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CHAPITRE SEPTIEME

LA CHOUANNERIE DANS LE MAINE, 1813-1815 (suite). - LES VAUTOURS.

Sur bien des points , la pacification de 4 800 avait été factice, malgré tous les efforts de Napoléon , soit premier consul , soit empereur. La faute en incombe plutôt à ses agents , toujours trop zélés , qu'à lui-même. La conspiration de Georges Pichegru succédant à Texplosion de la machine infernale et à l'arrestation à ce sujet des priAcipaux chefs de la Chouannerie , Boarmont, d'Andigné, Tranquille, Arthur (de la Poterie), Suzannet, du Boisguy, Dupeyrat, la condamnation à mort de beaucoup d'autres, et mille autres faits que nous ne pouvons enregistrer ici, prouvaient à Napoléon et à ses ministres que le mal, quoiqu'à l'état latent, n'en était pas moins toujours redoutable.

L'excessive rigueur avec laquelle le pouvoir avait traité les Chouans depuis la pacification les avait décidés à se tenir prêts à la résistance , et même à attaquer au besoin. Une trentaine de Chouans , sous les ordres de Châteauneuf, dit Achille le Blond, ancien officier aux hussards de Choiseul, embusqués dans le bois de Quesnay, situé prés de Langannerie, entre Caen et Falaise, arrêtèrent la diligence d'Evreux et enlevèrent une somme de 40,000 francs appartenant à l'Etat.

Surpris bientôt par la gendarmerie , Châteauneuf et trois de ses complices furent condamnés à mort , et les autres à la prison seulement. L'année suivante, la complicité de M"»« Hély de Combray et de M™ Hacquaye, sa fille, ayant été prouvée, la première subit la peine de l'exposition à Rouen, la seconde fut guillotinée.

Vers la fin de 1812 ou au commencement de 1813, François Morin, de Voutré , royaliste convaincu et très-énergique , leva une troupe d'une trentaine d'hommes et tint la campagne de telle façon que le pouvoir promit 10,000 francs à quiconque le livrerait mort ou vif. Morin fut trahi , en effet, mais surpris dans une ferme, il se défendit avec tant de courage qu'il par- Tint à battre en retraite après avoir perdu plusieurs des siens.

Pour le vaincre, on eut recours aux négociations. Il s'y laissa prendre, et , chargé de fers avec douze de ses compagnons , il languit en prison comme eux, jusqu'à la Restauration. (1)

L*astre de Napoléon était à son déclin. M. Bernard de la FrégeoUiëre en profita bientôt pour user d'une liberté qu'il n'avait jamais engagée , et oi^niser deux compagnies de cent hommes , dont il donna le commandement à René Gottereau , de La Flèche , aussi brave capitaine qu'habile recruteur, qui s'était trouvé sous M. de la Motte-Mervé à l'affaire de Glermont, prés La Flèche, en 1799, au combat de Louverné contre la garnison et la garde nationale de Laval et à la sanglante affaire de FouUetourte (24 janvier 1 800) sous M. Bernard de la Frégeolliére. Le but de celui-ci était principalement de former un noyau servant de point d'appui et de réunion aux jeunes gens qu'on voulait envoyer à l'armée. Il voulait également empêcher les impôts de se percevoir et par ce moyen les conserver pour le roi, du retour duquel il ne voulait plus douter. Attendant le moment le plus favorable pour mettre en évidence ses deux compagnies , sous la dénomination de Nouveauuo^Nés , M. de la Frégeolliére ne couchait jamais dans la même maison et se retirait la plupart du temps dans les bois.

Les autorités , soit de Maine-et-Loire , soit de la Sarthe , eurent bientôt connaissance de cette tentative, et s'en émurent. Elles se mirent d'accord pour l'étouffer dans son germe.

L'Empereur, quoique abandonné par la victoire, régnait encore. Ces mêmes autorités ne remplissaient que leur devoir ; et d'ailleurs , qui pouvait prévoir ce qui adviendrait?

Le sous-préfet de La Flèche chercha à connaître la retraite ordinaire des Nouveaux-Nés déjà fort nombreux. Ceux-ci rencontrèrent sur la paroisse de Bazouges deux gardes-champêtres, qui avaient mission de les surveiller et dont ils n'avaient aucune raison de se méfier. Après avoir conversé ensemble, ils se séparèrent, et, pendant que l'un de ces gardes champêtres se rendait à la hâte à La Flèche pour prévenir le sous-préfet , l'autre les suivit de loin pour savoir où ces Nouveaux-Nés passeraient la nuit. Un renseignement oral nous donne lieu de croire que Tranquille était avec eux , prêt à les conduire et à les diriger dans une guerre que ce partisan connaissait si bien.

Le sous-préfet, ayant eu connaissance par le garde de la direction qu'ils avaient prise, fit rassembler la garde nationale , sous le commandement de l'imprimeur Voglet, et la gendarmerie, sous celui du lieutenant Pillerault, et alla avec elles à Crosmières , où il établit son quartier-général. Ayant conservé les gendarmes auprès de lui , il fit partir la garde nationale avec les deux gardes pour surprendre les Nouveaux-Nés dans le village, où ils

(l) Voir Chouannerie du Maine, Abbé Pauloaia. l^ volume.

étaient couchés ou occupés à faire leur soupe. On parvint à surprendre la première sentinelle et la troupe s'élança dans la première maison , où dix chouans se mettaient à souper.

Se voyant attaqués , ils se jetèrent sur la porte pour la barricader, mais déjà les gardes nationaux avaient mis leurs canons de fusil en travers. Us laissent alors forcer la porte, font une décharge qui abat quatre hommes, et la baïonnette en avant, parviennent à se faire jour et à rejoindre leurs camarades. Les gardes nationaux sont bientôt entourés et mis en pleine déroute.

M. le sous-préfet , apprenant bientôt par la direction du feu et les plus lestes des fuyards que les Nouveaux-Nés étaient restés maîtres du champ de bataille, expédia ordonnance sur ordonnance à La Flèche pour demander des secours. Mais ^ après avoir poursuivi leurs ennemis pendant une demi-lieue, les Nouveaux-Nés jugèrent prudent de revenir dans leur cantonnement provisoire. Dans cette affaire , il y eut huit gardes nationaux tués et sept blessés : les deux gardes champêtres furent trouvés morts au travers de la porte de la maison attaquée. Un seul nouveau-né perdit la vie; c'était le nommé Madelein, un des plus braves de la troupe. (4) Les morts et les blessés furent transportés à la Ghapelle-d'Aligné et remis aux soins du maire.

Ce môme jour, les Bleus de Sablé se rendirent aussi sur le point attaqué. Mais les Nouveaux-Nés n'y étaient plus et s'étaient retirés dans un bois pour s'y reposer. Le capitaine La Gaîté (Rosay) envoya chercher de l'eaude-vie qu'il distribua à sa troupe. Sept se grisèrent et allèrent s'endoimir à l'écart. Pendant ce temps , les Bleus étaient entrés dans le bois , et les Nouveaux-Nés ne se trouvant pas de force, tirent retraite à temps. Les sept dormeurs furent pris , chargés sur une charrette et conduits à La Flèche. En recouvrant leur raison, ils durent être bien péniblement étonnés de s'y trouver en prison.

Hais il fallait mettre la main sur le chef, M. B. de la Frégeollière. Le préfet d'Angers fit faire chez lui plusieurs visites domiciliaires , qui restèrent sans résultat. Cependant, irrité des procédés de ceux qui avaient été chargés de cette mission, ayant appris à Durtal que l'empereur était en pleine retraite et poursuivi à outrance par les armées alliées, il résolut d'aller trouver le préfet d'Angers dans son cabinet. Cet acte ne manquait pas de hardiesse, il l'accomplit malgré les supplications de tout son entourage. Le maire de sa commune , M. Lapatriére, voulut l'accompagner, quand il le vit aussi décidé.

(1) Le cadavre de Madelein fut apporté à La Flèche et exposé dans la prison pendant plusieurs jours. Personne de sa famille ne vint le réclamer, comme on l'espérait. Le réfraclaire pris étant en sentinelle marchait derrière la charrette , garotté.

Le premier mot du préfet, M. Hélie-d*Oissel , fut celui-ci : t Est-ce vous € qui ôtes le chef des Nouveaux-Nés? » — t Oui, répondit M. de la Fré- € geollière, et j'ajoute que vos agents se sont conduits chez moi de la ma- € niëre la plus grossière. » D'accusé , le vieux et intrépide chouan se faisait accusateur. Dans le cours de la conversation, il fut question de Tranquille , et , ne connaissant pas le caractère chevaleresque de son interlocuteur, le préfet s'oublia à ce point de lui promettre la faveur de l'empereur s'il l'aidait à arrêter cet incorrigible partisan. Enfin , impressionné de la réponse qui lui fut faite, ce préfet, qui sentait que son pouvoir ne serait pas de longue durée , congédia M. de la Frégeollière sans prendre contre lui aucune mesure de rigueur.

Arrivé chez lui , il trouva une lettre de M. de Chamme , qui le prévenait que la procédure contre les sept nouveaux-nés, qui s'étaient laissés prendre, était terminée. Le lendemain , M. de la Frégeollière était à La Flèche et trouvait chez M. de Chamme M. d'Estaigne, qui lui annonça que les alliés n'étaient plus qu'à vingt lieues de Paris et que le comte d'Artois 1^ accompagnait.

M. de la Frégeollière n'était jamais long à prendre un parti. II fut immédiatement descendre à La Levrette, en pleine rue Basse, auprès de la maison où logeait Bourdin , l'ancien chef de bataillon de Chouans , auquel il fit part de son intention de faire mettre en liberté les sept nouveaux-nés , qui allaient comparaître au Mans devant une commission militaire. Trois cocardes blanches furent confectionnées par une marchande , et Bourdin , M. de Chamme et M. de la Frégeollière les piquèrent à leurs chapeaux. Le premier alla de suite prévenir ses anciens affidés pour soutenir au besoin leur ancien chef, pendant que celui-ci se rendait chez M. de la Bonillerie, maire de La Flèche, et au fond du cœur très-bon royaliste. Presqu'an même moment arriva le sous-préfet , qui fut plus qu'étonné et de voir H. de la Frégeollière devant lui et de la demande qu'il lui fît de mettre immédiatement ses hommes en liberté. Le débat fut très-vif et sans résultat. Enfin , par les soins de M. de la Bouillerie , les sept nouveaux-nés furent mis en liberté et M. de la Frégeollière montait à cheval , cocarde blanche au chapeau, et retournait chez lui sans avoir rencontré un opposant ou un insulteur.

Quelques jours après , le comte d'Artois entrait à Paris.

Le roi récompensa les services si continus de M. Bernard de la Frégeollière par le brevet de colonel et les croix de Saint-Louis et de la Légion d'honneur.

Quelle opinion peut exprimer l'écrivain consciencieux sur ces levées de révoltés , allant au premier appel de leurs chefs reprendre leur place dans leurs divisions , y retrouvant leurs capitaines et lieutenants , abandonnant comme eux leurs foyers, leurs femmes et leurs enfants pour vivre de la vie du proscrit?

Nous savons que ce fut le paysan vendéen qui saisit ses armes pour défendre ses vieux us et coutumes , ses églises et ses prêtres : ils obligèrent lears seigneurs à les diriger dans le combat , et ces mômes seigneurs finirent par choisir au milieu d'eux leur général en chef, Cathelineau, le Saint de TAnjou. La Chouannerie fut comme une émanation de. la Vendée, opérant sur un autre terrain , par troupes divisées et peu nombreuses au début, mais à la fin et à la seconde reprise d'armes devenant une véritable armée belligérante.

Ce qui amena le plus grand nombre d'hommes sous ces drapeaux , ce fut moins le sentiment royaliste que cette situation d'une nation mise en coupe réglée par la volonté d'un seul homme, ce fut cette terreur d'un nouveau genre appelée la Conscription. Sait-on le total des appels faits et des levées décrétées en quinze mois sur la fin du premier Empire? le total est de 4,327,000 hommes. Combien de ceux-là vivaient-ils en 4845?

Enfin, Napoléon, vaincu, signa son abdication le 44 avril 4844 et parlil^ pour rUe d'Elbe, dont les souverains alliés lui avaient assuré la souveraineté avec S millions de revenu. C'était un beau sort pour quiconque , mais peu de chose pour celui qui avait, pour ainsi dire, tenu l'Europe dans sa main. Aussi le ^•^ mars il remettait le pied sur le territoire français, et, favorisé par le prestige de son nom et des défections successives , il entra à Paris presqu'au même moment où Louis XVIII sortait des Tuileries pour se retirer à Gand.

A la nouvelle des événements du 20 mars 4845, les provinces de l'Ouest s'émurent ; les anciens royalistes préparèrent leurs armes , en attendant les ordres du roi, qui ne tardèrent pas à leur parvenir.

U^r le duc de Bourbon , ayant reçu de Louis XVIII le commandement des provinces de l'Ouest, se rendit d'abord au collège de La Flèche, d'où il envoya M. le chevalier de Sourdon , alors administrateur de cette maison militaire, (4) à M. de la Frégeollière pour le mander de suite auprès de lui. Malade , celui-ci ne put partir que le lendemain matin et ne trouva plus le prince à l'école militaire, dont le chef, M. de Chauvigny, était nommé général de l'avant-garde; le colonel, commandant de l'infanterie, et luimême de la cavalerie. Ainsi composé , ce corps devait se rendre directement an camp de Blois. Chaque maire devait ouvrir un registre pour y inscrire les noms de tous les hommes de bonne volonté. Ceci se passait avant le départ du roi de Paris et pendant la marche de Napoléon au travers de la France.

Ces dispositions se trouvèrent en partie changées par les succès de Napoléon et le départ de Paris du roi , qui ordonnait au duc de Bourbon de quit-

(1) M. de Soardon, ancien officier an régiment d*Aavergne, est mort à La Floche en 1836.

432 LA FLiCHK DEPUIS 1789.

ter la France. Mais M. de Cliaiivigny et M. de la Frégeolliére enlevèrent toutes les armes et la poudre qui se trouvaient au collège pour les diriger sur Angers et la Vendée.

Mff le duc de Bourbon délégua ses pouvoirs aux différents chefs royalistes et désigna M. le chevalier d'Andigné, maréchal de camp, pour commander en chef Tarmée royale de la rive droite de la Loire. M. le chevalier d'Andigné envoya des émissaires à ceux qui avaient eu des commandements dans Tancienne guerre et se tenaient prêts avec leurs troupes à se mettre en marche au premier signal. Nous savons que M. B. de la Frégeolliére se rendit auprès du commandant en chef et qu'il lui rendit compte de tout ce qui avait déjà été effectué, en lui donnant son avis sur ce qui restait à faire. En conséquence , il reçut tous ses pouvoirs comme clief d'une division , et ne s'occupa plus que du soin de la former. Il trouva chez le marquis de Goislin , qui allait prendre le commandement de l'armée royale dans le Morbihan, tous les anciens capitaines qui avaient déjà servi sous ses ordres ; et après les avoir consultés sur le choix du chef de légion , ils acceptèrent M. le vicomte de Beaumont, habitant le château de la Rochejaquelein, aux environs de Daumeray.

Le jour de la prise d'armes et de l'entrée en campagne fut fixé par M. le chevalier d'Andigné au 22 mars. Déjà les nouvelles autorités nommées par l'empereur agissaient et réunissaient des troupes auprès des lieux les plus menacés.

M. B. de la Frégeolliére, après avoir couché chez M. Le Bret, à la Potardière, et dîné aux Gringuenières , chez M. de Beauchamp^ se rendit chez M. de Beaumont, où il trouva toute sa légion réunie. Ce même jour venait d'arriver à la Rochejaquelein M. d'Ambrugeac, étranger au pays, et que M. le chevalier d'Andigné avait délégué dans le Maine pour y commande au nom du roi.

C'était une faute , car M. B. de la Frégeolliére avait reçu pour cette partie, dans l'Anjou et dans le département de la Sarthe, des pouvoirs bien antérieurs. Tranquille y dirigeait la Chouannerie depuis près de trente ans. Il engagea donc M. d'Ambrugeac à se rendre près de Tranquille en lui promettant de l'y accompagner. Ils trouvèrent ce chef à Arthezé avec 80 hommes, et M. de la Frégeolliére retourna dans son pays , refoulant dans les villes toutes les troupes qui tenaient les campagnes.

Il avait donné l'ordre à M. de Beaumont, avant de le quitter, d'oi^aniser la ^^ légion le plus tôt possible. M. Bory, ancien capitaine vendéen, fot nommé chef du 4*' bataillon, composé des compagnies Basile, Lebrun, Baudrier, et, depuis, d'une compagnie de grenadiers; le 2"* bataillon devait être commandé par le chevalier de Gastines, garde-du-corps du roi, et être composé de la compagnie de Tiercé et Briolay et de celles que l'on savait être formée vers Précigné et la Chapelle-d'Aligné. |

Le 24 mai au soir, M. de Beaumont reçut Tordre de se trouver le lendemain 82, à 40 heures du soir, au bas de Ghauffour-sur-Ie-Loir, avec 40 hommes armés ; il prévint MM. de Gàstines frères de se rendre à la Roche avant 9 heures avec les hommes qu'ils pourraient réunir; il en fit autant poor M. Bory et les capitaines de son bataillon.

Le 2S mai, à 9 heures 4/â du soir, MM. de Gàstines n'étant pas arrivés, M. de Beaumont partit avec MM. Benoist frères , Gaspard de Chateaubriand» garde du corps , Victor Destriché , le sieur Salle , sous-lieutenant, avec eaviron 30 hommes ; ils se rendirent à Chauffour où ils trouvèrent H. d'Ambrugeac , qu'ils conduisirent à la Rochejaquelein.

Cependant MM. de Gàstines, avec M. de Maussabré, le sieur Luxembourg et environ 25 hommes étaient arrivés chez M. de Beaumont une demiheure après son départ ; ils voulurent aller au-devant du généra) , conduits par M. Eugène de Beaumont; ces messieurs prirent un chemin différent et ne retrouvèrent M. d'Ambrugeac qu'à la Roche. La réunion était alors de K5 à 60 hommes. On attendait encore le chef de bataillon Bory avec les compagnies Lebrun et Baudrier, lorsque le 23 au matin on crut entendre sonner le tocsin.

Le général trouvant sa petite armée trop insignifiante et trop faible levant les forces qui pourraient l'attaquer, voulut alors la licencier. Mais H. de Beaumont et plusieurs autres officiers lui firent comprendre qu'il n'y ivait plus à reculer, qu'il fallait tenir la campagne et chouanner; le Senne* lais, petit pays situé auprès de Baracé et du château de la Bennerie étant très-propre à ce genre de guerre. Le général comprit que les compagnies se formeraient ainsi au fur et à mesure, que ce genre de combattre différait essentiellement des autres ; il suivit donc l'avis qu'on lui donnait et se rendit chez le capitaine Basile avec 50 hommes.

MM. de Beaumont, Benoist, Chateaubriand et Destriché attendirent à la Roche les compagnies auxquelles ils avaient donné rendez-vous , désaraèrent dès le soir les communes d'Huilié , de Baracé, de Daumeray et se rendirent le 24, avec environ 70 hommes, auprès du général. MM. de iastines avaient pu porter leur compagnie à 40 hommes , celle de Basile en lomptait le même nombre. La légion de Beaumont se trouva alors de 450 lommes, avec lesquels le général se rendit le 24 au soir au château de la lennerie, chez M. le marquis de Coislin ; il y séjourna le 25 et le 26. C'est 1 que M. B. de la FrégeoUière vint le trouver, comme nous l'avons dit Aas haut, et retourna le lendemain chez lui pour y donner des rdres.

Le 27 mai, le général d'Ambrugeac résolut de se rendre à Morannes; on artit vers huit heures, la légion de Beaumont comptant environ 200 lommes , et l'on apprit en route qu'une troupe de gendarmes se portait gaiement sur le même point, mais qu'ayant eu avis de l'arrivée des

Royalistes, elle ne s'était pas arrêtée et avait passé la Sarthe, se dirigeant sur Château-Neuf.

Le général entra donc à Morannes, le 27 au soir, sans y rencontrer de résistance ; on y apprit que la division GauUier était à Ghemiré , sur la rive droite de la Sarthe. Le général fit donner avis à ce chef de division de soa arrivée à Morannes, où une compagnie et plusieurs officiers de cette même division vinrent coucher.

Le lendemain , la division GauUier, forte de quatre à cinq cents hommes, arriva à Morannes ; H. B. de la FrégeoUiére vint prendre le commandement de la sienne. On désamia la ville; les impôts furent perçus au nom du roi et Ton put payer ainsi les soldats qui, dès le début de la campagne, l'avaient été aux frais des officiers , ainsi que les vivres fournis par la habitants.

M. Pion-Noirie vint annoncer qu'il avait levé deux compagnies qui n'attendaient que Tordre de rejoindre.

Le général d'Ambnigeac, voyant six ou sept cents hommes réunis autour de lui, crut pouvoir les garder sous son commandement; il eut, à cette occasion, des discussions assez vives avec M. de Champagne, major de la division Gaullier, et M. Gaultier lui-même; ces deux messieurs ne voulant pas reconnaître le général d'Ambrugeac pour leur chef.

Cependant M. Gaullier consentit à l'accompagner à Précigné, où l'on se rendit le 29, sans y rencontrer d'opposition. On sut que Sablé était alors occupé par 300 hommes de la troupe de ligne, retranchés dans le château, inaccessible du côté de la ville et très-facile à défendre. L'ordre fut adressé au capitaines Brichet et Daillëre de lever leurs compagnies et de rejoindre dans le plus bref délai la légion de Beaumont. Vers 40 heures du matin, le 89, on apprit que la garnison de Sablé se disposait à faire une sortie et à se porter sur Précigné , qu'on avait eu le soin de désarmer. Le général fit battre le rappel et les Royalistes se dirigèrent sur Sablé en prenant U route qu'on avait indiquée comme celle prise par l'ennemi , qu'on n'y rencontra pas.

Arrivé à une lieue de Sablé , le général assembla les chefs de division (A leur demanda s'ils voulaient attaquer la ville. Ceux-ci , convaincus que cette entreprise se résoudrait par un échec propre à décourager dès le débat leurs jeunes soldats, s'y refusèrent. On renonça donc à cette attaque. MM. d'Ambrugeac et Gaullier se séparèrent fort mécontents l'un de l'autre; le premier se rendit à la Chapelle-d'Aligné, au ch&teau des Gringuenières, chez M. Richard de Beauchamp , où il fut rejoint par 80 hommes du bataillon Simon.

M. d'Ambrugeac voyant que ses pouvoirs étaient peu reconnus dans l'Anjou, que les chefs de division pouvaient devenir, avec une certaioe raison , de plus en plus récalcitrants , tenait toujours à recruter son année

dans le Maine plutôt qu'ailleurs. Il déclara donc à MM. de la Frégeolliére et de Beaumont qu'il allait rejoindre la division du général Tranquille qu'il croyait très-forte en nombre. Ceux-ci cherchèrent en vain à l'en dissuader et lui objectèrent que n'ayant encore que 200 hommes, la légion de Beaumont était très-incomplète et qu'il fallait profiter pour la recruter de la bonne disposition des habitants du pays. Mais le général , sans avoir égard à leur avis, se porta le 31 mai sur Crosmières , puis à Vilaines, et enfin sur Artbezé. Il établit son quartier général chez M. Pion père. Ce fut là qu'il nomma M. Pion-Noirie major de la légion de Beaumont , à laquelle il adjoignit les compagnies Cottereau et Bonnalair qui avaient été levées et payées par cet ofBcier dés la fin d'avril.

M. B. de la Frégeolliére s'occupait encore du recrutement de sa division devenu très-difficile par suite des efforts incessants de M. L'Official , souspréfet impérial.

MM. de Maussabré et le chevalier de Gastines restèrent avec le général, qui garda le bataillon Simon.

La division B. de la Frégeolliére se rendit le 2 et le 3 juin au château de la Besnerie, où elle se reposa le 4. On envoya les capitaines avec une partie de lenrs compagnies se recruter séparément. M. B. de la Frégeolliére resta au château de la Besnerie avec 60 hommes et apprenant qu'une forte colonne de gendarmes se portait sur Tiercé et Montreuil , il se rendit au Grip, près de Saint-Germain, et revint le 5 au matin au château de la Rochejaquelein, ou il reçut l'ordre du général d'Ambrugeac de se trouver le 7 au matin près de la Chapelle-d'Aligné. Il fallut donner l'ordre aux capitaines de réunir leurs compagnies , ce qui devenait de plus en plus difficile en raison des patrouilles multipliées de la gendarmerie.

Les capitaines avaient donc peu recruté; cependant les compagnies Bridiet et Daillère ayant rejoint , la division se composait de 280 hommes , lans compter les compagnies Cottereau et Bonnalais et les hommes restés ivec le chevalier de Gastines.

La division B. de la Frégeolliére coucha à Saint-Germain le 6 juin , se rendit au château de la Motte, près de la Chapelle-d'Aligné, de là, le 7 au natin, à la Bouillerie, où M. B. de la Frégeolliére reçut, vers 2 heures, 'ordre de se trouver le 8 , à la pointe du jour, au château de Clermont- Sallerande pour y attendre une nouvelle destination. Ce chef n'acceptait in'avec répugnance l'autorité de M. d'Ambrugeac; mais d'un côté, dans sa )ensée, le service du roi devait passer avant tout, puis la suite des événenents l'avaient amené dans la Sarthe , où les pouvoirs donnés au général )ar M. d'Andigné se trouvaient circonscrits.

Tout indiquait ensuite que le premier n'agissait plus que d'après ses propres impulsions et n'avait plus aucun rapport direct ou de déférence ivec le second. M. B. de la Frégeolliére se rendit donc avec sa division au

poste momentané qui lui avait été assigné. Pendant ce temps , le générai d*Ambrugeac avait eu, le 3 juin, une affaire au Point-du-Jour, dans les environs de FouUetourte, et peu éloigné du lieu où, le 3 mai, des gendarmes de La Flèche avaient eu dans la forêt de Courcelles une rencontre avec les Royalistes.

Le brigadier Carpentier avait été envoyé le même jour faire une reconnaissance dans la commune de Courcelles avec un détachement de gendarmes. Cette commune s'était toujours montrée très-dévouée à la famille des Bourbons , et une partie de la population prit part à Tinsurrectioa royaliste. On soupçonnait qu'un corps de Chouans se cachait dans la forêt attenante au château du marquis de Chamillart.

Carpentier et ses hommes marchaient dans l'allée de cette forêt, bordée d'énormes chênes, quand une fusillade éclata. Dès les premiers coups, Carpentier tomba mortellement blessé avec plusieurs des siens. Ils furent transportés à Courcelles , et leur chef expira après avoir fait brûler devant lui des dépêches dont le contenu est resté inconnu. Un de ses compagnons avait à la bouche un bouquet de violettes (signe de reconnaissance des Impérialistes), qui fut coupé en deux par une balle. L'homme tomba raide mort Un troisième, blessé à la cuisse, mourut des suites de l'amputation.

Le général d'Âmbrugeac, réuni alors avec Tranquille, qui était à la télé d'une imposante légion, put agir de concert avec son collègue, que la Restauration avait élevé au grade de maréchal de camp et anobli. Cet audacieux partisan avait sous ses ordres MM. de Sainte-Croix , Le Bret, da Morand père et fils, de la Porte, Pion-Noirie, Bignon, Renou, Brion, de Sourdon, etc., etc..

Ces deux chefs furent donc informés que trois malles , protégées par une escorte de 400 hommes, devaient, le 3 juin, passer près de Courcelles aa lien d\i le Point-dvb^Jour ; ils résolurent de s'en emparer et firent leurs dispositions en conséquence. Quand les éclaireurs de cette escorte ne furent plus qu'à cinquante pas, M. de Maussabré s'avança et cria : c Qui vive? > -^ € Français, fut-il répondu. » — c Quels Français, dit M. de Maussa- € bré ? » — « Français de l'Empereur. » — t En ce cas , messieurs , tim € ou criez : Vive le Roi I >

Le feu commença. Après une vive fusillade , cinquante royalistes à cheval fondirent sur la cavalerie de l'escorte , la mirent en déroute et la titeU se replier sur l'infanterie , qui , elle-même , reprit promptement la roate du Mans , abandonnant sur le terrain ses morts et ses blessés.

Ce fut après ce combat qu'on décida qu'un coup de main serait exécuté sur la ville du Lude, et qu'on transmettrait à M. B. de la FrégeoUière , qu n'avait pas quitté ses quartiers , l'invitation de venir se joindre au corps de MM. d'Ambrugeac et Tranquille , qui se trouverait ainsi porté au nombre de mille hommes.

Le plan que le général d'Ambrageac paraissait vouloir suivre était de s'emparer du Lude, de Baugé , de Durtal, et de couper les communications par la grande route de Paris à Angers. Ce plan était aussi sage que logique, en ce qa'il facilitait les moyens de correspondance avec le général d'Andigné par la division Gaullier, avec la Touraine , dont un grand nombre d'habitants se montraient fort disposés & prendre les armes. Mais le général n'avait d'autre but que de rester seul maître dans le Maine , et qu'il n'y ht pas reconnu d'autre autorité que la sienne. Ce que lui déniaient MM. Gaullier, de la Frégeolliëre et autres.

H. B. de la Frégeolliére , instruit de la marche de M. d'Ambrageac et arrivé le premier & Luché , s'empara immédiatement du pont et de toutes tes issnes , afln de rester maître des deux rives du Loir et que personne ne put communiquer avec le Lude. Il écrivit de suite à son fils pour qu'il Tint Ty trouver avec ses camarades; celui-ci y arriva avec trois officiers, et lui fit connaître les difficultés d'organiser les royalistes dans l'arrondissement de Baugé , que pour le rejoindre et échapper aux poursuites de la gendarmerie ils avaient dû venir au travers des bois , que le chef de légion de Lanoue s'était retiré dans la forêt du Mélinais avec plusieurs capitaines après la prise du capitaine Potterie, qui avait été conduit à Angers, et qa'enfin la levée de la légion de Baugé ne pourrait s'effectuer qu'autant que l'armée royale occuperait le pays.

M. d'Ambrageac et les siens arrivèrent à Luché peu de moments après M. de la Frégeolliére; le général convoqua chez le curé un conseil de guerre. M. de la Frégeolliëre demanda à ce qu'aucune décision ne fut prise att sujet de cette opération avant qu'on ne se fût informé s'il y avait des troupes au Lude , si on avait fortifié les issues , et si , enfin , on y avait connaissance de la marche des Royalistes. Le conseil fut donc suspendu, Bt il fut envoyé un émissaire à M"« Amélon , qui répondit qu'il n'y avait pas de troupe de ligne dans la ville , mais seulement de la garde nationale, lui ne ferait pas la moindre résistance, que cependant il n'en serait pas le même probablement si elle se faisait remplacer p^r des faubouriens , lue les fortifications consistaient en des barriques remplies de sable, qu'on s'en placerait devant les portes que le lendemain, et qu'enfin on n'avait lucune connaissance de la marche des Royalistes.

D'après ces renseignements , l'attaque du Lude fut résolue et il fut décidé lu'aussitôt la ville prise et désarmée, on marcherait sur Baugé, afin de nettre M. L'Offlcial à la raison et organiser la légion de Lanoue. C'était ('ailleurs la condition implicite qui avait décidé M. B. de la Frégeolliére à combattre sous les ordres de M. d'Ambrugeac.

Le 9 juin, avant le jour, le général ayant donné l'ordre du départ, les divisions se mirent en marche se dirigeant sur le Lude. A une demi-lieue de la ville, le général détacha dix à douze officiers à cheval, en leur don-

nant l'ordre de se rendre maîtres du pont sur le Loir ; ce qu'ils Qrent après avoir traversé la ville au galop. Réveillés par le bruit , les fédérés coururent aux armes, occupèrent tous les postes qu'ils avaient retranchés auparavant et s'embusquèrent dans les maisons. Les cavaliers étaient soutenus par cent hommes d'avant-garde, commandés par le chef de bataillon Bory et le capitaine Baudrier; M. B. de la FrégeoUière commandait le gros delà troupe , M. d'Ambrugeac était à Tavant-garde et Tranquille avec l'arrièregarde.

Les fédérés firent feu sur Tavant-garde , un soldat fut tué ; le capitaine Baudrier reçut une balle dans l'œil , et bientôt fut atteint de nouveau sans qu'il cessât d'avancer et d'encourager ses hommes. Mais bientôt se sentant défaillir, il défit sa ceinture qui renfermait le prêt de sa compagnie et la remit au sergent-major. Puis, s'appuyant sur une borne, il joignit les mains , adressa au Ciel une dernière prière et expira après avoir reçu des soins affectueux de M. B. de la FrégeoUière et de M^^ Leroy, du Lude. M. Bory avait reçu une balle dans l'épaule ; plusieurs autres officiers furent blessés , ainsi que quelques soldats ; le capitaine Guillemau , de la légion Morant , eut une jambe cassée.

Quelques maisons, des fenêtres desquelles on avait tiré avec le plus d'acharnement, furent mises au pillage; le général força les habitants à en sortir et les conduisit avec les deux divisions hors de la ville , sur la rive droite du Loir. Il ne laissa dans le Lude que quelques compagnies pour désarmer la ville, abattre les retranchements et combler les fossés. U parait que M. B. de la FrégeoUière eut une vive discussion avec le général pour l'empêcher de brûler le Lude , qu'il voulait traiter comme une ville prise d'assaut. Il s'opposa vainement à ce qu'il emmenât avec lui une vingtaine d'otages, dont faisait partie les gendarmes.

Vers 4 heures du soir, M. d'Ambrugeac ne voulant pas rester au Lude, donna l'ordre du départ sans faire connaître ses projets. La colonne partit donc et arriva le soir au château de Fay, commune de Hansigné, appartenant à M. Joseph d'Andignë , qui mit toute sa maison à la disposition de ses hôtes , tandis que M^^^» d'Andigné et sa fille (depuis M"» la baronne de Fontenay) étaient occupées à soigner les blessés. Quant aux otages, ils durent leur liberté à l'initiative de M. de la FrégeoUière. Le général n'osa pas s'opposer à cet acte d'humanité. C'était, d'aiUeurs, pour lui un grand embarras de moins. (1)

(1) Certificat du Maire du Lude,

« Nous soussigné, maire de la rille du Lude, arrondissement de La Flèche, départeneot « de la Sarlhe, certifions à tous ceux qu*il appartiendra que M. Henri-René-Bernard deU « FrégeoUière , qui commandait une division , lors de la dernière occupation de celte rille « par Tarmée royale, au mois de juin 1815, 6*y est conduit comme un brave et loyal mili- « taire, même qu'il a rendu les plus grands services aux habitants, ainsi qn*aii« otaga < wnduits au cMteau de Fay, qu'il a fait mettre en liberté.

Le général d'Âmbrugeac, peu aa fait des us de la Chouannerie, ne comprenait pas que lorsqu'une colonne ennemie cherchail à le rencontrer, il fallait non fuir devant elle, mais s'embusquer, prendre d'aTance l'avantage du terrain et lui faire éprouver des pertes sensibles sans être atteint par son feu. Ayant reçu avis que l'ennemi cherchait à le couper, il changea de projet, sans autre information plus sûre, fit prendre à sa troupe des chemins détournés et tortueux où , les charettes ne pouvant passer, il fallut laisser les blessés dans une ferme avec une quantité d'effets et d'étoffes réservées pour habiller les soldats, si la guerre venait à se prolonger. Le chef de bataillon Bory put seul suivre à cheval.

La colonne se remit en marche après ces dispositions prises, traversa la route du Mans près de Clermont et, le 12, se dirigea vers la Garenne des Cerfs, appartenant alors à M. le comte de Choiseul , et la traversa pendant la nuit. Elle arriva enfin au Bailleul , où les soldats , harassés de fatigue et ne comprenant plus ce qu'on voulait d'eux , demandèrent à se reposer et à reprendre haleine. Le général s'y opposa, et, sans vouloir entendre aucune des observations très-sensées qui lui furent présentées par des officiers qui araient fait les anciennes guerres et savaient jusqu'où pouvaient aller les exigences vis-à-vis de pareils soldats , il donna Tordre de reprendre la marche.

Le 13 juin, plusieurs jeunes gens de La Flèche vinrent joindre l'armée, MM. de Kermel frères et M. Basteau, MM. Cormier et Marçais, de Sablé; H. François de Kermel fut blessé grièvement un peu plus tard, pendant Fane des marches de nuit du général d'Ambrugeac, au bourg de Jupilles, qu'il traversait la nuit avec des Royalistes.

Un volet d'un rez-de-chaussée fut ouvert tout à coup, et il fut tiré deux coups de fusil qui atteignirent M. de Kermel au ventre. Il fut porté de suite à Ecommoy, chez M. Germain, médecin de ce lieu, qui lui donna les soins les plus assidus^ ainsi que M. Renou , notre vieux médecin et ami de l'école militaire. Placé après la guerre dans un régiment de ligne avec son frère Joseph , il fut pour ce fait décoré en 1818.

Le 13 juin, la petite armée prit la route de Parce et arriva au bord de la Sarthe. Le général s'établit au château de Dobert. Ce fut là que le 15 il forma nne compagnie à laquelle il donna le nom de compagnie générale. Il promettait le grade et la paye de sergent à tout homme qui consentirait à y entrer, et immédiatement la somme de 12 francs. Cette formation insolite devait amener une rupture entre M. d'Ambrugeac et M. B. de la Frégeollière, d'autant plus que la compagnie de Tiercé, qui y avait passé tout entière, était sous les ordres de celui-ci.

« Ed foi de qaoi, nous avons délivré le présent, à la Mairie da Lude, le 30 novembre

« Le Ballecr. n

M, de la FrégeolUëre partit donc à ce moment, suivi de MM. de Beaumont et Benoit, avec vingt-cinq soldats qui ne s'étaient pa.s laissé tenter. Mais M. d'Ambrugeac retint les compagnies de Gastines , Cottereau et Bonnehûr, sans vouloir permettre à M. Renou jeune , chirurgien , de suivre la division qui avait plusieurs blessés.

De retour sur son terrain de guerre, M. de la Frégeolliére se plaignit à M. d'Andigné , que seul il considérait comme son chef. Le général d'Andigné répondit ce qui suit :

« Monsieur, « J'approuve fort la conduite sage que vous avez tenue dans un moment « aussi difficile. Tout autre moyen, entre royalistes, eut compromis la < cause que nous défendons et réjoui nos ennemis. Lorsque j*al donné le « commandement de la Sarthe & M. d'Ambrugeac, je n'avais ajouté le^ « départements circonvoisîns que sur l'assurance qu'il m'avait donnée de « pouvoir servir la cause du Roi dans les départements d'Indre-et-Loire et « Loir-et-Cher; mais je n'avais jamais compté qu'il voulut étendre son « autorité dans le département de Maine-et-Loire, où il y a des chefs « connus et dont l'expérience promettait des succès ; si j'ai souffert jusqu'à « ce jour qu'il prit le commandement d'une partie du département de « Maine-et-Loire, c'est que j'ai cru que cela vous était agréable ainsi qu'à « tous les officiers qui résident dans cette môme partie. Votre lettre et les « représentations de ces messieurs m'apprenant le contraire , je vous auto- « rise, Monsieur, à vous séparer de M. d'Ambrugeac et à commander en

€ chef tout ce que vous avez dans le département de Maine-et-Loire i

« Le chevalier d'Andign^. »

Cette lettre était motivée surtout par la démarche que firent, le 46, NH. de Beaumont, Pion-Noirie, Henri Bernard et Denis Benoit auprès de M. le général d'Andigné, qui, ce même jour, était au château des Rues, sur la rive gauche de la Mayenne, attendant avec une division de plus de 4 500 hommes et un nombreux état-major. Ces messieurs rendirent compte au général de leurs sujets de mécontentement vis-à-vis de M. d'Ambrugeac. Le général leur répondit qu'il n'avait jamais eu la pensée de mettre la division de la Frégeolliére sous ses ordres; il les engagea à tenir le pays, à empêcher le recouvrement des impôts, à ne point exposer inutilement leurs hommes à cause du manque de munitions. Il ajouta qu'on lui avait proposé un accommodement, mais qu'il était décidé à tenir jusqu'au dernier moment.

Ces messieurs rejoignirent la division de M. B. de la Frégeolliére auqael ils rendirent compte du résultat de leur voyage et qui en avisa immédiatement le général d'Ambrugeac.

Comme on devait bien s'y attendre, M. d'Ambrugeac eut bientôt à se

LA CHOUABTNERIE » 48)3-4815. 444

repentir d*aToir enlevé à M. B. de la Frégeolliëre une grande partie de ses hoDiBies.

Le 47, ce qui restait de la division B. de la Frégeolliëre s'était rendu à ïorannes ; ce fut là où plusieurs compagnies la rejoignirent. Le bataillon Cottereau ,* tambour battant et drapeau déployé , vint rejoindre ses anciens chefs; la compagnie de Tiercé déserta partiellement et, pour deux officiers , devenus aides-de-camp de M. d'Ambrugeac, qu'il avait perdus, M. de la Frégeolliëre eut & en incorporer six autres qui quittèrent le général; furieux de cet échec , celui-ci convoqua un conseil de guerre qui , pour désertion, condamna à mort le chef de bataillon. Cet incident n'eut aucune suite lâcheuse pour cet officier.

En quittant M. d'Ambrugeac, M. B. de la Frégeolliëre s'était rendu & un appel qui lui avait été fait par M. Gaullier, qui était cantonné à Martigné et avait eu quelques jours auparavant une affaire assez vive à Champigné, où H. de Champagne fut tué. Le 48, il y eut une alerte sans résultats provenant d'une sortie de la garnison de Sablé unie aux Fédérés et de sa présence à Morannes. Un paysan fut massacré par les Impérialistes, un autre enmené. Le 49, la division rentra à Morannes et se rendit le soir à Miré. Elle se porta ensuite à Saint-Laurent pour venir en aide à M. Gaullier, qu*on disait attaqué par une colonne venant d'Angers. La nouvelle s'étant trouvée fausse, on se dirigea sur Argenton et la Sionniëre, chez M. de Quatrebarbes , et, le SSl et le S3, on fit jonction avec la légion Pontfarcy, à Heslay.

Le 23 , M. B. de la Frégeolliëre apprit que le maire de Morannes avait reçu l'ordre de faire descendre à Châteauneuf les bateaux de la Sarthe ; il fit alors partir la division qui arriva le soir à Chemiré , où on arrêta les bateaux que l'on fit garder.

Le 24 , la division se trouva au complet à Morannes ; son chef reçut une lettre de M. Gaullier, lui annonçant qu'un bateau chargé d'armes et de munitions devait être envoyé d'Angers à Châteauneuf et qu'une colonne venant par Briolay devait en protéger le débarquement. Les mesures militaires prises à ce sujet furent inutiles ; les bateaux étaient venus à vide. La division se rendit au château du Plessis de Chivré , et , en route , rencontra huit soldats qui annoncèrent la déroute à Waterloo de l'armée impérialiste.

Le 25 et le 26, elle était à Douce et à Daumeray, venant d'Etriché.

Le 27, M. B. de la Frégeolliëre crut devoir prendre ses cantonnements â Morannes ; chaque jour les compagnies se recrutaient ; la légion était alors de 500 hommes; elle prit une organisation plus régulière; les soldats furent exercés au maniement des armes et aux différentes manœuvres qu'on n'avait pas pu leur apprendre jusque-là. On désarma quelques communes qui ne l'avaient pas encore été.

Le 4 «r juillet, la division étant à Soucelles, une colonne mobile venant d'Angers passa le Loir, mais revint promptement snr ses pas , en apprenant la présence des Royalistes dans le canton.

Le 2, M. B. de la FrégeoUière se rendit à Morannes ; il y reçnt une lettre de M. d'Ambrugeac, alors à Brûlon , Ini signifiant que la veille il avait signé une suspension d'armes avec le général Mocquery. (4)

(1) Convention mtre U général comte d'Àmbrugeac et le général Mocquery.

« Noas soussignés, Toalant concoarir, en ce qni nous concerne, à assnrer la tranqoiliité du département de la Sarthe, et à y arrêter reffasion du sang, sommes convenus, sous notre parole d'honneur, de ce qui suit, comme condition d'une conrention militaire :

« Article premier. — Toute hostilité et toute agression seront, dès ce moment, suspendues de part et d'autre , dans le département de la Sarthe , entre les différents corps de troupes, sous quelque nom que ce soit, qui s'y trouvent.

« Art. 2. — Si, de l'un ou de l'autre côté, on croyait deroir recommencer les hostilités, on s'en prériendrait au moins quarante-huit heures d'ayance, par une notification écrite et adressée h chacun des commandants en chef des troupes respectives. « Art. 3. — Les troupes de M. le général d'Ambrugeac, sur le territoire do la Sarthe, se tiendront réunies on dispersées, au gré de leur chef, dans les communes de BrOlon, Viré, Avessé, Poillé, Chantenay, Tassé et Noyen; elles ne pourront, ni comme oarpt, ni comme détachement , se rendre ailleurs , ni s'approcher h plus près d'une lieue de distance de Loué et de Vallon.

« Art. 4. — M. le général Mocquery, commandant le département de la Sarthe, s'engage de son côté à ne faire traverser les communes spécifiées dans l'article précédent, par aucune des troupes sous ses ordres, et à n'en envoyer aucune sur le terrain desdites communes.

« Art. 5. — M. le général Mocquery donnera connaissance des présents articles à M. le général Achard, commandant le département de la Mayenne, en l'invitent aussi à ae point faire pénétrer les troupes qu'il commande dans les communes indiquées dans Tarticle 3.

« Art. 6. — M. le général d'Ambrugeac prendra des mesures semblables, pour empêcher toute entrée et toute hostilité dans la Sarthe, de la part des chefs et troupes en intelligence avec lui, dans les départements voisins.

« Art. 7. — La présente convention, qui sera exécutée dès cet instant, sera, sans aucun délai, communiquée par M. le général Mocquery à M. le général baron Hamelinaye, commandant la 22'"* division militeire, et soumise à son apprebation. « Fait double et arrêté, au chiteau de Coulans, le !•' juillet 1815, et ont signé :

« Le maréchal de camp comte d'Ambbugbac ; — « De Sourdon , commissaire-général ; — I.e « maréchal de camp Mocqubrt ; — Le préfet « delà Sarthe, i*. Lagabdb. »

Les termes de cette convention font, pour ainsi dire, part égale aux deux corps belligérants ; il n'y avait ni vainqueurs ni vaincus. On attendait la solution très-prochaine d'an grand problême, solution qui fut connue peu de jours après en faveur de ceux qne M. Pesche indique (I«r volume, p. ccccxvii) comme forcés d'en passer par les conditions ci-dessus inscrites.

M. d'Ambrugeac en donna connaissance h M. de la FrégeoUière, qui, ne se considérant nullement sous les ordres de ce général, mais bien sous ceux de M. le chevalier d* A ndigné, n'aurait nullement obtempéré à ces mêmes conditions, si le cas se fut présenté de combattre.

De la Frégeolière ou de la FrégeoUière ; si nous avons mis un double l à ce nom , c'est que nous l'avons trouvé ainsi ortographié à la Bibliothèque nationale dans le registre coo-

Rien d'extraordinaire ne se passa jusqu'au 1 1 au soir ; ce fut à ce moment qu'on apprit la rentrée du roi à Paris.

La division se rendit pour faire reconnaître l'autorité du roi le 18 et le 19 à Sablé , le 21 à Durtal , le 23 à Baugé , et revint le 27 à Morannes où elle resta jusqu'au 27 août, jour de son licenciement définitif.

Depuis le l*' juillet jusqu'au 15, M. le comte d'Ambrugeac ne quitta pas ses cantonnements. Le 1 5 , il fit son entrée au Mans avec le général Tranquille à la tête de son corps armé , composé de 700 hommes environ, dont un certain nombre seulement était en uniforme. Depuis le 1 1 , l'autorité du roi y avait été reconnue. Le 1 6 , un 7e Dmm fut chanté à la cathédrale ; toutes les autorités y avaient été invitées suivant le cérémonial établi. Pendant la messe , où officiait Mgr l'évéque , les prières pour le roi furent chantées en grande musique. M. le préfet Lagarde, que M. Pasquier n'avait pas encore remplacé, y assistait, ayant à sa droite M. le général d'Ambrugeac et à sa gauche M. de Mecflet, secrétaire-général de la préfecture. M. le général Tranquille était placé à côté de M. le général d'Ambrugeac.

Ces deux généraux reçurent chacun une épée d'honneur du corps municipal du Mans, en reconnaissance des services qu'ils avaient rendus à la cause royale.

Le 3~ corps prussien , sous les ordres du général Thielman , arriva au Mans dans les premiers jours d'août. Ce temps d'occupation, qui dura jusqu'au 22 mars 1816, parut bien long aux habitants de la Sarthe; il en sera toujours de même, quand l'étranger foulera le sol de notre belle France.

Nous écrivons ici une histoire locale et nous avons eu cependant peine à rester dans des bornes qu'il faut dépasser et franchir bien souvent pour donner plus d'intérêt et plus de clarté à notre récit , et enfin pour nous mettre à même de tirer de ces mêmes circonstances si recherchées dans le détail, les conclusions que doit prendre en terminant tout historien sérieux. Le passé n'est-il pas, la plupart du temps, l'enseignement le plus sûr du présent et de l'avenir? La guerre se rallumait en pleine Vendée, en 1815, après le retour de l'empereur, qui y avait laissé de bonnes troupes commandées par un général expérimenté, connaissant les choses et les per-

teoant tons les certificats de noblesse donnés par d'Hozier pour Tadmission des jennes geotUshommcs k TEcolo militaire.

N» 214, M. Bernard de la Frégeollière, 1770. Ànjon, Bibliot. nation., certificats de d*Ho7.ier. Le jeune de la FrégeoUière était élève du roi au collège de La Flèche. Dans le journal de M. Dupont de la Motte, inspecteur de cette maison royale, nous lisons, 12 août 1773 : « M. Bernard de la FrégeoUière a fait cette année comme l'année dernière, il n*est « pas venu h Texercice (ou examen) de son fils. »

Quant aux tentatives de Fouché et de MM. do Malartic, de Fiavigny et de la Béraudière, elles n'eurent pas plus de succès dans TAnjou et le Maine que dans la Vendée. Nous pensons que M. Pescho s'est trompé en écrivant le contraire.

Ul LA FLÈCHB DEPUIS 4789.

sonnes dans ce pays qu'il avait parcoura, quelques années auparavant, dans tous les sens, le général Travot, celui-là même auquel Charette, défiûitivement acculé et vaincu, avait dû se rendre. La guerre du Maine, c'était encore la Chouannerie , se composant uniquement d'escarmoaches , d'embuscades, et de surprises sans engagements bien sérieux.

On croyait généralement que le feu sacré de la Vendée était éteint et qu'aucune circonstance ne viendrait le rallumer. On se trompait ; les même» hommes étaient là encore , prêts à combattre. Les Vendéens , remis de leur premier étonnement et secondés par leurs anciens chefs , vivant an milieu d'eux , voulurent établir un point de diversion par une révolte ouverte contre Bonaparte et ses adhérents. On refusa donc, dans la plupart des provinces de l'Ouest, de payer les impôts et de se soumettre à la conscription. Treize départements furent mis hors de la loi. Gomme en 1793, les promoteurs furent les paysans , les dirigeants les anciens chefs ou les émigrés , rentrés plus ou moins dans leurs propriétés.

Tous jetaient les yeux sur MM. d'Autichamp, de Suzannet et autres, si connus dans les fastes des premières guerres. M. Louis de la Rochejaquelein était parti pour l'Angleterre pour y demander des armes et des munitions.

M. d'Autichamp, lieutenant général, commandant la division militaire dont le département de Maine-et-Loire faisait partie, pouvait sans contest se mettre à la tête de ses anciens compagnons d'armes. Il se rendit donc avec les envoyés , qui étaient venus le chercher, au château de Lavouêr, appartenant à MM. de la Paumelière. Ce fut là où il organisa la nouvelle armée.

Dès son arrivée, il avait établi une correspondance suivie avec les généraux vendéens qui , comme lui, préparaient l'insurrection sur les autres parties du territoire de la rive gauche. C'étaient MM. de Sapinaud , de Suzannet et Auguste de la Rochejaquelein ; celui-ci tenait en haleine les habitants du Haut-Poitou , les disposant à agir pour faciliter le débarquement de son frère Louis de la Rochejaquelein et des armes qu'il devait apporter.

MM. d'Autichamp, de Suzannet et Auguste de la Rochejaquelein jugèrent qu'il était nécessaire qu'ils s'entendissent pour fixer l'époque précise d'un soulèvement prochain. Leur réunion eut lieu à la Chapelle-Bassemer, le 44 mai. M. A. de la Rochejaquelein y communiqua des lettres qu'il avait reçues de son frère ; elles annonçaient des secours très-prochains en armes et en munitions ; ce qui détermina ces généraux à arrêter que le mouvement se ferait partout et à la même heure.

M. d'Autichamp rentra de là au château du Lavouër, d'où il lança une proclamation, et, dans la nuit du 45 au 46 mai, le tocsin fut sonné dans toutes les paroisses de la partie de l'Anjou , dite Vendée , entre les rivières du Layon , de la Sèvre et de la Loire.

LA CHOUANN£RIE, 4843-4815. 415

Quant aux lettres secrètes , M. d'Autichamp s'y nommait M>'« Fortuné , M. d'Andigné M"« Charlotte, M. Auguste de la Rochejaquelein M"« Augustine, et M. de Suzannet M^^* Constance.

H. de Romain , ancien ofiBcier d'artillerie , dont nous consultons les sou* ?enirs, fut chargé de préyenir M. le chevalier d'Andigné, qui prenait depuis quelques temps toutes les dispositions nécessaires pour le soulëyement de la rive droite, décidé pour le 45 mai.

A la guerre , comme dans toute autre affaire , il est important de bien commencer; la défaite appelle la défaite, le succès appelle le succès. D'ailleurs , le but de ce soulèvement n'était pas de remporter de stériles victoires, mais d'occuper les forces que l'empereur avait jugé devoir envoyer dans les provinces de l'Ouest; il fallait ensuite coopérer avec M. Auguste de la Rochejaquelein à favoriser le débarquement de son frère et des munitions ou armes de guerre dont on avait si grand besoin. On manœuvra dans ce but.

Le 4 9, le départ eut lieu de Jallais pour se porter sur les bords de la Sévre , ou M. le général d'Autichamp espérait rencontrer MM. de Suzannet et de la Rochejaquelein. Arrivé sur les bords delà Sëvre, il allait rétrograder du côté du territoire qu'il était chargé de défendre , n'ayant pu savoir dequelci>té ces messieurs s'étaient dirigés, quand il reçut, le S4, une lettre de M. de Suzannet , qui lui apprenait l'arrivée de M. Louis de la Rochejaquelein sur la côte avec 2,000 fusils et 800,000 cartouches , mais point de canons, ni d'argent, ni de canonniers, comme on en avait donné l'espoir. On apprit par le même message qae M. de Suzannet venait de réunir son corps à celui du général de Sapinaud, fort de quatre à cinq mille hommes , et qu'ils allaient se joindre avec M. Auguste de la Rochejaquelein pour aller attaquer le général Travot, qui les avait forcés de quitter Saint-Gilles au moment où le débarquement venait de s'effectuer.

Le S2 mai, le général d'Autichamp ordonna à MM. de Romain et à M, Martin-Bodiniëre de se rendre à Cholet accompagnés de plusieurs officiers et de plusieurs cavaliers. Ces messieurs étaient chargés de prévenir le maire de cette ville qu'il eût à trouver et à préparer des vivres pour 40,000 hommes. Tel était, au bout de sept jours, le chiffre de l'armée de M. d'Autichamp.

Le ^, M. d'Autichamp reçut à Cholet une lettre de M. le marquis L. de la Rochejaquelein , lui témoignant le désir de s'entretenir avec lui au sujet de toutes les mesures militaires à prendre pour le présent et l'avenir ; il le prévenait que le roi lui avait donné l'ordre de prendre provisoirement le commandement de toute l'armée Vendéenne. M. d'Autichamp en raison de son grade et de tous ses précédents aurait pu montrer quelque susceptibilité au sujet de l'autorité que venait prendre M. de la Rochejaquelein sur tout

le pays ; mais il était trop déyoué au roi pour en faire rien paraître. Il parait, au reste, d'après une note que nous lisons dans les Souvenirs de M. de Romain, que M. Louis de la Rochejaquelein avait pris le change sur les paroles du roi au sujet du commandement en chef. Il n'en fut pas moins très-bien accueilli à son arrivée à Cholet par H. d'Autichamp et les Vendéens, que son nom si connu enthousiasmait. Il fut convenu dans cette entrevue entre les deux généraux que M. de la Rochejaquelein allait se porter sur la côte, où Ton espérait recevoir de nouveaux secours des Anglais , et que le général d'Autichamp marcherait sur le Pont-Barré pour forcer les Impérialistes à se retirer jusqu'aux Ponts-de-Cé.

Mais Bonaparte commençant alors à envisager la Vendée et les pays adjacents comme une puissance avec laquelle il fallait compter, envoya un renfort de 8,000 hommes d'infanterie et 600 chevaux pour les réunir au petit corps que commandait le général Travot, et dont le général Lamarque devait prendre le commandement en chef, ayant sous ses ordres les généraux Travot, Brayer et de Laage. Le premier venait de surprendre les Poitevins dans la nuit en passant à Aizenai pour retourner à Bourbon. Dans cette rencontre , M. Guerry de Beauregard , beau-frère de M. de la Rochejacquelein , et un jeune de Charette furent tués.

Par suite de ces circonstances diverses, les généraux royalistes durent modifier leur premier plan. L'objectif était de se porter en force du côté de la mer, et Tiflauges fut le premier point désigné où les différentes paroisses devaient rejoindre le corps de H. d'Autichamp qui se mit en marche le 27.

ATiffauges, on rencontra MM. de Malartic et de Flavigny, chargés par Fouché de conférer avec les généraux de la Vendée. Mais M. d'Autichamp, après avoir pris l'avis des principaux officiers , répondit qu'il se refusait i tout espèce d'accommodement.

Le 30, l'armée était à Vieille-Vigne, à 3 lieues aunlelà de Montaigu, et le 31 àLégé dans l'après-midi. On s'avançait donc vers la côte, mais le manque total de vivres , le découragement des soldats , leur répugnance à s'avancer dans le Marais, et surtout l'incertitude du débarquement des armes et des munitions, finit par obliger MM. de Sapinaud , de Suzan* net et d'Autichamp à rétrograder, et collectivement on l'écrivit à M. de la Rochejaquelein.

Revenu en Anjou, M. d'Autichamp s'occupa des moyens de reprendre Chemillé sur les troupes impériales. Il y fit donc porter deux de ses divi* sions bien armées. Le général Brayer s'y trouvait avec une partie de la jeune garde. Informé de la supériorité relative des Vendéens, il se retira dans la nuit pour se poster au Pont-Barré. Il y avait trouvé de nouveaux renforts venus d'Angers; M. d'Autichamp porta alors ses forces à 5,000 hommes et les dirigea sur Saint-Lambert dans l'intention de tourner la

positioD du Pont-Barré. Mais dans la nuit, les troupes impériales se replièrent sur Angers et furent envoyées à Nantes. H. d'Âutichamp, ayant entièrement dégagé TAnjou , se porta alors sur Beaupréau et de là à Geste pour aller appuyer le mouvement de M. de Suzannet, qui comptait se rapprocher de M. Louis de la Rochejaquelein et recevoir les armes et munitions sur lesquelles on paraissait compter.

Sur ces entrefaites, on apprit que M. Louis de la Rochejaquelein avait été tué dans le Marais en s'avançant seul en avant des siens au Pont-des- Mathes pour mieux juger des mouvements de l'ennemi. (4) D'après ce triste événement, les chefs des différents corps d'armée convinrent de se réunir pour arrêter l'ensemble de leurs opérations futures. M. d'Autichamp s'étant porté à Montfancon avec ses troupes, MM. de Suzannet, de Sapinaud, Auguste de la Rochejaquelein et le lieutenant-général Canuel vinrent l'y rejoindre.

Le général de Sapinaud réunit toutes les voix pour le commandement en chef, les autres emplois supérieurs furent partagés entre MM. Auguste de la Rochejaquelein, major-général; d'Autichamp, commandant le 4^ corps, l'armée d'Anjou; M. de Suzannet, le 2"« corps, l'armée de Charette; M. de Saint-Hubert le 3"^, celui de M. de Sapinaud, et M. du Perrat, le i^^ celui de M. Auguste de la Rochejaquelein.

Il fut résolu, après bien des débats, qu'on se reporterait de nouveau vers la cOte. Le 47 juin au matin, une portion de l'armée d'Anjou, commandée par M. d'Autichamp, se trouva rendue à Vieille^Vigne ; M. de Suzannet occupait Saint-Etienne-de-Corcoué, et M. de Saint-Hubert était posté auprès de la Gap-Chainiére. Les troupes vendéennes comptaient environ 8,000 hommes.

Le 49, les troupes vendéennes se trouvaient engagées sérieusement avec celles de l'empereur ; tous montrèrent autant de zèle que de valeur; les royalistes y firent des pertes sensibles , MM. Zacharie Dureau et Auguste

(1) M. Tabbé Paulooin dit (Chouannerie du Maine, v. I, p. 27%) : « Pendant que ces événements se produisaient dans le Haut-Maine, le marquis de la ■ Rochejaquelein et son frère Auguste, indignés de la conduite de plusieurs chefs yen-

• déens, qui, ayant fait leur paix avec le duc d'Otranie, avaient congédié leurt toldatt ou « t'étaient retirés dans l'intérieur, osaient marcher avec une poignée d'hommes contre le

• général Estëve, commandant une forte colonne impériale, et le rencontraient au village « des Matthes, près Sainte-Croix-de-Vic , où, dans un combat sérieux, Louis, frappé en

• pleine poitrine, expirait sur le champ de bataille, tandis que son frère, Ini-mâme blessé, < était contraint de céder le terrain et de suivre ses soldats dans leur retraite. »

Nous savons que les envoyés du duc d'Otrante furent renvoyés par tous les chefs et leurs propositions rejetées. M. Tabbé Paulouin cite à ce sujet M. le baron de Bordigné et k l'indignation qu'il a exprimée nous pouvons joindre les assurances données par M. le chevalier d'Andigné à MM. de Beoumont et Benoist : « J'ai reçu, avait-il dit. des assurances « d'accomodement,- je tiendrai jusqu'au dernier moment. »

D'ailleurs, pourquoi, après le combat de Matthes, M. Auguste de la Rochejaquelein lerait-il venu se réunir avec M. d'Autichamp et les autres généraux?

de Cambourg tombèrent glorieusement sur le champ de bataille, et plusieurs autres y furent blessés. Le général de Suzannet Ini-même araît été tué par la première décharge de l'ennemi.

Malgré d'héroïques efforts, M. d'Autichamp, en raison de différentes circonstances dont le récit nous entraînerait trop loin , prit la détermination d'opérer sa retraite sur Vieille-Vigne et Clisson.

Ce fut après ce combat que le général Lamarque crut pooToir, dans les termes les plus honorables, renouTeler les propositions de pacification que MM. de Flavigny, de Malartic et de la Béraudière s'étaient chargés d'apporter aux généraux de la Vendée. Après de longues négociations qui abou* tirent à une espèce d'armistice , la bataille de Waterloo , dont on apprit la nouvelle le 85 juin, vint mettre fin à toutes les incertitudes , et la guerre se trouva ainsi terminée.

Le résultat de cette guerre a eu certainement quelque importance militaire et politique. L'Empereur avait envoyé dans l'Ouest 26,000 hommes de bonnes troupes , commandées par des généraux renommés. Le duc de Wellington a fait connaître plus tard qu'il ne doutait pas que ces mêmes troupes réunies à l'armée du Nord auraient pu faire pencher la balance à W^aterioo. Il faut mettre aussi en ligne de compte dans cette diminution des forces de l'Empereur, tous les hommes de la circonscription de ces différentes provinces qui avaient refusé de marcher.

Il est une autre considération toute politique et d'une grande importance. Les plénipotentiaires français firent valoir, dans leur note du 24 septembre 4845, l'existence des armées royales de la Vendée, contre toute demande de cession du territoire de la part des puissances étrangères ; ils représentèrent que le roi de France était resté constamment membre de l'aUianet, dès lors qu*une partie considérable de ses sujets avaient combattu en même temps qu'elles contre Vennemi commun, et fait une puissante diver-sion.

Nous avons puisé une partie de ces renseignements dans les souvenirs d'un officier royaliste, M. de Romain, colonel d'artillerie. La Révolution le trouva en Corse, capitaine dans un régiment de cette arme et le chef du lieutenant qu'il signale dès cette époque comme l'un des fauteurs les plus actifs des idées du temps et du désordre qui devait en être le résultat inévitable. (4)

(1) « Notre position, dit M. de Romain, devenait de plus en pins embarrassante; noos « cherchions en vain à connaître les projets ultérienrs de ces Italiens francisés. Le génânl « avait cru devoir doubler les postes. (1796 , premiers mouvements révolutionnaires.)

« Nous ne fûmes pas peu surpris d'apprendre que M. Buonaparte, qui était arrivé depuis deux « jours , sous le préteite de voir une tante et des cousines , se tenait derrière le rideau , et que « c'était lui qui faisait mouvoir, en partie , tous les ressorts de cette insurrection. Nous « apprîmes qu'on avait débarqué , le samedi soir, deux maUes venant de Livounie, toales « remplies de cocardes qui servirent à faire reprendre h ce peuple sa fierté naturelle. Cet

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