ENSEIGNEMENT INTÉRIMAIRE
La Flèche par M. Sébastien de La Porte , docteur en médecine , seigneur de cette môme terre , à la condition qu'ils élèveraient successivement deux pensionnaires sortant des familles Junlin ou de Valleau , ses parents.
Dans sa délibération du 24 juin , le bureau fixe les places que ses membres doivent occuper dans les actes publics du collège.
Le 48 février 4764 , le bureau adressa au roi un mémoire touchant les avantages d'an établissement militaire dans le collège de La Flèche. II demandait que la jeunesse française y trouvât les moyens de se préparer aux carrières de la Magistrature, de l'Eglise et des Armes.
Cette pensée fat immédiatement discutée dans le conseil du roi, et saisie, comme venant résoudre une des difficultés prévues au moment de la création de l'Ecole militaire de 4754, spéciale et nullement préparatoire.
La réponse favorable ne se fit pas attendre ; car, par ses lettres patentes du 7 avril 4764 , moins de deux mois après l'envoi de la requête du bureau, le roi Louis XV établit à La Flèche un pensionnat de 250 gentilshommes , qui devaient y être élevés, nourris, soignés et vêtus aux frais de l'ancienne dotation de cette maison, et, au cas de nécessité et d'insuiBsance , sur les tonds de l'Ecole militaire , dont elle devenait une annexe.
Les articles V, VI et VII de ces lettres patentes font mémoire des preuves de noblesse à fournir et établissent les conditions d'âge des enfants , à' savoir de huit à neuf ans jusqu'à celui de dix et onze et pour les orphelins jasqn'à treize. Il y est dit qu'il est créé 250 places à l'Ecole militaire de Paris pour pareil nombre d'élèves sortis de La Flèche à 44 ans.
L'article VII dit que ledit collège royal sera régi et administré par un bureau composé de l'évèque diocésain qui y présidera , du lieutenant général et du procureur de la sénéchaussée de La Flèche, de deux notables qui seront choisis par le roi parmi d'anciens gentilshommes retirés du service , du maire de la ville et du principal du collège, se plaçant, pour la préséance , dans l'ordre ci-dessus porté. En cas d'absence de l'évèque il peut être remplacé par tel ecclésiastique désigné par lui, conformément à l'édit du mois de février 4763.
Par l'article IX , le roi nomme un inspecteur, nourri et logé dans le collège et prenant rang dans le bureau après les deux gentilshommes notables et anciens officiers. Le roi se réserve d'envoyer au besoin un ofllcier de TEcole militaire de Paris pour vérifier si toutes les instructions données au sujet de ce collège sont rigoureusement suivies.
Les autres articles traitent du personnel du collège, des desservants de h chapelle, de la dotation de l'établissement, à l'exception des Papegaux de Bretagne et de la terre de Bonne, dont les rentes des premiers sont réservés pour les collèges de cette province et de la seconde sont acquittées par le collège de Laval. La fondation de l'abbaye d'Asnières est aussi enlevée au collège de La Flèche, la charge de l'éducation d'un gentilhomme à la
nomination du baron de Montreuil-Bellay étanl aequittée par le collège de Laval.
On ne reçut d'abord que 50 élèves , pour arriver graduellement au chiffre de 250, répartis dans toutes les classes.
Un mémoire du chevalier de Keralio , l'un des chefs de l'Ecole militain de Paris, daté de 4768, dit : < On ne pouvait mieux faire que de rétablit « le collège de La Flèche comme succursale de l'Ecole militaire de Paris, « Les élèves y sont d'avance éprouvés et triés. Leur éducation première < épargne ainsi beaucoup de peine aux maîtres , qui , chargés de la secondât € la rendront moins rude. »
Ainsi , M. le duc de Choiseul était presque arrivé à la solution du problême qu'on cherche encore aujourd'hui — le meilhur mode d'école militaire préparatoire pour l'écoh spéciale, — Nous nous trouvons encore aujourd'hui eu face de ce problème , compliqué de plus par notre état social qui veut que tout français, quelques soient les antécédents et les erremenfa de sa famille , jouisse du droit que lui donnent les lois ou les décrets.
Au départ des Jésuites, les archives du collège avaient été déposées ac greffe du Parlement. Par sa délibération du 24 juillet 4764, le bureai demande à rentrer en possession de ces mêmes archives.
Le 5 juin 4 764 , M. de Cotte, contrôleur et inspecteur général de l'Ecole militaire vint à La Flèche avec M. de la Touche, archilecle de la même école pour examiner tous les bâtiments du collège.
M. Lambert du Pont , trésorier de l'Ecole militaire de Paris , arriva bien tèt pour voir à ce que tout fût établi dans les vues du roi. Il fut décidi qu'on préparerait immédiatement le logement de 50 gentilshommes, que h principal , le sous-principal et les sous-maîtres logeraient dans le pensionnat; l'inspecteur, les professeurs, régents ^et chapelains dans le vieu^ collège.
Lorsqu'on 4754, l'Ecole militaire de Paris fut fondée par suite des démarches et efforts continus de M. Paris-Duverney, celui-ci reçut le brève d'intendant de cet établissement avec 6,000 livres d'appointements et 1( même rang cfue le directeur des Invalides. M. Lambert du Pont, avocat fut nommé trésorier de l'hôtel avec les mêmes appointements que l'intendant et resta, jusqu'à la mort de M. Paris-Duverney, son fidèle et habil< collaborateur.
Le 24 août 4764, le roi nomma les sieurs de la Barberie et du Hauthier ray pour remplir dans le conseil d'administration la place des deux ancien gentilshommes; M. du Pont de La Motte, inspecteur et contrôleur du col^ lége , M. de Boissimon , chevalier de Saint-Louis , inspecteur des grand élèves, et H. Peffaut de la Tour, médecin ; mais, quelques mois après, i fut représenté au roi que les vieux services du médecin Le Jau deman daient qu'il fut réintégré au collège dans les fonctions qu'il y exerçait; l
roi décida donc qu'il en serait ainsi et que M. Peffaut de la Tour aurait la larreillance. Le sieur Drouault fut nommé chirurgien et le sieur Farcy eonsultant.
Le conseil reçut à cette époque Tarrôt du Parlement portant envoi en possession au collège de La Flèche des biens qui lui appartenaient en exécution des lettres patentes du 44 juin» S4 novembre 4763 et 30 mars 4764.
M. Dupont de La Motte fut installé, le 45 octobre 4764. en qualité d'inspectenr ; il était parent du Trésorier de TEcole militaire de Paris. Il a laissé des mémoires journaliers et plusieurs petits cahiers successivement retrou- Tés et qui sont déposés à la bibliothèque du Prytanée.
Nous en avons extrait différents détails utiles; en général, ils donnent me idée assez exacte de la société de La Flèche à cette époque.
M. Dupont de La Motte nous parait avoir mené une vie un peu aventureuse avant son arrivée à La Flèche. Nous le voyons souvent embarrassé par la position où le mettait un mariage secret contracté en Allemagne, qu'il finit par régulariser quelques années après son admission au collège.
Dans les registres des mariages de la paroisse de Saint-6ermain-du-Val, nous trouvons, en effet, en date du 49 mai 4775 :
€ En vertu des dispenses et de la délégation de Mgr Tévôque d'Angers, € Nous, curé de la paroisse de Saint-Germain-du-Val , avons donné de € nouveau la bénédiction nuptiale à M. Stanislas-Henri-Pierre Dupont de c La Motte, inspecteur du Collège Royal militaire, y demeurant, et à « D"« Marie-Françoise Valpurge Scherbeck de Froberg , afin de valider un c mariage, contracté par eux en Allemagne en janvier 4763, sans la préc sence de leur propre pasteur, sans le consentement de leurs parents ou « sans Tautorisation de leurs tuteurs ou curateurs, en vertu d'une simple € permission de Mgr Tévéque de Spire , duquel mariage et union est issu € en décembre même année 4763 , un fils , tenu sur les fonts par le prince € Charles-Frédéric, margave de Baden et de Stochberg, et la princesse c Louise. »
Il est à présumer que M. Dupont de La Motte avait suivi l'armée française pendant la guerre de sept ans avec un emploi dans les fournitures de l'armée donné par Paris-Duverney, longtemps l'un des principaux munitionnaires généraux.
Par un acte de 4620, le sieur et la dame de Cornetz avaient fondé, du temps des Jésuites , une dotation annuelle de 80 livres de rente pour le prix d'une bourse qui devait être accordée au collège à un écolier entrant en philosophie. Le conseil l'accorda au nommé Beaupied.
Le20janvier 4766, on adressa une réclamation au duc de Choiseul au «ijel d'un écolier de 20 ans qu'un officier racoleur avait engagé de force et
blessé eu môme temps, ainsi que le constatait le rapport de H. Le Jau, médecin, et de M. Drouault, maitre-ès-arts, chirurgien du collège. On demanda au ministre d'accorder aux élèves du collège les mêmes privilèges dont jouissaient ceux des Jésuites, qui étaient à Tabri de pareilles violences.
Au mois de septembre 4766, le conseil rentre en possession des litres de fondation du collège.
Le collège de La Flèche fut affilié à l'Université par lettres patentes du roi, datées du 47 avril 4767. Ce corps voyait avec peine ce beau fleuron tenu depuis 4604 en dehors de sa couronne; il obtint de pouvoir faire réviser l'ordonnance du 9 novembre 4765, afin d'établir une parfaite concordance entre les exercices de la maison de La Flèche et ceux des autres institutions.
Au moment où le roi fondait une école militaire préparatoire, il était à craindre que les élèves , sortant de cette maison et passés plus tard dans les corps comme officiers ou cadets, eussent la prétention, sans avoir fait d'études spéciales à l'Ecole militaire de Paris , de jouir des prérogatives accordées par les édits ou ordonnances précédents, surtout au sujet de la croix de minorité des Ordres réunis de Saint-Lazare et du Mont-Carmel, et de la pension de SOO francs. L'ordonnance du SIS octobre 4767 y mit obstacle.
La Flèche devenait donc une école militaire préparatoire. Malgré ce titre, cette maison était néanmoins consacrée aux études scientifiques et huma* nitaires , tous les exercices de guerre étant réservés pour l'Ecole militaire de Paris. Elle était militaire, en ce sens seulement, que, tout en inculquant à ces futurs officiers toutes les connaissances et talents qui forment les hommes distingués, on étudiait avec le plus grand soin et leurs tendances et leur vocation, tant au moral qu'au physique, afin de n'envoyer à Técole de Paris que ceux qui devaient faire honneur à l'armée.
Le premier registre contenant les procès- verbaux du conseil étant rempli, il en fut établi un second qui fut contre-signe par M. Jacques-Denis Busson, conseiller du roi, lieutenant général en la sénéchaussée et siège présidial de La Flèche.
Ont signé au premier procès-verbal, comme membres du conseil : Busson, Labarre, curé. Maréchal de Lucé, La Barberie, Léger du Hauthîerray, Gdlloys, Dupont de La Motte, Donjon, principal, Davy des Piltières» receveur, Lespine, secrétaire.
Le jeudi 4 août 4768, eut lieu, au collège, le service de la reine de France , fille de Stanislas , roi de Pologne.
Des invitations furent faites à toutes les autorités civiles et militaires ainsi qu'au corps de la noblesse dont alors M. de la Roussière était le doven.
On tendit tout le tour de l'église et du porche en étamine noire de deux laizes de largeur parsemées d'écussons aux armes de la reine. Au milieu y le mausolée était surmonté de la couronne et des rideaux du service du dauphin , entouré de cierges et orné d'écussons aux mêmes armes.
Les bancs pour le clergé, les communautés et les différents corps de justice oa de la noblesse , avaient été aussi tendus en noir. Chaque élève portait im crêpe au bras. Le suisse en avait aussi à son baudrier et à son nœud d'épée
Les trois portes principales du collège étaient tendues en noir; on entrait par celle du bas de l'église. Le maitre-autel et ceux des chapelles avaient tous leurs ornements noirs et les cierges portaient des écussons partie aux armes de la reine, partie à celles de France.
Les Récollets , les Carmes et les Capucins vinrent processionnellement ao service avec la croix et les accolytes, chacun avec un cierge d'une livre et demie qu*on leur avait envoyé du collège. Ils étaient suivis par le clergé et les membres du présidial et de l'élection. Les membres de l'élection se placèrent derrière les prêtres et les religieux du côté de l'épitre, les membres du présidial symétriquement du côté de l'évangile. Les officiers de l'escadron de carabiniers en garnison à La Flèche, commandés par M. de M ontaigu , chef de brigade , se placèrent en tête des élèves ; de l'autre côté , en tête des externes, étaient les membres de la noblesse et les militaires de la ville. Un détachement de 34 carabiniers formait une double haie au milieu de la nef; quatre d'entre eux, choisis pour leur haute stature étaient de garde aux quatre coins du catafalque. Les chapiers de Saint-Thomas, le curé en tête , étaient placés devant.
Au bas des bancs des élèves et des externes, qui faisaient face à la chaire, étaient des chaises où vinrent s'asseoir les dames et autres personnes notables. Cet emplacement était fermé par des bancs à dos pour contenir le peuple qui remplissait tout le bas de l'église. La messe fut dite par l'abbé Lambert, sous-principal , et l'oraison funèbre prononcée par M. Donjon.
Ce fut le 25 août 1768 , qu'on donna aux carabiniers l'autorisation de placer leurs chevaux dans la maison de Saint-Jacques , qui appartenait au collège -
Le II juillet 1770, l'eau fut mise pour la 1" fois dans le réservoir; on n'en lâcha que 7 à 8 pouces qui furent % heures à se rendre depuis la source et 4 heures à remplir ce même réservoir. Ce réservoir de 37 mètres cubes, haut de 5 mètres , reçut les eaux et les distribua dans les différentes fontaines et lavoirs de la maison et dans les bassins du parc dont le plus grand a 51 mètres de circonférence. La source fournissant cette eau se trouve dans la Garenne des Sars, commune de Saint-Germain, à 17 mètres audessus du sol du collège. Ce fut l'un des derniers bienfaits de l'administration du duc de Choiseul , qui, ayant fait emprisonner cette source dans un
caveau de maçonnerie, en fît, sur une longueur de trois kilomètres, conduire l'eau jusque dans l'intérieur de l'école par un aqueduc et des tuyaux souterrains.
Le 40 septembre, un certain nombre d'élèves arrivés au terme réglementaire de leur séjour au collège furent conduits par un maître à l'école militaire de Paris. Ils emportèrent pour ce voyage du pain, de la viande et de l'abondance.
M. Donjon et plusieurs notables de La Flèche reçurent le jeudi 27 décembre 1770 la nouvelle de la chute et de l'exil de M. le duc de Choiseul. Ce ministre avait été le protecteur et le soutien de la maison de La Flèche.
Que seraient pour elle ses successeurs? N'entreraient-ils pas dans la voie des innovations? Telles étaient alors les préoccupations de tous ceux qui, de près où de loin, tenaient à sa conservation et au maintien de ses privilèges. Par contre, dit un mémoire du temps, le peuple espéra qu'il en ressortirait la diminution du prix du pain.
M. de La Barre, curé de La Flèche, devenu vieux et înflrme, résigna son bénéfice à M. Donjon, qui prit possession le 3 octobre 1771. Lorsque les sous-maîtres vinrent pour le complimenter, il les engagea à demander le sous-principal, M. Lambert, pour leur directeur. Ces fonctions furent données à M. Hamelin, qui fut installé le 13 octobre 1771 par le conseil composé de M. Busson, de M. de La Barre, ancien curé, resté le délégué de l'évèque, de MM. Maréchal de Lucé, de la Barberie, du Pont de La Motte, de La Rue, maire, et Hamelin. M. Dupont, arrivé avec M. Hamelin et M. de la Touche, architecte de l'Ecole militaire, étaient présents à celte séance extraordinaire.
Le 23 décembre de la môme année , on reçut une lettre du ministre de la guerre, M. de Monteynard, concernant l'établissement d'une infirmerie et d'une buanderie au collège, sur les fonds de l'école militaire.
L'infirmerie fut établie dans deux maisons qui appartenaient an collège et étaient situées vis-à-vis la porte du pensionnat. Sous la direction de M. de la Touche, l'exécution en fut confiée à l'architecte Simon, de La Flèche, attaché depuis longtemps au collège en cette qualité.
La fête du principal, M. Hamelin, tombait dans l'un des jours d'octobre; lorsqu'on songea à la lui souhaiter, il répondit qu'au collège , il ne connaissait d'autre fête que celle du roi.
Il était nécessaire de faire venir l'eau dans la buanderie, qui venait d'être installée au bas du parc. II fallut faire une saignée à la conduite des eaux. Ce qui donna la crainte aux habitants de La Flèche d'en manquer euxmêmes.
Au mois de mars 1 772 , un régent de septième conduisit des élèves eo promenade jusqu'à Mareil-sur-Loir. Par suite d'une très-vieille contume.
(ous ceux qui passaient par ce village le jour du MardL-Gras étaient tenus par les habitants à payer la somme de 5 sous. Les jeunes gens voulurent obliger ce maître de leur donner 3 livres pour lui et ses élèves. Il refusa et aurait été fort maltraité, si le curé et le père de l'abbé Boucher, qui demeurait dans ce village , n'eussent pas calmé cette petite émeute.
M. le marquis de Mon teynard, qui, en 4774, avait remplacé M. le duc deChoiseul comme ministre de la guerre, s'occupa de nouveau, en 477S, de Tëcole de La Flèche, et fit observer au roi que non-seulement il avait fondé en 4754 un établissement ayant pour but de former des sujets uniquemeni pour la guerre, mais encore qu'en confirmant, en 4764 , en faveur de la noblesse de son royaume l'ancienne fondation du collège de La Flèche, il avait exprimé la volonté que cette dernière institution devint un degré qai conduisit à la première devenue spéciale^ quand celle-là devenait préparatoire.
On éprouvait donc à La Flèche les dispositions des jeunes gentilshommes qui y étaient élevés et on ne devait recevoir à l'Ecole militaire de Paris que ceux qui auraient un goût décidé pour les armes. Les lettres patentes du 7 avril 4764, portant confirmation du collège de La Flèche , fixaient à 44 ans accomplis l'âge où ses élèves pouvaient être appelés à l'Ecole de Paris. M. le marquis de Monteynard proposa au roi une modification nécessaire et relative aux conditions d'entrée au collège de La Flèche.
S'il n'était pas possible , en effet , qu'un enfant reçu au collège de La Flèche à l'âge de treize ans fût en état d'en sortir à quatorze , à moins qu'il n'eut fait déjà de très-sérieuses études (ce qui était certainement bien rare) il ne Tétait guère davantage que des enfants de dix à onze ans reçussent dans l'espace de 3 ou 4 années assez d'instruction pour entrer à l'Ecole militaire.
L'expérience , d'ailleurs , démontrait beaucoup trop déjà qu'à cette époque H surtout en raison du peu de fortune des parents, les enfants de cet âge n'étaient guère plus avancés que ceux de huit à neuf ans, et que, moins K)uples et généralement plus vicieux, ils faisaient moins de progrès en tonnant beaucoup de peine et de travail à leurs professeurs.
Sa Majesté décida donc qu'il ne serait à l'avenir reçu à l'Ecole militaire le Paris aucun enfant qm n'eut pas fait ses études au collège de La Flèche I qui n'eut atteint l'âge de 44 ans; que les enfants de huit à neuf ans eraient seuls admis dans ce collège , à moins qu'ils ne pussent prouver u'ils avaient fait leur sixième dans de bonnes conditions , auquel cas seusment ils pourraient s'y présenter à l'âge de dix ans , qu'on observerait »s dégrés de différence dans la position des enfants et qu'il n'y aurait de érogation qu'en faveur des familles de dix enfants et dont les parents n'aulîent pas servi; que les preuves de noblessse seraient maintenues; que la
sortie pour TEcoIe militaire aurait lieu le 4*^ octobre; qu'il y aurait un examen des dispositions de chaque enfant ayant atteint l'âge de quatorze ans et que compte en serait rendu au ministre; que les enfants ne pourraient renoncer à la carrière militaire sans le consentement de leurs parents ; que , si l'enfant changeait ensuite de dispositions, l'exclusion de l'Ecole militaire serait maintenue , à moins que sa réclamation ne fut présentée dans l'année du refus et que ses qualités militaires fussent de nouveau bien constatées; que les enfants qui, une fois admis à l'Ecole de Paris, ne se sentiraient décidément pas de vocation à l'état militaire, seraient rendus à leurs parents à titre de rentrée et non de renvoi, et enfln que les élèves du collège militaire , non propres à entrer au service ou qui pour d'autres motifs acceptables ne seraient pas admis à l'Ecole de Paris , pourraient continuer leurs études à La Flèche sous la condition expresse d'une bonne conduite.
Tout était donc prévu et garanti au point de vue de la science et de la vocation. L'Etat doit avoir le privilège de choisir, pour ainsi dire, en dehors du droit général , puisque de son choix dépend le salut de la Nation. Nous ne pouvons trop insister sur cette grave question toujours vivante dans tous les temps.
Le 47 février 4773, M. Ducan lut à M. Dupont de La Motte, inspecteur, une lettre de M. de Limon , intendant général des finances de Monseigneur le comte de Provence, frère du roi, lui demandant sous le secret le plus inviolable les dimensions du cœur d'Henri IV et en quel lieu de la chapelle du collège on pourrait le placer avec le plus d'honneur.
On avait déposé dans la sacristie un simulacre qui ^vait probablement servi & apporter le cœur soit du roi Henri IV soit de la reine Marie de Mèdicis. Le sacristain , ou tout autre individu attaché à la chapelle , avaitil montré ce simulacre comme renfermant l'une de ces précieuses reliques dans l'espoir d'une gratification quelconque ?
Un personnage de la Cour en passage à La Flèche et ayant visité le collège , était-il retourné à Versailles avec la conviction qu'on ne rendait pas à ces mêmes reliques les honneurs qui leur étaient dûs? Il n'est pas permis d'en douter d'après les termes du procès-verbal que nous produisons ci-après.
Par ordre du comte de Provence, il s'ensuivit une correspondance entre Mgr l'ancien évéque de Limoges, son premier aumônier, et M. Dupont et que celui-ci , devenu , à la mort de M. Paris-Duverney, intendant de l'Ecole militaire et directeur de La Flèche, se rendit immédiatement dans cette ville pour pouvoir dresser lui-même et mettre sous les yeux de Mgr le comte de Provence un procès-verbal régulier au sujet du dépôt des cœurs du roi et de la reine.
Tels sont les termes dans lesquels ce procès-verbal fut libellé :
ECOLE HILITAIAE. 467
< L'aa 1773, le jeudi 3'"* jour de juin sur les 2 heures après midi, Nous, € Gaétan-Lambert Dupont, écuyer, conseiller-secrétaire du roy, maison et « couronne de France, intendant de Thôtel de TEcoIe royale militaire, « directeur du collège de La Flèche, désirant depuis longtemps vérifier si € la boête de plomb doré que Ton montre à la sacristie du collège comme « renfermant le cœur de Henri IV, le renferme effectivement, nous avons
< fait descendre des niches funéraires de la chapelle dudit collège la repré- € sentation du cœur de ce prince et celle du cœur de Marie de Médicis , « son épouse, qui y sont exposées Tune à droite, l'autre à gauche de la € chapelle dans la croisée et surmontées chacune d'une couronne de bois
< doré, et après les avoir fait ouvrir en présence de M. Hamelin, ancien € recteur de TUniversité de Paris, commissaire du roy, faisant fonction de € principal, de M. Dupont de La Motte, inspecteur, de M. Jacquemart, « préfet des études, de MM. Guy, professeur de mathématiques, Macè, « bibliothécaire , professeur de philosophie, Poriou, aussi professeur de « philosophie, Besnière, régent de seconde , Dolbeau, régent de troisième, « Boucher, régent de quatrième , Duvigneul , régent de cinquième , Bour- « det, sous-bibliothécaire, Tridon, secrétaire de la correspondance des « élèves, et Simon, Tun des architectes du collège, nous avons trouvé que « celle qui doit renfermer le cœur de Henri IV, mort à Paris le 44 mai 4640, € est composée de deux pièces de bois de chêne appliquées l'une sur l'autre € et taillées ensemble en forme de cœur ; que celle des deux pièces qui est « exposée à la vue du public est dorée extérieurement et qu'elle est jointe
< à celle du revers par deux clefs de bois qui traversent celle-ci et y sont € arrêtées par des chevilles , que le centre de ces deux pièces de bois est « excavé et contient une boëte de plomb doré en forme de cœur armée « d'une espèce de cage de fer aussi dorée et composée de quatre branches « rondes qui se réunissent à la pointe du cœur et y sont arrêtées par un € embase ou anneau de fer orné de moulures, au-dessous duquel elles sont « liées ensemble par une clavette de fer composée de deux feuilles au travers desquelles passe un cadenas , que l'une des faces de la boëte de plomb est chargée de la même inscription que celle qui se trouve sur la» boëte
« de la sacristie et qui est conçue en ces termes :
t IHS MA
ICY GiST Le Cœur de Henry par la Grâce de Dieu
IIII de ce nom, Roi de F. et de Nav. très curét. qui