‹ Histoire de La Flèche et de ses seigneursChapitre 170 sur 251 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

LA RÉVOLDTION A LA FLÈCHE (suite).

En suivant pas à pas et presque mot àmot les récits en notesmanuscrites d'un contemporain, témoin oculaire de tous les faits particuliers dont nous avons parlé dans le chapitre précédent, nous avons mis, nous l'espérons, sous les yeux de nos amis et chers concitoyens de La Flèche , la situation exacte de la position de cette ville pendant le régne de la Terreur. Et chacun peut se demander ce qu'il aurait fait , ce qu'il serait devenu , si la Providence l'avait placé dans une position pareille à celle que nos prédécesseurs ont eu à subir. Que de traits de charité , que de dévouements connus de Dieu seul , d'un autre côté, que de souffrances patiemment, noblement supportées! Nous avons pu citer quelques noms appartenant aux consolateurs et le plus que nous l'avons pu, nous avons recherché les noms des consolés et ceux des martyrs que les dénonciateurs ont livré à d'infâmes bourreaux.

Sur les trois dont les noms sont à jamais voués à l'exécration publique dans nos contrées , Carrier à Nantes , Francastel à Angers , Esnue-Lavallée à Laval , un seul , ce dernier, a survécu au drame dont ils avaient été les sanglants acteurs ; une ordonnance de non-lieu a été rendue en sa faveur, quand les terroristes ont été recherchés !

Après avoir remporté plusieurs victoires dans l'intérieur de la Vendée, les Royalistes se portèrent le 9 juin sur Saumur, où se trouvait le général Santerreavec sa division venant se joindre à un corps de 10,000 hommes de ligne et à une nombreuse garde nationale. Mais les Vendéens attaquèrent bravement sur trois points cette place ainsi défendue et l'emportèrent en moins de deux heures. La garnison s'enfuit par toutes les issues qui restaient libres. Les Vendéens perdirent 60 hommes dans cette attaque ; parmi lesquels M. Domagné, beau-frère du docteur Boucher, de La Flèche. II commandait la cavalerie vendéenne et fut tué en culbutant les cuirassiers républicains. Cet ofBcier s'était particulièrement distingué au siège de Thouars, et avait conquis l'estime de toute l'armée. On lui fit de pompeuses obsèques.

La déroute des Répablicains fut complète , et la prise de Saumur lirra aux Vendéens un poste important , le passage de la Loire , quatre-vingts pièces de canon , des milliers de fusils , beaucoup de poudre et de salpêtre. Le lendemain matin, 9 juin 1793, San terre et tout son état-major étaient à La Flèche.

C'était, dit un fléchois qui était sur sa porte quand il passa, un très-bel homme , d'une taille au-dessus de la commune, d'une forte corpulence , les traits réguliers , les yeux grands , mais le regard aussi stupide que féroce ; les officiers de son état-major avaient un aspect sinistre. Gandon de Saumur et autres ardents républicains s'étaient immédiatement réfugiés à La Flèche , où il en résulta un grand mouvement.

Depuis quelque temps , il avait été ordonné d'afficher sur la porte de sa maison son nom , son âge , sa qualité et le nombre d'individus qui Thabitalent. On s'empressa d'ôter l'écriteau portant cette indication en cas de l'arrivée des Vendéens.

Santerre qui, en descendant de cheval , avait demandé naïvement — si on n'avait pas vu son armée, — choisit pour sa demeure momentanée l'hôtel du Lion-d'Or, L'hôtesse, femme de Boisseau, lui fit un accueil empressé ainsi qu'à son état-major ; mais l'ayant entendu nommer, elle s'écria : « Quoi, c'est vous qui avez tué le roi; retirex-vous d'ici. » Ella ne voulut pas accepter un ëcu de 6 livres qu'il avait jeté sur la table pour payer un bouillon. BeauQls vint bien vite emmener ce général déjeuner chez lui.

Santerre ne tarda pas à repartir pour se mettre en quête de son armée. Le 42 juin , rendu au Mans , il adressait au département la lettre suivante :

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