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LES FL^CHOIS EN VENDÉE

ministratian de la Sarthe pour l'appeler à Taide des Angevins et requérir toutes les gardes nationales du département. (1) Le lendemain , le directoire de la Sarthe requit chaque chef de légion de faire partir pour Angers un nombre déterminé de gardes nationaux , auxquels serait accordée une indemnité de deux francs par jour.

Les Sarthois ne manquaient ni d'ardeur ni de courage, mais en général . ils étaient mal armés ; beaucoup même n'avaient que leurs bâtons de route, Le département de Maine-et-Loire, qui avait été déjà à même de juger quelles étaient les véritables forces des insurgés de la Vendée , crut voir dans beaucoup de ces soldats improvisés des auxiliaires plutôt à charge que d'une réelle utilité. Le 23 mars, il invita ceux de ses frères de la Sarthe ou autres départements qui n'avaient pas d'armes , à retourner dans leurs foyers en leur assurant cinq sols par lieue. Beaucoup en profitèrent.

Une partie des gardes nationaux qui s'étaient portés sur Angers étaient du nombre des volontiiires qui s'étaient récemment enrôlés au commencement de mars, et devaient, par conséquent, rejoindre l'armée des Ardennes et gagner Sedan, lieu fixé pour le rassemblement des recrues de la Sarthe.

Mais en raison du soulèvement de la Vendée, le ministre de la guerre de Beurnonville permit de suspendre le départ de ces volontaires. Son adjoint, le citoyen Lasaussais, commissaire-administrateur des guerres, écrivit au département le 24 mars pour lui notiQer que ces hommes seraient aux ordres du général Labourdonnaye , qui commandait la rive droite de la Loire, et d'avoir à les tenir à sa réquisition.

Avant d'aller plus loin et de suivre nos Fléchois sur le théâtre de la guerre , nous allons exposer succinctement le mécanisme du gouvernement révolutionnaire pour ne plus avoir à revenir sur ce sujet et les formes de Tadministration durant la terreur.

Après Tabolition de la Monarchie, disent Théodore Boullier et Dom Piolin , la Convention se substitua aux fonctions que la Constitution attribuait au roi , et qu'on ne lui avait jamais laissé la faculté d'exercer. Ce fut cette assemblée qui dirigea tout par le moyen de comités formés dans son sein , et qui se partageaient les différentes branches de l'administration générale. On conserva provisoirement toutes les institutions, tous les emplois , toutes les formes gouvernementales qui existaient alors ; et on eut pu se dispenser d'y rien changer; car elles étaient complètement démocratiques. Cependant on voulut quelque chose de plus populaire encore. On s'occupa de faire une nouvelle Constitution qui devait mettre un terme

(1) Rapport de Choudieu et Richard sur la guerre de la Vendée, p. 10. — Annuaire de la Sarthe, 1869.

à tous les maux de TEtat, qui ne fut promulguée que le 4 juin 1793 et dont l'application fut aussitôt suspendue sous le prétexte des circonstances critiques dans lesquelles se trouvait la France. Ainsi la Convention continua d'exercer son despotisme sans contre-poids ni contrôle.

Le 19 vendémiaire an II (10 octobre 4793), elle déclara par an décret que le gouvernement était révolutionnaire jusqu'à la paix.

Le 14 frimaire (4 décembre), un nouveau décret organisa le gonvernement révolutionnaire. La Convention en était le moteur général et unique; tous les corps constitués, toutes les autorités quelconques étaient mis sons la direction et l'inspection de deux comités de salut public et de sûreté générale. Le premier avait la nomination à tous les emplois, à l'armée, à l'étranger, à l'intérieur, et la faculté de révoquer à volonté tous ceux qui les occupaient. C'était là le démenti le plus formel donné à la première et à la nouvelle constitution, qui ne reconnaissaient que la voie de l'élection pour la nomination des fonctions publiques.

Mais l'instrument le plus actif, le plus despotique du comité de salut public, étaient les commissaires qu'il était autorisé à envoyer près des armées et des départements. Il les choisissait dans le sein de la Convention ; ils furent tous pris parmi les régicides, et portaient le nom de représentants du peuple en mission. On ne vit jamais un pouvoir plus arbitraire que celui dont jouissaient ces proconsuls ; ils nommaient aux emplois et destituaient à volonté ; ils avaient même le droit de vie et de mort sur tous les citoyens. Ils faisaient parfois exécuter des hommes sans aucune forme judiciaire, ou , le plus souvent , condamner par des tribunaux nouveaux , qu'ils créaient eux-mêmes , et à qui ils donnaient les noms et les attributions qui leur plaisaient. Deux de ces tribunaux avaient déjà porté, sous le nom de commission militaire , la peine de mort contre des prêtres dans le département de la Sarthe; au commencement de novembre 1793, une commission semblable était en pleine activité dans la Mayenne. Plus tard, au Mans, Bissy et Bourbotte créèrent, sous le nom de tribunal criminel, cette féroce commission révolutionnaire commise pour juger les prisonniers faits sur l'armée des Brigands , pendant qu'un autre corps immolait chaque jour des troupes de captifs.

Les représentants étaient trop bien secondés par les comités révolutionnaires, qui finirent par ne plus reconnaître d'autre autorité que celle du proconsul.

Est-il nécessaire d'ajouter que la tourbe des autres fonctionnaires publics obéissait aveuglément aux ordres émanés d'hommes aussi redoutables que les représentants du peuple et les membres des comités.... Que de crimes, que d'exactions, que .d'indignes persécutions...!

Nous avons dit comment était administré chaque département.

Déjà plusieurs combats avaient eu lieu du côté de Cholet, entre les Ven-

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déens et les Angevins, lorsque cet incendie s'étendit du côté de Saumur. Ce fut alors que la commune de La Flèche reçut Tordre d'y envoyer des secours. Cet ordre arriva à la municipalité le dimanche de la Passion.

Pour ne pas semer l'effroi dans la population , on répandit le bruit qu'il ne s'agissait que de mettre à la raison quelques vagabonds qui s'étaient montrés aux environs de Saumur ; on tenait à éloigner toute idée de guerre. Le lendemain, sous le commandement de Savardan, la compagnie de canonniers avec ses deux pièces , celle des chasseurs et des grenadiers du premier bataillon, tous parfaitement équipés, partirent. Quelques officiers, cependant, se ressentaient du milieu où on les avait pris et étaient loin d'avoir une tenue militaire propre à les faire reconnaître et respecter. A Baugé , la compagnie du Lude , en uniforme et bien armée , sous le commandement de Gabeau , attendait les Fléchois , auxquels se joignirent une compagnie de Beaugeois : formant un total de 400 hommes, dont le docteur Boucher fut nommé chirurgien-major.

En arrivant à Saumur, ils trouvèrent cette ville dans la consternation. Cette place était remplie d'hommes de tout âge , de tout habit et de toute Ggure ; quelques cavaliers en désordre , des pièces de canon çà et là. Ils virent bien alors combien était graves les événements auxquels ils allaient prendre part. C'était, en effet, la guerre. Nos Fléchois et leurs compagnons d'armes surent bien vite que les Vendéens s'étaient emparés de Doué , à trois lieues de Saumur, après un combat sanglant , dans lequel la garde nationale de Saumur avait été battue et que la pièce de canon de gros calibre, connue sous le nom de Marie-Jeanne, avait été prise après avoir perdu tous ses servants. Le conseil de guerre assemblé à la municipalité n'osa pas faire entrer le secours qui arrivait par le Saumurois ; il lui fit longer la Loire et descendre à Angers. Il fit d'abord séjour dans cette ville où il fut reçu avec tous les honneurs militaires, puis il fut dirigé par eau sur Chalonnes, ville distante de quatre lieues, mais dont les chemins de communication étaient impraticables. L'embarquement eut lieu sur deux sapinières armées chacune d'une couleuvrine. La rivière était grosse, la pluie torrentielle, et, vers la fin du jour, les mariniers désespéraient d'arriver; les vivres manquaient, le trajet ne devant être que de 3 à 4 heures. Ce retard et ces obstacles empêchèrent nos concitoyens de tomber entre les mains des Vendéens, qui avaient surpris les Républicains et étaient entrés dans Chalonnes, où la frayeur avait été si grande que plusieurs habitants se noyèrent en se pressant en trop grand nombre dans des bateaux.

Le détachement rentra à Angers d'après l'ordre envoyé par un courrier ; mais l'aspect de cette ville n'était plus le même qu'à sa première arrivée; l'inquiétude se lisait sur tous les visages. On incrimina M. de la Péraudière, des environs de Baugé , homme bien né et dont la bravoure répondait à un superbe physique; il passa à un conseil de guerre qui l'acquitta de la

manière la plus honorable ; mais, dégoiit<^ par cet incident, il se retira dans sa terre, refusant de servir désormais la République.

Choudieu d'Angers et Richard de La Flèche étaient présents avec un yienx général ; ils ne pouvaient pas être d'un grand secours ; les premiers s'occupaient principalement d'échauffer les esprits dans les séances orageuses du club révolutionnaire , et le vieux général était retenu dans son appartemoit par ses infirmités que soignaient trois femmes qui l'accompagnaient.

Enfin la petite troupe de Flèchois, Ludois et Baugeois reçut l'ordre de se porter sur Saint-Lambert ; après beaucoup de fatigues , ils y arrivèrent et n'y trouvèrent que des femmes et des enfants, tous les hommes ayant rejoint les Royalistes à Chemillé. Chacun, harassé, se logea où il put et s'endormit de telle façon que si l'ennemi avait été prévenu , tous auraient été pris ou égorgés sans avoir pu se défendre.

Peu de jours après, La Douce, bon patriote, mais fort mauvais général, arriva avec une sorte d'état-major, composé de gens qui n'avaient jamais fait la guerre; il fut bientôt suivi par des détachements de Blois, du Mans, de Tours et de Laval ; ce qui porta cette petite armée à 4,000 hommes, avec quelques centaines de dragons. Les nôtres formaient toujours la tête dans les revues que passaient fréquemment les généraux Ligonnier, Berraym' et Montesquiou , qui se trouvaient fort embarrassés de faire la guerre avec ces rassemblements tumultueux et informes de pères de famille si pea aguerris , travaillés du mal de la peur et si prompts à la déroute. Et c'était pour les mettre en face de quels hommes !

Un des généraux républicains écrivait à Merlin de Thionville le lendemain de la bataille de Savenay, dernier et suprême effort de ces héros :

« Je les ai bien vus, bien examinés; j'ai reconnu ces mêmes figures

« de Chollet et de Laval. A leur contenance, à leur mine, je te jure qu'il « ne leur manquait de soldat que l'habit. Des troupes qui ont vaincu de « tels Français peuvent bien se flatter de vaincre tous les autres peuples. « Enfin, je ne sais si je ne me trompe, mais cette guerre de brigands et de « paysans , sur laquelle on a jeté tant de ridicule , que l'on affectait de « regarder comme misérable, m'a toujours paru la grande partie pour la « République , et il me semble à présent qu'avec les autres ennemis nous « ne ferons que peloter.... »

Le chef de brigade La Douce commença ses opérations le mardi-saint avec les Flèchois, les Ludois et les Baugeois, une trentaine de dragons et une compagnie de travailleurs destinée à combler les fossés, abattre les haies pour faciliter la marche et disposer l'attaque. On partit à la pointe du jour pour marcher sur Chemillé, très-gros bourg, composé alors de deux paroisses , et d'une église canoniale ; sur ce point de la Vendée , c'était h principale place des Vendéens.

Les avant-postes de l'ennemi se retirèrent sans bruit aussitôt qu'ils

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aperçurent la troupe républicaine, afin de prévenir la garnison, qui fut bientôt en ligne en dehors de Chemillé avec trois pièces de canon de petit calibre. A une distance de trois ou quatre cents pas, les Vendéens envoyèrent plusieurs boulets auxquels on répondit par deux coups de couleuvrine; mais ceux-ci se couchaient à terre au commandement de leurs officiers , puis se relevaient au cri de Vive le Roi.

La Douce envoya Boisseau , le maître-d'hôtel du Lion d'Or de La Flèche et lieutenant de grenadiers, s'emparer d'une petite maison en avant, d'où on pouvait faire feu sur l'ennemi d'une manière plus sûre. L'action s'engagea bientôt sur tous les points ; mais Boisseau dut abandonner son poste, l'ennemi apportant à bras une pièce d'artillerie qui l'eut promptement foudroyé lui et les siens. D'un autre côté, les Vendéens recevaient des renforts à toute minute , et La Douce jugea qu'il était temps de battre en retraite ; ce qui se fit en bon ordre et sans être inquiété.

Le jeudi-saint , une patrouille amena au camp plusieurs paysans , les mains liées, la tête nue et subissant les railleries de leurs conducteurs, qui leur présentaient un crucifix. Il se trouvait dans les rangs des Fléchois quelques bons pères de famille qui, sincèrement religieux malgré ces tristes temps , lisaient en cachette le touchant récit de la Passion , ne pouvant autrement remplir le devoir pascal. Le rapprochement pour eux était bien frappant, et, intérieurement, ils gémissaient de voir ces vrais confesseurs de la Foi en butte aux insultes de soldats effrénés et impies. Déjà plusieurs autres Vendéens, arrêtés dans les mêmes conditions, étaient entassés dans un lieu transformé en prison. Un conseil de guerre fut formé pour décider si on les transférerait à Angers ; c'était les envoyer à la mort. Meslin, l'un de nos canoniers, fut nommé président, et, par son ascendant, il parvint à soustraire ces malheureux au sort inévitable qui les attendait sans son intervention. II se trouva dans ce conseil un opposant; c'était un vieil officier supérieur qui , peu de temps après , fut tué devant Chemillé. Précédemment, plusieurs familles de Saint-Lambert, arrêtées indistinctement comme suspects, avaient été envoyées à Angers; dans le nombre se trouva celle des Androuin , qui avait comblé de soins les grenadiers fléchois, qu'elle avait eu à loger; tous ses membres tombèrent, comme les autres , sous le couteau révolutionnaire.

Les Vendéens attaquèrent le samedi-saint , vers midi ; on battit la générale et bientôt de tous côtés les coups de fusils retentirent avec le cri — Aux armes!

Les avants-postes se replièrent promptement, repoussés par les tirailleurs ennemis. Le gros de l'armée vendéenne, avec six pièces de canon dont une de gros calibre, se forma en ligne sur une hauteur qui dominait celle ou les Républicains avaient établi leur artillerie, composée de huit pièces de 4 et des deux couleuvrines fléchoises.

Les Vendéens attaquèrent un poste très-fort établi sur la droite et le força, pendant qu'un autre corps des leurs s'emparait sur la gauche du hameau le Taillis, assez voisin de la ligne des Républicains.

Les Fléchois et leurs compagnons occupaient toujours le front. La compagnie de grenadiers du Lude se trouvait sur le côté gauche où s'était principalement porté l'ennemi. Gabeau, son commandant, se conduisit avec intelligence et fut courageusement secondé. Les Vendéens furent débusqués. L'artillerie jouait de part et d'autre et la route fut bientôt sillonnée par les boulets. Mais la nuit arriva ; le feu cessa alors et les Vendéens se retirèrent à minuit. Il n'y eut qu'un mort à regretter du côté des Républicains ; c'était un jeune homme de la Mayenne; plusieurs furent blessés plus ou moins grièvement, entre autres Pesse, lieutenant des Ludois, qui se firent remarquer par leur entrain et leur courage.

« Encouragé par ce premier succès, dit M"» de La Rochejaquelein, « Cathelineau entreprend le même jour d'attaquer Chemillé, où se Irou- « valent deux cents Républicains et trois pièces de canon. Les révoltés « étaient déjà plus de quatre cents ; ils essuient une première décharge, « fondent sur leurs ennemis et remportent un avantage prompt et com- « plet. »

Les Tourangeaux ayant été remplacés par un autre détachement des leurs pendant le séjour que fit la troupe à Saint-Lambert, les Fléchois obtinrent la même faveur par l'intervention d'Estourneau-Massé , membre de la municipalité de leur ville. Mais ils eurent encore le temps d'assister à une affaire très-chaude à la suite de laquelle Chemillé fut forcé ; un des leurs, perruquier, y fut blessé à mort, mais en dehors de sa compagnie et après s'être réuni à des parisiens pour piller.

 leur retour, après deux mois de campagne, plusieurs Fléchois furent témoins des horreurs qui se commettaient à Angers. On amenait les prisonniers sur le pont, on les faisait mettre à genoux et on leur commandait de crier — Vive la République, — Tous s'y refusaient et étaient renversés d'un coup de fusil en faisant le signe de la Croix. — Tués ou à demi-morts, on les jetait dans la rivière. La plupart du temps, les Vendéens renvoyaient leurs prisonniers avec les cheveux tondus de très-près. Telle était leur mode de représailles au début de la guerre.

Cette première campagne des Fléchois ne fut pas meurtrière et n'eut pas \ une grande importance ; elle n'en fut pas moins pénible pour des hommes qui sortaient ainsi pour la première fois de leurs foyers.

Nous avons dit que la crainte de la disette avait été l'un des moyens employés par les Révolutionnaires pour agiter les populations dans toutes les parties de la France. La loi du 26 septembre 1792 ordonnait de faire le recensement de tous les grains , en prescrivant des mesures rigoureuses pour assurer l'approvisionnement des marchés. Les administrateurs essayé-

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rent plusieurs moyens pour faire exécuter la loi, mais leurs arrêtés comme leurs proclamations ne produisirent aucun effet constant. Les inquiétudes et les mécontentements continuèrent, ainsi que les voies de fait sur les marchés contre les propriétaires, lorsqu'une insurrection, qui embrassa bientôt toute la Sarthe et les quatre départements voisins, de Loir-et- Cher, du Loiret, d'Eure-et-Loir et d'Indre-et-Loire, éclata sur notre territoire.

Le mouvement prit naissance aux verreries de Montmirail et aux forges de Vibraye. Le but ostensible de l'émeute, et derrière lequel se cachait une pensée politique à laquelle n'était pas étranger le duc d'Orléans, était de contraindre les municipalités à taxer officiellement les blés et autres denrées d'une manière uniforme et à des prix modérés.

Ces attroupements, formés dans le principe d'ouvriers de fabrique, se trouvèrent bientôt considérablement grossis de tous les vagabonds et bandits qu'ils rencontrèrent sur leur passage. Ces bandes, se fractionnant, semèrent la terreur dans le pays , car on y reconnaissait facilement les hommes du 20 juin et du 10 août, et aussi de ces ouvriers de septembre dont la renommée sanglante parcourait la France et faisait bondir tous les cœurs honnêtes.

Les habitants de La Flèche et de Sablé prirent le seul parti raisonnable vis-à-vis de ces scélérats, qu'aucun arrêt administratif ne pouvait persuader.

Ils se présentèrent le 28 novembre devant La Flèche et le 89 devant Sablé; les habitants de ces deux villes déployèrent le drapeau rouge, braquèrent ce qu'ils avaient de canons h l'entrée de chacune d'elles et attendirent les émeutiers .de pied ferme. Ceux-ci, furieux , se retirèrent et poursuivirent leur route, en menaçant de revenir et d'exercer une terrible vengeance.

La Convention vota , après l'apaisement de ces troubles , une mention honorable aux gardes nationales de La Flèche, de Baugé, de Sablé et de toutes les localités qui avaient donné du secours à la Loi.

Nous avons dit que le duc d'Orléans était l'un des grands meneurs de cette agitation factice. Ce qui peut le faire penser, c'est que le 30 novembre , l'une de ces troupes d'émeutiers s'étant présentée à la porte de Tours , elle trouva pour la repousser Jérôme Senard , commandant de la garde nationale, et, depuis, épouvantable terroriste. A la tête de ces émeutiers se trouvait un curé constitutionnel , qui fut arrêté et conduit en prison ; le long de la route il s'approcha de Senard et lui dit : « Tu as grand tort, « camarade ; tu t'éloignes du bon parti ; tu n'aurais pas été oublié ; tu au- « rais un posté dans l'ordre de choses que nous allons établir. Le duc « d'Orléans est notre chef, et notre parti est le meilleur. » Le Conseil général d'Indre-et-Loire montra une louable énergie à poursuivre l'insur-

rection , et fit arrêter les principaux coupables qui étaient implicitement soutenus par Danton, ministre de la Justice, puisqu'il donna Tordre d'interrompre les poursuites et de les relâcher.

Mais tout n'était pas terminé avec cette insurrection fomentée dans les plus criminelles intentions.

Une grave question , question de chaque jour, agitait les esprits déjà bien dévoyés , celle des subsistances. Les blés ne manquaient pas en 4 792. Mais les fermiers se rendaient le moins possible au marché , redoutant d'être soumis aux vexations dont ils étaient bien réellement menacés. Plus on s'irritait contre eux, moins ils paraissaient disposés à s'y montrer avec leurs denrées. Les assignats avaient aussi contribué à aggraver cette disette encore factice. Beaucoup de fermiers , qui ne vendaient que pour amasser, ne voulaient pas accumuler dans leurs tiroirs un papier toujours rariable et dans lequel ils n'avaient pas confiance. Ils préféraient donc garder leurs grains. Les meneurs les plus violents voulaient qu'on arrachât les fermiers à leur apparente inertie, qu'on les obligeât à se rendre sur les marchés et que là ils fussent contraints à vendre leurs denrées à un prix fixé par les communes , que surtout les grains ne quittassent pas les lieux et n'allassent pas s'accumuler dans les greniers de ceux qu'on appelait des accapareurs. En somme, ils demandaient la présence forcée des denrées sur les marchés, la taxe du prix au marimum, la prohibition de toute circulation , enfin l'obéissance du commerce à leurs désirs , non par l'attrait ordinaire du gain , mais par la crainte des peines de la mort.

L'Ouest s'agitait , inquiet de la dissette menaçante et en même temps des attaques bien réelles contre le culte. Pour le calmer, la Convention déclara d'abord qu'elle respecterait le culte et qu'elle persisterait à repousser le maximum.

Mais , forcément , plus tard , les assignats devaient engendrer ce maximum. Peu importait, en effet, qu'on eut rendu cette monnaie forcée, si le marchand, élevant ses prix, parvenait à se soustraire à l'obligation d'amener ses produits. Il fallut donc établir le maximum des grdins et le 3 et 4 mai , la Convention se vit obligée de rendre un décret par lequel tous les fermiers ou marchands devaient déclarer la quantité de blé qu'ils possédaient , faire battre celui qui était encore en gerbe , le porter exclusivement dans les marchés et le vendre à un prix moyen fixé par chaque commune , et basé sur les prix antérieurs du 4 «f janvier au 4®*^ mai. Personne ne pouvait acheter que la quantité nécessaire à sa famille pendant un mois.

Le 42 floréal an I (4 mai 4793) la Convention décréta le maximum.

Le peuple du Mans s'insurgea, ne voulut pas se soumettre à cette loi et chercha à entraîner tout le département dans la môme voie, en forçant la municipalité de ce chef-lieu à porter sur cet objet une loi obligatoire pour toutes les autres.

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