COMTES D'ANJOU
des rangs du peuple remplir les importantes missions qu'ils avaient refusées : € Erant enim illis diebiis hamines veteris prosapiœ multarumque imagif num qui acta majorum momm non sua ostentabant; qui cum ad ali- < quod grave officium mitiebantur, aliquem e populo monitorem sui o/ficii € sumebanL,, » (Gesta Consulum Andegavorum). Ces lignes si frappantes et d'une date si ancienne ne trouvent-elles pas leur application dans tous les siècles, et surtout dans le nôtre?
Parmi ces hommes qui, à défaut d'ancêtres, se faisaient ancêtres euxmêmes, se comptait le nommé Tertullus, né aux environs de Redon, dans TArmorique gauloise. Son père Torquatus avait été établi, par Charles-le- Chauve (1), forestier dans les bois du Nid-de-Merle. Ce Tertullus, remarquable par son intelligence , et voulant sortir de son obscurité — fortunam mam animi amplitudine supervadens — partit pour combattre sous le roi Charles, auquel il rendit de tels services que ce prince lui fit épouser Pétro-
(1) Nous devons ciler un fragment de lettre qae I)om Etienne Housseau adressa de Marmoatier, en date da 23 avril 1756, à M. Rangeard, prienr-curé de Saint-Agoan d'Angers. Dom Honsseaa éiait né au Af ans dans les premières années du XV!!!»» siècle. Admis chez les bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur, il fut bientôt compté parmi les plus laborieux et les plus doctes collaborateurs de I)om Martin Bouquet. Vers le commencement de ^'année 1753, il entreprit de faire des recherches sur Thistoire de la Touraine, du Maine et de rAnjon. Il mourut le 5 octobre 176S, ayant certainement compté an nombre des iUustratiens de notre pays.
c Je vous préviens, dit-il, que Tauteur des Gesta Contulum Andegaventium est plein de c fautes ; ne le suivez que le flambeau de la critique à la main. Son ouvrage est rempli de
< fables; cet anonyme a confondu les faits, en a obscurci d'autres, et plusieurs et d'impor- « tants lui ont échappé. Hedressez-le par le secours des chartes; j'en ai une infinité de nos
< comtes d'Anjou qui m'ont appris ces anecdotes. » En date du 14 février 1758, il écrit encore :
c Pins j'examine notre histoire, plus je me confirme de l'opinion que j'ai eu l'honneur de c TOUS oommaniquer sur l'origine et la succession de nos comtes d'Anjou. Dans le 1X"*« c siècle, pat un vestige d'Ingelger ; nous voyons les rois de France, Louis-le-Débonnaire et c Charles-le-Chauve, exercer les droits régaliens dans l'Anjou ; quelques vestiges de la c snzeraineté de la part de Charles sous le comte Eudes, en 851. Onze ans après la mort de ce
< prince, Eades, élu roi de France, agit en maître dans le comté d'Anjou; après ce prince, c les ducs de Bretagne ; ensuite paraissent les Ingelgériens, Tout ceci est plein de difficultés t presque insurmontables... >
bans une troisième lettre nous lisons :
< Pour ce que vous dites d'un partage do la province d'Anjou entre les Bretons et le roi
< Charles-le-Chauve, je vous renvoie à Dom Morice, dernier historien de Bretagne... Je
< dirai cependant un mot de nos comtes. Observez spécialement ces paroles de Foulquesc Réchln : « Ilie primus Ingelgerius habuit illum honorem à Rege francice non à génère « impii Philippi , sed à proie Caroli calvi, » Ce n'est donc point Charles-le-Chanve qui a t donné le comté d'Anjou à Ingelger, c'est un de ses fils ou descendants ; qui est-ce donc?
< Je suis fondé sur les incursions fréquentes des Normands sur les rives de la Loire en 90*2
< et 904. Ecoutez encore Foulques-Réchin : Isti quatuor Consules tenuerunt honorem Ànde- « gcmnum, et eripuerunt eum de manibus paganorum, etc, » C'est par les soins d'Ingelger « que TAnjou fut purgé de ces barbares qui cessèrent d'inonder la France en 911 ou 913. » « » 3 mars 1758.
{Revue historique et archéologique du Maine ^ 1677. Louis Brière).
2() LA FLÈÇ99 ET SBS SEIGNEURS.
nflle, fjDp (i|9 4uç dp Bourgogne, en )e dotant de fiefs importants. De cette union paquit {ngelger.
Celui-ci, ^iipéfienr ençQro i çon p0re par ses quMités morales et phy- 3iqa(^ç T- patris pirti^tem non solum cequiparans, sed etiam superam — yit gf^ndir sa fqrtune ^t la mérita par des actes héroïques. Tout jeune encore, il défendit en champ clos l'honneur'd'Adële, comtesse du Gâtinais, qui l'avait tenu sur les fonds du baptême — m4iter sim ex baptismo (G, C andfig,) — tua son accusateur et fut déclaré héritier de tous les biens de sa T^urraine an défrimen^ de tous les membres de sa famille, qui l'avait lâchement abançlonnée dans cette pccasion. Ingelger fut alors investi par Louisle-]^ëgue du com^é d'Anjou.
Ç^ prince., ponr rallier à lui tous les mécontents, avait démembré nne partie de ses domaines; de là tant de seigneuries, de duchés et de comtés, q\ii furent ppssédés par des particuliers.
Ingelger fut donc la tige des comtes ingelgériens d'Anjou; Alain-le-6rand, de celle des ducs de Bretagne , et Boson , de celle des ducs de Bourgogne et des comtes de Provence.
Ingelger mourut en 880, et son fils Foulques-le-Roux lui succéda en 912. Son petit-fils, Foulques-le-Bon, fut le plus sage, le plus pieux et le plus savant de tous les princes qui gouvernèrent l'Anjou. Le roi de France, s'étant un jour m,oqué de ce qu'il chantait et écrivait comme un véritable clerc (cum aliis deludensjy il lui adressa dans une lettre la réponse suivante : « Régi « Francorumœmesandegawrum; Noteritis, domine, quod rex illeteratus « est ctëinus coronatus. » II se montra admirateur enthousiaste des éminentes vertus de Saint-Martin — œmposuit idem reverendœ inemoriœ Consul historiam duodecim responsarium , cantii et melodia luculentam, in honore beati Martini. — Il mourut en 960, laissant pour Lui succéder un fils, Geoffroy, dit Grisegonelle , dont la mémoire est restée légendaire.
En 979, Geoffroy î^^ marcha au secours du roi Lothaire contre l'empereur Othon II, qui s'était avancé jusqu'à Montmorency, dont il faisait le siège, et même jusque sur les buttes de Montmartre ; de là, il menaçait Paris. Geoffroy eut la principale part dans la victoire que remportèrent les Français ; il poursuivit l'empereur Othon jusqu'à la forêt des Ardennes , et lui proposa, suivant les règles de la chevalerie, de vider la querelle par un duel. L'empereur refusa le défi, soit qu'il manquât de courage, soit qu'il crût au-dessous de sa dignité de se mesurer avec un simple comte d'Anjou. Lothaire, en récompense de ce service, le gratifia lui et ses successeurs de la charge de sénéchal de France à la Cour de nos rois, et de tout ce qu'il possédait en Anjou — quidquid habebut in Episcopatu andegavensù — A ce privilège, le monarque, dit Dom Piolin , en ajouta un autre plus important encore; il lui assura en même temps tous les droits dont les rois de France jouissaient dans r<^v^-
COMTES D'ANJOU. 2l
ché du Mans. Plus tard, ces coticessiofls furent cortflrmées par lès prètuîers princes der la( dyfra(stie capétienne , k laquelle les comtes d'Anjou, ptus éclairés qHB tes autres, s'attachèrent promptemfent. Au reste, Geofffoy-Gris^go^ellè s'intitulait toujours dans ses chartes comte d'Anjou , par la grâce de Dieu et la faveur d'Hngnes-Ie-Grand , son seigneur.
Troninard dit qu'Hugues , comte de Paris , fit donation du comté d'Anjou à Geoffroy-Grisegonelle ; maïs ce comte le possédait déjà par héritage. Seulement, comme Robert-de-Saxe , dit le Fort, duquel est issu HUgnés- Capet , prêta son secours au roi Charles avec une puissante armée et que ce prince lui donna tout! le pays situé entre la Seine et la Loire (Fauehét , antiquités — du Tillet), il est probable que ses héritiers ne firent que con'ft'rmer la possession des comtés d'Anjou ou du Maine à céttx qui lé^ tenaient soit en propriété soit comme suzerains.
Geoffroy-Grisegonelle mourut en 987.
11 avait éponsé Adèle , mentionnée dans une charte de l'abhaye âaint- Aubin (960-966); elle mourut le iS décembre 975: La seconde fémme Adl^lb de Vermandois a été confondue avec la première.
Il laissa deux fils, Maurice et Foniques-Nerm , dit le Hierosolymittfiii, et une fille EmU^ngard'e. Suivant VArt de vérifier les dates, Foulques, fils d'ut) premier lit, succéda directement à' Geoin*oy. En 992 il était déjà délêbrë par ses faitg d'armes. Quant à Maurice , il disparait dés 994>'.
Foulques*Nerra molirut en iOiO, et fut enterré à l'abbaye de Beaùlied (Touraine), laissant le comté d'Anjou à sori fils Geoffroy II , dit Mat*tel , quu étant' mort sans enfants en 4067, partagea seë états entré ses deux nev^sux, Geoffrby-le-Barbu l'alné ef Foulqùes-Réchinie' cadet ,' fils d'Er*mangarde sa sœur et de- Geoffroy, seigneur de' Châteaulandon eh G&tinais.
Le premier, qui avait déjà le Gâtinais de l'héritage de sôli^ père, cfut là Touraine (4), le second l'AiIjoti et la'Saititonge. Mais aj)r6s une guerrede
(1) Comme nous Tavons ditplas haut, Foalques-Nerra possédait déjà plusieurs villes eu Touraine et ptosieuts auttes pièce» , qu*il avait fortifiées , et nottrHâskltlé'ptOjét dé Vchlparer dé toute cette prorim;e. En 988, il prétendit que la dot dd sa fômhie n'e' ièfi a^alt'pas été payée par son beau-firëre Eudids I^s comte de Dlois. Il |ui déclara' d6nir la'^ gtiëffe' ci, arec l'aide d'Audebert, comte de Périgueux', s'empara de TôufS'.
Mkis^és Tourangeaux s*unirent tous pour venger lètir'pritice' et reprirent léui' cat)hale. Apte» inen des péripéties et U mort d'EMes i«', qui avait pu déjouer led' tenta tfte^' réHè^ r^ de Foalqnes-Nerra , la guerre' recommença eh' 1609 aveè Endeè 1t, et lé'sôlrt de la'Toù-^ raine fût fixé' par la- victoire dà comte dUhjou, auprès 'd^ Pbnftevby, lelG'jutlleflôrff'. Poul^ qaes-Kerra, secondé par Herbert , comte du Maine, devint mattre de toute la Touràfé)é, ciicyté eilpeDdane de Tours. À'près sa'mort, en- 1039^; s6n fil^Kîeofflroy^M'àftel tetiilfiik ceUa oaMpiête au profit de la maison d*Atijou, le 32 a6ût 1041,' ati combat de Néiria.
BîsB plus tard e'éUit, a« contraire, l'Anjoa qui détendait delà TbtffAitiiï c6WW</'86(ttliS à rintendâMe "de Tours.
LadeWs^eeleeri dé'gaerr»de8eoffitéâd\Anjoir>étëi«ntiluM<è, eu nVéïtiMrèdiiréllièm^lii fiit par le comte Herbert et ses troupes an moment où le comte Foul(tilétf;'reMyrêf99dil^che»
it% LA FLÈCHE ET SES SEIGNEURS.
huit années , GeofTroy-le-Barbu fut vaincu et fait prisonnier par son frère, qui s'empara définitivement de tout son patrimoine. Ce mallieureux prince est dit dans une cliarte — homme de grande vertu et religion chrétienne.
Foulques-Réchin eut plusieurs femmes : — La fille de Lancelin de Beaugency, dont il eut Ermangarde , comtesse de Bretagne, morte plus tard religieuse au couvent de Sainte-Anne de Jérusalem — après ou même avant, dit-on, la mort de sa première femme, il épousa Ermangarde, fille d'Archambaud-le-Fort , sire de Bourbon ; de ce mariage naquit un fils nommé comme son grand-oncle Geoiïroy-Martel. Eimangarde, répudiée, épousa Guillaume , seigneur de Jalignac en Auvergne. — La troisième femme de Foulques fut la fameuse Bertrade.
Les armoiries des comtes ingelgériens d'Anjou sont :
D'azur au chef de gueules à l'escarboucle d'or de huit rai$ ou bâtons à deux nosuds, les pointes fleurdelisées d'or, le point du milieu de l'escarboucle aussi d'azur. (Armoriai de M. Lambron de Lignim, XIII"» siècle).
Leur cri était Rallie.
Comtes du Maine. — Pendant plusieurs siècles , la province de ce nom fut possédée par des ducs et des comtes que le roi choisissait. Vers Fan 987, le roi Hugues-Capet, pour légitimer en quelque sorte son usurpation de la couronne de France, rendit ces ducs et comtes souverains héréditaires de droit à la charge d'hommage vis-à-vis du roi. Le premier comte héréditaire du Maine fut David ou Hugues David. Les avis sont partagés sur ce point, à savoir : si David et Hugues sont deux comtes dont l'un succéda à l'autre, ou s'ils ne forment qu'une seule et même personne. Les archives du Mans possèdent plusieurs chartes émanant de Hugues David , comte du Maine, de Hugues David filius, dans laquelle apparaît comme témoin Sigefroy, évéque du Mans de 960 à 995 (1)- Par une de ces chartes, Hugues-David (filius), confirme les dons de son père ; cette pièce étant de la fin du X"^ siècle (S),
val et attoinl d*uDe grave blessure , voyait à Pontlevojr la victoire lui échapper. Heareusement ce comte d'Anjou, abandonnant ses vues ambitieuses sur le Maine, 8*unit à Herbert, dont la prudence et la valeur le rendaient aussi redoutable comme ennemi qu'utile comme ami et allié. — {Art de vérifier les dates. Bodin).
(1) Charte de Hugues-David, comte du Maine, par laquelle il donne pour le salut de son Ame, pour ses père et mère et ses héritiers, aux moines do la Couture et à ses chanoines de régliso de Saint-Pierre~de-la-Cour, quœ est capella sua, les terres quœ erarU ad vadum Gui-
tionis — signum Hugonis comitis, Hugonù ftlii, Seingefridi épiscopi — [Àrchioes du
Mans.)
(2) Charte de Hugo-David ftlius, comte du Maine, par laquelle il donne à ses chanoines de Saint-Pierre-Hie-la>Cour Marigné [Madrigneoetum] avec Téglise, un four et un moaliii. Le même jour, du consentement de ses barons et de ses vassaux, certains droits dans ses iiefs. Par une deuxième charte, il confirme, au profit des mêmes chanoines, tous les dons faits par lui et son père. Sigefroi episcapus çenomanensis s'y retrouve encore comme témoin. 'w {Archives du Mans.)