‹ Histoire de La Flèche et de ses seigneursChapitre 172 sur 251 · ÉTÉ IMMOLÉS PAR LES BRIGANDS · texte numérisé non relu

ÉTÉ IMMOLÉS PAR LES BRIGANDS

« Suivant le bruit public, Us étoient à La Flèche sept à huit mille!! la

« plupart écloppés et prêts à crever. On les poursuit vigoureusement

€ Salut et fraternité.

« CoupEL et Chauvin, commissaires. > La Flèche, 43 frimaire.

Comme on peut en juger et comme on le comprendra encore bien mieux tout à riieure, cette lettre n'est qu'un tissu de calomnies et d'erreurs volontaires. L'évaluation des commissaires au sujet de l'armée vendéenne ne se composant pour eux que de sept à huit mille hommes deviendrait une honte pour ceux qui n'auraient pu encore les vaincre.

La ville du Lude, plus rapprochée, était dans les transes; on avait cru d'abord que les Vendéens se porteraient sur Tours par Château-du-Loir el passeraient nécessairement par cette ville.

Le Lude y é2 frimaire, 2 heures après-midi.

Les citoyens Desmorières, commandant au Lude, et Savardan fik,

citoyen de La Flèche, aux Républicains composant

l'Administration de Chdteau-du-Loir.

« Nous apprenons de rapport certain et dont nous ne pouvons douter « que l'ennemi , au nombre de 20,000 bouches , armé de 30 pièces de canon « dont 4 de 18, est parti ce matin de La Flèche sam avoir fait beaucoup € de mal fors le pillage de quelques maisons. Cette armée est dans le plus « fâcheux état et perdue de maladies , au point que deux hommes sont « morts exténués et faute de secours dans la Grande-Rue de La Flèche... »

Voici une lettre à l'adresse de Château-du-Loîr :

Le Lude, 4 S frimaire an //.

« Victoire, mes camarades; Savardan, que je trouve ici, nous annonce

«: que Bouin de Marigny, commandant l'armée de Mayence, a conquis

« \jSLJ^\^c\\QyOii il a égorgé MO brigands. Savardan dit avoir soupe avec

« sa femme dans La Flèche. Il nous envoie un bon sur Louis, roi, que je

« vous en voie

« Gaussant. »

Le citoyen Savardan fils, de La Flèche, écrivait lui-môme aux citoyens administrateurs du district de Château-du-Loir :

Du Lude, le 43 frimaire, 3 heures du mntin. « Républicains,

€ J'arrive à Tinstant de La Flèche où j'ai trouvé Tavant-garde des chasr seurs de Mayence qui ont dépêché en arrivant au moins trois à quatre i cents brigands, qui, plus tardifs que leur armée, se sont laissés surr prendre; ils se portent sur Angers.... »

filavette , Tun des administrateurs de Saint-Calais , avait été envoyé à Sbâtean-du-Loir pour surveiller la marche de l'ennemi. Le 43 , il écrit à son idministration :

€ J'arrive au Château-du-Loir et je me trouve trop heureux d'avoir été r chargé de la commission que vous m'avez donnée , puisque j'ai de bonnes [ nouvelles à vous apprendre. L'ennemi a été battu à La Flèche. Les Flé- [ chois rentrent dans leurs foyers, les Brigands se portent sur Angers , qui ( se prépare à faire une vigoureuse résistance , le canon s'est fait entendre I aujourd'hui; on ne scait si c'est le canon d'Angers ou le canon de I l'armée de Mayence qui fait danser la Carm^agnak à l'armée catholique I royale. >

Le lendemain , à 9 heures du malin , il écrivait encore :

€ Hier soir, je me suis trouvé avec Richard, maître de poste de La t Flèche, frère du député et réfugié ici. Nous parlions comme de raison t des Brigands, quand le citoyen Lamotte, porteur d'une lettre de la t citoyenne Richard , est arrivé et nous a donné les détails suivants :

« J'étois, a-l-il dit, à La Flèche, lorsque l'ennemi y est entré. Tout le i monde crioit : t Sauvons-nous! » Je me cachais dans une petite rue et i je vis passer leur cavallerie ainsi que l'infanterie , tout est dans un état t déplorable et je ne conçois pas comment on fuit devant une pareille i armée; elle est de vingt à vingt-cinq mille hommes , encore y a-t-il plus ( de moitié de femmes , d'enfants et de malades. Ils ont abandonné dans i un pré un enfant de 3 ou 4 ans, presque mort de froid et que j'ai ramassé t ce malin. Ils ont brisé tout chez les patriotes et n'ont enlevé de chez les ( aristocrates que les grains , foins et provisions de bouche et changé de chei mises. Nos jardins et les rues sont couverts de fourages qu'il n'ont pas pu : emporter et qu'ils ont ainsi perdu pour en faire manquer notre cavalle- ! rie. »

€ Après le départ des Brigands, qui ont été poursuivis jusqu'à Durtal par ; l'armée de Mayence , je suis rentré un des premiers à La Flèche, jfai : trouvé trois catholiques que la fatigue avait retenus dans une écurie ; je E les ai fait saisir ; ils ont été taillés en pièces sans qu'on ait jamais pu leur [ arracher le cri de : Vive la République, Ils crioient toujours : Vive le roi; i vivent nos prêtres. Ceux-ci ont dit plus de deux cents messes par jour à [ La Flèche pendant leur séjour. Cette armée porte l'infection avec elle; on ( a été obligé de brûler du vinaigre dans les appartements où les Brigands

80 l'A FLfcCHE DEPUIS 1789.

« étaient entrés. On en a trouvés plusieurs dans les rues et les écurif « morts d'innanition , outre un certain nombre qui y ont été tués ; il n*ei « resté que les murs chez Beauftls. »

< Tel est le récit fait par le citoyen Lamotte auquel vous pouvez ajoute « foi ; il a encore ajouté qu'un grand nombre murmuroit contre ses prétn « et ses chefs ; qu'ils n'ont tué personne , parce qu'ils n'ont trouvé que de « femmes et des enfants. »

« J'apprends dans ce moment que d'Autichamp a un bras emporté i « qu'on a trouvé deux mille morts de La Flèche à Durtal.... »

« Blavette. »

Barrëre apprenait, le 16 décembre, à la Convention, l'évacuation deL Flèche par les Vendéens et leur marche sur Angers , d'après les lettres d Guimberteau, du général Gommaire, commandant à Saumur, et des adrai

nisti*ateurs d'Indre-et-Loire : < Plusieurs, disait-il, ont péri de misèi

« et de froid, n'ayant ni chaussures ni habits; on croit qu'ils veul^ « hiverner à Angers. »

La nouvelle de l'évacuation de La Flèche avait un peu calmé les espriti Cependant, on n'était pas sans inquiétudes, et le général Chabot, un de généraux de l'armée de Saumur, qui n'avait jamais été heureux contre le Vendéens, arriva d'Alençon pour prendre le commandement des force réunies au Mans.

Garnier rassembla chez lui les membres du comité défensif du départe ment de la Sarthe pour se concerter avec eux sur les mesures militaires i prendre d'après les circonstances : « On songeait ainsi, dit M. Chartoi « (Annuaire de la Sarthe, \S10)t à prendre des mesures offensives et à aile « attaquer ces Vendéens dont deux jours plus tôt on n'avait pas attendi « l'approche pour prendre la fuite, »

Le U au soir, Garnier de Saintes se rendit au département et s'élevi contre la négligence des administrateurs de La Flèche , qui avait détennini l'évasion des détenus dont plusieurs avaient suivi les rebelles.

Le même jour, on apprenait de La Flèche par le citoyen Hamon que le) vedettes envoyées par la municipalité sur la route d'Angers avaient déclarï qu'on entendait le canon du côté de cette ville et qu'ils tenaient de quelqaei hussards que l'armée de Rennes avait dû y arriver le 13 frimaire (3 décembre 1793).

Suivant leur rapport , 500 hussards ou chasseurs serraient de très prèi l'armée vendéenne et en avaient fait déjà un grand carnage , et la route était semée de cadavres. Malgré cette situation critique , cette même armée, disait M. Hamon, avait encore fait quelques recrues à La Flèche parmi les gens suspects et qui avaient été mis en arrestation, entre autres là Giroust, le mari, la femme et la jeune suivante; Lonlay et sa femme, La Durandière et sa fille, et la femme Aumont. Nous avons parlé au chi-

tire quatrième du triste sort de la plupart de ces personnes soit à Angers, lit à Nantes.

Chabot et Garnier de Saintes partirent le 45 au matin pour La Flèche, à k tête d'une partie de la force armée pour s'opposer au retour de l'armée rendéenne. Selon Savary (t. II, p. 419) ce premier détachement fut suiyi nentot d'un autre; il se composait de 700 hommes d'infanterie et de 160 de »Yalerie. Le môme jour, le bataillon de Saint-Denis-d'Orques se rendit à roulletourte.

On apprit au Mans que les citoyens Beaufils et Chaudemanche de La Plèche avaient annoncé à FouUetourte, où se trouvait encore Garnier de Saintes , que les autorités de La Flèche avaient reçu la nouvelle officielle de telles de Durtal qu'il y avait eu un combat entre l'ennemi et les Républiïains; ils ajouraient que les Vendéens avaient été battus et le brave général louin de Marigny tué d'un coup de canon. On ne savait pas encore que ce tombât n'avait eu lieu, comme nous allons le dire bientôt, qu'après la evée du siège d'Angers, que La Rochejacquelein et son armée avaient ittaqué avec leur valeur ordinaire sans réussir à s'en emparer. Ils firent «traite, dit-on, au moment où ils allaient vaincre, les munitions manquant kux assiégés pour une plus longue défense. Ne pouvant forcer les Pontsle-Cé trop bien gardés, ils résolurent de se porter sur le Mans. Mais, par ^révision , afin d'empêcher le retour de l'ennemi par La Flèche et Durtal , e représentant du peuple avait ordonné , outre une tranchée en avant de )urtal , la rupture des ponts de ces deux villes.

Armée des côtes de Brest et de VOuest réunies.

€ En conséquence des ordres du représentant du peuple près desdites [ années , il est enjoint au maire et aux officiers municipaux de la com- I mune de La Flèche de faire dans le plus court délai :

« 4® Couper le pont des Carmes sur la rivière du Loir;

« ^ Couper également tous les petits ponts et faire ôter les bateaux , I afin d'ôter toute communication aux Brigands et leur couper le passage ;

« 3» Enfin de faire évacuer sur la rive droite toutes les denrées, vivres

: et bestiaux qui pourraient se trouver sur l'autre rive et de les priver de

: toute ressource.

« V adjudant général,

« Decan. »

Enfin il était certain que les Vendéens avaient échoué au siège d'Angers, let échec venait ruiner les espérances de l'armée royale et lui faire recomnencer désormais cette marche errante et sans but positif < sur des routes : inconnues hantées par la mort. »

L'incertitude était grande sur la direction qu'allaient prendre les Venléens. On ignorait au juste la position et les desseins de l'ennemi dont les

82 LA flAche depuis 4789.

chefs eux-mêmes , en vive mésintelligence , n'étaient pas d'accord sur I route à suivre , depuis l'échec d'Angers , qui avait brisé toat lear coarafc Et, néanmoins, malgré toutes les rodomontades révolationnaires » tout l monde avait peur. Nous en trouvons la preuve dans une lettre d'Hamard secrétaire-général du département, écrivant à Barré :

« Les Brigands ne me paroissent point tellement exterminés et dans ni « état de ruine si nul , que nous devions nous regarder à l'abri de tonl^ « atteinte.... Encore un fois , de la patience , voilà ce que je t'engage à din € à nos valeureux frères du Mans. Notre ville est tranquille. Les habitants « ont une cofUenance ferme et imposante. Les braves gens! ils croienl « l'en>nemi loin de portée!

Ne trouvant pas suiSsant pour la sûreté du Mans que les ponts de Durtal et de La Flèche fussent rompus, Garnier de Saintes fit subir le même sofl à ceux de Luché et du Lude.

En attendant le moment de la bataille, on exécutait au Mans toas les prisonniers faits successivement sur l'armée vendéenne. « Prévenez le tri- « bunal, écrit Garnier de Saintes, qu'il fasse exécuter ces coquins dans les « 24 heures , à l'exception des enfants au-dessous de 44 ou 45 ans qn*on « peut détenir et qu'on pourra un jour ramener aux vrais principes. »

Le 45, de Château-du-Loir, à hh heures du matin, Blavette de Saint" Calais, dans sa correspondance, démentait la rentrée de l'ennemi en Yen* dée par les Ponts-de-Cé, bruit répandu, disait-il, à dessein; il transmettait les nouvelles données de La Flèche par l'adjudant général Almain. Celai-^ déclarait que l'ennemi, battu à Angers, pouvait se replier sur le département et qu'il était essentiel de faire avancer des troupes ; il demandait des secours aux citoyens du Lude et de Château-la- Vallière et annonçait le départ de la garde nationale de La Flèche avec ses canons pour Durfal , dont la rupture du pont avait fait rejeter l'ennemi sur Baugé.

Les Vendéens levèrent le siège le U frimaire au soir et passèrent la nuit au bivouac , décimés par le froid le plus rigoureux , la faim , la misère et la maladie. A Pellouailles, situé à S lieues d'Angers, ils furent attaqués par l'intrépide Bouin de Marigny, qui, venant de La Flèche, les prit à revers; mais il fut bientôt emporté par un boulet de canon , et ses trois escadnHis de chasseurs, trop peu nombreux, s'enfuirent du côté de Durtal.

Les Vendéens purent alors plus tranquillement continuer leur route jusqu'à Suette. Là, prenant celle de Jarzé, ils se dirigèrent sur Baugé, pour se rapprocher de la Loire, tenter le passage à Saumur ou à Tours, et surtout pour le premier moment trouver un gîte dont ils avaient si grand besoin. Le désespoir et la fatigue étaient à leur comble ; il n'y avait plus ni forces physiques ni forces morales ; on voyait clairement que le dernier moment approchait. Et pour que tout ne fut pas terminé à cette heure, il fallait l'ineptie des Rossignol, des Robert, des Rouyer, des MuUer, des Arney,

i4ui ne voyaient dans cette guerre interminable qu'une source de pillages qu'ils ne Toulaient pas tarir.

Westermann , qui depuis Rennes avait le commandement général de la caralerie , quitta seul Angers dans l'aprés-midi du 4 5 frimaire (5 décembre) avec une faible avant-garde , chargé de ne pas perdre l'ennemi de vue. Le ^lendemain seulement 46, la division MuUer quitta la ville, avec ordre de , soutenir au besoin Westermann , de le suivre à distance pour protéger sa I retraite en cas de revers , mais sans engager d'action en aucune circonstance. Cela peut-il se comprendre ?

Comme on ne savait quelle direction prendrait l'armée vendéenne, l'armée fut scindée en plusieurs corps.

La division Kléber, avec le conventionnel Turreau , se dirigea vers la levée pour empêcher le passage de la Loire à Saumur, et ce ne fut que dans la journée du 4 9 que le reste des troupes s'achemina bien tardivement par Pellouailles et Suette pour rejoindre Muller. Marceau , nommé divisionnaire, prit le commandement le 48 frimaire au soir (8 décembre).

Conunent toutes ces forces , au moment de la retraite des Vendéens , ne se sont-elles pas précipitées sur eux? Ce mouvement, combiné avec celui du général Marigny, eut écrasé définitivement cette armée, que l'on redoutait encore et qui devait vaincre avant de tomber.

Si le général Muller avait eu l'intention de détruire promptement les Vendéens, c'eut été bien possible; en se rendant aux invitations réitérées de Westermann, de faire avancer sa colonne le 47 frimaire, il l'eut empêché d'être repoussé, ainsi qu'il le fut à plusieurs fois, par l'ennemi qu'il fatiguait du reste beaucoup par ses attaques à chaque instant renouvelées. Muller arriva à Suelte le 47 au matin et se décida à suivre Westermann sur Baugé ; l'armée royaliste s'était dirigée sur cette ville. Aussitôt l'arrivée de Huiler, Westermann attaqua l'arriére-garde de cavalerie et d'infanterie ; mais il ne fut pas suivi par son collègue. Le combat, d'après le rapport de Westermann , fut très-chaud ; l'arrière-garde vendéenne se retira vers La Flèche sur le gros de l'armée en abandonnant une pièce de canon. Muller s'étant tranquillement établi à Baugé, n'envoya que 600 hommes sur La Flèche pendant la nuit et Westermann fut obligé de bivouaquer à distance.

Les Vendéens restèrent à Baugé les 45 et 46 frimaire (5 et 6 décembre 4793) et se portèrent sur La Flèche le 47 (7 décembre) en emmenant avec eux le sieur Lelong, maire de la ville, qui s'était permis de tenir des propos offensants contre les troupes royalistes, au moment où elles cherchaient à se rapprocher de la Loire. La mésintelligence régnait de plus en plus parmi les chefs , qui ne pouvaient s'accorder sur la route à prendre. L'insubordination commençait à s'introduire dans les rangs des soldats découragés.

Mais quand on apprit la marche de Kléber, qui s'était dirigé au secours de Saumur par la levée de la Loire, il n'y eut plus qu'un avis et, le 17 firimaire, à 4 heure après midi, l'avant-garde des royalistes parut. Une des couleuvrines était placée en batterie sur le pont des Carmes sous le commandement de Le Monnier. Cette avant-garde fut arrêtée par la rupture du pont et le feu de cette pièce. L'autre couleuvrine avait été maladroitement envoyée au pont de Luché sous la conduite de Le Franc; elle aurait été très-utile au moulin de la Bruère , point sur lequel l'attention ne se porta pas. On garnit le pré Luneau d'un cordon de troupes, la rivière étant guéable à peu de distance, à l'endroit nommé Gué de Verrou. L'artillerie ^ la lAousqueterie jouèrent de part et d'autre pendant deux heures , après lesquelles tout le corps d'armée arriva.

On sentit bientôt que la défense n'était pas possible et on battit en retraite , les conscrits partirent les premiers , la garde nationale suivit , et tous les gens armés prirent la route du Mans que Garnier de Saintes avait déjà tracée à francs étriers, dit notre chroniqueur. Cette petite troupe fit halte à Foulletourte , mais fort diminuée par la désertion. En regard, nous mettrons bientôt le rapport de Garnier de Saintes à la Convention. Au reste, cette retraite s'était effectuée à temps.

La Rochejaquelein , à la tète de l'une de ses divisions, s'était avancé sur la route du Lude, soit qu'il cherchât un passage, soit qu'il lui fut connu par un renseignement reçu à l'avance. Pendant ce temps, pour occuper les Républicains, qui s'abritaient derrière les arbres de la promenade du Pré, les Vendéens placés du côté de Sainte-Colombe répondaient activement à leur feu en criblant de balles ces mêmes arbres, qui en portèrent longtemps les traces.

La Rochejaquelein passa sur la chaussée du moulin de la Bruère (et non de la Belle-Ouvrière) et sur des bateaux qui lui furent amenés par un homme de La Flèche ; et sans le départ précipité de la garnison , cet intrépide général l'eut faite prisonnière avec le général Chabot et Garnier de Saintes ou l'ent écrasée dans les rues mêmes. Le reste des divisions vendéennes ne voyant plus d'ennemis devant elles et tout feu ayant cessé, se coulèrent sur les piliers de l'arche coupée, au moyen d'une longue poutre qu'on avait laissée imprudemment dans la Beufferie et de léards qu'ils coupèrent en grande quantité sur la rivière , près du pont-neuf. Les fuyards furent poursuivis jusqu'à 44 heures du soir.

Dans cette action plusieurs fléchois furent blessés , mais leur petit nombre prouve surabondamment que toute la garnison , chefs et représentants en tête, avaient évacué la ville avant l'arrivée de La Rochejaquelein. Le Monnier, lieutenant des canonniers, fut blessé à la main par une balle. Rétif- Boire en reçut une dans, la jambe; Dubois, perruquier, fut atteint, en fuyant , par des cavaliers qui lui donnèrent six coups de sabre sur la tête.

dont plusieurs pénétrèrent jusqu'au crâne et l'un lui abattit la moitié du nez; Gasnerie, maître de pension et zélé révolutionnaire, fut tué sur le marché au blé , croyant avoir encore des siens devant lui ; Brossier, en fuyant , eut le même sort ; Baudrier fut rencontré par des éclaireurs et tué d'un coup de fusil ; Alory fils, sortant du combat avec son père, ne croyant pas que l'ennemi fut encore entré , se disposait à prendre la route du Mans, quand il rencontra une troupe de Vendéens , qui fit feu et le tua. Le père put se sauver chez sa sœur qui était mourante et y demeura deux jours caché sans oser s'échapper, d^autant plus que douze Vendéens s'étaient établis dans la chambre où il s'était glissé sous un lit.

Le surlendemain, 49 frimaire (9 décembre 1793), le général Chabot voulant inquiéter l'ennemi, reparut de FouUetourte entre Clermont et la ville. Les Vendéens marchèrent immédiatement pour le repousser, et le mirent promptement en complète déroute. Il regagna Clermont et la garde nationale se dispersa sur tous les points. Le drapeau , qu'on avait jeté pour mieux courir, fut sauvé par le commandant Savardan ; et peu à peu , après le départ des Vendéens , tous rentrèrent à La Flèche.

Les Vendéens fusillèrent auprès de la pyramide du port M. Lelong , maire de Baugé , père d'un ancien sous-préfet de La Flèche. Dans l'afTaire de Clermont plusieurs fléchois furent faits prisonniers. Buisneau fut immédiatement passé par les armes et laissé pour mort ; mais heureusement aucune de ses blessures ne se trouva grave ; il se ranima quelques moments après et parvint à se sauver. Aguèche , serrurier, et Hérisson , son beaufrère, furent mis à la grand'garde pour être fusillés sur le pont des Carmes.

Après l'entrée des Vendéens , M. Fontaine de Biré , chevalier de Saint- Louis, ancien major du régiment de Bretagne et retiré pour cause d'une maladie, qui le retenait habituellement alité, trouva la force de se lever en apprenant le sort réservé à ses concitoyens , et fut implorer la clémence de M. le prince de Talmont, dont, au premier abord, il fut trèsmal accueilli ; mais, ayant fait connaître ses opinions et sa qualité^ il obtint la grâce des prisonniers. Quelques Vendéens voulurent brûler l'étude et tous les papiers de Le Monnier, notaire, qui avait commandé l'artillerie contre eux sur le pont des Carmes. Le vieux Blin de Langlottière survint et obtint d'eux qu'aucune vengeance ne serait exercée contre ce patriote. Et cependant aucun n'osa se présenter au représentant, quand M. Duplessis de la Durandière fut arrêté, pour le sauver de la mortl

Harassés par toutes ces marches et contre-marches , irrités de plus en plus par leurs insuccès et les effroyables misères qui en étaient la suite, les Vendéens se montrèrent beaucoup moins traitables à ce second passage. Ds cherchèrent les officiers municipaux, qui avaient pris la fuite, et firent conduire en prison toutes leurs femmes, qui se crurent perdues. Mais

Mme de Vaux, la première des dames qui avait été incarcérée par les Patriotes , obtint leur grâce par ses instances auprès des chefs YeDdéens. Cette générosité était d'autant plus à louer que ces mêmes femmes et leurs maris avaient hautement marqué leur satisfaction, quand ces dames avaient été arrêtées et conduites à la Visitation , d'où on avait voula (et alors leur perte eut été certaine) les faire transférer soit à Saumur, soit ao Mans. Et, très-heureusement pour leurs persécutrices, elles ne le furent pas.

Les chefs Vendéens s'opposèrent de plus au pillage de la ville ; les soldats voulaient lui appliquer la loi du vainqueur, en raison de ce qu'elle ayait été emportée de force ; ils rappelaient tout ce qu'ils avaient souffert et que les Fléchois avaient assisté à la prise de Chemillé où l'on avait pillé des magasins de toile. Ils promettaient d'ailleurs de ne piller que les objets servant 4 l'habillement, et de respecter l'argent. Marigny, toujours disposé à la rigueur, les appuyait. Mais La Rochejaquelein et d'Autichamp résistèrent avec énergie et amenèrent le conseil à décider que tout pillard serait fusillé; on dit, en effet, qu'un vendéen ou soldat déserteur, coupable de ce fait, fut passé par les armes.

Ces deux chefs se transportèrent dans toutes les maisons où il s'éleva des rixes; mais, comme la première fois, les caves et les basses*cours furent mises à contribution , et quelques marchands furent payés de leurs marchandises en bons sur le roi. Toutes les maisons étaient remplies d'hommes, de familles de toutes les conditions suivant l'armée, et tout cela au milieu d'un tumulte perpétuel.

Dès que les provisions de bouche furent épuisées , les Vendéens quittèrent La Flèche, après un conseil de guerre tenu à la Madeleine, chezM">de Vaux , où logeait La Rochejaquelein.

Aussitôt que les Vendéens furent partis , Westermann se montra et fut acclamé par les femmes républicaines. Ayant trouvé le pont rompu , il fit passer sa cavalerie à la nage près de la promenade du Pré^ vers 7 heures du matin, le 20 frimaire an II (10 décembre 1793), les Vendéens ayant évacué la ville avant le jour, dès 6 heures. II passa l'eau dans un petit bateau appartenant au moulin de Poil-de-Reu. Peu après, l'infanterie entra en ville en passant sur le pont des Carmes , qui avait été promptement réparé.

Il y eut encore quelques petits combats avec les traineurs vendéens; le sang teignait les rues à différents endroits , on en voyait sur les murs , les pavés et les contrevents ; ceux de la Chasse-du-Cerf, au commencement de la rue des Bancs , étaient empreints de la cervelle de plusieurs chasseurs républicains , qui , s'élant avancés trop promptement du côté de la route du Mans et mis à table dans cet hôtel , furent surpris par des Vendéens attardés et massacrés, excepté un seul, nommé V"®., de La Flèche, et qui eut le temps de s'échapper par le jardin. Une tradition veut que ce soit eux, for-

mant Tavanl-garde , qui massacrèrent à l'hôpital les mourants et les malades vendéens , au nombre de trois ou quatre cents. Ce n'était pas possible ; ils Q'aaraient pas pu suffire à une aussi horrible tâche. La fille Guillemetle, en traversant la rue, fut tuée d'un coup de fusil.

L'intérieur de la ville offrait le spectacle le plus affreux ; des cadavres Immains, des chevaux sanglants se rencontraient çà et là ; des gens morts des suites d'anciennes blessures ou de la dyssenterie, de tout âge , de tout sexe, au nombre de plus de quatre cents , furent retirés de l'hôpital en les jetant par les fenêtres dans les rues adjacentes. Ils furent entièrement dépouillés par une populace avide et imprudente. Plusieurs gens du peuple firent une sorte de fortune par l'argent qu'ils trouvèrent dans les vêlements de ces malheureux. Tel fut, entre autres, Préau, qui tenait le cabaret de la Grille-de-Fer, sur le Pilori.

Le docteur Boucher, effrayé de la contagion qui pouvait être propagée par ces vêtements empestés , se transporta à la municipalité pour l'engager à faire publier l'ordre de brûler ou de lessiver ces vêtements et d'enlever les cadavres par plusieurs charriots. Mais cet ordre fut tardivement et incomplètement exécuté ; car, tant par cette cause que par suite de la terreur qui avait impressionné les habitants , un grand nombre d'hommes et de femmes moururent à La Flèche dans l'espace de 40 à 12 jours. Quant aux personnes et aux hospitalières qui avaient soigné ces malheureux, elles succombèrent toutes à la fièvre maligne. Comme il était défendu de sonner les cloches pour aucun acte de religion, cette mortalité resta plus inaperçue. Qu'on juge donc des atroces souffrances de cette armée poursuivie à outrance par Westermann et ses hussards ! On fit trois énormes fosses dans le cimetière pour enterrer tous ces cadavres.

La campagne sur Clefs fut infectée ; les cadavres y avaient été très-mal' enterrés. Plusieurs Vendéens étaient morts cachés dans des maisons de la ville ; on ne s'en aperçut qu'à l'odeur qui sortait des réduits où ils avaient expiré de faim, de fatigue et de misère. Les soldats républicains ne faisaient quartier ni au traînards, ni aux mourants. Un malheureux vendéen, resté à l'hôpital , succombant à la dyssenterie et aux suites de ses blessures, fut sabré dans son lit par un hussard; un jeune homme, couvert de vessicatoires , fut mené sur le Pré et fusillé ; une vieille femme , cachée dans une armoire à l'hôpital , fut découverte par des chasseurs et massacrée. Plusieurs Vendéens s'étaient réfugiés dans l'église de Saint-Thomas; ils y subirent le même sort. Cette église devint un magasin à fourrages ainsi que la belle chapelle de l'hôpital ; celle du collège servit de prison où l'on renfermait momentanément d'honnêtes personnes transférées au Mans, des environs de Laval et de Sablé.

An milieu de ces horribles circonstances, quelques traits d'humanité viennent un peu reposer le cœur.

Excédées de fatigue, ne sachant plus quel serait leur sort à venir, plasieurs dames ou femmes vendéennes partirent en laissant leurs enfanti dans les maisons où elles avaient logé, après avoir pu, pendant deux jouFnées de repos , juger des bons sentiments de leurs hôtes. LaProyidenoe, en effet, veilla sur ces pauvres enfants; ils retrouvèrent une famille dans celles de Farcy l'apothicaire, de Perrinelle-Coqueret , de Georges Gonchot, de Boucher, de Salmon.

Après le départ de Tannée vendéenne. M»» Perrinelle, demeurant sur h place de THôtel-de-Ville, y entendit des cris d'enfant; elle y fut et trouva une petite fille en bas âge abandonnée peu d'instants auparavant par ses malheureux parents. Elle l'emporta chez elle et, du consentement de son mari , se décida à l'élever. Mariés depuis dix ans et sans enfants , ils résolurent de l'adopter. Le ciel bénit ce ménage en lui accordant enfin ce qu'ils désiraient tant, une nombreuse postérité. Ils élevèrent néanmoins cette petite vendéenne, la dotèrent et la marièrent très-convenablement à un négociant de Saumur.

M. l'abbé Jagault et sa famille logeaient chez M. Salmon. Après leur départ, sa femme entra dans les appartements qu'ils avaient occupés pour les remettre en ordre. Avec surprise, elle vit dans un des lits une petite fille de 4 ans qui se réveillait en lui tendant les bras. Elle l'éleva avec son fils, l'honorable et excellent M. Salmon; plus tard, quand les temps devinrent plus calmes , elle fut réclamée par ses parents qui la marièrent à un riche propriétaire de Tours. Sa petite-fille a épousé M. Laurence, d'Orléans , cousin de ceux qui ont habité La Flèche.

M">« Auvé, propriétaire à Pringé , porta des vivres, soit elle-même, soit par ses enfants et ses domestiques, à des hommes , des femmes , des jeunes filles, qui s'étaient jetés dans les campagnes par la route deClennont.à Mareil ou dans les bois de Gallerande. Elle a pu en placer dans des fermes ou ils ont tous travaillé jusqu'à la pacification de la Vendée. Ce fut alors que plusieurs prêtres quittèrent l'armée vendéenne et restèrent cachés; parmi eux, l'abbé Brault, curé-prieur de Baugé, s'était réfugié dans une ferme des environs de cette ville. La tourière de l'hôpital Saint-Joseph (ut chargée d'aller l'y chercher ; pour y parvenir, elle le fit habiller en vieille femme. Rencontrés en route par des républicains , qui lui demandèrent ou elles allaient : « Ne voyez-vous pas que j'emmène cette pauvre vieille à « notre hôpital. » L'abbé Brault y mourut peu de temps après des fatigues et privations qu'il avait endurées.

Tous n'échappèrent pas aussi heureusement.

Quand l'armée vendéenne fut obligée de marcher sur le Mans, deuxmal* heureuses religieuses , transies de froid et harassées de fatigue , se réfagièrent chez un paysan habitant une closerie sur le bord d'un petit ruissean qui serpente profondément sur la droite de la grande route. Ce paysan ,

après les aYoir fait entrer chez lui, se mit en vedette et y amena les premiers hussards qui parurent. Ceux-ci hachèrent ces deux saintes filles à coups desabre.

Quelques Vendéens parvinrent jusqu'à Luché, après avoir été coupés par h cavalerie de Westermann. Ils y furent massacrés par plusieurs habitants de ce bourg. Nous dirons bientôt quelle fut leur punition.

La relation de M">« de La Rochejaquelein se rapproche autant que cela est possible de celle où nous avons entièrement puisé la nôtre :

< Qnelle fut notre douleur, dit-elle, lorsqu'on arrivant k La Flèche on c vit le pont coupé et trois à quatre mille hommes placés sur l'autre rive, c Nous nous crûmes perdus ; car dans ce moment on attaquait M. de Piron. c M. de la Rochejaquelein ordonna de tenir ferme en avant et en arrière c et de continuer le feu. Il prit avec lui trois cents braves cavaliers , qui € mirent autant de fantassins en croupe; il remonta la rivière à trois € quarts de lieue, trouva un gué, arriva le soir aux portes de la ville (par

< le faubourg des Bancs), fit mettre pied à terre à ses fantassins et se pré- € cipita dans les rues en criant : € Vive le Roi ! » Les Bleus , surpris et c effrayés, prirent la fuite par la route du Mans. Henri fit en hâte rétablir € le pont et courut à Tarrière-garde où il repoussa les hussards ennemis. € Une partie de l'armée entra dans la ville , les bagages restèrent sur la

< route jusqu'au jour ; je couchai dans ma voiture. Le lendemain , la cava-

< lerie vint encore nous attaquer. L'armée était épuisée de fatigue. M. de « la Rochejaquelein , accompagné de MM. de Baugé et Allard et d'un bien « petit nombre d'ofliciers, défit encore les détachements ennemis ; et quand € les bagages furent entrés , il fit de nouveau couper le pont , et procura € ^ heures de repos à l'armée. Il fut douloureusement mécontent de Tinc souciance des officiers qui étaient restés à La Flèche , le laissant com- « battre presque seul :

< Messieurs, leur dit-il avec amertume, ce n'est donc pas assez de me « contredire au conseil, vous m'abandonnez au feu. » (1)

« Je cherchai, pendant mon séjour à La Flèche , un asile pour ma pauvre « petite fille. Personne ne voulut s'en charger malgré les récompenses que € j'offrais ; elle était trop enfant pour qu'on pût la cacher et l'empôcher de € crier. M"*« Jagault parvint à trouver une personne qui se chargea de sa € fille; mais celle-là avait 4 ans, pouvait fort bien comprendre le danger « et ne pas compromettre son hôte. »

(1) Ce détail Tient confirmer ce qui a été dit an sujet de la mésintelUgence qui régnait entre les officiers de cette armée, et coïncide avec ce que nous avons entendu dire à M*M de la Bonillerio. Elle se trouTait au Lion d'Or^ auprès des officiers rendéens, probablement pour rendre quelques services aux babitaots. Pendant qu'elle discutait avec eux, on entendit un grand bruit de chevaux. C'était Henri de la Rocheja((ueleiii, qui, k uae question qui lui fut faite, répondit par un geste de désespoir.

Il parait certain qu*il y eut à La Flèche un conseil de guerre vendéen oh il fut question de diviser Tannée en deux corps. L'un devait gagner Tours par la levée , l'autre par la route du Mans , pour s'emparer, après leur jonction , de la fabrique de poudre du Ripault, à deux lieues de Tours , et rentrer ensuite dans la Vendée. Ce plan avait quelques chances de succès. Mais le découragement était à son comble et il ne put être exécuté.

Inscrivons ici la lettre que Garnier de Saintes venait d'écrire à la Convention et qui s'étend longuement sur la prise de La Flèche. Nous la trouvons dans V Annuaire de la Sarihe (4870) auquel nous avons emprunté beaucoup de détails :

Foulletourte , 47 frimaire, Van II de la République une et indivisible, à minuit.

« Sur les midi, un détachement de la cavalerie des Brigands s'est pré- € sente sous les murs de La Flèche , où le pont avait été coupé dès la veille. « Etonnés, ils ont été obligés de se replier, et quelques-uns de nos tolon- « taires, se faisant passer dans fws bateaux, les ont vivement poursuivis.

« Nous pensions que c'était un simple avant-poste venu pour reconnaître « les forces que nous avions à La Flèche , mais sur les deux heures , trois « colonnes d'infanterie se sont déployées, et environ vingt mille hommes, « soutenus par beaucoup d'artillerie , nous ont attaqué sur quatre ou cinq « points de la rive.

« Nos forces consistaient en 600 hommes d'infanterie tout au plus, car « notre cavalerie ne pouvait donner.

« Sans se laisser épouvanter par le nombre, ces braves volontaires se « sont portés avec célérité dans les différents postes qui leur ont été dési- « gnés ; ils ont soutenu le feu de l'ennemi depuis deux heures jusqu'à six.

« Tous les soldats se sont battus avec valeur et intrépidité, mais partica- « liérement le détachement de Valenciennes, qui a fait un feu si nourri que « cinquante d'entre eux ont fait face jusqu'au soir à une colonne de plus « de douze cents hommes qui a fini par forcer un moulin qui lui a laissé le « passage de la rivière libre. Elle s'est sans doute trouvée guéable dans cW « endroit , mais nous l'ignorions.

« Dès ce moment nous avons vu que nous ne pouvions pas nous mainte* « nir dans la ville.

« Le général Chabot, qui s'est conduit dans cette affaire avec autant d'inlré- « pidité que de courage, était d'avis de ne point songer à la retraite. SaD5 « la nuit qui nous surprenait sur le champ de bataille, notis eussions tenu « bon encore ; mais les Brigands ayant un passage ouvert que nous ne pou- « viens plus rompre et toute la nuit pour traverser la rivière , nous avons « senti que nous pouvions être enveloppés le lendemain par douze ou « quinze mille hommes et être coupés dans toutes nos retraites.

€ Le général s'est donc décidé à se replier, et sa retraite a été faite avec € tant d'ordre que naus paraissions aller plutôt au combat qu'en revenir. « Cependant elle était d'autant plus dangereuse que tous les tirailleurs qui « avaient forcé les postes, paraissaient se porter sur la route du Mans, par € laquelle nous devions opérer notre retraite.

€ Mais , malgré le danger qui exposait notre petite troupe à être fusillée € le long des fossés , sans que dans l'obscurité il lui fut possible de repous- € ser de pareils coups , cependant nous avons tellement senti combien il € importait pour la seureté du Mans de replier sur cette route , que nous

< n'avons pas balancé à la suivre.

€ Nous sommes arrivés h Foulletourte vers onze heures. Pas un soldat € n'a abandonné son rang; estant le long de la route ils exprimaient le € regret de ne pouvoir retourner sur La Flèche pour se signaler encore.

€ Je regarde cette journée comme très avantageuse pour la chose pu- € blique; l'ennemi a perdu beaUfCoup de m^nde, et par l'avantage de notre « position, le nombre des morts a été peu considérable. L'énergie du gén/- « rai, qui étoit sous le feu de la mousqueterie , et la présence du Représen- « tant du peuple sembloient doubler le courage des volontaires que j'ai vus

< murmurer de voir tomber le jour si tost,

€ Pendant que nous nous battions ainsi, un feu très-nourri, qui n'étoit 4 pas le nôtre, nous a fait conjecturer que l'armée d'Angers et de Rossignol c poursuivoit les Brigands en queue, et s'ils suivent leur marche, ils doi- € vent leur enlever leurs bagages et leur artillerie. Car il est impossible € qu'ils puissent, d'après la rupture des ponts, s'y manager un passage « avant trois ou quatre jours.

< Je vais expédier un courrier à Rossignol pour le mettre dans le cas de tirer avantage de cet événement.

« Je ne dois pas oublier que si tous les officiers et soldats se sont battus « avec intrépidité, les canonniers du Mans, aussi fermes à leur poste, ont « fait un feu meurtrier qui a beaucoup contribué à l'avantage que nous € avons eu en cette journée.

« Garnier. »

€ P. S. Nous n'avons laissé absolument aux Brigands que notre € dîner. »

On ne peut pas , en pareille occasion , mentir d'une manière plus déplorable. Il passe sous silence le combat de Glermont, qu'il était impossible d'arranger à sa guise, où , du reste, il n'était pas, car déjà il était arrivé au Mans pour annoncer aux administrateurs son départ pour Alençon.

Le 41 , Kléber arriva à La Flèche et porta son avant-garde jusqu'à Glermont et Mareil. Le 4â, il avauçu à la hauteur de Parigné-le-PôUn et établit son quartier général au château des Ferrais.

. Le 12, Marceau , apprenant à Foulletourte que Westermann et Muller venaient d'être attaqués à peu de distance du Mans, partit sur le champ et rencontra la division Muller en fuite.

Nous ne suivrons pas Tarmée vendéenne dans sa voie douloureuse après son départ de La Flèche. Mais disons encore qu'elle sut s'emparer da Mans et que la première résistance qu'elle rencontra à son arrivée aux approcher de cette ville fut au pont de Pontlieue, où plusieurs pièces d'artillerie se trouvaient sous les ordres du sieur Desmares, déchois établi au Mans. Cette ville tomba au pouvoir des Vendéens le 20 frimaire an II (1 ^ décembre 1793) Marigny ayant bientôt forcé le passage.

Malgré ce succès , l'armée vendéenne était perdue. Après une latte de chaque jour, elle succomba définitivement sous les murs de Savenay. Mais d'Elbée, Charrette, La Rochejaquelein , Marigny vivaient, et la République avait encore à compter avec eux. Tout n'était donc pas terminé. Et d'ailleurs la Chouannerie poussait son cri de guerre.

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