DUCS DE NORMANDIE
Leur fils Hélie avait l'âge d*homme à la mort de son père Jean , en 1088 ; tous ses actes prouvent qu'il avait au moins trente ans à cette époque; et comme il eiit deux frères aînés, il est probable que leur père se maria de <050 à 4054, étant déjà seigneur de La Flèche.
Nous prendrons donc comme date principale 1054.
C'est seulement au moyen de ces calculs approximatifs que l'on peut dire que vers 1051 ou 1052 le château venait d'être bâti ou se bâtissait.
Toutes ses parties ne peuvent pas d'ailleurs être de la même époque; on n'en voyait plus que des restes, il y a quelques années, suffisant cependant pour démontrer qu'il était bien de cette époque et de style de transition ou passage du roman au gothique. (Pesche, La Flèche), D'un autre côté, comme il n'est question de La Flèche que du moment où Jean en prit possession, qu'alors seulement ce château commença à éveiller l'attention des hauts Barons, et que jusqu'à cette époque il n'avait été le théâtre d'aucun événement marquant, comme nécessairement tous ceux qui l'environnaient (et rependani les occasions ne faisaient pas défaut )f l'historien peut ne dater que de Jean l'existence de La Flèche comme position défensive et offensive bien réelle et comme seigneurie importante, prenant sa place enfin au milieu des autres.
Avant de consacrer un chapitre à Jean de Beaugency, disons quelles furent ses alliances, ses soutiens et ses adversaires.
Jean, seigneur de La Flèche, avait donc épousé l'une des filles d'Hugues II, comte du Maine. L'aînée, Hérseride, d'abord répudiée pour adultère par le comte de Champagne, s'était remariée avec Azon, marquis de Ligurie (pays de Gènes, en Italie) ; la seconde et la plus jeune fut fiancée à Robert, fils de Guillaume-le-Bâtard, duc de Normandie, par son frère Hugues le jeune, qui, ayant hérité du Maine en même temps que des inimitiés du comte d'Anjou, ne crut pas pouvoir mieux faire que de se mettre sous la protection de ce puissant duc en instituant Robert son héritier, au cas où il mourrait sans enfants de la fille de Robert Guiscard. C'est ce qui arriva, en effet; de là naquirent toutes les prétentions des ducs de Normandie et des rois d'Angleterre et les guerres qui en furent la conséquence.
Telles furent donc les alliances de Jean de Beaugency, que nous intitulerons premier seigneur de La Flèche, quoique sous certains rapports son père Lanceiin de Beaugency ait quelques droits d'être nommé avant lui.
Faisons aussi connaître les précédents de tous les personnages qui vont entrer en scène, scène qui va singulièrement s'agrandir. Car les seigneurs de La Flèche ont pris la plus grande part à toutes les guerres anglo-normandes-mancelles-angevines, soit comme seigneurs de La Flèche, soit (m^me comtes du Maine , soit comme comtes d* Anjou, soit enfin comme mis d'Angleterre»
Nous avons à parler aussi des comtes de Bellesme, ces féroces et habiles
seigneurs, satellites obligés tantôt des uns, tantôt des autres, suivant leur politique ou leurs vues ambitieuses. »
Ducs DE Normandie. — Robert, le Magnifique ou le Libéral , surnommé aussi Robert-le-Diable, fut le sixième duc de Normandie descendant en ligne directe de RoUon. Après une vie très-accidentée, il mourut à Nice, laissant pour (ils et successeur Guillaume-le-Bâtard , qu'il avait eu d*Arlette, jeune fille de Falaise ; « Fille ert d'un borreis la puctU — mge « et corteize e proze e belle. » (Robert Vace.)
Guillaume réduisit bientôt à Timpuissance tous les barons qui cherchaient à lui résister. Quand Edouard-le-Confesseur vint à mourir, Guillaume prétendit que, comme son parent et son ami, il lui avait légué tous ses Etats. En conséquence, il passa en Angleterre avec une nombreuse armée et vainquit , en i066, à la fameuse bataille d'Hastings, Harold, son compétiteur (1). Il fut bientôt couronné roi d'Angleterre et changea son surnom de Bâtard pour celui de Conquérant. Il avait épousé Mathilde, fille de Baudouin, comte de Flandre. Malgré sa trop proche parenté avec elle, cette union fut cependant validée par le pape. Il eut de Mathilde quatre fils et cinq filles. Richard mourut dans sa jeunesse ; Robert, devenu l'aîné et surnommé Courteheuse, eut après la mort de son père le duché de Normandie ; GuiHaume-le-Roux hérita du royaume d'Angleterre, et Henri eut pour apanage 5,000 livres pesant d'or et la dot de sa mère, qui était la nièce de Henri I®', roi de France, et par conséquent l'arrière-petite-fiUe d'Hugues Capet (2).
Guillaume-le-Conquérant, né en 4027, mourut en 4087, à l'âge de 60 ans.
Comtes d'Anjou. — Du temps de Charles-le-Chauve , plusieurs hommes de race roturière, mais brillants par leurs vertus, s'élevèrent au-dessus de leurs maîtres, qui, fiers de leur noblesse et des exploits de leurs ancêtres, passaient leur vie dans l'oisiveté et les plaisirs, laissant ces hommes sortis
(1) En 1063, Harold, oomto de Kent et frère d*Edith, femme d'Edoaard-le-Confessenr, fbt jeté par la tempête sur les côtes de la Somme. La coutume du lagan (de lagne terme de marine ~ venir dans les eaai d'un vaisseau) donnait alors aax seigneurs riverains le droit de réduire les naufragés en servitude, lors même qu'ils appartenaient à des nations amies. Gui II, comte de Ponthieu, conformément à cette coutume barbare, se saisit d*Harold, renferma d'abord dans Tune des tours qui défendaient l'enceinte de Saint- Valéry, et le yendit ensuite à Guillaume-le-BAtard , duc de Normandie , qui songeait à se faire roi d'Angleterre et craignait de trouver dans le prince un compétiteur redoutable. Guillaume lui fit promettre de renoncer à la couronne, mais Harold n'en prit pas moins le titre de roi d'Angleterre à la mort d'Edouard. . . {Revue du Deux-Mondes, Ifjuilîeî 1873).
(3) Fils de GuiUaume-le-Gonquérant et de Mathilde.
Ainz que passassent guaires anz ainz -* aoanl.
Out la dame des beaus enfanz , out — eiil.
Fiz qui mult cher norri
Guillaume e Robert e Henri ,
Et mult furent de grant valor mult ~~ beaucoup.
Et mult oreot an siècle honor;