LES FL^CHOIS EN VENDRE
léans cantonnés à La Flèche. Leur chef, M. de la Aotte Saint-Lanier, né à La Flèche même , se conduisit avec beaucoup de prudence et, quand les récalcitrants virent que cet officier était cependant décidé à les sabrer, ils se retirèrent.
Un peu plus tard , sons le même prétexte , Tantorité du Lude voulut s*as$arer s'il était vrai que le curé de Genneteil , Tabbé Gandon , très-honnéte ecclésiastique , beau-frère du docteur Boucher, fut accapareur de blés, et envoya un détachement de dragons et de la garde nationale dans le bourg de Genneteil ; on trouva un peu de blé qu'on enleva et le curé fut obligé de se cacher pendant plusieurs heures.
On dut mettre alors la milice bourgeoise de La Flèche sur un pied tout à fait militaire. On forma une compagnie d'artillerie , qui fut commandée par M. Bouchot, chevalier de Saint-Louis, et M. Duvemey, ancien officier d'artillerie , au titre de lieutenant. On l'arma avec deux couleuvrines en bronze, qui étaient au château. Toute la troupe fut divisée en deux bataillons de quatre compagnies , formant un effectif de 800 hommes , commandés lepremier par M. Bouchot, chevalier de Saint-Louis et ancien officier de carabiniers, et M. de la Motte d'Aubigné, aussi chevalier de Saint-Louis.
Outre ces quatre compagnies , il en fut établi quelques temps après une cinquième de chasseurs, composée de jeunes gens, qui, d'après leur âge, devaient servir aux frontières; mais on les maintint à La Flèche, cette Tille étant considérée comme frontière de la Vendée.
Bientôt le service de cette troupe devint très-actif. La disette était réelle et allait devenir de plus en plus pressante, comme nous aurons bientôt à le dire. Il fallait constamment escorter les convois de blés. Un mercredi , les gens des faubourgs et les paysans venus au marché voulurent arrêter plusieurs voitures qui sortaient de la ville. Les canonniers, étant souvent appelés, comme représentant l'élite de la milice bourgeoise, le furent cette fois, et M. delà Motte ne parvint à dissiper ces attroupements et à faire sortir les voitures du faubourg Saint-Jacques qu'en menaçant de faire feu.
BI. de Clermont, tenant aux Gallerande, fut obligé de se retirer des Piltières à La Flèche pour avoir voulu faire passer une voiture de meubles que le marquis de Clermont-Gallerande envoyait de Paris.
Le château de Turbilly ne fut sauvé du pillage et de l'incendie que par an piquet de cavalerie.
M. Richard de Beauchamp fut gravement insulté aux Gringuenières , malgré tous les bienfaits dont il avait comblé les habitants du bourg de La Chapelle-d'Aligné. On l'y brûla en effigie et l'un de ses domestiques , qui le servait depuis 15 ans, devint l'un de ses plus cruels ennemis.
Les esprits fermentaient de plus en plus ; il fallut envoyer de la troupe et de l'artillerie à Mansigné. On y avait déchiré les rôles d'impositions ;
deux des principaux coupables furent arrêtés et conduits à La Flèche; mais à Pontvallain , le détachement de dragons dut reculer devant Témeute.
Il en était ainsi dans toute la France ; l'émeute était un moyen , il ne fallait pas la réprimer, mais l'organiser, et arriver à y faire participer la force armée , de manière à lui donner, pour ainsi dire , une forme régulière et légale. Pour mieux arriver à ce but , il fut décrété que les milices bourgeoises seraient appelées gardes nationales, que tous les hommes porteraient l'uniforme et que les officiers seraient choisis dans le peaple. Les rôles furent donc renversés : « Vous marchez mal, dit un capitaine « au marquis de ^^, simple garde. » — c Pardon, capitaine, mais les « souliers que vous m'avez faits me blessent. »
Les corps de garde furent multipliés à La Flèche et devinrent bientôt le théâtre d'orgies continuelles ; on y jouait , on y amenait des filles publiqaes; un menuisier ivre tua, en faisant des armes, un couvreur, qui était, du reste, dans le même état que lui.
L'ancienne France avait disparu, et, le 5 ventôse an I (23 février 4793), quelques semaines seulement après le supplice de Louis XVI, sanglant défi que la Convention nationale jetait aux souverains de l'Europe , le peuple français était appelé sous les armes. Deux jours avant , Dubois-Crancé , chargé du rapport de l'organisation des armées , était monté à la tribune et s'écriait : — « Au commencement de notre révolution , nous avons promis « à tous les peuples paix et fraternité. Les tyrans nous ont répondu par un « cri de gueire. Il faut donc continuer cette guerre avec courage , puisqu'il « n'est plus possible de la terminer que par des victoires ou par la perte « de la liberté. »
Puis venait ce manifeste tant de fois cité , tout brûlant de la passion révolutionnaire et qui retentit comme le son du tocsin dans toutes les communes de France : « Jusqu'au moment où les ennemis auront été chassés « du territoire de la République, tous les Français seront en réquisition « permanente pour le service des armées.... les jeunes gens ii*ont au com- « bat ; les hommes mariés forgeront des armes et transporteront les subsis- € tances ; les femmes feront des tentes , des habits et serviront dans les « hôpitaux; les enfants mettront du vieux linge en charpie; les vieillards c se feront porter sur les places publiques pour exciter le courage des « guerriers, la haine des rois et le dévouement à la République.... »
Il fallait huit armées ; cette œuvre impossible en d'autres temps fut accomplie au moyen de ces mesures qui ne permettent ni hésitation ni délai. Or la Vendée, tout en subissant la République, ne voulait plus à aucun prix lui donner son concours.
Le 20 ventôse au 4«' (10 mars 4793), jour ûxé pour le tirage an sort, l'insurrection vendéenne éclatait à Saint-Floi'ent, et quelques jours après, Henri de la Rochejaquelein , pris pour chef par les paysans, leur criait avant