‹ Histoire de La Flèche et de ses seigneursChapitre 99 sur 251 · CHAPITRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME

U MAISON DES JÉSUITES. - ENSEIGNEMENT INTÉRIMAIRE, 17621764. - ÉCOLE MnJTAIRE, 1764-1776. — COLLÈGE DES PÈRES DE LA DOCTRINE. 1776-1793.

Nous en revenons maintenant aux Jésuites pour terminer dans ce clia- ^tre tout ce qui peut les concerner encore. Pour nous aider, il ne nous teste que des souvenirs tendant chaque jour à s'effacer de plus en plus, t'opinion des Pères , s'occupant à cette heure de réunir toutes les pièces pli intéressent l'Ordre à un titre quelconque, est qu'en quittant La Flèche, b Jésuites attachés à cette maison ont brûlé la plus grande partie des papiers qui les concernaient.

Nous renvoyons à l'estimable ouvrage de M. Clère sur le collège de La Rèche pour une foule de détails concernant surtout les maîtres distingués |ni y pratiquèrent l'enseignement arec cette supériorité inhérente à l'Ordre les Jésuites.

Ilya peu de mois encore, inquiet de la faiblesse comparative d'une ^^se de grammaire du collège des Jésuites, (0 nous interrogions le Père leGabriac au sujet de leur méthode, qui, au premier aspect, nous parais- Mi insolite, sinon défectueuse : « Que voulez-vous! me répondit l'éminent t religieux , cette méthode nous réussit depuis 271 ans , de sorte qu'au mot ment de l'effort suprême , nous trouvons des bases sûres et des intellit gences dans toute leur verdeur. On peut marcher alors à pas de géant. »

Quand cela sera-t-il enfin compris de tous et surtout des dirigeants?

Pendant la première période de 18 ans, le talent des maîtres se fît gran-

ment remarquer; ils avaient déjà formé trois hommes, restés la gloire

leur maison : Guébriant, Mersenne et Descartes. La colonie des Pères ne de Pont-à-Mousson et que nous avons signalée dans un précédent pitre, s'accrut successivement du Père Charlet, recteur en 1604, proincial de France en 1620, de Denis Petau, d'Orléans (1583-1652), de

ierre Musson , professeur de rhétorique , qui fit jouer par les élèves plu-

0) Partout aiUeara U classe de 3»* est ane c\àss& d^ humanités comme la 4««. Chez les taies e*est encore ane classe de grammaire.

sieurs drames historiques. En 4617, avec Musson, le recteur était li P. Filleau ; le préfet des études Ennemond Masse , qui , avec le P. Biard fonda la mission du Canada.

Sous leur direction enseignaient : Philippe Monceau , docteur de la FacuU de théologie de Paris; Louis Mairat; François Loriot; Honoré Niquet, pro fesseur de théologie; Jean Bruanus, professeur de métaphysique; Looi Lallemand, professeur de physique; Jean Deniau, professeur de logique le P. Jean-François , professeur de mathématiques;' J.-B. BoUin, professeur, de rhétorique et d'histoire; Nicolas Caussin, professeur de langui grecque et de poésie en rhétorique, préfet de l'académie hébraïque. Il fo confesseur de Louis XIII et a sa place dans Thistoire du temps. On ne doi pas oublier Jean Solanus, principal du pensionnat; Michel Bobardeaa préfet des choses spirituelles; Etienne Lurvic, prédicateur.

Plusieurs élèves ou étudiants distingués devinrent plus tard professeur! dans la maison , tels que : F. Bagot, Jean Chevalier et Jacques Grandamy — (Jules Clère, Histoire du Collège de La Flèche, Catalogues psrsonarun et officioriun soc, Jesu in provincid Franciœ, Anno 4647,)

De 1622 à 1762, le collège de La Flèche conserva sa haute réputalîoi dans le monde entier, et si, vers la fin de son existence, en 1761, on put dans un compte rendu au Parlement de Paris par le président, dire qu'î cette époque ce même collège ne renfermait plus que 300 pensionnaires ei 250 externes au lieu de 1 ,000 , c'est que sans autorité légale et par la seul< permission des ordinaires , sept ou huit collèges s'étaient établis dans plusieurs villes voisines de La Flèche. C'est ce qu'affirment les officiers municipaux de cette ville.

Il n'y a pas de maison d'éducation qui, d'époque en époque, n'ait pa^ été éprouvée par de certains mouvements volcaniques de peu de durée ei n'ayant pour résultat final que le renvoi d'un ou plusieurs élèves. Le collège des Jésuites dut subir cette loi générale, comme nous l'indique un< lettre du marquis Bené de la Varenne datée de l'année 1646; le père recteur l'avait fait demander pour l'aider à faire rentrer dans le devoir une partie de ses élèves. Nous ne nous arrêterons pas sur les détails de cet incident, qui se représente toujours à peu près sous les mêmes faces, avec ses instigateurs et ses entraînés. Les instigateurs sont les élèves mécontents d'eux-mêmes et par suite de leurs chefs obligés de sévir journellement contre eux. Plus tard , on les retrouve souvent hommes ce qu'ils étaient enfants : orgueilleux et indisci'plinés.

Sous le règne de Louis XIV, tout devait concourir à la prospérité du collège de La Flèche. Ce prince avait toujours pour confesseurs des religieux de la Société de Jésus , dont les idées correspondaient avec les siennes. Tout gentilhomme devait servir, s'il n'était prêtre ou magistrat ; sinon il encourait sa disgrâce. Hais en même temps , Louis XIV tenait à ce que ses

jOffiders fussent instruits , et nuls ne Tétaient plus que les élèves sortant de h direction des Jésuites pour entrer soit dans les gardes du roi, soit dans les autres régiments de Tarmée.

Alors, les emplois militaires revenaient de droit à la noblesse. Ce priTilége était raisonnablement fondé sur ce motif qu'elle avait peu de moyen de se placer. C'était d'ailleurs plutôt une obligation absolue qu'un droiL

Jusqu'en 1789, la plupart des privilèges, et surtout celui dont nous parlons, n'étaient pas t/es a6us, mais bien d'antiques institutions peu à peu modifiées, altérées , affaiblies par l'effet des temps et des mœurs nouvelles. D'ailleurs, à côté du privilège se plaçait l'obligation absolue de donner sa vie au premier appel. — Point de droits sans devoirs ; point de devoirs sans droits, — Aux États généraux de 1614 , la noblesse ne demandait-elle pas avec instance la faculté de se livrer au commerce sans déroger? Le tiers-état, de son côté, exigea pour lui seul la réserve de cette môme bcalté. Chacun de ces deux états jouissait donc d'un privilège.

En fin de compte , quel était donc le plus profitable? Le tiers-état put EToir l'argent ; mais alors il empêcha de se faire une fusion cimentée par des intérêts communs , qui auraient dès cette époque vaincu les préjugés les plus enracinés.

Louvois créa des compagnies de cadets formant écoles ; mais elles n'eurent qu'un temps. Le marquis de Dangeau fonda une maison d'éducation qui s'éteignit avec lui en 1720.

Le collège de La Flèche restait toujours debout; il devait survivre à tous les orages ; ses destinées s'étant trouvées intimement liées avec l'École militaire de Paris , nous devons dire , aussi brièvement que possible , comment cet établissement fut fondé. (1)

Une école purement spéciale et militaire manquait à la France, et à nos jeunes cadets entrant à 16 ou 17 ans dans les corps, c'était la science de leur métier. Ce qui peut étonner le plus encore, c'est que c'était un financier, le grand homme d'affaires du xviii™« siècle, et non un général d'armée, qui attendait depuis longtemps le moment favorable pour reproduire sous des formes acceptables le projet qu'avait conçu 26 ans auparavant son frère liné, financier comme lui.

On a bien souvent dit ou imprimé que Jeanne-Antoinette Poisson, dame lenormand d'Etiolés, maîtresse déclarée de Louis XV sous le titre de marquise de Pompadour, s'était donné la fantaisie de fonder une école militaire «lavait facilement obtenu l'accomplissement d'une pareille œuvre.

Cette manière de présenter la question pouvait donner beaucoup de

(1) Voir poar plas de détails le livre S°», chapitre ^i", volame I des IngtUutiotis d'éduttttofu miUtaire avant et après 1789. G. de Montzey.

piquant au récit, mais contribuait singulièrement à la rabaisser. Par de très-intelligentes analyses faites au ministère de la guerre , on a surabondamment prouvé que Louis XV» sur le penchant de Tabime où devait tom* ber son infortuné successeur pour des fautes qu'il n'avait pas commises, était plus homme d'affaires qu'on ne le pensait et que sa perspicacité égalait sa faiblesse, si elle ne la surpassait pas.

Le chapitre II du livre II de notre ^^ volume des Institutions d'éducaiian militaire renferme toute la correspondance inédite de Paris-Duverney avec la favorite et les ministres. On y voit bien clairement que la marquise de Pompadour servait tout simplement d'instrument à l'habile financier, et que Louis XV examinait le projet dans ses moindres détails , les discutant à fond et mettant quelquefois celui qui en était l'auteur dans un certain embarras.

Paris-Duverney défendit son terrain pied à pied , et fut fidèlement servi par la favorite. Il finit par mettre à néant toutes les objections du roi en faisant surgir des ressources inconnues jusqu'alors et ne pesant en aucune façon sur le Trésor de Sa Majesté. Du reste , sur ce terrain, Paris-Duverney était passé maître. La paix^ en 4749 et 4750, était profonde à l'intérieur. Mais comme il arrive souvent chez une nation dont le sang toujours jeune bouillonne constamment, l'agitation reparaissait à l'intérieur. Deux grands corps de l'Etat se mettaient en opposition avec la couronne. Il pouvait être de bonne politique de s'appuyer dans ce cas sur la noblesse et sur l'armée. C'est ce que vint conseiller Paris-Duverney, qui en toutes choses jouissait d'une grande et légitime influence. On n'ignore pas que le maréchal de Richelieu lui dut sa nomination de général en chef de l'armée française.

Aussitôt qu'il pressentit que le roi entrait implicitement dans ses vues, il rédigea lui-même l'édit de fondation ; il le fit examiner par les hommes les plus compétents , même par les conseillers du Parlement, dont la parole était la plus écoulée et qu'il avait éclairés d'avance sur cette question par les mémoires les plus substantiels. (1)

Jusqu'alors la faveur décidait à peu près sur le choix des prétendants aux emplois militaires , et la noblesse pauvre, retirée dans les provinces où elle cachait les cicatrices des blessures reçues pendant le règne presque séculaire de Louis XIV, devait y avoir d'autant moins de part qu'elle ne pouvait élever dignement ses enfants et les présenter à l'âge venu avec l'instruction nécessaire.

Cette noble création, critiquée comme toujours par quelques-uns, fat acclamée dans toute la France, comme l'avait été 77 ans auparavant la fondation de l'Hôtel des Invalides.

L'édit, après le préambule d'usage, réglait les conditions d'admission et

(1) Archives de l*ËUt. — InstihUions d'édwaiion militaire avant 1789.

établissait plusieurs catégories suivant la valeur des services des parents militaires et en dernier lieu des familles dont les membres n'avaient jamais combattu dans les armées. Seulement Tarticle XYI exigeait la noblesse et» en plus , quatre générations nobles au moins du côté paternel , y compris celle de Timpétrant.

On a longtemps discuté et on blâme encore la teneur de cet article XVI , parce qu'on ne l'a pas comprise. En jugeant un siècle plus ou moins éloigné du nôtre , il faut se placer au milieu de ce siècle lui-même et ne pas rester obstinément dans le sien. Autrement » en fait d'histoire > on sera toujours dans le faux.

Le but, qu'il ne faut pas perdre de vue, était alors de remettre une épée à chaque gentilhomme après ses études spéciales terminées. N'était-il pas parfaitement rationnel , dans l'intérêt de l'Etat, de la remettre de préférence à celui dont le cœur était le plus imbu de traditions militaires.

Chaque année, d'ailleurs, venait abaisser la barrière d'un échelon pour chaque famille noble exclue. C'était enfin le droit d'ancienneté de service et la récompense donnée à trois générations dans la personne de celui qui représentait la quatrième.

Le roi ne pouvant adopter à la fois tous les enfants du pays , choisissait dans les familles chez lesquelles Vobligation de servir militairement la France datait de plus loin. Quoi de plus juste et de plus logique?

Les bâtiments de l'Ecole militiiire de Paris coûtèrent 4,467,048 livres 7 sols 4 deniers.

La fondation fut établie sur des revenus inaliénables , qui furent considérablement augmentés par Paris -Duverney, devenu l'intendant de l'Ecole militaire, et par M. Lambert du Pont qui lui succéda à sa mort en m\.

Rien n'était plus sagement établi que le règlement général; un seul article relatif aux supérieurs ou préposés divers peut en donner une idée : f La fermeté impolie ressemble à de l'humeur et l'humeur n'est pas faite € pour imposer. »

Il n'était pas inutile d'entrer, quoique très-succinctement, dans les détails qui précèdent; il sera facile de s'en convaincre par la lecture de ce qui suiL

Nous l'avons déjà dit, on doit consulter l'ouvrage de M. Clère pour connaître les excellents maîtres en toutes sciences que les Jésuites donnèrent au collège de La Flèche. Cette nomenclature nous entraînerait trop loin. Cependant nous ne devons pas oublier que Gresset fut envoyé au collège pour subir un certain temps d'exil : quelques vers de lui nous font connaître ce qu*il pensait du lieu qu'il devait habiter par ordre de ses supérieurs ;

« La Flèche poarrail être aimable « S'il était de belles prisons ;

« Un climat assez agréable, « Des petits bois assez mignoos , « Un petit vin assez potable , « Des petits concerts assez bons , « Un petit monde assez passable, c La Flèche pourrait être aimable c S'il était de belles prisons.

Parmi les élèves de ces mêmes maîtres, nous devons citer Mathuria Jousse, né à La Flèche le 27 août 1607, mécanicien distingué, auteur d'ouvrages concernant sa profession. A la première page de l'un, on lit cette dédicace aux Pères Jésuites : < Messieurs, le lustre et l'éclat incomparable « de la doctrine et vertu que vous professez avec une admiration singulière € de tout l'univers , semblerait devoir me rendre timide et craintif d'appro- € cher de vous pour vous présenter et consacrer ce rude et mal poly petit « labeur. » Il travailla à l'église du collège et au château de la Varenne. Quelques années après vinrent s'asseoir sur les mêmes bancs Jean et Jacques Leloyer, ingénieurs géographes; Joseph Sauveur, professeur de mathématiques à Paris, reçu à l'académie des sciences en 1696; le P. capucin Timothée Péchard , nommé évêque de Béryte; Jacques Morabin, ti-aducleur de Cicéron; nous regrettons vivement la perte d'un manuscrit sur l'histoire de La Flèche dont il est l'auteur ; Ignace Ervoil d'Oiré , ingénieur militaire, mort maréchal de camp à Sedan , en 1 755 , anobli par Louis XIV ; Jérôme Le Royer de la Dauversière , fondateur des sœurs de Saint-Joseph (hôpital de La Flèche); Louis Menon de Turbilly (1717-1776), lieutenant-colonel au régiment de Roussillon , blessé à Lawfeld , agriculteur de premier ordre.

Parmi les autres élèves venus des autres contrées, citons particulièrement Philippe Labbe , infatigable littérateur ; le chancelier Voysin , ministre de Louis XIV ; le prince Eugène de Savoie; Antoine-Louis Séguier, avocat général au Grand-Conseil et an Parlement; Pasquier, né au Mans, conseiller de grand'chambre, connu par la part qu'il prit à la suppression des Jésuites € se croyant engagé, dit M. Clére, à les combattre par tradition « de famille; » un comte de Rohan, grand-maître de Malte, 1775; Teinturier, prédicateur de Louis XV; La Borde, physicien, curé dans le Nivernais; Saint-Estévan , missionnaire dans les Indes et membre, en 1789, de l'Assemblée nationale. Enfin Mgr de Talleyrand-Périgord , né en 1736 et mort en 1821, cardinal et archevêque de Paris.

M. Arnauld (d'Andilly) fit un voyage en Anjou en 1671 ; le fameux solitaire de Port-Royal allait rendre visite à son frère, Mgr l'èvéque d'Angers.

« En l'année 1671, (1) Mgr d'Angers écrivit à M. son frère qu'il désirait

(1) Extrait d'an livre intitulé : Relation de la retraite de M. Àmauld dans Us Pays-Bas en 1679. A Mons, chez Migeot fils, libraire. 1733. L'exemplaire portant sur le titre : Oratorii Àudini,

' fort de le voir. Il y avait plus de vingt ans qu'ils ne s'étaient vus. Au mois de septembre Mgr Arnauld partit de Paris dans le carrosse de M« Augran , avec M. Nicole et un autre ami. M. de Liancourt (de La Rochefoucault) fit écrire à son sénéchal à Durtal de recevoir M. Arnauld et sa compagnie et d'envoyer au devant de lui avant qu'il arrivât à La Flèche.

€ .... Après dîné, M. Arnauld et sa compagnie allèrent voir le collège des Jésuites. Les Pères le reçurent très-honnétement ; ne. le connaissant pas, ils demandèrent au fils du lieutenant général, qui menoit M. Arnauld, qui il étoit. Il leur dit que c'étoit M. Arnauld , qui allait voir M. l'évoque d'Angers. Ces Pères déclarèrent qu'ils étoient très fâchés de ne pas Tavoir scu , parce qu'ils lui auroient fait plus d'honneur et lui auroient donné la collation chez eux. »

Cette rencontre était à noter en raison de l'antagonisme bien connu de la Compagnie de Jésus avec les Jansénistes.

Les Jésuites possédaient une très-riche bibliothèque, qui forme encore le fond principal de celle que possède actuellement le Prytanée. Jean-Jacques Rousseau sachant que son ami David Hume, célèbre philosophe et historien écossais , né en 4741 à Edimbourg, d'une famille noble, travaillait à l'histoire des Plantagenets , lui conseilla de se fixer momentanément à La Flèche où existait, lui écrivait-il, les documents inédits les plus précieux sur les ducs d'Anjou et autres hommes célèbres dont il avait à écrire les annales. David Hume vint, en effet , se fixer à La Flèche au lieu appelé Yvandeau , vieux manoir situé près de l'Arthuisière , sur le coteau de Saint- 6ermain-du-Val , et dont la vue s'étendait sur le riche bassin du Loir. C'est là qu'en 1737 il écrivit son premier ouvrage : Le Traité de la nature humaine.

David Hume se rendait chaque jour chez les Jésuites , travaillait assidûment à son œuvre, puis revenait à Yvandeau dans une chambre au midi, qui dominait un beau panorama.

Les Jésuites, dit la tradition, venaient à leur tour rendre visite à David Hume. Il serait bien intéressant de savoir tout ce qui se dit et se discuta alors sous les beaux ombrages qui existaient autour d' Yvandeau, vieille ehâtellenie venant des Maillé , puis , par succession , des Condé. Car David Hume, comme philosophe, est le créateur d'un scepticisme d'un nouveau genre, nous réduisant à l'idéalisme et à une sorte de nihilisme, attaquant surtout l'idée de cause et le rapport de la cause à l'effet. Il dut rencontrer chez les Jésuites de rudes et savants antagonistes. De retour en Angleterre, il continua à correspondre avec les Pères : un renseignement oral nous a fait savoir que ces lettres existent encore en Angleterre. Nous n'avons pas pu en avoir connaissance.

L'orage qui menaçait les Pères Jésuites éclata, malgré les éminents ser-

456 LA FLiCHE ET SES SEIGNEURS.

vices qu'ils avaient rendus à la société française. Le Parlement prononça, le 6 août 4768, un arrêt par lequel il condamnait l'institut des Jésuites, lei sécularisait et ordonnait la vente de leurs biens.

Dans la soirée du 4*' avril, les Pérès Jésuites de La Flèche montèrent à cheval et quittèrent le collège, accompagnés des regrets de toute la population. L'ordre de départ précéda l'arrôt du Parlement de plusieun mois.

M. le duc de Choiseul , ministre de Louis XV, eut , avec la favorite , la plus grande part dans le consentement que donna le roi, bien malgré lui, à l'exécution d'une pareille mesure.

Pour leur défense , nous ne citerons que les lignes suivantes émanées de H. Ch. Boucher, l'un de leurs élèves et plus tard chirurgien de la maison jusqu'à sa suppression en 4 793 :

€ J'ai vu ces Pères mener leurs écoliers dans les chaumières , dans les « hôpitaux, dans les prisons ; ils ne se contentaient pas de faire verser l'ar- € gent destiné aux plaisirs , mais encore ils faisaient connaître tout ce que « la morale pouvait retirer d'avantageux de l'inspection et de l'établisse- € ment de ces lieux répressifs.... Les Jésuites répandaient de grandes au- « mônes et se conduisaient avec le plus grand désintéressement dans l'ad- « ministration de leurs biens. Tous leurs fermiers étaient riches ; le prii « des fermes n'augmentait jamais. Lorsqu'après la destruction de la cornac pagnie, on donna ces biens à ferme, ils furent portés à 40,000 livres « d'augmentation pour un bail de 3 ans, et au second bail ils le furent à < 60,000 livres. »

Le renvoi des Jésuites était un fait considérable pour toutes les maisons qu'ils dirigeaient avec autant de suite que de talent.

L'arrêt rendu contre eux nous indique le grand nombre de villes où ib possédaient des collèges et où ce même arrêt dut être afi9ché. Paris — Aire Amiens — Angoulôme — Arras — Aurillac — Auxerre — Bapaume — Bar le-Duc — Béthune — Billom — Blois — Bourges — Charleville — Châlonssur-Marne — Chaumont-en-Bassigny — Clermont-Ferrand — Compiègne- Dunkerque — Eu — Abbeville — Fontenay-le-Comte — Guéret — Hesdin - La Flèche — Langres — Laon — La Rochelle — Lyon — Mâcon — Maunae

— Moulins — Saint-Pierre-les-Moutiers — Nevers — Orléans — Poitiers

— Pontoise — Reims — Montbrison — Roanne — Saint-Flour — Sainl- Omer — Sens et Tours.

Ces savants Pères ne furent, dans tous ces différents collèges, moins celui de La Flèche , que très-imparfaitement remplacés par les Oratoriens, leurs constants adversaires, et infectés de Jansénisme. La décadence successive de cet Ordre célèbre, fondé en 4644 par le cardinal de BéruUe, qui en fut le premier supérieur général, date de celle époque ; la cause principale doit en être attribuée surtout à l'obligation où,

faute de professeurs en nombre suffisant pour desservir tous ces collèges qu'on leur offrait et dont ils s'empressèrent de prendre la direction, les Oratoriens durent s'adjoindre des membres laïques dont la conduite, si regrettable chez plnsieurs, le rendit suspect et l'entacha d'une manière déplorable.

Le renYoi des Jésuites, nous le répétons, était un fait considérable. € L'anéantissement de cette société , d'un seul coup, sans préparation , dit € Iliistorien protestant Ranke , de cette société qui fit sa principale arme € de l'instruction de la jeunesse , devait nécessairement ébranler le monde « catholique jusque dans ses profondeurs, jusque dans la sphère où se

< forment les jeunes générations.... » c Je les ai vus de près, dit l'astroc nome athée Lalande, c'était un peuple de héros... »

L'institution de La Flèche, après le départ des Jésuites, n'avait plus que le caractère de simple collège. L'autorité se chargea de pourvoir aux chaires vacantes et le fit avec intelligence.

Les hommes qui furent choisis , cherchèrent à suivre exactement les errements de leurs doctes devanciers ; au reste , l'un des principaux d'entre eux, Tabbé Louis Donjon, né à Château-Gontier en 1730, avait attiré l'attention des Jésuites , qui l'avaient attaché à leur maison en lui donnant une chaire de répétition de philosophie. Il avait rempli ces fonctions avec on zèle qui n'eut d'égal que celui qu'il mettait à consacrer à la prédication ses moments de loisir. Le Père de la Grave , longtemps principal du collège, lui légua donc, pour ainsi dire, cette position, qu'il occupa de manière à ce que la transition fut, heureusement pour les enfants de La Flèche, peu sensible, avec le concours des hommes distingués qui lui furent adjoints.

Un conseil dirigeant fut constitué. Nous en trouvons la composition en tète du registre des délibérations (archives de la Sarthe) , paraphé par M. François-Julien Poulain, seigneur de Parnay, conseiller du roi, lieutenant général de la sénéchaussée et siège présidial de La Flèche, du 2 mars 4763.

€ Poulain de Parnay, Joseph-René-Galloys, premier avocat du roi au € siège présidial, René André Chaubry, second avocat du roi, Louis Coual- € lier, avocat , échevins , le maire de la ville absent , Louis Donjon , prêtre, « docteur en théologie, principal du collège de cette ville, sommes, en c conséquence de l'Edit du mois de février dernier, portant règlement pour c les collèges , qui ne dépendent pas des Universités , enregistré au Parlec ment le 5 du même mois , publié en l'audience de la sénéchaussée de c cette ville de La Flèche et enregistré au greffe d'icelle le même jour,

< transportés au collège royal de ladite ville dans une salle dudit collège. € Après avoir pris nos séances chacun dans le rang et ordre prescrit par € l'Édita Nous, de Parnay, avons représenté que M. l'évoque d'Angers , € désigné président du bureau, étant absent et actuellement à Paris, € néanmoins lui avons écrit dès le 20 du même mois pour lui demander ses

€ intentions , lequel , par sa réponse sans date et que nous avons reçue le « lundy 28 du mesme mois , nous a marqué que ne pouvant présider le « bureau , il prie M. le curé de La Flèche de s'y trouver pour lui et Texhorle « à agir de concert avec tous ceux qui le formeront , laquelle lettre nous « avons présentement déposée sur le bureau et après lecture faite de ladite « lettre , Nous avons fait prévenir M. La Barre , curé de cette ville , de la « présente assemblée, lequel , à Tinstant , s'y est rendu. Le nommé Joseph- « Sébastien Lespine est nommé secrétaire du conseil. — Notables MM. « Pihéry, président au siège de l'élection, et de La Rue, receveur des « tailles.

€ Ont signé :

« Poulain de Parnay — La Barre, curé — Gallois « — Donjon — Chaubry et Couallier, échevins « — Lépine, secrétaire. »

Cependant, cette situation transitoire, qui, moins qu'à tous les autres collèges forcément abandonnés par les PP. Jésuites, pouvait convenir à la maison royale de La Flèche, alarmait les autorités de cette ville. Aussi, le 5 mars 1763, le conseil du collège décida qu'il serait fait un mémoire et une requête au roi pour obtenir de ce prince la confirmation de l'établissement dudit collège.

La délibération du bureau en date du 48 mars 4763 porta confirmation définitive de la nomination jusque là provisoire du principal et des autres professeurs ou régents.

Af. Donjon, chef et modérateur des études avec le titre de principal du collège de La Flèche : 4 500 fr.

Gabriel F. d'Ageville, géomètre, maître de mathématiques, ancien professeur des jeunes princes de Nassau-Ussingen.

Guillaume fjimbert, prêtre, professeur de physique.

Françoii Macé, prêtre, — de logique.

Joseph Pechméj a, — de rhétorique.

Ces quatre professeurs aux appointements de 4200 fr.

Jlf. Fontenais, prêtre, régent de seconde.

René Dolbeau , prêtre , — de troisième.

Lambert Boucher, prêtre, — de quatrième.

Nicolas Guyot du Vigneul, prêtre, — de cinquème.

Nicolas Meloyer, prêtre, — de sixième.

Ces cinq régents aux appointements de 4000 fr.

Le sienr Subrien dti Tremblay, second principal, professeur de théologie, aux appointements de 4200 fr.

La délibération du 2 avril nomme M. Davy des Piltières pour receveur des revenus du collège avec pouvoir de faire foi et hommage au baron d'Anlrammes pour la terre de Bonne , qui avait été donnée aux Jésuites de

Page 1