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CHAPITRE DEUXIEME

Le 45 janvier de Tannée 1790, TAssemblée nationale constituante décréta le principe de la division départementale de la France.

D'angevine, La Flèche devint mancelle; placée à Textrôme limite des deu\ nouveaux départements de la Sarthe et de Maine-et-Loire, elle devait en ressentir toutes les secousses et devenir Tun des points vers lequel, dans un temps donné, viendraient se concentrer les efforts des partis opposés. Li Flèche et dix-sept autres paroisses de la province d'Anjou , ayant été réunies à la portion du Maine destinée à former le département de la Sarthe , cette ville fut le chef-lieu du dernier des neufs districts de ce môme département

Ce district se composait de cinq cantons : La Flèche, dix communes; Malicarne, sept communes; Pontvallain, cinq communes; I*? Lude, cinq communes; Saint-Jean-de-la-Motte , sept communes; total : 34 communes, donnant ensemble une population d'environ 40,700 habitants.

Un décret peut se rendre en quelques minutes. Il n'en est pas de môme de l'exécution. Qu'on se représente, en effet, toutes les affaires d'une province interrompues d'un seul coup par l'entier remaniement du territoire et de la population.

Comment les administrateurs purent-ils suffire à de pareils travaux, n'ayant pour les guider ni règles, ni précédents, sans analogues, avec égale chance d'être approuvés ou contredits?

Tout corps municipal devait se composer d'un maire, d'un nombre d'officiers municipaux proportionné à la population et d'un nombre double de notables , formant l'ensemble du conseil général de la commune. Ce conseil général ne s'assemblait que pour les cas extraordinaires d'impôts, de travaux et d'acquisitions. Le bureau de ville, ou conseil municipal proprement dit, composé du maire et du tiers des officiers municipaux, dirigeait les affîiires courantes, avec l'aide d'un conseil particulier formé chaque mois de tous ces mômes officiers.

L'administration du département était confiée à un conseil général de trente-six membres, nommés administrateurs, dont une section de hait membres portait le nom de directoire exécutif. Le conseil général se réunissait un mois par an, le directoire était toujours en activité pour Texpédition des affaires.

L'administration du district était organisée d'une manière analogue; elle était subordonnée au conseil du département, comme le conseil de.s communes l'était au conseil du district.

Mais on aura lieu de voir souvent que les conseils des communes et les bureaux de ville secouèrent le joug vis-à-vis du département et du district au moyen de la force publique dont ils disposaient, et poussés aussi par les clubs de citoyens actifs ayant le droit de délibérer.

Dans chacun de ces conseils il y avait, sous le nom de procureursyndic, un rapporteur de toutes les affaires qui devait être toujours entendu avant toute délibération.

L'élection, au moyen d'un suffrage à deux dégrés, était la base de tous ces pouvoirs. Les électeurs réunis en assemblée primaire par cantons, élisaient ceux du deuxième degré , lesquels nommaient les administrateurs, ainsi que les députés, les juges, etc., voir môme l'évoque.

Nous venons de parler des clubs. Le mot anglais club signifie en français trèfle, gourdin, massue, coterie ^ société, écot. Club-law se traduit par la loi du plus fort. Dès 1788 les esprits étaient dans un état de fermentation extraordinaire. Des assemblées s'étaient formées dans toute la France à l'exemple de l'Angleterre et sous le même nom, celui de club. On ne s*y occupait pour le moment que des abus à détruire, des réformes à opérer et de la Constitution du pays.

Nous ne pouvons pas bien préciser le moment où celui de La Flèche fut établi ; alors que dans toutes les villes environnantes les discussions des clubs agitaient les populations, on ne songeait encore dans notre ville qu*à y maintenir l'ordre.

Ce fut à l'instigation du curé de Saint-Thomas, Milscent, que M. Ducan, maire de La Flèche, se décida à«n prendre l'initiative; mais ce ne put être qu'après l'expulsion des religieux de leurs couvents, puisque le club fiéchois tint d'abord ses séances dans celui des Capucins.

Le 3 novembre 4790, le corps municipal de La Flèche se rassemblait. Etaient présents : MM. de laRue-Ducan, maire, Joubert, Lespine, Rocher, Villar, Duvigneul , Pion , Germond , Salmon , officiers municipaux , et Richard , procureur de la commune.

Le procureur de la commune fit un réquisitoire sur la position du moment. D'après ce réquisitoire, l'assemblée exhorta tous les citoyens de la ville à l'union et à la paix et les invita à acquitter avec zèle les contributions publiques.

Elle déclara parjure à la Nation, à la Loi et au Roi tous ceux qui refuseraient de prêter main-forte à l'exécution de la Loi et notamment à la perception des impositions, lorsqu'ils en seraient requis, et qu'ils seraient déchas de l'exercice des droits attachés au titre honorable de citoyen français , conformément au décret du 12 juin dernier.

Elle fit défense à qui que ce fut d'exciter les citoyens à sortir de l'ordre et de la soumission qu'ils devaient à la Loi et à ceux qui commandaient en son nom , sous quelque prétexte que ce put être, à peine d'être dénoncés et poursuivis extraordinairement comme perturbateurs du repos public.

Elle déclara , en outre , que les citoyens actifs inscrits sur le registre OQYert à cet effet à l'Hôtel de Ville pour le service dans la garde nationale , seraient seuls admis aux assemblées primaires et notamment à celles qui allaient avoir lieu pour l'élection des conseillers municipaux.

Les citoyens actifs et leurs enfants inscrits sur ledit registre devaient seuls être admis soit pour eux, soit en remplacement au service de la garde nationale, aux termes du décret du 42 juin.

Lesdits citoyens actifs furent prévenus qu'ils auraient à se réunir dans leurs sections respectives , savoir : La section orientale, aux Capucins, et la section occidentale, aux Récollets, le dimanche H novembre, à l'issue de la messe paroissiale, à l'effet d'y procéder à l'élection de quatre oiSciers municipaux et de neuf notables, conformément aux décrets constitutifs des municipalités. Pour les municipaux. Le Monnier, S'«. Greffier.

Il y avait alors à La Flèche 494 citoyens actifs électeurs et éligibles et seulement 460 électeurs, formant un total de 354 citoyens. Parmi eux on comptait six chevaliers de Saint-Louis : MM. de laMotte-d'Aubigné, Bouchot, Fontaine de Biré, de la Barberie, Léger du Hauthierray, Edon père. Les déclarations de cet acte municipal dénonce surabondamment l'agitation des esprits dans une population ordinairement calme et docile, dont les déclamations brûlantes du club commençaient à altérer profondément les sentiments.

Quelques hommes dévoués cherchaient par leur présence, qui heureusement resta possible , à ralentir un mouvement qui ailleurs emportait et brisait tout. Nous les retrouverons en maintes occasions, se mêlant au plus fort de la tempête à ceux qui , par leurs actes , la rendaient plus violente et écartant soit par adresse soit par énergie les dangers qui menaçaient bien des têtes.

Enfin, l'Assemblée nationale avait touché à une question brûlante, la question religieuse.

€ Acculée par le déficit au gouffre de la banqueroute, dit l'historien de € Bretagne et Vendée, (4) elle avait déclaré, sur la proposition de Talley-

(1) Pitre-ChevaUer. P. S50 et suivantes.

« rand, que le clergé n'était pas propriétaire, mais administrateur de ses « biens ; que la Nation qui les lui avait donnés, pouvait les reprendre en se c chargeant des frais du culte (19 décembre 1789). Matériellement, c'était « offrir quelques millions pour recevoir quatre milliards; moralement, ^ c'était achever la propriété , déjà fort malade ; c'était supprimer « en masse le premier Ordre de l'Etat; c'était frapper de mort la « Religion, en faisant de ses ministres les instrtiments salariés du « pouvoir temporel. Mais le sophisme destructeur de Tévôque d'Autun « n'était pas d'une exécution facile ; on ne déracine pas avec un décret un (( principe descendu du Ciel et incorporé depuis dix-huit siècles à la terre ! « Les quatre cents premiers millions de biens ecclésiastiques dont l'Assem- « blée ordonna la vente ne trouvèrent pas d'acheteurs. La Révolution « chancela un instant sur le terrain qu'elle abordait : « Cela ne tiendra c pas! » s'écria toute la France épouvantée.... Alors naquirent les assi- « gnats , dignes enfants d'une telle crise , et cette mesure , qui devait ruiner « le pays en deux ans, rendit assez de crédit à la Révolution pour la « remettre en marche.... »

Les biens du clergé servaient de garantie à ces papiers-monnaie. Mais, abusant de ce nouveau crédit, le gouvernement fit circuler beaucoup plus d'assignats qu'il n'avait de biens pour leur servir d'hypothèque. De là, la déconsidération de ce signe fallacieux.

Les amis du clergé , s'abusant sur les intentions de ses opposants, lui promirent (ce qu'on promet encore au chef de la Religion catholique , apostolique et romaine) que le sanctuaire du moins resterait indépendant.

A peine les prêtres furent-ils asservis, qu'on voulut les asservir plus encore.... Et ceux qui courbèrent la tête sous le joug disparurent bientôt eux-mêmes dans la tempête , rabaissés et déshonorés.

La constitution civile du clergé, si désirée par les Jansénistes, qui croyaient ainsi venger les persécutions que les grands hommes de Port- Royal avaient souffertes, fut enfin décrétée. Ce furent Camus et les députés jansénistes qui rédigèrent cette Constitution, au grand effroi de beaucoup d'hommes qui, cependant, se piquaient de philosophie. Tout se trouvait, pour ainsi dire , détruit dans ce grand tout, et le schisme, avec la persécution religieuse , allait en surgir.

Le pape consulté par le roi Louis XVI ne répondait pas. Pouvait-il approuver des mesures plaçant le clergé dans la plus cruelle des alternatives? Soumettez-vous , prêtez serment à une Constitution ecclésiastique proclamée par la puissance civile, et, alors, en vous avilissant, vous ébranlerez de vos propres mains la religion catholique; ou bien, résistez, refusez le serment, et, séparés des fidèles qui vous étaient confiés, vous serez à jamais parmi nous des objets de haine et de soupçon.

Le roi résista longtemps, livré aux plus terribles anxiétés; enfin, le 26

i.\ RÉVOLUTION ET SES PREMIERS RÉSULTATS. 17

décembre 1790 , il signa le décret sur le serment ecclésiastique, pensant que la Tiolence qu'on exerçait sur lui était assez manifeste. On dit que de ce jour là même, il conçut le légitime, mais fatal désir d'échapper par la fuite an joug des révolutionnaires.

Et qu'on nous permette de placer Ici cette remarque sur l'émigration française, si légèrement blâmée, parce qu'elle a été bien peu comprise. L'émigration commença du jour aussi où la Religion , cette pierre angulaire , fût brisée; les plus inclairvoyants, les plus abusés comprirent que le sol allait manquer sous leurs pas.... et ce sol, grand nombre voulurent le reconquérir l'épée à la main.

Que de prélats et de curés furent dépossédés de leurs sièges! Mais la Foi, devenue plus courageuse et plus vive, s'attacha à eux. On s'estimait heureux d'entendre la messe de ces prêtres, appelés alors réfractaires , et de recevoir de leurs mains les autres secours de la Religion. Le jansénisme , trompé dans ses espérances , ne vit son édifice soutenu que par l'irréligion , qui, devenue furieuse, le détruisit en entier au bout de trois années, faisant tomber sous la même faux les prêtres de l'ancienne et de la nouvelle Eglise.

Nous allons parler maintenant du clergé de La Flèche avant et pendant la Révolution , et suivre presque mot à mot les notes qui nous ont été confiées et qui émanent d'un honnête homme, spectateur ou auditeur contemporain de tous ces événements.

Mgr de Vaugiraud fut le dernier des évêques vraiment évangélique d'Angers avant l'explosion révolutionnaire. Mgr de Grasse lui succéda; il portait un grand nom, mais son cœur était corrompu. Avec un plus grand nom encore, Mgr de Grimaldi gouvernait dans le même temps l'Eglise du Mans avec moins de défauts que le prélat angevin. Ces deux évêques peuplèrent leur diocèse de jeunes prêtres, qui, comme leurs chefs, n'avaient d'autre vocation que celle des biens et des lionneurs, et se trouvaient malheureusement tout préparés pour la période révolutionnaire. Cependant il se trouva d'honorables exceptions. Couet de Lauri, dernier évêque catholique, fut d'un caractère insignifiant pendant toute sa vie. Sa mémoire n'est pas pure au sujet du serment, mais il donna un grand exemple en refusant du premier consul l'évêché de La Rochelle auquel le titulaire, Mgr de Crussol , n'avait pas renoncé.

L'abbé Milscent, issu à Angers d'une honnête famille, n'aurait jamais dû entrer dans les Ordres. Peut-être, dans toute autre carrière, eut-il marqué d'une manière moins déplorable. Le caractère sacerdotal ne supporte pas la moindre tache, la moindre souillure. Ce prêtre était destiné à égarer les Fléchois, qui, du reste, en assez grand nombre, s'étaient laissé gagner par les idées malsaines. Sa jeunesse avait été orageuse ; dans l'âge mûr, il parut être devenu plus sage et fut nommé curé de Saint-Thomas. Il ne

montrait pas de zèle, mais sa conduite n'eut rien de répréhensible au début; on remarquait que dans ses rapports avec ses confrères, il les traitait arec une certaine hauteur, peu conforme à la charité et à l'humilité chrétienne, et que d'ailleurs ses antécédents ne pouvaient motiver.

Il était dévoré par l'ambition ; aussi saisit-il avec empressement l'occasion de se mêler aux affaires publiques et de se faire nommer membre du conseil municipal au commencement de la Révolution. L'immixtion du prêtre ayant charge d'âmes dans les affaires publiques, a toujours été fatale à ces mêmes affaires , aux paroissiens et au curé lui-même ; il y perd tout son prestige et son autorité morale. Les hommes clairvoyants le devinèrent bien vile comme partisan du nouvel ordre de choses, qui tendait de pins en plus à s'établir. Mais le peuple fut sa dupe en l'entendant prêcher contre le luxe de l'Eglise et en même temps sur la nécessité de se soumettre aux nouvelles lois, qui, flattant les passions populaires, allaient entraîner les uns et les autres dans l'abime. Il se montra en personne sur les trétaux que la municipalité faisait dresser auprès d'un mât de Cocagne destiné à séduire les jeunes gens, que les représentants appelaient aux frontières. Là , au milieu des musiciens, des jambons, du pain et du vin qu'on distribuait à tous, ce ministre de paix déclamait, appelait, pressait les enfants de la ville de s'enrôler. Il alla même jusqu'à vider sa bourse et à donner ses boucles d'argent.

Tel était le chef du clergé de La Flèche au moment où ce même clergé allait être soumis , ainsi que tous les membres des Ordres monastiques de la ville, à l'épreuve la plus dangereuse et la plus inattendue, à celle du serment constitutionnel.

Nous savons qu'il fut décrété par l'Assemblée que tout prêtre, qui refuserait le serment, serait déporté hors de France à moins que sa santé et son âge de 60 ans ne le permissent pas, et que dans ce cas ils seraient mis en état d'arrestation. D'un autre côté, on promettait à ceux qui obéiraient des pensions et des places; cette promesse s'adressait aussi aux religieuses.

Les municipalités furent chargées de l'exécution de celte loi. Le jour pris par celle de La Flèche, tous les prêtres ou religieux furent convoqués dans l'église de Saint-Thomas. Le curé, pâle et tremblant, monta en chaire. Pendant une 4 /S heure, il fit l'éloge de tous les prélats, du clergé en général et de tous les Ordres religieux qui, par un attachement sincère et audessus de tout intérêt , de tout sentiment humain , avaient déjà refusé le serment. On savait alors qu'elle avait été la noble conduite des prélats et des prêtres sommés de prêter le serment à l'Assemblée nationale et que ces hommes, glorieux de leur fidélité, avaient traversé d'un pas lent et ferme les rangs des groupes qui les accablaient d'invectives et de menaces.

Le public , qui se composait non-seulement des prêtres et religieux convoqués, mais aussi 'de la fleur du jacobinisme fléchois, crut d'abord que l'abbé Milscent allait engager le clergé à la résistance. Le médecin Beaufils

y fui trompé lui-môme et ouvrait, dit-on, la bouche pour crier — à bas le mautais citoyen. — Mais, son apologie terminée, le curé déclara qu'il allait prêter le serment pour rester à portée de son troupeau et le préserver de Tesprit d'irréligion qui se répandait de plus en plus en France; il protestait en même temps qu'il voulait vivre et mourir dans le sein de l'Eglise catholique, apostolique et romaine.

Il passa alors dans la sacristie pour signer le procés-verbal dressé par la municipalité et dans lequel il ne se trouvait place pour aucune restriction ; il n'y avait qu'à apposer la signature. Milscent signa sans aucune hésitation. Locherie, d'Angers, premier vicaire, refusa nettement le serment qui fut prêté par et simple par Armand, deuxième ricaire, normand ; par Gafuet, de La Flèche, troisième vicaire; par de Ghemans, premier prébende, fléchois; par Toussem, fléchois, prêtre habitué.

Le Franc Laugevinière , Dutaillis^ Richard, Chaurellier, tous quatre de La Flèche, le refusèrent, ainsi que Massé, de Saumur, sarant théologien. Tous les Récollets (les frères Rémi et Joseph exceptés) et tous les Capucins suivirent ce noble exemple. Le supérieur des Carmes, qui se maria dans la suite , et trois de ses religieux prononcèrent le serment sans réserve. Les religieuses de Notre-Dame et celles de la Visitation s'y refusèrent absolument. Deux religieuses de la Madeleine (4) seulement s'y soumirent ainsi que trois deFontevrault, dont une, M"*« Tandon, s'est rétractée. Les religieuses hospitalières de Saint-Joseph ne voulurent pas se soumettre au premier moment; mais d'après l'avis d'un prêtre, six prêtèrent le serment dans le but de pouvoir continuer leurs fonctions auprès des malades; mais, comprenant bientôt qu'on n'arrive pas au bien par des moyens détournés, elles se rétractèrent et ne voulurent pas toucher la pension. Les Doctrinaires , ViJlar (2) leur supérieur en tête, le prêtèrent tous. Parmi ceux qui

(1) Nons avons dit dans notre 2'"* période, page 343, que nous avions lieu de penser que la suppression de la Madeleine avait été effectuée avant ]?89. Le docteur Boucher, disant f{a» deux religieuses de cette communauté prêtèrent le serment, prouverait ainsi qu*elle existait encore h Tépoqne où il fût exigé.

i?j Note sur k P. Villar, supérieur des Doctrinaires au Collège de La Flèche,

(Histoire de Laval.)

La Constituante avait supprimé les 135 diocèses existant pour en créer 83 nouveaux correspondant aux 83 départements. Tout lien avec le centre de la catholicité était rompu, les formes canoniques mises à néant et les nouveaux pasteurs des Ames ne devaient exercer leur juridiction qu*en vertu d'une élection sans valeur. Telle fut celle qui, au refus de N. Michel Thoumin Desvauxpons, grand-vicaire de Dol, éleva à Tépiscopat le P. Villar, doctrinaire, principal du collège de La Flèche. 11 eut beaucoup de peine à trouver des vicaires- généraux devant lui servir d*aide et de conseil et desservir avec lui la paroisse de la cathédrale. Il avait appelé de La Flèche quatre prêtres, doctrinaires comme lui. lisse nommaient Laban , Séguela, Rabard et Sartre. Rabard et Séguela furent attachés au collège dont le premier fut principal. Avec Laban, ils rédigèrent un journal qui paraissait chez l'imprimeur Faur, sous le titre de Patriote, puis plus tard de Sans^ulotte du département de la Mayenne.

accompagnèrent leur supérieur à Saint-Thomas, trois tournèrent d'une manière déplorable.

On le voit, le nombre des prêtres réfractaires l'emportait sur le nombre de ceux qui cédèrent aux circonstances par peur ou par ambition. Mais la majorité fut encore bien plus grande dans la campagne.

Voici la liste de ces prêtres fidèles :

Baucier, curé de Cré; — Lanceleur, son vicaire, puis son successeur; — Marguerit de Rochefort, curé de Saint-Quentin; — Beaumont, curé de Bazouges , et ses trois vicaires Ménard , Tancré , Le Vacher ; — Deslauriers , chapelain de la Barbée ; —Brouard, curé de Crosmières; —Touchais, curé du Bailleul , avec Lehoux et Launay, ses vicaires; — Tâcheron, prieur, curé de Bousse, bénédictin; et son vicaire; — Godelier, archiprêlre, curé de Vion; — Perdrigeau, curé de Courcelles; — Lelong, curé de La Fontaine-Saint-Martin; — La Roche, curé de Mézeray, savant docteur, et, au rétablissement du culte, curé de La Flèche, où il est mort en odeur de sainteté, comme nous aurons plus tard à le mentionner; — Gèrent, curé deVillaines; — Le Comte, curé de Saint-Jean-de-la-Motte (son neveu, Fontaine, laïc, a subi deux fois la détention pour Jésus-Christ et Timposîtion au Carcan à La Flèche. M. Rojou, avocat, ancien membre de la Constituante et père de M. Rojou, actuellement conseiller à la Cour d'Angers, Ta sauvé de la fusillade); — Maillard, curé de Pringé, et son vicaire; — Raoul, curé de Mareil , et son vicaire; — Richard, curé de Clermont, et Le Tessier, prieur; — Barbot, curé de Luché, et ses deux vicaires; — Boivin, curé de Saint-Mars ; — Le Biais , curé de Créans ; — Jamin , curé de Saint- Martin de Parce, et La Chevraulais, curé de Saint-Pierre dudit Parce; — Chapeau, curé de Sainte-Colombe, et ses vicaires Le Vacher et Mayar; — Cholet, génovéfain, prieur-curé du Mélinais, et tous ses confrères. Le Mélinais formait une paroisse séparée de celle de Sainte-Colombe.

Un prêtre fléchois, nommé Mondot, demeurant du côté de Saumur, le^ deux frères Lego, délivrés par les Vendéens et repris, furent guillotinés.

Ceux qui avaient fait le serment et se sont rétractés , sont :

Vaidie aîné, curé de Fougeray, et son frère cadet, vicaire; — De Cheraans, fit pénitence publique pendant 8 jours dans un oratoire; — Malmouche , instituteur au collège , ci-devant curé dans le Maine ; — Drouineau, curé de Clefs, et Gaudin, son vicaire, mis ensuite en prison pour la Foi; — Duportail, curé de Noyen.

M. Clërc [Histoire de l'Ecole de La Flèche) dit que le P. Villar passa da coUége de La Flèche au collège de Bourges avant de devenir évêque constitutionnel de Laval. Son séjour h ce dernier collège dut être, en tout cas, trèà-court. Nommé , en septembre 1792 , membre de la Convention nationale pour la Mayenne, il ne vota pas la mort du roi et termina sa carrière avec le titre d'inspecteur général des études, dont il exerça les fonctions jusqu'en

Les assermentés du canton, sont :

Le curé de Malicorne, — le vicaire de Crosmières, — le curé de Savigné et son vicaire, — le curé de Genneteil et son vicaire, — le curé de Volandry , — le curé de Saint-Aubin , — le desservant de Bazouges , marié à sa serrante, — le curé de Saint-Germain-du-Val. Ce malheureux curé prêcha la Révolution dans les clubs et fit imprimer plusieurs écrits subversifs de Tordre. Jaloux du ci-devant prieur des Carmes , qui venait d'épouser sa nièce, belle et grande personne, il leur donna un poison, qui ne produisit pas son effet. Arrêté, il s'ouvrit l'artère et mourut en prison à La Flèche.

Au refus du célèbre H. Grégoire, curé d'Embermesnil, M. Jacques-Guillaume-René-François Prudhomme de la Boussinière des Vallées , né le 4 6 décembre 1728, à Saint-Christophe-en-Champagne, fut nommé évêque constitutionnel du Mans. II avait fait ses études à Paris, devint membre de la maison et société dé Sorbonne, et fut de la licence de 4756. Il fut reçu doctear en théologie le 4 1 février 4760, exerça quelque temps les fonctions de vicaire dans la paroisse de Saint-Nicolas du Mans , et devint peu après premier curé du crucifix dans la cathédrale. Comme homme et comme prêtre , il n'avait pas une valeur éminente ; mais des circonstances de naissance , de fortune et de position , le mettaient plus à portée de réussir.

Il mérita de recevoir de Mgr Ch. de Froulay et de Mgr F. de Jouffroy- Goussans, les fonctions honorables d'examinateur du clergé. Le crédit de sa famille ajoutait à la considération qu'il s'était acquise.

Mais l'ambition le perdit, et il fut cause que l'Eglise du Mans connut l'intrusion, sans exemple depuis Badégisile, qui, en 586, usurpa un moment le siège épiscopal du Mans et s'y assit à la place de saint Bertrand , obligé de fuir derant la violence. Les chanoines et curés de cette métropole écrivirent de suite à l'évêque légitime pour protester énergiquement contre cette usurpation.

La comédie qu'avait jouée le curé Milscent avait produit, dans les premiers moments , le résultat qu'il en attendait. Il avait prêté et signé le serment pur et simple en secret, et publiquement en chaire avec une restriction et une déclaration catholiques. Les prêtres de la paroisse crurent donc pouvoir communiquer encore avec lui. Mais il fut bientôt démasqué ; ce qui, an jour ou l'autre ne pouvait pas manquer d'arriver. Gautier, de La Flèche, fut promu à la prêtrise par La Boussinière, évêque intrus du Mans. Milscent Taccueillit et de plus l'assista à la célébration de sa première messe au grand autel de Saint-Thomas. Il fut donc acquis que Milscent communiquait avec l'Eglise constitutionnelle; et, à partir de ce moment, les prêtres qui n'avaient pas prêté le serment, le regardèrent comme schismatique et cessèrent toutes relations avec lui.

La ville se trouva alors tristement partagée en trois opinions :

Celle des catholiques, qui ne voulurent plus assister à la messe d( Milscent, ni à celle des prêtres qui avaient publiquement prêté le sei^ ment;

Celle des schismatiques , qui crurent devoir rester attachés à leur carA la plupart par peur ;

Celle enfin des indifférents , qui s'adressaient soit aux prêtres assermenté soit aux prêtres non-assermentés.

Souvent, alors , il se produisit un grand mouvement dans la nef de Téglisi parmi ceux qui voulaient entendre la messe et qui se portaient soit d'ui cOté soit d'un autre, suivant la qualité du prêtre qui montait à l'autel.

Les fidèles n'étaient plus réunis à l'église de Saint-Thomas dans ni même esprit et un même cœur. Des scènes fâcheuses en furent le résultat Un perruquier de la ville insulta et frappa une femme qui sortit de l'église au moment où son frère allait dire sa messe.

Le curé continua cependant de monter en chaire tous les dimanches. Dans un de ses prônes, il se dit être le Bon-Pasteur et fit une satire amëre de tons ceux qui l'abandonnaient. Nous dirons bientôt comment finit son trisU et déplorable ministère.

Son premier vicaire, Locherie, était resté à La Flèche, toujours poursuivant ses bonnes œuvres, estimé de tout le monde, même des révolutionnaires ; il fut enfin obligé de fuir pour mettre ses jours en sâreté et alla si réfugier dans sa famille, à Chàteau-Gontier.

A la nouvelle du départ du roi , toute la populace de La Flèche , préparée depuis longtemps par le club, se souleva contre les aristocrates et les prêtres fidèles, qui furent menacés du fouet et de la lanterne. Dom Piolin dit que M. Locherie avait prêté le serment qui lui avait été arraché ; mais que bientôt il l'avait retracté. — Eglise du Mans, Dom Piolin , v. I, p. 246. •— Si Dom Piolin a été bien informé, on peut aflirmer qu'au premier moment M. Locherie a été la victime de l'astuce de Milscent, son chef et son curé.

Les événements suivaient leur cours; chaque jour apportait une souffrance nouvelle aux classes persécutées. Le 29 du mois d'août 4792, la ville de La Flèche vit séjourner dans ces murs une troupe de malheureux prêtres fidèles qui faisaient leurs premiers pas dans la voie douloureuse.

Après avoir arrêté la déportation de tous les prêtres insermentés dn département, l'administration fit choix de deux commissaires pris dans son sein, pour aller jusqu'à Nantes préparer leur départ. Elle nomma à cet effet, les sieurs Froger-Plisson et Bachelier.

Il y avait alors deux cent soixante-dix prêtres renfermés à Coêffort; Bachelier n'en inscrivit que soixante-seize sur la première liste et soixantequatorze sur la seconde, en tout cent cinquante. On ignore pourqxioi cet administrateur en exempta cent vingt-neuf de la déportation. — « Une

|K seule chose est certaine, dit Dom Piolin, (1) c'est qu'ils n'achetèrent pas B cette exception par une faiblesse. »

Plusieurs prêtres , victimes de cette persécution , en ont laissé des récits lassi édifiants que sincères : le P. Georges Camus, gardien des RécoUets de La Flèche et mort vicaire en cette ville, en 4833; le docteur Lambert Boucher, curé de Cures, ancien professeur du collège royal et militaire de La Flèche ; François Courte , de Laval , et curé de Saint-Jean-de-lafSièverie au Mans; etc., etc.

Le sieur Bachelier se transporta donc à CoêfTort vers les six heures du soir et ne donna aux prêtres désignés que jusqu'à quatre heures du matin le lendemain pour faire leurs préparatifs , qui ne purent s'étendre qu'aux choses les plus indispensables. La milice, au nombre de deux cents hommes , le rendit sur place à l'heure indiquée. Elle était conduite par Levasseur, et se mit sur deux lignes. On y fit entrer les prêtres et on plaça un canon audevant et un canon derrière, chargés à mitraille, les mèches allumées. Nous lisons dans les mémoires de Levasseur qu'un nommé Delion , révolutionnaire exalté, chercha à persuader aux gardes nationaux, dont il faisait partie , de fusiller ces malheureux prêtres aussitôt que le triste cortège serait arrivé à la hauteur des premières sapinières qu'on rencontre sur la route du Mans à La Flèche et que Levasseur, par sa fermeté , empêcha ce crime atroce. Nous mentionnons ceci, quoique l'abbé Courte n'en parle pas dans sa relation. A Foulletourte, on les distribua dans les auberges, vingt dans chaque chambre gardée par des sentinelles , et dont on nô leur permettait de sortir que pour satisfaire aux besoins de la nature.

Le 29 , on se remit en route pour La Flèche dans le même ordre que le jour précédent; cette première colonne, que la seconde devait suivre à deux jours de distance, arriva à midi dans cette ville. Ils y entrèrent, marchant deux à deux, dans le silence, couverts de sueur et de poussière en raison de la chaleur. On leur jeta de la paille pour se coucher dans la chapelle des Capucins; l'administration ne leur donna que du pain et de l'eau. Les. dames de la Visitation leur avaient fait préparer à dîner ; mais ils n'en profitèrent qu'en partie; car les plats étaient enlevés par la garde nationale. Le collège envoya des matelas; mais ils ne purent y dormir en paix, les gardes faisant exprès du bruit aussitôt qu'ils s'apercevaient qu'on se laissait aller au sommeil.

Le docteur Boucher se rendit auprès d'eux ; il parcourut leurs rangs sous les regards du terrible Beaufils et donna des certiflcats trop bien motivés à ceux qui craignaient l'embarquement.

Le lendemain, la garde nationale de La Flèche fut commandée pour les escorter jusqu'à Angers. L'abbé Courte déclare que les hommes qui la cora-

,1) L'Eglise du Mans pendant la Révolution, t. II, p. M el 9.

posaient témoignèrent beaucoup d'égards à leurs captifs; ils procorèrei des voitures à tous ceux qui ne pouvaient pas marcher à pied. Ils déjefl nèrent à Durtal et y furent assez bien reçus; mais à Suette, ils commefl çèrent à pressentir tout ce qui les attendait. La nuit qu'ils y passèrent fol en effet, des plus cruelles; tous les secours manquaient et cependant jm une plainte, pas une récrimination ne se fit entendre. A peine ces nobh martyrs eurent-ils de la paille et le pain manqua, ou, du moins, fut très insuffisant.

Le 31 , la garde nationale d'Angers vint à lenr rencontre à un quart d lieue environ. Le commandant et les officiers furent les premiers à le insulter.

Au reste , la mission des gardes déchois était terminée ; nous ne suiTron pas ces pauvres prêtres dont le courage et la sainte patience allaient étr soumis à de terribles épreuves. Nous renvoyons nos lecteurs aux récit émouvants qu'en ont fait plusieurs auteurs et surtout Dom Piolin.

Les prêtres ou religieux de La Flèche ou des environs qui furent déporté à Angers le 31 août et le i^ septembre 1792, sont :

Les abbés Brouard, curé de Crosmières, né à Morannes; — Baudry, cun de Mansigné, né à Longue; — Barbot, curé de Luché, né à Luché; — Boucher, curé de Cures, né à Mareil-sur-Loir ; — Bourge, curé de Parigné-le Pôlin , né à Requeil ; — Baudrier, vicaire de Précigné , né à Saint-Germain du-Val; — Camus, récollet de La Flèche, né en Franche-Comté; — De h Roche, curé doyen de Mézeray, de Mansigné, mort curé de La Flèche ; — De la Roche, curé de Brette, né à Mansigné; — Dutaillis, prêtre de U Flèche (chapelain des Yisitandines), né à Marigné; — Jaunay, vicaire di Sainte-Sabine, né à Luché ; — Lefranc , vicaire de Chalonne, né à La Flèche;

— Lecomte , curé de Saint-Jean-de-la-Motte , né à Luceau ; — Le Mercier, carme de La Flèche; — Le Vacher, vicaire de Sainte-Colombe, de Thorée;

— Le Vacher, vicaire de Aigné, né à Thorée; — Lanjuinière, prêtre d€ La Flèche; — Lefèvre, curé de Solesmes, né à La Flèche; — Macé, prêtre dé La Flèche, né à Saumnr; — Martineau , curé de Mnlsannes , né à Sarcé;

— les deux frères Renouard-Desloriers , carmes de La Flèche, nés â Neuvillalais.

Nous poursuivons ce sujet avant de nous occuper des affaires civiles el nous allons dire ce que devint l'Eglise catholique à La Flèche en anticipant un peu sur les événements.

Lorsque le gouvernement, si bien secondé par les diverses municipalités, mit à exécution la loi qui ordonnait de déporter ou de renfermer les prêtres non-jureurs, le culte catholique cessa d'être public. Quelques prêtres crurent devoir se cacher pour être à même d'administrer les Sacrements aux catholiques restés fidèles et qui ne pouvaient plus se réunir. Ce fut alors qu'on leur donna la dénomination de réfractaires.

I A La Flèche , ce furent MM. Laitnay, qui se retira chez M°*« Pion ; Beamîfcr et Richard, chez Chauvelier, fermier à Loriére, et chez M"« Jamin, à la leafferie; Séchet, dit le Jeune, chez les sœurs Deniau, maîtresses de penjion, qui recevaient tous les prêtres qui voyageaient incognito; Maillard, Bbez M"« Chauvelier ou à Saint-Jean ; Touchais, au Baiileul, son ancienne paroisse; Gagniot, religieux Prémontré , chez M. Jouye , peintre , et chez (P» Cagniau; Barrier, chez sa parente, M»«Couchot. (1) Ces respectables Hcoarageux ministres restaient continuellement enfermés dans une chambre bat les fenêtres ne s'entrouvraient que la nuit pour changer Tair ; souvent f» étaient obligés de se tenir dans des souterrains pour se soustraire aux recherches. On avait très- ingénieusement imaginé pour les prêtres et les Rouans , dans certains endroits , de percer dans la muraille d'un puits une plerie qui conduisait à un souterrain pouvant contenir cinq à six persanes. Cette ouverture était à huit ou dix pieds de profondeur, et ne pouvait être vue d'en haut. On y parvenait en descendant par la corde du seau. , Les recherches étaient exercées par des patriotes enragés à la tête desquels se mettait souvent le jureur Mousset. M. et M"« Pion furent saisis au cornent où M. Launay terminait sa messe et conduits en prison. Le prêtre eat le temps de se sauver dans son souterrain. M. et M"* de Lonlay furent également arrêtés à Mélinais. On ne trouva pas M. Cholet, qui, heureusement, fut prévenu à temps; l'incursion s'était faite la nuit et on trouva sou Ut encore chaud. Mais , malgré la vigilance des schismatiques , les prêtres fidèles sortaient la nuit de leurs retraites pour administrer les mourants. Un des collègues (2) de M. Drouault, chirurgien, qui lui-même avait été à la recherche des prêtres réfractaires , lui conduisit l'abbé Poterie qui l'assista à ses derniers moments.

Cependant, les patrouilles se multipliaient quelquefois tellement que les mourants ne pouvaient pas toujours recevoir les Sacrements. Dieu a dû certainement leur tenir £[rand compte de leurs désirs. M. Rocher, homme de loi, qui était membre de la municipalité, et M. Savardan, qui commandait la garde nationale, (3) faisaient passer des avertissements; mais, d'un

1) Noos De (levoDS omettre aucune anecdote renne à notre connaissance et à Thonneur 4*an de nos concitoyens. Il y a plusieurs années, une des dames les plus distinguées de la liUe , Tenue le soir de la campagne et deranl repartir le lendemain , M"« de X*** eut affaire i la banque de MM. Couchot père et fils. M. Couchot père offrit à cette dame de la reconinirt chez eUe, la nuit étant tout à fait venue. Elle accepta , et M. Couchot lui dit pendant k trajet : > Si j*ai osé , madame , tous offrir mon bras , c'est en raison d'un souvenir à

■ cette heure bien éloigné. Très-jeune, au temps où rassistance h la messe exposait à bien

■ des dangers , j*ai été souvent envoyé auprès de madame votre mère pour l'avertir et • l'accompagner au lieu secret où s'accomplissait le divin sacrifice. »

f% Il est & présumer que ce collègue était le docteur Boucher.

'3} M. Rocher et M. Savardan se trouvaient obligés à prendre part à certains actes révobilioonaires, surtout le dernier, en raison de ses fonctions actives; mais iU les détestaient au fond du cœur.

autre côté, les schismatiques trouvaient facilement des espions qui, pa peur ou par malice, s'immisçaient perfidement dans les assemblées de fidèles et allaient ensuite dénoncer et le lieu et les personnes. Ces perse culions étaient ainsi renouvelées des premiers temps de l'Eglise et avalen lieu dans toutes les provinces à la fois.

Souvent des prêtres étrangers, conduits par la troupe, traversaient le rues de La Flèche, couverts de lambeaux pourris par Thumidité de cachots. La fille de Georges Couchot faisait alors la quête parmi les catholiques, renouvelait leur linge, leur vêtements et garnissait autant que possible la bourse de ces dignes confesseurs de la Foi , qui étaient obligés d< payer toutes les dépenses occasionnées par ces tristes voyages pendan lesquels l'avidité des persécuteurs rivalisait avec leur cruauté. La populace continuellement exaltée par le club, dont les séances devenaient de plus ei plus orageuses, s'attaquait aux personnes qui refusaient les secours reli gieux des intrus.

Un fermier de M. Roulier, au Douce, fut amené un dimanche sur un àn< et promené par cette môme populace, qui le huait et le frappait, parc< qu'il n'avait pas voulu assister à la messe de l'un de ces intrus. Un homnu de garde le prit en pitié et l'an'éta; à la nuit il lui fit regagner sa demeure. Et plus tard ce même intrus , cause de cette persécution , épousa la cousine de ce même fermier et est entré dans la gendarmerie à cheval.

M. Rocher fut chargé de faire la part de la Nation daD« les biras des faBoiUes qui comp' talent de leurs membres dans Témigration. M. de la BouiUerie, cadet, depuis maire et sous-préfet de La Flèche, était à i*armée des Princes. M. Rocher prévint M»«de la Bonillerie qu'il viendrait le lendemain remplir sa mission , Tinvitant & mettre de côté tout ce qu'elle avait de plus précieux pendant la nuit, de manière à ce qu'il ne fut pas obligé d'en tenir compte dans son inventaire.

Nous aurons à citer plusieurs lettres de M. Savardan ; les termes de ses missives se prouvent impUcitement et honorablement démentis par ses actes cachés.

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