LIBERTÉ, ÉGALITÉ
Lettre de Santerre, général de brigade, aux administrateurs
du département.
« Au Mans, 42 juin 4793 , l'an I*' de la République une et indivisible.
« Je suis informé, citoyens, que l'on rencontre sur les routes beaucoup € de déserteurs de l'armée. C'est un vol , puisque ces hommes ont reçu uo « engagement pour marcher contre les Brigands ; c'est une trahison ; enfin f c'est un exemple funeste , si on ne s'empresse de punir les lâches et de € ramener les faibles sous les drapeaux. En conséquence , je vous prie , € citoyens et administrateurs , de faire arrêter tout individu appartenant « aux armées qui passera sur le territoire de votre département et de « mettre à exécution les lois rendues sur le fait de désertion, en ce qui « vous concerne.
« Vous m'obligerez de donner connaissance de ma lettre aux conseils de « district et aux municipalités de votre ressort.
4c Santerre. »
Les dangers semblaient ne pas devoir diminuer. On était toujours indécis sar la marche de l'ennemi. Angers n'étant point en état de résister aux rebelles , tous les hommes capables de porter les armes Tévacuérent avec tontes les munitions de guerre et de bouche. Les corps administratifs et la garnison se retirèrent sur le Lion-d'Angers et Laval ; quelques-uns aussi au Mans.
La prise de Saumur avait consterné le parti républicain. Pourquoi les Vendéens ne profitèrent-ils pas de cette victoire pour se porter sur Orléans et Paris? Mais il était difficile d'entraîner si loin leurs braves volontaires; ils restèrent à Saumur pendant cinq ou six jours et rentrèrent dans Tintérieur de leur pays en emportant toutes les munitions que renfermait le châtean.
Pendant ces cinq ou six jours et jusqu'au moment où l'on connut l'évacuation de Saumur par les Vendéens, l'émotion fut grande à La Flèche. On ne doutait pas qu'ils ne se portassent sur Paris en passant par notre ville.
Un soir, vers 9 heures, le bruit se répandit que les Brigands arrivaient; c'était le nom qu'on avait pris l'habitude de leur donner. Le peuple ne doutait pas de tomber dans les mains de véritables égorgeurs : les déclamations du club tendaient à les entretenir dans cette erreur. L'alarme était à son comble. Les administrateurs se rassemblèrent ; à eux se réunirent an certain nombre de citoyens ; les portes de la salle du conseil étaient ouvertes. On répondit négativement à la première question posée : Fera~t-on résistance? A la seconde question : Ira-t-on au devant des vain^ queurs? plusieurs individus des plus patriotes, comme Jamin, juge de paix, répondirent qu'il fallait envoyer une députation à l'entrée du faubourg de la Boirie pour faire hommage aux Royalistes. Mais Estourneau, officier municipal, arrivant d'une course motivée par la prévision de cet événement, rejeta un avis aussi humiliant : c Nous devons, dit-il, rester ici c assemblés toute la nuit ; qu'on illumine la ville pour éviter le désordre. »
Cet opinion prévalut et fut généralement approuvée même de ceux qui professaient en secret l'opinion royaliste. Cependant , que fut-il arrivé au cas du passage des Vendéens? Comme à Saumur, ils eussent exigé que les magistrats de la ville restassent à leur poste et signassent tous les ordres donnés au nom du roi. Les Saumurois, qui n'avaient cédé qu'à la force, furent impitoyablement condamnés à mort, quand les Républicains rentrèrent à Saumur.
Les nôtres eussent payé de leur tète cet acte de soumission.
La base du système révolutionnaire est et sera toujours le soupçon. Par la triste fin du brave Bouchot, commandant de la garde nationale de La Flèche , on en acquiert une nouvelle preuve. Pendant que chacun s'agitait dans les transes et les plus vives inquiétudes, ce vieil officier, chevalier de Saint-Louis , pensa que son ancienne position dans l'armée française pour-
rait être utile en pareille circonstance. II députa en son nom MM. Le Gouz de Vaux et Maliierbe à Saumur. Ils y entrèrent sans difficulté, comme s'ils étaient voyageurs ; ils purent s'assurer que les Vendéens n'y commettaient aucune violence et s'introduire auprès des officiers supérieurs par lesqaeb ils surent que leur armée ne serait pas dirigée du côté de La Flèche.
Le commandant Bouchet s'empressa de communiquer ces nouvelles à la municipalité; quoiqu'elles fussent très-rassurantes, le motif de cette démarche ne parut pas suffisamment pur aux yeux de certains jacobins. Cette impression finit cependant par s'effacer peu à peu ; mais lorsque l'esprit du club répandit dans nos murs sa terrible influence,* cette affaire, probablement fort dénaturée , fut remise sur le tapis et Bouchet fut sur le point d'être mis en état d'arrestation comme traître à la patrie. Il tomba malade et mourut en disant qu'il n'avait rien de mieux à faire. Ayant sa de plus qu'on avait placé, on ne sait dans quelle intention, deux factionnaires à sa porte, il crut qu'on avait le projet de hâter sa fin en le fusillant.
Peu de temps après , les Vendéens se portèrent sur Angers où ils entrèrent sans coup férir. Les officiers municipaux instruits par le sort qu'avaient «ubi ceux de Saumur, prirent la fuite et les Royalistes de la ville se montrant à découvert, les remplacèrent au nom du roi. M. Le Gouz, ancien major du régiment du Roi , reprit son cordon rouge (commandeur de Saint-Louis) et les marques de ses dignités ; plusieurs autres suivirent son exemple. Les Vendéens ne tirèrent aucun parti de l'occupation de cette cité, qui ne renfermait plus aucune munition de guerre ; ils ne purent que délivrer quelques gentilshommes et 30 ou 40 prêtres détenus à la Rossignolerie pour avoir refusé de prêter le serment. Ils négligèrent malheureusement d'emmener des otages dont les tètes auraient répondu de celles qui allaient tomber après leur départ. Mais les Républicains en auraient-ils tenu compte?
Pendant le séjour des Vendéens à Angers, les alarmes des Fléchois devinrent d'autant plus intenses que Meignan , jeune homme qui était passé aux Royalistes après avoir commandé un détachement de dragons en garnison dans notre ville, y arriva le jour de la Sàint-Jean 1793, sur les 7 heures du matin, avec trois compagnons, traversant les rues au galop, tenant à la main un drapeau parsemé de fleurs de lis d'or qu'il avait pris à Durtal et criant — Vive le Roi I — Il se rend à la municipalité et ordonne au nom de Sa Majesté de disposer des logements et des vivres pour 1 500 hommes qui les suivent. Terrifiés , les officiers municipaux ne purent se dispenser de crier vive le Roi et de promettre de remplir pour le mieux les intentions énoncées. Les Royalistes se renjdent aux prisons et délivrent un pauvre diable tonsuré , qu'on avait pris dans un moulin. Ce détail vient nous dire qu'à La Flèche les arrestations n'avaient pas encore eu lieu;
mais cela ne devait pas tarder. De là , ils se rendent au collège où il y avait un dépôt de chevaux volés dans les châteaux voisins par les soins d'un mauTais sujet, la honte de sa famille, et qui en avait reçu la garde. Cet homme leur remit le meilleur cheval pour monter le prisonnier qu'ils avaient délivré et en outre un guidon blanc, qui, sous l'ancien régime, avait servi à une compagnie déjeunes gens. Ces six cavaliers parcourent de nouveau la ville au cri de vive le roi et font prendre la cocarde blanche à tous ceux qu'ils rencontrent , même aux femmes. L'une des principales machines révolutionnaires du lieu se promène lentement dans les rues avec ce signe ; quelques parents d'émigrés se montrent à leurs balcons en faisant imprudemment des démonstrations de joie observées par des voisins qui les dénoncèrent au moment de la Terreur, quoique au fond ils partageassent ou eussent partagé les mêmes opinions. Le docteur Peffaut de la Tour, en allant voir ses malades , changea sa cocarde tricolore pour une blanche. Enfin, pendant 4 heures , la ville fut dans un état indicible. Toutà-coup, on sut que les cinq royalistes, après s'être rafraîchis au Lion-d'Or, étaient repartis avec précipitation, avertis que les municipaux, après mûre réflexion , allaient les faire arrêter. Un seul nous parait avoir été inquiété par ces jeunes gens ; ce fut un maître d'armes , qui se sauva immédiatement à Nantes. La fille d'un honnête bourgeois , nommé Rochereau , devint folle de terreur.
Ce curieux incident vient prouver la frayeur que causait l'armée vendéenne victorieuse, puisque MM. Dupérat, du Chénier, de Boispréau et Meignan osèrent aller seuls à La Flèche , à dix ou onze lieues en avant. M>^ de la Rochejaquelein dit qu'ils se firent livrer les écharpes des municipaux , les obligèrent à marcher sur leur cocarde et mirent le feu à l'arbre de la Liberté. Elle ajoute qu'au milieu de leur repas , une servante leur dit : c Messieurs , un colporteur, qui vient d'Angers , a raconté qu'il n'avait pas c rencontré d'escorte sur la route et on parle de vous arrêter. » Là-dessus, ils sautèrent sur leurs chevaux , et revinrent au galop à Angers , chamarrés d'écharpes tricolores et tout fiers de leur acte fort téméraire.
On conçoit l'agitation que dut causer dans tout le département ce qu'on peut appeler une véritable escapade, qui avait cependant son côté bien sérieux en prouvant soit aux vainqueurs du moment soit aux vaincus la tournure que pourraient prendre les événements de guerre, si les soldats composant l'armée des premiers voulaient se prêter à un mouvement en ayant. Toutes les autorités réunies , l'état-major, quelques membres de la société, des districts et des communes se rassemblèrent au Mans, décidèrent une vigoureuse résistance aux cris de : Vive la République une et indivisible! Vive la Liberté et l'Egalité! et jurèrent de n'accepter aucune trêve avec l'ennemi. Un nouveau comité secret de défense, composé d'hommes spéciaux, fut formé et présenta quelques jours plus tard un pro-
jet d'organisation de la force armée. Le directoire du district de La Flèche, réfugié au Mans le 84 , avoua cette occupation de la Tille par cinq hommes, trois heures durant. Les membres de la municipalité furent nécessairement inculpés un instant ainsi que le chef de légion, qui avait pris part an déjeuner ; le 24 , ils reçurent Tordre de ne pas sortir du Mans.
La municipalité du Mans mit la garde nationale en réquisition permanente , la générale fut battue et on demanda les noms de ceux qui étaient décidés à marcher t contre les Brigands ; » les citoyens restèrent sous les armes toute la nuit. Pendant ce temps, les quatre jeunes gens, cause de tout ce bruit , plaisantaient à Angers de l'effroi que leur course avait causé dans toute la Sarthe , dont les administrateurs , malgré leurs allures fédéralistes, organisant avec ardeur la défense contre les Vendéens, furent néanmoins accusés d'intelligence avec les chefs des Brigands.
Désormais , les choses vont changer ; ce n'est plus l'administration locale, ce sont les conventionnels Philippeaux , Thirion et successivement Gamier de Saintes qui vont prendre l'initiative des moyens de défense contre les Vendéens, que nous allons voir bientôt envahir la Sarthe.
Le 313 août 4793, la Convention avait rendu le décret à jamais fameux mettant tous les Français en réquisition permanente pour le service des armées. Le conventionnel Thirion, succédant à P. Philippeaux, ancien avocat du Mans , fut envoyé dans les départements d'Eure-et-Loir, de la Sarthe et autres circon voisins pour accélérer l'exécution de ce décret, et lança de Chartres deux proclamations adressées , l'une aux jeunes citoyens pour enflammer leur courage et les exciter au maniement des armes , l'autre aux administrateurs pour presser les opérations de la levée. (1) Mais avant qu'elles fussent parvenues au département dé la Sarthe , les commissaires de la Convention près l'armée des côtes de la Rochelle, exagérant encore les termes et les dispositions du décret du S3 août, avaient pris le 7 septembre un arrêté pour ordonner la levée en masse dans tous les districts voisins de l'insurrection vendéenne , depuis Saumur jusqu'à Niort.
< Arrêtent qu'un tocsin général sonnera le 42 de ce mois dans tons les « districts d'Angers, Saumur et Baugé, Segré , Château-Neuf , Château- « Gontier, La Flèche, Sablé, Bourgueil et Chinon, pour appeler à la
< défense de la Patrie tous les citoyens en état de porter les armes Les
« districts d'Angers , Château-Neuf , Segré, Château-Gontier, Sablé et La « Flèche se rassembleront à Angers Tout citoyen qui s'opposerait à
(1) Thirion, oratorien, sans être tout à fait un méchant homme, était sonvent condoit par son intempérance h des mesures rigoureuses et acerbes, qui, d'aiUeurs, étaient à la hauteur des idées du jour. 11 était professeur de rhétorique à Metz en 1792. k la Restauration , il rederint professeur de belles-lettres et mourut dans une obscurité dont il n'aurait jamais dû sortir. — Annuaire de la Sarthe, 1M9. Les Vendéens dans la Sarthe,
€ l'exécution du présent arrêté, sera déclaré infâme et traître à la Patrie et < poursuivi comme ennemi de la tranquillité publique. »
« P. Choudieu, Richard, Bourbotte, représentants. « Rossignol, général en chef. »
Quelques jours après , le 12 septembre, tous les habitants des villes et des campagnes voisines de la Vendée durent se lever pour écraser, disaiton , les rebelles vendéens.
Cette conception portait plutôt Tempreinte de la peur que de la raison. Tout ce qui se trouva d'hommes depuis 1 8 ans jusqu'à 50 formèrent un total de 300,000 , qu'on arma d'armes de toute provenance. On cuisit du pain dans tous les fours publics des villes et des bourgs , on en chargea des charrettes, puis Ton partit laissant les femmes, les enfants, les vieillards dans les pleurs ; jamais spebtacle ne fut aussi déchirant.
Mais il se rencontra des récalcitrants ; des bataillons du Mans se révoltèrent, plusieurs d'entre eux protestèrent contre l'appel de Thirion; à la suite de ces faits , le citoyen Mersan de Barres , négociant du Mans , que nous avons déjà mentionné à l'occasion de l'affaire du maximum, comparut devant le tribunal criminel de cette ville et, après des vicissitudes diverses, eut le bonheur d'être acquitté.
Le bataillon de La Flèche fut envoyé aux Ponts-de-Cé, Pendant ce temps, Thirion était parvenu à entraîner hors du département la plus grande partie du bataillon du Mans revenue à la soumission. Ce bataillon partit le 23 , ayant à sa tôte le général Fabrefond , dit Moustache , le frère de Fabre d'Églantine , un des ineptes généraux de Saumur, envoyé pour commander la force armée.
Le 24 , le bataillon du Mans était à La Flèche.
Thirion annonçait les plus épouvantables désastres ; en sortant de table , ces mots lui échappèrent :
€ Ah! malheureuse Vendée..,, seule elle peut opérer la Contre-Révo- € lution. »
Et quand on le questionna sur le sort futur des habitants du pays, il répondit :
€ On fera ce qu'on pourra pour vous sauver, mais si l'ennemi continue € à être assez puissant, vous serez abandonnés à votre propre fortune et « comptés au nombre des cantons rebelles et alors »
Beaucoup donc dans l'Anjou fuyaient avec leurs familles ; mais ce parti offrait, comme toujours, de bien graves diHîcultés.
La première préoccupation d'un représentant en tournée ou en mission <^tail , après un ample repas , de se rendre au club , qui se tenait dans la chapelle du collège, bâtie par les Jésuites. Or, Thirion était un ancien oratorien , de ce corps toujours en lutte avec les ennemis du Jansénisme, que la compagnie de Jésus n'a jamais cessé de combattre.
70 LA FLÈCHE DBPUIS 4789.
Thirion dat donc examiner à son entrée au club ce monument remarquable. Les grands meneurs, tous de La Flèche et le connaissant dans tous ses détails depuis leur enfance, respectant peut-être les restes du roi dont le nom est resté populaire et qui d'ailleurs avait tiré complètement de l'obscurité leur ville natale , avaient laissé à leur place les cœurs de Henri IV et de Marie de Médicis. Ces reliques vénérées ne pouvaient manquer de frapper les yeux du représentant, qui voulut immédiatement donner un nouveau gage à la Révolution en détruisant ces cœurs dont les corps avaient déjà été profanés à Saint-Denis le 6 août.
Nous donnons ici la relation telle que l'a laissée manuscrite M. Charles Boucher, ex-chirurgien du collège, relation qui a été déjà plusieurs fois reproduite dans la collection Pe^ito^, dans le Jov/rnal des Artistes, 4866, dans Jules Clère (Histoire du Collège de La Flèche), dans Ch. de Montzey (Institutions d'éducation militaire). Nous ne pouvons cependant Tomettre ici. Disons de suite que la garde nationale de La Flèche ne fut nullement complice de cet acte de vandalisme, puisqu'elle était déjà partie pour les Ponts-de-Cé.
< Le cœur de Henri-le-Grand reposait dans l'église du collège, oà il avait « été déposé d'après le testament de ce bon prince. Cette église servait aux
< assemblées du club. L'œil du représentant, dans une séance, aperçut le « monument. Le lendemain, 7 vendémiaire an II (28 septembre 4793), des « ordres furent donnés pour jeter au feu les restes du cœur de ce héros.
< La troupe, sous les ordres du général Fabrefond, prit les armes; (f) des
< ouvriers furent commandés pour détruii*e ce monument, qui consis- « tait dans une boite de chêne doré , en forme de cœur. (2) Elle fut brisée « et couvrait une autre boite en plomb, aussi en forme de cœur, sur « laquelle était inscrit en lettres d'or : « Cy-git le cœ%ir de Henry-U- « Grand. » Celle-ci fermait à cadenas. La clef n'y était pas , on l'ouvrit « avec un ciseau. La poussière des aromates qui avaient servi à l'emban-
< moment s'éleva et fit un petit nuage. On donna quelques secousses « à toute la boête ; on vit et on entendit un corps d'un brun noir et « solide. »
« On marcha ensuite sur la place de la Révolution ; on envoya chercher « du menu bois chez un boulanger voisin ; le feu fut pris à la forge d'un « serrurier. La flamme ayant éclaté, on fit sortir de sa boite ce cœur autre-
(1) On doit se rappeler que la troupe dont parle ici M. Boucher composait le bataillon au Mans f arrivé à La Flèche le 3 Tendémiaire an II (24 septembre 1793j, sons les ordres de Thirion et du général Fabrefond.
(2) On sait, par M. Panneau, fils du maire de La Flèche en 1793-94, et ancien notaire de cette ville, que la boite descendue de sa place à la chapelle du collège, îni brisée sor l'enclume d*un forgeron ou serrurier. Cette enclume était placée en ce moment derast la porte de sa boutique située à peu près en face de la rue qui mène à l'ancienne caserne et dans la rue Neuve.
€ fois si magnanime , desséché par le temps , et dans un instant il fut € rédait en cendres. »
c La troupe retirée, celui qui écrit ceci s'approcha peu à peu du petit € bûcher. Il le laissa s'éteindre, se promenant sur la place d'un air indifTé- € rent ; puis jugeant que les cendres étaient refroidies , et n'apercevant € plus que des enfants qui jouaient à l'extrémité de la place , (1) il j^ta un € moachoir sur l'emplacement, qui était couvert de cendres et de charbons € noirs. Il en rassembla par ce moyen tout ce qui lui fut possible , et l'emc porta sous son vêtement. »
« Arrivé dans sa maison, il rassembla sa femme, sa fille et son c gendre, (2) et leur dit : « Mes amis, tandis que les honnêtes gens se € sont renfermés chez eux, pour ne pas être témoins du sacrilège qui vient c de se commettre, mû par un sentiment d'amour et de respect, j'ai voulu € sauver les cendres du bon Henri. (3) Les voici : elles seront pour nous € et pour nos enfants un objet de vénération , et peut-être un jour elles « pourront être rendues à la vénération publique. Ces temps sont encore « éloignés ; ils ne reviendront peut-être que sous une autre génération ; € pendant ce temps, nous aurons tout à craindre pour notre vie ; mais j'es- € père que du moins le Ciel veillera sur celle de quelqu'un de nous quatre, < qui survivra pour conserver ce monument précieux. »
« En conséquence, on mit les cendres dans une bouteille, sans aucune € inscription qui put désigner la nature du dépôt , de crainte qu'elles ne € fussent découvertes dans les fouilles auxquelles les maisons de ceux € appelés royalistes étaient exposées. »
Nous avons expliqué dans notre S"« période les motifs qui viennent nous donner l'assurance que le cœur de Marie de Médicis subit à la même heure le sort de celui de son royal époux. Le docteur Boucher avait sûrement connaissance du procès-verbal dressé en 1773 par M. Dupont, directeur de la maison de La Flèche et en même temps de l'Ecole militaire de Paris.
Le 22 octobre , après avoir traversé Ingrandes , Candé et Segré , les Vendéens arrivèrent à Château-Gontier, où ils rencontrèrent une résistance opiniâtre. Ce ne fut que ce jour-là que la nouvelle du passage de la Loire fat connue au Mans. Thirion invita les citoyens à se réunir à Château- Gontier pour arrêter l'ennemi. Le soir môme , il partit avec 200 volontaires, 2 pièces de canon et 50 chasseurs à cheval pour se rendre à Sablé où l'on n'avait encore aucune nouvelle oflîcielle de la prise de Château-Gontier.
^1} Cet auto-da-fé rérolutionnaire s'accomplit sur la place du marché actuel (place do la Sous- Préfecture;, appartenant autrefois soit aux Récollets soit oux Franciscaines. Le pour> tonr n'avait pas encore pu être bAti.
12} M. Rojou, père du conseiller actuel h la Cour d'Angers, était le gendre du docteur Boucher et avocat à La Flèche ,- il avait été membre de l'Assemblée nationale.
f3) Le docteur Boucher, comme chirurgien , pouvait aller et venir sans éveiller les soupçons.
Les événements marchaient avec une grande rapidité. Le 2 brumaire (23 octobre) les Vendéens s'emparaient de Laval après un essai de résistance qui causa la mort de nombreux habitants; ils y arrivaient en vainqueurs, ayant gagné la célèbre bataille d'Ëntrammes. Le secours qu'avait cru pouvoir promettre le prince de Talmont arrivant dans un pays tout rempli des souvenirs de sa famille , manqua par suite de la terreur qui glaçait les âmes. Mais la Chouannerie du Maine, depuis longtemps insurgée, accourut en foule au bruit du canon , avec ses habits de peaux de chèvres , ses longs cheveux plats, ses chapeaux à larges bords, ses vieux fusils de chasse et ses fourches de fer. Ses chefs étaient de pauvres paysans , maintenant célèbres , Jean Cottereau , dit Jean Chouan , et ses trois frères ; Jean-Louis Treton , dit Jambe d'argent, boiteux auquel, au début, on refusa des armes et qui alla en chercher au milieu des ennemis. Des Bretons vinrent aussi rejoindre Tannée de Bonchamp dans le mois de juin sous les ordres de Lemercier, dit La Vendée , et de Georges Cadoudal , qui , plus tard , joua un si grand rôle.
« Au reste, dit Pitre-Chevalier, les Vendéens et les Chouans étaient « frères , mais seulement par le principe de vengeance et d'affranchisse- « ment qui les armait en commun. Tout était différent pour ne pas dire « opposé entre eux. La guerre de Vendée fut particulièrement une guerre « de défense. Celle de la Chouannerie , organisée plus tard , fut surtout une < guerre de représailles. Les Chouans , et cela devait être , rendirent aux « Républicains feu pour feu, sang pour sang, terreur pour terreur. »
Les Vendéens , en partant de Laval , se portèrent par une marche rapide du côté de Granville, prirent en passant, sans coup férir, Mayenne, Ernée, Fougères, comptant sur des secours de l'Angleterre, qui manquèrent.
Echouant donc devant Granville, les Vendéens firent retraite, revinrent par Fougères , Ernée , Laval , Sablé et La Flèche pour attaquer Angers.
Quels faits de guerre que ces victoires successives de Laval, d'Entrainmes , de Ci*aon , d'Ernée , de Pontorson , de Dol et d'Antrain , remportées par des bandes errantes. Celles antérieures de Saumur, de Thouars,de Vihiers, de Coron, tout en ayant produit plus de fruits, surprennent moins la raison humaine qui reste stupéfaite devant les défaites réitérées de l'armée républicaine d'outre-Loire.
A Suette où il arriva le 25, Thirion lança un arrêté venant satisfaire aux instantes demandes des mères de familles , et consentit à renvoyer leurs maris; cet arrêté, daté de Suette, ordonne à tous les citoyens de 48 à 25 ans, organisés en batiiillon, de se rendre dans le plus bref délai à La Flèche.
Après son arrivée aux Ponts-de-Cé, la garde nationale de La Flèche reçut l'ordre d'entrer dans l'île tle Dénezé , où l'on croyait trouver des
hommes; maif^ on y rencontra que des femmes, des enfants et des bestiaux. Le général Moulin ordonna que tout fut enlevé et conduit à Angers , que le bétail fut vendu (probablement h son profit , dit le chroniqueur) et enfin que tout ce qui portait figure humaine fut mis en prison. La place des Fléchois était marquée dans cette grande lutte devenue imminente; on leur réservait un point important pour l'attaque et pour la défense , la hauteur du Pont-Barré (lieu où, pendant le mois de mars, ils avaient déjà passé une si cruelle nuit). Mais les circonstances leur firent donner une autre destination.
Le feu de l'insurrection s'était allumé du côté de Ballon; une troupe alerte et sûre fut demandée et les Fléchois furent immédiatement désignés comme remplissant les conditions voulues. La seule menace ayant sufii pour faire rentrer dans l'ordre les habitants de Ballon , la garde nationale de La Flèche put revenir dans ses foyers après deux mois d'absence. Elle avait échappé à un bien grand danger. La hauteur du Pont-Barré , sur le Layon , fut confiée à 1§ garde nationale de Château-Gontier réunie à celle d'Angers et à quelques hommes de cavalerie. A 'l'attaque de ce poste par les Vendéens, 500 pères de familles y perdirent la vie. Un corps de 300 hommes de la garde nationale de Chartres fut totalement écrasé ; le commandant repassa seul par La Flèche au désespoir et redoutant d'arriver chez lui, ne sachant que répondre aux familles de ceux qu'il ne ramenait pas.
Mais bientôt Thirion , qui gouvernait à Angers, ne sut plus que faire de ces masses ignorantes de la discipline et de la guerre, et commandées par des officiers d'une nullité déplorable. On ne voulut plus s'appuyer que sur des troupes de ligne. Les habitants des villes durent se garder eux-mêmes. 4 81 ,000 hommes passèrent par La Flèche; ce fut une charge ruineuse. Ces troupes étaient très-aguerries et parmi elles se trouvait la garnison de Mayence, qui, d'après la capitulation de cette ville, ne pouvait servir qu'A l'intérieur.
Depuis un mois , on ne cessait pas d'annoncer de nouveaux succès contre l'armée royale. L'armée de Mayence avait, disait-on, réparé les échecs de l'armée de Saumur. Le 2 octobre, avant qu'elle fut vraie, le commissaire du département de la Sarthe à Angers annonçait la prise de Mortagne sur les rebelles. Chaque jour on apprenait de nouvelles victoires, les combats du Moulin-aux-Chèvres , de Châtillon , de la Tremblaye , la bataille et la prise de Cholel depuis si longtemps au pouvoir de l'insurrection. On croyait que c'en était fait de la Vendée. Bourbotte, Turreau, Choudieu et Francastel écrivaient d'Angers à la Convention : « Vous avez voulu que la guerre fût € terminée à la fin d'octobre, nous pouvons vous dire aujourd'hui qu'il « n'existe plus de Vendée , quoique tous les rebelles ne soient pas exter- « minés. »
74 LA FLÈCHS DEPUIS 4789.
Grâce à tous ces rapports et autres dus à la faconde des représentants en mission, on croyait les Vendéens anéantis, quand tout à coup, le 48 octobre , on apprit qu'ils avaient passé la Loire et qu'ils se dirigeaient sur le Maine. La guerre n'avait fait que changer de théâtre.
On a contesté l'authenticité des paroles de Bonchamp, paroles qai ont illustré autant que des actes militaires le nom du célèbre général vendéen. // les a bien prononcées ; la lecture de la pièce produite par VAnni^aire de la Sarthe (Chardon), 4869, pages 449, 420, 424, 422, 423, 424, 425 ne permettent aucun doute à ce sujet.
Les Vendéens avaient franchi la Loire le 48 octobre 4793 et transporté sur la rive droite le théâtre de leur lutte si longue et si courageuse. € Mais , « dit M. Chardon, ce n'était pas une armée qui avait traversé le fleave, € c'était une émigration semblable à celle des peuplades antiques qui s'en
< allaient fuyant devant le fer et la flamme de l'ennemi , emportant avec
< elles leurs femmes, leurs enfants, leurs richesses, leurs prêtres» leurs « dieux pénates, et marchaient, quasi â l'aventure, à la recherche d'une
< nouvelle patrie , d'un lieu tranquille pour reposer leurs tètes et se sous-* € traire â la misère et à la mort. »
Certains que les Vendéens allaient arriver, les membres du district, de la municipalité, le comité révolutionnaire, pensèrent â se mettre en sûreté. La Flèche étant notre unique objectif et n'ayant pas la prétention de refaire une histoire de cette guerre , nous passons tous les événements intermédiaires. Germont, comme membre du comité révolutionnaire, voulut faire enlever les détenus de la Visitation et les envoyer au château de Saumur. Il mit des voitures en réquisition ; mais on obéit avec tant de lenteur que Germont n'eut lui-même que le temps de partir, et bien heureusement; car les prisonniers, qui furent mis en liberté, eussent été massacrés.
Avant de vider la place, la municipalité avait donné l'ordre au docteur Boucher et à Tostée , bijoutier, de partir pour Paris avec les vases sacrés ou, comme on les appelait alors, les instruments du fanatisme , fonv en faire hommage à la Convention. Ils reçurent en même temps la mission de conduire les prisonniers au Mans. M. le docteur Boucher trouva moyen de s'abstenir. Un renseignement oral nous apprend que peu de moments avant son départ pour Thorée, la municipalité reçut un message des Vendéens ; mais tous ses membres en gardèrent le plus profond secret ; ils auraient de suite été accusés de connivence avec les ennemis.
Ceux-ci envoyèrent des éclaireurs pour s'assurer des alentours de la ville. Le docteur Boucher apprit aux autorités, retirées comme nous venons de le dire à Thorée, que les Vendéens allaient arriver à La Flèche et qu'il les avait aperçus en venant les rejoindre. La Rochejacquelein avait fait à Laval le dénombrement de son armée. Elle était forte, dit-on, de 40,000 soldats et de 60,000 individus inutiles. Renouard , à propos de ce recense-
ment y parle seulement de 30,000 fantassins, douze cents cavaliers et d'un nombre prodigieux de femmes et d'enfants. Kléber taxait approximativement les forces des Vendéens lors du passage de la Loire à plus de 60,000 combattants, sans y comprendre les prêtres ni les femmes et enfants, et à 32 pièces de canon. Qu'on se figure la misère de cette horde valeureuse, marchant par des chemins détrempés , affreux , par un temps horrible , bivouaquant dans la boue où l'on enfonçait jusqu'à mi-jambe , sous la pluie, mouillée jusqu'aux os, continuellement exposée à la rigueur du froid, réduite , quant aux deux tiers, à mourir de faim ou à piller, (1) à marcher sans chaussures, les pieds nus dévorés par des abcès; et derrière ces bandes épuisées par la mauvaise nourriture , exténuées de fatigue et de froid , Marigny et Westermann , les harcelant par leurs attaques réitérées, incessantes , et ne leur laissant que de bien courts moments de répit. Dans les campagnes, ces héroïques paysans trouvaient les aliments les plus grossiers , mais jamais en suffisance pour satisfaire leur faim. En arrivant à La Flèche , ils se jetèrent au hasard dans les maisons , fermant d'autorité la porte à tout nouvel arrivant, quand ils s'y trouvaient en assez grand nombre. Ils déclarèrent qu'ils ne se porteraient à aucune violence ; mais ils disposèrent de tout à discrétion, amenant quelquefois leurs camarades pour manger seulement, et tenant à être servis parles maîtresses de maison. Ils demandèrent surtout à changer leur linge sale contre du propre , mais ne commirent aucune violence dans la ville , si ce n'est chez le cafetier patriote Lefèvre, qui fut pillé; d'autres marchands durent fournir des étoffes, recevant pour paiement des bons sur Louis XVIII. La Rochejaquelein commandait en chef, le prince de Talmont était à la tète de la cavalerie, Stofllet, d'Autichamp et Duhoux formaient l'état-major. Bernard de Marigny dirigeait l'artillerie ; on l'avait connu à La Flèche comme ancien élève. Le faux évoque d'Agra, l'abbé de FoUeville , avait entrée au conseil. L'abbé Bernier, l'ex-curé de Saint-Laud, n'avait aucun rôle saillant, mais n'en agissait pas moins.
Les Vendéens , un peu reposés , partirent de La Flèche le 12 frimaire (2 décembre 1793) après un arrêt bien insuffisant. Ils en emportèrent des habits neufs, des balles, de la poudre, des souliers, des chapeaux que les membres du district, qui tenaient séance et avaient leurs magasins au couvent des Carmes, avaient eu l'imprévoyance de ne pas jeter dans la rivière. Ils laissèrent dans la ville l'odeur la plus infecte ; les rues étaient pleines d*ordures par suite de la dyssenterie qui les décimait. Ils prirent la route
(l) Les Vendéens demandaient des secours bien plutôt qu'ils ne pillaient. Il y a peu de jours, le fils d'un habitant des environs de Rennes nous disait qu'il tenait de sa mère que quelques vendéens entrèrent chez elle et désirèrent avoir du linge : elle leur en donna; sans rien exiger davantage, ils partirent. D'autres arrivèrent bientôt demandant du pain ; pendant qu'elle se disposait à les satisfaire, ils aperçurent une marque et lui dirent alors : • Plusieurs des nôtres sont déjà venus vous mettre à contribution ; nous allons ailleurs m demander ce dont nous avons besoin. » ~ R<i P. Paignon.
de Durtal, en laissant beaucoup de traînards; une pauvre femme , entre
autres , tombée sur la route près de Bazouges eut le bras coupé d'on coup
de sabre par un grenadier de la garde nationale, le nommé Couchot, qui
en porta la peine ; car il périt subitement du charbon qui lui atteignit le
bras. Le général Bouin de Marigny, détaché de Tarmée de l'Ouest, qui
harcelait les Vendéens avec ses chasseurs , n'avait pas tardé à entrer dans
la ville où il avait sabré les traînards comme à Sablé. Un billet écrit de sa
main invitait , le même jour, les Fléchois à revenir dans leurs maisons ; ce
sont les dernières lignes qu'ait écrites cet officier, qui passait pour braye et
assez humain. Il allait bientôt périr entre Durtal et Angers, échappant
ainsi à la proscription des bureaux de la guerre qui venait de le frapper de
destitution comme suspect.
« /5 Frimaire. »
« Le citoyen Bouin invite les habitants de La Flèche à rentrer dans leurs
« foyers. Les Brigands n'en sont plus maîtres ; vos frères les ont chassés.
« Le général de brigade,
€ Boum. »
On ne peut se faire une idée de l'agitation , de tous les ouï-dire , de toutes les correspondances auxquels donnèrent lieu ce premier passage des Vendéens par La Flèche.
On voyait bien que cette peuplade errante et en même temps redoutable et par ses habiles et intrépides chefs et par ces fiers guerriers d'un autre âge , suivis par tout ce qu'ils avaient de plus cher au monde , que cette peuplade , disons-nous , marchait soit en avant soit en arrière sans plan bien arrêté. Le comité défensif du Mans , dès cinq heures et demie du matin, le 13 frimaire, transmettait à Barré une lettre du citoyen Fauchon, président de la commission militaire, envoyé à Foulletourte en qualité de correspondant et qui , après s'être porté lui-môme à Château-Sénéchal avec les deux commissaires, écrivait le 42 au Mans :
« Citoyen Collègue , « A mon retour de Foulletourte, j'ai trouvé chez moi un citoyen digne « de foy que j'avais envoyé à La Flèche ce matin, qui m'a certifié que Tar- « mée des Brigands avoit enfin évacué La Flèche sur le midi , pour se por- « ter sur Angers et qu'il n'étoit revenu qu'après avoir vu défiler celte « horde de scélérats. Différents voyageurs nous disent qu'au moment' où Tar- « rière-garde des Brigands sortait de La Flèchfe, l'avant-garde des braves « Mayençais y eutroit et qu'il y avait eu entre eux une fusillade Irès-meur- € trièie. Demain je réunirai le petit détacliement qui m'a été confié à celai € qui accompagnait vos deux commissaires pour nous porter conjointement « à La Flèche, y seconder les braves Mayençais et y rétablir l'arbre de la « Liberté.
« GOYET. »
Goyet ajoutait :
€ Tel est le texte de notre correspondance; néantmoins tenez-vous touc jours sur vos gardes , car si les Brigands sont repoussés d'Angers , tous
< les ponts de la Loire étant abattus par ordre de la Convention , Tennemi € repliera sur nous. »
€ Le général Chabot arrive ; on continue les retranchements. Le citoyen c Barré est prié de vouloir bien transporter ces nouvelles à Mamers, € Beliéme et ailleurs. »
Les membres du comité apprenaient en même temps que les Vendéens avaient perdu plus de 600 hommes, et prenaient un arrêté pour faire filer sur La Flèche 3,000 hommes et une forte artillerie pour exterminer l'arrière-garde et empêcher leur retour dans cette ville , dans le cas où ils seraient repoussés d'Angers , comme on le présumait.
De tous côtés arrivaient des renseignements sur les épisodes de l'occupation de La Flèche. Duvigneul, l'un de ses officiers municipaux, écrivait à Mayet :
« Citoyens, frères et amis ,
€ Les Brigands sont partis hier sur les 9 heures du matin de chez nous
< pour se rendre à Angers. La nuit précédente , ils avaient envoyé un « détachement avec quelques pièces de canon à Baugé. Ils n'ont aban-
< donné notre ville qu après l'avoir pillée entièrement ; la perte que nous « atons éprouvée s'élève bien à 300,000 liiores; ce qu'il y a de plus fâcheux, € c'est rinfection qu'ils répandent; ils ont beaucoup d'hommes attaqués de
< la dyssenterie. Suivant leurs propos, ils ont dessein de se rendre dans « la Vendée pour y passer l'hyver.
€ Salut et fraternité.
« DUVIGNEUL. »
Le signataire de cette lettre n'est pas d'accord avec le chroniqueur dont nous possédons les notes manuscrites au moins au sujet du pillage dont il parle et qui ne doit pas avoir eu lieu.
Nous continuons à puiser largement dans VArmuaire de la Sarthe (4870, pages 235 et suivantes). Ces correspondances sont utiles à suivre et nous mettent sur la trace de la vérité en se contrôlant nécessairement les unes les autres.
Les commissaires du département transmettaient ces nouvelles : « Frères et amis ,
« Je me suis rendu hier à Château-Sénéchal où il n'y avait aucuns « avant-postes; j'arrive ce malin à La Flèche où j'ai vu le général de € l'armée de Mayence; il a tombé hier sur l'arrière-garde des Brigands au € moment où ils se retiroient; il leur a tué au moins 500 scélérats. Je vous « ai promis que je verrais l'ennemi de près ; je crois avantageux de me « porter sur Durtal. Les ennemis doivent attaquer Angers aujourd'hui, 13
« frimaire (3 décembre 1793); je vous en donnerai sans doute des nou- « Telles cette nuit ou demain matin. Il n'y a pas de cruautés ni de pillages « qui aient été épargnés par ces monstres ; nous avons vu avec douleur en « arrivant une charrette chargée de cadavres mutilés le long des rues, çà i. etlà épars; six chasseurs, qui s'avancèrent hier imprudemment ont