‹ Histoire de la filiation et des migrations de peuples (volume 2)Chapitre 9 sur 39 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

ttcrrvHBfi.

Nous sommes désormais eu droit d'établir cette hypotliése : Tous ies peuples' sont sortis de l'Asie centrale et du Caucase. —.Des Tartares.— Que faut-il entendre par ce nom? — Il s'applique à. des. races différentes. — Leur territoire est celui des anciens Scythes.

— Le nom de' Tartare était- celai d'une tribu — Les Xartares*- Scythes sont les Buchariens, Kirguises et Usbelcs. — Mélanges des Mongols et des anciens Scythes. —Les Scythes et les Saces sont la même famille.— Saces, Scythes, Perses sont le même peuple.-^ Les Anciens donnaient le nom de Scythes et de Celtes à tous les peuples du nord.— Des migrations.— Il y en a trois principales.

— La première celtique, la seconde germanique, la troisième escla-- Tonne. — Des Celtes et des Ibères. — Même peuple. — Les Celte» sont Scythes. — Les Germains sont Asiatiques. — Forment deux familles , Teutons et Scandinaves. — Les Goths et les Gétes sont Scythes. — Doublé séjour des Goths ou ScandlAaTes en Asie.— Les Cimbres sont Germains. — Des Esclayons. — Ils sont Asiatiques. —Les mêmes que les Sarmates. — Les mêmes que les Scythes. *- Des Finnois ou Finlandais. — Mélanges de Tartares et de Scythes caucasiens. — Des Lapons. — Leur origine est finnoise. — Des Hongrois. — Les Hongrois sont de famille scythe — Lamarclie de ces populations est moins facile à suivre que celle de la fiimille arabe , mais on les retrouve toutes au berceau commun*

Dans le livre précédent, nous avons remonté , en commençant par les Égyptiens , la chaîne des peuples de l'Asie occidentale. Nous étions conduits à aborder l'histoire d'Egypte, comme le der-

nier terme complet vers lequel remonte Thistoire classique; nous avons trouvé que tous les peu* pies de cette partie de TÂsie étaient liés les uns aux autres par les rapports historiques, chronologiques et par le langage : confondus sous le nom générique d'Arabes, ils se rattachent au Caucase. Nous les avons vus s'étendre de proche en proche, et leurs différentes stations reconnues et déterminées jusqu'à leur assigner, pour origine, un point particulier de cette chaîne de montagnes, qui a donné son nom à toute une race d'hommes. Cette première vérification, d'une hypothèse générale et fondée sur un nom de race , est insuffisante pour détefxniner l'ordre constant des migrations , mais elle nous autorise à continuer nos recherches dans le même sens. IHons pouvons cpoire, jusqu'à preuve contrafre, q«e les autres £sinûlles connues sous un même nom de race ont ei), comme celles que nous venons d'étudier, un même point de départ. Cette hypothèse a acquis un assez haut degré de probabilité pour que nous ne nous fondions plus désormais sur un aperçu général , et déduit des seules i^onsidératioos physiologiques. Les races pouvaient ne nous apparaître que comttie revêtues de nolns

arbitraires; notts parlons deceox de Caucasiens, d'Altaique, ou d'ËdûcfÂens. Pour la famille arabe, fraction de la race JUanche, nous avons vérifié historiquement ses titres au nom de Gau«» casienne. Un grand nombre d'historiens s'accordent à £we venir les {K^alations du nord d'un point de l'Asie centrale. Cette opinion » fortifiée d'une première vérification , nous autorise à continner dans ce send les investigsrtions que nons avons entreprises ; elle nous donne le droit de choisir entee les méthodes qm sWr^it à nous et de n'avmr pas recours à celle que nous avons sui** TÎe jusqu'ici^ Celle^ aons^lâit imposée. Nous n'éti<Mi6pas autorisés àaccepter,audébut, comme une hypothèse suffisante l'opinion accréditée. Nous y avons été amenée par une suite d'observations qui nous a conduis pu à pas vers le but qui va BOUS servir dorénavant de point de départ. Nous avons remonté successivement du peuple connu au peuple, ii^onnu jusqu'alors pour nous, xpii lui avait donné naissance, marche compliquée et dont il nous est utile de pouvoir nous affranchir dans l'intérêt de la clarté et de la rapidité de notre récHt. Les peuples du nord qui vont nous occuper deviœnent si nombreux que nous aurions à

craindre une confusion inévitable dans Tétude des éléments de coordination. Si elle est pos« sible, ce n'est qu'en simplifiant beaucoup nos moyens, que nous pouvons espérer de loucher le but que nous nous proposons.

Ainsi, fondés sur les faits dont nous sommes en possession, nous resterons sur le terrain oti nous sommes arrivés et de là nous chercherons à suivre les divers fractionnemeniis dùat les vestiges sont épars dans l'histoire.

Nous aurons l'avantage d'avoir procédé à pMteriori pour arriver à notre hypothèse asiatique et de procéder à priori pour le reste de notne travail. Nous ignorions d'abord, et nous avons dû cherdier à réunir des éléments qui nous conduisissent à un terrain solide , arrivés là Bcms pouvons jeter un coupnd'œil d'ensemUe sur les rameaux de l'artHre au pied duquel nous avons été conduits. C'est le Caucase et la Perse. La question que nous avons à examiner dans m livre se résume ainsi :

Les peuples de l'Occident et du Nord, que . la tradition recueillie par tous les historiens feit venir de TÂsie, sont-^ils dans Imir origjne un pieupie et se rattachent-ils à la Perse et au Caucase

comme nous venons de le voir pour les Arabes ? Dans quel rapport sont-ils les uns avec les autres? Dans quel ordre leurs migrations ontelles eu lieu? Enfin ces migrations établissentelles entre eux des différences qui les distinguent radicalement , ou ne font^Ues que séparer dans Tordre des temps ce que nous voyons séparé sur la terre , sans détruire la communauté de faoiiile et d*origine? Telles sont les questions que ce livre doit essayer de résoudre.

L'histoire est le dernier genre d'écrire que Ton se soit avisé de cultiver , dit Diodore ' ; aussi n est-il pas étonnant qu'on ait facilement perdu de vue des souvenirs que rien ne rappelait à la mémoire, et que le temps altérait et effaçait sans cesse. De là les prétentions de tous les peuples à une antiquité que l'orgueil national voulait faire remonter plus haut que celle de tous les autres. Les Grecs ont toujours disputé de leur antiquité avec les Barbares. ^ Les uns et les autres soutiennent qu'ils sont originaires des pays qu'ils habitent ; qu'ils ont enseigné les arts

* Livre !•', sect. t", édit. Rhodom, p. 9. ' iJnd p. 9.

et les sciences aux autres hommes, et fait les premiers des actions dignes d'être écrites.

Diodore ne veut pas prendre parti dans cette dispute ; et sans admettre , avec Ëphore de Cu* mes , disciple d'Isocrate , que les Barhares fus* sent plus anciens que les Grecs, il commence son histoire universelle par les Égyptiens qu'il range dans cette première classe. U est assez bizarre de Yoir les anciens Grecs , formés à Técole des Égyptiens, donner à leurs maîtres cette dénomi« nation , qui ajoutait , quoiqu'on en dise , quelque chose de peu flatteur à l'idée d'étranger. Peutêtre l'épîthète aurait-elle été moins mal placée si elle avait été appliquée uniquement aux peuples dont nous allons parler maintenant. Grâce au temps et aux prc^rès de l'âément civilisateur , ils ont surpassé leurs modèles sans chercher à les rabaisser par d'injurieuses dénominations.

Sur le versant oriental des grands plateaux asiatiques, séparées au midi de la famille arabe par les vastes contrées de l'Indoustan , bornées au nord par les monts abaissés du Caucase et les fleuves qui se jettent dans le Pont-Euxin , les hordes Tar tares, dans leurs steppes sans limites, promènent leurs tentes nomades, comme aux

premiers jours du monde. Elles confinent à la Perse , large et fertile terre , as^se entre Torient et Foccident de FÀsie , et qui déploie au pied des plus hautes montagnes du globe ses riches et délicieuses plaines , comme pour inviter les pre* miers hommes à y descendre et à s'aventurer au sem de la terre inconnue.

D'Ogouz Kan, l'un de leurs premiers rois, jusqu'à Gengis Kan , né au douzième siècle de notre ère , les Tartares comptent environ quatre mille ans. C'est de ce point que commence leur histoire traditionnelle. Les orientaux regardent Ogouz Kan ^ comme le dixième descendant de Japhet , ce qui placerait le déluge toujours assez près de trois mille ans avant notre ère.

Les Tartares n'avaient point de lettres et l'usage de l'écriture leur était totalement inconnu. Un auteur arabe dit avoir vu des caractères qui étaient en usage dans une partie de la Tartarie méridionale. D'après sa description il est impossible de ne pas soupçonner que c'étaient ceux du Thibet qui sont évidemment indiens. Cette observation a trouvé des contradicteurs. Rien, au

' De Guignes, Ilist. des Huns, t. 1, partie 2, p. 9 — 10.

surplus , dit Wiil. Jones ^ , n'établit une comn^unauté d'origine entre les Tartares et les Indous, non plus qu^avec les Arabes. S'il se trouve quelque ressemblance avec ces derniers , il faut l'attribuer à l'analogie de leurs déserts et à la nécessité d'une vie errante.

Cette assertion fait naître plus d'une obser* vation. La première c'est que ce mot tartare , en lui-même si vague » a été appliqué à tant de peuples, qu'il est bon de s'entendre sur le sens précis qu'on doit y attacher. Nous avons déjà montré plus haut comment Will. Jones , en séparant les Arabes des Indous, se trouvait en opposition avec les analogies de races. Plus tard nous montrerons que son assertion ^^ beaucoup trop générale, n'est pas moins combattue par les analogies de croyances et de langages. Ce que nous avons dit des Arabes, nous le dirons maintenant des Tartares ; il y a plus d'une famille sous ce nom et en conséquence on ne peut pas dire d'une manière absolue, que la famille tartare

* Will. Joues, Disc, sur les Tartareê, t. 2, p. 47, Mémoires â$ Càleutta.

diffère des Indous et des Âralies, et c'est ce qu'affirme Will. Jones. *

La question qui se présente à résoudre est donc celles-ci : Que doit-on entendre par le mot tartares ?

Nous voyons figurer sous ce nom des peuples d(mt les difTérences vivement tranchées se prêtent difficilement à ce qu'on leur assigne une commune origine. Ces différences ne se rapportent pas seulem^oit à la race , qui les distingue d'une manière absolue, mais aux usages, qui , tout en constituant une séparation moins évidente, les éloignent cependant aussi sur quelques points assez importants. Nous n'en citons pour exemple que le Chinois de race mongole, et le nomade Kirguise dont la vie est si diffé^ rente.

Les peu{des qui figurent sous le nom de Tartares , sont les Afghans , les Mongols , les Mantchous et autres compris vulgairement sous ce nom chez les modernes, sous celui de Scythes chez les anciens. On pourra bientôt reconnaître

* WiLL. Jones, Disc sur les Tartares, t. a, p. 42, Calcutta,

qu'il y a d'importanles distinctions à faire ^ et c est l'objet dont nous allons nous occuper.

La dénomination de Tartane indépendante a été fausse de tout temps, dit Malte^-Brun , ^ puis* que les pays désignés sous ce nom sont habités par des Kàlmouks et des Mongols et non pas par des Tartares. Première distinction que nous voyons apparaître. Il est d'autant moins facile de la contester, que par Mongols on entaid cette race jaune qui a donné son nom à une des grandes divisions de l'espèce humaine ; par conséquent elle ne peut être confondue avec les autres Tartares qui n'appartiennent pas à la même race. Les Mantchous ou les Tartares qui habitent la partie la plus orientale de l'Asie , peuvent être considérés comme les plus rapprochés de l'état de civilisation. Les Kàlmouks et plusieurs autres peuplades voisines n'étant qn'nne branche de Mongols , se rattachent à cette nation par la forme des traits. La couleur de leur peau a fourni le nom de l'un des types placés par les physiologistes sur la même ligne que les types éthiopien et caucasien.

1 Mentblle et Maltbbrun , Introd, à l'Asie, t. 12, p. 61.

* MeNTELLE et MALTEBRtJN, t. 12, p. 25, 155, ^60.

Ainsi en faisant disparaitre ce nom que nous reconnaissons comme trop indéterminé ou faux , il serait naturel de distinguer le territoire de ces nations en Mongolie propre , Mongolie occidentale pour les Kalmoukst et Manchourie.

La Tartarie indépendante , ou le pays que Ton appellerait exclusivement de ce nom après eu avoir distrait ceux que nous venons de désigner, confine à la mer Caspienne à Touest^ au nord aux possessions russes, à Test au lac Palcati et aux possessions chinoises , au midi à Flnde , par les monts Hinon-Kohs./ Elle peut être con<» sidérée comme le p^ichant occidental du grand plateau de l'Asie centrale.

Cette vaste étendue de territoire est occupée aujourd'hui par deux nations principales, les Kirguises et les Buchariens. La nation kirguise fournit le plus grand nombre de ses habitants. Avec les traits tartares elle n'a pas les yeux obliques qui distinguent les Mongols et les Chinois, sa langue est entendue facilement par les autres tartares* ^

* Mentelle et Maltebrun, t. 12, p. aOO, 201 2 ïbid. , 212.

La nation bucharienne est tartare , avec quelques altérations. ^ Les tartares usbeks se sont établis sur son territoire , mais la population originaire est Scythe ou même Perse, ce qui du reste était la même chose, suivant Àmmien Marcellin ^ et d'autres. C'est le pays où les plus anciennes histoires placent le berceau de la monarchie iPerse; c'était le terrain des guerres entre les Perses et les Scythes, d'en-deçà et d'audelà de rimaiis.

Les Usbeks actuels ressemblent aux autres tartares, mais la conquête a mis sous leur domination une race d'habitants plus andens du pays et qui leur est supérieure. Ces naturels que les conquérants appellent Tadjiks, sont plus beaux et se rapprochent des habitants de la petite Bucharie. On peut présumer que leur idiome appartient à l'ancfen persan , mais qu'il ne s'est pas conservé pur. 11 est mêlé de termes turcs , mongoliens et même indous; mélange qui paraît se retrouver dans leurs traits. Cette affinité particulière du langage bucharien avec le persan et

Mentblle et Maltbbrur » tom. 18, p. fiitt. ^ Àmi. Margblliii, liv. 51, ch. S.

par conséquent avec toutes les langues gothiques, semble être confirmée par plusieurs termes géographiques. ^

Les Turcs et les Huns peuvent être considérés comme une même race tartare originaire des montagnes voisines de TAltaï. Us vinrent s'élablir dans les pays que nous nommons aujourd'hui Tartarie indépendante et que jadis occupait un peuple scythique, les Massagètes. L'opinion la plus générale se borne à placer Torigilie des Turcs au nord-est de la mer Caspienne» mais ils venaient de pays plus éloignés, et ils furent désignés sous le nom de Huns et de Turcs : les Huns ^ auxquels les Persans donnent le nom de Turcs , dit Théophylacte , ( byzantine ).

n suffit d'un simple coup-d'œil jeté sur la carte* pour voir que sur le territoire actuellement occupé par les diverses tribus tartares, s'étendait autrefois la grande nation scy the. Pourtant quand on dit que les Scythes des anciens sont les Tar-

^ Mbittelle et MaltbbKI7N , tom. 12, p. SST.

' Db Guignes, Jead. des Ineeript.^ t. 28, p. 90, et Hist, des

• Voir la Carie du Mémoire de Bayer, Àead, de St. Péter sb.^ 1. 1.

tares d'aujourd'hui, on n'emploie pas une désignation exacte, ou du moins on lui donne une extension beaucoup trop grande. Nous venons de voir qu'au-dessous de cette population tartare , il existait une autre race plus ancienne, et nous en devons conclure que cette population première appartient plus directement à l'ancienne nation scythe , tandis que la nation conquérante , scythe peut-être d'origine, était plus reculée vers l'orient, où elle s'était altérée par le mélange avec les Mongols; ou bien encore les Mongols conquérants se sont successivement fondus danà la race asservie, et ne conservent plus que quelques-uns de leurs traits primitifs. Mais ce dernier cas est moins probable, à cause de l'altération profonde qu'auraient dû subir ces Mongols dans leur type de race, par la différence caractéristique des yeux dont l'obliquité ne se retrouve pas dan^ les Tartares occidentaux dont nous parlons.

Ce qu'il est exact de dire, c'est donc que les Tartares occidentaux occupent un territoire que les Scythes occupaient autrefois. Nous ajcmterons que les Scythes et les Perses appartenaient à la même souche , car plusieurs des nations scy thiques s'étaient établies en Perse, et les rapports

qui existaient entre les denx peuples, ne se bornaient pas à la communauté du territoire.

C'est dans le sens des explications que nous venons de donner qu'il faut entendre ce que dit Fréret ;* les Perses appelaient Saques les peuples que les Grecs appelaient Scythes, et que nous appelons Tartares. Il était d'ailleurs aisé de les confondre : les détails que les anciens nous ont laissés sur les mœurs des Scythes peuvent s'appliquer aux Tartares de nos jours ; c'était la même manière de combattre, la même manière de vivre. *

Le nom de Tartares , qui désigne aujourd'hui , sous le mérite des observations que nous venons de faire, toute la nation scythique, était autrefois celui d'une tribu particulière.* Cette tribu formait l'avant-garde des expéditions des Mongols vers l'occident. C'est par cette raison que les étrangers, empressés de signaler ces conquérants redoutés, donnèrent à toutes leurs hordes le nom de la première qu'ils connurent.

C'est ainsi que les anciens Perses donnèrent le

^ ^cad. des Inscript. y t. 7, p. 436.

* Justin., liv. 2, ch. 2.

5 Jcad. des Inscript ., t. 48, p. 64.

nom de Saques ' (ou Saces) à tous les peuples de la nation scythique, et cela, œmme Pline nous rapprend, parce que la tribu des Saques, établie sur leurs frontières, était la seule qui leur fût connue.'

. La confusion que font les anciens historiens au 3ujet des Tartares, tombe ainsi devant le fait, supérieur à toute contestation , de la distinction absolue des races; devant les documents qui rattachent les Tartares indépendants ou Kirguises, et les Buchariens ou Tartares usbeks à la vieille nation scythique. On peut objecter sans doute que les Tartares occidentaux ont, dans leur manière de vivre et dans quelques-uns de leurs traits, des ressemblances frappantes avec les Mongols; mais nous savons que les invasions des Mongols sous Ogouz-Kan, peut-être le Madyes, roi des Scythes, d'Hérodote*, se sont étendues jusqu'au-delà de la Perse et dans l'Inde même. Les fréquents rapprochements entre deux peuples limitrophes ont dû amener des fusions

^ HÉRODOTE, liv. r, p. MO, éd. Wbssbling.

* Pline, liv. 6, ch. 17.

* Hi$t, univers,^ t. 29, HUt. des Tartares.

de races» qui sont loin cependant d'être absolues, puisque la couleur de la peau et la position des yeux diffèrent essentiellement Quant à la manière de vivre, les conditions locales étant les mêmes , il n'est point étonnant qu'elle soit sem« blaUe.

Nous pouvons donc» en vertu des rapports et des différences que nous avons signalés, nous former une opinion plus nette de ce qu'il faut entendre par Scythes, Tartares et Mongols; faire disparaître la confusion qui les identifie d'une manière trop absolue , et retrouver dans l'unité des coutumes une conséquence des influences locsdes , de la conquête et du temps. Les Tartares actuels sont le résultat du mélange des Mongols et des anciens Scythes. Par rapport aux deux races blanche et jaune, ou mongole et caucasienne, qu'ils séparent , ils sont dans les mêmes conditions établies plus haut à l'égard de cette même race blanche et de la race nègre de l'Afrique orientale sur le territoire de l'Egypte. C'est le terrain neutre oii la fusion entre les races limitrophes s'opère , et où le mélange reste toujours apparent.

Or, ce terrain confine, parle midi, avec l'Inde,

et par le sud*ouest, avec la Perse. Nous insistons dautant plus sur cette circonstance, que nous voyons le pays des Saces confiner, par le midi , au mont Imaûs. Ces Saces sont les Scythes des Perses, et nous venons de reconnaître que les Tartares sont les Scythes modifiés par les Mongols ; donc les Tartares et les Saces ont occupé le même territoire, et se trouvent, sauf la différence des temps , dans des circonstances de position identiques/

Ce retour sur Fidentité des Saces et des Scythes cessera de paraître superflu, si Ton veut se rappeler que des documents nombreux et accrédités mêlent assez souvent les Saces et les Perses sur le même territoire , et leur donnent des ressemblances qui tendent à confirmer ce que nous avons déjà indiqué , d'après Ammien Marcellin, qu'ils sont le même peuple originairement.

Ânquetil Duperron * établit ces ressemblances , et s appuie de l'opinion d'Hérodote, qui fournit les éléments des rapprochements à faire entre les

* De Guignes , HUt. des Huns, t. 1, partie 2, p, xciij. ^ Acad. des Imc.^ t, 57, p. 709.

dieux des Scythes ^ et ceux que le même historien donne ailleurs aux Perses.' Indépendamment de ces rapports» et pour les confirmer, le même Anquetil fait ressortir les concordances qui existent entre la langue scy the et la langue perse.^

Ainsi , la communauté d'origine entre les Perses de la première monarchie et les Scythes, parait résulter de ces rapports de langue, de territoire, de religion , et n'est pas détruite par la différence de traits qu'explique le voisinage des Mongols. Tout an moins devra-t-on admettre que les populations scy thiques se rattachent à la Perse«

Les Mongols, dont la race est différente, ne peuvent pas y être rattachés comme population primitive. Nous avons vu comment ils s'y lient par leur mélange avec les Scythes. Cette séparation, bien marquée sous le rapport de la race, ne met point obstacle aux rapports d'une autre nature, dont la trace se retrouve parmi les Mongols. Leur civilisation, ou plutôt le peu de lamières qu'ils possèdent, les rattache à la Perse,

* H^ROD., Uv. 5, p. 307.

* /d., liv. 1, p. 66.

' ^cad. des Tnsc, t. 51, p. 4â9-*-43i

et par celle-ci aux peuples de TÂsie occidentale ou sémitiques.

Bayer ^ trouve une grande analogie entre les caractères mongols et les caractères syriaques.

Les caractères qu'emploient les Tartares orientaux , dit Fréret , * ressemblent assez à ceux de récriture des Guèbres ou à celle des Syro-Chaldéens et à l'arabe ancien, le kwfique. Cependant je serais plus poité à croire qu'ils ont été tirés de l'alphabet des peuples du Boutan ou du Thibet, dont l'écriture courante ou coulée ressemble beaucoup à celle des Tartares.

Opinion remarquable , qui fortifie cette unité de civilisation que nous considérons comme une des vérités historiques les plus fécondes , et que nous n'avons pas dû négliger de rappeler ici. EUe acquiert un degré assez haut de probabilité, de cet ensemble de peuples liés entre eux par les moyens qu'ils emploient comme expression de la pensée , et de l'autorité du savant qui en fait la remarque.

Un savant plus moderne, et dont le nom n'est

* Acta erudiiorumy 1752, p. 519.

* Acad. des Insc.^ p. 616, 617.

pas sans poids dans ces matières, Langlès, confirme cette opinion :

Je montrerai évidemment, dit-il, que les lettres du sti^Dghélo, (ancien syriaque), du mongol, du koufique et du mantchou , ont une étonnante ressemblance et doivent avoir une origine commune. *'

Les pays occupés par les Scythes s'étendaient

plus loin vers le nord-ouest que la Tartarie actuelle. La carte de Bayer et son mémoire de situ Scythiœ, les placent jusqu'à l'ouest de la mer Noire, et on ne peut nier que de nombreux rapports n'existent entre les peuples de ces pays et les Scythes. *

Les anciens, faute de connaître avec exactitude les peuples avec lesquels ils n'étaient pas en contact habituel, et dont le territoire n'avait pas été soumis aux recherches d'une géographie d'ailleurs incertaine, appelaient d'un nom général, qui était celui de la nation qu'ils avaient le mieux connue, les différentes nations répandues sur un vaste territoire. C'est ainsi qu'ils donnaient le nom

* Dict. tort. 'Mante. ^ introd., p. xxj

* Jcad. de Pétirsh,, t. 1.

de Scythes h tous les peuples qui eutcMiraient la mer Caspienne et le Pout-Eui^ia, sans assigner les liinitQS jusques au:y:quelles ces peu[^6s pouvaient s'étendre. Par le mên^e motif, ils donnèrent le nom de Celtes aux peuples qui s'étendaient de* puis les sources du Danube jusqu'à l'occident de la mer Noire. Or, nous savons aujourd'hui et depuis long temps que ces peuples ne doivent pas être con£9ndi;is , et quoique tous se rattachent à upe source commune , leur séparation ancienne a établi entre eux des différences assez grandes, pour que leur origine doive être constatée par des recherches, non pas isolées absolument, mais qui, spéciales d'abord, se rapprochent successivement et invariablement à mesure que Ton remonte vers les tenips primitifs^

Avant d'entrer dans les recherches qui auront pour objet les peuples qui se l^nt à cet ensemble sçytlje, uQps sommes ^n^tés par cette nation, d'une antiquité si reculée qi|e nous nous voyons ramenés aux premiers âges pour en retrouver les vestiges, ^ous voulons parler des Celtes, dont le nom est si célèbre et la véritable famille si peu établie. On conçoit que de cette question : les Celtes sont-ils ou ne sont-ils pas Scythes? dépend

Tordre dati» lequd hoës pouvons mppt*ocher les mires branebéi» de la même lèmiWé. Si «iette question restait iadédse» notts s^ionii sottvèût embar*rassés poar savoir si c'eilt aux Sicytfaes ou aux Gtltes qu'il flot recourir pour trouvéf la source de œy Biigrations de peapleft^ différi^iits de nom^s^ mais unis par toui^ les caractèi*es qui constituent la oofnmmiiiité d'origincw

Une traditîdu nnatiime sauf c^Qd^ttes excep^ tione doat nods àllon» c^amîAer la tlileur» fait i^ montw tous les peuplas du bord et de l'occident à l'Asie oeiArale, donA ils se seraiébt suocessive-* oient éleignés par le vetsant septentrional. Cette oommunauté de route $ et les àuures t'approche*' mentâ qu'il n'est pas împoss&le d'éti^btir^ à travers les diffieultés qu'offrent le t^tnps et la rareté de^i monuments^ seojt «ne forte prés^Mtoptioa d'ident tité prjmkive« La différence des Bom» qui les dé«. sign^at est loin d'ôtré un obstade inMiri]H>ntablet Tous ces umbis soat des épîthètes dont rôrgueil de chaque peuplade chel^chait à $'annobiir ; elles, n établissaient pat des différence^ radicales^ mais des tkres d'honneur dont la valeur nous est connue^ et qui i^evienneat m^ oams de braves^ de; hardis» de forts. Il y a donc lieu^ en dehors de ceâf

noms , à rechercher une famille primitiye , a laquelle toutes ces branches peuvent appartenir et appartiennent en effet, suivant nous.

Les nations qui habitent FEurope, sans cesser d'êtres unes dans l'origine, peuvent se rapporter à un certain nombre de grandes familles qui toutes ont leur nom et leurs prétentions : ce sont les Celtes, les Germains (tant Teutons que Scandinaves) , les Esdavons ou Slaves. Ce sont là les principales. U y a Inen lieu d'établir une division plus considérable, mais les Péiasges, les Gimbres, les Turcs, les Lettons, les Finnois, les Hongrois, les Albanais, fort intéressants à étudier, sans doute, n'appartiennent pas aussi immédiatement au tableau des grands peuples primitifs. Les uns, comme les Ttircs^ ont acquis depuis une importance qu'ils n'avaient pas dans les époques qui nous occupent ; les autres ont perdu la leur ou se rattachent d'une manière directe et ccmnue aux trois sources principales que nous venons de nommer. C'est donc à celles-ci que nous devons nous borner, car ce sont les seules qui importent directement à notre objet. Les Péiasges ne figureront pas dans ce chapitre ; nous nous réset*vons d'en parler dans la section particulière que nous

consacrons aux Grecs. Nous revenoiis aux tiroîs branches principales que nous venons d'indiquer.

Avant tout cependant, nous devons appeler Tattention sur ce que nous entendons par migrations.

Assurément» il ne peut pas entrer dans notre pensée d'offirir CMOime des divisions nettes, tranchées vivement, compactes comme les peuples, ^tre lesquelles nous voyons l'Europe répartie ,. ces migrations aventureuses où le caprice d unetribu suffisait pour détruire TeBsemble. Dans une^ masseémigrante^ ilest évident que le gros de la^ nation a pu et- dû se fixer sur un point» tandis que quelques-uns, arrêtés par une cause inconnue, se seront soumis aux envahisseurs qui les poussaient en avant; d'autres à l'a vant-garde , curieux de découvertes, auront cherché devant eux, soit un ciel plus favorable, soit une terre plus féconde^ soit enfin une liberté plus grande. Nous retrouvons aujourd'hui des débris de populations mêlées, qui prouvent non seulement ces marches hasardées, mais des retours de peuples vers, les pays d'où ils av»ait été repoussés autrefois; des Cultes sont révemis en Germanie , des Germains ont envahi les Cekes : les peuples se sont fondus

aptes s'être extenniiiés , ils aoot pedeveaus frères après avoir été aftoemis.

Ainsi, quand nous diroiis la ipigratfon eeltique, germanique ou esclavonne , quand nous les présenterons comme une série, on né saisirait pas notre pensée si l'on croyait cfoe nous élerons^ comme une grande muraiHle qui les sépare. Pfous admettons et nous savojis que les mignitionsse sont entrelaeéei», comme les eaux de la iner et celles des fleuves à leur embouéh»?e; mais qùoi^ que la mer et les fleuves s'unissent , ila n'en gardeni pas nK>ins leur nom; et leurs eaux, quoique renfermées dans les mêmes bordb^ conserivent encore long temps leur couleur et leur goût. C'est ainsi que dans les grandes migra4»6iis, desi peuples de noms différents annoncent des sources étrangles. Leurs bras s'entrelacent, jusqu'^ ee que le temps les joigne en un seut corps. Gbaque migraciop i^e peut doncêb^ bien i^sie que^dlnns son e(H^s principal. Cependant , d^ m^oie qae dans une armée, les coi^s form^i)^ soie u&fe avant* gard^, smt une réserve; aiiisi» dsuis cet& migration^ se détacbaienl des coirps qui, sous le nom particulier de leur chdf ou de leur tribu, devançaient

la masse » sans cesser pour cela d'en être une dépendance plus ou moins raf>pFOchée.

Jetons un conpd'œil sur la carte de l'Europe , nous saîsisscttis par ap^çu un fait général identiqueà Fidéd, laphiagéfik'ale aussi, cfvà résulte de Fhistoire : les Celtes âevask^ent les Germainfs» conime ceux-cî devancent les Esiîlavons. Mais , mêlés à cette prcfmière migration celtiqtre , nous soyons figurer les Ibères^ les Ligures, les Sicules ; les uns entrés daas lltetie par les Alpes rhétiennes-; les autres en Espagne par les Pyrénées, ou émigrant de ki Gaule par le territoire qui forme aujourd'hui l'État de Gênes.

Dans la mîgratiioii germanique , nous trouvons lesi Gofths, les ScandHiayes^ ks Gimbres, sans parler démette av^titiide de petits peuples entre lésais se répartit le territoire aujourd'hui appelé AUeraagnev Prusse et les royaumes dti nord.

Les EsdaTons nous offrent des Thi^aces, des^ Ittyniens> des) Russe^ , des Sarmates, et d'autres àfmt ik serait trop kMdg de faire Fénumération.

Lemr posHico^ gêogiraphîque réponé à ces» Êiits gSnérauK. Suivensi unef hgœ qui eonteunie tonte l'Europe occidentale,, et dont fe point de départ seîi k PoMrEuîxin; nous verrons' à gauche du

Pont-Euxin les rivages de TAsie mineure ; en avant, les iles de ^Archipel; à. droite, les côtes de TlIIy rie , l'extrémité de la Péninsule italienne et les îles qui en dépendent» Faisans le tour de cette Péninsule , pour revenir aux côtes de Gènes et de Provence : un nouveau circuit dessine les côtes d'Espagne, et nous ramène au littoral de l'ouest de la France; puis, laissant ici le continent pour suivre au nord de l'Angleterre , l'Ecosse et l'Irlande,/nous avons développé une vaste ceinture presque entièrement européenne. Partout sur cette lisière nous trouvons les restes de la migration celtique.

Entrons dans les terres. Nous reconnaissons les peuples germaniques, en Espagne et en Italie, sous le nom deGoths et de Lombards; en France, sous ce même nom de Goths et de Francs. Les Saxons en Angleterre refoulent les premiers habitants Celtes, pour s'emparer de leurs terres ; ks Scandinaves, autre nation germanique , peuplent les contrées les plus septentrionales, et diassent devant eux une première pi^ulàtion que sàf dégénérescence a laissée sans nom, mais que l'analogie générale proclamerait celtique.

Reportons -nous enfin au centre et près du foyer

de ces migrations. Nous voyons les Ësdavons toachant à TÂUemagae , où s'est assise la masse de la mi|[ration germanique. Arrêtés sur leur front par les population^ germaniques , ils s'étendent, à gauche, dans la Thrace et llllyrie; à droite, en Russie et en Pologne. C'est là que nous les trouvons tous. Ainsi , nous voyons par aperçu gé-» néral trois cercles concentriques : le cercle celtique, contournant toute l'Europe, dont il peuple la lisière; le cerde germanique, occupant le centre ^ le cercle esclavon, appuyé au Pont*Euxin , lieu de rendez-vous de toutes les migrations. A leur point de contact, ces grandes familles hu« maines se mêlent et se confondent. L'incertitude historique hésite à les classer. Certains caractères les rapprochent, d'autres les éloignent; le temps et les influences locales les ont modifiées , au point de rendre incertaines les probabilités les plus^ grandes. C'est ainsi qu'on ne prononce qu'avec crainte sur l'identité dès Ibères et des Celtes, qu'on ne prononce pas sur les Cantabres; que la controverse s'établit sur la véritable dénomination à donner aux Pélasges de la Grèce et aux Aborigènes d'Italie.

Un fsiit domine toute cette question , en dehors

de tons les n<Mns , c'est cehii de la triple migratioa. S'il j en a e» une prendre , antérieure aux trois aiitres, rien n'en; constate les stations et la inarcbe; mais oa en ^èatet Forigine. Elle est orientale on asktique septentrionale. A-t-eHe de* vancé de beaucoup celle ^oi se préseme nettement ONnane la première ou ki cdtitpief? Nen a-t-eUa été que Tavant^rde? La questicm n'est pas fort iinportaote. Nous croyons qu^eU^ n'était qu'une véritable avant^garde; ee nous nous fo]>dons snr: ce que la ptemîère cokMiie civilisa6«îce , celle dlnaichus en Grèce , remonte à deux mille ans ayant notre ère, qu'elle trouva des Fékusgës-» Geltes dans. la. Grâce, et qo'iï n'est pas probable que les popniations du nord' Ae l'Asie fussent assev nombreuses, long lem^ avant le Cevqps de l'apfiarition de ces Pétosge^Gettes diasEï^ k^Grèce , poor avoir fourni une migrafiMi antérieure. Une nngration suppose deox ftiits : une population^ exubérante an point dedépart, et surchargée d'e manière à pousser en avant des masses stssezeon^ sidéraUn» pour envahir; se défendre , étaMir enfin une société nouvelle ; secoi»fement, d^ nMyens^ physiques pour entreprendre, comme des armes^ des^ chariots. Pour en arriver là, it a fellu bien du

temps aux honinesi; w^ la première sûgratioii bien distincte, la deltiqua, est àé^ksi aociemie» qu'il est peu probable qu'une autre Tait devancée avec (dus les moyens dont neus venons de parler. On peut donc ctoîre, si Ton rencontre quelques vertiges de populaticms antérieures aux Celtes, qu'elles se rapporleèt aux premièreij tribus qui les devançaient , et probablemicsat appartemûent à la masse que nous dési^Eionâ par leur nùm^ C'est sons le ciérite de ces observations que nous divi- SfODS les diverses wigratîons ean trois, priaeipaies, auxquelles toutes les diverg^œs viennent se rallier. INfous appelons Cettiqm l'ensemble des migrations antériewes à la mig^^ation germanique.

Nous appelons. Germaniqm, ou deuxième migraticm, tout ce qui, établi en Europe ^ a trouvé à combattre une première migration et m peut pas être classé dans la troisièoieK qwest l'Esalwanne.

On concevra qu'il n'est paA de notre auiet, et qu'il ne sauirait entrejr dans notre plan^ de prendre une à une ces peuplades excentriques. Chacune d'eUes demanderait un travail s^iMéciaLpour être rsfmenée à sa souche incontestable. Afin d'en montrer pourtant la possibilité , nous l'entreprendrons pour les Ibères dans. la première migi^a-

tioD, pour les Gimbresdans la seccmde. Ces deux rameaux sont assez remarquables pour n'être pas négligés. Nous ne parlerons des Cimbres qu'à leur rang; mais, comme nous devons commencer notre examen des peuples du nord parleâ Celtes, nous allons dès à présent nous occuper des Ibères» que Ton considère comme les premiers Celtes, ou que d'autres disent être un peuple différent qui les aurait devancés.

Le savant ouvrage de M. Michelet sûr l'histoire de France nous sera d'un grand secours dans cette recherche. C'est beaucoup que d'avoir à joindre à l'autorité des faits, celle d'un écrivain aussi consciencieux et aussi profond.

c Une autre race , celle des Ibères , parait de

< bonne heure dans le midi de la Gaule , à côté

< des Galls et même avant eux. Le type et la « langue de ces Ibères se sont conservés dans Ifes c montagnes des Basques. Us ne semblent pas

< avoir eu, comme les Gaulois, le goût des expédi- « tions lointaines, des guerres aventureuses. Des:

< tribus ibérienhes émigrèrent, mais malgré elles,. « poussées par des peuples plus puissants. ^ »

* MiCHELBT, Hiit. de France^ 1. 1, p. «.

Il sembleraît , en examinant les différences qui existait entre les Ibères etlesGalls, ou Celtes, que Te»! dût les considéra conune deux nations radicalement séparées. Dans TOrient, nous ne Toyons pas les Ibères aa berceau même des races scythiques, mais sur le territdre que nous appelons maintenant Géorgie. Leur costume e$t simple* tandis que celui des Celtes se distinguait par la variété des couleurs* Cette observation, du reste, n'est pas constante. Strabon ^ distingue les Ibères de la plaine, semblables aux Arméniens et aux Mèdes, et ceux des montagnes, plus nombreux et plus belliqueux , dont le genre de vie est celui des Scythes et des Sarmates.

Les Ibères* étaient divisés en petites tribus montagnardes qui ne se liguent guère entre elles $ les Galls, au contraire, s'associent volontiers en grandes hordes , se liant avec les étrangers. Cet usage est cependant beaucoup moins caractéristique; car les Galls d'Ecosse sont encore aujourd'hui divisés en tribus montagnardes assez sem- UaUes à ce quV)n nous dit des Ibères.

* Stràbon,' liv. XI, p. »00.

' MteKLvr, p. 6.

Les Oalls fraDchiram le» Pyréfiée»^ Mfonknt deratit en% les Ibères, et ^'établirent aux de» anglM sod^ueet et nord-ouest de la Péninsule sous lear propre nom; au centre 4 se mèbM alix vaincus, ils prirent les noms de Geltibériens et de Lusitaniens^ Ce qai se {lassait en Espagne avait aussi lieu en Italie; les Sicanes et les Li^^s furent repoussés jusqu'en Galabre et en Sietle.

Les Celtes vainqueurs dane les deux Pénia« suies se mêlèrent avec les habitants des plaines centrales , tandis que les Ibères se mainieBaîent aux extrémités* La civilisation grecque ûb ro« maine se superposa à ces éléments primitife^ mais nous en parlerons ailleurs.

Maintenant^ sur quoi fondons^notis nof f e opinion pour n admettre t comme fait général 1 qu'une migration celtique, lorsqu'il sembleraii qu*il y a eu une migration antérieure aux Gdteft propre» ment dits»

Le voici : tout ce qui est antérieur aux Celtes est tellement vague et incon&a, qu'il n'y âp*s possibilité de présenter d'une manière satisfai^^ santé l'histoire de ces premiers temps. La migration des Ibères n'a pu précéder de beaucoup celle des Celtes , et n'en peut être détachée

meM; il y a apparence, au OMttraire , qu'dle n'a été qu'une praaaière aociété oa aggi^atioa que la masse celtique poussa sans cesse devant elle. Enfin, cm peut, sw des documents assee vraïsem^ Uabl«s, rapporter les Ibères aux Celtes.

Nous ne pouy<»is mieux faire, pour établir ce rapport, que de transcrire la série de conclusions que M. Michelet ' emprunte à M. G. de Humboldt ;

1** JjO rapprocbement d'anciens t^mes de lieux de la Péninsule ibérienne avec la langue basque, montre que cette langue était celle des Ibères ; et, comme ce peuple paratt n'avoir eu qu'une langue, peuples ibères et peuples parlant le basque, sont des exfnressipns synonymes ;

2^ Les termes de lieux basques se trouvent sur toute la Péninsule sans exception, et par conséquent, les Ibères étaient répandus dans toutes les parties de cette contrée;

5^ Mais, dans la géograpbie de lancienne Espagne, il y a d'autres noms de Keux qm', rapprochés de ceux des contrées habitées par les Cel* tes , paraissent d'origine celtique : ces noms nous

* Eclairdssemeiits , H%$t. de ftaneey 1. 1^ p. 4S7 et suiv.

indiquent , au défaut de témoignages historiques, les établissements des Celtes mêlés aux Ibères ;

A^ Les Ibères, non mêlés de Celtes , habitèrent vers les Pyrénées , et sur la côte méridionale. Les deux raœs étaient mêlées dans l'intérieur des terres, dans la Lusitanie et dans la plus grande partie des côtes du nord ;

5'' Les Celtes ibériens se rapportaient, pour le langage, aux Celtes d où proviennent les anciens noms de lieux de la Gaule et de la Bretagne , ainsi que les langues encore vivantes en Prance et en Angleterre. Mais, vraisemblablement, ce n'étaient point des peuples de pure souche gallique, rameaux détachés d'une tige qui restât derrière eux. La diversité de caractère et d'institution témoigne assez qu'il n'en est pas ainsi. Peut-être furent-ils établis dans les Gaules à une époque anté-historique, ou du moins ils y étaient établis bien avant (avant les Gaulois). En tout cas, dans leur mélange avec les Ibères, c'était le caractère ibérien qui prévalait, et non le caractère gaulois, tel que les Romains nous l'ont fait connaître;

6* Hors de l'Espagne, vers le nord, on ne trouve pas trace des Ibères, excepté toutefois l'Aquitaine ibérique , et une partie de la côté de

la Méditerranée. Les Calédoniens, nommément» appartenaient à la race celtique, noD à Fibérienne.

T Vers le nord, les Ibères étaient établis dans les trois grandes îles de la Méditerranée; les témoignages historiques et l'origine basque des noms de lieux s'accordent pour le prouver.Toutefois , ils n'y étaient pas venus, du moins exclusivement, de ribérieoude la Gaule; ils occupaient ces établissements de tout temps , ou bien ils y vinrent de l'Orient;

8"* Les Ibères appai*teûaîent-ils aussi aux peuples primitifs de l'Italie c<mtinentale? La chose est incertaine; cependant on y trouve plusieurs noms de lieux d'origine basque , ce qui tendrait à fonder cette conjecture ;

9" Les Ibères sont différents des Celtes, tels que nous connaisscms ces derniers par le témoignage des Grecs et des Romains, et parce qui nous reste de leurs langues. Cependant, il n'y a aucun sujet de nier toute parenté entre les deux nations; il y aurait môme plutôt lieu de croire que les Ibères scmt une dépendance des Celtes, laquelle en a été démembrée dé bonne heure.

Ainsi nous voyons, par le témoignage de deux hommes qui font autorité dans ces matières, les

Celtes et les^ Ibères lie présenter» malgré leurs différences, comme des démembrements très probables d'un même peuple. La distinction que l'on peut établir entre eux peut provenir de leur départ, non simultané, mais successif; et leurs ressemblances proviennent de leur homogénéité primitive , et de la fusion qui s'est opérée entre

Plusieurs auteurs ont fait deux races difSérentes des Celtes et des Ibères; d'autres les ont absolument identifiés. Ce qu'on en pourrait conclure , c'est qu'il y a eu un monde ibérien avant le monde celtique ; qu'on en trouve quelques témoignages dans les lieux où se sont établis les Celtes, mais que les opinions, qui font un mépie peuple de ces deux nations^ autcH'isent à penser qu^il y a eu fusion fàdie de ces démembrements mal définis, et qijie cette fadUté pouvait avoir pour cause la com"- .munauté d'origine. Sous le rapport historique; nous revenons donc toujours à cette grande dis* tinction des trois migrations, les seules qui soient nettement dessinées, et dans chacune desquelles peuvent être confondues les nations qui s'en rapprochent pour les temps et pour les lieux. Ce n'est pas prétendre nier qu'il y ait eu et qu'il y ait.

pour dés investigateurs profonds, matière à des recherches intéressantes ; elles peuvent avoir pour résultai d'établir des oppositions que nous ne ré* voquons pas en doute, mais nous ne les trouvons pas assez tranchées pour croire à une migration distincte, et antérieure à toutes, des Ibériens. C'est sons ces réserves que nous donnerons comme Gdtes les Sicanes et lès Ligors, dont nous aurons à parler plus tard. On peut dire des Ibères ce que dit Mannert des Ligures avec beaucoup de sagacité, qii^ils ne dérivent pas des Celtes, que nous connaissons dans la Gaule, mais que pourtant ils pourraient être une branche sœur d'une tige orientale plus ancienne. *-

Les Celtes s'appelaient Gail ou Gaël, mot dont les Grecs ont fait keltes , et les Romains galli. Originaires déf l'Asie, ils sont yenxis à une époque antérieure à celle où commencentiios connaissances historiques sur le nord de l'Europe, s'établir dans le pays qui, d'aprèis eut, a été nommé les Gaules, dans les tles Britaniïiqiies, dans une partie de IItahe, et dans les contrées bordées au nord par le

* MiCHBLET, t. 1, Hist. de France, p. U7. Extrait de l'ouvrage

de G. DB HUMBOLDT.

Danube, au sud par les Alpes, et à l'ouest par la Paunonie; c'est-à-dire, dans la Suisse , la Souabe, la Bavière, les Grisons et F Autriche daujour^ d'hui. C'est, à ce qu'il paraît, en suivant les Ibé^ riens, sortis comme eux d'Asie, et en remontant la rive droite du Danube, qu'ils se sont avancés vers l'occident. *

Les Celtes, par la position qu'occupent aujourd'hui leurs descendants incontestés , sont les premiers, parmi les essaims partis d'Asie, dont This* toire et la tradition nous entretiennent. En effet, si l'on veut considérer que ces masses se poussaient l'une l'autre en avant dans leurs mi^ati^ms^ les Celtes nous apparaissent à l'avant-garde. Us peuplent aiyourd'hui les extrémités de l'Occident. Ceux qui les ont suivis plus immédiatement s(mt encore aujourd'hui leurs voisins les plus rapprochés. Cette observation n'est peut-être pas sans valeur, si on ne perd pas de vue, comme nous le disons , cette espèce de flot successif qui faisait avancer les générations ; une nouvelle déplaçant les précédentes, et les poussant ainsijusqua ce que la terre leur manquât. Alors seulement corn-

f ScRcu., Tableau des peuples, p. 25

mencèrent les Aisions entre ces éléments, et de cette fusion naquirent tous les peuples modernes chez lesquels il est encore facile de reconnaître les traces des variétés d'origine, comme dans ces variétés on ressaisit les monuments d'une identité primitive.

Quelques écrivains cependant refusent d'aller chercher si loin la source des peuples modernes ; Schœpflin est celui qui a le mieux, ou du moins le plus savamment attaqué Tôrigine asiatique des Celles.

I/opinion de Schœpflin sur les Celtes est renfermée dans ces trois points : ^

1' L'ancienne Celtique est la Gaule;

9* Les Celtes répandus en Europe venaient de I^Gaule;

S"" Les Celtes étaient uapeuple tout différent des Ibères, Germains, Bretons, Belges et Aquitains.

Chacune de ces opinions est vraie jusqu'à un certain point , mais elles deviennent fausses toutes les trois par l'extension que l'auteur leur donne et par 1 application qu'il en fait.

^ ScHŒPFLUf , yindiciœ celticœy id. als, iilustrata periodus cellica, t. 1, initio.

Sur la première question, il s'appuie de l'autorité d'Hérodote ; mais il n'a pas rapporté tout ce que dit Hérodote. Cet historien place des Celtes autour des sources du Danube. C'était donc là encore, suivant lui, une partie de la Celtique. U en place autour de la ville de Pyrène ( c'est une erreur d'Hérodote, il voulait dire les monts Pyrénées); il en trouve encore au-delà des colonnes d'Hercule.Yoilà donc trois points hors desGanles où Hérodote place des Celtes.

Schœpflin s'appuie aussi sur Àristote , qui donne le nom de Celtique à ce que nous nommcms la Gaule. Ce n'est pas ce que l'on conteste; mais ce nom n'était-il donné qu'à la Gaule seule. Enfin , il invoque l'autorité de Polybe. Celui-ci , comme les autres, se trouve dans une situation qui doit faire négliger, dans la question, l'opinion qu'ils émettent. De leur temps, la Germanie éibait incopnue , ainsi que la plus grande partie des Gaules. Ceux qui en parlaient étaient des charlatans qui spéculaient sur la curiosité.

Diodore de Sicile *, en plaçant les Celtes dans les Gaules étend les Gaules fort loin, puisqu'il dit

* Livre 5, p, 509, édit, Riiodom.

que les plus féroces des Gaulois sont voisins de la Scjthie. Diodore eAtend donc rAllemagne. Strabon ^ reconnsdt s^ussi plus d'une Celtique. En effet, dans la description de l'Espagne, il dit que le pays situé autour du Guadiana ' était Eabité par des Celtes.

Plutarque * dit que les Belgea étaient les plus puissants des Celtes , et occupaient la troisième partie de toute la Celtique. Ainsi Plutarque fait Celtes des peuples que César * fait issus des Germains*

U est vrai qu*€in général les auteurs anciens, et plus particulièrement les latins, semblent dési* gner la Gaule par le nom de Celtique; mais ce nest pas exclusivement, comme nous venons dç le voir. D'ailleurs^ il n était pas question pour eux de longues recherches d'origine , mais de désignations actuelles. On ne peut conclure de leurs assortions qu'mi seul fait : c'est que» de leur temps, les Celtes étaient bien là où ils les plaçaient, et cela n'est pas en question.

La seconde opinion de Sc^œpflin, est que tous

* Strabon, liv. 2, p. 107;

> SrààBOH, Itv. 5, p. 159—135.

' Plutarque , in QBêore.

* César, de bello gallico, liv. 3, ch. 4.

les Celtes venaient de la Gaule. C'est trop se hâter de prononcer. De denx choses Tune, en effet; ou les Celtes n'ont jamais vécu ailleurs que dans la Gaule, et alors ils sont ce que les Grecs appellent Autochthones, ou ils viennent originairement d'une souche quelconque. Nous n'avons jamais entendu soutenir que le premier homme ou le premier peuple aient pris naissance sur la terre de France. D n^est point possible d échapper à cette alternative. Que certains Celtes, qui ont promené leurs armes dans le monde» soient sortis (fe la Gaule , nul ne le conteste ; mais que tes pre^* miers habitants de la Grèce ou de l'Italie soient des Celtes gaulois» c'est ce qui n'est entré dans la tête d'aucun écrivain. Les recherdies que nous allons faire nous feront remonter bien haut avant de trouver cette source première.

La troisième question a été en partie résolue par la discussion précédente sur les Ibères ; le reste de ce livre répondra à ce qui peut rester douteux.

Pelloutier, dès le début de son savant ouvrage , prononce d'une manière absolue que les Celtes sont des Scythes*; toutes ses recherches, et elles

* Hiit. des Celtes, t. i, p. i.

sont aussi nombreuses que savantes , tendent à établir ce point de départ. Si on lui a opposé des difficultés, on peut dire qu'on n'a point répondu à l'ensemble de ses preuves, et que l'opinion qu'il soutient avec une foi entière a survécu aux controverses dont elle a été l'objet.

Les anciens géographes, Strabon * et Ptolémée, désignent les Celtes par les noms de Saces, de Titans» de Scythes, de Oelto-Scy thés, Gomariens ou Gomérites, suivant l'opinion des écrivains qui veulent que les Celtes descendent de Noë par Gomer , son petit-iils.

Ptolémée nous apprend que les Saces qui habitaient les bords du Jaxartès étaient le même peuple que les Curetés et les Gomariens. * Pline dit que les Perses donnent le nom de Saces aux Scythes , a proximâ gente ,. du nom d'un peuple voisin. • Nous avons déjà eu lieu de faire cette remarque. Or, Ptolémée remarque que les Gomariens avaient en Bactriane une ville nommée Chômer. Déjà nous voyons des Gomariens, qui sont

* Strabon, Uv. Il, p «07, 511; liv 1", p. 55.

* Liv. 6, ch. 15.

* Lif. 6, ch. 17.

su

des Celtes, être le même peuple que les Saccs, qui sont des Scythes , et cette assurance nous est donnée par les plus imposants témoiguages et les écrivains les plus considérés de Tantiquité. La Bactriane nous apparaît ainsi comme le séjour où ont vécu Scythes, Celtes et Perses, car on y a placé lanaiss^ce de Zoroastre. Quelle que soit dès-lors^ l'incertitude qui existe dans les traditions, nous sommes déjà, et sur des autorités respectables ^ fixés sur ce point, que les Celtes et les Scythes ont porté le nom de Saces, et que, par conséquent, les rapports d usages, de traits, de mœurs, de culte, quels qu'ils puissent être, sont appuyés par le nom commun qui désigna^ les deux peu* pies.

Nous avons donc eu raison de dire que si nous sommes fondés à distinguer aujoui:4.'h,ui les peuples qui ont couvert l'occident de l'Europe , nous voyons ces différences s'effacer en remontant à leur origine; nous les voyons même se confondre en arrivant au point d'où les traditions et les historiens les font sortir.

A Tautorité de ces anciens écrivains, à celle de Pelloutier , chez les modernes , nous pouvons ajouter celle de Pezron, qui a été comhattU; parce

qu'aucun livre, surtout dans ces matières, n a pii éviter de Tètre, mais dont le nom n'en est pas moins recommandable. Un nombre infini de Geltes, dit-il, ayant envahi presqu'en même temps la Thrace, la Grèce, l'île de Crète ou Candie, prit alors le nom de Titane, si célèbres dans l'antiquité fabuleuse. Ce nom de Titans, dans la langue des Celtes, signifie hommes de la terre; or, les Grecs faisaient les Titans fils de h terre ^

Remarquez, ajoute Pezron , ^ qu'avant que les Celtes eussent porté le nom de Titans , on leur avait donné celui de Saces ou de Saques, en latin Sacœ. On prétend que ce mot injurieux, qui équivaut à celui de méchant, vQleur, leur fut donné par les Par thés, que les Celtes avaient violemment chassés de leur pays et de leur société ( le mot parthe veut dire séparé). Les Parthes apprirent ce nom de Saques aux Perses qui descendaient d'eux. Quoiqu'il en soit, de cette transmission du nom de Saçes, des Parthes aux Perses, ce que nous n'admettons pas, noua voyons, dans l'opinion de Pezron, les Parthes séparé» des

* Pezron^ Antiq. de la nat. celte, p. 9, 10. 2 /d.,p. 11.

Celtes, avec lesquels ils avaient été en communauté de pays et de société; les Parthes et les Perses appartenir à la même famille ; les Saces être des Celtes, et par conséquent des Parthes, et, de plus, être le même peuple que les Scythes. Ainsi, au nom de Strabon, de Ptolémée, de Pline, d'Am^ mien Marcellin, de Pelloutier, de Pezron, sans nommer bien d'autres autorités, demi nous pourrions nous prévaloir , et que Pelloutier fournît abondamment , nous pouvons dire qu'il y a communauté d'origine entre les peuples que nous avons désignés, et qu'on a séparés arbitrairement.

Le nom qui leur fut commun à tous est celui de Saces ; et il n est pas sans importance de remarquer, dès à présent, que leur séjour pendant qu'ils le portèrent fut le voisinage de l'Imaûs ; c'est le plateau le plus élevé de la haute Asie.

En somme, et pour ne pas accumuler outre mesure des preuves que de nombreux ouvrages fournissent abondamment, nous sommes entièrement fondés à rattacher historiquement les Celtes à la haute Asie, à les rapprocher des Scythes conmoie deux fractions d'une souche jadis com-

mune. Les faits d'un autre ordre qui nous restent à examiner, confirmeront cette opinion.

Nous ne nous sommes adressés jusqu'ici qu'à la géographie et à l'histoire. Les usages , les mœurs, la constitution phy^que des deux peuples, nous conduisent aux mêmes résultats.

Les Celtes et les Scythes, au rapport de Pline, avaient une taille élevée , le visage blanc , les cheveux blonds et épais, les yeux farouches*; épithète que corrige Tacite * en disant farouches et bleus. Ne semble-t-il pas voir la description de ces hommes du nord , qui sont encore aujourd'hui ce qu'étaient leurs ancêtres il y a tant de siècles, et ne retrouvons - nous pas cette conformation aussi bien dans les peuples que nous convenons descendre des.Gekes, que dans ceux que nous dérivons des Goths ou des Oermams? Les Scythes, dit Hérodote,' se nourrissaient de lait, de la chair des troupeaux, de la chasse, et néghgeaient l'agriculture ; caractère commun à tous les peuples qui viennent de migration asiatique , et tout-

* Prjni, liv. 3, ch.78.

^ Gbrm., ch. 4.

' Lirrc 4, p. 2$i ttjniy.

à-fait fcmdé sur la nature; car tout peuple agriculteur s attache au sol que son travail a fécondé, et l'on peut prononcer à coup sûr que tout peuple émigrant en masse est nomade et chasseur, comme les Scythes ou les Celtes, ou pirate comme tes Normands du moyen âge, mais jamais cultivateur. Les Celtes gardèrent Tong-temps cette manière de vivre, et le pain qu'ils mangèr^t fîit fait dé glands à la manière des Pélâsges. Observation qui s'étend plus loin, comme on voit, que l'objet spécial que nous traitons, et qui n'est pas sans importance, pour constater Torigine celtique des Pélâsges.

Les Scythes * consacraient au dieu de la guerrfe des bocages, dans lesquels ils élevaient quelques chênes d'une hauteur prodigieuse. Ils arrosaient les chênes du sang des victimes. Les Gaulois* avaient le même usage, er les Gaulois sont Celtes.

Ces similitudes seraient bien extraordinaireis , si elles se trouvaient communes à deux peuples sortis de points de départ dilférenïé; elles auraient éveillé sans nul doute l'esprit de recher-

* Hiêt. univ., t. 8, p. 351.

^ REiSf.ER, y^nt. sept., diss. 5.

che et d'investigation; quelle sera donc leur valeur si elles ne sont invoquées que comme un moyen à l'appui de données plus positives encore, si elles sont fortifiées par d'autres similitu* des auxquelles nous consacrons un chapitre particulier, pour ne pas scinder un ensemble dont les parties se prêtent un mutuel appui. Nous voulons parler des langues : ne serons-nous pas fondés ensuite à rattacher à la même source deux peuples, que le temps a séparés depm's, sans effacer poifirtant les traces de leur fraternité primitive.

Nous n'avons traité qu'une partie de la question dans ce que nous avons dit jusqu'ici. Les peuples dont il nous reste à parler ne sont pas moins certainement que les autres originaires d'Asie; c'est ce que l'histoire de la civili^tion nous démontre : nous savons, dit Herder,* quelle est l'origine des Lapons, des Finlandais , des Germains, des Goths, des Gaulois, des Esclavons, des Celtes et des Gimbres. La comparaison de leurs langues , ou du moins des débris qui en restent , la connaissance que nous avons de leurs

anciennes migrations , nous permettent de déterminer, dans une immense étaidue de l'Asie, la place qu ils ont occupée sur les bords de la mer Noire et dans la Tartarie, où Ton retrouve encore quelques vestiges de leurs premiers idiomes.

La vérification de cette assertion est ce qui va nous occuper maintenant : quoique nous ayons vu ce qui semble le plus important, puisque c'est l'histoire des peuples évidemment les plus anciens , nous ne présenterions qu'un tableau incomplet et contestable si nous ne parlions pas des autres* Les mêmes phénomènes à observer nous serviront de méthode de vérification et de confirmation pour ce que nous avons dit jusqu'ici.

L'histoire du nord compte à peine quelques pages : chez les peuples les plus connus, elle ne remonte pas au-delà des Romains , et ce que nous savons de ces nations barbares ou nomades, est ce que l'homme se rappelle de sa naissance ou de ses premières années* ; à peine s'il reste quelques débris des plus anciennes. Leur origine est encore

* IIerder, t. 3, p. 1218.

ssî

in<!i()tièe cepenliaht pbr des traces dd leÙFS^ km^ gties , de iéurs tiaditiôiis , de leuti inceùrs:

Le Aom dô Geroiâms, pftr lequel hmé déd^ gnons maintenant les peuples de TAli^ïiagne, n'était pas connu de la nation à laquelle tious Fap* plk]uons. Les Germains se donMîent le nonidé Teutons, et, danslenr^vièim chants natsonaiux; ils Élisaient remonlëlr leu^ opig^é jn^u au didn Tuiscon ouTuistoii , &k de la tërve.' Ce dieu était en vénération parmi teâ Gei^ttttiins él ^f tni Uk Celtes, sous le nom de Theuth ou Teuth, que les Grecs confondaient aVeô Mercure, ce qpi fait dire à Tacite que les Germains âdbiiMtprfn*k cipalement Mercure.^ ' '-

Le niéme Tacite semble disposé à Considérer les Germains comme autochthones. Gela peut se comprendre dé la part des Romains, ^iii s-étaiént peu occupés de Torigine poss^é tf tfn peuple qu'ils considéraient, avec assez de.^aiscnâi'd'aiU leurs, comme barbare, malgré le bût mév^l que put avoir Tacite, en feisant Félogeide ses mœurs, pour les opposer à la corruption des Ro«

^ Tàcitb Germ , chap. â.

^ Demcrib.,CiEîm,,ù.9.

T. I. ai

ïaaift^ Nqus . ayasts. vu déj» que - toutes les traditions mettent: lA.tbçrceâu. dju .g€^i?e biuniiaiii 911 A^e» LeStHjébreux attribuent Torigipe^doç AUepdands à lii^ fils de Gomer/ £9 pa^eau^ çoijiflaïQna*» lipoi sur Gefle préteuti^Q de ' to?it raqoieuer à . un bbmxm et à^ Ui»e latooille , ,on peut observer jtpie IftsdivreB sacrés4tttpibii9nt du pMHus lea Germaine et* les Cg^ à la /«ji^fepi^ bps^a^c^ , . pug^ ^

trouve» t^avoirpqur fière le pièoiçijtfiner.. Ce fîb d«i Go«ier avait pour Jjœw j^^kpnpz,(,q\iQ l^n dit avoir été ♦uwi Ipp^re.des^.Plirygieng.' Cette ccpiniunauté-d^ Phrygiens et dçs Al)emapd|Sf on iprétend: j'appuy?* ^1; des rapports, ^^ Ifoi^ gués* qui, effectivement, existât, mais q^iipourr T^t; [aicattriB ips|»fl&s§pfs,.,;faiil«,d'étrç.',îipï»if es {»a|> d'atitre^ preuve»! On.<a<|^i:^teDjil(t quei^-som f}p ;P)bçyg|e;is . ^U^ . le nu^ifij?. que celui <du Jiieiiple «iOKiadei ]/9i)Brygien/s^, G^p^^ci pi;ei;ia}eAt leur i^om 4ë Brigê^f qui, ^^ans la langue/dçs Tbraçe^, si; gmfk Ubws, peuplflplibfreg%ÇtettÇ;.SjP du nOo) des Phi^^î^us montrei;?f t qv,'^.sçir^t dér

• • • If

* Genèse, ch. 10, v. 5.

* Pbzron., Jniiq. des CeUeij\). 2aê, , u; .

* 7^'d.^ p. S99 et SUIT. :/ . m u\

rivé de la même • racine que les mots Frey, Fr jsQsts, Ffanof, et on eu >à cqocIu que lés Francs de Germanie étaient origÎMÎres de Phrygie.*

Ces rappDi'ts nodâ paj^aissent trop peu comr plets pour prouyer autre chose que des liens entre les deux peuples, sans confirmer cf&e Tun dérÎYe imimédisKement d^ l'autre. Tcms deux semblaait pluliôt v«Air, d'après c0$ analogies i du peuple le plus ancien dont les migi'atîons nous soient connues» c'est-à-dire des Celtes ou Scythes qui ont peuplé UJh^'ace , et se sont étendaâ le long

des côtes 4e la Proppntide et d^ l'Asie mi* neiffe.

Quoiqu'il en soit de çe& origmes^ elles ne pm^ vent en rien attéi^^r I) filis^ion^primitive^puis-» qu'elles a altèrent pp^it^a descendance des pre^ mières races de la haute Asie^ Nops laitons que sous la d^ominatio^ dip, GermaiQj^ » on oonfeuf dait plusieurs n^atipus, établies, dès la plus haute antiquité^ depuis la v}v§ gauche idu 3)ani^ jus* qu'aux exti:éwités. dq inpp4, qt.enlr^Jë Abln et la Vistule. Tous ces peuples forment deux grandes familles, les Teutons et les Scandinaves, L'o-

* De Brosses, ^cad. des Inscript , p. 478, t. ^, à la noie.

rigine commune de ces deui branches est manifesle, mais si reculée, qu'oii serait tenté de les regarder comme différentes, si leur langues, malgré les variétés considérables qu elles présentent , ne portaient un certain caractère commun qui les distingue de toutes les autres. *

Une de ces branches peuple ce que nous nom« raons aujourd'hui l'Allemagne , l'autre la Scandinavie, patrie desGoths, dont la langue n'est autre que l'ancien tudesque.

Les différents peuples dont parlent Tacite et Procope* sont Gothiques, on vinrent s'établir après les Goths et se confondre avec eux. Il y a plus, Grotius et Seringham * soutiennent que les Gimbres, les Gètes et les Goths, étaient un seul et même peuple. Cette question , il est vrai , est restée douteuse aitre les critiques; mais nous pensons qu'elle ne l'est que pour un certain temps et sous un certain point de vue. Que le temps ait amené un peuple à se diviser, et que ces deux fractions aient porté des noms différents;

* ScRŒLr, Tableau des Peuples, 54.

* Procope, De hello vand., liv. 1", ch. 3. 5 Hiët. univ., t. 51, p. 554.

que chacune d'elles se trouve ensuite da«ks des circonstances historiques différentes, e*est de que Thistoire présente: comme incontestable ; maïs il ne s'ensuit pas que ces distinctions doivent remonter jusqu'à l'origine de ces peuples. Jjes nations que nous voycms peupler FËurope sont des fractionnements successifs; il n'est pas besoin d'une étude très approfondie pour saisir Tenseuxble de leurs rapports. Ces rapports existent entre tous les essaims détachés de l'Asie septentrionale, moins les Huns qui appartiennent à une portion plus reculée de l'Asie. Dans la - question spéciale, onpeul^donc convenir de la vérité re* lative des deux opinions. On a pu distinguer les Gètes des Goths, parce qu'ils ont été séparés; on a pu les confondre, parce qu'ils sont évidemmeqt originaires de même race , et rentrent dans celte grande catégorie que Tacite^ caractérisait par une grande taille, des yeux bleus, des cheveux blonds, et que Horace «appelait cœrulea pubes , le peuple bleu,' caractère des Gotbs et des Lombards non moins que des Germains. Leurs rois étaient flat-

* De Mor., Geam., c. 4.

^ Hor, lib. épod., épode 16, ad, pop, romanum.

tes d«i nom de/làvivSy qu% tiraient de la touleur Upnde de leurs cheveinc; et les Vandales sont désignés dans Proeope par le nom de peuple aux cheveux dorés/

Si beaucoup d'écrivains font des Gètes et des Goths des peuples différents , comme Cluvîer,* il en est aussi , comme nous venons de le dire , qui les réunissent en un seul. Les partisans de la distinction ne peuvent mêihe disconvenir qu'ils habitàssent le même pays. Cette fusion, amenée par la conquête, n'empêchait pas, ajoutait-on, les Gètes d'être Scythes d'origine, et les Goths tudesques.*

L'attention la plus scrupuleuse ne parvient pas à trouver une différence marquée dans ce que les anciens nous disait des traits, du teint, des usages de tous ces peuples. Grotius* a examiné cette question de la communauté du langage , et il établit que le gothique était le langage des Gètes et des Massagèles en Scythie, en Thrace, dans le Pont. Les Daces et les Gètes, au rapport

* De hello vand., liv. 1", ch. a.

* Germ. Antiq., Uv. 5, p. 626.

3 D'anyillb, Acad. des Insc., t. 50, p. !a5&

* GuoTiBs, prœfatio ad proeop.

de Strabon.V parlaient h mémeUàgue. Oi^Mr trcwTe eii£X>r8, cbes le» Twlares, d6Sr|)éta[4ai)9g (pii parlent ranoîeiuie langue gathiqui^^* «t^ daofi Sfud^er/ lés Tartare& dbrélîens. de }Préepp^ Oftt lenrs livres saerés^ écrite :dbÉis lé ^qi|»me:««iiia^ tfere qo'amploya' UiphiJais, preBmr: évéqliQ dte Goths. M aUet confirme ortte c^wv^îto . Sm^ son inUràductiofi à TfliâtM're cle /Xfih^e^mri^* ;v*> ! L'éccitlire • ruoiqpie » dttrâ /- ei^ > 'vriaj^mfcEl^^lem^it un art <Ie TAiâîë, tra&spoy^té/en JS^i?ope. ^^eq les peupjles qui sont vjWus- s'y; établir» & l%tbjh Isi» attrait ^:à jniteittt^r un^ ;çara€tèi^ t conm^t l'p^lr^ prétende quelques ^uuti^çHrs, coumeiit jafaw^itr^i^ pas pençé à prepfke vceluj .4e^ <|Glreps; lia ajoiitjj^ différ^ts QfiraiQ|bèrQ$:iiicQpftii^ mu anciens Scpn*

délaves* ' cooiip^ oya J^i i^oit jpar. la comp^aisjp^

> te

ai;^ les in^cr^pûans pa^sem^ sur les i;^^^ du nord. Uatvçien alphabet n a:^ait qae ^^ii^ \fX^ très , il ^. £adipjt .plifs .poqr re^re de&.^ns éj^caïf ; gers à 4a la^gu^e^. |[oiihiq.ne 9 et la. tr^duc^iop. j^s rendra. néqçssair^s^.UjpW^ pnt jqs invejQlç«>..ç^

* D'anville, Jcad^ de» Jmcript,, t. 30, p. *240 ' Cononum Uafog. dyi\a$tia H'uUjothorum.

Fîntention db tout \m être attribuée. Des voya-* geiirs dignes de foi eut m des earactères ïwîu ques daiis les déserts de la Tartane. . G'est de œ |yays que sont nioiùfestement swtis les.ess»ms q« ont peuplé la Scandinavie. Les ScandinaTeft n'ùat fait aucmie expédition dans leur audenne patrie depuis qu'ils ont embrassé la foi». U en résulte que récriture nmique rient de FAsie.'

Yoilà bien les ' Seandina ve$ ou Gotbs origi* naires, suivant Mallet, de la Tartane ou du pays des Scythes, ainsi que les Gètes. Les premiers, venant de Scytllie par la Scandinavie; les Gètes,. venant de Seythie directement ; mais tous deux d'un point dé départ primitivement le même.

Les Goths et les Gètes ont donc une origine scythîque. On serait peu fondé à chercher dans rasservîssement d^un peuple à l'autre des preuves d'une source distincte. Nous n'avons pas besoin de remonter si haut pour voir des peuples, bien autrement rapprochés par le lien commun de la dvilisation actuelle, combattre avec un acharnement de barbares; et des populations décimées par des conquérants de même race;, l'histoire es est

* Inirod d VHUt, de Dann , 229, »0, in-4".

remplie. Le Franc Gharl^onagae en a donné un assez grand exemple ; les temps modernes en ont fourni un plus douloureux encore.

Après avoir vu que les Goths ont une origine scythique, et avoir attribué cette même origine aux Celtes , il peut paraître surprenant que quelques auteurs fassent des peuj^es celtique^ et ger* maniques des peuples entièrement distincts. Tous deux originaires de la Scythie asiatique, mais émigrés à des époques différentes , ont subi des influences diverses , qui ont dû altérer leur ressemblance primitive. Cette observation aura sans doute été perdue de vue par les partisans de la sépa* ration de cesdeux familles. On peut dire qu ils ont Ëdt sur une plus grande échelle ce que nous avons vu tout à rheure au sujet des Gètes et des Goths.

L'assertion de Schlegel, qui trouve moins de ressemblance entre le slavon» l'arménien, le celte et le sanscrit, qu'entre cette dernière langue et rallemand, ne prouverait rien autre chose qu une migration plus ancienne « si d'ailleurs lassertion même ne pouvait être combattue. Nous rapportons au livre consacré à l'analogie des langues quelques raisons et un exemple qui prouvent qu'elle peut l'éire avec avantage.

Au reste, la séparation des deux j^uples re-^ monte à une si 'haute antiquité, que ces analogies ne peuvent être cherchées que ^r les choses qui appartiennent à Tenfance de Thumanité. Nous avms vu plus haut que les Gehès ont eu leur berceau au même point d'où émane la i^urce de toutes ces comparaisons.

Schlegel ne parle pas seulement du celtique , mais du slavon et de l'arménien : celte opinion pourrait recevoir quelque explication d'un fait assez- remarquable qui la justifie en Fédaireissànt» Les écrivains septentrionaux font peupler la Scandinavie avaoït la Gerïâatiie , contre l'opinion (le Cluvier. La nature même du pays qu'il fallait traverser s'oppose à l'opinion de Cluvier et favorise celle des auteurs sepfetetrîonaux. Pour gîïgner la Germanie , en fratersant le Pont-Ëuxin, il était nécessaire de posséder dfes moyens dé navigation qui n'étaient pas- au pou* Voir des premières migrations. Si fort *frrt, au contraire, la route qu'offre natùreUemeritla'twbe, sans avoir recours à des moyens qui supposent une civilisation déjà avancée, on arrivera de là Scythîe asiatique aux premiers étaWisseixiewfe des Goths ou Scandinaves, c'esl-à-dire à la préà*

qu'fle Scandinave. On retrouve ensuite les Goths aux environs du Pont-Euxin , et c'est pour cette raison qu on a prétendu qu'ils y avaient fait leur première résidence. Plus d'une tradition * établit, au contraire, que les Goths s'étendirent de la Scandinavie vers la Germanie, et qu'ils remontèrent de la Germanie aux confins de l'Europe et de l'Asie. Quand ils furent poussés en avant , au quatrième siècle , par les Huns qui les chassèrent des bords de la mer Noire, ils reparurent, remon* tant la rive gauche du Danube , pour traverser la Germanie actuelle ou se superposer aux populations celtiques qui avaient précédé leur marche. On voit là les traces d'un double séjour des Goths, sinon tout-à-fait aux lieux de leur origine, au moins sur un territoire que les anciens comprenaient sous le nom de Scythie. L'assertion de Schlegel y trouve une explication assez plausible, d'autant plus qu'il ne faut pas l'accepter comme aussi rigoureuse qu'il la présente; la ressemblance plus ou moins grande constate le fait même de la ressemblance; c'est ce qui nous importe avant tout. Les Germains avaient, par consé-

* Hi$t. univ.^ t. 51, p. 564 — 566.

quent , pu réunir aux identiiés résultant de cette origine les nouveaux rapports produits par le rapprochement.

U résulte de ce qui précède , que lorigine des nations germaniques, comme celle des Celtes euxmêmes, se rattache à la souche commune asiatique de Tun et de l'autre côté de Flmaûs. Les Celtes sont les premiers séparés de ce berceau commun ; et y soit que les migrations postérieures eussent pris un nom nouveau , du nouveau lieu qu'elles avaient habité, soit que ce nom ne fut qu'une épithète distinctive, adoptée par chacun, pour aider à reconnaître les branches du même arbre , on trouve à chaque pas des preuves d'identité, et aucune qui conduise les peuples, sous quelque nom qu'ils nous apparaissent, à une au^e souche.

Si les anciens ont eu le tort de ne pas désigner d'une manière plus exacte les peuples qui habitaient ces contrées, on peut ne pas Iwr en faire des reproches sérieux. Quel intérêt, en effet, avaient-ils à mieux distinguer des pctiples qui leur présentaient des caractères tout-à-faît semblables, et dont les mille noms n'étaient que des désignations de frimilles plutôt que des délimitations de peuples. Il est assez étrange, au reste, de

Toir les mêmes historiens, qui font remonter tous ces peuples à Japhet et à Noé, par Gomer ou Magog, se donner tant de peine pour établir des différence entre eux. N'est*il pas évident que, soit qu'on adopte avec rÊcriluré la filiation de la famille de Noé, ou que Ton regarde ces nc^oiis d'hommes comme une manière plas simple de s entendre sur une tradition commune, on arrive toujours au même résultat, qui est Thomogénéité primitive. Les écrivains sacrés ou profanes ne sont venus que bien tard, et ne sachant où trouver Torigme des noms de tant de peuples, ils ont pu les dériver d'une famille unique, dont les en* iants représentent autant de nations. Us l'ont pu faire, avec d'autant plus de vraisemblance, que toujours ils 01^ trouvé que leur descendance ne permettait pas de les rattacher à une autre source que les pays compris entre le Caucase et l'Imaus*

Nous ne terminerons pas ce qui a rapport ai(x Germains sans indiquer l'analogie qu'ils offrent avec les Persans, et sans emprunter, à ce stget, une observation de Maltebrun. ^

Je laisse aux orientalistes à décider si l'on peut.

par Tàfiibité des langues, tracer rorîgine de& Ger^ mains et dti^ Goths jusqu'à la Perse. Les Persans modenies, parmi leurs diverses espèces de versi* tication , en ont une qui ressemble beauccmp à celle des anciens Scaldes du Nord. Un pur Imssdii n'a pas pu faire naître à la fois dsms deux ceuirée^ éloignées l'idée d'un liiytlHue si singulier. Malte* brun emprunte lui-même cette observation à l'ouvrage de Gladwin. *

Les descendants des Scythes, ou Goths asia* tiques , qui s'établirent dans les régions sept en* trionalesde la Germanie, furent connas des Romains sous le nom de Gimbres. L'opinion la plus probable dérive ce nom de Cîmbres de kimber , mot gothique dont la signification répond à edle dé vaillant guerrier. Ils s'étendirent le long de la mer d'Allemagne ^ jusqu aux deux embouchures du Rhin, sous différents noms, et devinrent les ancêtres des Belges , nom que leur donnèrèiit les Celtes, et qui signifie habitans d'un pays bas.

Il paraît que ce fut à cause de cette niVâsion

* Dissert, on persian rhetoric., prosody a/iid rhyme by Francis Gladwin. — Calcutta, 1798.

^ Hist, univ., t 31^ p. 565.

qiie les Celtes du nord de la Gaule passèrent dans les lies britanniques. ^

hàs Gimbres furaoïi; connus des- Grecs sous le nom de Cimmétiens. On trouve dans quelques fragments de TalUîqaité que ces Cinimériens reconnaissaient eux-mêmes qu'ils étaient origmairement pasteurs de troupeaux, sortis de ces Scythes qa'cMfi appelait S^ms ; * qu'ils avaient autre^ fois habité TÂsie, et que de là les nomades j si amateurs de la justice « les avaient envoyée en cette colonie, Ces Cimbres, venus dés Saqu^ d'Asie , étaient sans contestation de véritables Celtes, comme les écrivains, qui en ont parlé l'insinuent assez. Une ancienne colonie de <?es Ci.itfbresy venue apparemment des. Eabis Méotides, ad<xinélé nom à la Gh«iîsonèse cknbrique, qui est aujourd'hui le Jntland , appartenant aux Danois.

. Ifous voyons ainsi , d'après les plus anciens té^ inoignages , les Cimhres, désignés par Pezron comme 4le véritables Geltes, et qui figurent d^ps l'histoire romaine comine les frèrefe des Teutons

* ScHŒLL., TKéMu des^Peupteêy p. S».

» Pbzron, p. *9, ^ntiq, des Celteé,

(Germains) , sortir cotswie ces dermers des Pallia Méotides. La question est de savoir comment ih y étaient venus. Gela résultera des recherckes que nous allons faire sur les Thraces.

Au nord de la longue chaîne des monts qui s'é* tendent sur le bord méridional du Danube , on trouvait la Pannonie, les deux Mœsies ou Mysies, pays arrosés par des rivières considérables qui se jettent dans le Danube, et qui étai<enf occupés par la nation sarmatique, esclavonne et illyriebne/ par des Gètes» de même origine qtie les Tbraces^ et divisés en plusieurs peuples qui parlaient divers dialectes d'une langue générale, dont celle des Thraces^ proprement dits était aussi une branche. Le nom de My si parait avoir été le plus ancien ek le plus général des Thraces septentrionaux ^ et voisins du Danube. Les diverses petites eilés qui se séparèrent du gros de la nation, prirent le nom de Bebryces, de Bryges (Phrygiens), de Mygdones, de Thyni, de Bithyni et de MoQdo^By tfaâiû, qui étaient ceux de divers cantons de la TfairaGe européenne. Le nom de Hiraces était devenu: cheï

^ Freret, yécad. des Inseript., t. i9, p. l$79. ^ Straboiv, t. f, p. 505.

les Grecs le nom général de toutes les nations Toisînes du Danube/ et les Gètes, malgré leur étendue, ne passaient que pour une portion des Thraces. *

fl n'est donc pas facile de déterminer les limites du pays des Thraces. Strabon donne une

même langue aux Thraces, aux Gètes et aux Daces , ce qui suppose cette langue fort étendue.

De toutes ces conformités, on peut conclure que les noms de Daces, de Gètes, de Thraces n'étaient ceux d'aucune nation particulière, mais une dénomination générale qui variait suivant les opinions des écrivains et le temps où ils écrivaient. On peut conjecturer que le nom générique, chez les Grecs et les Latins, était celui de Mysi que leur donne Homère, et qu'ils reprirent dans les désignations romaines.

Nous ne voyons pas que les nations celtiques ou germaniques aient pénétré dans ce pays pour y former des établissements fixes; ces peuples de la Thrace étant Esclavons ou Sarmates, apparte-

* lîéRODOTE^ liv. -t, p. 525.

' Strabon, liv. 7, p. 296-297.

T, 1, ii2

naient par conséquent à la dernière des trois migrations primitives ; car leisrs caractères généraux en font aussi des asiatiques septentrionaux , sur lesquels nous avons déjà donné notre opinion.

Slrabon/ parlant de la petite nation des /apodes, voisine de l'Illyrie et de la Garniole» re« marque qu elle a conservé l'usage particulier aux nations illyriennes et aux Thraces de se stigma* tiser.

Ces stigmates, marque de noblesse chez les Thraces 9 se retrouvent chez les Gètes, chez les Agathyrses, * qui peut-être ne sont autres que les Gètes, chez les peuples de Tile Britannique» qui n'ont quitté cet usage que sous la domination romaine; chez les Tongouses. La même coutume a été trouvée établie chez presque tous les peuples de TAmérique septentrionale. Comment des nations si éloignées se sont -elles rencontrées dans une coutume si singulière ?

Callimaque nomme Lygdamis, roi des Cimmériens, qui vinrent de la Scythie et des bords du

' Straboh, liv. 7, p. 515.

^ HiÎRODOTB^ liv. 4, p. 528.

Poût-Euxin. ^ n est probable que ce aom de Lygdamis avait été arrangé par les Grecs pour se conformer à leur prononciation. Les Thraces avaient comme les nations celtiques et germaniques To^ $2^e de terminer entre eux par les armes les questions douteuses, nouvelle preuve de leur an* x^ienne communauté d'origine.

Les anciens semblent n'avoir connu que deux nations dans la Ghersonèse cimmérienne : les Scythes qui occupaient les plaines avec leurs troupeaux , et les Taures ou Tauri qui habitaient les montagnes. Geux-ci ne pourraient-ils pas être considérés comme les descendants des anciens Cimmériens? Nous savons peu de chose de l'histoire et des coutumes des Taurin mais dans ce peu on découvre d'assez grandes conformités avec les coutumes particuli^es des Germains, qui sont Goths ou Scythes, nous ajouterons avec les Gau-^ lois qui sont Geltes. ^

Les Taures s'étaient retirés sur les lieux montueux^ après avoir été défaits dans une grande in-* vasion des Scythes, vers 624 avant J.-G, On peut

^ Callimaque , Hymke à Diane, vers 352. * Frbret , Inscript. ^ t. i9, p. 613.

bien se prêter à croire que ces Scythes tenaieift peu de compte d'une ancienne fraternité oubliée probablement, et que, dans leur ardeur de pillage ou de conquête» ils suivaient la même marche qui déjà leur avait été tracée par leurs ancêtres ou plutôt que la nature leur ofirait ; ainsi cette fraternité oubliée n'était pas un obstacle pour eux. Rien ne s'oppose donc à ce qu'on lire de ces conformités les conclusions qui s'offrent naturellement.

Us immolaient des victimes humaines à la divinité qu'ils adoraient; ils coupaient aussi la tête des ennemis tués en guerre , et en ornaient les maisons, de même que les Gaulois. Leurs rois avaient des hommes qui s'attachaient à eux, et qui s'engageaient par serment à ne pas leur survivre, quelque fut leur genre de mort. Les Taures, nation scythe , dit Stobée , * ensevelissent leurs rois morts avec leurs plus chers amis.

Les sacrifices humains faisaient une partie essentielle du culte religieux des Germains et des Gaulois. * Une loi des empereurs les abolit dans la Gaule, mais ils subsistèrent dans la Germame

* Stobée, Serm., 122, p. 614; De sepuUurd, 2 Casar, De Bello gallicOy liv. 6, ch. 16.

jusqu'à rétablissement du christianisme. L'usage de couper la tète aux ennemis tués en guerre était si commun parmi les Gaulois que Strabon ^ remarque que Posidonius le trouva établi dans toute la Gaule , et que , malgré Thorreur qu'il en avait conçue , ses yeux ne tardèrent pas à s'y accoutumer.

Hérodote dit, en parlant dès Scyihes, qu'ils étaient dans l'usage d'enlever la chevelure de ceux qu'ils tuaient en guerre. * On retrouve cette coutume parmi les sauvages de l'Amérique ; mais les Gaulois ne paraissent pas avoir connu ce raffinement

L'engagement que contractaient les amis des rois de la Taurique de mourir avec leurs patrons, était encore une coutume germanique et gauloise; lorsqu'ils n'étaient pas tués dans le combat, ils se donnaient la mort pour éviter la honte de survivre.

Enfin les Thraces étaient divisés en différentes hordes, comme les anciens Scythes et comme les Tarlares de nos jours. '

' StraboN) liv. 4, p. 198.

^ Hérodote, liv. 4, p. 510.

' Mbntellb, Encyclop. méthod , au mot Thraces.

Si nou$ n'avons pas oublié une série remarquable que nous avons établie précédemment au sujet des migrations des trois peu[^ [principaux, peut-être trouverons-nous « par la comparaison, quelques lumières à jeter sur la question embarrassée des Thraces. Nous avons dit que les Celtes occupant Textrémité de Toccident formaient ainsi mie première migration; que les Germains ou €oths occupant la ligne en arrière des Gaules représentaient la seconde, les Esclavons ou Sarmates la troisième. Il est évident de soi-même que nous n'entrons pas dans le détail des retours successifs que ces peuples ont pu faire vers leur berceau; en un mot, des laits secondaires que l'histoire et la critique ont à débattre, nous disons que ces trois migrations principales sont un fait primordial et dominant tous les autres.

Ce fait posé, et prenant en considération les remarques que nous venons de faire sur les Thraces et les Cimmériens , voyons si quelque chose de conforme à cette série ne se retrouverait pas parmi ces peuples. La péninsule que l'on nomme Chersonèse taurique s'attache au continent par une langue de terre qui confine à la Thrace, et au-delà de laquelle les anciens plaçaient la Scythie» Freret

étaUit que les Taures vaincus par les Scythes sont le reste des anciens Gimmériens, et que ces Gimmériens sont des peuples germaniques par leur langue et leurs usages. ^ Ils se retirèrent dans les montagnes difficiles à la cavalerie scythe, qui sont au midi et à lorient de la péninsule. Nous pouvons donc considérer les Taures ou anciens Gimmériens comme le produit d'une migration appartenant à la seconde époque. Nous avons déjà remarqué que la langue gothique s'est conservée chez les Tartares de Précop qui occupent le point de jonction entre la Thrace proprement dite et la Ghersonèse taurique, fait confirmatif de la migration germanique. Pour que lanalogie se trouvât complète, il faudrait que les Thraces qui se trouvent en arrière des Gimmériens ou Taures fussent des peuples esclavons ou sarmatiques, et que ceux qui les précèdent fussent des Geltes de première migration. Or, nous venons de voir que ropinion de Strabon * qu'adopte Freret * fait des Thraœs un peuple identique avec les Gètes et

* Inscriptions, t. 19, p. 612.

* Strabon, liv. 7, p. S05— 505.

* Inseript.y 1. 19, p. }Sr%,

les lUy riens, peuples sarmatiques ou esclavons; seconde analogie. Rien ne manquera à l'identité, si les premiers habitants de la Grèce sont des Celtes, et nous établirons ce point à l'article des Grecs.

Nous avons encore remarqué que les usages celtes ou gaulois se retrouvaient cheis. ces dîfiérents peuples. Il en est. de cette ressemblance comme des ressemblances générales que nous remarquons parmi les trois peuples, Sarmates^, Germains et Celtes , de la migration occidentale. L'origine commune en peut seule donner Fexplication, et nous sommes fondés à attribuer aux Thraces ,. aux Cimmériens , aux Taures ou Taur risques la même origine scythique qu'aux autres peuples que nous venons de nommer, et dont ils ne sont effectivement séparés que par des noms que nous avons déjà eu Toccasion de reconnaître comme des noms de peuplades, de familles par^ ticulières , contenues dans une même grande famille, dont tour-à-tour ils ont occupé les premiers rangs; ce qui a produit les différents noms généraux sous lesquels la même nation a été connue et désignée par les historiens.

Le temps précis de l'arrivée de ces peuples sur

les bords du Pont-Ëaxîn nous est ioconnu ; mais il est très ancien, puisque Homère qui vécut dans le neuvième siècle avant J.-G. ou peut^tre plutôt, parle dans l'Odyssée des Gimmériens comme d'un peuple situé au nord ou au nord«ouest de la Grèce.^

Ëusèbe les fait remonter encore plus haut, en citant une incursion des Gimmériens et des Amar zones dans l'Asie mineure,. qu'il place à l'an 1076 avant J,-C. *

Freret conjecture que les Gimmériens ayant passé le mont Garpath, et s'étant avancés le long du Tyras et de l'Hypanis jusque sur les bords du Pont-Euxin, se séparèrent des Gimmériens occidentaux qui étaient restés dans, la Germanie, et formèrent une cité indépendante. '

Hérodote les conduit jusqu'au Bosphore, qui feit )a limite de l'Asie, et après l'avoir traversé, les fait avancer jusque dans l'Asie mineure. ^

Ainsi la nation cimmérienne se divise en trois : ceux de T Asie mineure , la colonie de la Ghersonèse, le gros de la nation sur les bords du Tyras.

* Homère, Odyssée, chant ii, vers 14 ^ Chronique d'Eusèbe.

* Frbrbt, jicad.^ t. 19, p. 996.

* HéHODOTK, Uv. 4, p. 286.

Ceux de TÂsie mineure, formant moins une nation qu'une armée, furent successivement détruits au milieu de leurs pilkges. Ceux dé la Ghersonèse et du Bosphore se retirèrent, pour éviter les Scythes , sur les montagnes voisines de la péninsule. La masse de la nation rétrograda vers les monts Garpaths, et descendit la partie occidentale de cette montagne , vers les sources de la Yistule et de rOder. Ainsi nous voyons les Gimmériens ramenés au point naturel de transition vers les nouvelles demeures que leur assignent les historien^. De là , ils marchent par les bassins de la Vistule et de l'Oder vers des établissements nouveaux. Une partie reste sur le Bosphore de Thrace , et sur les montagnes où ils avaient évité l'invasion scylhe. Là ils reprennent successivement une partie de leur ancienne puissance en combattant les envahisseurs ; ceux que l'invasion a forcés d'émfgrer se dirigent sur la Baltique et cette nouvelle Ghersonèse, qui prit d'eux et des Gimmériens occidentaux qui les ont précédés le nom de Gimbrique.

Get établissement des Gimbres exilés dans le Jutland , et leur origine rattachée aux Gimmériens de Thrace , sont confirmés par les histo-

riens et les géographes, qui n'assignent point ime autre source au nom de Ghersonèse cimbrique, qui fut primitivement celui du Jutland. Dans la chronologie d'Hérodote, nous voyons la grande invasion des Scythes vers 624 avant Jésus-Ghri&t, et Maltebrun place vers 655, avant Jésus-Gbrist , Texpnlsion des Gimmériens de là plaine par les Scythask II n'y a donc qu'une différence de 30 ans qui, pour ces temps reculés et dans des traditions si confuses, ne sont pas une différence réelle. La vraisemUance s'augmente , si l'on considère que les Gimmériens Thraces ont dû retrouver dans leur émigration nouvelle , les Gimmériens occidentaux, auxquels les liait leur origine commune; et que l'asile n'était en effet qu'une réunion d'diéments séparés, mais identiques* ^

Les Gimmériens nous amènent naturellement à parler d'une des grandes divisions des peuples dont les migrations ont couvert une partie du nord de FEurope. G'est la migration esclavonne à laquelle nous venons de voir que se rattachent les Thraces. G'est à l'occident du Tanaïs que l'on

* Maltebrun, tom. 2.

retrouve des vestiges de ces anciens peuples compris sous le nom de Slaves , de Russes , de Bulgares, de Polonais, de Wendes. C*est le même territoire qu'occupaient, suivant Hérodote, les nations Scythiques qui portaient le nom (TAn^ drophages, mangeurs d*hommes , et MelancfUceni^ robes noires. *

Le nom de Slaves que se donnent ces peuples est un surnom de la même nature que ceux que se donnent les autres peuples, et qui tous sont des épithètes prises de leur langue; c'est ainsi que les Andes et les Yenèdes se nommèrent Slavi du mot Slava , qui signifie gloire , honneur , ce que nous avons dénaturé , pour en faire le mot opposé de serf, d'esclave.*

Les nations Slaves n'eurent pas comme les peuples germaniques qui les ont précédées, à lutter avec les Romains, aux possessions desquels elles ne confinèrent que par un point. Elles suivirent les migrations des autres peuples, ^ occupant les lieux qu'ils abandonnaient. Adonnées

* Jcad. des Inscript,, t, li, p. 59.

'^ Ibid.^ tom. 48, p. <îl.

•^* Heuder, t. 5, p. 187 et suiv.

à des travaux plus paisibles que leurs belliqnenx prédécesseurs, la plupart de leurs peu* plades mirent en valeur les terres qu'elles avaient trouvées épuisées ; mais la richesse qu'elles leur donnèrent devint la cause de leur malheur. Asservies, exterminées par les Saxons et les Germains du nord , les tribus qui survivent en Allemagne y sont réduites à la servitude, résultat de leur situation défavorable. Pressées entre les Germains à l'occident , et les Tartares à l'orient, leur civilisation naissante les rendit victimes de la férocité de voisins barbares. Le russe, le bohémien, le polonais, le croatîen , le bulgare, sont les dialectes de la langue esdavonne qui se divise comme la langue germanique. Ces langues, ainsi partagées, sont ellesmêmes les restes d'une langue primitive qui se rattache au point central dont tous ces peuples sont partis. Nous voyons que pour l'esclavon ce point est Toccident du Tanats , ancienne patrie des Sarmates.

À la suite des autres peuples les Slaves s'étendirent depuis le Don jusqu'à l'Elbe , et depuis l'Adriatique, jusqu'à la Baltique. Ën-deçà des monts Garpaths , leur territoire comprenait

depuis Lavenbourg et le Meckienbourg la Poméranie , le Brandeboui^ , la Saxe , la Lusace, la Bohème , la Moravie > la Silésie , la Pol(^e , la Russie. Au-delà de ces confins ils s'établireDt en Yalaquie et eu Moldavie. Enfin l'empereur Héraclius les reçut en Dalmatie , et ils fondèrent» à divers intervalles , les royaumes de Slavonie , de Bosnie , de Servie et de Dalmalie. Leurs tribus occupèrent en outre le sud-est de TÂllemagne, depuis la Marche du Frioul ; leurs domaines se terminaient avec la Styrie » la Carinthie et la Garniole.

Il est vraisemblable que la langue des Slaves s'est formée , ainsi que le grec , le latin et Tallemand , du sanscrit/ L'ancienne langue slavonne s'est altérée par la dispersion des peuples qui la parlaient; mais la coi^ormité des radicaux lui assure cette origine. Cette langue n'eut pas d'alphabet jusqu'au neuvième siècle : alors , deux moinés, deux frères, Constantin et Métfaodius^ dont le premier portait le nom monastique de Cyrille , inventèrent l'alphabet slavon, formé sur l'alphabet grec , auquel ils ajoutèrent plusieurs lettres.

*■ Reiss. Gramm. russe, Introduction.

Cet alphabet n'est pas aujourd'hui généralement en usage. Les rapports différents que le voisi* nage établit entre les différentes parties de la nation amenèrent des changements dans les usa* ges. En Pologne, on adopta les caractères latins, les caractères allemands dans la Bohême.

Les Slaves de Russie ont été soumis par des étrangei*s, les Warègues, originaires de Scandî^ navie/ Ils ont introduit des mots Scandinaves ou gothiques. Depuis ce temps, on employa deux langues en Russie. La langue de FËglise demeura la même; mais la langue populaire devient un mélange de slavon, de Scandinave, de tartare, de mots empruntés aux langues européennes.^ Ce dernier changement eut lieu depuis Pierre-le- Grand, et Fusage universel de la langue française dans la société russe, tend encore à augmenter la différence qui existe ^itre Fanciemie et la nouvelle langue.

Ainsi, la position des peuples slaves lesrapp^ aussi à ce foyer asiatique, occupé par les Scythes , auxquels ils ressemblent par les traits

* TiÀNMÂN, Beeherches sur Vhist. des peuples de l'Europe: ^ Aiiss, Gramm, russe, Introduction.

du visage , et par la langue qui les rattache à la même source. Leurs migrations les y rapportent encore, car ils ne paraissent qu'à la suite des Germains , des Gotbs , des Celtes plus anciens encore; et si on accorde que ceux-ci soient asiatiques, il n y a aucune possibilité de le nier pour les autres. Nous avons d'ailleurs quelques autorités à faire valoir, qui sont de nature à éclairer encore cette question.

Les Esclavons, dit Gromerus,^ sont les anciens Sarmates, que les anciens distinguaient en asiatiques et européens. La plupart des auteurs ^ grecs et latins les confondaient avec les Scythes, et cette opinion a été partagée par des auteurs modernes entre lesquels nous distinguons Cluvier.

Plolémée, Solin , Pomponius-Mela , Hérodote, en font deux nations, quoique voisines et limitrophes. Mais tels sont les points de ressemblance entre les deux peuples , que les peuplades sont tantôt données à une nation, tantôt à l'autre. Cluvier fait des Bastarnes un peufde germain;

* Cromerus. De rehus polonorum^ liv. 1", ch. 12. ^ Strabon, liv. 11, p. 507.— Plinb, liv. 4, ch. 12. — Clcvier, liv. 1", ch. 2, p. 17, Germ. antig.

Strabon les fait Scythes * et les rapproche des Germains, Ptolémée Sarmates. Ce dernier classe parmi les Sarmates les Finnois, qui devaient être à Torient de la mer Baltique.

Jomandes ' place les Wendes ou Y enedes au nombre des Sarmates. Ces Yenedes s'étant fort étendus dans la Sarmatie , y avaient changé leur nom en celui de Slaves ou Sclaves.

Diodore et Trogue Pompée, abrégé par Justin , font descendre les Sarmates ou Sauromates d'une cdionie de Mèdes que les Scythes avaient transplantée sur les bords du Tanaïs. '

Le président de Brosses* croit les Sarmates des Mèdes fugitifs. Nous voyons donc les Sarmates et les Slaves, dans lopinion très recommandable des auteurs que nous venons de citer,. se confondre avec les Scythes, avec les Mèdes, qm", dans tous, les livres des Asiatiques, ne sont autres qu'une fraction du grand peuple d'Iran.

* Géog,. Ut. 7, p. 306.

' JoRNANDBS, De rébus geficis, cfaap. %. ' Frbret, Mém. sur les Amazones, t. âl, Acaâ.deB Inscript. , p. 110.

* Acad. des Inscript., t. 5», p. «18.

Toujours même nécessité de les ramener soit à l'un , soit à l'autre, parce qu'aucun n'avait un caractère assez distinct pour être isolé de cette nombreuse descendance que toutes les apparences réunissent

On trouve des Basilii (ou Scythes royaux) dans Strabon,^ qui semblent associés aux Jaziges, et ces Jaziges étaient Sarmates. Les Sarmates plaçaient dans l'île Leucé, ou l'tle Blanche , le pays des âmes, où les guerriers vont habiter après leur mort, occupés des mêmes exercices que pendant leur vie.^ Cette idée oiii sont aujourd'hui les sauvages de l'Amérique, était aussi celle des anciens sauvages de l'Europe , Celtes, Thraoes, Scythes et Âzes septentrionaux.

A côté de ces races celtique , esclavcmne , germanique, nous voyons paraître, qucHque dans un état de décadence prononcé , les peuples de race finnoise : ce nom leur est donné par les Scandinaves ou Goths, mais les Russes les désignent sous le nom général de Tchudoi. Les cheveux roux, la tète grosse, les joues enfoncées,

* Livre 7, p. 506

» jécad. des Inscript., i. 35, p. «29, à la note

semblent lés traits caractéristiques de leur phy-

sionomie*

Ces peuples s'étendent encore de nos jours à rextrémîté septentrionale de l'Europe, le long des côtes de la Baltique , et même jusqu'en Asie* Il faut sans doute attribuer à la différence des climats et aux alliances diverses que leur situation géographique les a conduits à contracter, la

diflFérence que l'on trouve dans leur apparence physique. Ceux qui se rapprochent des Slaves et autres Européens, sont supérieurs pour les traits et la taille, au reste de leurs frères; ceux qui confinent avec les Asiatiques empruntent , au contraire , à ce peuple un caractère qui les rapproche des Tartares. Enfin, ceux d'entre eux qui occupent les régions les plus septentrionales, sont dans des conditions pires encore, car la dégénérescence les a frappés sur tous les points. Le noni de Finnois n'est pas connu parmi eux , et leur histoire n'est pas moins obscure que leur origine. On n'en parle qu'à l'occasion de leurs vainqueurs, les Scandinaves goths et les Russes. Il paraît qu'ils s'étendaient anciennement sur la

* Mentelle et Maltebrun, t. 2, p. 165.

plus grande partie de ia Scandinavie , sans qu'il soit permis de fixer positivement quelle partie du territoire de la Norwége et de la §uède actuelle ils occupaient. Outre les Lapons et les Finnois , cette même souche comprenait, en Europe, les Ingres, les Esthoniens et les LivonienSi» Ceux qui lui tenaûent de près sont les Permiens, les Wogouls, les Wotiaks, les Tchérémisses, et si Ton compare les langues, les Hongrois doivent être compris dans la même famille. C'est au moins une opinion soutenue par beaucoup d'auteurs, et

dont nous parlerons bientôt.' Aucune des nations finnoises n'a joué un rôle

sur la terre, toutes sont empreintes des caractères d'une dégénérescence qui ne peut être attribuée qu'à leur froid climat et à leur misérable existence. Nous exceptons, bien entendu, ceux que leur mélange rattache aux races plus favori*sées qui les avoisinent dans la partie la plus méjridionale.

Les Permiens sont le plus remarquable de ces peuples finnois, et les Islandais les présentent ^comme un peuple autrefois riche et puissant. Ce

* Herder, t. 5, p. 171.

que l'Otr peut soupçonner , c'est qu'ils se livraient au ccKnmerce, et servaient d'intermédiaire au ccfflimérce de la Perse et de l'Inde. Ds prenaient les marchandises sur la mer Caspienne pour les conduire jusqu'à la mer Glaciale, ou ils les échangeaient contre des fourrures qu'ils vendaient aux^ Orientaux. *

La couleur de leurs cheveux tes rapproche jus-^ qu'à un certain point des races scythiques eiiropéennes; mais nous venons de dire que leur& traits les rapprochent plutôt des Tartàres asiatiques. Plusieurs de leurs peuplades sont effecti'* vement plutôt tartàres que finnoises. Tous ces caractères peuvent faire supposer, sans trop d'invraisemblance, que ces peuples sont un mélange de Tartàres orientaux et de Scythes caucasiens, que le commerce a amenés dans les temps les plus reculés aux extrémités du nord, et que l'affreux pays qu'ils habitent, les privations de tout genre qu'ils ont endurées ont réduits, comme les végétaux de leur climat , à l'état dé dégénèrescmce dans lequel nous les voyons.

Nous ne devons pas aller plus loin sans dire ua

* Msf^TELLE et Maltebrun, t. 2, p. 167

mot des Lapons, qui occupent rexlrémité cle la péninsule Scandinave. Chassés par la migration gothique ou seconde migration, ils apparti^menl par conséquent à une migration plus ancienne ^ à moins qu'on ne veuille croire qu'ils soient Àu-^ tochthones ou Aborigènes. Cette opinion parait moins probable encore si on l'applique à ces peuples. Si elle a quelque part un caractère moins invraisemblable, c'est à-coup-sûr dans des ccm-ti*ées plus favorisées que celle qui nous occupe.

L'historien de la Laponie , Jean Scheffer , * c croit que la Laponie n'a point été appelée de la c sorte , parce qu'elle est la dernière contrée de c la Scandinavie et à l'extréipité du golfe bothni^

< que,^ mais parce qu'elle est habitée par les Lti-

< pes y dont le nom , dans la langue des Finons € (Finnois), veut dire chassé du pays et poussé c jusqu'aux régions les plus reculées. >

Ce nom de Lapons n'est pas celui qu'ils adoptent ; il né leur est donné que par les étrangers. Finnois, Suédois, Moscovites, et enfin par les Al^ lemands, qui les ont nommés Lapons et leur

* Jean Scheffer, p. 2, in-^.

pays Laponiè. Dans lenr langue et entre eux ih nomment leur pays SabmietUadtù

Les Lapons sont les plus petits hommes du nord : ils sont laids et courbés. Leur difformité payait venir du peu de soin qu'ils ont deuxmêmes. Leur visage est pâle, basané; leur corps noir et comme roux, ce qui tient sans doute à la fumée qui les environne sans cesse dans leurs cabanes. Ils ne peuvent vivre hors de leur pays, et les aliments de nos climats plus doux ne leur conviennent point.

Les Lapcms tirent vraisemblablement leur origine des Finnois ou Finlandais. ^ Ils se donnent le nom de Sabmi, les Finlandais en la leur Swmh et ces deux noms ne diffèrent que par la manière de les prononcer. Us se ressemblent par les traits et par les inclinations, au point qu'on' n'y trouve point de différence appréciable; seulement les Finlandais sont plus grands et plus gros. Les Lapms d'ailleurs avouent cette descendance. Ils assurent * qu'ils descendent d'un certain Miescha^

^ SCHEFFER, p. 19.

' Ibid, p. 21.

giesche, et qu'ils ont appris deleurs ancêtres qu'il vint de la Finlande en Laponie.

Deux opinions cependant se sont fait jour sur l'origine des Lapons. Les uns les font Tartares ^ les autres purs Finnois. La vérité sans doute est entre ces deux opinions ; certains caractères rappelant, comme nous venons de le dire, la race des Mongols , d'autres la race du nord. Le pays d'ailleurs s'étend à l'extrémité de l'Asie et de l'Eur rope, et il était impossible que le mélange n'eut pas lieu. C'est là ce qui donne un caractère parti* culier à ces peuples reculés, et ne permet pas d'en faire absolument une première migration purement septentrionale; certaines peuplades sont même presque exclusivement tartares.

Leur langue doit être nécessairement asser pauvre, et c'est dans cette pauvreté même que se trouve l'explication de ce fait remarquaMe, des variétés qui la distinguent d'une peuplade à l'autre. Quand un des territoires se rapproche d'un pays avee lequel il est en communication de commerce, la langue se modifie sur ses rapports. € C'est pour cette raison que les Lapons de Toma € et de Kimi étant plus près de la Finnonie, et « ceux de Tuhla et de Pitha,et encore plus ceux

€ SUinay parlent les langues de la Suède et de la « Norwège.* >

La seule comparaison bien authentique qui puisse être faite sur leurs langues , est celle qui les rapproche des Finlandais. * La ressemblance avec les langues tartares est moins sensible, sauf dans les lieux où ces populations sont étroitement liées à cette source. Scheffer donne une liste de mots évidemment différents dans les langues de ces deux peuples ; mais il infirme son propre témoignage, en publiant également une liste de mots finlandais et lapons qui ne se ressemblent pas, et cependant il dérive les Lapons des Finlandais. Le soin même qu'il prend de ne rapporter que les mots qui diffèrent , peut faire supposer qu'en poussant le rapprochement plus loin, on trouverait des analogies qu'il néglige ou qu'il attribue aux temps où les rapports des peuplades les justifient.

En résumé , les traits déformés de ces peuples accusent, comme nous l'avons dit, une dégénérescence qui ne permet pas de les rattacher distincle-

^ Scheffer, p. I<î0.

* /Wd , p. lÊfO.

ment à aucune souche. Ce qu'on retrouve les fait soit Tartares orientaux» soit Finnois, et plus probablement Finnois. Ainsi rien ne les exclut de la possibilité d'appartenir à la première migration celtique ; car les Finnois eux-mêmes se rattachent probablement à la souche asiatique sepientrio» nale.

Nous avons parlé dçs Hongrois comme d'un peuple que l'on confond, principalement sous le rapport de la langue, avec la race finnoise. Nous ferons d'abord observer que c'est à tort qu'on lui donne ce nom de Hongrois; il se donne à lui* même le nom de Madjars ou Madgiares. C'est SQus ce nom qne le connaissent les Turcs, le(& Tartares et les peuples asiatiques; celui de Hon» grois vient des Allemands, qui en faisaient des Huns.

Le grand nombre de mots finnois qui se trouvent dans la langue des Hongrois semblerait faire croire qu'ils appartiennent effectivement à la race finnoise ou tchoude. Il est difficile pourtant de se prêter à une communauté de race , et surtout de famille, entre une nation remarquable par la beauté de la taille et des traits, et les peuples les plus informes de la terre. Cette langue d'ailleurs

renferme un grand nombre de mots slavons^ turcs, germaniques, même persans et arabes/

Si les Madgiares sont des Finnois , ce sont les seuls peuples de cette race qui aient pris place parmi les conquérants. ' Il paraît qu ils s'éta» blirent d'abord sur le territoire des Baskirs, entre le Volga et le laïk. Les Petchénègues les dispersèrent comme ils fondaient le royaume des Madgiares sur. les frontières de la Perse. Ils secoururent l'empereur Ârnolphe contre les Moraves. La Pannonie, la Moravie, la Bavière, la haute Italie, soufirirent de leurs ravages ; mais ils furent repoussés à leur tour, et tellement af£iiblis, qu'on n'eût plus rien à craindre d'eux. Aujourd'hui, mêlés aux Slaves, aux Germains, aux Yalaques^ ils sont réduits à un petit nombre, et leur langue sera probablement éteinte dans peu de siècles.

Il n'y a rien là qui rappelle le caractère finnois, constamment soumis , et auquel on demanderait vaiiiem^t, au moins dans les documents trans-» mis par l'histoire, des traces de cette humeur errante et belliqueuse.

* ScHŒLL, Tableau de» peuples, p. 98.

' Herder, t. 5. 175.

l^e territoire hongrois fut occupé successivement par les Wendes ou Vandales / à la fin d& quatrième siècle, ensuite par lesGoths, par les Huns d'Attila. Mais ces Huns furent vaincus par les Goths et les Gépides et repoussés du pays. Ce ne furent donc pas les Huns qui le peuplèrent. '

Une autre nation scy the, les Avares ou Abares, qui prennent aussi le nom d'Ogors, dans quelques historiens byzantins, prennent la place des Huns.' . Le prince qui commandait à cette nation est appelé Cagan par les historiens du Bas-Empire. Ce nom ne peut être considéré que comme une trans* position à la personne du titre consacré au rang. Nous le retrouvons dans les peuplades tartares. Ce titre de souveraineté, qui n'est autre que notre mot khan, venait donc de la Scylhie. comme celui qui le portait, comme ceux qu il guidait.

Dans rhistoire généalogique des Tartares, composée par Âbulgasi - Bahadur , les Madsars ou Madgiares sont nommés comme contigus aux Unisses, Bashkirs, Ulaques, nations établies sur

* Mentelle et Maltebrun, t. 4, p. 104.

* D'anyille, Acad. des Insc.^ t. 50, p. 240. «7&id,p. 241.

les rivières de Tin (Don) , d'Âtel (le Volga) et de Jaigik (le Jaïk).

Les Avares ou Âbares venus de Scytbie œmme les Huns, combattus par les Goths et les Gépides, ont été connus sous le nom do Huns^Àvares, et ontvpu donner au pays le nom de Hunawaria ou Hungaria. ^ Toutes les distinctions que les auteurs hcmgrois s'efforcent d'établir entre les Hongrois et les Huns-Âvares, n'aboutissent qua en faire deux différentes races de Scythes.*

À côté de cette similitude de langue, nous trouvons donc d'autres caractères qui rattachent les

Hongrois ou Madgiares à la grande famille scy the. Le territoire d'abord; leur conformation, qui les élève au-dessus des Finnois; leurs mœurs, qui sont celles des peuplades belliqueuses de l'Asie septentrionale. Au reste , ces Finnois ne sont pas partout également dégénérés; ils sont les intermédiaires du commerce entre la mer Caspienne et la mer Glaciale ; ce commerce se faisait par le Volga, oiï nous venons de voir l'établissement des Hongrois. Il est assez vraisemblable que les deux

* MiîfT. et Maltbbrun, t. 4, p, 104.

*' tbid, p. 105.

peuples ont eu de nombreux rapports; mais, par ces rapports mêmes , ils se lient aux autres peu* pies Scythes. Ainsi, nous maintenons que les trois familles principales, celtique, esclavonne, germanique-Scandinave, ont leur point de départ, par rapport à l'Europe, à Toccident de la mer Caspienne ; qu'elles n'avaient pu venir à ce point que de l'autre côté de cette mer, et qu'elles appartenaient ainsi à la souche asiatique, que nous rattacherons bientôt au plateau central de l'Asie, ou plutôt au versant septentrional de ce plateau, dont la partie la plus élevée est, suivant nous, le point de départ de toutes les populations dites caucasiennes.

La marche de ces populations, dans leurs ramifications nombreuses, offre moins de certitude que celle de la race arabe ; mais cette incertitude, qui empêche de les suivre pas à pas dans leurs établissements, au milieu des forêts et des marécages du nord, n'empêche pas de les retrouver toutes à leur berceau. Séparées par des barrières plus marquées du lieu de leur origine , les traditions durent s'y obscurcir avec plus de promptitude et de facilité; aussi est**ce dans cette branche septentrionale que la barbarie fit des ravages plus

rapides. Ne la condamnons pas trop promptement toutefois. C'est aussi là que se formèrent ces populations vigoureuses, qui rendirent à l'humanitéy épuisée par les Romains, l'énergie qui a présidé à une civilisation plus puissante. C'est à elle que nous devons celte république européenne où s'unit aux arts des peuples civilisés la force redoutable des barbares. Union féconde, qui a préparé à l'humanité une ère de progrès et d'avenir, dont rien ne peut marquer le terme , que la mesure même des facultés humaines. Nul ne saurait l'assigner; car la route parcourue dans le passé ouvre un champ sans bornes à l'avenir.

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