‹ Histoire de La Flèche et de ses seigneursChapitre 20 sur 251 · PREMIER SEIGNEUR DE U FLÈCHE · texte numérisé non relu

PREMIER SEIGNEUR DE U FLÈCHE

(De 1051 à 1088.)

A cette époque si troublée où , hi plupart du temps, la force seule constituait le droit, où la guerre restait circonscrite sur un petit théâtre, il ne poQYarl pas exister de seigneurie sans château (eastrum) , sans un point fortifié, où le seigneur vaincu pouvait s'enfermer pour attendre que la fortaoe des armes lui fût phis propice.

Quel a été l'architecte du vieux château de La Flèche f Sut ce point, comme sur beaucoup d'antres , tout est conjectural , ainsi que nous l'avons déjà dit. Orderic VitaJ parlant pour la première fois de Jean de Beaugency, au sujet de son mariage avec la fille de Hugues II, comte du Maine, dit : « domino castri quod Flecchia dicitur. » Burbure croit pouvoir affirmer que ce château existait bien avant le X** siècle. Pourquoi la chronique des Ge$ia Con^ulum Andegavomm n'en parle-l-elle pas? Ce point était assez important pour que Foulques-Nerra , fortifiant Durtaï et Baugé, se soit occupé en même temps de La Flèche. Ce silence vient-il à l'appui dé l'opinion de Burbure, et permet-il d'en conclure que le comte d'Anjou tf avait pas à construire ce qui Tétait déjà ? Nous avons répondu à cette ob-

jeetion dans le chapitre précédent. M. Clère , dans son Histoire du Collège de La PUche , dit simplement : « Jean de La Flèche , fils de Lancelot-Sore € de Beaugency, avait construit au milieu du Loir une forteresse à côté de « laquelle La Flèche s'éleva. » Il n'avait pas à s'occuper directement dans ^n travail, digne d'estime, de ce qui fait l'objet de nos ardentes recherches, et ce peu> de mots renferme une en*eur. Jean était petit-fils et non fils de Lancelot-Sore.

A défaut de données certaines et n'ayant en main qu'une seule pièce originale, tenant au précieux cartulaire de l'abbaye de Saint-Aubin (1), datée

(1) L*«bbaye de Saint* Aubin fat établie, dit-on > sur Teniplaeement d*tni petit oratoire dëdié à Notre-Dame»dtt- Verger, par Seint-Hilaire , sous le vocable de Saint-Germain

seulement de 4 087 et parlant du château ^ Castrum de Fissa — Instruit par la chronique de cette même abbaye qu'en 4067 il y avait une armée à La Flèche — exercitvs de Fixa — et que Foulques-Réchin prit et brûla le château en 4084, nous nous bornerons à dire que Jean de Beaugency ne nous paraît être devenu seigneur de La Flèche que du chef de sa mère , lille d'Herbert- E veille-Chien , comte du Maine , qui devait en être possesseur, sauf hommage au comte d'Anjou ; nous ajouterons de plus que cette position si facile à défendre et commandant les deux rives d'une rivière assez rapide , profonde et généralement dangereuse , avait dû fixer l'attention des Romains d'abord et ensuite des comtes du Maine ou de l'Anjou en état de guerre continuelle les uns avec les autres. Et, dans ces comtes primitifs d'Anjou, nous comptons Robert-le-Fort , si redoutable antagoniste des Normands, sous les coups desquels il succomba à Brissarthe, en 866. On sait que ces barbares ennemis suivaient autant que possible le cours des rivières , et certainement rien ne pouvait mieux leur barrer le passage que les deux ilôts fortifiés sur lesquels nous voyons encore s'élever les restes du château.

Nous devons croire que Jean de Beaugency, le premier seigneur, non souverain , qui y établit sa résidence et y bâtit une chapelle en l'honneur de la sainte Vierge, termina tous les travaux de défense et même y ajouta suffisamment pour qu'une tradition, assez peu basée, ait pu lui attribuer la fondation , par le pied, de cette forteresse, dont la construction est certainement postérieure à l'établissement, le long de la voie romaine, devenu Fixa, Fissa, La Flèche.

Ses ruines , du reste, annonceraient une assez haute antiquité , et ce qui en restait encore il y a une quinzaine d'années , le corps de logis de douze mètres de longueur sur neuf de largeur et conservé par les soins du P. Belarmy de Chérie, en 4753^ ne peut nous dire si l'ensemble indiquait une construction complètement homogène ou des annexes successives élevées suivant les nécessités des temps.

« Par l'aperçu des ruines de cette antique forteresse, on peut présumer « que sa construction a coûté des sommes immenses. » L'ancien historien de La Flèche oublie qu'alors les corvées aidaient singulièrement à effectuer des travaux devant lesquels on reculerait maintenant, au moins dans les localités ordinaires.

L'épaisseur, la largeur et le nombre des arches prouvent qu'on n'a rien épargné pour arriver â ce résultat, ainsi que nous l'avons indiqué dans notre premier chapitre.

Dans V Essai sur les Fortifications anciennes, par M. le capitaine du génie Delair (Dumaine 4875), nous lisons : « On trouvait encore, dès le XI"*

d*Auxerrc, par le roi ChUdebert, voluntale et imperio Childberti régis (Charte de OIB)^ et consacré par Saint-Germain de Paris vers 534-535. — Sébastien Port.

€ siècle, le châteaa de La Flèche construit sur des arches en maçonnerie « aa milieu de la rivière; et les faubourgs, situés sur les berges, avaient € été également séparés de la terre ferme , sur laquelle ils étaient précé- « demment élevés au moyen de canaux artificiels. Cet ensemble, dit € M. Feauger, formait un système de fortification hydraulique , trés-origi- « nal alors, mais aussi très-efficace »

C'est là que vint définitivement s'établir Jean de Beaugency avec sa femme Paule, petite-Aile d'Hugues-Ëveille-Chien et fille d'Hugues II.

Celui-ci avait laissé en mourant un fils , Herbert le jeune, et trois filles. Herbert II avait épousé une fille de Robert Guiscard et fiancé sa jeune sœur Marguerite (4), non encore nubile, à Robert, fils de Guillaume-le-Bâtard , duc de Normandie.

Cette princesse mourut avant la célébration du mariage, le 42 décembre 1063, et fut enterrée à Tabbaye de Fécamp, diocèse de Rouen. On raconte que des miracles ont éclaté à son tombeau en signe de sa sainteté.

Herbert, comte du Haine, [mourut en 4062, deux ans seulement après Geoffroy-Martel, le constant ennemi de son père, qui , voyant les campapes mancelles ravagées et mises à feu et à sang par les Angevins , mourut de douleur le 7 avril 4054 (2). Après la mort de leur comte, les Manceaux

(1) Dom Piolin (p. 259, vol. III) commet une erreur en disant que Marguerite était la fille d*Herbert et non sa sœar.

(9) Gboffroy-Maktbl, Hogu£s et Hbrbbrt.

Gaerrvs e granz iorasions R fieres persecatioDs

Areit mené li qaens Joufrei , qaens Jonfrei, comte Geoffroy.

Si cam je lis e trais e vei , e truis e vei, et trouve et volt.

Sor le Mans et sor la contrée, Tote Taveit à dol menée.

Huge ont un fil cui ont non Herbert , Ce m*a Testoire descovert; £ por ce qu'il esteil ainzné , Li laissa Huges la conté

E la haine e le revel rovel , querelle.

Ou*il aveil od Joufrei Martel.

Hnget mourut, e Herbert tint Puis la conté qui li avint;

Jofnes hom fu de poi d'aage, jofnes, jeune ^ juvenis.

Mais mult fu beaus e proz e sage.

De sei deffeodre prist conrei ; conrei , soin.

Por crieme del conte Joufrei, crieme, crainte.

Devint por force e por aie aie , aide.

Huem an Soignor de Normandie : huem , homme.

De lui prist son fieu e s*onor, fieu, fief; onor, terre,

E lui en reçut & seignor;

Si el moreit , qu'il fust son eir, eir, héritier.

S'il ne poeit enfanz aveir Por aUance e por amor.

32 LA FLÈCHE Et SES SEIGNEURS.

ataient^ par découragement, ouvert les portes de leur ville à Geoffroy- Martel, qui, tout en respectant les droits de rhéritier encore enfant dn comte du Maine , en prit l'administration , qu'il conserva jusqu'à sa mort- Herbert avait supporté cet état de choses avec une impatience mêlée d'une résignation forcée; de là ce projet de mariage avec la maison de Norman— die, et sa recommandation, en mourant, de ne pas choisir d'autre maître que Guillaume , s'ils voulaient sauvegarder la paix de leur pays. Par un article de son testament, il léguait tous ses droits au duc de Normandie. La comtesse Berthe, qui avait tant souffert des entreprises du comte d'Anjou , avait engagé son fils à se jeter dans les bras du duc de Normandie, et retourna en Bretagne, où elle mourut en juin 4085.

De ces décisions devait nécessairement naître la guerre. Le comte d'Anjou ne pouvait ni ne voulait adhérer à la dernière volonté du comte du Maine ; d'un autre côté le duc Guillaume n'était pas homme à laisser infirmer des droits ainsi établis.

Jean de La Flèche devait prendre un parti dans ce grave conflit; il était en effet le plus puissant des seigneurs angevins — potentissimus Andegatorum — (Orderic Vital). Il prit fait et cause pour ce qu'il pensait être le droit , et Foulques-Réchin , successeur de son oncle Geoffroy-Martel , ne lui pardonna pas — Tune ei (Fulco) Johannes de Flecchia , prœcipuè infensus

erat, quia Normannis adh^rebat. (Orderic Vit^il.)

Aussitôt qu'Herbert fut descendu dans la tombe, Guillaume vint revendiquer ses droits sur le comté du Maine à la tête d'une nombreuse armée, traversa la Sarthe et reçut à merci les Manceaux épouvantés. Il eut plus de peine à terminer avec Geoffroy de Mayenne, dont il brilla la ville. Nous verrons ce seigneur reparaître plusieurs fois sur la scène (4).

Ces événements se passèrent deux ans avant la conquête de l'Angleterre , accomplie en ^066. Foulques-Réchin n'avait pas vu de bon œil les succès de Guillaume dans le Maine , qui avait été si promptement envahi que son frère Geoffroy-le-Barbu , qu'il n'avait pas encore dépossédé , n'avait pu le secourir. Guillaume, en effet, était non seulement un rival redoutable, mais en môme temps , comme comte du Maine , un vassal bien peu disposé à courber la tète devant un suzerain quelconque.

Mais il fallait encore attendre. Le duc de Normandie, devenu roi d'Angleterre , était plus puissant que jamais ; le Maine , pour le moment pacifié , ne lui offrait aucun moyen d'appui ; mais il comptait sur la revendication armée de ceux qui , par droit de naissance , pouvaient réclamer rhéritage

(1) c Addo ab incarnatioDO Domini MLXIV (1064), post mortem Herberti javenis, Cœno- « manonim comitis Willelmus dux cum validA manu armatorum Sartam fluviam transiit, <( multosque Cœiiomanorum sese illias manu subdentes cicroenter susccpit ; et quamdiù « postea vixlt (annis scilicct XXIV) subjectos jure poasedit... (Orderic Vital, 1064.) >

Les annales de Saint-Etienno de Caen fixent la date de cette conquête à 1063.

du comte Herbert. Ces prétendants étaient Gauthier, comte du Yexin et de Meulan, qui avait épousé Biothe, fille d'Herbert- Eveille-Chien; Azon, marquis de Ligurie ou de Gènes , époux d'Hersende , sœur aînée d'Herbert, et Jean de La Flèche , du chef de sa femme Paule. Gauthier était de plus soutenu par Geoffroy de Mayenne , qui ne pardonnait pas à Guillaume le sac de sa résidence.

Lorsque les Manceaux virent le conquérant engagé dans tous les embarras et les soins qui l'assaillaient de toute part en Angleterre , ils songèrent à s'affranchir de sa domination. Ils y parvinrent, mais pour devenir plus malheureux sous la main de fer de Geoffroy de Mayenne , prince d'un génie aussi fécond en intrigues que résolu sur le champ de bataille, et qui s'était emparé de toute l'autorité après le départ d'Azon , d'un caractère trop faible et trop borné pour répondre aux espérances des Manceaux. (1)

(I) Nous avons résiste à la tentation d'entrer dans tous les détails de ces révolutions diverses, nous bornant à ce qui était nécessaire d'indiquer pour Tin (elligence du récit concernant Jean de La Flèche et surtout son fils HéUe. Comme Gauthier et sa femme Biothe, qui, prisonniers de Guillaume-le-Conquérant, périrent, dit-on, empoisonnés au château de Fabise, comme Azon , son beau-frère, Jean eut pu prétendre h la souveraineté dans le Maine ; mais il se tint à l'écart , beaucoup moins par faiblesse de moyens pour y arriver qu'en raison de son attachement réel ou politique à l'égard du puissant roi d'Angleterre. Tout en nous restreignant le plus possible, en cherchant à ne pas nous attarder sur une route bien longue à parcourir, nous devons dire qu'en France l'esprit communal s'éveilla pour la première fois an Mans. Ce ne fut qu'un éclair, prélude de bien des orages; mais cnfîn cet éclair brilla dans la ville, dont Hélie de La Flèche devait, bien peu de temps après, devenir le maître. « La viUe du Mans, dit Augustin Thierry (Essais sur VHistoire du Tiers-Etat ^ p.

< 254) , estrune des trois qui , antérieurement au XI I« siècle, donnèrent le premier exemple

< de rinsurrection communale et elle précéda les deux autres (Cambrai 1076, Beauvais « 1099). La commune, jurée en 1073 contre le pouvoir du comte et d'accord avec Vévéque, * ne dura pas plus d'un an. — Facta igitur conspiratione quam commumonem vocabant,sese c omnes pariter sacramentis astringunt {Gesta Pontif. Cenoman.). Après avoir tenu tête au c seigneur indigène, elle succomba sans lutte sous la puissance de Guillaume-le-Conquét rant , qui vint d'Angleterre avec des forces considérables faire valoir ses prétentions sur

< le comté du Maine. » Augustin Thierry lui-même cite l'évdque Arnaud comme s'étant joint aux faibles s'insurgeant contre le pouvoir despotique des seigneurs. Nous pensons que presque tons les écrivains, de bonne foi ou de parti pris, ont méconnu, en traitant cette grave question , le rôle que l'Eglise et les sociétés monastiques ont joué dès le principe dans cet avènement du Tiers-Etat.

Nous avons dit qu'Hersende, comtesse du Bfaine, chère aux Manceaux comme représentant leurs anciens comtes , avait contracté de bonne heure des liaisons intimes avec GeoiTroy de Mayenne. Répudiée déjà, pour cause d'adultère, par le comte de Champagne, eUe s'était noie au marqnis de Ligurie. Ses mœurs débordées scandalisaient les populations, puis, an nom d'Hersende et de son fils Hugues, Geoffroy les pressurait de la manière la plus impitoyable.

Précisément à la même heure un grand mouvement se faisait dans les esprits. La révolte du bas peuple contre l'aristocratie territoriale éclata successivement dans toute rEurope féodale. Le clergé prit-il parti pour ou contre les oppresseurs ? Toutes les fois qo'fl ne se dressa pas contre eux, il resta médiateur. Les insurrections populaires sont, la plupart du temps, imprudentes; l'insuccès motivant de nouvelles rigueurs, il fallait bien qu'entre les vainqueurs et les vaincus il se trouv&t une classe d'hommes puissants et par leur caractère particulier et par les dons venus des seigneurs eux-mêmes. A ces

Il avait laissé au Mans son fils Hugues et sa femme Hersende , de mœurs dissolues, et qui entretenait un commerce adultère avec Geoffroy de Mayenne lui-môme. Enfin , par le secours de Foulques-Réchin , les Manceaux parvinrent à le chasser, et le comte Angevin trouva tous les esprits disposés à le reconnaître comme souverain.

Mais le roi Guillaume revint bientôt avec une nombreuse armée et reprit possession du Maine, en acceptant les conditions des Manceaux, qui lui rendirent hommage.

Pour mieux battre la ville , Guillaume fit élever deux forts qui la dominaient et qui étaient connus sous les noms : Tun , du Mont-Barbet, l'autre,

époques reculées, ces dons multipliés, que nous voyons consacrés par des chartes» étaient un commencement de partage entre la force brutale et l'intelligence, le seigneur de haut lignage et le peuple représenté par le moine , qui, la plupart du temps, en était issu; par le moine, qui, seul alors, pouvait moralement agir, civiliser, faire produire, rendre les forces & un corps énervé par le servage , contre-balancer enfin cette autorité sans frein que la Commune, devenue le Tiers-Etat, a réduit successivement à néant. En pesant avec calme les effets et leurs causes, nous verrons que providentiellement tout a concouru à ce résultat , et que la Révolution de 89 , de laquelle , par une habitude souvent involontaire, on veut tout dater, n*a été qu'un grand accident dans la crise qui se préparait depuis sept à huit siècles. £t, disons-le avec fermeté et franchise, Tavènement complet de la Commune, que l'on nous discute encore, serait plus vite arrivé si, à cette grande force, les rois n'avaient pas attaché un modérateur dont, avec notre caractère particolier, Teffet est toujours infaillible. Des généraux distingués et nous-mêmes après eux avons dit que les compagnies d'élite affaiblissaient le corps lui-même, et que ces mêmes hommes, répartis dans chaque compagnie, encadreraient mieux les jeunes soldats au moment du combat. Les rois« dans les villes les plus importantes, ont donné le droit de noblesse successivement à tous les chefs de la Commune, aux maires et aux échevins; quand ils rentraient dans le rang, ce n'était plus au milieu de leurs pairs, mais dans les rangs de ces mêmes seigneurs qui les comptaient, quoique avec dédain, comme des alliés d'une certaine valeur et sur lesquels on pouvait compter en cas d'un conflit.

Poussé à bout par la tyrannie de Geoffroy de Mayenne, le peuple du Mans se souleva enfin et délibéra en commun sur les moyens de s'en garantir. Qeottroj fut assez habile pour se soumettre sans débat aux conditions que les associés lui posèrent. Une fois les maîtres, les plébéiens dépassèrent le but, comme il en arrive souvent, quand tout n'est ni mûr ni conduit avec mesure : ils se firent les juges do puissants feudataires dont ils brûlèrent les châteaux. Geoffroy de Mayenne laissait se développer cette effervescence populaire, dont les excès favorisaient ses vues secrètes. Hugues de Sillé-le-Guillaume était l'un des adversaires les plus déclarés du pacte communal. Une multitude passionnée se réunit aux associés pour aller le forcer dans son propre château. — L'évéque Arnaud et les curés marchaient en tête de ces troupes tumultueuses , faisant porter devant eus leurs croix et leurs bannières, — Geoffroy de Mayenne s'était joint, avec ses hommes d'armes, aux gens de la Commune. Arrivé près de Sillé , il les posta à part sous le prétexte d'une attaque mieux combinée , puis s'entendit traîtreusement avec Hugues de Sillé pour dissiper les conjurés. Sûr d'être appuyé par Geoffroy, Hugues sortit brusquement de son château avec ses troupes et attaqua les Manceaux, parmi lesquels on venait de faire répandre le bruit qu'aussitôt après leur départ le Mans avait été livré à leurs ennemis , qui , pour se venger, y mettaient tout à feu et à sang. Attaqués par Hugues, ils s'enfuirent précipitamment, jettant leurs armes et laissant entre les mains de l'ennemi beaucoup de prisonniers et entre autres l'évéque lui-même.

Tel fut le résultat du premier effort de la population manc-elle pour établir le pactl communal.

de la Moite-Barbet; puis, pour contenir définitement les Hanceaux dans le devoir, il fit construire une forteresse ou château dont il confia la direction àlayeuTe d'un ingénieur normand, nommée Orbrindelle, fort verséô au métier de lagiAerre, suivant l'expression de Corvaisier. Elle avait donné son nom à l'une des tours qui, par corruption, prit celui de Ribaudelle. (4)

Foulques-Réchin n'en continua pas moins à soulever les esprits contre ce prince , et comme Jean , seigneur de La Flèche , fut presque le seul qui demeura fidèle aux Normands , Foulques résolut d'aller l'attaquer dans son propre château avec l'aide d'Hoêl , duc de Bretagne , qui , pour cette expédition , vint le joindre en 4078. — Tune ei Johannes de Flecchia, potentissimus Andegatorum, prœcipuè infensux erat, qui Normannis adhœrebat, - (Ord. Vit. L. IV.)

Aussitôt que ce seigneur sut, d'une manière certaine, que Foulques-Réchin se portait en avant avec une puissante armée (cum ferratis agmin^ibus) pour envahir ses possessions , il fit prévenir ses voisins et alliés et demanda avec instance des secours (requisivit et impetravit) au roi Guillaume, qui , sans tarder, lui envoya Guillaume du Moulin et Robert de Vieuxpont à la tète d'une vaillante armée. A la première annonce du danger, il avait disposé ses propres soldats dans ses forteresses , — ad defendenda cum satellibtts suis oppida stui diligenter composuit . (2) — Guillaume apprenant qu'il allait avoir affaire à plus forte partie qu'il ne l'avait pensé d'abord , convoqua, au nombre de soixante mille, non-seulement tous les guerriers

(1) Mon fa Herberz, ne vesqui gores. ne vesqui gerea, ne reçut guères.

Oiez quel puis li afaires ; Oiez , écoutez ; quox , quelles ; puis ,

Ke Toudrent faire del onor [ensuile.

Ce que loront dit lor seignor,

K^à ses-diz de rien obéir,

Ne le duc Guillaume servir ;

Gauler de Maaine reçurent Gauler do Maaine, Gautier de Mayenne.

Oài trop malement se déçurent.

GuUlaume

Àla au Mans lui assoler. ..... asseier, assiéger.

Si par assaut n'en pout areir,

Por ce ne rout laissier.

La terre tote à essiUier essillier, ravager.

Par assaut ne pas envaïe envaïe , attaque.

Ne poeit avoir deu Mans mie ; poeit, pouvoir.

Por ce i ferma deus chasteaus

Hanz » defensables , forze beaus ;

lÀ uns en ont non Monbarbé ;

Mais que issi fu apelé issi , ainsi.

Ne sti retraire ne ne truis; retraire, raconter ; ne ne truis, ni ne

Hais le Mans ont e conquist puis [trouve.

B les chasteaus toz fors Maine ,

Mais à eel avoir mist grant paine.

(2} Le terme oppida Mua nous prouve que le château de La Flèche n'était pas le seul que possédât Jean , et que Baugé et autres villes formées lui appartenaient.

36 LA FLiCHE ET SES SEI&NEURS.

anglais on norutands dont il pouvait disposer, mais aussi cj&ux de toutes les contrées qui lui étaient somnises. Don Piolin pense qu'il vint lui-môme pour les commander.

Loin de reculer, les Angerins et les Bretons imitèrent le conquérant à sa descente en Angleterre, détruisirent toutes leurs barques lorsqu'ils eurent passé le Loir, (4 ) et commencèrent par investir le château , ainsi que paraît le dire Orderic Vital : € Hoc (mdiensFulco vekementer doluit, undecumque œntraetis tiribus Joannis obsedit. »

Les deux armées allaient en venir aux mains et te plus horrible carnage devait s'ensuivre, lorsqu'un cardinal, accompagné de quelques religieux, s'entremit comme médiateur entre les chefs. (S) Le résultat était incertain , les forces égales et le motif de la guerre d'une importance secondaire. La mission de ces hommes d'église, dont la parole, surtout alors , était d'un grand poids, fut donc facile. De chaque côté, on envoya des seigneurs chargés d'arrêter les différents articles du traité. A ceux-ci se joignirent, comme conciliateurs , des chefs de marque. (3)

Le comte d'Anjou reconnut à Robert tous les droits que le comte du Maine Herbert lui avait concédés , à titre d'héritier, avec la main de sa sœur Marguerite , et Robert rendit foi et hommage de son comté à Foulques , se reconnaissant pour son vassal. Jean de La Flèche et tous ceux qui avaient pris parti pour les Normands se reconcilièrent avec leur suzerain le comte d'Anjou. Cette paix se conclut bien près de La Flèche , dans une lande appelée Blanche-Lande ou lande de la Bruëre, h cinq kilomètres de la ville, dans la direction du Lude , (4) dont le duc Hoel , en se retirant , alla attaquer le château.

Mais la réconciliation de Foulques-Réchin avec Jean de La Flèche ne fut pas sincère ou du moins ne fut pas durable; car, en 4081 , il vint de nouveau assiéger la place, la prit et la brûla. Nous tfavons trouvé chez aucun hîsto-

(1) Andcgavenses vero, Britoneo comperto, régis et agminis ejas advcntu non fogemnt; sed potius Ligerim fluvium audontcr pertransierant, et transvecti ne tiinidiores spe fagieodi segniùs prsUarentar, scafas suas detruxeniot. — (Orderic Vital.)

(2) Dum nlroque acies ad ambiguam certanieo parareotur, horribilesque pro morte et miseriis, quœ mortem reproboruinseqauntar, limores mentibus multorum ingcrerentar, quidam Roman» ecclesis Cardinalis Prsbyster et religiosi monachi divino nectu adsunt. Viritim ex parte Dei bellum prohibent, admonando et rogando pacem suadcnt. — (Orderic Vital.)

(3) Gratanter his junguntur Guillelmus Ebroicensis et Rogerius , aliique comités strennique optimates. — (Orderic Vital.)

(4) Hsc niminm pax, quee inter rcgem et prsfatum comitem in loco, qui, vulgo, Blanca landa. Tel Drueria dicitur facta est. — (Orderic Vital.)

Suivant Pesche, la Blanche-Lande ou Blanche-Bruyère est un Tsste espace de terrain infertile (maintenant cultivé ou semé en bois) où croît abondamment le lichen de. Rennes , dont la blancheur lui aura fait donner son nom, situé entre le Lnde et La Flèehe, côtoyé par la route qui conduit de l'une à Tautre de ces deux villes. Cette lande de la Broyère ou Druère se termine on majeuro partie sur le territoire de Thorée et sur celui qui touche celui de Savigné, où se trouve la ferme do Blanche-Lande marquée sur la carte de Cassini.

rien les détails de ce fait, détails qui auraient été pour nous d'un grand intérêt. Cette prise d'un château si fort montre chez le comie d*A£J(Ni des talents militaires, dont il avait donné déjà bien des preuves. Ces tal^ts étaient, au reste, traditionnels, car le moine Richer nous dit qu'au X°"> siècle Foulques-ie-Roux , second comte d'Anjou, faisait de Végèce sa lecture favorite. (Institutions d'Education militaire, t. 1<*s p. 46. DeMontsey.j Le souvenir de cet événement était resté dans la mémoire des habitants , et quand la date d'un écrit ou d'une charte correspondait à l'année 1084, il parait qu'ils avaient toujours soin de le rappeler. Dans une charte mentionnant l'octroi d'un don au prieuré de Sainte-Colombe, dépendant de l'abbaye de Saint-Aub'm, il est dit que ce fut fait l'année où h château de La Flècht fut incendié. — Hoc illo tempore quo castrum Fisse horribiliter combu^^ tum est. (Archives du Mans.) — Et ce souvenir devait rester d'autant plus traditionnel que, soit avant, soit après le sac du château, toutes les campagnes environnantes avaient dû subir la terrible loi du vainqueur, loi se traduisant toujours alors par le viol , le meurtre et l'incendie.

Arnaud, évoque du Mans, qui gouvernait cette église depuis 45 ans environ, mourut le â8 novembre 4084 et fut enterré devant les degrés de l'autel majeur de l'abbaye de Saint-Vincent. Son siège resta vacant pendant plus d'un an, et nous avons à nous occuper d'une manière toute particulière de son successeur Hoêl. Guillaume-le-Conquérant tenait d'une manière absolue à ce que le prélat gouvernant l'église du Mans lui fut entièrement dévoué. Il voulut donc nommer à ce siège Sanson de Bay eux , son chapelain ordinaire, qu'il avait élevé à la cour et qu'il aimait beaucoup. (Quem d pueritiâ nutrivi et amavi sedulb,) (Orderic Vital.) Il se méfiait beaucoup de h population mancelle — plebs simitimis procax et sanguinolenta , Bominisque suis ssmper contwnax et rebellionis avida, disait Willelmus. — A l'offre de son souverain, Sanson répondit que, suivant la tradition apostolique, il fallait pour l'épiscopat un homme dont la vie fut entièrement pure :

« Ego autem, dixit, in omni vità meâ sum "oaldè reprehensibiUs Tu es

€ fin (callidus) , lui répondit le roi , mais j'en réfère entièrement à ton

« choix Vous avez dans votre chapelle, dit Sanson, un clerc .pauvre ,

c mais noble et d'excellentes mœurs , qui est digne de vos faveurs. Il est « Breton d'origine et s'appelle Hoël. »

Hoël fut donc mandé , mais à l'aspect de ce jeune homme d'apparence.misérable, — in humili habitû macilentem, — le roi se retourna brusquement vers Sanson : « Serait-ce cet homme que tu proposes? » Sanson rassura le roi , qui examina le candidat avec plus d'attention, et quelques moments après, Hoêl , stupéfait , apprenait de la bouche de son souverain , qu'il était résolu de l'élever à l'épiscopat.

C'est ainsi qu'Hoël fut nommé évéque du Mans.

Pendant seize années il remplit ces augustes fonctions , en reataiit tou-^

jours fidèle au souverain qui avait daigné le tirer de son obscurité. Le roi lui donna l'investiture du domaine féodal. (4)

6uillaume-le-Conquérant le fit donc conduire au Mans pour qu'il fût proposé au choix du clergé et du peuple. Cette élection était encore regardée comme une formalité indispensable. € Les Souverains Pontifes ne cessaient « de réclamer en faveur de la liberté du choix des pasteurs , dit dom Piolin ; « mais l'abus de recevoir de la main des souverains du pays des candidats « qui étaient infailliblement élus, subsistait presque partout. (2) Dans « cette circonstance, du moins extérieurement, Guillaume respecta les « prescriptions canoniques. Les votes des clercs et du peuple du Haine ne « firent que confirmer le choix du prince Normand. Il est difficile cepen-

(1) Orderic Vital.

(9) Les réclama tioD 8 des papes & ce sujet deraient dater de fort loin et sartoat depnis l'entrée des barbares dans les dignités ecclésiastiques. Pour la première fois l'église du Mans vit, en 543, les passions mal contenues d'un évêque Franc jeter le trunble dans son sein. D'un côté, les Francs considéraient que ces terres, dont les Mérovingiens avaient été si libéraux envers le clergé, c'étaient eux qui les avaient conquises , d'un autre côté répîscopat et les dignités ecclésiastiques étant devenues un grand pouvoir, il faUait s'attendre à ce que ces vainqueurs chercheraient & s'en emparer d'une manière quelconque. Le meiUeur moyen était de s'y introduire eux-mêmes, mais ils ne pouvaient le faire sans y apporter leurs mœurs et leur esprit encore empreints de la barbarie primitive. L'Eglise subit encore une autre invasion, celle de Gallo-Romains cupides, achetant leurs évèchés et ne pouvant donner que Texemple du mal, par suite de leurs habitudes corrompues par une civiUsation dégradée et livrée à toutes les influences de la barbarie.

L'envahissement ne fut complet qu'au VI1»« siècle. Dans un diplôme de Clovis II, de l'année 633, il n'y avait plus que cinq noms romains sur quarante-cinq signatures : d'où il suit qu'à cette époque, dit Dom Piolin, les barbares formaient la majorité du haut clergé, si ce n'est du clergé tout entier. L'état ecclésiastique fut complètement désorganisé et tomba aussi bas qu'il pouvait tomber sans être anéanti, malgré les efforts des papes et des conciles : « Or c'étaient, dit M. Fauriel (Biitoire de la Gaule, 1836^, non-seulement des Ger- « mains et des Francs, mais ce qu'il y avait parmi eux de plus sauvage. C'étaient les Leudes « de Charles-Martel , ses compagnons de guerre et de victoire , de vrais Francs retrempés « h son service dans la rudesse primitive des mœurs barbares ; c'étaient des guerriers avenc tureux appelés par un second Clovis à une seconde conquête de la Gaule et menaçant « d'effacer jusqu'aux derniers vestiges du passé. » Que pouvait-être le clergé sous de tels chefs?

Quels avaient été les motifs de Charles-Martel pour laisser ces hommes s'emparer des dignités ecclésiastiques et de pouvoirs si redoutables à tous les points de vueT Or les Saxons, les Bavarois, les Alemans et les Frisons, qui s'étaient soulevés contre Pépin d'Héristal, refusaient obéissance à son successeur. De concession en concession, de guerre en guerre, toutes les terres, tous les bénéfices avaient été successivement concédés aux Leudes, qui ne considéraient pas le service militaire comme un devoir gratuit, mais comme un acte volontaire exigeant une récompense. Reprendre aux hommes d'église tous les biens qu'ils avaient reçus des rois Francs, ce n'était pas possible et bien impolilique; il tourna la difficulté en donnant à ses Leudes et les évèchés et les bénéfices vacants, et ceux-ci n'en prirent que le nom, tout en conservant leur costume et toutes leurs habitudes — Bic Carolut ret ecclisiarum propter atnduitatem beUorum lateit tradidit, —

De là tous ces désordres, qui ont servi de texte à tant d'écrits contre l'Eglise envahie par des hommes indignes d'en faire partie, de là ces moines et ces nonnes dont on a perpétué l'histoire sans se reporter aux causes qui ne pouvaient produire que de pareils résultats.

JKAN, PREMIER SEIGNEUR. 39

€ dant de croire que Télection se soit faite d'une voix unanime , à moins € que les partisans de la puissance angevine ne se soient abstenus d'y € concourir. »

Hoêl était d'ailleurs digne de l'épiscopat et avait été formé au Mans par Arnaud, son prédécesseur et son parent : dans un âge très-peu avancé, il avait été nommé doyen par les chanoines de Saint-Julien — favore totim cleri ejiud&m Ecclesiœ decanum ArnaldiLs statuerai. — (Vetera analecta).

Probablement qu'Hoêl , pour se mettre à l'abri de tous les troubles qui agitaient la province, avait accepté des fonctions dans la chapelle du roi.

Mais Foulques-Réchin , l'ennemi né de tous les partisans du Conquérant, chercha tous les moyens pour empêcher Hoël de prendre possession de son siège. (4) Il était maître de toute la Touraine depuis la captivité de son frère Geoffroy-le-Barbu , et tout y pliait sous son joug de fer. Obéissant aux instigations du roi Philippe, il avait, en 1081, chassé de sa métropole l'archevêque Raoul , qui, d'accord avec les légats du siège apostolique, avait enlevé au monarque français les investitures ecclésiastiques. Au moment où Hoël fut élu , l'archevêque de Tours était encore en fuite , et lorsqu'il fut rentré dans son diocèse, les menaces du comte l'empêchèrent de remplir son devoir. D'ailleurs Hoël en se rendant à Tours pouvait craindre d'y être arrêté par les satellites du farouche comte. Enfin , il fut sacré à Rouen le Sll avril 1085. (2)

Aux qualités les plus estimables , Jean de La Flèche joignait la fermeté et la vaillance. Dans les récits d'Orderic Vital, nous ne trouvons aucun fait eu contradiction avec cet éloge bien mérité. Nous venons de le voir à l'œuvre, toujours fidèle à la même cause , qualité si rare à cette époque.

n fut très-peu mêlé, quoique potentisimus , à toutes les agitations des deux provinces ; il en subit souvent les dangers et les tristes conséquences sans les avoir causées lui-même. Vassal du Réchin, il était soit le beaufrère, soit l'oncle des comtes du Maine; et il ne reconnaissait de pouvoir sérieux que celui de Guillaume, roi d'Angleterre. Ses trois fils : Gauzbert (Goisbertus), Hélie (Hélias), et Enoch , suivant Orderic Vital , portaient alors les armes : nous ne savons quelle part ils prirent à toutes ces guerres du vivant de leur père. — Tertia (filia) vero Joanni Domini Castri, quod Fltcekia dicitur, nupsit ; quœ marito siw très libéras, Goisbertum , Heliam et Enoch peperit,

c Le Haine obéissait à regret aux Normands , dit Depping (1835) ; ceux- « ci accusaient les Manceaux d'être turbulents et séditieux — quasi natu- € fait semper inquietudine agitantur, et mobilitate sué pacem turbant, € ipsique turbantur (Ord. V.) — Il est vrai que les Manceaux ne voulu-

(1) Chrooiqne de Toaraine. SalmoQ.

[%) Gallia christania — Pommera j, E. des areh, dé Roum,

« rent jamais se soumettre aux Normands , que leurs ancêtres avaient vus « jadis arriver dans le pays comme des aventuriers et des pirates. Aussi « saisirent-ils toutes les occasions pour secouer le joug de fer que Guil- « laume faisait peser sur eux. Le vicomte Hubert, seigneur de Beaumont « et de Fresnay, n'avait pas oublié la prise de ses châteaux dans la dernière « guerre. Il attendait le moment de la vengeance. »

Le Maine était donc dans un état d'agitation incessante. Le vicomte de Beaumont s'était rallié au parti du comte d'Anjou et , secondé par les forces de Guillaume de Nevers , son beau-père , il essaya de faire soulever les habitants du Mans contre le roi Guillaume. Averti par Hoël , qui lui restait toujours dévoué , ce prince accourut avec une armée, s'empara facilement de Beaumont et de Fresnay et vint ensuite mettre le siège devant Sainte- Suzanne. Sans attendre l'ennemi, Hubert de Beaumont s'était enfermé dans ce dernier château avec toute sa famille et ses trésors. Sainte-Suzanne est située sur une petite montagne près de la rivière TErve. — Istud mtmicipium ad quod confugit, super Ama fluvium situm est, in ardiiâ rupe, in confinio Cenomensium et Andegavensium, — (Ord. Vit.) »

Hubert de Beaumont était un des chevaliers les plus accomplis de son temps — Erat enim nobilitate clarus, sensuum probitate prœcipuus , ingenti virtute et audacid fervidtis, etper his insigniis longé, latèqu^ famo^us. — (Ord. Vit.)

n est peu de faits d'armes au moyen-âge qui puissent être comparés à cette magnifique défense du château de Sainte-Suzanne; elle dura trois années. Les guerriers les plus renommés d'Aquitaine et de Bourgogne accoururent pour y concourir, flers de combattre sous un tel chef et de s'enrichir comme lui avec les rançons de nombreux prisonniers. Dans ce remarquable conflit , Robert de Vieux-Pont, Robert de Gacô et un grand nombre de guerriers de marque succombèrent. Les Anglo-Normands voyant le siège se prolonger indéfiniment avaient établi un camp fortifié dans la vallée de Beugi.

Enfin , reconnaissant la supériorité du vicomte du Mans , les ennemis demandèrent la paix — et quia Hubertum nec probitate nec felicitate superare volebant, mutato consilioque ad régis amicitiam eiim revocare tmtabant. — D'après ces ouvertures , Hubert ne craignit pas de se rendre luimôme en Angleterre et fit sa paix avec le roi. Ce prince , dont il tenait les troupes en échec depuis trois années , lui rendit toutes ses propriétés et seigneuries dont héritèrent ses fils Raoul et Hubert.

Cet accord doit-il se rapporter à Guillaume-le-Conquérant ou à son fils Guillaume-le-Roux, qui lui succéda?

Ce nouveau soulèvement du Maine eut lieu en 4083. Suivant DomPiolin, le siège de Sainte-Suzanne dura trois ans et le même écrivain dit que la mort de Guillaume suivit de près cet accommodement.

Or ce prince mourut le 9 septembre 1087.

Orderic Vital parle de quatre années — Normanni et CeTwmanenses gaudebani, qui quadriennio conflictu multipliciter vexati fuerant, — Quoique ces dates soient bien rapprochées , le récit de Dom Piolin peut encore être admis. (1)

Dès à présent, nous devons appeler l'attention sur le nom de Beaumont et surtout d'Hubert , dont l'un des héritiers tint plus tard la seigneurie de La Flèche de Richard-Cœur-de-Lion, ou plutôt de son neveu Arthur de Bretagne : point historique très-controversé. D'ailleurs par leur qualité de vicomtes du Maine, les Beaumont étaient les premiers lieutenants du comte souverain et par conséquent d'Hélie, fils de Jean de La Flèche, comme nous aurons bientôt à le dire.

Jean de La Flèche ne devait pas longtemps survivre au roi d'Angleterre, qu'il avait si fidèlement servi. L'âge commençait à lui faire sentir ses atteintes. En 1 087, il concéda à l'abbaye de Saint-Aubin, suivant l'usage de ces temps, des fiefs, des droits particuliers et des terres : au point de vue de l'histoire, les chartes, où les dons des seigneurs sont consignés , ne sont jamais assez multipliées ; car c'est par elles seules qu'on peut éclaircir les doutes sur les points controversés et s'édifier d'une manière irréfutable sur les noms et les familles des signataires de ces actes, qui étaient précieusement conservés dans les monastères, et le sont à celte heure en partie dans les archives nationales et départementales. Celles du Mans possèdent l'original de la charte contenant le détail des concessions faites par Jean de La Flèche. Nous la donnons en note dans son complet ; ce titre est intéressant pour La Flèche et nous devons le consigner dans cet ouvrage.

On a bien voulu nous mettre à môme de la reproduire sur une copie : € Collationnée $ur l'origirial en parchemin à nous représenté et rendu au < thrésor de Vabbayede Saint-Aubin d'Angers, suivant notre procès-verbal € de ce jour 4* de Janvier 4642 et par vertu d3 la commission mentionnée € àla requête de noble et discret M"* Michel Amelin prêtre conseiller au- € mônier de la reine mère et curé de La Flèche powr Im servir au procès qu'il € a en la Cour du parlement de Paris contre les pères Carmes dudit lieu de € La Flèche par n>ous huissier du roy dem^ à Angers. Présent Gouravd € du4. lieu notre adjoint; signé Apvril, p. Gouraud adjoint. (2)

(l)Oa renconlre dans les chartes, Cmomanni, orvm—Cenomanni galliee, vulgà Le Maine, Daos Dacaoge, Cenomanenses, ium. Cenomanni est considéré comme substantif, et Cenomanenses comme adjectif, ainsi que Cenomanieus , a, urn; M est quelquefois employé dans la première syllabe , mais rarement.

(S) Cnm Bobis expédiât in utilibus rébus quantum possumus oblirionem fugere, opportuoum est quolibet scripto servare quod constat generationi venturae profuturum esse. Scribimus itaque quod quidam rtr nohilit et miks egregius , qui nomen est Joannts de Fissd , largitos est de honore suo allquid Deo et Sancto-Albino et ejus Monachis, sine h&sitatione,

D'après ce titre , Jean de La Flèche — vir nobilis et miles egregius — donna à l'abbaye de Saint-Aubin l'église de Saint-Odon — Sancti-Àudouini — depuis Sainte-Colombe , comme il la possédait lui-même, et sa propre chapelle construite en l'honneur de Sainte Marie toujours Vierge, une mesure de bonne terre , c'est-à-dire autant que quatre bœufs de la plus grande force peuvent , suivant l'usage des laboureurs, en retourner en un jour, et un pré devant l'église de Saint-Odon avec d'autres placés plus loin , très-probablement ceux qui se trouvent entre l'église et le moulin de la

prœsameDS aUqnod levamen peccatoram saoramprotaU opère se posse promereri. Non enim proptereà à Monachis aaram vel argeotnm qaœsirit : sed simpliciter pro redemptione animas SUS) et patram et matram suorum et GUoram suoraoi donavit quidquid donavii. Sed jam sunt nominanda distincte aniversa quao dédit, ut rem totam sicut est cognoscant qui carthnlam istam lecturi suntvel audituri. In proprium igitur dédit ecclesiam Sancti-Àudonini, sicut et ipse habebat et capellam suam quœ in Castello ejus sita est et constrncta in honorem Sanctœ Marias semper Virginia. Dédit etiam unam mensuram optims tclluris , id est quantum quatuor immenses fortitudinis boves arare possunt juxta morem agricolarum et quoddam pratum ante ecclesiam Sancti-Âudouini cum aliis pratis longiùs positis. Praeteroi donavit hortum suum et virguUum suum, et designavit eis locum quod burgum facerenl ot proprium furnum haberent. Burgentes verà qui ibi habitarent dccrevit esse in poteslate Monachornm, nulli homini qualemcumque consuetudinem redditurosnisiMonachis, excepto quod CasteUum ejus custodient, quandô super hostes sues perget. Donavit et decimam raolondinorum suorum in annonâ et in piscibus, et decimam panum de fumo sao. His doois adjunxit decimam vinearum suarum atque carrucarum. Omnibus bis donationibus interfuit Elias Glius ejus, et cancta superiùs memorata Monachis libenter concessit. Erant autem cum eo Hugo, frater Gualdini de Malicornant, Giraldus de Cleeriis et Àrchambaldus fiUus Ulrici; de Alonachis; Giraldus abbas, et Gaufridus bajulus ejus, et Hubertus prier et Nor» bertus ostiarius, et Frotmundusde Viriaco; de homnibus Monacborum : Àdulfus prepositus eorum, Haimarius Malspetith , Robertus de Treviis, Hilarius frater Adulfi, Gaaiterius Bornus. Gonstantinus Coqus, Ernaldus Brionius, Rainaldus Gundrannus. Hi omnes testes suntdonorum istorum.

Rectum apud Fissaro, anno ab incamatione Domini millesimo octogesimo septimo, indictione prima , cycle secundo , idus februarii qui terminus evenit sabbato, régnante Philippe rege francorum, tempore Fulconis comitis junioris, anno nono decimo comitatns ejas, sedente Gaufrido in cathedra episcopali annis quinque — Petnu monaekut indignus teripsU.

En compulsant le précieux cartulaire de l*abbaye de Saint-Aubin déposa à la bibliothèque d'Angers, nous n'avons trouvé que la note suivante se rapportant aux dons que fit encore Jean de La Flèche au moment où il obtint de revêtir en mourant la robe de moine qu*il leur demanda en versant des larmes avec leur bénédiction :

Cartola ok Fissa.

Perindé cartula de Fissa quomodo Johs dnus ciusdem castri dédit sco Albino et ejus monachis eccliam sci Aldoeni atq. capellam suam in eodem castro constrnctam in honorem ace Marias virginis. Alias plurœ arta quando apd Cnstrum-guntery suscipiens monachilem habitum , supradicUs monachis dédit decimam pedagû Castelli sni et pasnagioz suos arta de Elia fllio eius quo Die sépulture patris in capitulum Sci Albini.

Celte pièce originale et de récriture du temps ne porte pas les signatures des intéressés et des témoins comme cela était toujours d'usage. Elle ne paraît pas être complète, puisque la charte citée mentionne encore d'autres dons que nous n'y voyons pas inscrits : et concessit si quis de casatis suis aliquam partem de casamento suo donare vellet monachis aut vendere, et totum praesbiteratum ecclesiœ de Lusdo prœsbiteri gratantes eis concedere yoluerunt.

JEAK, PRBXIER SEIGNEUR. 43

Bniëre. A ces dons , il joignit celui de son jardin et de son verger, et leur désigna un endroit pour bâtir un bourg et y construire un four banal. (La tradition , conforme d'ailleurs à la position des lieux, désigne le terrain affecté à ce verger et à son jardin tout celui qui est occupé par la Beufferie et qui se trouTait compris dans l'enceinte de murs et d'eau formant du côté du midi l'une des principales défenses du château féodal). Il décida que ceux qui habiteraient ce bourg, seraient sous la puissance des moines auxquels ils prêteraient foi et hommage et qu'ils leur appartiendraient pour le service, à l'exception du temps où l'ennemi venant â l'attaquer, il les emploierait à la défense de son château. Il leur donna , en outre , la dime du blé , qui serait porté à ses moulins, celle des poissons qu'on prendrait dans les rivières de ses fiefs, et celle du pain qui serait cuit à son four banal , puis enfin la dixième partie du produit de ses vignes et des charrois qu'on lui devait. Les principaux témoins présents à cet acte furent Qualdin , seigneur de Malicome, Girard de Cleers, Archambaud fils d'Ulric, et Girard, abbé de Saint-Aubin.

L'église de Saint*Odon est celle que nous connaissons maintenant sous le nom de Sainte-Colombe, nom que lui donnent au reste toutes les chartes du XII"*« siècle , qui y sont relatives. Saint-Odon était un religieux bénédictin , né dans le Maine d'une famille noble. Il fut chanoine de Saint-Martin de Tours et mourut en 938 (Dictionnaire Hisloriqut de l'Avocat). Dans la bulle du pape Paschal II accordée en date du 4 juin , de l'indiction XV"*' de l'an 1 1 07, à Archambaud , abbé de Saint- Aubin , comme confirmation des biens de ladite abbaye situés dans le diocèse d'Angers, nous trouvons dans la nomenclature de ces biens ou possessions et Sancti-Avernerii^e-Fissia ÇLà Flèche) $eu Cotumba (Sainte-Colombe). Sanctus Avemerim, sanctus Audouinus et sanctus Audoenus ont la même signification — Saint-Odon.

L'origine de la Beuffrie et de la Boirie , faubourgs de La Flèche , date de cet acte de concession de ces terrains commandant du côté du midi les abords de la rivière du Loir. Ces faubourgs devenant la propriété d'un puissant monastère , restant toujours neutres dans ces perpétuelles discordes , devenaient une véritable défense morale pour le château de La Flèche. Ils ont toigours dépendu et dépendent encore de la paroisse de Sainte-Colombe, maintenant annexée, comme commune, à la ville, dont ils ne sont séparés que par le Loir.

Il ne faut pas confondre l'église de Saint-Odon (Sainte-Colombe) avec celle de Sanctus-Audoenus cenomanensis (de Saint-Ouen du Mans). Ainsi l'on possède aux archives du Mans un décret rendu en 4114 par Hildebert, évèque, confirmant la possession des églises que les moines de Saint- Aubin possédaient dans son diocèse : — Cenomanni civitatis intra muros SanetuS'Petrus (Saiqt-Pierre-rl'JEnterré), ej^tra muros SanctiLS-Audoenus (Saint-Ouen).

Quelques temps après , Jean de La Flèche , étant tombé malade à Cliàteau-Gontier et ayant obtenu des moines de Saint-Aubio avec leur bénédiction la permission de revêtir leur propre habit , donna à ces religieux la dime du péage de son château avec ses panages (droit de faire paitre les porcs dans les forêts) et consentit à Tamortissement des biens que les moines viendraient à posséder, à titre de don ou d'acquêt dans l'étendue de son domaine. D'après ce titre , les prêtres de l'église du Lude (de Lusdo) leur concédèrent immédiatement tout le presbytère.

tl mourut peu de temps après, et les moines ayant préparé son corps arec le plus grand soin (corptis diligenterprocm'Gaum), le transportèrent à Saint- Aubin, où il fut enterré.

Hélie, son fils, assista à ses funérailles, et suivant l'usage, plaçant un bâtoD dans la main de l'abbé Girard , confirma tous les dons que son père leur avait faits. De son côté, les moines l'associèrent ainsi que son frère aux bienfaits de ladite abbaye.

Quoiqu'Héiie ne fut pas l'aîné , il paraît que son père l'avait d'avance désigné pour son héritier, le considérant comme bien supérieur à ses frères et pouvant répondre par ses grandes et héroïques qualités à toutes les exigences d'un temps aussi difficile. Guillaume de Poitiers, plus informé peutêtre à ce sujet qu'Orderic Vital, dit qu'Hélie eut six frères, deux aînés Gauz* bert et Enoch, qui, après avoir fait la guerre devinrent moines, et quatre autres lo/fredus, Lancelinu^, Milo et Guillelm/us, qui moururent dans l'enfance ou au moins très-jeunes — immatura morte preventi sunt.

Nous sommes certains que Gauzbert et Enoch devinrent moines de la Couture an Mans et furent enterrés dans l'église de cette abbaye; car 1'^taphe gravée sur la tombe d'Hélie, qui y repose, se termine ainsi : < Huius « fratres Goisbertus et Enoch, ex militibm in hoc Cœnobio rrion,achi fticti, € in eadem BasiUca sepulti sv/nt. »

Burbure donne à Enoch le nom de Viard. Ainsi que le prouve une charte originale de 1 087 à 1 4 4 0, Viard était le meunier du château, Viardm, molne^ rius dî Castro Fiss3. Peut-être Burbure aura-t-il traduit molnerius par moine et de là a été amené à penser qrie ce moine ne pouvait être qu'un des deux flls aînés de Jean. — (Molnarius, molnerius , meunier, Statuta-MassiL — Dkt. Ducange,)

Cependant Gauzbert, fils aîné de Jean et qui demeurait au Mans, irrité probablement de se voir écarté du principal héritage donné à son frère cadet, se mit à contester aux moines tout ce que Jean son père leur avait donné.

L'abbé Girard lui envoya trois moines, qui vinrent au Mans et arrivèrent à conclure avec Gauzbert un arrangement par l'entremise du vénérable évêque Hoël , et il fut convenu que, moyennant 10 livres deux deniers angevins, Gauzbert confirmait tous les dons faits par son père tant pendant sa vie qu'à l'heure de sa mort.

Pour ne rien laisser dans le doute autant qu'il est possible, nous allons citer une charte analysée dans les documents historiques des Archives du Mans. Dans cette charte, Jean de La Flèche considérant Taumône comme le meilleur moyen indiqué par TÉcriture sainte pour opérer son salut : « Date eleemosynam et omnia munda sunt vobis, » ajoute aux précédents dons par lui faits déjà aux moines de Saint -Aubin établis — apud Fissam, — le droit de prendre dans sa forêt le bois nécessaire au chauffage de leur four. Il investit de ce don l'abbé Girard avec un bâton qu'il place sur Vautel, dans le chapitre de Saint-Aubin. Enfin, il prononce pour quiconque viendrait à contester cette donation ^imprécation suivante : Imprimis iram Dei amnipotentis incurrat, et cum Juda traditore damnationem a^cipiat.

Cet acte est daté de 4095, sous le règne de Philippe , roi des Français, du temps Fulconis comitis et signé par plusieurs témoins et entre autres Giraldus ou Hiraldus de Cleeris, dont nous rencontrons le nom dans presque toutes les chartes de Jean.

Celle-ci est terminée par le signe du donateur, ainsi flguré :

SiGNUM I JOHANNIS

DE I FiSSA

Original en latin, de 4095.

Or Jean mourut en \ 088 environ un an après Guillaume-le-Conquérant. Nous devons dire que cette charte, dont l'existence est certaine, a dû précéder les autres et être faite avant 4087. (4) Sa forme solennelle nous indique que Jean de Beaugency ne faisait que commencer à se rapprocher des moines de Saint-Aubin déjà établis apud Fissam : ils possédaient , en effet, le prieuré de Saint-Thomas.

Aucune pièce, à notre connaissance, ne fixe l'époque de leur établissement dans cette église depuis longtemps la principale de la ville de La Flèche. Nous restons maintenant convaincu , sans même tenir compte des marques architecturales, que Saint-Thomas existait, comme prieuré, dans le commencement du XI"* siècle.

(1) Beaucoup de titres à cette époque sont sans date : et on ne peut sô fixer que d*après les noms des signataires. D'autre part, beaucoup signaient après coup. Le fondateur ou le donataire exprimait sa volonté; Tacte était dressé, puis la signature était donnée plus tard; et comme on le fait à cette heure pour des contrats de mariage, les moines faisaient signer leurs chartes de fondation par des personnages importants ou ayant un intérêt dans ces donations. Dans le cas qui se présente, il nous paraît cerlain que la date a été apposée, qoand tous ceux dont les moines désiraient avoir les noms eurent signé.

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