TRÉPASSA EN SON CHATEAU DU LOU. A PARIS LE U MAI
€ La représentation du cœur de Marie de Médicis, morte à Cologne le
< trois juillet mil six cent quarante-deux , nous a paru construite comme
< l'autre avec cette seule différence que la boëte de plomb qu'elle renferme
€ est plus grande , plus plate, qu'elle est couverte d'une moire d'argent saos « aucune armature de fer. Il est vraisemblable qu'il y a une inscription sur « la boëte de plomb , mais , par respect pour ce dépôt , nous ne nous som- « mes pas permis de lever la moire d'argent dont il est enveloppé.
« Après avoir exposé à la vue des personnes ci-dessus dénommées, ces « deux monuments tels que nous venons de les décrire, nous en avons fait « remettre les parties qui les composent dans le même état où elles étaient, « et les avons incontinent fait reposer dans les niches d'où nous les avions « fait descendre.
€ Il nous a paru après cette vérification, ainsi qu'à toutes les personnes « ci-dessus dénommées que le soin avec lequel le cœur de Henri-le-Grand < a été placé dans la niche funéraire où il est exposé à la vue du public, « ne permet pas de douter que ce dépôt ne soit véritable , et que celai de la « sacristie n'en soit que le simulacre , dont les gens de la sacristie se sont « servi jusqu'à présent pour faire illusion aux voyageurs ; en foi de quoi « nous avons dressé le présent procès-verbal que nous avons signé et fait <( signer avec nous par toutes les personnes ci-dessus dénommées lesdits « jour et an que dessus.
€ Signé :
« Hamelin, commissaire — Dupont de La Motte, « inspecteur — Jacquemard, préfet des Etudes <c — Bourdet, sous-bibliothécaire — Maci^, « professeur de philosophie et bibliothécaire « — PORiON , professeur de philosophie — Guy, « professeur de mathématiques — Besnière, « régent de seconde — Dolbeau, régent de « troisième — Boucher, prêtre régent de qua- « trième — Tridon , secrétaire de la correspon- « dance — Du Vigneul, régent de quatrième « — Simon et Dupont. »
« Collationné à l'original déposé aux archives de l'Ecole royale militaire « par ftous , sous-secrétaire du Conseil , garde des archives dudit Hôtel.
« Signé : Dupré Laoûrens. »
Enregistré le présent procès-verbal en conséquence de la délibération de ce jour par nous, secrétaire du Conseil du Collège royal de La Flèche, soussigné , le cinq juillet mil sept cent soixante-treize.
LSSPINE.
Dans cette même séance, le conseil est informé que M. Dupont, intendant de l'hôtel de l'Ecole militaire de Paris et directeur du Collège royal de La Flèche , demande :
1® Copie collationnée par le secrétaire du conseil, garde des archives de
TEcole royale militaire , du procès-verbal qu'il a fait le trois du mois de juin en sa présence concernant le dépôt du cœur de Henri-le-Grand ;
^ Copie de la lettre que M. Dupont a écrite le 15 dudit mois à H. l'abbé d'Argentré , premier aumônier en survivance de Mgr le comte de Provence en lui envoyant ce procès-verbal ;
3» Un extrait de la réponse que lui a faite Mgr l'ancien évéque de Limoges, \^ aumônier de Mgr le comte de Provence, le 49 dudit mois, en lui ajoutant que par cette réponse il verra que ce prince a lu avec attention ce procès-verbal et la lettre de l'envoi qui en a été fait à son premier aumônier et que Son Altesse Royale désire qu'on fasse cesser l'erreur populaire, qu'il a été dans son intention de dissiper; il lui recommande de prendre les mesures nécessaires pour remplir le désir du prince , qu'il s'adresse particulièrement au principal du collège, parce qu'il s'agit d'un dépôt fait dans une chapelle dont il a la desserte et qu'il ne peut appartenir qu'à lui de rendre compte de cette affaire au conseil d'administration.
Le conseil ou bureau arrête que pour contribuer autant qu'il est possible à dissiper l'erreur dans laquelle était le public par rapport au dépôt réel du cœur de Henri IV, le simulacre qui est dans la sacristie en sera retiré et déposé aux archives du bureau et renfermé dans un endroit sûr, ainsi que le procès-verbal et les pièces relatives à cette affaire ; arrête en outre que le susdit procès- verbal sera enregistré à la suite de la présente délibération, et que pour le rendre public copie de ce même procès- verbal et extrait de la présente délibération seront envoyés à MM. de l'hôtel de ville pour qu'ils en fassent mention dans leurs registres.
Quant à la différence remarquée par M. Dupont et consignée dans le procès-verbal , entre la forme de l'enveloppe des deux cœurs , elle n'a rien qui doive étonner. Celui de Henri IV était dans son entier et fut extrait , puis embaumé aussitôt après la mort de ce prince. Au contraire , il faut se rappeler que Marie de Médicis , morte à Cologne le 3 juillet 4642, fut transférée à Saint-Denis ; ce ne fut que le 28 mars 4643 que le cercueil qui contenait le corps de la reine fut ouvert et que , le cœur en ayant été retiré , fut remis au R.-P. Louis Le Mairat, supérieur de la maison professe de Saint-Louis. Evidemment ce cœur, provenant d'un corps plus ou moins bien embaumé , en raison surtout de la pénurie où se trouvait alors cette princesse, devait avoir perdu de ses formes et être peu conservé. De là probablement la différence indiquée par M. Dupont.
On voit donc quelles proportions avait prises cette affaire, qui avait singulièrement ému la susceptibilité du prince dans l'apanage duquel la ville de La Flèche était comprise.
Donc la constatation qui fut faite de la présence des deux cœurs dans leurs niches funéraires , nous donne la certitude que l'un et l'autre s'y trouvaient en 4793 et furent brûlés eiisemble sur la place Neuve par les
te
révolutionnaires, que, par conséquent, les cendres contenues dans le cœur d'or placé dans la niche de gauche contient tout aussi bien les cendres du cœur de la reine que celles du cœur du roi. Il serait donc logiqne et convenable de les diviser et de placer un second cœur doré contenant m partie de ces cendres dans la niche où Ton voyait autrefois le cœur de Marie de Médicis.
H. de Sourdon , ancien officier au régiment d'Auvergne , bibliothécaire deTEcoIe royale militaire de La Flèche, dit dans un manuscrit, que le cœur de Marie de Médicis aurait été enlevé, longtemps avant la Réfolstion , par les Jésuites au moment de leur dispersion ; il était donc dans Terreur.
Charles Boucher, dans son Mémorial, dit de son côté que ce mémeconr fut brûlé , comme nous sommes bien fondés à le croire , avec celui de Henri IV ; cependant , dans la relation authentique déposée aux archives de la mairie , il ne parle que de celui du roi.
Néanmoins , nous persistons dans nos conclusions. Nous plaçons ici do extrait de la correspondance de Grimm (4773) qui a trait au curieux inddent que nous venons de raconter :
« Voici , dit-il , une anecdote qui prouvera que cet enthousiasme (poor « la mémoire de Henri IV) n'a pas saisi les Jésuites ni les prêtres qui leur « ont succédé au collège de La Flèche. Un homme employé dans la maison « de M. le comte de Provence (nous pensons que cet homme n'était pas « autre que M. de Limon) passa , il n*y a pas longtemps , près de La Flèche; « il se rappela que le cœur du Grand Henri reposait dans Téglise du collège « de cette ville; il ne voulut pas continuer sa route sans avoir vu ce dèptt « sacré ; il s'adressa au sacristain qui est plus d'une heure avant de pouToir « trouver la boëte qui renfermait ces restes précieux, et qui la découvre ente « dans le coin d'une chapelle, à terre , couverte de la poussière de plasieafs « années. Cette boëte n'étant que de plomb doré , n'avait paru digne d'as* « cun soin ni aux Jésuites ni à leurs successeurs. Les ennemis de la sodM € disent que les Jésuites n'en voulaient qu'au cœur de Henri IV vifaal « Je suppose que quelque fureteur anglais eût passé à La Flèche et qui « eût découvert ce dépôt dans cet état d'abandon; que profitant de la ne* « gligence, il eût mis la boëte dans sa poche, l'eut portée à Londres et lai « eût fait ériger un superbe monument dans l'abbaye de Westminster,}»" « dis que ce monument eut été pour la France un plus grand sujet de nKM^ « tification et de honte que toutes les défaites de la guerre de la soccessiet € d'Espagne. Heureusement c'est un français qui a fait cette décoQveriei « De retour à Versailles, il a conté cette aventure à l'un des descendant « de ce roi chéri , et ce prince lui dit : c J'ai 6,000 livres dans ma casseUe, « prenez-les et procurons une demeure convenable au cœur d'un si graerf « roi. » Il faut convenir que c'est un cruel contraste que le cœur de Hcarf
< IV traînant à terre et presque foulé aux pieds dans un siècle et chez une
< nation qui se pique de ne jamais entendre prononcer son nom sans
< émotion. »
Les détails que nous avons donnés plus haut font amplement justice de ce récit fantaisiste on Ton rencontre quelques traits malins contre les Jésuites surtout.
Le baron Grimm a écrit sous Fimpression d'une rumeur publique qui , comme d'ordinaire, transforme et aggrave toujours les faits. Celui dont nous venons de nous occuper n'avait pour base qu'une spéculation de bas étage réprimée aussitôt qu'elle fut connue. Et d'ailleurs, comme le dit fort bien M. Clère, les honneurs rendus alors chaque année dans la ville et dans le collège de La Flèche à la mémoire de Henri IV protestent surabondamment contre l'anecdote rapportée par Grimm.
Dans le courant d'octobre, Mgr l'évéque d'Angers voulut bien autoriser l'exhumation des corps enterrés depuis longues années dans la chapelle de Saint-Jacques.
Le 6 du même mois , ce prélat visita la maison. M. Dupont étant venu à La Flèche à la même époque, adopta le projet d'une chapelle domestique, qui devait faire pavillon , et de la suppression de l'ancienne.
La chapelle de l'Arthuisière dépendait du collège, comme le reste de cette propriété. L'inspecteur, en date du 4 février 1774, prévint le bureau que Mgr l'évèque d'Angers venait d'interdire la chapelle d'Yvandeau , dite de l'Arthuisière, et avait transféré le service dans l'église de Saint-Germain en le réduisant à deux messes au lieu de trois par semaine ft qu'il ordonnait les réparations de cette chapelle et du bien de ce bénéfice qui étaient estimées plus 1800 livres, ajoutant que le temporel des titulaires avait été saisi, qu'il paraissait de l'avantage du collège que ce bénéfice lui fut réuni , que la chapelle ne fût plus rétablie et de jouir du revenu à la charge de deux messes à Saint-Germain , ou mieux encore dans la chapelle du collège comme l'a été déjà celle de Saint-Jacques.
L'exhumation des corps de la chapelle de Saint-Jacques eut lieu dans le courant du mois d'avril 1774. Nous en avons donné les résultats dans le chapitre qui traite des biens et bénéfices appartenant au collège.
M. l'abbé Donjon avait été maintenu dans la charge de principal. Sous son habile direction et avec la collaboration de MM. Pechméja, Porion, Lambert, Massé, Dumas et autres, le collège continua à prospérer; ce fut même , suivant le rapport de M. Boucher, chirurgien de la maison , son époque la plus mémorable. (1)
Les successeurs de M. l'abbé Donjon, qui, le 3 octobre 1771, prit fosses-
Ci) On trouvera lears biographies in-extento dans Tourrage de M. Clère, Collège de La FUthe.
sion de la cure de Saint-Thomas, furent successivement l'abbé Hamelin et l'abbé Lambert.
Presque tous les employés appartenaient à l'état ecclésiastique. On aurait pu redouter qu'ils ne cherchassent à influer sur la vocation de leurs élèves et à faire des recrues parmi eux. Nous voyons , au contraire , l'abbé Boucher, qui fit une tentative, fortement réprimandé pour s'être posé en racoleur d'ecclésiastiques , (i) et peu de temps après le principal accorda aux élèves des fusils de bois, excellent exercice tendant à rendre de bonne heure les enfants habiles au maniement des armes.
Vers la môme époque, M. de Pradt vint confirmer au principal que la vocation de son fils le poussait vers l'état ecclésiastique : < C'est un bel esprit auvergnat et académicien , dit M. Dupont de La Motte. »
Il est bien question ici du fameux abbé de Pradt, devenu plus tard achevêque de Malines et homme d'Etat, né en 1759; il était alors d'âge à choisir une carrière.
Le 16 octobre 1773, M. Dupont, intendant de l'Ecole militaire de Paris et en même temps du collège de La Flèche, (2) venait de Paris pour visiter les bâtiments de Saint-Jacques ; on avait le projet, qui fut effectué, de détruire l'ancienne chapelle , de faire l'exhumation des restes qui y étaient déposés depuis des siècles , d*en construire une nouvelle et d'établir dans les bâtiments qui y furent annexés l'inoculation et le logement de l'inspecteur. Nous avons retrouvé aux archives nationales les plans qui furent alors présentés au ministre de la guerre.
Au mois d'avril 1774, toute la ville venait voir à la chapelle du collège la belle descente de croix copiée par Lépicier, d'après Jouvenet. Elle s'y trouve encore.
Par ordre du maréchal du Muy, ministre de la guerre, on dut au collège unir la mémoire de Louis XV à celle de Henri IV pour toutes les prières journalières ou services solennels ordonnés par l'Edit de 1603.
Cette même année , un ofiicier de carabiniers eut une dispute avec un professeur, M . l'abbé Macé , qui avait été impoli avec lui chez un libraire. Cet officier devint un savant minéralogiste et portait le nom bien connu de Dolomieu. Il mourut en 1801 membre de l'Institut, ingénieur, professeur à l'Ecole des mines et au Muséum d'histoire naturelle.
Le chevalier de Dolomieu était alors en ville le correspondant d'un jeune élève qui devint célèbre lui-même et fut le héros d'une petite aventure indiquant prématurément la nature de son caractère.
(]) Journal de M. Dupont de la Motto , inspecteur. — Manuscrits de la bibliothèque do Prytanée. 9 cahiers.
(3) M. Dupont de la Motte, inspecteur du collège, qui demeura aux Plantes, derrière le parc et ensuite à Saint-Jacques, était le parent de M. Lambert- Dupont, d'abord trésorier de l'Ecole militaire sous Paris-Duverney, puis intendant lui-même à la mort du célèbre Gnancier.
Le 30 janvier 1775, à six heures du soir, l'un des garçons de cuisine passant le long de la fausse-braie pour aller au garde-manger du pensionnat chercher les viandes pour le lendemain, entendit quelque bruit et crut apercevoir à la faveur de la lune, quoiqu'elle fut couverte, quelqu'un voguer dans le petit bateau qui avait été attaché au haut de la digue formant le bassin. Ce marmiton courut avertir les gardes des latrines. Ceux-ci descendirent sur une langue de terre à la gauche du pont et avec un grand crochet du moulin atteignirent et ramenèrent la barque. Pour se déguiser, trois écoliers s'étaient enveloppé la tôle de leurs mouchoirs , et , couverts d'une simple veste, avaient laissé leurs habits au bord de l'eau, afin qu'on crût qu'ils s'étaient noyés en se baignant. Ils s'étaient munis de pain , noix, pommes, couteaux et n'avaient que 6 livres argent pour leur voyage. Ils comptaient se rendre à Nantes. Le meneur de la petite bande était Dupetit- Thouars, qui, cette première fois, fut bien obligé d'amener son pavillon et de tâter du cachot avec MM. Le Gros et de Courcelles , ses compagnons d'aventure.
Plus tard , et 23 ans après , le capitaine Dupetit-Thouars reçut à bord du Tonnant qu'il commandait, le chevalier Dolomieu qui faisait partie de l'expédition d'Egypte en qualité de membre d'une compagnie de savants.
Bientôt entouré par la flotte anglaise, le capitaine Dupetit-Thouars, son vaisseau étant rasé et lui-même ayant les deux cuisses emportées , se fit mettre dans un tonneau de son pour arrêter le sang et y mourut en jetant à son équipage ce mot héroïque : « Equipage du Tonnant, n'amène jamais c ton pavillon. »
En 4792, Dupetit-Thouars fut chargé d'aller à la recherche du capitaine de la Pérouse , dont on n'avait pas de nouvelles depuis plusieurs années. Il emmena avec lui le jeune de l'Eglise. Avec la Pérouse était parti, en 4785, M. Roux d'Arbaud , élève de l'Ecole militaire de Paris et sorti pour la marine ; un élève de ce nom se trouvait au collège de La Flèche à peu près en môme temps que Dupetit-Thouars. Le frère de celui-ci , Louis- Marie Dupetit-Thouars , sorti sous-lieutenant dans le régiment de la Couronne, était à la môme époque à La Flèche. Botaniste très-distingué et membre de l'Institut, il mourut en 483S.
Nous devions mentionner l'admission à cette époque d'un élève dont le nom réveilla un souvenir que M. Dupont de La Motte inscrit dans ses notes; il concernait une circonstance dramatique du siècle précédent.
Nous ne citons pas, et pour cause, le nom de cet élève, grand-père ou oncle de l'un de nos meilleurs camarades de La Flèche : « Le jeune de *** a été € admis aujourd'hui; son nom est connu ici , à La Flèche; il y en eut un le € portant qui fut décapité en 4663 dans la ville môme. Le présidial et le € curé Hanielin de ce temps se firent détester par cette exécution , qui se
« fil les portes fermées pour arrêter le courrier qui apportait la grâc^ et « était dans le faubourg » (1)
Sachant que M. Colbert de Croissy, frère du grand ministre de Louis XIV, avait été chargé en 4664 de parcourir la généralité de Tours (dont TAnjoa faisait partie) et qu'il avait fait au roi un rapport très-circonstancié sur cette province et toutes les villes qui en dépendaient, nous ne doutions pas de rencontrer quelques observations de cet envoyé sur un fait aussi récent et i un éclaircissement sur la part que le curé de la ville avail pu y prendre. Ce point nous paraissait erroné.
En effet, Colbert de Croissy parle d'un assassinat et de prétendus com-. plices parmi lesquels se trouvait compromis le gentilhomme en question , qui eut la tête tranchée. Sans absoudre et celui-ci et les complices, il déclare , après examen approfondi de cette affaire , qu'elle a été fort mal conduite, que les preuves ont été insuffisantes, et que Texécution a en lien sans avoir communiqué le procès- verbal au procureur du roi; M. de Colbert ajoute : « Ainsi, ce qu'il y aurait eu à souhaiter, pour le bien de la justice, « c'est que ce procès eut été instruit par un juge dont la réputation eut été « plus entière que celle dn juge Hamelin et jugé par des juges plus habiles. »
Vers cette époque, deux abbés Hamelin furent curés de La Flèche ; le juge Hamelin était ou un troisième frère ou un parent. De là confusion.
A tous les points de vue , la maison de La Flèche était devenue trèsimportante, depuis surtout qu'elle devait seule alimenter le personnel de l'Ecole militaire de Paris dont la dotation avait grandi d'une manière si remarquable entre les mains de Paris-Duverney et de son successeur M. Lambert Dupont, intendant aussi intègre qu'habile. Aussi excitait-elle constamment la sollicitude du roi et du ministre de la guerre. Son administration, comme nous l'avons déjà dit, était contrôlée avec soin par M. Dupont. On alla plus loin cependant.
Un jour, le U mai 1775, la femme du charpentier du collège, qui tenait un cabaret, vint prévenir l'inspecteur Dupont de La Motte qu'elle avail reçu chez elle^ peu de moments auparavant, un monsieur d'une haute stature, assez maigre, âgé d'environ 45 ans. qui était entré sous le prétexte de se rafraîchir et d'arranger un peu sa coiffure. Elle avait aperçu un cordon bleu au moment où elle lui rattachait les cheveux. Ce ne pouvait être alors qu'un très-grand seigneur.
Sous le règne des Bourbons, l'Ordre du Saint-Esprit était le plus distingué du royaume. Les chevaliers portaient en sautoir le cordon bleu et prenaient le titre de chevaliers des Ordres du roi. Henri III fe fonda le 30 décembre 4578.
Cet étranger, paraissant connaître parfaitement la maison, avait longue-
{1} Notes mannscrites de M. Dupont de la Motie.
ment questionné cette femme sur ce qui s*y passait, nommant successivement les personnes qui y étaient attachées, tout en consultant un cahier de notes. Puis, ces renseignements pris , il était monté sur un très-beau ehe- Tal et s'était dirigé du côté de la route du Lude ou l'avait rejoint peu de temps après un domestique aussi bien monté que son maître.
Evidemment, la maison avait des ennemis; le privilège de fournir à elle seule des élèves à TEcole de Paris avait excité la jalousie des autres prétendants ainsi écartés. Les avertissements n'avaient pas manqué. Déjà, en 4773, M. le marquis de Monteynard, ministre de la guerre, avait écrit au Bureaa « qu'il s'intéressait beaucoup à l'établissement et qu'il devait exhor- € ter le Bureau à redoubler de zèle et de vigilance dans les fonctions € diverses qui l'y rattachent; qu'il ne devait pas dissimuler qu'on n'en parle € pas également bien partout, et que le Bureau étant plus à même d'en « juger, lui , ministre , ne peut que se reposer sur ce bureau du soin de € tenir la discipline du collège sur un pied capable d'en imposer à la cenc sure publique et particulière.
Ce fut le 2 octobre 4775 que M. Lambert, licencié en théologie, fut nommé à la principauté du collège. Le bureau ou conseil était composé alors de MM. Busson, La Barre, curé. Maréchal de Lucé, de la Rue, Lambert, principal, Dupont de La Motte, inspecteur, et Davy des Piltières, trésorier. (4)
Le jeudi 28 septembre 4775, M. de Montlezun , du régiment d'Auvergne, écrivit qu'il arriverait à La Flèche le vendredi avec son bataillon , passant pour se rendre à Saint-Domingue. Il exprimait le désir qu'on demandât à révéque d'Angers la permission que ses nouveaux drapeaux fussent bénis sous les yeux des élèves, dont faisaient partie son fils et son neveu, et que les vieux fussent déposés devant le cœur de Henri IV, qui avait créé ce régiment en 4606 et lui avait donné son premier drapeau. (î)
Le vendredi 29, le bataillon d'Auvergne se rangea en bataille dans relise ; les élèves furent placés dans les tribunes et purent dominer toute la cérémonie. L'abbé Lambert dit la messe et bénit les drapeaux en rappelant que ce noble régiment devait sa formation à Henri IV, dont le cœur était présent, et qu'il a été à jamais illustré par l'acte héroïque du chevalier d'Assas à l'affaire de Klostercamp. (â)
(1) Après la suppression du coUége de La Flèche (comme école militaire;, M. Tabbé t^mbert fut nommé curé de Grazay, près de Mayenne, et y mourut vers 1811.
(2) Auvergne. Ce régiment avait 6 drapeaux dont 1 blanc colonel et 5 d'ordonnance, viobts et noirs par opposition avec la croix blanche.
l/habit, veste et culotte gris blanc, parements et revers violets.
(3) M. le chevalier d'Âssas, capitaine au régiment d'Auvergne, faisant une reconnaiswnce, le 15 octobre 1760, à Klostercamp en Westphalie, rencontra une colonne ennemie put s'avançait en silence pour surprendre les Français. Renversé sous les bayonnettes des tmpériaux, éloigné de ses soldats , il est menacé de mort, s'il leur fait le moindre appel : I A moi Auvergne, sVcrte-M'l^ ce sont les ennemis! » et il meurt percé de coups.
« fit les portes fermées pour arrêter le courrier qui apportait la grâce et « était dans le faubourg » (1)
Sachant que M. Colbert de Croissy, frère du grand ministre de Louis XIV, avait été chargé en 4664 de parcourir la généralité de Tours (dont rAnjou faisait partie) et qu'il avait fait au roi un rapport très-circonstancié snr cette province et toutes les villes qui en dépendaient, nous ne doutions pas de rencontrer quelques observations de cet envoyé sur un fait aussi récent et un éclaircissement sur la part que le curé de la ville avail pu y prendre. Ce point nous paraissait erroné.
En effet, Colbert de Croissy parle d'un assassinat et de prétendus com-. plices parmi lesquels se trouvait compromis le gentilhomme en question , qui eut la tête tranchée. Sans absoudre et celui-ci et les complices, il déclare , après examen approfondi de cette affaire , qu'elle a été fort mal conduite, que les preuves ont été insuffisantes, et que l'exécution a eu lîea sans avoir communiqué le procès- verbal au procureur du roi; M. de Colbert ajoute : « Ainsi , ce qu'il y aurait eu à souhaiter, pour le bien de la justice. € c'est que ce procès eut été instruit par un juge dont la réputation eut été « plus entière que celle An juge Hamelin et jugé par des juges plus habiles. »
Vers cette époque, deux abbés Hamelin furent curés de La Flèche; le juge Hamelin était ou un troisième frère ou un parent. De là confusion.
A tous les points de vue , la maison de La Flèche était devenue trèsimportante, depuis surtout qu'elle devait seule alimenter le personnel de l'Ecole militaire de Paris dont la dotation avait grandi d'une manière si remarquable entre les mains de Paris-Duverney et de son successeur M. Lambert Dupont, intendant aussi intègre qu'habile. Aussi excitait-elle constamment la sollicitude du roi et du ministre de la guerre. Son administration, comme nous l'avons déjà dit, était contrôlée avec soin par M. DuponL On alla plus loin cependant.
Un jour, le U mai 1775, la femme du charpentier du collège, qui tenait un cabaret, vint prévenir l'inspecteur Dupont de La Motte qu'elle avait reçu chez elle, peu de moments auparavant, un monsieur d'une haute stature, assez maigre, âgé d'environ 45 ans, qui était entré sous le prétexte de se rafraîchir et d'arranger un peu sa coiffure. Elle avait aperçu un cordon bleu au moment où elle lui rattachait les cheveux. Ce ne pouvait être alors qu'un très-grand seigneur.
Sous le règne des Bourbons, l'Ordre du Saint-Esprit était le plus distingué du royaume. Les chevaliers portaient en sautoir le cordon bleu et prenaient le titre de chevaliers des Ordres du roi. Henri III fe fonda le 30 décembre1578. i
Cet étranger, paraissant connaître parfaitement la maison, avait longue- i
(1) Notes mannscrites de M. Dupont de la Motte.
ment questionné cette femme sur ce qui s'y passait, nommant successivement les personnes qui y étaient attaciiées, tout en consultant un cahier de notes. Puis, ces renseignements pris , il était monté sur un très-beau eherai et s'était dirigé du côté de la route du Lude où Payait rejoint peu de temps après un domestique aussi bien monté que son maître.
Evidemment, la maison avait des ennemis; le privilège de fournir à elle seule des élèves à l'Ecole de Paris avait excité la jalousie des autres prétendants ainsi écartés. Les avertissements n'avaient pas manqué. Déjà, en 4773, M. le marquis de Monteynard, ministre de la guerre, avait écrit an Bureau < qu'il s'intéressait beaucoup à l'établissement et qu'il devait exhor- < ter le Bureau & redoubler de zèle et de vigilance dans les fonctions « diverses qui l'y rattachent; qu'il ne devait pas dissimuler qu'on n'en parle € pas également bien partout, et que le Bureau étant plus à même d'en f juger, lui, ministre, ne peut que se reposer sur ce bureau du soin de € tenir la discipline du collège sur un pied capable d'en imposer à la een- « sure publique et particulière.
Ce fut le 2 octobre 4775 que M. Lambert, licencié en théologie, fut nommé à la principauté du collège. Le bureau ou conseil était composé alors de MM. Busson, La Barre, curé. Maréchal de Lucé, de la Rue, Lambert, prinripai, Dupont de La Motte, inspecteur, et Davy des Piltières, trésorier. (4)
Le jeudi 28 septembre 4775, M. de Montlezun , du régiment d'Auvergne, écrivit qu'il arriverait à La Flèche le vendredi avec son bataillon, passant pour se rendre à Saint-Domingue. Il exprimait le désir qu'on demandât à révéque d'Angers la permission que ses nouveaux drapeaux fussent bénis sous les yeux des élèves, dont faisaient partie son fils et son neveu, et que les vieux fussent déposés devant le cœur de Henri IV, qui avait créé ce régiment en 4606 et lui avait donné son premier drapeau. (2)
Le vendredi 29, le bataillon d'Auvergne se rangea en bataille dans Téglise ; les élèves furent placés dans les tribunes et purent dominer toute la cérémonie. L'abbé Lambert dit la messe et bénit les drapeaux en rappelant que ce noble régiment devait sa formation à Henri IV, dont le cœur était présent, et qu'il a été à jamais illustré par l'acte héroïque du chevalier d'Assas à l'affaire de Klostercamp. (â)
(1) Après la suppression du coUége de La Flèche (comme école militaires M. Tabbé LiSimbert fat nommé curé de Grazay, près de Mayenne , et y mourut vers 1811.
(3) Auvergne. Ce régiment avait 6 drapeaux dont 1 blanc colonel et 5 d'ordonnance, vio- Icis et noirs par opposition avec la croix blanche.
1/habit, veste et culotte gris blanc, parements et revers violets.
(3) M. le chevalier d*Assas, capitaine au régiment d'Auvergne, faisant une reconnaissance, le 15 octobre 1760, à Klostercamp en Westphalie, rencontra une colonne ennemie çpxi s'avançait en silence pour surprendre les Français. Renversé sous les bayonnettes des Impériaux, éloigné de ses soldats, il est menacé de mort, s'il leur fait le moindre appel ; « Â moi Auvergne, s'écrie^t^l, ce sont les ennemis! » et il meurt percé de coups.
ÎS
Ce rappel, la vue de ces vieux drapeaux, qui, quinze années auparaTanl étaient les témoins de cette guerre , devaient singulièrement émouvoir ces jeunes élèves, destinés à prendre bientôt rang dans Tarmée française. Sol-| dats et ofiiciers pleuraient : « Qu'on nous fasse souvent de pareils sermoDS/ « s'écria un grenadier, et de mille vies, nous n'en garderons pas une. » ;
Le ills et le neveu de M. de Montlezun se trouvaient sous les drapeaui neufs; les vieux étaient suspendus près du cœur de Henri lY. Un ancien élève du collège comptait au nombre des officiers de ce corps ; il amena la musique d'abord à la chapelle et après à l'infirmerie. (1)
Depuis la fondation de janvier 1751 , cinq ministres de Louis XV, le comte d'Argenson , le marquis de Paulmy, le maréchal duc de Belle-Isie , le dofi de Choiseul et le marquis de Monteynard , s'occupèrent successivement el avec un soin tout paternel de l'école militaire (Paris et La Flèche), et chacun agit à leur égard dans un commun accord de vues et de pensées.
Tous cherchèrent à perfectionner l'œuvre en profitant de l'expérience de chaque année.
Mais advint une modification radicale.
A la mort du maréchal du Muy, Louis XVI appela M. le comte de SainU Germain à remplir les fonctions de ministre de la guerre : « Un des rar«| « généraux , dit Henri Martin , qui , dans la guen*e de sept ans , avaient « soutenu, avec Chevert, l'honneur des armes françaises. »
Nous ne suivrons pas M. de Saint-Germain dans ses réformes générales;
le plan qu'il avait conçu avec sa connaissance approfondie des armées
actives ne fut exécuté qu'en partie; il était déjà trop âgé et ses coU^uei
{Jî trop peu disposés à le suivre dans cette voie. Il allait défaire l'œuvre de soi
ami Paris-Duverney; cependant il savait comment on forme des hommei de guerre. Le plan d'éducation que nous avons découvert écrit de sa main au ministère de la guerre est admirable dans tous ses points. Il consisM \tt^ dans le développement de ces deux propositions :
11^ But, — Le corps robuste , les esprits éclairés , les cœurs honnêtes.
Division naturelle. — La partie physique ; la partie morale.
Il conclut ainsi :
Elever les cœurs par de grands exemples — Nourrir la mémoire - Jarnais de punitions corporelles — Fonder les récompenses sur VhonneiÊi et sur les distinctions de manière à faire contracter ce besoin à leur àme — (En minute aux archives de la guerre.)
Les élèves du collège de La Flèche avaient leur place à l'Ecole militaiK de Paris : or ceux qui en sortaient, entraient dans l'armée jouissant d*un< pension de 200 livres et du droit de porter la croix de minorité des Ordre de Saint-Lazare et du Mont-Carmel réunis.
(1) Manuscrit de ftl. Dupont do la Motte. — Bibliothèque du PrytaDée.
C*iHâit une distinction honorifique bien remarquable sur la poitrine d'un tout jeune oflicier à une époque où les décorations étaient si rares.
L'Ordre de Saint-Lazare est le plus ancien Ordre hospitalier militaire de rorient. On en parlait déjà au iv"« et au v"»« siècles. Il suivait la règle de saint Basile, approuvée piir saint Damase. Ses chevaliers furent d'un grand secours à l'armée française pendant les croisades. Reconnaissant de leurs services, le roi Louis VII en amena un certain nombre en France et leur donna les moyens de se soutenir dignement dans leur nouvelle patrie. Le irand-maitre suivit Saint*Louis à son retour et ne laissa plus à Saintlean-d'Acre qu'un petit nombre de chevaliers. Ces religieux-soldats recevaient dans leurs hôpitaux non-seulement les lépreux, mais aussi les malades et les blessés. Ils devaient être nobles. — nobilis conventiLS strenuorum militum. — Ils pouvaient être mariés : — Etiam conjugati.
Cet Ordre se répandit dans plusieurs contrées de l'Europe, spécialement m Italie où il prit assez d'importance pour que Léon X crut devoir y noinner un grand-maître. Malgré les réclamations de celui de France , le duc de Savoie en prit la qualité, et après la réunion de l'Ordre de Saint-Lazare avec celui de Saint-Maurice, fondé par Amédée VIII, en U34, resta le grand-maître de ces deux Ordres.
Ce détail offre d'autant plus d'intérêt que, depuis la dernière guerre l'Italie , la croix de cet Ordre est portée par un assez grand nombre d'oflltiers français. (1)
En 1607, Henri IV ayant fondé l'Ordre du Mont-Carmel, l'unit immédiatement avec celui de Saint-Lazare. Philippe de Nérestang et ses deux fils ifnés, successivement grands-maîtres, tombèrent sur le champ de bataille. Le troisième fils leur succéda en i644.
Ces chevaliers rendirent de grands services sur terre et sur mer. Leur Irapean et leur pavillon étaient redoutés.
Après le traité d'Aix-la-Chapelle, ils établirent des écoles militaires et de Biarine. Cette deuxième période de l'Ordre , pour être moins brillante que la première , ne fut pas moins utile à l'État. Il n'oublia pas cependant que sa première obligation était de soigner les lépreux : « homines ante mortem I extincH. » Aussi fonda-t-il, en i678, près d'Orléans, l'hôpital de Saintlesmin.
En 4695, le roi donna au marquis de Dangeau la grande-maltrise que reçurent successivement le duc de Chartres , le duc de Berry et enfin le temte de Provence, depuis Louis XVIII. La devise de l'Ordre était ^Atavis
I (t^ L'Ordre avait pris en Italie assez d'importance pour que le pape Léon X crût pouvoir ^nommer un grand-mattre. Après sa mort, en 1572, Grégoire XII, son successeur, unit *Ordre de Saint-Lazare d'Italie à celui de Saint-Maurice qn'Amédée VIII, premier duc le Savoie, avait fondé en 1451, Tannée de sa mort. C'est donc l'ordre des SS. Lazare et laurtce que portent un grand nombre de nos officiers par suite de la guerre de 1859.
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et Armis. — La croix avait la môme forme que celle de l'Ordre de Saim- Loais avec le ruban vert. Mais le ruban de la croix de minorité, porté pir les anciens élèves devenus officiers , était amarante.
Ces jeunes décorés , quand tous la recevaient, c'est-à-dire depnis 1751 jusqu'en 4776, restaient constamment sous la tutelle du Conseil de l'Ecole militaire ; car les certiflcats de vie nécessaires à chacun pour toucher à son échéance la pension de 200 livres devaient toujours être accompagnés d'une note attestant la bonne conduite du pensionné ; faute de laquelle il était exposé à perdre un avantage bien précieux à une époque où les appointe^ ments étaient bien peu élevés.
Au mois de mars 4776, trois cent quarante-quatre élèves étaient présents au collège de La Flèche.
Différents bruits fort inquiétants relativement à son existence circulaient dans les salons de la ville. On commençait à ne plus douter que l'esprit réformateur de M. le comte de Saint-Germain ne viendrait apporter bientôt des modifications radicales à cette vieille institution. On savait , en outre, è. n'en pouvoir douter, que différents Ordres avaient été questionnés pour savoir s'ils accepteraient des élèves envoyés par le roi. Enfin, on apprit d'une manière certaine que les cent élèves de Henri IV et les élèves non militaires seraient mis à La Flèche sous la direction des Doctrinaires, membres de la Congrégation Religieuse fondée en 4 592 par César de Bus , à Avignon , qui le consacra exclusivement dans l'origine à l'instruction des enfants du peuple dans les campagnes ; elle accepta depuis des collèges et posséda des établissements florissants.
Le 4«' février 4776 parut une déclaration du roi portant règlement relatif vement à la suppression de l'école militaire.
Dans son préambule , Sa Majesté exposait que l'établissement de l'Ecole militaire, qui faisait tant d'honneur à son aieul , deviendrait plus utile à la noblesse, si les élèves de la 4^ classe, au lieu d'être réunis au nombre des 250 dans la maison de La Flèche, étaient disséminés dans plusieurs coU^^ en plein exercice situés dans les différentes provinces du royaume ; qu'alon on pouri*ait porter le nombre à 600, et entretenir en même temps 4209 gentilshommes qu'on formerait à titre de cadets dans les régiments pour servir de pépinière aux cadres d'officiers de l'armée.
En conséquence, le nombre des élèves du roi était porté au chiffre de 600. Ceux qui se trouvaient soit à l'école de Paris, soit au collège de La Flèche étaient envoyés comme cadets dans les régiments ou comme élèves dans les collèges devenus écoles militaires de province dirigées par des Bénédictins à Beaumont-en-Auge , à Tiron , à Pont-le-Voy et Rebais ; par des Oratoriens à Vendôme , à Tournon et à Efiiat ; par des Membres de It Congrégation de Saint-Maur à Auxerre ; par les Chanoines Réguliers da Saint-Sauveur à Pont-à-Mousson ; par les Minimes à Brienne.
Enfin, le ix)i choisit le collège de La Flèche pour les élèves qui se destineraient à l'état ecclésiastique ou à la magistrature, et ceux des élèves des écoles militaires dont la vocation paraîtrait se tourner vers les fonctions civiles ou religieuses devaient être envoyés à La Flèche, comme celle-ci devait reverser dans les premières ceux qui se seraient trompés sur leur vocation et chez lesquels apparaîtrait décidément la vocation pour les armes.
Les supérieurs de ces nouvelles écoles furent autorisés à recevoir des élèves pensionnaires de toutes classes « afln , disait le roi , d'étouffer Torc gueil que la jeune noblesse est trop disposée à confondre avec Télévation, € et d'apprendre à considérer sous un point de vue juste tous les Ordres € de la Société. » £t c'était Louis XYI qui parlait ainsi.
Le roi destina, en outre, quatre médailles d'or à la récompense des professeurs qui auraient le plus de succès. Un concours annuel fut établi à l'école de Brienne pour l'examen des élèves gentilshommes devant entrer comme cadets dans les régiments.
Les quatre premiers devaient recevoir i50 livres de pension et les deux suivants 400 livres jusqu'au grade de capitaine. Ces six premiers seuls reçurent d'abord la croix de chevalier novice des Ordres réunis de Saint- Lazare et de Notre-Dame-du-Mont-Carmel , qui devenait ainsi une récompense et une double distinction ; mais le règlement du 21 janvier 4779 décida que la croix de Notre-Dame-du-Mont-Carmel serait , pour cet objet seulement, séparée de celle de Saint-Lazare et donnée tous les ans à trois cadets gentilshommes, sur une liste de six, comptant dans les rangs de la compagnie établie à l'Ecole militaire de Paris. Une action d'éclat pouvait faire obtenir au jeune chevalier la croix des deux Ordres réunis.
Il nous souvient encore d'avoir vu cette croix de Nolre-Dame-du-Mont- Carmel sur la poitrine de deux de nos vieux et honorables chefs de l'Ecole royale militaire de La Flèche sous la Restauration : MM. les capitaines Delpy de La Roche et de La Brousse. Elle y brillait d'autant plus qu'à cette époque on ne la donnait chaque année qu'aux trois plus méritants comme nous venons de le dire. Rappelons à ce sujet que les élèves Le Picard de Phelippeaux et Napoléon Bonaparte furent au nombre des six proposés de Vannée 4785, pour la croix du Mont-Carmel. Le premier fut choisi et priva le futur empereur des Français de porter à l'âge de 46 ans cet Ordre, dont la devise était : « Atavis et Armis. » Et plus tard, alors que Bonaparte était général en chef de l'armée d'Egypte, Le Picard de Phelippeaux, émigré et commandant la place de Saint-Jean-d'Acre , fit lever le siège à son concurrent et condisciple.
Enfin, les Ordonnances du 4«' février, du 25 et du 28 mars rétablirent l'Ecole militaire de Paris, qui , depuis sa création , entrait dans sa troisième phase. Elle devait recevoir les élèves les plus distingués des onze écoles militaires de province , qui y seraient l'objet de soins tout particuliers et
deviendraient officiers sans passer dans les régiments pour y faire leur apprentissage de cadets.
Chacun commenta et discuta cette organisation compliquée ; les revenu qui y étaient affectés comme dotation, montaient au chiffre de 4,556,1 livres ; la dépense était & peu prés équivalente. L'Ecole militaire de Pari devenait, pour ainsi dire, Técole supérieure de guerre.
Dix années de paix arrêtaient tout avancement.
Les abords s^encombraient; chacun voulait garder ses prérogatives, gouvernement était alors essentiellement monarchique et aristocratique et, cependant, de tous ses droits, la noblesse n'en avait conservé bien réellement qu'un seul , celui de porter les armes. Et quand Louis XVI , ea 4781, ne trouvant plus de places à donner dans les régiments, et sachant qu'on ne peut pas faire des places pour If s hommes, mais qu'on doit faire des hommes pour les places, rendit plus rigoureuse l'exigence des preuves de noblesse, en exceptant cependant les fils des chevaliers de Saint-Louis, on l'accusa de vouloir reconstruire à neuf l'édifice que cherchaient déjà à ébranler ceux-mômes qui devaient être écrasés par ses débris.
Supprimé, comme nous l'avons dit, au titre d'école militaire ou d'annexé unique de celle de Paris, le collège de La Flèche avait été presque instantanément remis aux mains des Pères de la Doctrine chrétienne. Les élèves gentilshommes destinés au service furent repartis dans les onze écoles militaires. L'enseignement des Doctrinaires était inférieur à celui des Jésuites; cependant ils se soutenaient avec l'aide de professeurs dis- L tingués et purent former des élèves qui leur firent honneur. c^ Dans le rapport annuel fait en 4786 par le chevalier de Reynaud, ins-
li-i pecteur des écoles militaires et du collège de La Flèche, on lit (4) : < Le
« collège royal de La Flèche est confié à MM. les prêtres de la Doctrine « chrétienne, qui réunissent tout le zèle et tous les talents qu'on peut dési- « rer pour l'éducation. La réputation de cette Maison est si bien établie « qu'elle est devenue la plus nombreuse et sans qu'il y ait les mêmes in- « convénients qu'ailleurs ; car les enfants y sont parfaitement instruits et « fort bien tenus. «
Par lettres patentes du 8 août 4789 , le collège de La Flèche, sous sa nouvelle forme, fut affilié à l'Université d'Angers. Toutes les études y furent réputées académiques , comme si elles avaient été faites dans les collèges de l'Université.
Après trois années d'épreuves , le compte qui fut rendu au roi , tant pour l'administration intérieure que pour celle des biens et revenus de l'établissement, fut très-satisfaisant. (2)
(1) Ârchi?e8 de la guerre.
(3)Ce8 biens et revenus se composaient de l'ancienne dotation de Henri IV et de quelques annexes.
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LES PiRES DE LA DOCTRINE CHRETIENNE. 484
Il fut reconnu, en outre, qu'il pouvait se soutenir avec distinction et sans le secours qu'on avait cru devoir, dans Tincertitude, lui assigner par les lettres patentes précitées du 20 mai 4 776 sur les revenus de l'Ecole militaire de Paris.
Dans les considérants des lettres patentes concernant la régie et l'administration du collège, le roi reconnaît que ces revenus étaient consacrés : t A la seule noblesse se destinant à la profession des armes, » La maison de La Flèche n'y avait plus droit, mais en raison de ce que les Pères de la Doctrine chrétienne avaient désormais la jouissance indéfinie des biens considérables de la maison, ils devaient porter successivement à cent, nombre fixé par Henri IV, le nombre des gentilshommes qu'ils entretiendraient à leurs frais.
Nons avons dit que ce collège était désormais destiné à l'éducation des jeunes gentilshommes n'ayant pas la vocation des armes. Il n'envoya, en effet, à la compagnie de cadets de Paris que Clarke, depuis maréchal de France et duc de Feltre, Courson deKernescop, d'Ivoley, de Fleyres et Canon de Ville. .M. le marquis Canon de Ville, de la province de Lorraine, attiré par les souvenirs de sa jeunesse , vint s'établir à La Flèche vers l'an- Bée 482Î avec ses deux filles, qui, après sa mort, devinrent religieuses au couvent de Notre-Dame où elles sont mortes après avoir consacré une grande partie de leur fortune à l'agrandissement de cette maison.
De ce collège sortirent aussi MM. Nompère de Champagny, le maréchal de Bourmont et les frères Chappe, dont le nom déjà si connu par les voyages, les observations et la mort du savant Chappe d'Auteroche, leur oncle, reçut une nouvelle illustration par l'invention du télégraphe aérien. Nous ne devons pas oublier ici de citer M. de Bigault d'Harcourt, qui, élevé à La Flèche par les Doctrinaires, devint plus tard directeur des Études dans celte même maison et chanoine de la cathédrale du Mans.
Le collège de La Flèche , comme les écoles militaires de province , était soumis annuellement à des inspections sévères. L'inspecteur général devait examiner ou faire examiner devant lui les élèves sur toutes les parties de leur instruction , de manière à pouvoir juger des progrès qu'ils avaient bits depuis la dernière inspection ; il se faisait rendre un compte exact de la conduite de chacun d'eux pendant le cours de l'année.
Bn 4787, le rapport de l'inspecteur indique pour les maîtres 55 doctrinaires, pour les élèves 50 élèves du roi et 320 pensionnaires, dont45S gentilshommes, 446 externes, dont 4 gentilshommes. Total : 486 élèves.
Le nom de chaque élève du roi était suivi de sa note. Nous donnons un spécimen de ces notes en choisissant celle qui concerne celui dont le nom a retenti dans le monde entier et qui était alors, en 4784 , à l'école militaire de Brienue :
< M. de Buonaparte (Napoléon), né à Ajaccio (Ile de Corse) le 45 août
« 4769, (4) taille, quatre pieds dix pouces onze lignes; bonne constitution; « santé excellente ; caractère soumis; honnête et reconnaissant Tis-à-fis « de ses supérieurs; conduite trës-régulière. Il s'est toujours distingué par « son application aux mathématiques ; il sait très passablement son histoire « et sa géographie ; il est assez faible dans les exercices d'agrément et de « latin , où il n'a fait que sa quatrième. Ce sera un excellent marin; mérite « de passer à TEcole de Paris. »
Bonaparte, nous devons le faire remarquer, Bonaparte qui a tant centmandé, qui ne souffrait pas le moindre retard, pas la moindre hésitatios dans l'exécution de ses ordres, a commencé par obéir. . .
Né en 4768 ou en 4769 (voir la note), il fut agréé par le roi Louis XVI à b nomination du 31 décembre 4778. (i) Il entra à Brlenne après vériflcaiion, par d'Hozier, de ses preuves de noblesse , en sortit d'après la note qui précède, donnée par M. de Kéralio, inspecteur général en 4784 , et fut admis le 22 octobre de la même année dans la compagnie de cadets de l'Ecole militaire de Paris. Au 45 août 4785, il en sortait avec le grade de sous* lieutenant d'artillerie.
Comme élève, Napoléon !«' tient aux écoles de Brienne et de Paris; La Flèche et son Prytanée relevaient directement de lui empereur. Nous ne sommes donc pas sorti de notre sujet.
Telle était la marche suivie par tous les jeunes gentilshommes des écoles militaires et du collège de La Flèche , quand , dans celui-ci il s'en rencontrait dont, contrairement aux prévisions premières, la vocation militaire venait à se prononcer.
l/i On trouvera peut-être, d'après cet exposé , que le roi et ses ministres ne
[S se préoccupaient que du sort des enfants de la noblesse , ce grand corps de
l'Etat dont les services avaient autant d'éclat que de brillant. Nous devons donc tout dire et ne rien laisser d'incomplet à ce sujet. Nous rappelerons donc I hM qu'il fut créé parallèlement deux institutions , qui , en raison de leur nature,
1^ furent seules respectées par la Révolution première et devinrent le point
de raccord naturel entre les anciennes et les nouvelles institutions , VEcok de Liaticourt et celle du chevalier de Pawlet, gentilhomme irlandais.
On n'avait pas encore cherché à pourvoir au sort des enfants des soldats invalides , qui périssaient souvent en raison de l'impossibilité où se trouvaient leurs pères de les élever. Le roi et M. le maréchal de Ségur, ministre de la guerre , fondèrent une institution à Liancourt, généralité de Soissons,
(1) Cette date, 15 août 1769, est celle qui est iDScrite sar tous les registres de Técole de Brieone ou de celle des Cadets gentilshommes de Paris. Mais elle est l'objet d*ane coolroverse très-rationeUe.
Un extrait baptistaire retrouvé au ministère de la guerre fixe la naissance de Bnooapute (NabuUone) au mois de février 1768.
Nous avons été mis à même de itV e cette pièce et de la discuter.
(2) Archives de la marine.