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LES PLÉCHOIS EN VENDÉE

de s'élancer sur les Bleus : « Si f avance, suivez-moi; si je recule, tuez- € moi; si je meurs, vengez-moi, »

Telle fut répigraphe de cette guerre de géants.

Ce fut donc quand parut la loi de recrutement, flanquée de tribunaux criminels, et devant cette ultim^i ratio de la tyrannie républicaine, que toute la Vendée se souleva, au même cri de ralliement : « Puisqu'il faut « mourir, mourons au pays et pour la liberté de nos consciences et la liberté € de nos foyers. »

Citons ici un témoignage qui doit être pris en grande considération, celui de M. Lucas-Championniére, témoin et acteur des événements et l'un des meilleurs officiers de Charette :

« Les commencements de la Révolution, dit- il, n'effrayèrent point les € habitants de nos campagnes plus que ceux de la ville ; chacun , au conc traire , se flattait d'améliorer son sort. Le paysan crut devenir bourgeois , € le bourgeois s'imagina être gentilhomme , plusieurs nobles osèrent même € attendre pour eux des honneurs qu'on ne rendait qu'aux grands; € les vicaires eux-mêmes se réjouissaient de l'indépendance on ils « allaient vivre.... Le bourgeois avait vu avec plaisir le seigneur dépouillé ; € le raisonnement de chaque classe, en voyant piller celle qui la précédait, « était que les riches étaient toujours assez riches; les uns et les autres

< n'ouvrirent les yeux que lorsque le coup tomba sur leurs têtes. On avait € déchargé les paysans de la dlme, qui leur pesait peu, parce qu'ils ne « payaient pas cet impôt exactement; les fermiers n'en sentirent pas le € bénéfice, qui retourna aux propriétaires. Le présent, qui semblait devoir « plaire aux paysans , ne suffit pas pour leur donner confiance en ceux € qui tracassaient leurs prêtres ; ce fut l'époque du mécontentement général. € Mais dès lors la Révolution avait fait de grands progrés ; les Jacobins « semant partout leurs doctrines, s'étaient emparés des esprits les plus € disposés à les écouter; déjà ce qu'il y avait de mauvais sujets, beaucoup « de procureurs , sergents et autres , composaient les gardes nationales , « les municipalités, les districts, et exerçaient sur leurs concitoyens la « plus minutieuse tyrannie; plus qu'eux, tous les prêtres assermentés « soufflèrent le feu de la discorde , en excitant leurs partisans aux plus « grandes vexations contre ceux qui refusaient d'aller à leurs messes —

< Voilà les auteurs de la guerre ! »

Depuis que la levée des 300,000 hommes était décrétée, les jeunes gens vendéens se demandaient entre eux : — « Tirerons-nous à la milice? » — « Ma fois , nenni ! répondaient-ils tous. Mieux vaut mourir au pays qu'à « la frontière. »

Et Cathelineau apparut, le simple et pauvre marchand colporteur de laine, allant bientôt rivaliser de bravoure, de talent guerrier avec le jeune gentilhomme qui avait pris la tête du mouvement

Ce soulèvement ne fut pas , comme on serait tenté de le croire , particulier à la Vendée. Les provinces limitrophes eurent leurs commencements d'insurrection , qui bien vite étouflfés , n'en furent pas moins une protestation contre le décret du 23 février 1793. L'enthousiasme de 4792 était tombé ; les volontaires ne se présentaient plus avec empressement ; l'ardeur des premiers moments avait disparu devant l'appel forcé. Mais les mouvements qu'il provoqua dans la Sarthe et surtout au Mans manquèrent de cette cohésion et de cette unanimité , qui rendirent si dangereux pour la République les efforts héroïques de la Vendée , de la Bretagne et des pays limitrophes.

On conçoit qu'à l'heure des luttes suprêmes de la nationalité , tous les cœurs se soient réunis dans une haine commune contre l'étranger foulant le sol de la patrie et soient confondus sans calcul ni arrière-pensée dans une levée en masse. Mais de pareils sacrifices, d'aussi nobles dévouements n'ont rien à voir dans un arrêté Spartiate ou draconien rédigé par un comité se prélassant dans les voluptés et soutenu par d'ineptes épaulettiers , qui , portés à la surface par le bouillonnement , usurpent le titre de général pour rentrer plus tard dans le néant.

A l'arrivée du décret sur le recrutement relatif à la demande faite par la Convention de 300,000 hommes , la municipalité du Mans s'empressa de le promulguer et tint un registre ouvert pour inscrire les noms des volontaires. Le 47 ventôse an I (7 mars 4 793), personne ne s'étant présenté , quelques citoyens vinrent à la mairie pour conférer sur les moyens de former le contingent; mais beaucoup d'autres restèrent sur la place publique, écoutant les meneurs et attendant le secours des habitants des campagnes pour les aider à repousser une odieuse tyrannie. Telle était encore la situation le 44 mars , jour fixé où la jeunesse assemblée devait enfin, après plusieurs convocations vainement réitérées, concerter le mode de recrutement. On s'attendait à un mouvement ; mais la municipalité , instruite des projets de révolte, avait fait assembler dès le point du jour la garde nationale, dont le département, dans la crainte de la sédition qui menaçait la ville, l'avait chargée dès le 8 de requérir la permanence.

Pendant que l'agitation se concentrait sur la place des Jacobins et se calmait sur la promesse faite par la municipalité que ceux qui s'enrôleraient recevraient la somme de cent écus , des événements plus graves se passaient sur la route d'Alençon. Un attroupement de gens de campagne armés , au nombre de cinq à six cents , venus par les routes d'Alençon , de Laval , s'avançait vers la ville pour répondre à l'appel des jeunes gens du Mans. Mais la garde nationale et les citoyens de bonne volonté étaient assemblés et décidés à prêter main-forte au maire, M. Négrier-la-Ferrière , ancien conseiller au présidial. La municipalité avait fait distribuer des armes à ceux d'entre eux qui n'en étaient pas munis ; un fort détachement

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