DIVERSES TRADITIONS DU DÉLUGE
10 Des Indous; s^ Des peuples du Nord ; S» Des Chaldéens , dans Berose , dans Abydène; 4o De la Genèse; 5^ De Deucalion; &* Considérations tirées des diverses traditions du déluge , à Tappui de notre opinion sur le premier peuple et le berceau du genre humain.
INfeLVGB ma» IMDOIJfU
Les Indous croient que, sous le règne de Yaivasaouata , toute la terre fut submergée, et tout le genre humain détruit par on déluge, à l'exception de ce prince religieux, des sept Richis et de leurs épouses; car ils supposent que les enfants de Yaivasaouata naquirent après le déluge.
Le démon Hayagriva ayant soustrait les Yédas à la diligence de Brama, tandis qu'il se reposait à la fin du sixième manaouantara, toute la race deshonuoQes devint corrompue, hormis les sept Richis et Satyavrata , qui régnait pour lors à Dravira, région maritime située au sud de Garnâta. Un jour que ce prince s'acquittait de ses ablutions dans la rivière Gritamâla , Yichnou lui apparut sous la forme d'un petit
poisson , et après avoir augmenté en stature dans divers fleuves, il fut placé par Satyavrata dans l'Océan, où il adressa ces paroles à son adorateur surpris :
« Dans sept jours , un déluge détruira toutes les créatu- « resqui m'ont offensé; mais tu seras mis en sûreté dans un « vaisseau merveilleus^nent construit. Prends donc des her- « bes médicinales et des grains de toute espèce , et entre « sans crainte dans l'arche avec les sept personnages re- « commandables par leur sainteté, vos femmes, et des cou- « pies de tous les animaux. Tu verras alors Dieu Êice à face, « et tu obtiendras des réponses à toutes tes questions. ■
U disparut à ces mots, et au bout de sept joui^ l'Océan commc^uça de submerger les côtes, et la terre fut inondée de pluies continuelles. Satyavrata étant à méditer sur la divinité, aperçut un grand navire qui s'avançait sur les eaux. U y entra après s'être exactement conftnrmé aux instructions de Vicbnou qui, sous la forme d'un vaste poisson, permit que le navire fut attaché avec un grand serpent marin, conune avec un câble, à sa corne démesurée. Quand le déluge eut cessé, Vichnou tua le démon, recouvra les Védas, instruisit Satyavrata dans la science divine, et le nomma septième Menou , en lui donnant le nom daVaivasaouata.
( WttL. Jones, Chronologie des Indous, t. 2, p. 171 des Recherches asiatiques* (Traduction.)
Voici le récit détaillé de cet événement, extrait du Bagavadam, par William Jones;
Il forme le sujet du premier pourâna, intitulé : Pourâna du Matsya ou du Poisson.
« Désirant la conservation des troupeaux et des brahmanes, des génies et des hommes vertueux, des Yédas, de la loi et des choses précieuses, le Seigneur de l'univers prend plusieurs formes corporelles; mais quoique, comme Tair, il passe à travers une multitude d'êtres, il demeure toujours lui-même , parce qu'il n'a point de qualité sujette au changement. A la fin du dernier calpa , il y eut une destruction générale occasionée par le sommeil de Brama. Les créatures de différents mondes furent noyées dans un vaste océan. Brama ayant envie de dormir, et souhaitant le repos après une ' longue suite d'âgés , le fort démon Hayagriva s'approcha de lui, et déroba les Védas qui avaient coulé de ses lèvres. Lorsque Héri, le conservateur de l'univers, découvrit cette action du prince de Dânavas, il prit la forme d'un petit poisson appelé Sap'hari. Un saint monarque, nommé Satyavrata, régnait alors; c'était un serviteur de l'esprit qui marchait sur les eaux, et si pieux, que l'eau était sa seule nourriture. Il était fils du soleil; et dans le calpa actuel, il est investi par Narâyan de l'emploi de menou , sous le nom de Srâddhadéya, ou dieu des funérailles. Un jour qu'il faisait une libation dans le fleuve Critamâla, et qu'il tenait de l'eau dans la paume de sa main , il y vit remuer un petit
poisson. Le roi de Dravira jeta sur-le-champ le poisson et l'ean dans le fleuve où il les avait pris. Alors le Sap'hari adressa d'un ton pathétique ces paroles au bienfeisant monarque : « O roi, qui montres de la compassion pour les opprimés, comment peux-tvme laisser dans l'eau de ce fleuve, moi, trop fiaiible pour résister aux monstres qui Thahitentet qui me remplissent d'eiïroi ?» Le prince, ne sachant pas qui avait pris la forme d'un poisson, appliqua son esprit à h conservation du Sap'hari , tant par bonté naturelle que pour le salut de son âme ; et après avoir entendu sa prière, il le plaça obligeamment sous sa protection dans un petit vase pldn d*eau; mais dans l'espace d'une seide nuit il grossit teUemeot que le yase ne pouvait plus le contenir. Il tint ce discours à l'illustre prince : « Je n'aime point ^ vivre misérablement dans ce petit vase; procm^mm une demeure où je pose habiter avec plaisir. » Le roi, l' Acant du vaseï, le plaça dans une dtame ; mais il devint grand de craquante oondëes en moins de cinquante minutes, et dît : « 0 roi, il ne me phit point de demeurer inutilement dan^ cette étroite citerne; puisque tu m'as accordé un asile, donne-moi une habitation spacieuse. » Le roi le changea de place, et le mît dans m étang où, ayant assez d'espace autour de son corps, il devint d'une grosseur prodigieuse. « O monarque, dit-il encore , ce séjour n'est pas coamiode pour moi, qui dois nagi^r au large dans les eaux; travaille à ma, sûreté et transportemoi dans un lac profond. » A ces mots, le pieux monarque jeta le suppliant dans un lac; et lorsque sa grosseur égala l'étendue de cette pièce d'ean , il jeta l'énorme poisson dans la mer« Quand il fut au milieu des vagues, il parla ainsi à
Satyavrata: « Ici les goulus , armés de cornes» et d'autres monstres très forts me dévpreront O vaillant homme, tu ne me laisseras point dans cet Océan. » Trompé ainsi à plusieurs reprises par Ie< poisson qui lui avait adressé des paroles flatteuses, le roi dit : « Qui, es-tu, toi qui m'abuses sous cette forme empruntée? Jamais, avant toi, je. n'ai vu le spectacle, ou je n ai entendu parler d'un aussi prodigieux habitant des eaux, qui, comme toi, ait rempU en un seul jour un lac de cent lieues de circonférence. Sûrement, tu es Bhagavat qui m'apparais, le grand Héri, dont la demeure était sur les vagues, et qui maintenant, p^ commisération pour ses serviteurs , prend la forme des hal)itaiits de l'abime. Salut et louange à toi, ô premier mâle, seigneur de la création, de la cQpservatioB pt de.la, destruction ! Tu es, ô gouverneur suprême ! le plus sublime objet que nous ayons en vue, nous, tes adorateurs, qui te cherchons pieusement;. Toutes tes descentes illusoires dans ce monde donnent l'existence à différents êtres ; mais je suis curieux desavoir pçur quel motif tu as emprunté cette forme. O toi qui as des yeux de lotus,, que je n'approche point en vain des pieds d'un dieu dont la bienfaisance parfaite s'est étendue à tous« quand tu nous as montré, à notre grande surprise, l'apparence d'autres corps, non pas existant en réalité , mais prér sentes sucessivement ! » Le Seigneur de l'univers, aimant l'homme pieux qui l'implorait ainsi, et désirant le préserver de la mer de destruction causée par la perversité du siècle, lui dit en ces termes ce qu'il avait à Caire : « O toi qui domptes les ennemis, dans sept jours , les trois mondes seront plongés dans un Océan de mort; mais, au milieu des
vagues meurtrières^ un grand vaisseau envoyé par moi pour ton usage paraîtra devant toi. Tu prendras alors toutes les plantes médicinales, toute la multitude des graines ; et, accompagné de sept saints» entouré de couples de tous les animaux, tu entreras dans cette arche spacieuse, et tu y demeureras à l'abri du déluge d'un immense océan, sans
autre lumière que la splendeur de tes saints compagnons. Lorsqu'un vent impétueux agitera le vaisseau , tu l'assujétiras à ma corne avec un grand serpent de mer ; car je serai près de toi , tirant le vaisseau, avec toi et tes compagnons; je demeurerai sur l'Océan, 6 chef des hommes! jusqu'à ce qu'une nuit de Brama soit complètement écoulée : tu connaîtras pour lors ma véritable grandeur, justement nommée la divinité suprême. Par ma feveur il sera répondu à toutes tes questions, et ton esprit recevra des instructions en abondance. » Héri disparut, après avoir donné ces ordres au monarque ; et Satyavrata attendit avec humilité l'époque assignée par celui qui règle nos sens. Le pieux monarque, ayant répandu vers l'est les tiges pointues de l'herbe darbha, et tourné son visage vers le nord, était assis et méditait sur les pieds du dieu qui avait pris la forme d'un poisson. La mer, franchissant les rivages, inonda tonte la terre ; et bientôt elle fut accrue par les pluies que versaient des nuages immenses. Le roi, méditant toujours les conunandements de Bhagavat, vit le vaisseau s'approcher, et y entra avec les chefe des brahmanes, après y avoir porté les plantes médicinales, et s'être conformé aux préceptes de Héri. Les saints lui adressèrent ce discours : « O roi, médite sur Gésava, qui nous délivrera sûrement de ce danger, et nous accor-
dera la prospérité. Le dieu, invoqué par le monarque, apparut encore distinctement sur le vaste Océan, sous la forme d'ua poisson brillant comme Tor^ s'étendant à un million de lieues, avec une corne énorme, à laquelle le roi, comme Héri le lui avait commandé, attacha le vaisseau avec un câble lait d'un grand serpent ; et, heureux de sa conservation, il se tint debout, louant le destructeur de Madhou. Quand le monarque eut achevé son hymne, le premier mâle, Bhagavat, qui veillait à sa sûreté sur la grande étendue d& eaux, parla tout haut à sa propre divine essence, prononçant un pourâna sacré, qui contenait les règles de la philosophie sank'hya. Mais c'était un mystère infini qui devait être caché dans le sein de Satyavràta : assis dans le vaisseau avec les saints, il entendit le principe de l'âme, l'être éternel, proclamé par le pouvoir suprême. Ensuite Héri, se levant avec Brama du sein du déluge destructeur qui était apaisé, tua le démon Hayagriva, et recouvra les livres sacrés. Satyavràta, instruit dans toutes les connaissances divines et humaines, fut choisi dans le calpa actuel, par la laveur de 'Wichnou , pour septième menou, et surnommé Vaivasaouata ; mais l'apparition d'un poisson cornu au religieux monarque^ hit mâyâ ( ou illusion ); et celui qui entendra dévotement ce récit historique et allégorique, sera affranchi de Tesclavage du péché.
( Bagavadam de D'Obsonvabe , liv. 8. )
(Wn.L. Jones, sur les dieux de la Grèce, de l'Italie etde rindey p. 170-174.)
M. Thomas Maurice a rapproché avec le plus grand soin toutes les circonstances de ce rëdt et celles de la Genèse^ relatives au dâuge, pour démontrer l'identité de ces d^x événements, et pour prouver surtout la iréalitéd'un déluge universel; il a même eu soin de calcula Tétendiie que pouvait occuper dans Tarche un couple d'animaux de chaque espèce : le résultat de son travail kicmè un tableau dont lui seul peut garantir l'exactitude. Enfin, ce laborieux auteur n'a omis aucune des circonstances capables de corroborer sou hypothèse.
( Voir : History ofHindostany its arts and ils Sciences, t. i, p. 557-561.)
{ Note 55 de Langlès au Mémoire de, William Jones, cité tout-à-l'heure. )