQUBS.
Les ancien» peuples paraissent oTavoir eu qu'up culte, le sabisme.— Ce «vite n*e8t p<^t originafeo d'I^gypte, mafs plutôt de la Perse^^ Tous les peuples ont admis le culte de la nature. — A quel peuple en attriteor l'origine. -^ La Perse en est la vraie saorce. -» Les lodoos peuvent-ils disputer la priorité aux Perses.— Les sciences et les arts ont été cultivés dans l'Inde avanf de Tétre es Egypte et dans la Chaldée. -^ De répète où a vécu Zovoastre. — De son rôle de réformateur. — Le véritable Zoroastre est beaucoup plus amcteD <ni'en ne le erell génABalement •^'Le ealfe dent Zeroastre fut le réformateur ne peut se retrouver qae dans l'Inde. — Rapprochements puisés dans les systèmes des anciens pbflosophes. — Les peuples orientaiiK ont professé la même opinion sur la ma*tiére. — Sur les génies intermédiaires. — Des formés du culte. — Dke la foane pyramidale. -» Panthéisme. -^ Du rapport enSre fes dieux des diverses nations. — Comment le polythéisme s'établit dans la Gréée. — Le» divinités ne sont pas les mêmes personnages, mais la personnification des mêmes attributs sous divers noms* -«- La ressemblance des noms et des formes du culte devient une preuve d'antant plus forte dcfs ti^ports des peuples. -^ Ce» rap« ports étendus aux théogonies du nord. — Religion des Scandinaves. -« Rapport enti*e les noms et le» attributs de» divinités du nord, et celles de l'Orient et de la Grèce. — Tradition du déluge. — Unifbrmité de tradition entre les peuples septentrionaux. — Le nord nûtts conduit au même réA^tat que l'Asie oecldeutaje. •*« Théogonie da midi de l'Asie ou de l'Inde. — Semblable dans renseraUe aoai précédentes» -^ Riapport entre les divinités parti-culiéres et celles des autres peuples. -~ L'Inde nous conduit au même résultat que l'occident et le nord. — Toutes ces religions remontent k la Perse orientale.
Tous ceux qui ont écrit l'histoire uni ver seile»
(lit Abulfarage ,^ et qui dans leurs recherches sont remontés jusqu'à Torigine des peuples, reconnaissent sept grandes nations primitives : les Perses, les Ghaldéens» lesGrecs ,lesËgyptiens, les Turcs, les Indiens et les Chinois. C'est de ces sept hâtions que sont sorties toutes les autres. Historiquement, cette opinion n^est pas sans doute d*un grand poids; mais, du point de vue sous lequel nous Tenvisageons, elle n'est pas sans importance. Ces nations, dit Técrivaiii asiatique, se sont divisées en plusieurs peuples de langues différentes, mais tous originairement professaient le sabisme, et rendaient un culte à des images et à des idoles consacrées aux astres qu elles représentaient. On peut, tout en se trompant sur des origme^^ obscures, avoir été bien instruit sur un fait d observation plus général et plus facilement appréciable. D'autres écrivains , environnés d une gloire plus imposante , ont répété , d'ailleurs , celte observation. Les Grecs , dit Platon ,' semUent n'avoir eu d'autres dieux que ceux qu'adorait aujourd'hui lès Barbares : ces dieux sont le soleil, la lune, les
*■ Hiit, dynas., p. 2^.
^ Plat.^ CreUyluê^ p. 258. Édit. de Dcux^PonU.
astres, lô ciel et la terre. Noos n'avons pas besoin d'expliquer oe que Pkton et les Grecs entendaient par les Barbares : c'étaient les Scythes, les Asiatiques, les étrangers en général, et même les Égyptiens; les Perses, les Indiens, n'avaient pas d'autre dénomination. Dire que les Grecs avaient la religion des Barbares, c'est dire qu'ils avaient la religion universelle.
Nos connaissances, jusqu'à ces derniers temps du moins, nous sont venues des Grecs; les Grecs les tenaient eux-mêmes des Égyptiens; il n'est donc pas étonnant que l'habitude , née de leur longue possession, ait fait attribuer aux Égyptiens l'honneur de l'invention du culte universel. Mais si l'on veut examiner que parmi les anciens peuples barbares, il y en avait qui ne pouvaient absolument rien devoir à l'Egypte , et qui cependant avaient au fond le même culte, il sera difficile de croire que leurs croyances leur soient parvenues par les Égyptiens. Cette dernière opinion pourrait, à la rigueur, quoiqu'elle doive être restreinte ou expliquée, être admissible pour la Grèce et l'Italie, mais elle ne l'est plus pour les Scythes, et encore moin s, s'il est possible, pourles anciennes nations du nord de l'Europe. Cette observation
nouft conduit à admettre que œ culte a dû prendre naissance sur un autre point du globe, et toutes les données que nous pouTOns recneflHiNen transportent Torigine en Perse, terre centrale où jusqu'ici nous avons vu aboutir tous les peuples.
Les nations nomades, connues sous la dénomination générale de Scythes, honoraient, comme leur prindpale divinité, la terre, dont ils tiraient leur subsffitance. '
Justin, ' dans un discours qu'il m^ dans h bouche des Scythes, leur fait attribuer au feu l'organisation de l'univers. Nous reconnaissoBS dans cette croyance le dogme que nous sommes accoutumés à unir au nom de Zorôastre.
Les Celtes , que nos recherches antérieures ont classés au premier rang d'ancienneté parmi lesmigrations scythiques, rendaient un culte religieux au feu, à Teau , à Tair, à la terre, aux astres. '
Les Huns adoraient le ciel et la terre. *
Les Allemands, dont nous verrons plus tard le
^ HfoODOTB, lib. 4, p. 507. Édtt. Wessel.
* Liv. Si, ch. !•'.
' Pellootier, Hist.des Celtes, i, 8, p. 8S. (8°)
* Hiêt. du Bai-Empire, t. l^P- 5S5.
iattgage particulièrement analogue à celui des Perses» rendaient un culte aux arbres, aux bois saoés, aux ooUines, aux fleuves » et leur immo^ laient des cbeiraisxo *
Partout le culte de la naturo duis les objets aensiUes, partout rhomnie sous Tinfluenee des forces qu'il redoute ou qu'il bénit en raison de leur action destructive ou bienfaisante. Cest le même syatèjoç reli^u;s: qu Eusèbe attribue aux Pfaéui* cim» et aux Egyptiens, et que nous prétendons être le point central auquel, en dernier ressort , se rapportent toutes les religions anciennes. Smis les formes qui les déguisent et qui seâiblent les séparer, une recherche attentÎTe découvre les ressemblances prinùtives » et réunit au fabceau les brancbes qui paraissent les plus éloignées.
Le sabîsme ne s'est pas renfsrmé en Orknt , il s'est répandu dans tout TOcoident , et a &it le fond de la religiou de toutes les nations européennes. * On le retrouve dans celle des Teutons, des Germains* des Suèves, desGoths, des Danois, des Gaulois, etc.
* Agathias, liv. 1", p. 18.
* Hyde de Belig. pers,, p. 455.
Les Perses offraient des chevaux au soleil , comme le £siisaient les Massagètes , comme nous venons de voir que le pratiquaient les Allemands. Suivons cette série de peuples, elle embrasse depuis r Astô centrale jusqu'aux extrémités de l'Europe occidentale, et les peuples de Torient de TEurope y figurent à côté de ceux de Focddent de l'Asie. C'est un vaste ensemble où tout obéit à une influence commune, manifestée par des pratiques pareilles au fond, et dont les modifications peuvent se rapporter Êicilement aux différences des climats et des besoins notiveanx qu'ils ont amenés.
Saint Clément d^ Alexandrie ^ force les philosophes de convenir que ce sont les Perses, les Mages eties Sarmates qui leur ont enseigné à révérer les éléments^
Le Zend-Avesta offre à chaque page des invocations à Mithra ( le sdeil), à la lune, aux astres, aux éléments.
S'il est vrai que l'adoration la plus simple soit aussi la plus ancienne, nous voyons que le culte de riode peut, à bon droit , prétendre à la prio-
^ CLéM. Alex., p. 45, Âdm, ad gentes.
rite. Encore aujourd'hui , les Brames vont, au lever du soleil, puiser de Teau dans un étang ; ils en jettent vers le soleil pour lui témoigner leur reconnaissance, ^ cérémonie dans laquelle se retrouve Tembléme de cette douceur et de cette simplicité caractéristiques que dédaignait sans doute le Scythe belliqueux; contraste avec les usages barbares dans lesquels sont empreintes et reproduites la physionomie des deux peuples et les conditionsdifférentes d'après lesquelles leur existence avait été modifiée.
Les anciens Indiens, ceux qui vivent isolés des autres hommes, rendent le plus grand hommage au dieu du feu , et Kircher ^ regarde le culte du soleil comme le premier et le plus grand culte de rinde.
Les Éthiopiens se disaient tous enfants du soleil , et offraient à la lune un attelage de bœufs, ' consacrant, suivant l'expression de Dupuîs, * l'animal qui sillonne la terre à l'astre qui eh est le plus voisin.
* SoHNiRAT, Voyage de Vlnde^ t. 2, Hv. 5, p. 40.
* KlRCH., OEdipus, t. !•', p. 4H2-4H5.
' Hbliodorb, liv. 10, ch. 6.
* Dup., origine des Cultes, t. !•% p. 33.
On peut voir, dans Dupuis, d'après quête raisonnements et quels faits il ajoute à ces e:&emples celui des GhincMS, des Japonais et des autres peuples de l'Asie orientale* ^
Une observation peut cependant être faite ici , et nous n'attendrcms pas plus long-temps |>Dur y répondre. On peut objecter, et cette objection a été présentée, que les hommes, {4acés dans les mêmes circonstances, ont dû recevoir uûe impression pareille de phénomènes semblables. Gela est vrai en général , quoique les circonstaâices locales puissent y changer quelque chose; mais il existe des faits spéciaux qui combattent directement l'objection. Le culte du taureau, par exemple,^ qui se retrouve dans TApis des Égyptiens et le taureau de Mithra , est le résultat de l'observation astrcmomique. Cependant , nous en retrouvons la trace chez des peuples dont la science astronomique ne peut pas être aussi ancienne que leur culte : au Japon, par exemple, et chez les Éthiopiens, que nous venons de voir offrir à la lune un attelage de bœufs. Ne peut-on voir une tradition éloignée de ce même culte dans l'adoration du
* Dop., Orig. des Cultes, 1. 1", p. 51.
veau d'or par les Hébraux , coraiire il peut exister un fiotivenir du culte du feu dans le buisson ar^ dent de Moïse?
Une telle analogie chez des peuples aussi éloigilés les uns des autres ne rend^Ue pas témoigm^e d une tradition originelle, quelque défigu. rée qa'eik puisse être ?
D'ailleurs, 4»i, dans le fait de cette adoration des astres et des objets sensibles, il y a quelque chose qui soit assez naturel pour autoriser la supposition qu'il a pris sa source dans les ^lispositions intimes de Tfaumaaité, celte conformité ne pouvait s'étendre aussi complètement jusqu'aux signes mêmes par lesquels se manifestait cette adoration, et créer le symbolisme qui s'y rattache.
A quel peuple, parmi tous ceux que nous ve?
nous de voir réunis par les mêmes croyances ou le n^me culte superstitieux^ peut-oli attribuer raîsoniiaUement l'origine de ce culte de la nature qui porte le nom de sabéisme? Ce peuple ne peut être que celui qui aura mêlé moins de formes idolâtriques à ce culte que nous pouvons concevoir sous deux aspects. Adoration indirecte aux objets matériels, simple hommage à des manifes-
talions d'une pnissance supérieure , ou adoration directe à ces mêmes chjeis matériels , et dès-lors idolâtrie grossière.
On convient généralemait que les Perces se sont moins écartés de la religion primitive do genre humain que la plupart des autres peuples, et furent toujours exempts de ces absurdités grossières qu'on reproche aux nations idolâtres/ Cette impiété sabaite s'était répandue dans l'Asie, et ce fut pour la combattre que les Israélites consacrèrent au vrai Dieu le titre de dieu Sabaoth. ' Ainsi, les Israélites se présentent vis^-vis le culte corrompu de l'Orient comme de véritables réformateurs, comme les adeptes d'un protestantisme qui n'était pas peut-être un progrès, grâce à d'autres circonstances de leur organisation sociale, mais qui signalait une ère de transition à des croyances plus saines.
On convient donc que les Perses avaient un culte plus épuré, et plus on se raf^proche des premiers temps de cet empire , plus l'évidence de cette remarque devient saillante. Elle l'est surtout
*■ Acad, des Insc, t. 25, p. 100. Mém, de l'abbé Foucher. 2 lUd,, p. 140.
pour les temps antérieurs à Zoroastre. Les Perses n'étaient point sabaïtes idolâtres, d'après ce que nous venons . d'observer, et ne profanèrent point leur culte par l'adoration des idoles, des figures monstrueuses, ou des animaux. L'Egypte fut le pays où cette dépravation du culte fut poussée le plus loin. Les Égyptiens ajoutèrent, au moins la foule ajouta-t-elle, à la simplicité des usages primitifs des pratiques superstitieuses , des divinités honteuses ou ridicules que l'ignorance lui fit adopter. Ils ne peuvent donc être considérés que comme les corrupteurs d'un oulte préexistant.
Toute l'antiquité reconnaît dans l'Orient une secte renommée qui, détestant le culte des Morts et des Statues, n'admettait d'autres divinités que les astres et les éléments! ^ Cette secte, nous l'avons dit, tenait le milieu entre les Hébreux et les idolâtres. Nous venons de reconnaître aussi que, lorsque le monde entier était livré à l'adoration des idoles , les Perses seuls les avaient en horreur. G est donc en Perse qu'il faut placer les partisans de cette croyance ; et ce que la raison suffit pour prouver nous est attesté par les anciens, qui
* Uh, sup., 112.
f Èicent dans la Perse le magisaie et l'adoration du fea.
Je dis les anciens, ajoute l'abbé Foucher, * et je n'en excepte aucun ; M. Hyde lui-mètne n'en disconvient pas. Il juge à propos de récuser les Grecs; mais qu'allèguera^-tMl contre les auteurs arabes qu'il cite avec ppédilection? Ceux mêmes ,qui parlent le.plus avantageusement de la doctrine de Zoroastre disent nettement que les mages, plus anciens , étaient sabaïtes.
Ainsi Zoroastre lui-même doit être consi^ comme un réformateur, et ce témoignage de l'aBticpdté du sabéisme en Perse sert encore à corro^ boi*er l'opinion qui en place Tôrigine dans ce pays.
Outre le soleil, les anciens Perses honorai^Dt ta lune, les étoiles, les planètes, et surtout celle de Mars , qu^ils nonunaiait Behram. ^ Ils hoiooT raient aussi les éléments, et pmcipalement le feu , qu'ils regardaient comme Fâma de l'univers.
On attribue à Zoroastre l'établissement du système de Dualisme , ou des deux prinapes qu)
* Uh.êup., ii^.
gouvernent le monde; ^ le docteur Hyde veut sout^r le ccHitraire. Quoi qu'il en soit, catte opinion existait de Tavis de tous, et si Zoroastre ne la point ét^ie, c'est qu'elle existait avant luL Cette opinion se perd d^ps Tantiquité la plus reculée ; on ^1 trouve des traces dams toutes les nations , mais elle ne fut nuUe autre part que dans la Parse un point de la religion nationale. La Perse est son pays natal ; c est en Perse qu'elle s'est conservée, et c'est de la Perse qu'elle s'est répandue dans tout l'imivers*
Ce dualisme fut une conséquence de l'opinion f(mdamentale de la religion des Perses. Adorer le soleil et la lumière comme principe du bien , c'est être invinciblement conduit à redouter les ténèbres comme image du mal« Ainsi le développement des croyances a lieu dans le même pays où nous en trouvons la source primitive; c'est aux mêmes hommes que nous devons l'attribuer; il est logique de chercher l'origine d'un culte au sein de la nation qui nous en présente tous les développements.
Celte doctrine du dualisme ne Ait pas renfer-
* Pmjt., m U%àe$t OèWide.
mée uniquement chez les Perses. Nous avons établi ailleurs que ce nom devait être étendu beaucoup au-delà de la Perse proprement dite. U faut y joindre la Médie, la Bactriane et les autres provinces que les Orientaux appellai^du nom d*Iran, et dont les Grecs avaient fait autant de royaumes distincts. Or^ la doctrine universellement adoptée dans un pays aussi vaste, dont l'influence dut être si puissante, se répandit nécessairement dans les contrées voisines* Nous en trouvons effectivement la trace dans toutes les religions , non pas pourtant avec la même précision et la distinction rigoureuse de l'indépendance des deux principes. Ce ne fut qu en Perse que cette distinction fondamentale fut admise; partout ailleurs le dualisme ne fut qu'un principe rdigieux et philosophique , adapté avec plus ou moins de convenance au culte prédominant, mais généralement admis.
Maintenant une nouvelle question surgit. L'aotériorité du culte des Perses sur les autres nations nous semble positive; mais il est un peuple soumis aux mêmes observances, et à l'égard duquel la question n'est pas résolue. Nous voulons parler des Indous. Faiit-il attribuer au culte des Mages la
priorité sur celui des Brames ? La ressemblance entre les croyances et les observances des deux nations donne, sans doute, à leur culte une origine commune ; mais lequel des deux a dû précéder l'autre? quelle fut la source de leurs diversités? enfin , les deux peuples n'ont*iIs pas puisé à une source primitive, plus ancienne, et qui leur fut commune? La question a une grande importance historique, et pour nous elle est la plus intéressante de toutes: car de la négative résulterait la ruine de toutes les concordances historiques et chronologiques précédemment établies. Mais il n'en est point ainsi , et cette discussion confirmera, au contraire, les résultats obtenus jusqu'à présent.
Nous trouvons dans les livres sacrés des Perses un fait fécond en conséquences : Tchengréghâtchah , un des principaux chefs des Brames de rinde , * s'étant rendu à la cour du roi Gustap , y eut, avec Zoroastre, une conférence après laquelle il embrassa sa loi , et reçut de lui un exemplaire du Zend'Avesta.
* Zeno-Avesta, 1. 1", 2« partie, p. 51-52. Vie de Zoroastre.
Ce rôle de convenisseur, donné au législateur des Perses 9 nous indique assez la situation res* pective des deux personnages, et par apen^ cdle des deux peuples. Il nous conduit, du moins, a une recherche dont nous pourrons recevoir quelque lumière. Celte recherche nous oblige à entrer dans quelques détails; prenons acte, en attendant, du fait qui nous y a engagés.
Dès l'époque de Zoroastre, un Brame deTInde se laisse convertir par le réformateur. Les Brames ne cherchent pas les prosélytes ; en général , c'est le caractère des religions nouvelles de vouloir s'imposer.
L'Inde conteste à l'Egypte et à la Gh aidée Torigine des sciences et des arts. Si elle leur accorde la priorité pour quelques connaissances, elle la revendique pour la plupart; il est donc nécessaire d'examiner l'époque où se sont établis les systèmes de ces divers pays, et de s'enquérir, non des dates précises, mais de leur ancienneté relative.
Chez les Indous, la philosophie a été en honneur dès les temps les plus reculés. Ceux qui la professaient formaient, dans ce pays, comme dans
la Ghâldée et dans l'Ë^ypte , une classe séparée et supérieure.
Les Grecs leur donnaient le nom dé Gymnosophistes, à cause de leur nudité. ^ Quoique Ton puisse dire de cette nudité, dont se sont occupés assez inutilement de fort savants hommes , ' ce n'est pas ce qui doit nous occuper.
Nous dirons seulement que Philostrate donne aux gymnosophistesde TËthiopie des habits semblables à ceux des moissonneurs de TAttique , et qu'il les fait descendre de Flnde. ' Nous donnons cette remarque, parce qu'elle constate ou produit un fait historique de priorité qui nous intéresse.
Eusèbe * atteste aussi que les Éthiopiens étaient une migration de llnde ; il place cette migration sous Amenophis , vers Tan 1 164 avant Fère chrétienne, selon Marsham, beaucoup plus tôt, selon d'autres. Les gymnosophistes éthiopiens ne voulaient pourtant pas convenir de cette origine;'^mais
* Pbilostràte, f^ie d' Apollomus, liv. 6, ch. 6. ' Saint Augustin, de Civitate Dei, 14, ch. 17. 3 PflfLosTRATE, P^ie d' Apollimius, li?. 5, ch. 20. ^ Eusèbe, Chronique y vim. 'iOO. Âb Abrah. ^ PHaosTRATE, Fie d' Apoîlimius , \vf . 6, ch. 10.
leur philosophie parle plus haut que leurs protestations, et cette philosophie est indienne.
Saint Clément d'Alexandrie , ^ saint Jérôme , ^ donnent Boudda comme Tinstituteur de cette philosophie. Les Indous le regardent comme une incarnation de Wichnou; cette incarnation est la neuvième. La naissance de Boudda , diaprés les Indous, est fixée vers Tan 1000 avant notre ère; les Chinois, dont le Fo nl^st autre que Boudda, la placent à la même époque , suivant quelques chronologies, beaucoup plus haut suivant d'autres* Il est bien difficile de tirer ^quelques conclusions de ces époques chronologiques, car il faut se garder de confondre tous les personnages qui ont porté le nom de Fo, ou Boudda. Il est nécessaire d admettre au moins deux Boudda ; ce nom , d'ailleurs, signifie saint, et oh peut croire, ce qui d'ailleurs est plus qu une probabilité historique , qu il a été donné à plus d'un personnage que ses vertus en rendaient digne. Ce fondateur de la philosophie actuelle des Indous pouvait-il avoir emprunté sa doctrine à d'autres philosophes?
* Strom, liv. 1", p. 50îJ.
' Mvers. jovin., t. 2, liv. i*sp. 4iQ. Édil. de Rome.
Ceux qui semblent auriinier à la civilisation iudienne une date plus moderne Taffirment; mais, avant de s'arrêter à de pareilles affirmations sur des faits obscurs, il est plus sage d'examiner, et c'est ce que nous faisons.
Un historien, d'ailleurs, estimable et savant, Kempfer, * fait de Boudda un Égyptien , forcé de s'expatrier lôrs de la conquête de Çambyse. Cette expédition de Gambyse ne peut être placée plus haut que l'an 536 avant J.-G. , ce qui contredit tout d'abord le calcul des Indous et des Chinois euxmêmes. Rien ne peut donc sérieusement appuyer cette origine , que nous nous abstenons de discuter. Kempfer voulait, comme notre Deguignes, tirer tout de l'Egypte, même les Chinois. Ces opinions ont été complètement renversées; l'assertion que nous venons de rapporter tombe donc avec le système lui-même.
Un autre écrivain ' a prétendu que Py thagore devait être considéré comme le véritable Boudda. Pythagore, postérieur, quoique de peu de temps, à Cambyse, ne peut pas plus s'accorder que le
*■ Kbmpfbr,M<I. du Japon, liv. l*"", ch. a, p. ^. 2 Le P. Catrou.
Boudda de Kempfer avec les Inddus et les Ghinois^ Il n'y aurait pas m^e lieo de parler de cette opmion, si Pythi^re n'était pae allé s'instruire dans la philosophie indiettne, et cette drcons^ tance nous peut être utile d'une autre mmu&re;
Pythagore ^ ne peut pas être absoluriaent considéré comme rinventeur de sa doctrine. Elle est un éclectisme recueilli dans les différents pays qu'il a parcourus. Diogène Laêrce , Porphyre et Jamblique ne nous parlent que de ses voyages en Ghaldée»en Egypte, en Grèce et en Italie; niais Alexandre Polyhistor, ^ très antérieur à Diogène Liaerce , le fait voyager dans les Indes et dans les Ganle&. Cette opini(m n'est pas la seule qui donne [^us d'étendue aux voyages de Pythagore. Du temps d'Apulée, ' on pensait qu'il s'était instruit chez les Égyptiens, les Ghakiéens, et; enfin chez les Brahmanes. Ges dernier^lui communiquèrent les dogmes de sa philosophie. Ëusèbe ^ confirme cette opinion» et entre dans le détail des payavi-
^ Abb^ Mignot, Acad, des Imc, t. 51, p. 90. ^ Gl^m. d'Alex., Strom.^ \vr. 1«', p. 504.
* Apul., Florid,^ 2, nttm. i8.
* Prèp, È'ùang.^ X, ch. 4.
sites par le sage. Il vit » dit-il, la Ghaldée, l'JËgypte, la Perse > et fut disciple des Mageî;, et ensuite des
Brames. Ainsi, bien loin d'avoir rien commuai* que aux lâdous, Py thagore fut , au contraire, leur disciple, comme le furent les Égyptiens eux* mêmes, suivant l'opinion exprimée par les Indous, dont les prétentions paraissent beaucoup mieux fondées que celles des Égyptiens.
Nous avons remarqué cette assertion d'Ëusèbe, qui fait des Brames lejs derniers instituteurs de Py thagore» S'il suivit la marche que nous trouvons indiquée dans les auteurs cités plus haut, il pensa donc qu'après les doctrines des mages de son temps il avait encore à recueillir. S'il y avait possibilité de le faire, ce ne pouvait plus être qu'auprès des hommes plus habiles ou plus anciennement instruits , chez les prédécesseurs des Mages eux-mêmes , qu'il devait considérer comme possesseurs des doctrines primitives, imbus d'une croyance plus pure, ou attachés à un système philosophique plus complet ou plus original.
Une circonstance est de nature à corroborer singulièrement cette priorité des Indous. Gonfu* cius, plus ancien que Py thagore , avait été instruit dans la philosophie des Brahmanes. Ainsi ^
la répulaiion des sages de l'Inde, qui avait pénétré jusque dans la Grèce, s'était répandue ou conservée à la Chine ; et cet assentiment donné par des peuples si divers est un garant et de Testime qu'inspiraient leurs doctrines , et de leur haute antiquité.
Platon lui-même, si nous devons en croire Apulée/ avait formé le projet de passer dans rinde pour s'instruire près des Brames.
Tous ces grands philosophes croyaient donc avoir encore à recueillir, après avoir étudié la sagesse des Égyptiens et des Ghaldéens.
Une autre opinion, celle de Bayer,' veut faire de Zoroastre le même que Boudda ou Fo. La naissance de Zoroastre est à peu près de Tan 704 avant notre ère. Bayer s'éloigne moins, par conséquent, de l'époque assignée à Boudda par les Indous, mais il s'en éloigne beaucoup encore.
Ce qui donne à cette opinion quelque chose de plus spécieux qu'aux autres, ce sont les conformités de doctrine et de noms qui se trouvent dans les deux pays, et dont nous tirerons d'autres con^
^ Ap., Dogm, Plat,, iiv. 1«', p. 186. Ëdit. Oudendorp. 2 Beg. Baet.
séquences. Pausanias * ôionae aux sages de l'Inde le nom de mages, que pcnrlaient les disdples de Zoroastre. . Giéarque, dans Dîogène Laërce,^ fait desceodre les gymnosopliistes des mages; Symbalos, dans Porphyre,^ divise les mages en trois tasses, dont la première s'abstenait de tout ce <]ui avait eu vie. Cette classe admettait la métempsycose. Telles sont la croyance et la vie des sages.de Tlnde.
Ces traits de conformité n'expliquent pas, il est vrai, à qui la priorité doit être attribuée, mais ils établissent bien une origine commune de croyances tst d'opin^s. Zoroastre, né dans la Bactriane, a pu être instruit par les disciples de Boudda qui étaient établis dans ce pays; et d'ailleurs, Zoroastre avait voyagé dans l'Inde pour consulter ses philosophes. Ainsi la présomption est en faveur de l'antériorité indienne. Ammien Marcellin ^ rapporte que Zoroastre avait voyagé dans llnde, et avait communiqué à ses disciples ce
^ Pausanias, Messen., p. 360. .
* D106. L., Proemium, segm., 9.
' De aibstinent.^W, ^ AimiBN Margellin, Uv. 23, cli. 6.
tpi'ïi y avait appiûs. On prétend aasu qu'il a. existé un plos ancien Zoroastre, dont la naissance se rapporterait à celle de Boudda^ suivant l'époque donnée par les Indou& Gela rentrerait dans ïo* pinion de Bayer. Mais si Boudda, réformateur^est le même que Zoroastre, également réforo^tettr du culte des mages » il deviendra probaUe que te culte, ou, pour mieux dire, la doctrine réformée, était la même, d après toutes les sioâitudes que nous avons indiquées.
Cette question même de Fépoque de Zoroastre peut î^ous fournir des lumières qui nous devien* dront iitiies« Yolney ^ en a idl Foljet de ses re* cherches, et M. Eui»èbe Salverte^^dans ëa ou* vrage plein de seience et de bcMUie foi,. 8*est. livré à une discussion qui est d'un. véritable intérêt pour nous.
Après la mort de Cambyse, les tm^s fiire&t assez puissants pour jdacer la couronne sur la tête d'un membre de leur ordre. Cet <*dre était donc nombreux et accrédité : une entreprise aussi hardie en est la preuve irrécusable. Comment
* Vol., /îecAcr. notitJ.,t. 2, p. 2.
* Eus. Salverte, Essai sur les noms d'homme, t. 2, note &.
suppesOT que lear fondateur vécût encore; il était donc antérieur à Tépoque de Darius v fils d'Hys«tapes (qui ren vwsn Snierdis le mage)*
Yolney établit que les Perses embrassèrent la religion de Zoroastre après la victoire remportée par Gyrus sur le roi de Lydie, et que cette reli* gion était depuis long-temps celle des Mèdes.
Ainsi le Zoroastre qui fonda la rëligioil des mages ne fiit pas contemporain de Darius» ni même de Gyrùs ; le personnage qui porta ce nom sous Darius fut sans doute le réformateur de TcHrdre qui avait été renversé li la suite de l'usurpation de Smerdis.
Ninus prend les armes pour enlever le trône à sa mère Séaiâramis ; il est secondé par le mage Zoroastre , vice^-roi de Ninive/ Ce titre de mage , donné à Zortestre, n annonce pas le fandateur de la religion des mages ; seize ans avants Sémira» mis^ s'adresse à JHeros, mage et grandfprétre en Arm^ie , pour obtenir la résurrection dé son amant ; le grand'-prétre allègue pour justifier son refiis» la volonté du dieu suprême Aramatze(Or-
* McUse de chorène, liv. !«', chap. 47-19.
^ CiRBiEn. Bechereheê curieuseê^ p. 469 et s«iv.
musd). Le culte d'Ormusd renaît donc en Armé* nie du temps de Sémiramis.
<c De quelle religion antérieure ^ la religion de tf Zoroastre oonserve-t-elle Tempreinte , dans les '( noms de Ram et d'Ânhouma, que le prophète <( n'a pu faire disparaître de la langue pehlvi? i( De la religion de l'Indoustan. Quelle religion « attaque-t*il dans les livres sacrés, avec tout 1 a- <c charnement de la rivalité? La religion de TIo- <c doustan. Pour quels génies, à chaque ligne de A ses récits et de ses formules liturgiques, veut-^l « inspirer une profonde horreur? Pour les dews, « génies adorés dans llndoustan sous le nom de <i divs ou dewatas. Sur qui, par une conséquence <( du principe qui rend étranger, smis le rapport « de rhumanité, quiconque est étranger à la « croyance religieuse, sur qui le médecin doit'-il « faire jusqu'à trois fois l'épreuve de son habite leté, avant d'oser traiter un mazdéiésnan ma- « lade ? ^ Sur les adorateurs des dews , des divini- € tés de llndoustan. Quel prêtre Zoroastre su- <i borne-t-il pour venir rendre hommage à la su-
' EusKBB SkXsSEKTEy Essai sur les noms d'hom. , p. 45C, t. 2. ^ Zbnd-âvbsta, 1. 1«% 2* partie, p. 5aS<4(8S(.
« périorité de sa doctrine ? Un prêtre de lin- <c doustan, un brame célèbre dails llran, el ré- « véré des peuples et des princes. >
La religion que Zoroastre se proposait de renverser était donc certainement celle des brames.
La multiplicité des personnages qui ont porté le nom de Zoroastre a fait naître les diversités d'opinion sur Tépoque à laquelle il faut lé placer; cependant une opinion répandue en Asie lui donne une ancienneté beaucoup plus grande que celle qu'on lui attribue généralement : * presque tous les auteurs arabes et persans reconnaissent qu'il fut fort antérieur à Moïse. Les uns se bornent à dire qu'il est très ancien ; d'autres avouent que les Zoroastres, dont parlent les historiens, n'ont fait que renouveler le culte du feu, institué par le prophète Zoroastre.
La loi pure ou la loi de Zoroastre^ ayant fait des progrès, ses sectateurs se trouvèrent en opposition avec les Chaldéens. Arnobe ' assure que dans la guerre de Ninus contre le roi de la Bac-
^ Eus. Salverte, t. 2, p. 458.
* im., p. 437.
' ÂRNoBEfliv. 1«% Advers gantes Aiûiio.
triane, les prêtres chaldéens et les mages se trou* iraient dans les partis opposés.
Nous voilà ramenés bien loin de Tépoque de Zoroastre, assimilé au Boudda et au Fo des Chinois, et déjà pourtant la rivalité des deux cultes existait dans toute son énergie. Que voyons-nous cependant à l'époque de rétablissement du culte de Zoroastre ? Un esprit d'opposition qui ne se manifeste que par une hostilité directe et unique contre les brames. La conséquence que nous devons en tirer, est que la religion qmV au temps de son fondateur , n'avait attaqué d'autres adyersaires que les Ipdous, qui n'avait a£Biché l'orgueil de la conversion qu'à l'égard des bramas , avait Ikit bien des pas loin du lieu de sa naissauce. Elle était donc fort antérieure à Ninus..
D'après cela, il parait hors de cOHtœtation que la religion des brames a précédé celle des mages; que cette religion des brames était le culte de la nature, le culte universel, ou Fémanation la plus directe et la plus rapprochée de ce culte, qui, dans cette hypothèse, était antérieur à tous les deux ; et il en résulterait que le brâmanisme, ou la religion de l'Inde est, de toutes les religions connuesycelle qui aurait la plus grande ancienneté
rdktive; que le $9héisam pur a précédé Boudda aussi biea ipxe Zoro^lre , et que ce deruiei' , coitime.]iou0 lavons vu de tous les philosophes dpnt rhîstoîre fasse menlioiii a été puîser dans riad^ une instruction plus couiplète, dans un potat de vue H dans des espérance qu'il ne tarda pas à manifesta. Les uns s'étaient rendus dans riad^ pour en adopter les opinions et les croyan* ces; fes autres pour extraire et choisir; d'autres enfin pour combattre et renvei*ser. Nous Venons de voir que Zoroastre apparues^ à ces derniers. Nous avons ki une autre remarque à faire ; elle nous ramène directement à la question princi- {Mde« que nous ne devons pas perdre de vue» celle du véritable^ poiiiLt de départ des religions et des peuples.
pif ous avons signsdé, dans ce livre même, les anciens auteurs, qui donnent aux prêtres de l'Inde, comme à ceux de la Perse, le nom de mages; on aurait lîeu 46 s'en étonner, si les deux peuples avai^M été toujours séparés: Ce rapport de formes et d^ noms nous conduit donc, par la voie des îdmbtés pfaîlosopfaiqttes et religieuses , à cette même <H>nclusion, que Thistoire nous a déjà fournie , c'est !quei les deux peuples ont pu n'en faire
qu un. L'opinion des brames eux-mêmes est que leurs ancêtres viennent originairement du nord. C'est par le nord que Tlnde a été peuplée. Les Perses, au contraire, ou du moins la partie de cette nation qui a dœiné son nom à tout le reste, s appuient à Torient et au midi aux montagnes qiri sont au nord de l'inde; ce sellait donc à ce point commun qu'il faudrait chercher le berceau des populations qui couvrent aujourd'hui la pé-" ninsule indienne et le sol de la Perse. Cest là qu'elles ont dû adopter pour la première fois ce culte que le temps a modifié, conformément au génie diversement influencé des deux peuples au* t refois unis. Dans l'origine, ce fut le culte des ob* jets qui frappaient les sens. Culte phis on moins épuré dans son principe, mais dont la souree peut être considérée comme philosophique, ainsi que celle du langage, dont nous parlerons dans le livre suivant.
Aussitôt que ce culte, qui dut être si simple d'abord, se répandit avec l'accroissement des populations, il se modifia ; mais ces modifii^ions ne durent pas effacer les nombreux rappoits que 1 origine identique avait créés. Il est naturel de penser qu'il s'altéra moins dans les lieux plus
paisibles et plas isolés; que c'est dans rinde qu'il faut le retrouver avec sa physionomie primitive; et qu il y fut soumis à cette loi d'immobilité toute puissante encore dans ce pays , oii nous le voyons régner» en dépit du temps et des réformateurs, qui n'en ont pas effacé l'empreinte originelle.
Si nous ne devions craindre d'entrer dans des considérations métaphysiques qui ne seraient pas de notre sujei, nous pourrions tirer de l'étude des systèmes des anciens philosophes des concordances qui justifieraient encore notre opimon. Pénétrer dans ces questions, ce serait aborder le champ des controverses» et nous laisser entraîner nécessairement beaucoup trop loin. Nous ne ferons donc qu'effleurer cette matière. Les observations très générales auxquelles nous nous bornerons sont cependant assez importantes pour n'être
pas négligées.
Les sages de toutes les nations ont recherché la cause première. Us voulaient arriver à la con- .naissance du principe des êtres; et pour remonter à l'origine des choses» ils étudiaient l'ordre physique de l'univers , et se préparaient par l'observation des phénomènes naturels à deviner la loi qui les régissait.
aû2
D'autres interrogeMent de préférence les lois morales/ Us pensaient qae la morale detâit ^senle être l'objdt de l'étude d'un philosophe. T^lle était la philosophie indienne. Il est permis de croire que les sages de 6e pays ne rendaient pas aox astres un culte grossier, et qpae le peuple seul prenait à la lettre cette »ioration, sous laquelle il ne cherchait ni emhléine6 ni symboles.
Il faut avouer cependisint que cette adoration pure dans les castes sacerdotales est une opinion fort controversée. Philostrate ^ attribue l'idolâtrie aux philosophes eux-mêmes, dépendant d- autres écrivains reconnaissent que, sous cette multitude de symboles, les phflosophes adm^Maiént f unité de Dieu. C'était le reste du culte plus pur dmit toutes les religions ne nous offirent pl^s en général que les emUômes matérialisés, et dont niHifi venons de dire que l'influence s'exerça primilîtement à la source commune des populations perse et indienne. ^
Les Indiens et les mages se représentaient Dieu comme un feu ou comme une lumière. C'était de
* EusBBE, Prép. Evang., XV, 62.
2 ntaJpoUon,,\ib. 5, cap. 54.
ces derniers, suivant Porphyre/ que Pythagore avait appris que Dieu, quant à son oerps, ressemblait à la lumière, et selon son âme, à ]a vérité. Le nom d'Oi^maze, eu chaldéen, ne signifie autre chose que feu ou qu'une luimère ardente. C'est une métaphore usitée dans les livres saiqts. Ils nous disent que Dieu est lumière^ ou qu'il habite une lumière inaccessible. Moïse fait af^araitre Dieu dans un buisson ardent ; la gloire qui orne le maître-autel de nos églises , est une lumière dont les rayons émanent d'un centre où Dieu réside, et l'ostensoir où on le fait rept>sei% dans son symbole mystique, a toujours la forme d'un soleil radieux. Plusieurs philosophes de la Grèce ont eu la même idée. Zenon ^ et ses disciples disaient que Dieu était un feu.
Heraclite rapportait tout à une cause ignée. Giûéron ^ l'assure en ces termes : c Ils rapportent € tout à une cause ignée, suivant ainsi le senti- € ment d'Heraclite. >
Le nom de Verbe, donné par les Indous à
^ ru, Pffthag., p. 41.
^ Plutarque, deplae, philos,, i, 7.
* De JNaiurd Deorum, liv. 5, ch. i4^
Dieu, ^ se retrouve également chez les Grecs. Les stoïcieus remploient ; ' Plakm lui a donné ce titre*
Les Phéniciens et les Égyptiens rapportaient également la formation du monde à une cause intelligente, ^ à laquelle ils donnaient le nom de Kneph. C'était aussi l'opinion des Indous; une cause intelligente avait formé ce monde, et cette cause était Dieu. ^
Les anciens ne paraissaient pas entendre par là que Dieu eût tiré du néant tous les êtres; cette opinion , beaucoup plus moderne , appartient au christianisme, et même elle n'a pas été universellement adoptée dans les premiers siècles de l'Église. À celte époque , on se renfermait encore dans la tradition du genre humain, qui établissai t le chaos, dont Dieu avait tiré le monde.*
C'est ici que commence la variété des sentiments sur la matière.
Les uns la croyaient étemelle; ce fut en gêné-
^ Oriff. philosoph., ch. 94,
2 Tertullibn, Apolog. ai.
* Eus., Prèp. Evang.y 1, 10.
* Strâb., liv. 15, p. 715.
* Tbrtullien, de Resurr. carn , c. xk.
rai le sentiment de l'école grecque; les autres la croyaient éinanée de Dieu ; ce système a été celui de tout FOricnt.
Les Égyptiens, les Ghaidéens, les Perses, professaient le même sentiment. Osiris et Typhon , c'est-à-dire le bien et le mal , la lumière et les ténèbres, étaient deux frères, par conséquent émanés du même principe. Nous voyons dans Diogène Laërce ^ que les mages ensei^aient que leurs dieux avaient été engendrés. Cette source était Mithra, ' ou le Soleil; chez les Perses, Porphyre • rappelle t Auteur et le Père de tout.
Les Indous , comme les autres Orientaux , admettaient ce système d'émanation. Les Indous disent encore aujourd'hui que Dieu a tout produit de sa propre substance. La création , suivant eux, n'est qu'une extension que Dieu a faite de sa propre substance , qu'il rappellera à lui au jour de la destruction générale. *
Synesius ' disait à Dieu : Vous êtes le père ,
^ DioG. Labr., Proemium segm., 6.
' Hbsychius.
3 Porphyre, de antro Nympharum.
'^ Lacrozb, HUt. du Christian, des Indes, p. 462.
5 Stw., Hymn. 2, vers 60.
ao6
VOUS êtes la inère, vous êtes le mâle, vous êtes la femelle. Ce a'est que daili là dèctcme d'émânàtion qu'il faut chercher la source de cettb idée » qui a été admise par foiite TaiAiqmté, cette uuîon des sexes dans k même 9i4et. Vhtxm^ interprète en cela dés opinions orientâtes, Tattriboe à l'homme à l'époque de sa formation. * Berose le dit des Ghsddéens ' : il y avak des hommes qui n'avaient qu'un corpst mais deux têtes. Tune d'homme, l'autre de femme.
L'opinion toute matérialiste des Grecs était bien éloignée de ce sentiment, et lui était £M*t inférieure; mais il fallait passer par l'esprit de critique qui modifiait les antiques croyances avant d'arriver à la pureté évangélique du dogme chré^ tien. Le criticisme philosophique des Grecs a'é* pura lui-même jusqu'à Socrate et Platon , ^e nous voyons ici l'écho des Orientaux. Pressé entre deux dogmes supérieurs, ce criticisme était nécessaire , comme transition entre l'un et l'autre ,
'* Plut., in Symp,, quœtt. -3.
^ EusÈB., Gr«c. apud ScaHg., p. ^.^Àtexfmier P^è^h. apud
^yncellum, p. 29.
et îi servit d'introduction au dogme chrétien , si suj^rieup aux anciennes opinions religieuses.
Le système de Témanation a donc été celui de tout rOrient, qui Tacceptait à titre de dogme, et même il n'a pas été étranger aux Grecs, quoique en général ils admissent l'éternité de la matière. Ils ne le professèrent pas, il est vrai, comme dogme religieux , car chez eux il n'y avait que des opinions et des systèmes particuliers ; mais , comme système , il se généralisa avec les écrits de Platon.
L'œuf sortant de la bouche de Kneph était le symbole du monde émanant de la toute*puis« sauce, l^oos retrouvons cet emblème chez les Phénicîens, chez les Êgyptiesns et chez les Grecs, aussi bien que chez les Indous, qui disent encore que cet œuf comprend en soi le cid, la terre et l'abîme.
Cette tradition peut donc être présentée comme ayant appartenu à tout le genre humain. Elle est constatée par les monuments dans toutes les traditions profanes, par les fragments qui nous sont restés des peuples de l'Asie , et même nous pouvons la retrouver dans le livre le plus complet de
tous, la Bible. Moïse/ en effet , représente l'esprit de Dieu reposant sur les eaux comme une poule sur ses œufs.
Un sentiment non moins général , et dont il ne faut pas chercher la source ailleurs que dans la faiblesse même de Thomme effrayé à la vue de l'immensité qui Tentourait , fut celui qui établissait des intelligences intermédiaires entre Dieu et rhumanité. Il n'y a pas de proportion pour nos regards bornés entre TÊtemel auteur et notre être, si impuissant et si faible.
Les Perses disaient que Dieu ne sortait point du séjour de sa gloire, ^ qu il se contentait d'ordonner ; les Ghaldéens admettaient des génies inférieurs, ministres de Dieu dans le gouvernement du monde. Les Indiens , dans Philostrate , ' représentent le monde comme un grand vaisseau dont Dieu ordonne la marche; les dieux inférieurs la dirigent.
Il n'est pas possible de méconnaître ici la doctrine des ange^ dans le christianisme. Partout
* Genèse, i.
» HyftB, de rel.pers., p. 165.
yila ApolLy liv. 5, çh*. 55.
entre l'éternel principe et la matière animée on a cherché des intermédiaires. Il semblait à Fimagi*nation des hommes qu'il y eût solution de continuité entre des termes séparés par l'infini, et il parut nécessaire à tous qu'il existât une organisation secondaire qui tût comme une chaîne immense qui nous rattachât au cieL
Ces intelligences intermédiaires ont reçu différents noms dans les diverses religions et dans les systèmes des f^ilosophes. On les retrouve dans les iwnéres de Pythagoré, dans les idées de Platon, dans les verbes des platoniciens. Chez les juifs et les chrétiens, c'est toujours la même théorie fondée isur l'opinion qui a créé les puissances que nous connaissons sous le nom d'anges.
Ces esprits sont de diverses classes , suivant le d^é de pureté qu'on leur suppose. Ce sont des génies chez les Latins , des gins chez les Qrien^ taux; chez les Turcs, ils portent le nom de ginler. Ce sont des devatas chez les Indous, des dives et des péris chez les Perses. Tous ces mots sont de même valeur, expriment les mêmes idées, ou se lient à d'autres idées d'un ordre supérieur, mais ils rendent toujours des idées surnaturelles. C'est ainsi que dévalas ou deoutasa la* même racine
T. îî. 14
ilO
que D€ii$s eiDem. Le même mot répond à des puissances fort distinctes, mai^ toujoura supérieures à rhoaiine à des degrés différents.
De cette croyance aux intelligences sec(H)daire$ naquit l'idée de l'animation des astres; toitte Ymtiquité s'unît dans ce sentiment, qui fut celui des mages comme des Indous, et qu'adoptèrent Pla* ton ^ et Gicéron.^ Cette questkm a même occupé l'ËgUse , qui ne l'a pas décidée.
Saint Thomas 'dit : c L'opinion des docteurs « sur ce sujet n'est pas unanime. Orig^es pense <i que les corps célestes sont am'més. Saint Je- (r rômeestdu naèrne ayis. Basile etDamascène K affirment qu'ils ne sont pas animés; Augustin < a refusé de prendre parti pour l'une ou l'autre « opinion. >
Le même saint Thomas dit ailleurs que, quel* que parti que l'on prenne , la foi n'y est pas intéressée. *
Mais ce qui fut plus grave que cette croyance
*■ Plat., in 7\mœ, p. $22-528 otsuiv. Ëdit. de Deitt-Ponts. * Cic, de Natur. Deo., liv. 2, ch. ll-ie! 3 SAiîfT Thomas, Impart., quest. 7t), art. 5. ^ ^di c^ni. Gentiles, liv. 2, di. 70.
même, oe fweut ses résultats. On n'en resta poii^t à de simples opinions. Lia théorie une (bîs adoptée, ou en déduisit Tadoraticm des astres que nous retrouYcms dans tout TOrient, et ce qui fîit plus nuisible ssms doute ^ toutes les foliœ de i'astrdiogie judiciaire. De ce que les astres étaient habités par des génies qui établissaient une communication entre Dieu et Thomme, on passa faci-* lement à leur attribuer une influence et des qua-* lités particulières dont on dotait telle ou tdle de ces intelligences. L'influence de Fastre fut ulile ou nuisible» présage heureux ou malheureux* L'invention de ce genre de divination fat attri^ buée diix Chaldéens, qui connaissaient plus par-i faitemeot que les autres astrologues les mouve-» ments et les influences des astres. V
An resté , cette soif de savoir l'avoir n'était pas particulière aux Orientaux des beaux cUmats de l'Âsîe. Les Asiatiques septebtrionaxix cherchèrent aussi à deviner Tavenir ; mai» leur barbarie , som des climats moins heureux, les oend^olsit à em^ prunter dîautres moyens. Ces moyeos furent va» ries; Tavidité de connaître qui les avait inspiré»
* DiOD. m: Sicile, liv. % p. ll»-14i>. Édit. Rhodom.
âi2
fut partout la même. Les sorts, les oracles, les chtees prophétiques 9 les sibylles, les druides ou druidesses, n'eurent rien à reprocher aux mages. On a peine à faire un crime à Thomme de cette avidité de savoir qui semble une condition de sa nature. La raison , sans doute , doit nous apprendre à restreindre des vœux immodérés, et l'expérience nous dit qu'il faut savoir ignorer; mais avant que ces enseignements eussent acquis sur l'humanité le pouvoir que nous leur reconnaissons aujourd'hui, bien des siècles devaient s'écouler avec leurs erreurs et leurs préjugés. Le temps les a diminués, mais nous ne devons pas encore nous montrer trop fiers de notre raison lorsque les exemples de ces superstitions &K>nt encore aussi fréquents. Cette ardeur inquiète, qui égarait l'homme à la recherche d'une vérité inconnue et impossiUe à découvrir, est la même qui l'a poussé dans la voie des découvertes utiles ; nous devons le reconnaître avec humilité, chabune des vérités <k»nt nous sommes en posses&âon a été conquise au prix d'une multitude d'erreurs bien difficiles à déraciner.
Les peuples et les hommes n'ont rien à se reprocher k cet égard; s'ils sont frères par leur nais-
sance , ils né le sont pas moins par leurs superstitions. Trop heureux si, quelque part que nous dirigions nos recherches, nous n'avions pas à constater que d'atroces sacrifices avaient paru le moyen d'intéresser les dieux ; sacrilège plus facile à concevoir au milieu de l'horreur des forêts du nord que sous le ciel toujours pur de la molle Asie, mais dont aucune famille humaine ne fut exempte. L'homme semble avoir été destiné à passer partout par les mêmes épreuves , à réunir toutes les analogies, comme si aucun lien ne devait, manquer à la fraternité humaine, pas même la complicité dans le crime.
De ces aperçus généraux, qui prouvent que dans les premiers temps les hommes se réunirent dans les mêmes superstitions, la même croyance fondamentale, les mêmes idées, nous devons descendre à des considérations plus restreintes. Nous retrouvons encore dans les formes du culte chez tous les peuples une nouvelle preuve de l'unité des croyances primitives , de l'unité des traditions , et par conséquent de l'unité radicale des peuples. En effet, s'ils ont pu et dû être soumis aux mêmes impressions, ils n'ont pas dû s'accorder aussi exactement dans les usages que chacun
était appelé librement à en déduire. Ces rapports, s'ils existent, sont donc des preuves matérielles de lunité de civilîsalicm transmise de peii|de à peuple.
c Les hommes, dit Ëusèbe, frappés de la splen- « deur des cieux , prirent les flambeaux célestes € pour leurs dieux; ^ ils le.ur oflnraat des saçri- «c fik^s, ils se prosternèrent devant eux; mais ils « ne leur bâtirent point de temples et ne leur érî- « gèrent point de statues. Ils élevaient leurs re- 4t gards jusque sur la voûte des cieux , et ce qu'ils « voyaient devenait Tobjet de leur adorati<m. >
Le premier culte n exigea ni temples, ni autds. Frappés de ta grandeur de la nature, des hommes simples, et chez lesquels les arts n'nvaientpuse frayer aucun progrès, firent du monde lui-même le temple de leurs divinités. Nons avons observé, d'après Hérodote, que les anciens Perses ne voulaient ni temples» ni autels, ni représentations des dieux. U en était de môme chez toutes les nations celtiques, les hautes montagnes tenaient lieu d autel ; les hommes croyaient indigne de la majesté des dieux de les renfermer dans
1 Prép. Evang., liv !•% ch. 6.
l'étroite enceinte d'un temple. L'unique symbole était le feu sacré , et les hommes religieux se tour* naient vers l'orient pour adorer. C'est de là que semblait s'avancer le soleil ^ et qu'il répandait sur la terre la chaleur, la lumière et la fécondité.
Cette idée , ou plutôt ce sentiment si élevé, dura jusqu'à ce que les hommes, en se divisant, éprou^ vassent d'autres sentimenis de reconnaissance oti de terreur. Ce fut la source de leurs superstitions ; mais il leur resta toujours de leur ancienne ado* ration des usages qui se retrouvent dans les temps plus avancés. Les juife , par un reste des usages de l'Orient, allai^it sacrifier sur les hauts lieux ; et c'était pour prévenir tout retour aux anciennes croyances idolâtres que la loi proscrivait cette manière d'honorer là divinité.
L'homme est si borné , que le même besoin dé créer des intermédiaires qui avait donné naissance aux intelligences du second ordre, amena l'usage des représentations matérielles de la divinité. On l'enferma dans des temples, qui furent un abrégé du monde; l'hommage qu'on rendit au symbole amena bientôt l'adoration. Chaque représentation devint une divinité particulière dont chaque peuple voulut enrichir son olympe. Il resta sans doute
toujours au-dessus de cette foule ignorante un certain nombre d'hommes plus éclairés qui recon* naissait rintelligence suprême; mais cette croyance fut celle de la caste sacerdotale , qui partout s'em* para de la plus haute position sociale , et répandît cette fausse et misérable doctrine que la lumière n'est pas faite pour tous, et qu'il est bon que le peuple soit ignorant et superstitieux.
Les anciens attribuaient aux Phéniciens et aux Égyptiens Tinvention de toutes les théogonies ré« pandues dans TuniTers. C'était eux qui avaient élevé les temples, et consacré les statues et les images. Cette idée des Grecs était vraie, relativement à eux; c'était bien des Égyptiens et des Phéniciens que leur venaient les formes de leur culte; mais si ce culte, en général, avait pour base des observations astronomiques , s*il était déduit de l'aspect de la nature, il devait être universel, et sous des noms différents, dans les différents lieux, rappeler toujours sa primitive origine. Aussi, au fond, cette théogonie ne vient pas d'un peuple plutôt que de l'autre; elle émane du culte même de la nature, et les mêmes idées se retrouvent sous la multitude des noms et des formes de l'a* doration^
La forme pyramidale, àftië Ton semble toujours rapporter à FË^ypte, parce que c'est là qae toutes les périodes de l'histoire conTenue srai* blent avoir marqué leur passage ou pris leur point de départ , est loin d'être particulière à ce peuple, la Ghaldée et l'Inde n'en faisaient pas moins d'usage; Cette forme est puisée dans l'adoration du soleil.
C'était autant de monuments, dit Pline,* coi^sar crés à la divinité du soleil. Leur figure même est une image des rayons de cet astre, et le nom qu'ils portent a cette signification en égyptien.
Jablcmski ^ retrouve cette étymologie dans la langue des Coptes. Il observe que le mot pyre est encore le nom que porte le soleil en cette langue, et que le mot muë^ qui signifie en copte éclat et rayoUf en forme la seconde partie.
La pyramide, suivant Timée de Locres,' est le symbole du feu ; voici le passage :
c Le triangle*scalène est le principe des trois c autres éléments : du feu , de l'air et de l'eau.
* Pline, liv. 56, ch. 8.
* Panth. égypt. prolég., p. 82.
3 De l'Orne du monde, ch. 5, $ 5.
c Car, en joignant six de ces tritngies, cm a un c Iriangie équflatéral» duquel est composée là py-« c ramide, qui a quatre faces et quatre angles « égaoi, et qui c6nstitue la nature du feu, le plus c subtil et le plus mobile des éléments. >
On a beaucoup disputé sur la destination des pyramides, et le plus grand nombre des écrivains voulait y voir des tombeaux. Ce n'est que par les recherches modernes qu'on a su Tobjet de ces gigantesques édifices, et c'est aux Indous qu'on a dû cette connaissance.
Les bramanes , que M. Wilford consulta sur les pyramides, se sont tous accordés à lui dire que ce devaient être des temples.^ ils lui demandèrent si elles n'avaient pas de communication souterraine avec le Nil ; le puits que l'on trouve dans les pyramides communique effectivement avec des^ souterrains. Us ajoutèrent que ce que Ton prenait pour un sarcophage, était une cuve que les prêtres remplissaient d'eau sacrée et de fleurs de lotus. Nous trouvons dans cette description , nonseulement un moyen de satisfaire notre curiosité sur un objet qui Ta vivement intéressée pendant
* Foy. de Norden, notes, t. 5, p. 5^i.
longtemps, mais une preuve nouvelle de Tidentité des formes du culte primitif des Indous et des Égyptiens*
On voit auprès de Bénarès plusieurs pyramides , moins considérables que celles de TÉgypte, et dans lesquelles on retrouve la distribution indiquée par les brames. Elles ont des souterrains qui s'étendent à la distance de plusieurs milles.
Presque toutes les pagodes de Garnate sont des pyramides. M. Reuben-Barrow * cite un ancien édifice consacré à Siva, et qui différait si peu d'une pyramide, qu'il eut peine à croire que ce fût une représentation de Siva, comme on le lui affirmait. Or, Siva est le même que Mahadeo (le grand dieu). On l'adore sous la forme du Lingam, le même que le Phallus des Égyptiens. Nous trouvons des pyramides au Japon. ^ Au Tibet , des lions sont* sculptés dans les temples, et en Egypte le soleil était adoré sous Femblème du lion. Ce s lions du Tibet étaient sculptés sur les gradins del^
* ^Hatic. researches, t. 2, p. 436.
' Rbmpfer, Hist, du Japon, t. 1*', p. 2S
pyramide, au pied de laquelle est placé le corps du Lama. *■
Voilà donc des pyramides dans llnde , au Tibet y au Japon* Le soin qu'on avait d'orienter ces édifices prouvait aussi qu'on pouvait s'en servir pour observer les astres. Les historiens arabes
parlent de pyramides qui avment des portes placées à chacune de leurs quatre £aces, dont l'aspect était exactement en regai'd avec les quatre points cardinaux.*
Ainsi, d'une part, nous avons vu le culte des astres généralement répandu, et maintenant nous voyons les pyramides, une des formes matérielles du culte, également admises chez les peuples orientaux. La tour de Babel, qui, s'il faut en croire les descriptions * et les dessins, avait aussi la forme pyramidale, était un observatoire des Ghaldéens.
Les Grecs de Sycione * avaient représenté leur Jupiter par une pyramide. On trouve aussi dans la Grèce des colonnes de pierres consacrées aux
* TuRNBR, Calcutta, t. 2, p. 52.
* RiRCHER, OEdipus, t. 2, 2« part., p. 500.
* VoLNEY, Rech. nouv,^ et Calmet, Dict.
* Paosanias, Coriwf^. , eh. 9.
planètes. Telles étaient les sept eolonnesde Laconie/ qni étaient des statues de ces astres. Gela se rapporte assez à Tidée des sept chambres de la pyrânoâde, des sept divisions de lantre dé Mithra, et même aux sept enceintes dn temple de Jérusalem.
Ces analogies, sur lesquelles nous pourrions insister bien dayantage, ont été développées dans des ouvi^es modernes. Ainsi, nous nous bornerons à dire^ avec le père Kircher,* que les pratiques religieuses de l'Egypte se retrouvent dans toutes les cosmogonies et dans tous les usages des peuples de FOriaat, dans l'Inde, à la Chine, au *Japon.
Sans vouloir ici examiner jusqu'à quel point est fondée l'opinion du père Kircher, dit Dupuis,^ je crois pouvoir au moins dire que les deux plus iameuses divisions du ciel, celle par sept, qui appartient aux fdanètes, et celle par douze, qui est eelle des signes, se retrouvent dans les monuments religieux de tous les peuples du mcmde ancien jusqu'aux extrémités de TOrient*
^ Pausanias, Laeonic., c. 20.
* 0£:rf<pf«, t. !•% p. 5Ô7.
3 orig, des Cultes, t. 4«S p 5».
Nous (XHirrioDs nous étendre beaucoup sw ce nombre mystérieux de doine que noùeiretrou** vous partout, et qui a été affecté à des dbfets si diilèraats. C'est pentHÔtre de tous les nombres symboliques» celui dont Tapplication à ^ le plus populaire ; mais nous ne voulons pas non» Mgd-ger dsms ces questions» dont on a un pen sdinsé. D nous Suffira de dire qu'il n'existé pas un peuple ou ce nombre ne se retrouve» non-senlemenr comme symbole réiligîeux» mais comme nombre affecté aux divisions politiques; car al<Mrs» p<^tique et religion, étaient des nomspresque synonimes» puisque la toute-pnîssanee était en réalité dans la main des prêtres.
Constatons que les anciens sabéms » pour qui les corps célestes étaient autant de divinités» donnèrent aux temples de leurs dieux ^ des figuras analogues à la nature des (rfanètes ou dès étoiles qu'ils adoraient; que leurs otages religieQx et leurs noaabres: symboliques em dériv»ent» et que les fomea mâtériettes, qui ont séi vi ciiea tous tes peuples l'époqne du «suite sîufîple et privé de tem-
* PococKE, Spécimen hist, .^rah^m, p. 14i.
pies et de cérémoiiifi^f sont partout enipremted éù méflie cdraetèpe.
Des temples, cas divisions aTaient passé ju6<* qu'juix dieux ^in-m^es. Le^ mêmes nombres leur sout affectés dans les mythologies des peuplesi, aÎQdi que les attributs qui leurs sont particu^ lieyp.
Âiosi^ dans le cidte de la nature, nous sarions amenés à reconnaître trois phases : l'époque pure^ ou les représentations extérieures n^exis*» taient pas; Fépoque des temples, où les formes de la nature étaient reproduites ; enfin la troisième 4 où ces formes mêmes, réagissant sur la pensée humaine, avaient subdivisé l'adoration, pour la reiporter sur des symbcdes spéciaux. Ces deux dernières, catégories sont celkfs qui nous rappellent runirars^dieu oa le panthéisme. Voyons comment l'idée Diea et univers ont pu se confondre.
Partout, et dans tous les temps, il y a eu des hommes livrés aux: travaux matériels, qui n'envisagèreui ies infibeaces siapérieures que dans leurs rapports avec les objets qui les intéressaient personnellement. Dans leur ignorance, ils ne voyaient dans le soleil que l'astre bienfeîsant qui mûrissait
leurs fruits; dans l'arage, qu'une puissance qui pouvait leur enlever le prix de leurs ^orts. Mais, près de ces hommes simples et grossiers, il s'en trouvait d'autres que les habitudes de leur esprit élevaient au-dessus de ces rapports* tout physiques. A ceux-là des influences d'un autre <»dre apparaissaient; l'étude des phénomènes célestes , leur retour, leur nombre, leur suggérèrent une pensée plus vaste. L'idée de loi de tous ces phénomènes successifs leur apparut, et, à côté de l'idée de Dieu, se plaça pour eux celle du ciel, qui enferme et contient tous les objets qui attachaient leurs yeux et leurs pensées.
La qualité exprimée par le nom du cid, F immensité^ f élévation ou l'emcellenee, peut convenir aussi à la divinité. ^ Dans les différents dialectes nés de la même langue , ces noms pcmrront s'appliquer indistinctement à l'un ou à l'autre ; c'est ainsi qu'un mot à pe» piès semblable désigne Z)i6U dans les idiomes de différentes p^ipkdes caucasienncis,' et. que le nom du del est très rap-
* ivstsfét Sal VERTE, Èssat titT les nom, t. 2, p. 5.
proche dans ces mêmes peuplades de celai qui désigne b dirinké.
Ne yqyons-nous pas un usage habituel faire damier indifiér^nmeol à la puissance suprême le nom de ciel et le nom de I)ieu. Plût au ciel t plAt à Dieu! sont absolument 1^ même idée.
Les réformateurs qui ont eu pour but de ramener les hommes au cultç unique de la divinité, <mt proscrit iipplidtemiQnt l'usage de multiplier les noms de cette divinité. ^ C'est en vain qu'ils ont
lutté contre une disposition naturelle; une piété fervente cherche à prodiguer les appellations qui semblent à chacun représenter mieux le sentiment dont l'ardeur de son ssèle Ta pénétré. La voix a besoin de mille noms, comme l'amour s'empreint de mille nuances* C'est ce besoin qui, sousl'impression delà crainte ou de l'humilité, a créé les noms de Dieu des combats,dêTrès*Haut; qui afait parler rÊternelaumilieudestonnerresetdea éclairs; c'est aussi ce bespin.qui a inspiré les pieuses litanies qui donnent à la religion du moyen-âge une physionomie si nalye; au cuke delà Vierge , ce charme d'amQur et de dévouement qui en faisait la
* Genèse, 52, vers 29. — Livre des Juges, cbap. i5, vers 18. T. H. 15
mère de toutes les douleurs^ la coaëdfàirlce des infortunes , le refuge des péchettf ^ , rétôilè dtt tnàtin^ elnblôÉie d'espéraneer et de paix , lâ i*ëinè des anges « ces époui mysrtiquës adoptés paf lés tierge& deb clottre^, trq) putéë ptitt Aéé chaînés terrestres, et qui ne se crôyaiéilt pkè dignes èticdre d'ètré admises aupi^ès du céleste époux.
Le Coran proscritit également les faôms de la divinité^ qui ne s'en sôtit pas ihôinS (Conservés parnii les masultriaûs mêtné lés plus pieux.
Les anciens cultes de là Perse et de Tlnde avaient (ransmis cet usage^ qui paràif si natui^el à rhomme ^ et le poly tfaé ji§itié des Grèce ef dés Romaitas l'adopta , coifiitte lèê cttltés l^évères dti nord rayaient conservée
Dans léb chants des bardés célébrant la mort de Guchtrllin* ^ chaque strophe est terMinée pàf un des titres du li^rosi Cet tisâge fbtiëbre était sans doute emprunté aux couttiffles religieuses.
Le polythéisme s'étendit sdtl^rinfltlëhcededèt abusdes nom^versdonnésâtt^ ditiitités. Dés tétii^ pies s'élevèrent à dhàeun des attributs* et tou Un nom que desépîthète^ variaient avec le^ lieux etles
* OsstAU, Mort de Cwchullin,
^ 227 €Îre9Bëtanèes, eoflftme le Jupiter^Slator des Re-
cette iKdhfitide dispMMt ks^ ancîeiiB peuples à «te grande toléi^ancieesTdes tous, le» cultes^ qu'ils poiiYfflcnt considérer omome des formes i^ariées d'Mi Aiénie type. Là. Antritia des niGsrtiabOiis siiocessit^ de U dkînité n'était pks moini fara** fable ; ehetile» j^iipfes pénétrés de dette^nroyanoey les dieax; des antres pays* peuvent se présemer comifi» dés^ îAsaMafions de leiird propres dieux. 0& viàt y &M§ k j^rnsd d» celoMil FàsB-Glar^ce , qu'un Brame a tait un livre pour démontrer qttô JéMtt»4jlirisc èff 'Mahomet sont des îâcaraatîons de Wieteoiii* '
fifeties, ^«1^4 doûtié parmi nous son nom à la doctrine des deux principes, anàonça que Boud« da; Z^rdaetm , le Ghfisf, et kii^môme étaient des iil«ariiMiôiisdî^«tos dé la dttiâfté éa soleiL'
42€|tié d«otrine, qui tend à présenter un Dieu umque siopStiHiSi les «uriiiéfiQeijiu polythéisme , se résamitC dafl^ l'idée du DteuPàtahée, atiquel 0» fldMssa des bMam^s/
^ £U$ÈBE S^LTBRTE, ESSOi SUT leSHOmS , t. 2, P* ^^•
* iMd., 17; et Suidas, verho Mânes.
^ Grutbr, corpminscripHmnm, p. i. — Tnscrip.y 5et.âf.
Les premiers athlètes dans la lutte du nisme naissant contre les divinités païennes ne manquèrent pas de s'emparer de cette idée; Clément d'Alexandrie ^ rapproche les opinicms des philosophes, et ajoute que la pensée se reporte naturellement vers le vrai Dieu, quand on se nj^ pelle les attributs accordés à Jupiter par les-prétres et les autres écrivains. MinutiiiS:Félix , ^ dlé par M. Eusèbe Sal verte, voit une profession de foi chrétienne plutôt qu'une locution vulgaire dans l'habitude qu'avaient les polythéistes d'invoquer Dieu.
c Et ceux-^là, dit*il, qui attribuent, à Jupiter c l'empire de l'univers, ne se trompent quelle « liom; ils s'accord9nt^«veç,noi}^(Jta|is)a,a^^ce « d'un seul Tout*Puiswut. i
D'antres témoignajges prouvent que les chrétiens dès preibiers teïtaps s'accordaient dans cette doctrine tolérante, dont ils se sont écartés depuis ; et on ne peut qu'applaudk* dU regret plein d'hfl-: manité de M* Eûsèbe.Sàlverte,* qilahd il dit: « On c pardonnera , sinon à un théetogion $ au moins à
* Strom., liv. », p. 598.
* In octavio , p. la. . .
3 J^sai 9ùr les noms d'hmnmeà, {j. j35,4. ^.
< un homme, de regretter que la doctrine de « Théodat, de Symmaqne et des Indous, n'ait pas « de tout temps prévalu sur la terre. »
Ainsi* du panthéisme proprement dit, les hommes desœndirent a« panthéisme symbolique , et ces symboles furent les méo^s en général. Nous avQns à examiner si lesDieuK auxquels leur idcdâirie s'adressa dans là suite prennent leur origine dans les mêmes idées et les mêmes principes. Au culte des planètes et des éléments, nous voyons s'unir, dans les diverses nations, les princes, les inventeurs des arts. C'est à ces dieux mortels que nous devons nous arrêter pour chercher, parmi eux aifêsiv les ressemblances qui peuvent les rapprocher. Les peuples cependant commencent à s'éiiHgner, et des premiers temps, et du premier point de départ, pas assez pourtant pour qu'an ne doive pas retrouver encore des débris nombreux del^ir unité antérieure dans les témoignages de lews rapports actuels.
L'Orieirt fiât le berceau des religions et de la {^ilosofrfne. Les sages de la Grèce puisèrent à cette source; nous avons parlé plus haut des voyages de Py tbagore. Après que les Phéniciens et les Égyptiens leur eurent apporté leurs divini*
té&, les sa{[es aHèrent jusqu'au: foiid de FOmnt étudier, sur les lieux mém^ » TorigiBe ém croyan* ces et des usages qui enélamitscirCnl.Il6Stévi* dent qu'ils étaient couvainous de la vérité da la traditiwi qui faisait venir da rOnank tuâtes les connaissafices humâmes. Jamais nous ne voyons parmi eux eette cirigme ^Mrésanlée seosla forme du doute, et la cmidusion à ùpot de eet aeeord frappant eaute des naticms qui sourent ne se oodnaissaient pas, se présente naturdtenient. Ils ne doutaient pasque leurs pères communs neusi^ent eu ime même oroyanee, une même morale, im même culte , et que les diverses opinions qui s^é* taient répandues parmi les hommes ne fessent des modifications^ des formes iiocrvelles, dds altérations plus ou moins proioâdes Kle la religtoa primitive.
C'était auprès de^ prêtres de FËgypte que les Grecs durent chercher leurs premiers renseigne^ ments; c'était pour eux la souro^ dÎMcta? mais, il n'était pas besoin d'une longue attentioii pour reconnaître que la easte sacerdotale ^yptieime n'estait qu'un reflet d'une lumière plus aneienne. Ce fut dansFétude de la religion d^s Ghaldéenset des Perses qu'ils trouvèrent la confirmation, dé leurs
op^oipp^ ^smogoniques et philosophiques. Plu- $j^nn «mUreot qu'ils devaient racheFebeF ^us loin encore ces wuroés origùielles, et Topinion g^^l^ » f^it VQfB^dP Pythagore jusque dans ripde, ou los dogmes primitifs des anciens Perses 5#9Î^ cionsfirvé^ plus pues que fk&s la Perse
m^mÇt oi Zoroistne. avait introduit ses réformes
^t ^» înqoFAÛPns. (j0St pcnqp cela qu« nous avons Yil piston former h ¥<»u d'entr^rradire ee cpm
Py Ai^c^'e avait réalisé*
Les anciens habitants de la Grèce, dit Haion/ ^n^ qp§ p][M^ie^r$ peuples barbares» pavaient d'fmtr^ dî^Mx que le solçil, la bine, la terre, les
autres «tji^ ciel
Hérodote ' dit dçs Pélasge^ qu'ils sacrifiateat 4191; dieni;, et ies adoraieat tons ea général, sans les désigne? par apcH^ii nom partioulier, les appe- Imt Si^ulement dieÊix.
Ainsi, les premiers peuples, à la suite d^ migrations dont. le souvenir était effacé, même pour eux, conservaient des croyances dont le berceau était epi Asie , et Içur adoration était la même
^ Plat, in eratylo. p. 358. Édit. de Deux-Ponts. » Liv. 2, p. 139. Édit. Wessei.
que celle des Perses, des Indous, des Égyptiens.
Les Grecs abandonnèrent cette religion pour adorer une multitude de dÎTmités.
Semblables aux autres barbares , dont les migrations avaient suivi une route différente^ les Grecs étaient plongés dans la plus hideuse barbarie. Les forêts, les cavernes, leur servaient de re^ traite. Ce peuple, qui devait étonner le monde par la pureté et l'élégance de ses arts, vivait de fruits sauvages, de glands, et d'animatux que lui procurait la chasse»
Les {uremiers colonisateurs phéniciens le trouvèrent en cet état , ou dans un état peu différent, car la civilisation que le temps aVait pu amener avait dû faûre peu de progrès. Ces Hiéniciens étaient d'origine égyptienne, ou dii moins leur passage et leur séjour en îËgypte avsûent fmt des Égyptiens et deux, pour mnsi dire, un seul peuple» . '
C'est dans ce sens qu il feiut interpréter ce passage d'Hérodote : *
c Dans la suite des t^nps, les Pelais ap- « prirent des Égyptiens, arrivés en Grèce, quels
1 Liv. 2, p. 139. Edit. Wesseling.
< étaient les noms de tous les dieux , à rexception
< de oeltti de Baochos. Alors ils allèrent consul- « ter Foracle de Dodone/ estimé le plus ancien <r de la . Grèce ^ et par conséquent le seul en ce <c tQSftpsilà; ; les Pâiâges ayant : demandé à Torac. de s'ils recevraientiles noms qui yenaient des
< itarbares» il leur fut dit de les recevoir et de s'en « servir. Os sacrifièraoït donc aux dieux , en les c invoquant par leurs noms , et les Grées reçurent € ces ncp^des Pélasges. »
Il est remarquable que ces dirax , que les andens Grecs hésitaient à adopter, finirent par être admis sur Tordre de l'oracle pélasgique de. Dodon^ ; il semble que les plus habiles entre les Pelasses voulurent reoonnaâtre dans ces notns symboliques une représentation plus dir^te du culte qu'ils professaient , et qu'ils servirent de médiateurs eittré les peuples bwhares et les col<mies qui s établissaient sur les bords des mers de la Grèce; ^«ssi voyons-nous» dms Y Iliade, Jupiter appelé roi des Pélasges. ^
Nous venons de voir qu'Hérodote excepte le culte de Bacchusde ceux qui furent admis alors.
* Liv. xvi, V. 255.
Gepoodant» Bauechus oq DyonisiQS, le même que OwîSi était la grandi» divinité da l'Egypte. Pourqmi h (X>lonie égyptûenne ii'aurait>eUe pas apporté tyac alie le culte de «fa|i de ses dîêax qu'elle Ixmorait avant tons lea autnes? €ette bisfarrerie appwaote peut aouë fournir im argmn^Dit nouveau en faveur d'une opinion déjà émise , et ptouver que le culte greo venait plus immédiafemeot des P^éoidens. En effet, on fiiit decpux-^j les pasteurs qui régnèrent en Egypte et vinreiftt fif établir dans la Grèce peu de tenips âprèp leur expulsion. Il est naturel de croire que leuf hai^contareeeux qui les avajent chassés dût s'étendre jusqu'à leur principale divinité. Us se gardèrent , par ce motif, d'en établir le culte dans leur nouvelle résidence.
Au reste, c'est effectivement à IIÊgypte qu'il faut avoir recours pour les autres divinités. P existe assee de rapports entre }es PhémeieaB et les Égyptiens pour que cette circonsiance ne donpe pas à ces derniers l'avaotage aux d^^eiis des autres; elle ne se rappcMrte d'ailleurs qu'à h première colonie.
Latone, mère d'ApoUon et de Diane, était une divinité de l'Egypte, nourrice d'Horus et de Boubastis, enfants d'Isis; cellen^i confia ses enfants à
Lsktone^^pwir b^ 9Q|}str«ire à Ty pboo. C^tta déesse
Pjreaquf Ions Je» npnl^ 4e» cMenx, diitHér<Q^ idote/ /s(9»t veims d'Egypte w G«^, çt j(J l'ai y»rifiç swrc^quQ j'ai'^iitpp4M dm qu'on le» tensii
des >»r)]0r0s; j^Eiaûi j« fKpa^e ({m'ï}» $ihU Teaup partiçojlièrismeat d'ïîgypte.
On PQiJirrait trouver i|ne oh^etim d^P^ la (tif-
£êpei]^ <jte$ nom», mm «ine divô^té n'^ fXH-i^
pas seulement un. Aussi les Grecs <a)t.pu cbpi^ eptra cç$ jpQio$ c^^iii gui i« prêtait le mi^x à Içur proiMDjeiation, Nous ^n avons un exemple dans Adonis, qua les Syriens appelaient Tbammus , ^MniptfiUl$doDfîeî^ttle$urno9id'Adûiiaî, Seigneur; le& Gr^cs ont choisi de pr^érence ce sur- Qom pour ^n faire Adonis,
Le qiilt^ d'Adonis était màe» plus xépmdw dans U Pbéoicie, ce qui se rapprocha encore de
notre <>p4nîoii-
On ne doit pas perdra de vue la réserve qu'il
est nécessaire de faire an sujet de ces ressemblances que Tesprit de système a accueiUîes et multipliées trop facilement, et sans entrer dans les explications que demandait un pareil sujet.
On ne doit pas chercher à établir que ces divinités analogues soient matériellement les mêmes. Quand on dit que Grichna est Apollon,^ on entend dire que les fonctions de Tun chez les Indoùs étant les mêmes que celles de Tautre chez les Grecs , les deux peuples se sont unis dans l'hommage rendu au même pouvoir, mais non pas dans la connaissance du même personnage revêtu des mêmes attributs divins.
Ce que nous considérons comme des êtres de pure imagination n'était pas considéré de même par leurs adorateurs. Les Grecs croyaient leurs dieux des êtres réellement existants , et les Indous avaient la même conviction, sans doute; nous ne partageons pas leur erreur à cet égard , et nous ne pouvons pas, par conséquent, comparer des êtres dont nous ne reconnaissons pas Texistence. Mais un fait que nous admettons, e*est que Tidée qui a donné naissance à un cuke ne doit pas être revêtue des mêmes formes chez deux peuples différents, sans qu'il y ait eu quelque rapport entre
œs peuples; et il faut tirer le& mêmes conséquences des té^htés ou des rapports <le noms. Cette adoption des mêmes formes devient un objet d'études histcMiqùeStet, à dé&ut de monuments matériels, un éèément pttissaiU.de coordii^tion^ C'est aÎD^ qu'indépendamment dies documents historiques^ qui établissent les rapports des Japo^ nais et des Indous» nous trouvons une confirma*tion certaine de leurs rapports par les figures de leurs dieux.'
I^es emblèmes tirés de l'astronomie sont un moyen d'investigation qui n'a qu'bne valeur doiitteuse entre peuples placés sous un ciel également pur, et qutont pu diviniser les mêmes objets par un simi^e efifet de la disposition de l'hidianae à revêtff de ce carav^tère leâ forces qu'il aime ou qu'il redoute,! Mais sousun dél moins favorable, où les objets ne se représentent pas de la même manière, le rapport ne peut être attribué qu'à une transmission dont les moyens ne nous sont pas bien connus , iuaiç que l'on peut déduire de l'obfserva-
^ £7^0 illuêtrèe du ?. Kirgher.
' rHeuœ indûiif^.pl. 2 -^ i8. IHeuœ japonais, pi. £15 à 99.
Des Cérémonies et coutumes religieuses.
tkmde faits géoéi^uiel de reAsdmble qième de wB&motftàmoe»t qvi se servant moturileBieat de ptfèiites.
Aindi Vmt ooneèrra ^fue due les ralîgioite à base astrciiiû«^pl0 les jofuls Msettt oonsacrés am pkyâAtes ea g^éftd^ maïs oq ne ciiQcevni {mis, SMS qM ridée ds eoiniliuiiÎGâfticfn ne neeis peisisse tontrà^^ODUp^ ffM cé» ipltiiiètefi et ces jcms se m- Tdnt pertcfuft dans lé même ordre , et soîeM a)»fl' crés aux mêmes divinités. La trace des rapports sobâîsce de cette manière, eaos la èonsi^er cMMiie MSsi abs^iiê que deèt q^ytheloguee pm V(K(IU lu &irè.
A o(nk dé cette ressétubUittce géuérafe dmis les atftibtttâ dii^s, qui à étte sëiité ne Mûàit pee cofidilfiUité , i»é plaCé U résâelnblafice de^ actttis qiik ne pebt s'6i|:>tiqueip par la btise coommiié asttoneiaiqa«.
- €'è^f àihîii que dans le réyatttttfsdè CâimlKige, où ddffttle Av^ prêtres de BOtfdda le ttotte dé Gba- KiA i éi qdé les ChiûCii^ appellent Qhé4iia le piètre indou qui apporta le culte de Boudda au Japon. * Il y est révéré sous le npm 4e Che^îi^ia-
et les notes.
Mvimi. C'est te méitié nom, avec de légèfes Variations « qye les Ralmcntks dotlnënt à l'Étré-SUprême , Dchaga-Mouni ou Dscha-Dscha-Mouni.
Le uma d« Btiwidâ Itii-m6ttie esl Sak{a-M(!nlni.
Le» DewatQië étaient adoirés dans l'Inde , et leur infloeiioe n'était pas ^sàiUdble à celle dé^ îkmè. Gependani/co 6ont égaiemeiit des puiâsànceà i\ipérieuréS; 6t qui ne diffèrent tpie pat leurà fonc^ tionSi Letir orignië était éertaiilement la itiêmé : c'étiiieitt le» fnérhes perutoit-â divinisés. Notls âVoiià ex^iqu^ le motif qui a fchangé leurs attribiité. TrattrfôWiiég en mauvais génies par ^oroastre, ils aceasent; par leur nom, l'ôfigine cfu'on s'etforçAit «Pobséureir. Lé soin mette que prit le t-éfoflâtltenr' dé leé Combattre a indiéfué té qti*ils étsiimt, etftotiS & tê^ëé où Son ctilte à lUi-mêmë pirenait Sà sout^cé.
Ndttfe ràppéUei^ons encore le flôth d'Àtihoumà, ^hef des siinges qui séCoutureiie Railla. * Le rapport eritre Anhôùma et le Soleil nous conduirait à de trop longs détails; Mais il est ti^s reraài'^able qiR la tepréSenïitiota dtf Siftge s6it l'objet de la vénération dès peuples, et se retrouve en
* EvsÈM Salvèrte. ^»#aC^t#r les noms, p. 40, t. 2.
Egypte, dans Flnde, à Geylan, au Tibet, à Siam, et soit partout un eoiidéme du culte du So-
leil, .
Les mêmes ansdogies se font reconnsdltre dans
despays si éloignés les uns des autres » si <&tants de la Perse et de Tlnde, qu'on ne peut se défendre d'y chercher également le résultat, d'une cause primitive qui ne s'écarte pas des sources précédemment indiquées. C'est de la même manière que Zoroastre peint Ormuzd et Mithra combattant les Dews, ou génies de l'Indostan ;4ans la mythologie du Nord , les divinités vaincues par Thor ' sont poursuivies jusque dans les cavernes glacées de la Laponie et de la Finlande, par l^|^arleaudu dieu. La religion d'Odin, comme cdle deiforoastre dans l'Orient, combat dans la Scandiuaivîe. une religion antérieure ; les dieux de cette religto» ne sont plus pour les nouveaux venus que des mauvais (génies, et représentés comme tels. C'est ainsi que Locke, dieu di} feu, est repcésenté combattu par Thor. Locke, que les Aborigènes confondaient 2(vec Jumala.^ ' }e.§oleil, dieu suprême
* ElJSÈfiE Salverte, p. 61 , t. 2.
^ ScHEFFER (Jean). Hist. de /e lapoim, p. 19, M et 151.
des Liapons , des Biarmiens, des Finnois. Ce nom de Jumala signifie dieu.
On le voit, ce n'est pas seulement parmi les hommes que la défaite fut érigée en crime ; Brennus ne fut pas le premier qui jeta son épée dans la balance, et s'écria : Malheur aux vaincus!
L'abbé Foucher ^ ne veut pas absolument que de la conformité plus ou moins grande qui existe en tire les dieux des diverses nations, on tire la conséquence que ces peuples se soient concertés ou copiés. C'est par une vanité ridicule, dit*il, que les Grecs et les Latins croyaient voir parmi les divinités des barbares, leur Jupiter, leur Apollon, leur Mars, leur Mercure, comme si les barbares avaient été fort envieux de s'approprier la religion de la Grèce et de Rome.
Nous sommes complètement de l'avis de l'abbé Foucher, et nous croyons que les barbares n'avaient aucune envie d'emprunter aux Grecs et aux Romains, qu'ils pillaient et ruinaient, leurs divinités ; mais nous sommes bien convaincus aussi que les Grecs et les Romains n'avaient pas plus le désir d'emprunter leurs divinités aux bar-
^ y4cad. des Inse. , t. 54, p. 485.
bares. Il ne s'agit donc pas de vanité dans tout cela, et Tabbé Foucher n'a. pas voulu s'arrêter à la véritable raison. U y a dang cette ckHicordance bien autre (jiose : c'est que la similitude de& attributions» quelle que fôt d'ailleurs la différence de» noms » ne peut provenir que d'un système tbéogonique émané des mêmes bases.* S'il n'y avait de copistes de part ni d'autre^ il iaUaitlMen qu'il y eût une cause antéri9ure et supérieure à ces étroites considérations. C'étaient des peuples séparés par le temps et l'espace, et qui rendairat témoignage par l'unité du culte à la Iratemité primitive.
Cette unité se retrouve plus apparente et plus positive dans les divinités de la Grèce, de l'Egypte et de la Pbénicie ; dans leur filiation , dans les cérémonies qui leur étaient consacrées. En e£Eèt, les communications de ces peuples et la civilisation, passant de l'un à l'autre, devaient amener ce résultat. Ce ne sont plus de simples ressemblances. Ici les religions ont été modelées l'une sur l'autre; les Grecs, de l'aveu de leurs historiens, avaient tout emprunté aux deux autres peuples. U n'est doncpa^ étonnant que le symbo* lisnie grec soit en harmonie avec le symbolisme égyptien , qui lui-même émanait de l'ancien sa-
béisme; et ce symbolisme arait d\% s'éUiblir avec d'autant plus de faciiké» que les Pelasses » on anciods haKtants de la Grèce, avaient dû enK-tné'' mes à feiir origine asiatiqQe les principes ou les superstitions des sabéens.
On concevra facilement que nous ne saurions; à propos de (^que ressemblance de noms et de cérémonies , entrepr^idre un parallèle qui dé« montrerait wrabondamment notre opinion. Il se trouve d ailleurs dans différents ouvrages, et nous n'avimsnul bescÀnde ottie surcharge de preuves, qui nous éloignerait sans utilité de notre but Nous en avixis assez dit pour constater la ressemblance des Grecs, des Égyptiens et des Phéniciens. Nous en avons établi les causes et indiqué les sources, où la vérificatimi n'est pas difficile à diercfaer. L'Académie des Inscriptions , l'ouvrage prodigieusement savant de Fourmont, ^ et bien d'autres, fcMu^niront abondamment les exemples et les sources à ceux qui voudront pénétrer pks avant dans les questions que nous n'examinons que sous leur point de vue le plus général.
Tout se réduit par une courte récapitulation à
' Bé flexions critigt^^ sur hs histoires des aneisfès peuples .
ceci, qui est la conclusion de Fourmom/ < Les Latins tenaient leurs grands dieux de la c Grèce, la Grèce tenait les siens d^Égypte; c TËgypte était composée de peuples cfaaldéens , « phéniciens, arabes : les dieux d'Egypte sont « phéniciens, chaldéens, arabes. »
Nous avons vu ce qu'était le sabéisme de ces peuples ; comment il se liait à la Perse , la Perse elle-même à llnde, par le terrain commun et originel de la Bactriatie. Ainsi, pour les religions du midi et de Tocddent de TAsie , nous sonmies arrivés à la même conclusion que par les aperçus historiques que nous avons donnés dans les livres précédents.
Cependant la question n est résolue que pour cette portion méridionale et occidentale des peuples. Nous n'avonsdonné que comme assertions les résultats qui classent les peu[4es du Nord dans la même catégorie. Nous ne dévions ^ectivement qu'indiquer cette ressemUance, pour motiver la conclusion émise d'avance de l'unité primitive au milieu' de cette nmltitude en apparence si diverse ; maintenant il nous faut justifier cette assertion,
^ Jiéfiexions critique$, t. 1, p. 585^
en jetant un coup d'œil sur les théogonies des nations septentrionales.
Les peuples qui fixk*ent leurs établissements dans les pays méridionaux furent ceux qui altérèreçit les premiers la simplicité du culte primitif. L'imagination, plus active et plus riante dans les beaux climàtsde l'Asie, imprimait à la pensée créatrice une fécondité qui révéla sa richesse par la variété des ornements , et sa grandeur par Timmensîtédesmonumentsconsacrésauxdieux.On oublia quec'était rapetisser la divinité que de la soumettre aux proportions d'un temple, et on crut sans doute agrandir l'homme en entassant pierre ^ur pierre pour ces constructions colossales, dont l'œil humain ne pouvait mesurer Tétendue ni saisir l'ensemble. Â l'époque des Romains , et lorsque l'heure de la décadence avait sonné pour les nations du Midi , nous voyons les populations du Nord , à peine sorties de leur barbarie , vivre encore au sein de leurs forêts, dans un état peu différent de celui des premiers habitants de la Grèce à l'apparition des colonies phéniciennes.
Malgré les différences que des climats si divers, des habitudes opposées , durent amener dans les croyances anciennes , on retrouve cependant, et
1 on peut monlrer» que les usages relig^ux des peuples d'origine septentrionale étaient les mêmes qui composajent la religion des Scythes, et qu'ils avaient été conseryés sans aucnne altérati<Hi importante.
Nous avons déjà dit que cette religion primitive interdisait toute représentation matérielle de la divûiité ; que les hommes ne faisaiaat point usage de temples , que les cérémonies n'avaient lieu qu'au seiades forêts, ^ ou sous la voûte dea cieux, seul l^mple digne de la grandeur de l'Être suprême. Cet usage dura tant que les hommes du Nord furent sans communication avec les étran» ger&.
De la divinité suprême ^ient émanées des in-^ tell^enees subalternes, des génies dont le monde visitd^ était la demeure. Chaque élément avait son génie qni lui était pro[»^; la terre, Teau, le feu, le 9<4eil, la lune, les astres en contenaient aussi; peut-être avant l'adoration des ob}ets sensibles, le culte s'étaît-il adressé à l'intelligence suprême qui les animait. Cela avait eu lieu sans doute dans l'origine; mai^ peut^tre cette croyance plus pure
* '^▲ciTE, de morib. G$rm,^ c. 9.
s^était-elle conservée quelque lemps, même après les migrations. C'est ce que nous venons de v<Mr pour les peuples dont nous nous sommes occupés ju&quici*
Il y a entre les Espagnols, les Gaulois, tes Bretons, les Germains, les Scandinaves, les Thraces, une partie des peuples de l'Italie , de la Sarmatie , de la Rnsaie et de la Scythie, avant qu'ils se mêlassent auiL iRomains et aux Grées, une si grande conformité dans la langue, les mœurs, les usages, la religion, qu'(m ne saurait douter qu'ils n'aient fait long*-temps un seul et même peuple. Les auteurs grecs et latins leur ont donné communément le nom de Celtes, '
C'est celui que nous avons affecté particulière^ ment à la première migration, sans vouloir par là faire des Celtes un peuple isolé , mais la représen* tation collective de la première série des peuplades émigrantes* Nous nous répétons à dessein , pour qu'on ne se méprenne pas sur notre pensée.
La méqie altération qui se fit sentir dans les pays méridionaux se manifeste aussi, quoique plus tardive, parmi les peuples du Nord. L'arri-
^ MÀiLKT, Mrod. à VHist, de Damnuxrck^ p. 46, à la note 4.
vée d'Odin signala cette altération ; et le nouveau culte est consigné dans TEdda des Islandais et quelques anciennes poésies»
Gomme chez les peuples méridionaux, au culte des astres succéda celui des divinités mortelles : les innovations d'Odin substituèrent à la simplicité des croyances des Scythes un polythâsme mythologique. Ils associèrent au dieu suprême, ou pbitôt ils substituèrent à la notion trop métaphysique encore du panthéisme , le culte des divinités subalternes. Les passions des hommes s'augmentent avec leurs besoins : pour arriver à des intermédiaires plus rapprochés d'eux ^ ils eu* rent recours à toutes les divinités qu'enfantaient la superstition et la crainte ;; le principal dieu fut chez chaque peuple le dieu qui présidait aux actes les plus importants de la vie sociale. Chez les Scandinaves, ce fut le dieu de la guerre. Leur ciel glacé ne leur permettait pas d'assigner le {M?emier rang à des (tivinités plus riantes. Leur poésie fut empreinte de ce caractère belliqueux, tandis que ceUe des Grecs, et la mythologie égyptienne, peuplaient l'Olympe de divinités plus douces, en harmonie avec le ciel de leur beau pays.
Ge dieu terrible porta le nom d'Odin : c'est le
père du carnage , le dépopulateur , l'incendiaire ; celui qui donne la victoire , qui exalte lé courage, et nomme ceux qui doivent être tués.^
U les recevait dans leiYalhalla, où un festin continuel les attendait et faisait les délices des héros»
Le dieu qui présidait à la destruction des hommes en était pourtant le créateur et le père. Mais un trait particulier aux peuples du Nord , et qui prenait sa source dans leur caractère, c'était de donner au dieu suprême Tinspection sur la guerre. Il faut croire que Tarrivée d'^Odin ne fit qu'augmenter cette disposition , ou plutôt qu'il s'empara habilement du goût des peuples qu'il voulait soumettre. 11 est présumable que le dernier législateur qui parut sous le nom d'Odin ne prit ce nom que pour ne pas effaroucher ceux dont il voulait faire la conquête, et être considéré comme la réapparition ou la continuation d'un plus ancien législateur. Nous avons vu également plusieurs Boudda. On confondit l'un avec l'autre, deux êtres de même nom et d'attributs semblables , pour en faire une seule divinité. C'est cette
* Introd. à l'Hist. de Danemarck^ p. 55, in-4".
confusioaqui rend $i obscures le^mytbcdogîeaaiiciennes. Les bomnies divinisés fiifent aa^ioîlés aux divmités primitives» On leur donna les mêmes nomA, et on finit par ne pins voir qn'un senl être où il y en avait eu plusieurs. C'est une distinct tion qu'il &ut toujours faire dans l'étude de l'histoire et de la mythologie anciennes» ^ Cette observation» en effet» n est pas particulière aux peuples du Nord, et nous la retrouvons dans la Grèoe aussi bien que dans l'Indç.
«Il faut distinguer dans l'antiquité, dit l'abbé Ba* ce nier» les dieu^t^ naturels d'ayec les dieux animés ; c ceui( dont le culte est antérieur aux grands per« « sonnages » et ceu;sL-ci , qui ayant été déifiés pour « leurs actions» ont reçu le même culte que les <c dieux dont ils ont pris le nom.' »
Il est parlé quelquefois d'un 04in,^ i^us mom que Tbor» et antérieur à un autre Odin qui vint en Suède dans les premiers temps de l'ère chré-^ tienne» et cette croyance se rapporte à celle do tous les peuples et de toi)s les pays.
*• Voir les Mémoires de Pa))])é Mignot et de l'abbé Foucher; jicad. des Inscrip.^ t. de 25 à 56.
' Mffthologie, t. 5, liv. 7, c. 2.
' WoRHius. Mon. Danica, liv. i, p. 12.
lie Boudda des Indous fut précédé d'un Boudda plus ancien; le Zoroastre des Perses fut furécédé par d'autres Zoroastres. Nous trouyons aussi dans la mythologie grecque plusieurs Jiq[>iters, . plusieurs Hercules. De même que le nom d'Hercide dé^gnait les chefs d'expéditions de l'Asie en Grèce ; de même que le nom de Boudda ^ était cdui d0s sages qui , en différents temps , parurent dans l'Inde, de même aussi le nom d'Odin se domisût aux chefs de colonies scythiques qui s'é» tablissaient dans le Nord. L'analogie sur tant d'autres points autorise cette conjecture.*
C'était une croyance générale dans les an* ciennes mytholo^es que, de l'junion du Dieu suprême et de la Twre étaient nées toutes les créatures. Frigga, la femme d'Qdin, est la m^ des Ases, et la même que la Terre/ fille et femme d'Odin; c'est la même que la déesse Ertha des Germains. Les peuples de l'Asie mi« neure lui donnaient le nom de Rhéa, qui est le même que Fréa, sauf l'aspiration. Le mot de Fréa ou Fmn veut dire femme en tudesque.
' Recherchai asiat. — Chron. des Indous, t. 2, p. 178. ' Màllet, Iritrod. d l'Hist, de Danemarck, 56, in-4». 3 JEdda, îèhXe s.
Frigga ou Fréa, femme daDieu sutHrèmè-^ présidait, comme JunôD^aux mariages; mais les attributs de ce Dieu suprême étant surtout la guarre , Frigga réunit dans sa personne les attributs de Junôn et de Vénus , comme Odin réunit ceux de Jupiter et de Mars. Cette douUe conformité fui aperçue apparemment et consacrée par les peupies du Nord. Nous voyons, en effet, qu'en recevant le calendrier romain, ils donnèrent au vendredi, ou jour de Vénus, le nom de Freydag, ou jour de Fréa.
Le dieu Thor ^ était la troisième divinité principale honorée par les andens Scandinaves. VEdda l'appelle le plus illustre dés fils d'Odin. Cette espèce de trinité, à laquelle ils attachaient sans doute quelque chose de mystérieux, se retrouve dans toutes les religions. Nous l'avons vue chez les Indous,et il est superflu d'insister sur la remarque, en ce qui concerne les trois fils de Saturne.
Nous n'entrerons pas dans le détail des dieux ou intelligences subalternes; notre but est de prendre les faits acceptés , de les mettre en présence, et non d'entrer dans des dii^cussions qui
1 Edda, fable il.
uous entraîneraient trop loin et ne peuvent appartenir qu à des ouvrages mythologiques. Nous remarquerons seulement que ces dieux sont au nombre de douze, et que les déesses sont en nombre^al.
La doctrine du dualisme ou des deux princkpesj dont nous avons signalé l'existence chez les Perses, régnait aussi parmi les Scythes. Locke * était le représentant du mauvais principe; VEdda le représente en lutte OHitinuelle avec Thor. Nous avons donné plus haut des raisons qui condamnaient à ce rôle les dieux vaincus de tous les pays.
On trouve une autre analogie importante dans la fable du géant Ymér. Son sang coule en si grande abondance , qu il cause une inondation générale où périrent tous les géants , à Texception d'un seul. Gelui*ci s'étant sauvé sur une barque échappa avec toute sa famille, tradition lignée, mais pourtant bien reconnaissable du déluge et delà stature des hommes qui peuplaient la terre avant cette grande catastrophe.
Que Ton compare les traits que nous venons de rapporter avec le commencement de la théogonie
^ 16« fable. £dda, de Mâllet.
d'Hésiode, les monuments mytholôgkpies ides grandes nations de TAsie et le livre de la Genève; et, à moins de votjdoîr rester sonmis à l'influence d'une préoccupatbn bien puissante, on sera convaincu que la conformité qui se trouve entre ces faits généraux , les seuls propres à laisser de profondes impressions dans l'esprit des peuples, ne saurait être l'ouvrage d'un simple hasard. C'est précisément dans ces grands faits que se retrouvent les analogies; les dâBférences portent sur les détails, et les mille causes qui ont dû les diversifia n'ont pas besoin d^èlre plus amplement décrites.
Lisons dans YEdda la description du chaos, la naissance du géant Ymer, produit par un souffle vivifiant; observons ce sommeil pendant lequel un iuâle et une femelle sont tirés de ses flancs; arrètons^nous surtout à ee déluge, dont un seul homme échappe avec sa famille par le moyen d'une barque. Tout cela ne peut appartenir qu'à une croyance plus ancienne, plus générale. Les Scythes l'emportant dans leuirs migrations, les peuples de l'occident de l'Asie la conservèk^nt au milieu des mille inventions qui varièrent leurs croyances et leur culte ; le Midi la reproduit dans
ses iraditk>ns et dans ses livres, évidemment tous ont puisé à la même soarce dans cet Orient d'où ils partirent pour chercher de nouvelles demeures^ Les migrations septentrionales alt^èrent plus lentement ces traditions du premier âge; réduites à la nécessité des durs travaux auxquels les condamnait une nature &pre et rebette , elles ne les modifièrent que pour leur donner la couleur terrible et monotone de leur cidi sans chaleur et sans éclat. .
On pourrait attribuer ces ressemblances au désir que les écrivains auraient eu de feire concorder avec les livres saints les traditions de leurs pères. Mais rien ne prouve que ces croyances aient été altérées dans ce but; le poème de la Voiuspa ^ appartient à une époque où toute tradition chrétienne était inconnue dans le nord , et YEdda n'est , à proprement parler, que la para-' phrase de la VùImsj^.
il n'y a donc pas lieu de croire à cette introduc^ tiondes idées chrétiennes; au contraire, tout ce que dit YEdda des génies subalternes est conforme aux traditions de la Perse, et à ce que l'on raconte
*■ VoLUSPA^ Scemondi.
(les dives» des 'péris et des puissances secoD-* daires.
Tous les peuples scythes, celtes, germains, rapportaient avec les mêmes drconstancesles détails de leur origine. Les Germains célébraient dans leurs anciens chants un Dieu (Tuiston), né de la terre. Ce Dieu Tuistoh avait un fils nommé JlfatiiiM, dont les trois enfants étaient les auteurs des principales naticms germaniques. Les Scythes disaient que Targitaus avait eu trois fils. ' L'Écriture dit de même que Gomer, qu'elle donne comme ancêtre des Scythes , des Celtes et des na^ tions septentrionales, avait eu trois fils; les Grecs disent la même chose de Saturne.
Asgard, ou la cour des dieux, n'est autre chose que rOlympe des Grecs. C'est là qu'ils furent menacés par les Géants, comme les dieux de la Grèce le furent par les Titans. Ils b&tissent une grande enceinte nommée Midgard. Il n'y a pas lieu de douter ici que ces combats des dieux contre les Géants ou Titans, ne prennent leur source dans une tradition orientale commune. Ainsi, aux ressemblances générales puisées dans les £aiits cos-«
* Hérodote, lîv. iv, p. 283. Édit. Wesseling.
mc^oniques ou théogoniques, vient s'ajduter une analogie plus spéciale , fondée sur les détails particuliers de l'existence et des lattes des dieux, listes dans lesquelles les deux partis sont dans les mêmes conditions chez Fun et l'autre peuple , et qui se terminent de la m^e manière, par le triomphe des dieux sur des ennemis égal^nent présentés comme des géants ou des fils de la terre. Les peuples du nord conseryèrcnt cette tradition plus simple, tandis que l'imagination des Grecs la varia et l'embellit ; eHe n'en est pas moins re* connaissabie.
Un usage des Gimbres et des Celtibères ne vient pas moins à l'appui de notre opinion.
Lés Gimbres et les Geltibèrés * sautaient de joie en marchant au combat. G'était pour eux l'espoir d*une mort glorieuse, et ils se préparaient à sortir de cette vie comme pour une fêter ils se lamentaient au contraire, dans les maladies, ffurce qu'ils devaient périr miséraUement, et dans leurs idées, d'une manière honteuse. Nous retrouvons bien là le dogme de VEdda^ et par conséquent ce dogme était celui de tous les Gel-
* Val. iMAXiMi:. Liv. 2., cap. 6.
tes» dcmt le Yalhalla devait étro la récompense.
Qui ne serait frappé en même tçmps de Fuss^ des LaoédemonienSf iaut4i*'iait analc^e à celai* GÎ ? Qoi n'a présenta à la mémoire les trois cents Spartiates de Léonidas se oonromiant de fleurs avant de marcher à kur dernier combat ? usage partîcolier aux gim*riers de Sparte; et c*^t sar le sol de là Laconie que les Pélasges oeltefi avaient ûxé leur séjour; c'est là que lea Arcadîens nous retracent les traditions celtiques. Léonidas mourant aux Thermopyles était loin de se douter qu'il rendrait témoigs^g^ P^^ 1^ poésie de son sa** orifice à la fraternité qui l'onissait à des harlKires dont il ignorait le nom.
Dans la vingt>*hùiiiètne fable de YEddm on lit ce passage:* « Hàder ayant doiic pris le gui/ et € Locke lui dirigeant la main » il le lança à Qal<c der^etc. »
Ainsi le gui , que noui^ voyons dans les Gaules peuplées de Gdtes, être un objet sacré, paraltl'^re aussi dans la mythologie Scandinave ou germant^ que. Les Scandinaves, comme les Gaulois et les Bretons, ont attribué au gui quelque vertu divme.
* Edda^ p. 99, in-4o
Les peuples du Holsteio Tappelleut encore aujourd'hui Rameau des Spectres. Iëxï quelques endroits de la haute Allemagne , le peuple a conservé le même usage *t[ui se pratique en plusieurs provinces de France : les jeunes gens vont , au commencement de l'année , frapper les portes et les fenêtres , on criant : gutkgl, qui signifie le gui.
Les anciens Italiens avaient les mêmes idées. Apulée * a conservé quelques vers de l'ancien poète Lelius> où le gui semble indiqué comme une des choses qui peuvent rendre un homme magicien.
c Enfin il est très vraisemblahle , dit l'abbé tf Banier, que les Celtes du Nord, pères de nos <i Gaulois, avaient emprunté leur doctrine des <( Perses ou de leurs voisins, et que c'était sur le <( modèle des Mages que les Druides s'étaient € formés.»
Parmi les peuples dégénérés de l'extrémité du Nord, ce culte des Druides et le respect pour les
^ l^fiSLER. j4nt. sept, et celt,, p. 50i et shIv
* Apulée. Apolo^, prior.
^ Mythologie exp., i. 2, in-4«, p. 628*
forêts sombres et silencieuses existaient comme dans la Gaule et la Germanie. Les Biarmiens * n adoraient pas partout le dieu Jumala, mais en de certains lieux seulement,' et peut-être qu'il n'y en avait qu'un seul au milieu des plus épaisses forêts. Le dieu Jfumala était en une espèce de temple, dans une forêt, où il y avait une haie fort haute, fermée d'une porte , pour eqi défendre l'entrée à ceux à qui il n'était pas permis d'approcher du
dieu.
Toutes ces conformités, nous pourrions les confirmer par bien d'autres exemples, et en prenant pièce à pièce tout l'édifice mythologique des peuples ; nous nous bornons à enregistrer celles-ci, à titre de preuves d'une opinion que nous considérons comme vraie. Plusieurs écrivains se sont consacrés à discuter les témoignages; nous n'acceptons que les résultats. Notre tâche est de les rapprocher, en ayant soin de n'adopter que ceux qui nous ont été donnés par les plus habiles critiques. Us nous conduisent tous à cette conséquence, l'unité primitive de la race caucasienne. En remontant toute cette chaîne mythologique
^ ScHEFFER, p. 57. Hist. Ûc Lapouie.
OU religieuse, comme on voudra l'appeler, nous arrivons, aussi bien que par la tradition historique, à cette terre de Perse, à cette Perse orientale, centre des populations. On a donné, au nord de l'Europe^ au pays d'où s'échappaient les barbares pour envahir en masses énormes les peuples civilisés, le titre âiOJficina geniium. C'est à la Perse que cette désignation peut être donnée dans son sens absolu; car, par rapport aux flots de barbares qui inondèrent lempire romain , ce tt était qu'une vérité relative.
U nous reste à jeter, sur l'ensemble de ces traditions religieuses, lin coup d'oeil qui les embrasse, les réunisse et montre, d'une manière irrécusable, que de quelque côté que nous cher* chions à remonter à la source primitive, et à quelque peuple que nous nous adressions, nous toucherons au même but. -
Gela résultera d'une étude que nous n'avons pas faite encore et qui manque à cette revue des différents peuples comparaissant avec leurs usages, leurs dieux, leurs pratiques superstitieuses, dans lesquels nous avons cherdié à surprendre et à réunir les vestiges de leur fraternité. Nous avons vu que les migrations du Nord remontaient à l'O-
rient, que les uiîgrations de TÂsie occidentale ne pouvaient pas être rapportées à une autre origine, nous allcms examiner maintenant ce qu'il £aut penser des opinions dès Asiatiques méridionaHX^ ou Indoos, que nous n^avons étudiés qu'hi^curiquement et sous le point de vue diro* n<Jogiqtte. Noufi ch^erdierons à reconnaître comment la religion des Bràméii peut s'unir à celle des Druides, des Mages et des prêtres dlsis, de Jupiter ou de Moloch ; à quel degré de similitude elles sont entre elles, et si Ton doit les attribuer à plusieurs sources ou à une seule.
Lorsque les différents systèmes de polythéisme présentent des traits de ressemblance trop marqués pour être Teffbt du hasard, nous ne pouvons guk*e nous empêcher de croire qu*î! a existé, de temps immémorial , quelque liaison entre les dit férents peuples qui les ont adoptés.
Je me proposée d'indiquer dans cet essai, dit WilL Jones, * une ressemblance de ce genre entre le culte populaire des anciens haUtants de la Grèce e^ de ritalie, et cdui des Indous. D'un autre côté, il existe beaucoup d'analogie entre leurs
4 WiLL. JoNEA, liech, asiot.^ t. 1, p. 162.
■ f ■* <r l.'-rfi**^- i '',•*•> • -A
étrangeB religions ^ celles de l'Egypte, dé U Chine , de la Perse , de la Phryigie , de la Pbéni* cie et de la Syrie ^ de quelques royaumes méridionaux, et môine des ik&de rAmérique; tattdis que le système gothique» nou-sailemeBft pvattde l'analogie ai^ ceux de la Gràqe et de ritalie, mais était presque le môme sous un wtre cestnrae; Uhypol4^se que Wiili Jelies pose eu ces termes est ideptiquement- la nôtre,. déjà même c'est plus qu'une simple hypothèse pour nous, car les recherches précédentes peiiireiltafroir jusqu'à mi cerCaiâ de^é déterminé notre consnction, que les recherches actuelles^nt- pour but de conirmer.
Si ces analogies de croyances sont telles qu'il
ne soit pas possible de se soustraire à TéTidence des rapprochements; si • les traditions du déluge indien , chaldéen , hébreu , ^ablissent entre ces peufJeadesi^ppwts que leur ehronc^ogie înter* prêtée, leurs langagescompaniis fortifient; si lices dctinées nous ajoutons cdles qui résultent d'un paraflèle suivi entre ies dieux d^s Grecs, de» Ro" mains , des Indiens, quelque soit d'ailleurs le peu^* pie auquel on voudra accorder la priorité , il faudra bien convenir qu'il a existé des relations en-
ire les anciens peuples de TÊgypte^ de Tltelfe, de la Grèce et de. Ffaide.
Le polythéîeme ne prend pa^sa source seale^ menl dans des croyances dérivées de traditîon& tibtôriques, il s'est mirîchi, 6a plutôt dbai^é de divinités créées par l'ignorance, la ftitterie, la stupidité ou l'imaginatioB.^ L'admûration descorpscélestes, les sysiÀmes desasirûnooies,lapersonnificatiott des notions les plus: abstraites , les all^ries des moralistes, ont été les sources où se sont agrandies les mythologies diverses. U serait donc iQ$enaé de chercher des coneorcbneesparfuÉes^ maiâ il y a de^ probabilités fort grandes à établir, d'après des analogies trop frappantes, pour êsrn: te aimple elïst du hasard.
Prenons d abord pour bs^ un exposé du système religieux des ladous. IHous i^ pouvons mîeuK faire que de reumuruntër aux savantes nettes de LanglàssUF WilL Jones, après avdir, (oij^-* lot$,pris scHn de comparer fiw récit avec celui d^s voyageurs, les Mémoires delà si^ciété asiatique^ et.C€! que. nous possédas des; livres sacrés d^a Indous.
^ WhiL. Joifiss, A4ch. a$Uxt.^ \h ifi5.
Le système religieux des Indoitô est aussi sim^ pie que pur ; ^ il se résume , quant à la croy^ce principale, dans cette profession de foi, tirée lit* téralement des Yédas.
// existe un Dieu vivant et vrai , éternel , incorporel, impalpable, impassible^ tout-puissaiU, tout savant, infiniment bon, qui fait et conserve toutes choses. .
€ Cette première cause, <m* ce qui est , produi- « sit le mâle divin, sous la dénomination de ^ Brahma , crésiteur , Vichnou^ conservateur, et « Sivâ , destructeur , ou plutôt changeur de for- € mes.* »
Ce preinier aperçu vient à l'appui de l'opinion que nous avons émise précédemment, qu'anté^ rieurement au culte des choses visibles, il a existé une croyance plus pure , qui se sera conservée parmi les sages, et que le peuple plus grossier oublia, pour n'écouter que le témoignage de ses sens, dans ses rapports avec le monde sensible.
Toutes les formes, selon les Indous, changeront psir des puriûqations progressives, jusqu'à
* Lanolbs, Trad. éks Bech, asiat., p. 214, t. 1, notes. ^ Inst. de Menouy ch9i\}, !•% v. 11.
ee qu'elles soient réabsorbées dans f essence éterneUe qni doit les reproduire par une série de créations ou de formations. Le système du monde émané de la divinité est donc la croyance des Indous , comme il est celle des philosophes de rantîquité. La préexistence est un de leurs arti-
des de foi , et la créati<Mi consiste , non à tirer quelque chose de rien , mais à produire sous de nouvelles formes. (Test le chaos des Grecs et la croyance des peuples scythiques que nous venons de passer en revue. Cette essence n'a pas detempie particulier, non plus que Brama ou le pouvoir formateur.
Le culte extérieur des Indous a pour objet Vichnou et Sîvâ. Yichnou est adoré sous les différents noms qu'il porta dans ses incarnations ou descentes (avatars) ; elles i^ont au nombre de neuf, la dixième est attendue, et Ton croit qu'il paraîtra alors sous la forme d'un cheval. Sivâ compté un bien plus grand nombre de manifestations. L^em** Uéme sous lequel il'est adoré est le lingam^ ou la représentation des organes réunis de la génération dans les deux sexes.
Nous voyons id , comme dans la mythologie -Scandinave et grecque, une triple divinité. Cha-
cun des membre^ de cette trinité a une épouse qui joiût des honaeurs dimiis et qui a des attrî-* butsaûalbgiies, maissobôrdonnés à ceux db diai aaquel elle est unie. ^
Gomme dans toutes les théogonies, aunies* sous de ces dieux; et dans la région inférieure du ciel I résidèiii les deuâias , espèces de ]^ies on d'anges que Ton invoque; ce sont les gm des Ardk», les péris des Persans, tes fées du Nord, les anges des litres sacrés: Les Indous ont aussi beaucoup de foi dans f influence des aâftres ëiir les événements humains. Le sabéisme fut leur culte, comme if fat celui de tous les
anciens peuples, et William Jones pense que cette triple divinité des Indous doit son origine au soleil personnifié, qu'ils nomment encore aujourd-kut Triiétn,^ ^ trois corps,* emblème dé la triple puissance qu'a ce Dicfu de produire par la dmléur, de conserver par la lumière , de décompoiaer par la force de sa nature ignée.
Ainsi, ridée pantbéistique de Tinfluence des corps visibles vient imtaiédiàtement après celle
* Langlès, Bech. e^iat., p. 21», t. 1
« /Wd., 206.
■il A'
de rintelligence suprême dont tout émane, et nous retrouvons là tous les caractères des autres croyances qui se produisent dans le même ordre et se personnifient de la même manière. Les astres d*abord, les dieux animés ensuite. De là viennent la mythologie égyptienne et grecque, le sabéisme en Arabie, les «mJUèmes persans de Mithra (ou soleil), et par Textension du culte des éléments , les chronologies monstrueuses pour remplir les intervalles des temps nécessaires au développement des forces naturelles.
Les observations générales qui se rattachent au culte de Tlnde sont donc les mêmes que celles que nous avons faites à l'égard des autres peu* pies. De ces remarques générales > nous descendons aux divinités particulières, en suivant Twdre adopté par William Jones, ^ous préfixons les opinions des hommes que Topinion publique a signalées à toutes nos idées particulières, que nous intercalons seulement, quand nous le croyons nécessaire ^ pour modifier ou expliquer. Nous n'avons, p^s plus que WilUam Jones, * d*idées systématiques à faire prévaloir; c'est seu'
* Lauglès, Bech.asiat.fir. 166, 1. 1
leqdent pai* le rapprochement des idées reçues, et qoi s^partîemiént à la science, que nous cher* chons à arriver à une opinion synthétique sur l'histoire de rhumaiiité.
Ganesa, divinité indienne, est le dieu de la sagesse et de la prudence; il est représenté avec une tète d'éléphant. L'éléphant, chez les Indous, est le symbole d'un discernement profond. On attribuait le même caractère à Janus chez les Latins, et on le représente avec deux visages, emblème de circonspection. Janus et Ganesa sont considérés comme dieux de la sagesse. Get attribut général serait insuffisant pour constituer une identité, si nous ne trouvions pas dans des circonstances particulières des similitudes plus immédiates et plus complètes.
Janus présidait aux portes et aux chemins ; on l'invoquait avant d^entreprendre aucune affaire importante; il présidait aux jours, et l'année était sous son influence. Son temple renfermait douze autels , dont chacun représentait un mois ; il donnait ainsi accès aux douze mois ou aux douze grands dieux auxquels on arrivait par lui. Il présidait au commencement de la vie, et réunissait dans ses attributions tout ce qui ap-
par tenait au début, soit de l'existence, s<^ (}es actes de la vie eUe^mème. Sou nom est un dérivé du Phmes * des Grecs. Parmi les premières divinités', Phanes était celle qui exprimait le débrouillement du chaos, le commencement du monde. Les noms de PhaM$ et Gom^a ont une assez grande ressemblance. Si l'on veut faire attention que le g est souvent chsmgé en i&^ et que cette double lettre n'est qu'un pA adouci, Fanaiogie du nom de Janus avec les deux autres n a pas besoin d'être signalée^
. Les attributs que nous venons de reconnaître à Janus sont précisément ceux de la divinité indienne. Les pieux Indous commencent toutes les affaires importantes par une invocation à Ganesa. Son image est placée dans les temples; la piété la reproduit dans les rues, dans les chemins. ^ Son nom est inscrit sur les portes, comme son image est placée sur l'entrée des temples, homnft^e pieux et religieux, enseignement pour rappder
que rbonneur rendu aux dieux ne doit pas se ren-
fermer dans leur sanctuaire, et qu'on les retrouve
^ BouLÀNeER, Antiq. dév,y liv. 9, chap. i»^ * SoNKERAT, floy. aux Indes, t. i, Kr. 2.
ejicore au foyer dcnnestique. Lés figuvès de Ga^ nesa sont représentées tenant à la main deax clés , orconstance qui coiucide avec les dés de Janus. On ne Irouye donc pas à établir d^ dtstmo tion enU^ ces divinités , et, bien bin de cherdier pénîbletnent des rapprochements quelquefois forcçs entre elles, l'embarras semblerait ici consister plutôt dans la recherche des dissemblances que dans celle des similitudes.
JBocfaart * pense que Thistoire de Saturne a été composée sur celle de Nôé. Si cette opinion, cour tre laqudle on peut élever des objections très solides, est vraie, il deviendra probable que Saturne est le Menou des Ihdous : en eCE^ la vie de Menou est celle de Noé. Le rapport entre Menou et Noé est plus sensiMe qu'entre Saturne et Me* nou. Quoique William Jones adopte ce dernier rapprochement, ou plutôt cette identité, nous avouons que nous ne voyons pas dans sa discus*sion assez de preuves , pour en adopter le résultat comme une de ces vérités susceptibles d une démonstration exacte, et autrement que comme un de ces rapports généraux qui frappent par leur
* Geographia sacra, p. 4.
siiïgularilé, et ne sont pas propres à convaincBe par leur évidence^
De cette discussion, cependant , nous pouvons recueillir des aperçus intéressants. Le déluge de Noéfut le commencement d'une nouvelle ère, et Ton peut dire qu'il a produit une nouvelle suite d'âges ; par conséquent, s'il existe un roi indien dont l'histoire établisse des circonstances pareilles, nous pouvons admettre l-identité de tradition, et ^1 déduire celle des personnages. Ce roi est Menou ou Satyavrata, dont le nom patronimique est Yaivasaouata ou fils du soleil. Vaivasaouata fut sauvé d un déluge universel. ^ Les Indous ctoiesat qu'il a régné sur le monde entier dans les premiers âges d^ leur chronologie.
Cette histoire d'un déluge universel tend à fixer à l'époque où il a eu lieu le commencement de la chronologie authentique des Indous. Cest leur premier âge, sur lequel il reste quelques lumières fort incomplètes. U se divise en quatre avatars qui se rapportent à la tradition du déluge*
C'est sur l'époque de ce fait même du déluge que s'appuie le parallèle établi entre Mmdu el
^ \oivV appendice.
Noè, et c^est snr la ressemblanœ des quatre âges avec ceux des Grecs et des Romains que se foade ro{Mmon qui fait de Saturne, dont le règne signala lepoque de l'âge dW, le même que Noé et que Menou«
« Ces<[uatre âges, dit William Jones^ ^ ont une (c affinité si remarquable ayee les âges des Grecs « et des Romains, qu'on peut naturellement assi-
< gner la même origine aux deux systèmes. Dans « Tun et dsms loutre, le premier âge est dépeint
€ comme abondant en or, le second est caractér
c risé par l'argent, le troisième parle cuivre ; l'âge
< actuel, ou l'âge de terre, semble caractérisé plus c convenablement que par le fer, comme il l'était € dans l'Europe ancienne. Nous pouvons remar- « quer ici que la véritable histoire du monde pac raît susceptible d'être divisée ^n quatre âges ou
< périodes que l'on peut nommer : V L'âge dilu-
< vienpu très pur, savoir : Les temps antérieurs « au déluge, et ceux, qui lui succédèrent jusqu'à c la folle introduction de l'idolâtrie à Babel ; € 2^ l'âge patriarchal ou pur, dans lequel il y eut c sans doute de puissants chasseurs d'hommes ei
* Bech. ancU., t. 1, p. 176.
€ d'animauxt depuÎB lorigine des patriardies dans € la famille de Sem jtnsqu'à rétahtissemeiit simol* c tané de plosieurs grands empires par les desc cendants de son frère Gham ; 3^ Tàge mosaïque <c ou moins pur, depuis la mission de Moise el « pendant que les préceptes fiarent observés et € exempts d'altération; 4? Tâge prophétique ou c impur, qui aoommencé aux sév^^es avertissec ments donnés parles prophètes avxrobaposfats c et aux nations dégénérées. G^ ige subsiste c encore. »
Nous ferons observer qu'en donnaittce passage, nous n'en signalons que les divisions, sauf restriction, et non ces fondations d'empire par Gham ou par Sem, considérés comme personnages his* toriques. Ges divisions elles-mêmes représentent nécessairement des espaces de temps indéterminés, tandis que les âges ou yougs des Indous ont une durée fixe et sont gradués entre eux, ce qui
nous indique assez qu'ils ont été composés après coup, et pour régulariser une tradition incertaine. Il reste donc de tout cela que Saturne a vécu dans lage d'or, et que les Grecs reconnaissent quatre âges ; que les Indous reconnaissent aussi quatre âges, comme les Grecs et les Romains, et
les désignent par \^ mêmes noms ; donc la tra^ ditioù peut être considérée comme la même, sans qu*il soit nécessaire d'établir nne concordance plus directe ^Atre les personnages. Il résulte encore de ceci que le septième Menou, cpii suivit le d^uge, peut ^re mijs en rapport avec Noé ; car les circonstances de la catastrophe à laquelle ils échappèrent sont les mêmes , et les temps chronologtqcies peuvent être rapprochés conratia les noms des personnages eux-mêmes.
Cérès, sœup de Jupiter chez les Grecs, et fille de Saturne, était la déesse de labon^ance, et présidait à 1> agvicult^f e ; )es Indous cmt une déesse Lakchmi, dont les a^i^buls sont les mêmes. Jusqu'ici il n^y a pas lieu de s'étonuB* que deux peu** pies agriculteurs aient créé ime divinité de l'agriculture; mais chez tous les deux c'est une déesse, et WiUiatp Jones assure avoir vu lès images de Lakchmi S qui ressemblent beaucoup aux anaemies figures de Gérés honorées dans la Grèce et à Rome; çlle reçoit un culte universel dans l'Inde , et le^ partisans de Vichnou la nomment la Grande Mère^ un des noms que les an-*
* Rech, asiat.y t i, p. 180.
ci^ns donnaient à Cérès; enfin, un des noms de Lakchmi est Sri, qui se rapproche de Cérès assez pour que quelques écrivains y trouvent identité» *
Les deux déesses, dit Alexandre Hamilton, ont les mêmes fonctions et {U'esque les mêmes noms; en outre, celui de Gamala (nom de Lakchmi) n'était pas inconnu à l'antiquité ; on adorait Gérés sous le nom de Gamala, et avec beaucoup de pompe dans la Gappadoce et en Arménie, suivant Strabon , qui fournit d'amples détails sur ce culte.
n faudrait copier tout 1^ Mémoire de William Jones, et y ajouter, comme nous le faisons, des observations nombreuses pour justifier ou expliquer toutes les similitudes qu'il établit entre les divinités des différents pays de l'Inde, de la Grèce et de l'Italie; nous nous contenterons de l'analyse la plus sommaire.
Jupiiei* est le premier qui se présente naturellement; il est le même que Indra. U y avait plusieurs Jupiters, dont l'un étaitle firmament personnifié; le Jupiter qui est en rapport avec Indra est le Diespiter ou Divespetir (Seigneur du qiel). Plusieurs des épithètesdonnéesau dieu de l'Inde sont
^ Langlès, Mech, a«ta/., t. 1, p. 244, notes.'
Jes mêmes que celles de Jupiter ; son arme est la foudre, son Olympe est Mérou ou le pôle septentrional , représenté comme une montagjie d'ÔF. Malgré sa puissance, il est regardé comme très inférieur aux trois personnes de la trihilé indienne. Brama, Vichnou et Sivà, qui sont troisformes d'une seule et mémie divinité. ^
Jupiteir, comparé à Indra, n est pas le seul Jupiter que l'antiquité grecque nous présente. Sous ce nom, ils ont compris beaucoup, d'attributs et en ont fait une espèce denom ou de désignation collective, dont nons retrouvons les analogues dans la trinité indienne.
Considéré comme le grand auteur de la vie, et le père des dieux et des hommes, il répond à Brama. Gicéron ^ nous apprend que Jupiter vient àejuvans pater: il était le protecteur et le conserw valeur universel.
Considéré comme l'âme du monde, * il peut être comparé à Yichnou, que les Indous supposent exister continuellement partout, non substantieir. lement, mais en esprit et en énergie.
^ LanglIs, Jîech. (mo^., t. l,p. 181.
* D$ Naturd Deorum^ lib. 2, cap. 25.
' LucAiN, Phars.y liv. ix. v. 580.
En sa qualité de vengeur et de destructeur, c'est à Sivâ qu'il peut être comparé* Jupiter vainquit les Géants, et un ai^e lui apporta les édairs et la foudre. Sivà livra un combat semblable aux enfants de Diti ou Dis, qui se révoltaient contre le ciel. On croit que Erâma donna des flèches en* flammées au dieu de la destruction.
y ichnou est représenté monté sur Toisettu Garoàda, espèce d'aigle, et accomplie par lui et par un petit page ; il y a bien de la ressemblance entre ce cortège etceluidu Jupitei' des Grecs, phcé entre son adgle et scm Ganimède.
Sivâ passe encore pour avoir trms yeux» d'où M est nommé trilatclmm. Patosamas nous dit que Triophtalmos ^ est une épithète de ^«c, et qu'on a trouvé utte de ses statues dès Tépoque de la prise de Troie avec un troisième oeil au front, comme nous le voyons représenté par les Indous.
Neptune reteemUe à Mahadeva» qui n'est luimême que Sivâ ; sa feimne est Bhavânt, qui a les attributs de la Vénus marine produite de Técuine de la mer; la Rhembbâ de la suite d'Indra, qui semble répondre à la Vénus populaii^e, fut pro-
1 Pàusànias, Corint.^ cap. S4.
duite, selon les mythologues indiens, de 1 écume de rOcean agité.
Bhavâni porte différents noms. Sous celui de Parvati , elle possède plusieurs des attributs de . Junon; mais une chose singulière, et qui serait une particularité bien curieuse si nous n'y trouvions pas matière à recueillir des rentseignementa d*un autre ordre, se rattache à son fils Cartigueyfi, le chefdes armées célestes. 11 est monté sur un paon; la robe de la déesse elle-^mème, dans quel^ ques dessins, se trouve parsemée d'yeux. Un des noms de Gartigueya est Skanda; c'est le Skander de Perse, que l'on confond ridiculement avec Alexandre de Macédoine, distinction incontestable, dit Langlès, et qui lui paraît démontrée jusqu'à l'évidence par Al-Maqryzy dans un chapitre de sa description de l'Egypte, intitulé ; De la différence qui se trouve entre les deux Alezan-^ dtes. *
Dourga représente, comme Pallas, la valeur unie à la sagesse. La Minerve non année est Saresouati , épouse de Brama. La Minerve dlta*
* Foir l'extrait de ce chapitre aux notes de NoiuwN,t 5, p. 1S6.
lie inventa la flûte , et Saresouati préside à la musique. Toutes ces concordances entre Fltalie, ta Grèce et Flnde ont ainsi un tel caractère d'universalité , qu il est difficile de se prêter à des combinaisons enfantées par un pur hasard.
Je ne doute nullement, dit William Jones» que risouara et Flsi des Indousne soient TOsiriset llsis des Égyptiens. Ils désignent les facultés de la nature considérées comme mâle et femelle.' Isa se manifeste sous les huit formes de Teau^ du feu, du sacrifice, des deux luminaires du ciel, de l'éther, de la terre et de Tair. c Le taureau dlsouara « parait être Apis ; et si la vénération qu'on a dans
< le Tibet et dans Tlnde pour la vache, ainsi que c la reproduction du lama, n ont pas quelque af-
< finité avec la religion de TËgypte et l'idolâtrie « d'Israël , il faut au moins convenir que les cir- « constances ont merveilleusement coïncidé. >
Sans entrer dans une discussion qui nous mènerait trop loin au sujet de Bacchus, nous rapporterons les conclusions de Langlès* au sujet de ses rapports avec les divinités indiennes.
* Prologue de Sacontala.
3 Âech. ami. y note, t. i. p. 2jil.
Il distingue deux Bacchus , le vieux et le jeune. Le vieux est Sivâ^ le jeune est Rama , sixième incarnation de Yichnou. Rama est le même que rOsiris des Égyptiens, emblème du soleil. Ja* blonski admet Bacchus comme emblème du soleil/
Le Dyonisius de& Grecs et le Bacchus des Latins tirent leur origine de la mythologie indienne. Le grand Bacchus est le même que Sivâ , nommé aussi Baguis ( probablement ce mot est l'origine du nom de Bacchus) ^ qui fait sa demeure sur le mont Mérou (Mupoç, cuisse); au pied est Nicha, ou Nysa, suivant les Grecs. La conformité de Rama et du jeune Bacchus pourrait souf&ir quelques difficultés.
Grichna, un des grands dieux de l'Inde, était fils de Devaki et de Yasoudeva. On cacha sa naissance par crainte du tyran Kansa, à qui il avait été prédit qu'un enfant né à cette époque lui donnerait la mort. Il fut élevé par un berger, et il passait son temps entouré de neuf jeunes filles, au milieu desquelles il jouait de la flûte, et dansait. G'est l'ÂpoUoa des Grecs. Il est particulièrement adoré par les femmes. Entre toutes les incarna-
* Panthéon^>i. 1, p. 295.
tioDS de Yichnou , il est la plus exaltée et la plus pure; car il n'est pas seulement, comme dans les . autres avatars, une portion ou une simple repré* sentation de la divinité , mais le Dieu luinoiême, lai personne entière.
Grichna est donc Apollon entouré des Muses et vainqueur du serpent Python; car lui aussi tua un serpent terrible « appelé Kalya. Volney établit une autre comparaison sur laquelle nous n'avons point à nojus expliquer; mais nous devons convenir, en effet, de ressemblances au moins singulières entre Grichna et JésusChrist^ On a
voulu &ire de tout cda des armes contre le chris*
tianisme; nous pensons, pour notre compte part»*
culier, que la véritable question du diristianistne
est tout*à«fait en dehors de ces s<»tes de débats, et
ne consiste nullement dans des formes que noua
abandonnons vdontiefs aux personnes que cda
peut amuser.
L'idée du bonheur futur est fort métaphysique
chez les Indous. Ils pensent que rindividQ,lemoi»
sera absorbé dans la divine essence , et que ce moi
ne sera pas détruit; ils ont au moins, sur beaucoup
d'autres, l'avantage de n'avoir pas composé, à leur
fantaisie, un lieu de délices purement maté-
rielles qu'ont inventé ou admis tous les pouples.
Sans insister davantage sur ces ressemblances , elles attestent suffisamment la communauté d^origine, et l'on peut croire c que les Égyptiens, les c Indous, les Grecs et les Italiens, sortirent origi- € nairement d^un même lieu central , et que le c peuple dont ils faisaient partie porta sa religion « et ses sciences à la Chine et au Japon; ne pour* c rait-on pas ajouter, au Mexique même et au € Péit>u.*»
C'est ce qu'il est bien difficile d'établir pour ces deux derniers pays; car on ne devine pas comment la communication pourrait avoir eu lieu. Ce qui nous importe directement jusqu'ici, c'est d'établir ces rapports entre les peuples qui appar* tiennent à l'anci^ne chaîne historique que nous essayons de reconstruire.
Nous l'avons tenté. Nous avons retrouvé dans rinde les attributs et jusqu'aux noms des divini^ tés de l'Occident et du Nord. En général, ces noms, sans doute, ont subides altérations; mais si nous avons vu l'aigle, le trident, le paon de Junon , lès neuf bergères de Crtchna et le chœur
^ WîtiiAM Jones, Hech. asiaU.y 1. 1 , p. 206.
des Muses d'Apollon , nous pouvons croire que les peuples où toutes ces similitudes se rencontrent n ont pas été inspirés à la fois et de la même manière sur des choses de pure forme, et qai pouvaient être fort différentes, sans affecter en rien le fond des doctrines. Nous avons vu également la doctrine et la mythologie scythiques se retrouver dans les régions orientales; on ne saurait douter que Odin , dont la religion , suivant les historiens du Nord, fut introduite dans la Scandinavie par une race étrangèrie, n'ait été le même que Boudda, ou l'un de ces réformateurs ou sages auxquels les Indous donnaient le nom de Boudda, et qui surent , soit à la Chine, soit dans le Nord, approprier leur enseignement à la nature du pays
Qt au caractère des habitants. Ainsi , tout indique que ces peuples ont été, dans les temps les plus reculés, soumis à une même doctrine religieuse, que les divergences d'une position nouvelle ont du faire varier dans les différents pays où . ils fixèrent leur demeure. Les législateurs ont emprunté leur nom à leur mission même; et le nom de Boudda , que nous voyons appartenir à plus d'un réformateur, a pu , avec le changement que la dispersion des peuples a amené , devenir le nom de
plusieurs Odins qui , sans être constamment les mêmes personnages , ont été revêtus de missions pareilles. La religion a été modifiée comme les noms mêmes des législateurs; riante et poétique sous le beau ciel de la Grèce, métaphysique sur les bords du Gange , sombre et terrible parmi les glaces du Nord; mais partout appuyée sur les mêmes bases, et reconnaissable encore au milieu de ses variétés.
Remontons de ces différents pays vers l'ori* gine de leurs croyances et le point de départ de leurs législateurs; nous les verrons emprunter leurs dogmes au culte des astres et des éléments dont nous avons trouvé l'origine dans la Perse orientale; c'est le Nord pour les Indous, dont la caste sacerdotale déclare venir du Nord; c'est l'Asie orientale pour les fils d'Odin , qui déclarent venir de l'Asie; c'est enfin le point de départ de la cosmogonie égyptienne et phénicienne, d'après tous les documents historiques.