‹ Histoire de La Flèche et de ses seigneursChapitre 140 sur 251 · RÉCOLLETS · texte numérisé non relu

RÉCOLLETS

Les Récoliets étaient des religieux réformés de l'Ordre de Saint-François, qui s'établirent d'abord en Espagne, puis en Italie, et furent introduits en France, à Nevers, en 1592, par le duc Louis de Gonzague. Ils sont ainsi appelés du mot latin recollectibs (recueilli) à cause de leur recueillement habituel. Les Cordeliers appartenaient à l'ordre mineur de Saint-François. Ceux-ci étaient établis à La Flèche depuis U98 , et leur couvent était situé, comme nous l'avons déjà dit, sur les terrains occupés par la sous-préfecture actuelle et une partie de la place et de la promenade (le pré Luneau).

Quelques récollets étaient établis à Précigné. Pour quelle raison vinrentils à La Flèche remplacer les Cordeliers, qui, eux, n'eurent alors d'autre ressource que d'aller occuper les cellules abandonnées de Précigné.

L'historien des seigneurs d'Alençon dit que les Cordeliers furent renvoyés de La Flèche, en 1604, à cause de l'irrégularité de leur conduite. Burbure et Pesche, suivant une autre version , disent que ces religieux s'étaient brouillés avec la marquise de la Varenne, femme de Guillaume Fouquet, pour une puérile querelle de vanité de la part de cette dame, qui profita de l'absence de ces Pères , pendant une procession de la Fête-Dieu, pour leur en faire fermer les portes et les expulser par la violence à l'aide de ses valets. Pour cela, la marquise avait dû avoir pour complices les Récoliets, qui se trouvèrent à La Flèche à point nommé pour prendre la place de leur confrères. Par la suite, les Cordeliers réclamèrent contre la violation du droit de propriété. Mais ce fut inutilement. La puissance et le crédit de la marquise aurait emporté la balance.

On ajoute que Henri IV, saisi de cette affaire , aurait été fort égayé par les détails qui lui en auraient été donnés.

Nous hésitons à admettre cette anecdote comme vraie, d'autant plus que le manuscrit du jésuite, que nous consultons, n'en fait pas la moindre mention.

D'ailleurs, la justice dut intervenir ainsi que l'administration de la ville pour attribuer à tel ou tel les biens de ce couvent de Cordeliers. Par un avis donné le siècle suivant par l'assemblée des avocats-procureurs de La

Flèche, nous savons qu'au sujet du transfert projeté des Franciscaines dans d'autres communautés, ils voulaient réserver pour la ville les biens de ces reli* gieuses et indiquent à l'appui que ceux des Cordeliers, remplacés en 1604 par les Récollets, avaient été donnés soit à l'Hôtel-Dieu, fort misérable alors, soit aux pauvres, soit aux Franciscaines elles-mêmes. Les Récoliets ne jouirent donc que de la demeure plus ou moins usurpée.

Ceci nous indique surabondamment que le départ des Cordeliers fut motivé par des causes majeures et en dehors du caprice de la femme du seigneur.

Dès 1603, les Récollets avaient fondé des couvents dans toutes les parties de la France. En 1615, ils passèrent au Canada où ils fondèrent l'église de la Nouvelle-France, et s'ils n'eurent pas la gloire d'y entrer ayec Jacques Cartier, le célèbre navigateur, ils ont au moins celle d'y survivre â Montcalm. A l'époque de leur suppression, ils comptaient en France et en Flandre douze provinces et cinq mille religieux.

Les Récollets étaient entrés dans tous les droits des Cordeliers , au moins pour la possession du couvent, appelé maison de Beaumont, et de ses dépendances, don du duc d'Alençon, en U84. Ils réclamèrent, en 1694, la jouissance d'une partie du pré Luneau (la promenade actuelle dont l'autre partie appartenait aux Franciscaines), et eurent à ce sujet avec la ville un procès qui fut jugé en leur faveur.

La sentence rendue fut que les Récollets jouiraient de leur enclos, ayant sortie sur le pré ou port Luneau, sans pouvoir être troublés.

Cet acte est signé Davoust, maire; de laCrochinière, Fontaine, commissaire; Galloys, assesseur; Nadreau, échevin, assesseur; Mayre, échevin; Busson, assesseur; Huger, procureur du roi; Poussin, assesseur; Maudet, notaire royal; Belleuvre, secrétaire; le contrôle est signé : de la Fosse. — Chartrier de M. Gouin d'Ambriéres.

Des renseignements subséqjuents (1) viennent confiimer l'opinion que personnellement nous avons émise au sujet de ce curieux incident de l'expulsion des Cordeliers et de leur remplacement à La Flèche par les Récollets.

Beaucoup de Cordeliers religieux et fervents, voyant le relâchement s'introduire parmi eux, se rattachèrent aux Récollets, qui, dans la seconde moitié du xvv^ siècle, avaient, sous ce nouveau nom, cherché à rétablir l'ordre dans les monastères de Saint-François. Henri IV, qui les aimait, en fonda une première maison sur le rocher de la Baumette , près d'Angers. Mais bientôt elle ne suffit plus, et ces religieux, en vertu des bulles du Souverain Pontife Clément VIII de 1603, appuyées par la volonté expresse

(1) Noies de M. Poalain et archives du Mans. — Ànal^fse dts chroniqxin des RécoUeU de La Ftiche par l'un des derniers religieux.

de Henri IV, s'adressèrent à Tévéque d'Angers Miron pour obtenir leur entrée dans quelques couvents de l'Ordre et notamment dans celui de La Flèche, Avant de condescendre à leur désir, l'évéque écrivit au roi, qui donna l'ordre d'installer ces religieux à La Flèche. Mais il fallait décider ces Cordeliers relâchés et indociles à obéir aux volontés réunies du pape et du roi, qui tenaient à ce qu'ils embrassassent sérieusement la réforme ou qu'ils quittassent la maison. Nous allons suivre le récit d'un Père Rôcollel :

c Le 49 janvier 4604, M. Cesneau, lieutenant général de La Flèche, rendit une ordonnance pour obliger les Cordeliers à fournir inventaire de leurs meubles; ce qu'ils refusèrent. »

€ Le 23 du même mois , ils firent une assemblée capitulaire dans laquelle ils protestèrent contre ladite ordonnance en promettant de se conformer et de se soumettre à l'ancienne manière de vivre qui leur serait prescrite pjrr leurs supérieurs et obtinrent un arrêt du conseil-privé, portant suspension de l'arrêt de 4603 avec défense aux Récollets de s'en servir, les obligeant d'attendre le R. P. supérieur général, qui devait venir en France au commencement du carême pour régler les différents entre les Récollets et les Cordeliers. Mais , sans avoir égard à leur protestation et à l'arrêt, l'évéque d'Angers envoya M« René Poussier, chanoine d'Angers , et Amauri de l'Advocat , officiai , tous deux vicaires généraux , qui , assistés de M« Jean Hamelin, chanoine substitut du promoteur, et de M* Mottin, secrétaire, comme commissaires députés de sa part pour l'exécution des lettres qu'il avait reçues du roi Henri IV. Ils vinrent , le 40 février, signiffer aux Cordeliers les ordres dont ils étaient porteurs, en présence de M. le lieutenant général et du procureur du roi , savoir qu'ils eussent à accepter la réforme des Récollets , ou à leur céder la place et se retirer dans les couvents de leurs provinces, tout en donnant au préalable l'inventaire de leurs meubles avec défense d'en rien enlever. » € Les Cordeliers refusèrent quelques temps la porte , qu'ils ouvrirent à la sommation qu'on leur en fit. MM. les vicaires généraux firent faire l'inventaire de ce qu'ils trouvèrent : un saint calice, un calice, quelques aubes, chasubles et dalmatiques de peu de valeur, dans la sacristie. Dans les chambres ils ne trouvèrent que des paillasses , les tables du réfectoire et des réchauds de terre dans la dépense, parce que les Cordeliers prévenus avaient enlevé tout ce qu'ils avaient pu, même leurs livres de chant, qu'ils donnèrent aux dames de Saint-François, qui n'étaient encore que séculières du Tiers-Ordre, t

€ Pendant que ces Messieurs dressaient l'inventaire en présence de MM. Cesneau, lieutenant général, Allory, procureur du roi, et de quatre cordeliers , les autres se revêtirent de ce qu'ils purent , d'aubes , de dalmatiques et chappes, puis, prenant le saint-ciboire, ils sortirent procès-

« sionnellement du couvent, chantant le psaume — In exitu Israël — « malgré les gardes qu'on avait placés aux portes. »

a Le même jour, 40 février, MM. les grands vicaires, après la sortie des « Cordeliers, introduisirent les Récollets au nombre de neuf, parmi les- « quels se trouvaient le custode du couvent et le commissaire apostolique « sur les Récollets de France , et les mirent en possession de la maison « avec le peu de meubles que les Cordeliers ne purent emporter.

« Les Cordeliers nétaient pas sortis sans espérance de rentrer. Pour en « ménager l'occasion , ils portèrent le Saint-Sacrement à la paroisse avec « la résolution d'y faire l'office ; ce qui obligea HH. les grands vicaires de « rendre une ordonnance par laquelle il leur fut ei^oint de se retirer de la « ville dans les 24 heures, sous peine de prison. Ce qui leur fut signifié le « 43 avec l'acte d'installation des Récollets. Ils n'y obéirent pas tous. II « en resta quelques-uns chez un nommé Pèan , boulanger de cette Tille , « frère du provincial, qui méditaient de chasser les Récollets et de rentrer « par force au couvent. C'est pourquoi le lieutenant général condamna ledit « Péan à 40 livres d'amende. Cette condamnation ne fit point perdre aux « Cordeliers l'espérance de rentrer, comme ils le firent dans la nuit du 6 « au 7 mai 4604. Le P. Besnier, vicaire des Cordeliers, à la tête de cinq à « six , entra au couvent par ordre du provincial pour en chasser les Récolte lets. Un d'entre eux fut prendre les clefs chez le supérieur, qu'ils mal- « traitèrent, et ils firent ouvrir aux autres qui excitèrent une grande dispute. « Les Récollets , se voyant sans défense , sonnèrent le tocsin sans pouvoir « être secourus le reste de la nuit, parce que les Cordeliers tenaient tout « bien fermé. Dès qu'il fit jour, la Justice y vint, et sur le refus qu'ils « firent d'ouvrir, on fit venir des archers et des serruriers pour forcer « les portes. Les Cordeliers furent chassés, laissant désormais lesRécollets « tranquilles dans leur couvent.

« Le 20 , le procureur du roi fit une remontrance contre le provincial sur « cette intrusion pour faire chasser les Cordeliers de la ville sous peine « corporelle. Ces violences firent tant de bruit que le général , qui était à <K Amboise, donna commission au P. Jean Péan pour faire information , « l'établissant sur les Cordeliers et sur les Récollets. Mais il en abusa « parce qu'il s'agissait de faire revenir ce que ses religieux avaient enlevé, « et il se contenta de présenter requête à MM. du présidial, le 24 mai de la « même année , pour se faire communiquer les informations contre les Cor- « deliers, sans en venir à l'exécution. Sa commission était datée du 48 mai. « Le général écrivit au roi contre les Récollets sans aucun succès^ comme « il parait par un arrêt que le roi rendit le 48 juillet 4604 par lequel il perce mettait aux Récollets de s'établir à Paris comme à La Flèche. Par ce « moyen , les Récollets restèrent tranquilles. »

Page 1