‹ Histoire de La Flèche et de ses seigneursChapitre 176 sur 251 · GUERRE CIVILE, 1832. - MADAME. DUCHESSE DE BERRY · texte numérisé non relu

GUERRE CIVILE, 1832. - MADAME. DUCHESSE DE BERRY

La Révolution de 4830 était consommée et la famille royale réfugiée à Rambouillet, où arrivèrent le 3 août trois commissaires du gouvernement provisoire, MM. Maison, maréchal de France, de Schonen et Odillon Barrot, précédant de quelques lieues la colonne des Parisiens. Ils furent reçus par le roi , qui, immédiatement après son entretien avec eux, prit la résolution d'abandonner Rambouillet et d'aller s'embarquer à Cherbourg, sans cependant perdre l'espoir de voir admettre le principe de légitimité désormais représenté par son petit-fils le duc de Bordeaux.

Le 2 août, le roi avait adressé à M. le duc d'Orléans son acte d'abdication et la renonciation du dauphin à son droit d'hérédité ; il ajoutait dans cet acte: « Vous aurez donc, en votre qualité de lieutenant-général du

< Royaume, à faire proclamer l'avènement de Henri V à la couronne.... » La défection subite de la division de grosse cavalerie, jointe à la nouvelle de l'approche des Parisiens, rompit le projet formé par la famille royale d'envoyer M. le duc de Bordeaux à Saumur. « Ce projet avait-il

< transpiré, dit M. Alexandre Mazas? Les Parisiens se mirent-ils en mouve-

< ment dans le but de s'opposer au départ du jeune prince? » Tout cela est croyable. Mais il n'en est pas moins vrai qu'un officier d'état-major, envoyé à Saumur, y parvint sans obstacle, après avoir bien exploré le chemin que le duc de Bordeaux et son escorte devaient tenir. Il prit d'avance tontes les mesures nécessaires et à prévoir avec M. le chevalier de Morant, commandant du château, loyal et fidèle serviteur que nous avons tous connu.

Ancien élève des Doctrinaires, il était un des derniers que la Révolution avait renvoyé de notre maison militaire. Bien jeune encore, il entra avec wn frère aîné dans le corps d'infanterie noble de l'armée de Condé et vint înourir à La Flèche , il y a quelques années, à un âge très-avancé.

L'acte d'abdication et son envoi à M. le duc d'Orléans , lieutenant-général

du Royaume, exigeaient du Roi et de la famille royale une décision biei plus douloureuse. L'abdication du Roi étant accompagnée de celle du Dan phin, le duc de Bordeaux devenait de ce jour roi de France lui-môme;! ne fallait pas remmener en pays étranger : « Il fallait donc, dit M. le comt <( de Vaublanc, (4) le confier au lieutenant-général du Royaume; carsd « premier devoir, sa plus belle fonction, devait être de veiller sur les joui « çt réducation de son jeune roi , comme l'un de ses ayeux avait veillé so « Louis XV encore enfant. Si le prince lieutenant-général avait voulu s « borner à ce titre, et avait demandé qu'on lui remît l'enfant royal « Charles X le lui aurait-il remis? Aon sans doute. Mais en ne le remettan « pas, il aurait violé lui-môme les droits de l'enfant royal. Dans cette con « duite, (2) tout était donc inconséquent et indigne du monarque qn « abdiquait, et de l'enfant auquel il cédait ses droits. »

Pourquoi avait-on arrêté M"« la duchesse de Berry quand , ayant fait selle un cheval, elle voulut aller au-devant de l'appel du peuple, le lui présen ter, le remettre entre ses mains. Elle aurait été portée en triomphe par d peuple que les actes héroïques remplissent toujours d'enthousiasme et qn comprend si bien tout ce qui est grand et généreux.

Au reste, et ce qui vient parfaitement à l'appui de ce que nous venooi de dire, ce sont les paroles de M. le comte de Ludolf, ambassadeur d( Naples à Londres, qui était à Paris pendant les journées de juillet « J'étais à ma fenêtre, rue de Rivoli ; des hommes couverts de poussièn « et de sang et se battant depuis deux jours , disaient entre eux : Pour qn € nous battons-nous? Pourquoi la duchesse de Berry ne vient-elle pas am « son fils? Nous serions tous pour elle. »

M. de Ludolf aurait voulu faire connaître à la duchesse de Berry ce précieux détail, logique émanation du combat; il ne put y parvenir au mili^ de la confusion où tout se trouvait.

Bien des mois après , M. le comte de Mesnard écrivait à l'un de ses amis; « Je parle rarement de tout cela avec Madame, ce souvenir est trop poi- « gnant! Après tout, à quoi bon y revenir et en parler; ce qui est fait oA « /ait/ Cependant je puise dans cet amour du peuple pour Madame no « grand espoir, le bien qu'elle a fait portera ses fruits, et ce n'est pas « seulement dans la Vendée et dans le midi que des voix s'élèveront poai « la rappeler. »

Sur un point au moins , M. le comte de Vaublanc parait s'être trompé. - « Charles X le lui aurait-il remis? (le duc de Bordeaux). » Le Roi avait parfaitement compris que ce second acte étiût la conséquence du premier;

(1) Souvenirs, par M. le comte de Vaublanc, ancien ministre de Tlnténeur. 1838, roi. II. page 84.

(2) M. de Vaublanc veut dire ici — l'abdication en faveur du duc de Bordeaux et la nmination du duc d'Orléans en qualité de lieutenant-général du Royaume,

lar M. de Mesnard, (4) présent à Rambouillet, affirme que Charles X avait iciii en môme temps au duc d'Orléans pour lui offrir de lui envoyer le roi lenri V.

« Celte ordonnance de Charles X , dit M. de Mesnard , fut envoyée à M*' le duc d'Orléans, imprimée, répandue dans le château de Rambouillet, et communiquée à tous les corps de Tarmée. Je ne dirai pas l'effet que cette détermination produisit en général, car les opinions étaient très-variées ; la mienne était d'accord avec celle de M"» la duchesse de Berry, qui était au désespoir d'être ainsi séparée de son fils. Elle en perdait la tète, allait de son fils au Roi, et disait qu'elle voulait suivre Henri à Paris.

« Mais bientôt toutes ces craintes furent calmées par le refus positif que fit parvenir M^ le duc d'Orléans. On nous dit que c'était surtout M"* la duchesse d'Orléans qui s'y était opposée, disant : « Si cet enfant mourait iâ d'une maladie quelconque, ce serait vov^ qui l'auriez tué. » J'eus dans ce moment la preuve que M'°<* la dauphine partageait la manière de voir de M™» la duchesse de Berry sur l'envoi du jeune prince à Paris ; car lorsqu'on lui annonça le refus de Mp le duc d'Orléans , Son Altesse Royale prit Monseigneur dans ses bras, et dit avec la vivacité si expressive qui la caractérise : « Nou,s le garderons donc ce cher enfant! » J'étais présent. »

Charles X avait donc bien compris qu'il devait donner à la France un gage de son amour pour elle; c'était son enfant bien-aimé. Le duc d'Orléans a-t-il véritablement reculé devant le danger d'une pareille responsabilité, qu'avait acceptée le Régent, a-t-il pensé qu'il n'avait plus qu'à franchir sans obstacle les dégrés du trône pour s'y asseoir, ou enfin rencontré les refus obstinés des chefs d'un parti qui avaient été entraînés par les circonstances beaucoup plus loin qu'ils ne l'avaient projeté ? Quelle différence pour ceux-ci, si, en conservant Charles X, ils étaient devenus ses ministres, et n'avaient pas prononcé ce mot, qui fut si fatal à la France : — Il est trop tard. — Quelle différence encore, si, après la mesure si hardie qu'avait prise le gouvernement de Charles X sans moyens de la soutenir ou au moins sans prévoyance pour le faire, ceux qui l'avaient renversé si promptement avaient accepté la royauté du duc de Bordeaux avec la régence du duc d'Orléans?

Tous les obstacles se seraient aplanis; les ennemis les plus irréconciliables de la Révolution se seraient rapprochés du jeune roi; les officiers démissionnaires auraient repris leurs épées, même avec la cocarde tricolore, et la plupart, dès ce moment, ne se fussent pas préparés dans l'ombre à la

(I) Souvenirs intimes de M. le comte de Mesnard, \^ écuyer et chevalier 4'honneur de S. A. R* U^ la duchesse de Derry, vol. T, page 108,

reprendre et à se placer sur le terrain de guerre au premier appel qui leur serait adressé au nom de celui qui, seul, représentait la légitimité.

Dans Tétat des esprits , que vinrent irriter encore d'inévitables attaques de la part d'administrateurs maladroits et trop zélés, un soulèvement était inévitable.

Mais il n'eut pas lieu instantanément ; il fallait se préparer sans brait et M"»» la duchesse de Berry ne vint pas à tout hasard dans la Vendée pour la soulever.

Nous lisons dans une note émanant de cette princesse :

« .... N'avais-je pas promis, d'ailleurs, aux populations fidèles de me « trouver au milieu d'elles aussit<)t qu'elles se croiraient en mesure de pro- « clamer Henri V. On m'assurait qu'elles l'étaient ; il n'y avait point à « balancer : il fallait partir.

« Craignant cependant que l'enthousiasme qu'éprouvaient les amis de la « Légitimité ne les fît s'abuser sur leurs forces, et redoutant, par-dessus « toutes choses , de faire naître en France une guerre civile, tout en ne « voulant qu'y effectuer une Restauration , je m'abstins longtemps d'en- « courager dans l'Ouest, dans le Midi, à Paris même, des mouvemenu^ « dont le résultat ne me paraissait pas certain, et qui pouvaient compro- « mettre l'existence et la liberté des plus fidèles serviteurs de la Légi- « timité. »

M"**' la duchesse de Berry, dans ce moment suprême , cherchait dans ses souvenirs du passé les garanties de l'avenir. Elle n'avait rien oublié, et le refrain d'une chanson chevaleresque de M. Louis de Bourmont revenait souvent sur ses lèvres :

Ah ! si jamais une secte abhorrée Renverse encor le sceptre de nos Rois : Ah! pense à nous, reviens dans la Vendée, Amène Henri, nous défendrons ses droits!

C'était en 4828 ; elle avait passé en revue , à La Grange, une division de 4000 hommes, commandée par M. le marquis de Goulaine; au château de Serrant une division de 2,000 hommes, commandée par M. Valsh-Serrant; au Courboureau, une division de 4,000 hommes, commandée par le marquis delaBretesche; à Saint-Aubin, une division de 5,000 hommes, commandée par le comte de la Rochejaquelein.

Quarante mille hommes environ s'étaient trouvés sur le passage de la princesse dans les provinces qu'elle avait parcourues , et tous avaient reçus d'Elle la promesse formelle que si jamais les droits de son fils étaient menacés, elle viendrait à eux. Tous avaient juré de mourir pour défendre la cause de son fils.... Tous l'attendaient!

Au passage de la duchesse d'Angouléme à Sainte-Anne-d'Auray, celte

princesse avait posé la première pierre du monument des victimes de Qniberon ; les paroisses du Morbihan avaient toutes envoyé leurs contingents, bannières déployées et leurs chefs en tête, la plupart ayant tenu la campagne avec les G. Cadoudal, de Margadel, Hervieu, de Pioger et autres.

Et en 1830, avant qu'on eut appris à Vannes que la cause royale était tout à fait perdue, le général de Cadoudal, frère de Georges, était venu s'entendre avec le marquis de Coislin , qui commandait la subdivision, pour un soulèvement général, qui, avec l'aide du régiment Suisse, en garnison au Port-Louis, aurait pu avoir une grande importance. Nous avons pu en juger, de visu , étant à cette époque o/j^cier d'ordonnance de M. le général marquis de Coislin; et nous-mème avons introduit à une heure du matin le général Cadoudal dans le cabinet de notre chef.

Donc, les deux chances, ou de laisser, en 1830, la couronne de France à Charles X, ou de la mettre sur la tète de M. le duc de Bordeaux, ayant échappé par suite de circonstances sur lesquelles nous n'avons plus à nous appesantir, restait la troisième , nous voulons dire la guerre , vers laquelle tout entraînait dès lors; car, en France surtout, la violence appelle la violence.

Dans un précédent ouvrage, nous avons pris comme écrivain, nous le répétons, une devise qui le termine : ^ Quid verum et decens euro et rogo ; et omnis < m Aocswm(Horace). » Nous voulons toujours y être fidèle, surtout dans ces questions délicates où il y a toujours h craindre que celui qui les discute se laisse entraîner par des antécédents et une manière de penser bien connue.

La guerre civile ! Ah ! quelque légitime qu'elle puisse être, c'est une bien triste nécessité. Mais, disaient tous ceux qui saisissaient leurs armes : « On a rendu cette guerre inévitable ; cependant , si , comme tout peut le € faire croire, la guerre étrangère éclate : Oh! alors nous nous jetterons « sur la frontière, et nous sauverons la France! » C'était la vérité, nous pouvons le jurer, c'était le sentiment de tous. Et pas un seul de nous n'eut reculé devant un pareil devoir.

Après avoir reçu ses pouvoirs de Charles X, la duchesse de Berry monta le 24 avril à bord du Carlo-Alberto. Elle était revêtue du costume des matelots napolitains et les six personnes de sa suite portaient le même habillement. Après avoir relâché à Nice, le Carlo-Alberto entra bientôt dans les eaux de Marseille et la princesse gagna la cête avec ses compagnons de voyage dans un bateau de pêcheur, par une mer très-tourmentée. Elle était attendue dans la maison d'un garde-chasse, et le soir même un messager apporta le billet suivant :

€ Marseille fera son mouvement demain. »

Le lendemain, à une heure, second billet :

« Tout est manqué, il faut sortir de France, »

Le mouvement de Marseille, si important pour le début. de l'entreprise, fut arrêté par un incident qu'on ne pouvait prévoir.

Mais la duchesse de Berry, tout en ne se dissimulant pas la gravité de cet échec, décida qu'elle se dirigerait sur l'Ouest quels que fussent les périls et les obstacles qui pourraient l'attendre. Elle traversa rapidement Nimes, Montpellier, Narbonne et Carcassonne.

Arrivée à Toulouse, on voulut l'engager à y accepter un asile chez un ami dévoué, sur la nouvelle que la Vendée était pleine de soldats. Elle s'y refusa, et le 15 mai elle était en Saintonge, au château de Plassac; c'était presque la Vendée.

De là, elle ordonne la prise d'armes pour le 24.

Bient<)t , au milieu des officiers et Vendéens que son courage inébranlable remplissait d'enthousiasme, elle passe de résidence en résidence, toujours accompagnée de guides sûrs; elle arriva dans la nuit du 21 au 22 au Meslier, chez M. de la Roche-Saint-André, où vint la trouver M. Berryer, qui lui apporta un contre-ordre que M. le maréchal de Bourmonl avait cru devoir envoyer aux provinces de l'Ouest ; il était de plus porteur d'une note du comité de Paris qui engageait M"® la duchesse de Berry à quitter la France.

Après une lutte des plus pénibles, M"« la duchesse de Berry céda, et il fut décidé que le lendemain elle partirait pour Nantes, d'où, avec sa suite, elle gagnerait les côtes de Bretagne ; elle devait voyager sous le nom du fils de M. Berryer, qui avait tout prévu.

Mais le 23 mai elle revenait brusquement sur le consentement que l'illustre orateur était parvenu à lui arracher :

« Mon cher Charrette ,

« Je reste parmi vous. J'écris à Berryer ma détermination ; l'autre lettre « est pour le maréchal ; je lui donne l'ordre de se rendre immédiatement « auprès de moi.

« Je reste, attendu que ma présence a compromis un grand nombre de

« mes fidèles serviteurs; il y aurait lâcheté à moi à les abandonner ; yes-

u. père que malgré le malheureux contre-ordre. Dieu nous donnera la

« victoire.

« Marie-Caroline. »

Le contre-ordre avait jeté un grand découragement dans les campagnes ; il fallait bien s'y attendre. Malheureusement, les divisions de la Bretagne, du Poitou, du Maine, n'ayant pas été averties à temps, avaient pris les armes le 24 et avaient été écrasées par le nombre. M. de Courson, qui commandait la division de Vitré, fut blessé. M. de Poutfarçy, commaudanl supérieur dans le Maine, vit sa division promptement dispersée , et le baron

Clouet, général de toute la rive droite de la Loire, fut entraîné dans cette déplorable retraite. Craignant avec raison que le contre-ordre n'arrivât pas à M. Gaullier, il se mit en route, quoique très-souffrant, décidé coûte que coûte à le porter lui-môme. La fusillade commençait au moment où le général Clouet arrivait, et il venait de se précipiter au milieu des combattants, lorsque ses forces Tabandonnèrent. La colonne de MM. Gaullier et de Bernouilli venait d*ètre coupée. Ces messieurs voyant M. Clouet prêt à tomber au pouvoir de Tennemi, rallièrent autour d'eux douze à quinze des lears, et, après une retraite de cinq heures, parvinrent à sauver leur général dont ils guidèrent les pas chancelants.

A la première nouvelle de l'arrivée de la duchesse de Berry, de zélés recruteurs s'étaient mis en campagne et avaient rencontré de nombreuses adhésions. Les légions , par les soins des commandants Bourdin , Morin , Brion, Rageau, Guittet, et des capitaines Bouteloup, Bourgault, Ory, Cottereau, Chevrière, Martin, Métivier, etc., s'étaient promptement formées dans la Sarthe et la Mayenne. La légion du Mans devait se compléter à Noyen; MM. de Clinchamp, du Rivault, de Fitz-James, de la Rochefoucauld , attendaient le moment pour la rejoindre et y occuper des commandements. MM. de Tilly, de Bordigné, de Pignerolles et Gaullier, commandaient chacun une légion sous les ordres supérieurs des généraux Clouet et Pontfarcy.

Avertis de bonne heure du contre-ordre, la plupart des royalistes purent rentrer dans leurs foyers et attendre un nouvel avertissement; mais, comme nous venons de le dire, plusieurs autres, trop engagés, MM. de Tilly, de Bordigné , Gaullier, Morin , Rageau , Brion , Bourdin , Guittet , ne purent se retirer à temps. On peut lire avec détail dans le i^ volume de la Chouannerie du Maine (abbé Paulouin) le récit du combat de Chanay, sur le territoire de Bouère (Mayenne), où le colonel Gaullier montra un si héroïque courage. (1 )

Ce fut vers ce moment, qu'aux environs de La Flèche, il fut lancé des mandats d'amener contre MM. de Broc , de Vauguion , de Beauchamp , de Morant, Le Bret et autres; les quatre premiers furent atteints et mis sous les verrous de la prison de notre ville, où les terreurs de M. le président Le Tellier leur avaient donné plusieurs respectables ecclésiastiques pour compagnons d'infortune.

Dans ces pénibles circonstances , la population de La Flèche resta plus calme que ceux qui étaient judiciairement chargés de la diriger. La garde

(1) 31. Gaullier, fils du fameux GauUier des grandes guerres, était, à la révolution de 1830, capitaine au l^»» léger (ancienne légion de la Mayenne) où nous avions l'honneur de servir sous les ordres du baron Guillot de la Potherie, connu sous le nom d'Arthur dans la guerre de la Chouannerie. Il avait épousé M"* de Chammes, s'établit au Grand-Ruigné , en Sainte- Colombe, et y mourut il y a quelques années.

nationale était admirablement commandée et maintenue dans Tordre et la modération par le commandant Pertuisot, vieux soldat d'Egypte, auquel nul n'aurait osé désobéir. Il fut un jour chargé de la conduire chez M. Cardin Le Bret, à la Potardiére, près de Crosmières, pour Tarrôter el le conduire dans les prisons de La Flèche. Le rappel avait été battu dès 4 heures du matin, et avait nécessairement réveillé un jeune officier démissionnaire par refus de serment et devenu simple fusilier dans cette même garde nationale. Soupçonnant le but de cette expédition matinale, mais sans connaître le point où elle serait dirigée, ce Jeune officier prit un costume de chasseur et, son fusil sous le bras, sortit de La Flèche pour se rendre chez M"* de Vauguion , près de Crosmières. Après avoir dépassé le bourg de Verrou, il vit briller des armes au haut de la côte et reconnut le bataillon qui venait à sa rencontre. II n'y avait plus à reculer ; il fallait avancer, coûte que coûte, et encourir le double danger d'être ramené à La Flèche, non-seulement comme n'ayant pas pris rang dans sa compagnie, mais aussi comme se rendant dans des lieux mis momentanément à l'index. Mais ce qu'il ignorait encore, c'est que la garde nationale, ayant fait une course inutile, aurait peut-être le désir de rentrer en ville au moins avec un prisonnier.

Il continua donc sa route, salua le commandant, qui marchait en tête, et, successivement, tous les capitaines; tous lui rendirent son salut. Ils avaient noblement compris que ce jeune officier, l'ami de celui qu'ils poursuivaient par ordre, ne pouvait dans celte occasion marcher avec eux. Aussi il est toujours resté vivement reconnaissant de la marque d'estime qu'ils lui avaient donnée. Ils lui proposèrent un peu plus tard de les commander. II préféra rester dans le rang.

La ville du Lude était plus agitée; à cette époque, et pendant les jours de mai 1832 surtout, on ne pouvait traverser celte petite ville sans être arrêté et questionné à l'entrée, dans l'intérieur et k la sortie. Avec une certaine raison, elle pouvait garder rancune à la Chouannerie qui, en différentes circonstances , l'avait envahie et troublée. Sa garde nationale fut chargée de l'arrestation de MM. de Broc, qui sortaient des gardes du corps du Roi. L'aîné, qui n'avait pas servi, voulut suivre le sort de ses frères el ne put obtenir d'être emmené avec eux.

Ainsi, le contre-ordre devenait fatal pour l'entreprise de M"« la duchesse de Berry, entreprise qui était moins aventureuse qu'on ne le croit généralement : « Je n'ajouterai qu'un mot à ce que j'ai dit du caractère et du courage « de Marie-Caroline, dit le général Dermoncourt, qui fut chargé de la com- « battre. Si Marie-Louise lui eût ressemblé, nous n'aurions pas vu tant de « défections honteuses, et les Cosaques à Paris. Si Marie-Caroline avait « pu rassembler cinq ou six mille hommes (et quarante jours plus tôt, cela « était très-possible), ses amis et ses ennemis se fussent décidés, et peut-

« être ne dirait-on pas aujourd'hui que son entreprise était une folie. »

En écrivant ces lignes, et surtout en les faisant imprimer, le général Dermoncourt donnait une preuve éclatante et de sa loyauté et de sa chevaleresque indépendance.

De tous les points où le contre-ordre était arrivé trop tard , on avait reçu les nouvelles les plus déplorables. Beaucoup de blessés, de prisonniers, et enfin une entreprise à peu prés manquée avant d'être commencée.

Le maréchal de Bourmont arriva enfin. Toute chance de succès n'était pas encore perdue ; et ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que la présence de la duchesse du Berry dans la Vendée n'était pas encore connue du gouvernement, des généraux et des préfets de la Loire-Inférieure, de la Vendée et autres , quand ce secret était dans les mains de tant de personnes.

La nouvelle prise d'armes fut fixée pour la nuit du 3 au 4 juin.

Cette décision si importante étant prise, il fut convenu que le maréchal retournerait sur la rive droite de la Loire, et surveillerait lui-même toutes les opérations qui étaient sur ce point de la plus grande importance.

On apprit bientôt que par suite d'une visite domiciliaire, M. Cathelineau avait été, non tué, mais lâchement assassiné par un officier de l'armée, qui, décoré pour ce fait, ne put cependant pas rester dans son régiment.

La présence de la princesse avait été enfin signalée ; on fouillait tous les châteaux où l'on présumait qu'elle avait dû séjourner. Dans l'un d'eux, on découvrit dans des bouteilles mêlées avec les autres dans une cave, toute la correspondance de la duchesse avec les principaux chefs. C'est ainsi que le général Dermoncourt apprit que la nouvelle prise d'armes était fixée à la nuit du 3 au 4 juin.

M"« Céline de la Roberie fut tuée dans une visite faite par la troupe à la Mouchetière. Un moment vainqueurs au combat du Chêne, pendant lequel on avait bien de la peine à empêcher la princesse de se jeter au milieu du feu, les Royalistes furent obligés de céder le terrain après des pertes sérieuses. Par suite, tous les chefs décidèrent que le licenciement était urgent.

Bientôt on eut connaissance de ce combat de la Pénissière qui restera immortel dans la Vendée. Que de courage , d'héroïsme inutilement dépensés ?

M. de Charette et bien d'autres supplièrent M"« la duchesse de Berry de se mettre en sûreté et de sortir de France.

Elle refusa obstinément : « Robert Bruce, avait-elle dit, ne monta sur f le trône qu'après avoir été vaincu sept fois ; j'aurai autant de constance « que lui. »

Enfin elle dut se rendre à Nantes et s'y cacher chez M"« du Guigny ; là, trahie par un juif converti qui lui avait servi d'émissaire au moment d'en-

trer en campagne, elle fut conduite à Blaye et rendue à la liberté après y avoir souffert moralement beaucoup plus peut-être que pendant tout le temps de cette courte guerre.

Il ne nous appartient pas de parler de son mariage secret avec le prince de Lucliesi-Palli, mariage qui eut lieu à Rome avant son départ pour la France et lui ôtait de fait la tutelle de ses enfants : et si nous avons inscrit dans notre histoire de La Flèche cet épisode par suite duquel la Royauté de Juillet aurait pu sombrer, c'est qu'il venait compléter tout ce que nous avions à dire sur la Chouannerie.

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