LES FLÉCHOIS EN VENDRE
composé surtout « des piqiies des bas qttartiers » accompagné d'un ofBcier municipal , et les canons en avant, se rendit sur la route d'AIençon , partie de la ville qui était la plus menacée. (1)
On lut aux révoltés la loi contre les attroupements. Ils attaquèrent néanmoins y mais furent aussitôt repoussés el dispersés ; douze furent blessés et l'un d'eux mourut de ses blessures.
Le 44 mars donc, poar la première fois, l'opinion contre-révolutionnaire devint positivement agissante; plus tard elle devint redoutable, « oppo- € sant, dit Pesche, dans son dictionnaire historique de la Sarthe, une ré- € sistance active à l'action des lois et de l'autorité, semant sans cesse les € alarmes, enfin armant sans cesse les uns contre les autres j au moral € comme au physique , ses malheureux citoyens. »
Si nous critiquons ces lignes inscrites dans un ouvrage trës-consulté , c'est que nous avons à demander : « qui donc avait fait ces lois, qui s'était « emparé de cette autorité déléguée dans les départements & des hommes c comme Carrier, Esnue-La-Vallée , Francastel et autres, qui en ont usé à € la façon des tigres et des animaux les plus féroces? »
Nous le répétons donc, le 40 mars, jour fixé pour le tirage au sort des jeunes gens appelés à prendre les armes, le tocsin sonna dans plus de six cents paroisses des départements des Deux-Sèvres , de la Vendée et de Haine-et-Loire. Mettant aussitôt à leur tète le voiturier Cathelineau , justement surnommé le Saint, Stoflet, ancien garde-chasse de M. le marquis de Golbert-Maulévrier , Charette, ancien ofBcier de marine, d'Elbée, Lescure, La Rochejaquelein , gentilshommes d'une valeur héroïque et Bonchamp , qui avait servi avec distinction dans l'Inde, les paysans commencèrent contre les ennemis de l'Eglise et de la Monarchie cette lutte à jamais célèbre connue sous le nom de guerre de la Vendée et surnommée par Napoléon lui-même — la guerre de Géants. —
La loi sur le recrutement a été l'étincelle qui produisit l'explosion , mais n'en a pas été Tunique cause; l'attachement à la foi chrétienne, la répulsion pour la sanglante assemblée qui venait de décapiter le roi le plus libéral qui eut occupé le trône depuis des siècles , telles furent les causes vraies de cette levée en masse d'une population brave , généreuse et attachée au christianisme par le fond des entrailles. Les habitants du Maine étaient vivement agités par des sentiments semblables; les mêmes agents qui avaient préparé l'insurrection des paysans vendéens avaient eu des intelligences dans nos départements de la Mayenne et de la Sarthe ; et le même signal, if lirojfe, devait soulever les campagnes. II y eut dans ces deux départements commencement d'exécution; mais quelques influences et quelques trahisons en empêchèrent l'exécution. (2)
(1) Voir Chronique de la Sarthe, 8 et 12 Primaire an IV, et Annuaire de la Sarthe, 1869. (3} Dom Piolin, VEglite du Mane pendant la Révolution, t. II, p. 339.
Telle est ropinion sar ces débuts à laquelle nous nous rallions le plus volontiers.
Les membres de la Convention envoyés par le département de la Sarthe furent : Richard, avocat à La Flèche; Salmon, de Sillé-le-Guillaume, exlégislateur; Philippeaux, avocat au Mans; Boutroux, de La Ferté-Bemard , notaire à Grez; Levasseur, chirurgien au Mans; Condorcet; Chevalier, cultivateur à Saint-Aubin; Froger-Plisson, de Saint-Calais ; Tabbé Sieyès, ex-constituant. Les suppléants furent : Emmanuel Le Tourneur, au Mans, qui remplaça Condorcet nommé et acceptant dans l'Aisne; Le Haut, de Mamers, qui bientôt devint député de fait ; Cornilleau, de Surfond ; Qnantio, de Bessé, et Tison, de Brûlon.
Richard, François-Primaudière, Philippeaux, Boutroux, Levasseur, Froger, Sieyès et Le Tourneur votèrent la mort de Louis XVI ; Salmon, pour la réclusion pendant la guerre et le bannissement à la paix; Chevalier émit le môme vote. Ces deux derniers votèrent pour Tappel du roi à la Nation, tous les autres le rejetèrent. Disons de suite que René François, dit Primaudière, assailli de remords par suite de son vote criminel du 47 janvier, reconnut sa faute , la désavoua publiquement et en demanda pardon à la France et à son roi. (1)
Peu de jours après la courte insurrection du lundi H mars, le Mans vit arriver dans ses murs, le dimanche 17, deux conventionnels, dont les noms reviennent bien souvent dans les récits sur la guerre de la Vendée, Choudieu et Richard. Ils étaient envoyés pour surveiller les opérations du recrutement. Par leurs proclamations et leurs discours au club, où le peuple les reconnut pour ses véritables amis, ils réveillèrent dans la Sarthe Tesprit jacobin , et le club, encouragé dans son audace par les représentants du peuple, fit bientôt sentir sa domination aux autorités ellesmêmes. (2)
Ce 17 mars, jour du passage au Mans de Richard et de Choudieu, le département de Maine-et-Loire poussait un cri d'alarme et appelait se& frères de la Sarthe pour vaincre l'insurrection des « rebelles, » qui, depuis huit jours, avait pris d'énormes proportions. Il commença à demander des forces au district de La Flèche, dont il était le plus voisin ; celui-ci s'empressa de lui envoyer un secours de 200 hommes auquel on adjoignit deux pièces d'artillerie. Le département de Maine-et-Loire lui adressa des le 19 ses remerciements.
Ce même jour, Choudieu et Richard , arrivés à Angers , écrivaient à Tad-
Courrier du 24 mars , lettre de ChAteau-du-Loir du 17. Agents de la Contre-RévobUiffi^ dans la Sarthe,
(1) Négrier de la Crochardièrc , 2"** recueil, t. II. — Dom Piolin, Eglise du Mont, t. U, p, 221, 222.
(2) Adresse du club aux sans-culottes du Mans, 17 mars.