LIVRE IX
Une dernière vérification nous reste à £aire; les langues vont nous en fournir l'élément. Les recherches des» grammairiens philosqriies s'accordent stu' ce point : qu'il n'a existé
qu'une seule langue primitive ; mais les innombrables dialectes qui en sont dérivés sont ramenés difficilement à lunité. Nous examinons d'abord, et conformément à la marche que nous ayons suivie jusqu'ici, les langues des peuples de F Asie podd<»itale; leurs caractères généraux et . les analogies de toutes sortes les lient entre elles au point que les hommes les plus énidits .ne craignent pas d'en conclure l'identité parfaite. Tontes se résument dans le ehaldéen, et nous avons exprimé que le nom de chaldéen est le même que celui d'arabe. Les langues du Nord, plus divisées encore entre elles, sont plus difficUes à ramener à leur type originaire. Une première observation les sépare en septentrionales et méridionales; les premières n'ayant subi d'autres modifications que celles du temps, des lieux, des besoins divers, ou du moins ayant accueilli fort peu d'alliage étranger, sont restées de femille identique; les autres, influencées par le latin, sont fort semblables entre elles, et tiennent à la famille septentrionale par les racines communes à toutes les langues, et les modifications particulières opérées jusqu'au moment de leur dispersion dans leslieux où chacun s'arrêta. Les langues sont effeetivemait entre elles comme les migrations, c'est-àr dire qu'elles se rattachent à la famille primitive et à la simplicité de la première langue dans le même rapport que les peuples : le celtique est antérieur au tudesque, et celui-ci à l'esclavon^ dont l'alphabetest grec, sauf quelques caractères ajoutés. Le sanscrit est, pour les langues du midi de l'Asie, ce que l'arabe est pour les langues sémitiques, et le celtique pour les langues du Nord ; ce n'est pas à l'Asie qu'il est demeuré borné, et Von retrouve dans le grec et le latin des
analogies qui prouvent, soit son influeiioe directe, soit sa fraternité avec les dialectes dont le grec se forma plus immédiatement. Ce n'est qu'aux trois dialectes sanscrit, celtique et arabe que nous pouvons, jusqu'à présent, i^raonter ; il faut savoir si la Perse nous conduira à quelque autre source. Nous voyons effectivement, par l'étude des langues de la Perse oif Iran des Orientaux, que la langue z^id a été l'ancien idi6me de tous les pays compris sous le nom d'Iran , l'Arménie comme les autres. Les deux langues sœurs, et qu'on déduit du zend, sont le parsi et le pehhd. Le premier est devenu la langue persane d'aujourdliui ; le second avait une analogie particulière avec le chaldéen; on le parlait aux lieux où était Tancienne Gbaldée. Or les Ghaldëens sont des Arabes; ils viennent de l'Arménie, une des contrées de l'Iran. Si le cfaaidéen était une langue primitive, comment s'expliquerait son analogie avec le pehlvi, et p^ celui-ci avec le zend. La raison se prête beaucoup plat6t à une origine zend, puisque cette dernière langue était cdie des pays où les Chaldéens ont pris naissance, et que l'analogie les rapproche évidemment. Le chaldéen ou l'arabe se rattache donc au zend, et celui-ci se trouve en si grande partie sanscrit, que William Jones n'hésite pas à en faire la même langue. Le celtique est dans le même cas ; ainâ, à l'arabe, il faut substituer sa source, le zend , et avouer que les trois plus anciens dialectes sont le sanscrir, le celtique, le zend ; tous trois prennent naissance dans la Perse oriaitale, seul point de réunion ou de départ possible, puisque c'est, par là que se touchent les trois souches de peuples. Les différences qui existent entre ces trois langues sont dans les modifications
nées depuis la séparation , mais les similitudes sont dans les mots nécessaires ; il est donc évident qu'elles sont toutes trois des modifications d'un même langage primitif, aussi borné que les besoins des premiers hommes. Ainsi il n'y a eu qu'une langue comme il n'y a eu qu'un peuple ; et l'histoîre, la chronologie^ les religions et les langues, démontrent la même vérité.
Nous avons suivi l'humanité dans son développement moral; nous l'avons trouvée soumise à une seule loi; nous l'avons suivie dans son développement matériel, et nous n'avons trouvé qu'un seul peuple ; ainsi ce n'est point une utopie que cette fraternité universelle que les politiques de nos jours affectent de rejeter parmi les rêves du quiétisme philantropique. Ainsi les hommes ont travaillé depuis leur apparition sur le globe au progrès d'une œuvre commune. Les termes du développement sont marqués ; il a sa mesure comme le temps. Et maintenant le passé doit-il demeurer stérile? l'avenir se trainera-t-il encore au milieu de luttes fratricides non moins absurdes que criminelles ? les hommes n'effaceront-ils pas le signe perpétué d'âge en âge de la malédiction imprimée sur le front de Gain? L'avenir répondra : il n'est pas douteux. Le monde ne peut contrevenir à sa loi sans être brisé ; il marche. Hommes de travail et de solitude , à vous le devoir de reconnaître et d'éclairer la carrière ; à vous, qui régentez les nations, de ne pas éteindre le flambeau.
Erudimini qui judicatis terram.
(Pseaume 2-10.)