LES VAUTOURS
Le 34 décembre 4845, une bande de dix malheureux paysans, dont l'un ancien militaire, nommé Pierre Leroy, partirent de chez Martin Leroy, père, meunier au moulin de Cherré, dans la commune d'Aubigné, prés le Lude, armés de sabres et de fusils; ils se présentèrent dans différentes fermes et maisons des communes voisines, excitant à la révolte contre l'autorité royale les individus chez lesquels ils entraient, et annonçant
officier d'artiUerie , qai venait d'être téinoin de la moDière dont cela se passait en France, avait été bien aise de proGter de son semestre pour stylcr ses compatriotes dans la marche indiquée sourdement pour parvenir au grand œuvre. — Le Renversement du Trône.
« Ce cher camarade se garda bien de venir nous voir, de nous demander à dtner, comme Tannée précédente, cl de fraterniser avec nous... » Vis-à-vis des troubles imminents qu'on avait à redouter, la générale vint appeler sous les armes le régiment d'artillerie eo garnison en Corse et dont faisait partie M. de Romain : « Dans quel lieu était à la même heure le lieutenant Buonapartef En face de nous, dans une maison proche le port, en société avec des écoliers clubistes, délibérant sur les moyens de forcer la main è son général. L'ingrat! Le roi de France l'avait fait élever à son école militaire; à peine en sortait-il, que déjà il le trahissait; ce n'était pas assurément manque de connaître ses iefûoirs ; il savait trop bien raisonner pour cela.
» Massoni autre ofGcier d'artillerie, corse lui-même) connaissait en partie ses intrigues ; il nous indiquait du doigt la maison où se tenait à l'heure même un grand conciliabule. Nous les voyions; nos pièces chargées étaient dirigées sur eux; un coupent peut-être suffi pour faire finir tout ce tumulte. » Vers la (in d'avril 1790, M. le comte de Rully, colonel du régiment du Maine, avait été massacré par suite de ces désordres , préludes d'autres bien plus graves. « Après plusieurs concessions, le général de Barrin avait pu recouvrer quelqu'autorité. Le premier usage qu*il en fit, fut d'ordonner à M. Buonnparte de quitter Dastia pour se rendre à Ajaccio, sa ville natale, où demeurait sa mère. Cet officier obéit ; mais, à son arrivée dans cette ville, il crut qu'il était de son devoir et de son patriotisme corse d'éclairer ses compatriotes sur les avantages de la Révolution ; il les harangua même sur la place. *> Cette conduite, aussi anti-royaliste qu'a nti-niilitaire, nous indigna tous, et à un tel point, que les officiers supérieurs du Corps-Royal écrivirent au baron du Teil, maréchal de camp, commandant à Âuxonne, pour l'informer de la conduite que venait de tenir M. Buonaparte. Ce général intima à cet officier, qui était employé sous ses ordres, de rentrer de suite à ses drapeaux avant l'expiration de son semestre ; et comme il n'était pas le maître absolu des rois de TEuropc, il crut devoir obéir à son général. Une chose assez remarquable, que plusieurs de ses camarades m'ont affirmé depuis, c'est, qu'étant de retour à sa garnison, il n'afficha pas, comme en Corse, des idées démocratiques et
révolutionnaires »
Ce qu'on vient de lire est transcrit de mémoires destinés de prime abord à n'être lus que dans fintimité de la famille : c'est donc la vérité pure. — Souvenirs d'un officier royaliste.
Pour le vulgaire, et même pour les écrivains les plus éminents, la Révolution française a trouvé Napoléon Bonaparte, lieutenant d'artillerie, servant Louis XVI, son bienfaiteur, et sa patrie après la mort de ce roi. Il n'aurait fait que suivre le courant; puis ce génie exceptionnel, développé par les occasions et les événements, aurait placé successivement le simple lieutenant à la tête de l'armée , de là à la première magistrature du pays, et enfin sar ie trône des BourboQS.
Ces récils de garnison de l'un de ses collègues de l'artillerie, ne viennent-ils pas nous dite que >'apoléon, le despote absolu quand il eut le sceptre impérial en main , était déjà
dans trois mois le retour de l'Empereur. Ils s'intitulaient Vautours de Bonaparte. Sans consistance, sans chefs connus, sans moyens d'exécution, cette leyée , qui ne pouvait séduire ni entraîner personne, n'était qu'un acte de folie et de complète ignorance. Il nous semble que c'est à ce point de vue qu'il aurait fallu la considérer, et la punir seulement par une simple détention plus ou moins longue. Presqu'immédiatement, ils furent arrêtés, désarmés , incarcérés et livrés à la Cour prévôtale. Celle-ci se transporta au Lude pour y juger les prévenus ; et, le 27 mai 4846, un jugement de cette cour condamna Leroy fils à la peine de mort, Leroy père à 20 ans de travaux forcés, un troisième à 40, six autres eurent à subir de cinq à deux années d'emprisonnement. Un seul dut d'être épargné grâce à M. de la Bouillerie, alors sous-préfet de La Flèche ; jamais il ne l'a oublié. (4)
Leroy fils fut guillotiné sur la place publique du Lude, en présence de plusieurs compagnies de la garde nationale du Mans et d'une troupe d'artillerie.
révolutionnaire tout loutt XVI; il anraitdonc prévu qu'au milieu de ce bouleTersemeut toUl dans les personnes et les choses, qu'il a?ait dès le début intérêt à favoriser dans son fatal développement, il pourrait gravir le point culminant, et de ce point tout restaurer à son point de vue en devenant en Europe le Roi des Rois. Peut-être ne rêvait-il alors qu'à Tautonomie de la Corse.
Nous retrouvons l'occasion de revenir sur que inexactitude commise dans une note ios^ crite au bas de la page 182 de notre seconde période. Nous y disons : c Un extrait baptis- « taire retrouvé au ministère de la guerre fixe la naissance de Buonaparte fNabulioM) ao « mois de février 1768. » En 1869, lors de la publication de notre 2»« volume des Jiuittutiont d'éducation militaire, M. Turpin, chef de bureau des archives de la guerre, vooiot bien nous donner communication d'une pièce quon venait de recevoir de Corse. C'était l'extrait baptistaire de Napoléon W, né en février 1*768 et non le 15 août 1769, date qa'oo retrouve dans tous les états de l'école militaire. L'empereur Napoléon III régnait alors; on se garda bien de rendre cette découverte publique, et nous dûmes en garder le secret, La Corse ne fut réunie à la France que le 15 août 1768. Pour faciliter robtention de soo admission à Brienne, on prit le 15 août 1769 pour date de sa naissance, le faisant ainsi it/ français» juste une année après la déclaration do Tédit de réunion de Louis IV. Joseph, son atné, était né en 1768. On n'eut pas lieu de se préoccuper de celte impossibilité, Mgr de Marbeuf , archevêque de Lyon , ayant pris celui-ci sons sa protection et appelé auprès de lui , le destinant à l'état ecclésiastique.
(1) Renseignement oral de M. le baron de la BouiUene.