LES PÈRES DE LA DOCTRINE CHRÉTIENNE
et M. le dnc de la Rochefoucault , grand'maître de la Garde-Robe , en fut nommé l'inspecteur général. Il dut, de concert avec M. le gouverneur des Invalides , choisir les plus sains et les mieux constitués parmi les orphelins d'abord, et ensuite parmi ceux qui étaient les plus dénués de ressources; à défaut de ceux-ci, on choisissait les enfants de soldats de toutes armes, tonjonrs en donnant la préférence aux plus pauvres.
M. le chevalier de Pawlet avait pris l'avance depuis plusieurs années. n avait jugé qu'il était d'une sage politique de prendre soin des rejetons des militaires de tout grade et de toute classe, pensant avec juste raison que la création de l'Ecole militaire n'avait pas complètement atteint le but en en restreignant les avantages à la seule noblesse. Il reçut donc et à ses frais des enfants de toute classe , dont quelques-uns portaient des noms trèsdistingués. Cette fondation finit par attirer l'attention du public et du roi luimême, qui, par un règlement du 7 septembre 4788, prit sous sa haute protection cette école déjà bien organisée et comptant un personnel de 200 élèves.
Ainsi, en 1787, douze écoles de province, dont le collège de La Flèche, une école spéciale de cadets gentilshommes réunissant quelques jeunes gens riches et bien élevés , les meilleurs élèves des onze écoles militaires et ceux de La Flèche chez lesquels exceptionnellement la vocation militaire s'était développée, plus deux établissements d'un degré inférieur.
Enfin, le 9 octobre 1787, M. le comte de Loménie-Brienne, successeur de M. le maréchal de Ségur, fit supprimer l'Ecole militaire de Paris. On maintint les élèves du roi dans les différents collèges de province; celui de La Flèche resta dans les mômes conditions ; les inspections et les concours eurent lieu chaque année. Seulement, les jeunes gens aptes à entrer dans les corps savants passèrent comme cadets à YEcole de Brienne, dont une première division fut composée des élèves de cette catégorie. De là , l'erreur presque constamment commise par les historiens qui font sortir Bonaparte dans le corps de l'artillerie directement de Brienne. Il y servait depuis 4785 , et cette modification si radicale ne date que de 1787.
En 1790, les preuves de noblesse furent supprimées pour La Flèche comme pour les autres maisons ; seulement là , comme à Saint-Cyr pour les filles , la gratuité n'était accordée qu'aux enfants d'officiers.
Enfin la Convention nationale, après avoir entendu le rapport de son Comité d'instruction publique, rendit, le 9 septembre 1793 (an II de la République française) , un décret portant suppression des écoles militaires.
Au moment de cette suppression , les douze établissements ne contenaient plus que 661 élèves, parmi lesquels on comptait à Brienne 35 ingénieurs ou artilleurs.
Que devinrent ces jeunes gens lancés tout à coup dans une société nouvelle? Dans quelle position retrouvèrent-ils leurs familles? C'est ce que nous ne pouvons dire.
484 LA FLiCHE ET SES SEIGNEURS.
Le p. Corbin fat le premier principal Doctrinaire, qui prit la direction do collège de La Flèche en 4776. M. le cheralier de Reynaud, inspecteur général , dit dans ses notes de 4787 qu'on doit considérer son départ du collège comme ane perte irréparable. Ses travaux et surtout son traité d*édncation civile, morale et religieuse avait attiré l'attention du roi qui le choisit pour les fonctions de précepteur du Dauphin. Le père Noël Yillars loi succéda : « Mais, dit M. de Reynaud , quoique homme distingué , il n'avait « pas assez de nerf pour contenir 50 et quelques Doctrinaires et plus de 500 € élèves. » (4) Passé au collège de Bourges, il devint èvéqne constitutionnel de Laval et mourut sous la Restauration avec le titre d'inspecteur général des études.
Après lui vinrent le P. Laban, et peu de mois avant la Révolution le P. de la Mesangère, né à Baugé en 4764 , qui , pour vivre et échapper à la persécution , devint rédacteur du Journal des Dames et des Modes,
Ce fut lui qui , au moment de la suppression , rassembla les cent et quelques élèves que les parents n'étaient pas encore venus retirer, et les prévint de cet événement.
Averties par le principal , les familles s'empressèrent de reprendre leurs enfants; mais comme plusieurs étaient orphelins , le P. de la Mesangère les confia , avant de partir pour Paris , à M. Brossier, qui tenait une petite pension en face de la chapelle.
De huit qu'ils étaient, deux restèrent à La Flèche; l'un , après le départ C> de M. Brossier, fut mis par ordre du ministre de la guerre entre les mains
>^ de M. Guinebert, instituteur, et l'autre fut, pour ainsi dire, adopté par la
l7i famille Bodin. Celui-ci appartenait à une noble famille de Lorraine et bien
i2 des élèves de La Flèche de notre temps l'ont connu ; longtemps le capitaine
,^ d'Hennezel fut l'un de nos chefs à l'école royale militaire préparatoire.
9 A 4 8 ans , il s'engagea dans les vélites de la Garde , et fit la plus grande
partie des campagnes de l'Empire. Laissé pour mort sur le champ de bataille de Lutzen , il revint en France criblé de blessures , fut nommé capitaine à l'Ecole militaire et y resta 47 ans, jusqu'en 4830, époque à laquelle il fut nommé chef de bataillon au 55"* de ligne. Il mourut à Paris à l'âge de 89 ans. (2)
La maison de La Flèche resta toujours fidèle à la mémoire de Henri IV; l'anniversaire , en l'honneur de ce roi , fut célébré tous les ans en présence de toutes les autorités civiles , judiciaires et militaires. La dernière oraison funèbre fut prononcée par le P. Merlin , jeune doctrinaire, le S4 mai 4798. Il était temps I
La vignette de la feuille d'impression porte un triangle rayonnant avec la devise du jour — La Nation, la Loi» Le Roi, (3)
(1) Arebires de la guerre.
(3) Echo du loir.
(fi) Jules Clère. ,
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