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CHAPITRE TROISIEME

SEIGNEURS DE U FLÈCHE. - 1» MAISON DE BEAUGENCY; HÉLIE. DEUXIÈME SEIGNEUR DE U FLÈCHE.

(De 1088 à 1109.)

Hélie hérita , comme nous Tavons dit, de la seigneurie et de tous les fiefs de son père. Il avait épousé Mathilde — generosa conjux (h) — bien digne d'ane pareille union , quoiqu'elle fut du sang des farouches Bellesme. En effet, GerTais , évéque du Mans de 4035 à 4055 était fils de Haimon (Aimon, Hamelin, Amelin), seignenr de Château-du-Loir, et de Hildeburge , fille d'Yves, premier seigneur de Bellesme, et sœur de l'évéque Avesgaud. Ger- Tais eut trois frères : Bouchard , qui devint seigneur de Château-du-Loir, Robert et Ursio. Bouchard fut Tûeul de Mathilde.

Tons les historiens s'accordent à peindre Hélie comme un guerrier aussi brave que pieux : < Vir multis erga Dei cultum hx)nestatibu8 viguit, popu- € liqut regimen in timoré Dei salubriter servavit. » (Guill. Pict.) Son mariage lui avait donné la possession de quatre villes ou bourgs fortifiés (castella) Clidteavr'dU''Loir, May et, Luchi, Oustillé, Il n'eut de Mathilde qu'une fiUe^ Eremburge , qui , devenue nubile , épousa Foulques d'Anjou , fils du Réchin et de Bertrade.

Hélie, dit Orderic Vital, brillait entre tous par sa haute taille et la force de son corps , sa tournure gracieuse et élancée ; sa barbe était noire et hérissée , ses cheveux coupés courts comme ceux d'un moine.

Il avait la parole facile et la voix agréable. Toujours accessible aux hom-

(1) Le livre des chroniques d'Âojoa contient ane erreur qnant à la femme d*Hélie :

< Hélias, filins iohannis de Fleca, Sibillam filiam cujusdam comitis Longebardiœ neptem

< scilicet Hereberti quondàm Cenomanonim comitis , duxit uzorem et cum ea comUatum

< cmomaniœ iuscipii, . . »

Les derniers mots pouvant faire croire qu'Hélle était devenu comte du Maine du chef de sa femme, qni, elle, aurait été d'après ce qui précède fille d'Hersande et d'Azon, marquis de Lignrie. Cette seconde erreur vient de la première. Le droit de succession d'Hélie venait ^ sa mère, PauU, sœur du comte Herbert.

mes de paix , il se montrait en môme temps sévère envers les perturbateurs. Rigide observateur de la justice , il était constamment occupé de bonnes œuvres. Bien souvent son ardente piété se traduisait par les larmes qui baignaient ses joues. Il ne transgressait jamais les lois de l'Eglise , jeûnait exactement et faisait de larges aumônes aux pauvres ; tous les vendredis de chaque semaine (singulis hebdomadibus feria VI) il se privait de toute nourriture en l'honneur de la passion de Jésus-Christ. ({)

Ainsi doué par la Providence qui lui réservait de plus grands honneurs , Hélie avait dû être choisi par Jean pour être le chef de sa maison.

Hélie de La Flèche ne parait pas avoir partagé les opinions de son père au sujet de la domination Anglo-Normande dans le Maine : il pensait que la couronne comtale devait être ceinte par le plus proche héritier de son oncle Herbert et à son défaut par le plus digne des descendants des anciens souverains du Maine. (2) Déjà Azon, son oncle , avait laissé le terrain libre;

(1) Erat enimprobns et honorabilis, et magnas, statarâ gracilis etprocerns, niger et hirsutus, et instar Presbyteri benè tonsns. Eloquio erat snavis et facnndas; lenis quietis, et asper rebelUbus; jastitisB cultor rigidas et in fervore Dei ad opus bonum fervidas. Qaantœ pietatis esset in orationibus, ac devotionis, indicabant ejus gen» crebrô madeotes lacrymis. Defensionibusecclesiaram, elcemosymisqaepauperam, et jejuniisadmodùm Tacarit; et singolis hebdomanibus feria VC io veneratione passionis Christi ab omni cibo et pota ex intègre abstinuit. (Orderic Vital.)

(2) Virent e sorent cil deu Maine

Les ennuis plusors e la paine

£ qii*en maint sen descreist et pert maint , demeure — sen , son.

A vene li dax Robert.

Por ce que trop orent baie

La seignorie de Normendie ,

Parlèrent tant à un baron,

Chevaler proz e de grant non ;

Helies esteit appelez ,

Larges e frans et alosez. alosez, glorifié, Ulusirt.

Joan de la Flèche ert sis père

S*aveft mnlt sage dame a mère.

Forz hom esteit cil deu pais,

D'areirs , de terres et d'amis.

Femme U ont Mansel offrie,

FiUe un comte de Lombardie faj.

Nièce Hubert I deu comte ainzné,

Cil qui del Rf ans out quens esté ; quens , eomfe.

De sa fille esteit ceste née.

Eissi unt tant Tovre parlée, eissit, ainsi — ovre, cetivre, ouvrage.

Por ce que trop lor ert saurage lor, eue.

Que sur eus eust seignorage.

De Normendie et de Normanz,

De rien n*erent plus desiranz ,

Que d'eissir en a celé feiz. aissir, sortir.

Tant dura Tovre e U conseilz

Que de Helies firent seignor.

(aj L'historien se trompe en disant que Jean de La Flèche épousa la fillo d*Azon , comte de Lombardie ; sa femme fut Paule, sœur d*Herbert et de la femme d'Azon.

HKLIE, DEUXIÈME SEIGNEUR. 49

Hersende sa tante et Hugues n'avaient pas pu se maintenir en raison de la conduite désordonnée de la comtesse et du despotisme de Geoffroy de Mayenne, son amant. Nul doute qu'après la mort de Jean, il ne porta immédiatement ses vues du côté du Mans. Les Manceaux — plebs semper contumax et rebellionis avida — lui donnèrent-ils l'occasion de se mettre en avant aussitôt après la mort de Guillaume-le-Conquérant, ou donna-t-il lui-môme le signal de la révolte? Les fils du roi d'Angleterre, Guillaumele-Roux , Robert et Henri avaient à se partager l'iïéritage de leur père : les préoccupations qui pouvaient surgir de cette circonstance devaient empêcher ces princes de porter leur attention sur le Maine. Quoi qu'il en soit , se considérant comme l'héritier légitime, le gouvernement d'Hersende et de son fils fatalement dominés par Geoffroy de Mayenne n'étant plus possible, Hélie entretint habilement les mécontentements; mais ne se sentant pas assez fort, il ne s'avança qu'avec calme et prudence, ({) et ne leva le masque qu'en 1089. S'étant donc emparé du château de Ballon, il commença par ravager le pays, puis s'introduisit au Mans, où il maltraita les habitants qui étaient restés partisans de l'occupation normande. (2) Sa présence décida probablement de la révolte complète du plus grand nombre, qui n'attendaient que le premier prétexte plausible pour se soulever.

On doit se souvenir que l'évoque Hoël était resté sincèrement attaché à Guillaume-le-Conquérant, auquel il devait son élévation : il était donc naturel qu'Hélie le considérât comme un adversaire redoutable et, cédant à de mauvais conseils , il résolut de l'empêcher de faire aucune démarche qui put venir à rencontre de son entreprise. Du reste, Hoël s'était servi immédiatement des moyens de défense spirituels qu'il avait entre les mains et qui, surtout à cette époque, n'étaient pas à dédaigner : il excommunia les rebelles, qui lui adressèrent les plus violentes menaces; et pendant qu'il était en tournée épiscopale, Hélie, l'ayant suivi, le fit prisonnier et l'enferma dans l'un de ses châteaux. (3)

Dans quel château ? Une vieille tradition veut que l'évéque se soit échappé par un trou que l'on montrait encore il y a peu de temps dans une arche du pont de La Flèche , appelé des Carmes. Cette tradition est doublement fausse à notre avis; car le pont détruit pour construire celui qui joint maintenant la ville aux faubourgs ne date que de 1600, et ensuite nous dirons comment Hoël fut remis en liberté par Hélie lui-môme. Le Paige dit (page 187, T. 1) : « Elie de La Flèche, mécontent de l'évô-

< que Hoël, qui siégea au Mans de 1085 à 1097 et qui favorisait Guillaume-

(]) Dom Bouquet, t. XH, p. 632. — Dom Piolin, t. Itl, p. 346.

(3} Dom Mabillon. Vet an., t. III. — Dom Bouquet, t. Xll, p. 542.

Q) lotereà dum, per diocesim suam cumclericis suis equilaret et episcopali more officium nom solerter exercerai, Helias de Flechia eum comprehendit, et in carcere, donec Hugo in orbe ccnomanica susceplus fuissct, Tînctum Praesnium tcnuit. (Orderic Vital).

« le-Conquérant , roi d'Angleterre, duc de Normandie, le retint dans ce « château. » Le Paige a voulu dire Guiilaume-le-Roux ; car à cette époque le roi Guillaume-le-Conquérant était mort depui trois ans.

Le P. Bondonnet, bénédictin, auteur de la vie des évoques du Mans, parle de cette prison et du château de Fissâ, comme d'un lieu inconnu, et Courteil dit que c'était le château du Lude. L'un et l'autre ignoraient probablement que Fissâ était alors un des noms de La Flèche employé indifféremment dans toutes les chartes latines avec celui de Fixa.

Le château du Lude n'appartenait pas en propre à Hélie, qui parait n'avoir été que seigneur féodal de ce territoire : deux castra ou castella portaient ce nom; le premier était tenu par Vivianm de castello Luxdi (Le Lude) et Aremburgis sa femme, ainsi que nous le dit une pièce de la fin du XI"« siècle ; le second appartenait à Jean du Lude. Une charte de la même époque parle de la Tour de Jean de Lusdo ; cette tour nous paraît être la tour féodale , puisque peu après elle était attaquée par Hubert , vicomte du Maine , et Robert-le-Bourguignon , ses neveux. (1 )

(1) Il «liste trop de rapports entre La Flèche et le Lnde pour que nous ne nous arrêtions pas ici en note et sans interrompre notre récita qui s'y trouve intéressé à cause de Hubert de Boaumont, vicomte du Alaine.

Les archives du Mans possèdent plusieurs pièces ou chartes sur le Lude. Ainsi l'une sans date, de la fin du XI"« siècle, dit : Don fait aux moines de Saint-Aubin par Virnamu de castello Luxdi (Le Lude) et Aremburgis , sa femme , de terres , de prés et de vignes qu'il possédait dans l'aleu de Saint-Aubin apud Luchiacum (Luché), mais avec une réserve d'usufruit pendant leur vie. — Par une autre charte , le même Vivien du Lude abandonne i l'abbaye de Saint-Aubin l'usufruit réservé par la présente. Cette cession se fait apud ea$teUum Luxdi, en présence d'Adam, fils du donateur, moine de l'abbaye de Saint-Aubin, et de son gendre, Ces deux pièces indiquent d'une manière irréfutable l'existence d'un phfltean du Lude casUllum Luxdi ou Lusdi, Or le mot château se rend en latin par castrum ou ctutellum, une simple citadelle, n'ayant d'autres habitants que les soldats chargés de la défense par arx. Nous rencontrons une pièce de la fin du même siècle, qui vient nous dire que le chftteau féodal n'était pas celui de Vivien , mais celui d'un nommé Johannes de Lusdo : Jugement rendu tempore quo Hucbertus vice-cornet et Robertus Burgundut conabantur diruere turrem Johannit de Lusdo (Le Lude), par lesdits Hubert et Robert, siégeant tn caméra prifna vice<omitis, en faveur de Fulchranus prior et Gaufridus bajulus. et WiUelmus medicus, moines de Saint-Aubin, contre Aremburge , épouse Viviani divitis , Rigaldum,

son fils, et Seninum, son gendre : Boc judicamentum judicaverunt Robertus Bur-

gundus et Hucbertus proconsul

Hubert de Beaumont, vicomte du Maine, est celui qui défendit si vaillamment son château de Sainte-Suzanne contre les troupes de Guillaume-le-Conquérant, aidé par Robert de Bourgogne ou plutôt de Nevers, dont il avait épousé la sœur, Ermangarde. Robert devint, du chef de sa femme, Avoise de Beaumont, seigneur de Sablé.

Nous ne pouvons dire à quel sujet Hubert de Beaumont et son beau-frère vinrent attaquer la Tour de Jean du Lude. Cette tour n'était probablement qu'une des principales défenses du château de ce seigneur. Une charte de la fin du XI*»« siècle, relative à une vente aux moines de Saint-Aubin , dit : une borderie de terre au lieu qui dicitur Dorai . dans la chfltellenie Lusdi castri super Ledam (du château du Lude sur le Loir)

Dom PloUn pense qu'Hubert de Beaumont mourut peu de temps après Guillaume-le- Conquérant; cette entreprise contre le château du Lude ne peut avoir eu îlou qu'entre 1087 et 1089.

Que révéque ait été retenu dans le château de La Flèche ou dans tout autre, ce point historique est sans importance; mais par le fait d'Hélie,

Kons aToas été frappé de la qualité donnée à Vivien dans le Jugement rendu par Hubert de Beaamont et Robert -le-Bonrgaignon. La première pièce dit Vivianus de eastello Lusdi, la seconde Aremburge épouse Yiviani divitit] Vivien le riche; cette épithôte ne peut 8*appli- (pier qu'à un bourgeois élevé au-dessus des autres par sa richesse et dont Thabitation avait Qo aspect plus confortable et plus important, possédant, en outre, quelques moyens de défeose contre les coureurs et les pillards. A cette époque, on ne pouvait pas être seigneur OQ châtelain , sans être riche et noble. Qui était ce Jean de Lusdo dont des chevaliers si renocunés cherchaient à détruire la principale tour de son chAteau?

Ménage a trouvé qu'au commencement du Xl<"« siècle il existait un Isembert du Lude, Il en e»t parlé dans une narration très-curieuse, au point de vue de Thistoire d*Anjou , tirée

d'un titre du cartulaire de l'abbaye de Saint-Aubin d'Angers : < Nam monachi

c (Sancti-AIbini; tune omnes medietatem eurtis eampiniaei, et dominium, et vavatsores, in

< dommieatu habebant, Sed mortuo in. bello Pontilevensi (bataille de Pontlevoy), sicut tuprà t dietum est, Bucberto Rasorio, uxor ejus Isehbaadi db Lusdo, neptis Isembardi de Beilo^ t tidere (de Beauvoir), prœgnans remaneit, et peperit filium» qui posteà nominatut est

< Huebertus de Campania, >

Ménage dit ne savoir comment la terre du Lude est entrée dans la maison de Beaamontle -Vicomte.

La ville de Beaumont-le-Vicomte , dans le Maine (Bellemontium vice-eomitisj, est située sur la rivière de la Sarthe entre le Mans et Alençon. Raoul, premier vicomte du Mans, donna, en 994, aux religieux de Marmoutier, du consentement de Cana, sa seconde femme, régiise de Saint-Hypolite de Vivoin au pays du Maine; et en 1053, aux religieux de Saint- Serge, l'église de Saint-Remy, à Mangé. Suivant les titres de Marmoutier, il vivait encore en 1051. Sa première femme, Emmeline, dame de Montreveau ou Morveau. était fille d'Etienne , seigneur de Montreveau , et d'Adelburge , héritière du Lude , et fille , suivant Ménage, d'Uembard du Lude et sœur de Jean , mort sans enfants.

Let archives d'Anjou possèdent une charte du XI»* siècle, par laquelle Roger de Montreteau (Beanpreau , Anjou), chevalier, donne à Saint-Florent des coliberts do Saint-Sauveur, tons nommés dans cette charte.

Or Hubert I*', vicomte de Beaumont, fut le fils de Raoul et d'Emmeliue , petit-fils d'Isembard du Lude et neveu de Jean. L'attaque de la tour du chflteau de Jean se résume dans aoe querelle de famille à laquelle vint prendre part Robert-le-Bourguignon , le compagnon de guerre de son beau-frère. Jean du Lude abandonna ses droits et mourut, très-probablement, peu de temps après; car dans une charte de la fin du Xl**^ siècle, Ermangarde, femme de et veuve d'Hubert !"', vicomtesse du Lude, fait don à l'abbaye de Saint-Aubin de la dlme de Bosco de Logis, Cet acte est passé in turre de Castro Meduane (Mayenne).

Le fils aîné et l'héritier d'Hubert fut Raoul II , vicomte du Mans et de Beaumont, seigneur de Sainte-Suzanne , de Montreveau et du Lude. 11 épousa Agathe de Vendôme , fille de Foulques, dit l'Oison, et de Perronelle. L'un de ses fils, Roscelin , épousa une fille natnreUe d'Henry l«^, roi d'Angleterre. 11 y aura lieu de rappeler cette alliance.

Richard I«r hérita du titre et de la seigneurie de son père; sa femme fut N. de rAige,(ldont il eut Raoul III, qui reçut la seigneurie de La Flèche , à la fin du XII»« siècle.. De sa femme, Lucie, il eut trois fils et une fille, Agnès, laquelle, après son frère Richard H, mort sans enfants en 1^2, de son mariage avec Mathiide de Chartres, devint l'héritière de la maison de Beaumont, et apporta les seigneuries de Beaumont, de La Flèche, de Sainte- Suzanne , du Lude, de Fresnay et de Château Gontier à son mari Louis de Brienne, dit d'Acre, troisième fils de Jean de Brienne, roi de Jérusalem, empereur de Coostantinople , et de Bérengère de Castiile. — {Archives du Mans, Bilard. — Ménage. — P. Anselme).

Les armoiries des Beaumont sont d*axur au Lion d'or semé de fleurs de lys d$ tuéme,

dont la politique domina alors les sentiments profondément religieux et qui pensait soutenir une cause juste, le diocèse tout entier fut troublé.

On coucha par terre, en signe de deuil, dans la cathédrale, les images des saints, les croix, les reliquaires; on ferma les portes des temples ou on en boucha les portes avec des épines. On cessa de sonner les cloches et de faire le service religieux habituel — et portai basilicarum obturavit (ecclesia)ei à clangore sigiiorum celebrique cantu, solitisque wlemniU, ut ridua nuBrens cessamt, lacrymisque vacavit (Orderic Vital). — Cependant les marques d'affliction données par Téglise du Mans , marques dont plus tard les papes défendirent Tusage, la suspension de tout acte religieux, firent une vive impression sur tous les esprits. Hélie comprit qu'il avait été trop loin , surtout quand il vit que le peuple prenait les armes autant pour délivrer Hoël que pour secouer le joug des Anglo-Xormands. Dom Mabillon , Dom Bouquet et après eux Dom Piolin disent qu'Hélie ayant été trouver révoque dans sa prison, lui demanda son pardon, qui lui fut accordé, à la condition que tous les torts seraient réparés. Hoël s'empressa de revenir an Mans où il fut reçu avec acclamation par cette population si impressionnable et si changeante.

Mais pendant ce temps, Geoffroy de Mayenne ourdissait de nouvelles intrigues avec quelques barons du Maine, espérant ressaisir le pouvoir, s'il parvenait à faire revenir Hugues, l'héritier légitime du comte. Il fut assez habile pour y réussir. Mais avant de céder à ses instances , ce jeune prince sans expérience , n'ayant plus à ses côtés sa mère morte en 1072 , et retiré à Langres, ne se rendit pas de suite aux instances de Geoffroy de Mayenne et de ses amis. Cependant il finit par se décider à tenter la fortune et s'enferma d'abord au chAteau de la Chartre-sur-Loir, dont Geoffroy de Mayenne était seigneur et que défendait des fortifications inexpugnables. Aussitôt que .son arrivée fut connue, les principaux barons s'empressèrent d'accourir et de lui jurer fidélité. On ne dit pas qu'Hélie fut de ce nombre, au moins à la première heure : cependant il ne fit aucune opposition et avec sa suite se réunit au cortège qui entourait Hugues, quand ce comtef fit son entrée solennelle au Mans.

Il avait pu apprécier la valeur morale de son cousin — Inscius inter ignaros, timidm inter aniinosos, militibus Comul mlU habebatar (Orderic Vital) — il savait, en outre, que les actes de Geoffroy de Mayenne ne pouvaient encore être oubliés. De plus il ne voulait qu'un pouvoir légitimement acquis : tout semblait préparer cet avenir sans violence de sa part. Hugues se montra bientôt de plus en plus incapable. Hoël de son côté avait prévu tout ce qu'avait pour lui de dangereux l'arrivée du nouveau comte et surtout de ses adhérents. Il se rendit en Normandie pour prévenir le duc Robert , qui ne parut pas s'inquiéter de cette agitation et l'engagea à laisser agir les Manceaux, pourvu qu'ils ne le contraignissent pas lui-même à re-

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connaître Hugues pour son souverain. Ce fut pendant l'absence du prélat, que le comte fît son entrée au Mans et s'empara de l'évôché ainsi que de tout ce qu'il contenait.

Le prélat, à son retour, s'arrêta à l'abbaye de Saint- Vincent, et envoya des députés à Hugues, qui mit pour première condition à son admission dans sa ville épiscopale qu'il lui prêta serment de fidélité. Hoël s'y refusa et s'éloigna de la ville , errant de château en château pendant que tous ses biens étaient mis au pillage. Le principal fauteur de ces désordres était malheureusement un chanoine nommé Hilgot , qu'Hoël avait élevé lui-môme au sacerdoce. La tyrannie de Hugues se traduisait chaque jour par de nouveaux excès, et enfin on en vint à craindre qu'à l'instigation d'Hilgot, il ne mit une main sacrilège sur le trésor de la cathédrale : et comme Robert-le- Bourguignon, seigneur de Sablé, inspirait une grande confiance, on résolut de transporter ce trésor à l'abbaye de Solesmes, où l'évoque s'était retiré et d'où il pourvoyait pour le mieux aux besoins spirituels de son diocèse, si troublé par ces déplorables événements. On ne put y parvenir qu'en prenant des précautions infinies. Le P. Bondonnet accuse Hélie de La Flèche d'avoir cherché â s'emparer de ce trésor : « Parmy ces brouillons € il y avoit quelques gens de bien amis de Hoël, lesquels voyant tous ces « désordres et quf* h comte du Maine (Hélie de La Flèche) awit entrefris « de ratir ce thresor dt Sainct-J ulien , h prévinrent sagement en ce des- € sein, l'ayant enhvé habilement, le portèrent au lieuoà il estoit nostre « écnque, et le menèrent en la ville de Sablé comme en une retraite d'assu- < rance, »

Que ce soit le P. Bondonnet, Ménage ou l'éditeur de la réimpression du deuxième volume de l'histoire de Sablé qui ait placé la parenthèse, nous ne voyons rien qui justifie celte allégation contre le seigneur de La Flèche, qui d'ailleurs n'était pas encore à cette époque comte du Maine.

L'évéque du Mans, voyant la situation s'aggraver, était vivement inquiet des dangers qui se préparaient dans un avenir prochain , si le comte Hugues l»arvenait à se maintenir et s'il n'arrivait pas lui-môme à délivrer son église lie la pression d'Hilgot et de ses suppôts. l\ partit donc pour l'Angleterre et engagea vivement Guillaume-le-Roux à venir faire la conquête du Maine. Mais ce prince élait trop préoccupé en ce moment de ses différents avec Robert, duc de Normandie, son frère; il ne put que lui donner des espérances et une somme assez considérable pour parer aux privations de l'exil et réparer les pertes qu'il avait éprouvées.

Pendant quatre mois, les rebelles commirent tant d'excès que les yeux s'ouvrirent enfin, et à son retour Hoël se conduisit avec tant de prudence et de modération que le peuple tout entier revint à lui et chassa ses persécuteurs. Hilgol, prévenu, eut le temps de s'échapper.

Hugues ne voulant accepter aucun accomodement, surtout après le retour

de la population à de meilleurs sentiments vis-à-vis de son évoque; Hoël fut encore obligé de retourner à Solesmes , où les plus grands personnages s'empressèrent d'aller le visiter.

Le comte du Maine commença à. voir qu'il avait fait fausse route et engagea , de lui-môme , le prélat à rentrer dans la ville où , de nouveau , il fut reçu avec de grandes démonstrations de joie. Mais ce prince , à ce qu'avouent les écrivains les plus partiaux de sa maison, était indigne de sa race. Les habitants de cette province belliqueuse lui reprochèrent bientôt, dit Sismondi, ses mœurs efféminées et sa lâcheté; la différence de langue, de mœurs et d'opinions l'empochaient de prendre confiance en personne. Epoux d'une fille de Robert Guiscard , il l'avait répudiée, ne pouvant supporter la supériorité d'une femme issue d'une famille de héros. Parmi les guerriers, il passait pour un lâche, et c'était une tache indélébile. Le peuple devenait menaçant; Hugues vivait dans des transes continuelles et songeait à fuir, ne voyant pas d'autre palliatif à sa terrible position. Les Manceaux s'en étant aperçu , recherchèrent toutes les occasions pour augmenter ses craintes — Hoc advertentes csnomanni valdè lœtati sunt et majorem ei melum sempectœ (coUasores) incesserunt — (Orderic Vital.)

Sur ces entrefaites Hélie jugea que le moment était venu d'intervenir. Il va donc trouver Hugues : t Le bruit court, seigneur, lui dit-il , que vous c voulez retourner dans votre patrie, ne pouvant vous habituer aux mœurs c d'une nation rude et indomptée. Aucun de vos amis ne doit vous détour- « ner de ce dessein. Autant vos compatriotes sont doux et faciles, autant « les habitants de cette contrée aiment la guerre et ont horreur du repos, c D'un autre côté , les Normands accusent les Manceaux de perfidie et les c menacent de les attaquer avec toutes les forces des fils du roi Guillaume, c maintenant tous réconciliés ensemble pour les punir, ainsi que nous, de « leur rébellion. La venue en grande pompe du roi Guillaume-le-Roux en « Neustrie est pour moi le plus sur présage d'une collision prochaine. »

Hugues s'empressa de répondre à Hélie qu'il n'avait qu'un seul désir, celui de vendre son comté et de retourner dans sa patrie. Mais Hélie chercha à lui faire comprendre que le comté n'était ni à donner ni à vendre et qu'il appartenait de droit à l'héritier le plus proche après lui — Cognatus sum, domine; suffragio meo sublimatus es in Consulatus honore, quem nulli potes nisi mihi dare vel vendsre — (Orderic Vital), et que d'ailleurs, en acceptant le pouvoir, il s'imposait une grande charge , car il ne jouirait jamais en paix de son comté tant que vivraient les fils du bâtard — Me qv^que libsrtatis amor nihilominus stimulât, et kœreditatis avitœ r3Ctitudo dimieandi pro illa fiduciam in Deo mei suppeditat — (Orderic Vital).

« Maintenant, ajouta-t-il, recevez la somme qui sera convenue entre « nous et remettez-moi les insignes de la dignité de comte qui me revient f par le droit de ma naissance et de ma parenté. * — Nunc igitur de meo

quod inter nos convenerit accipe et consulatus sttmtna mihi dimitte, quoi meum débet esse consanguinitatis jure — (Orderic Vital).

Par ce qui précède, on voit que toute pensée de vente fut écartée. Cependant Hélie compta à son cousin une somme de dix mille écus manceaux à titre d'indemnité; ce qui implicitement le confirmait dans sa prérogative d'héritier légitime, que lui reconnurent immédiatement les Manceaux. Nulle accusation d'usurpation ou de dépossession violente ne doit être portée dans cette occasion, ^fous aimons à le constater, Hélie se montra très-habile et en même temps consciencieux à une époque où le moindre prétexte devenait un droit qu'on faisait valoir à main armée.

Hélie ne trompait pas son cousin en lui disant qu'il allait avoir à défendre son héritage — grave et laboriosum quod appeto — (Orderic Vital) ; appuyé sur sa vaillante épée, il attendait. Puissant par l'héritage de son père et les possessions de sa femme, plus puissant encore par son nouveau comté du Haine, il avait conQance , tout en ne se dissimulant pas tous les dangers de sa position nouvelle.

Le comte du Maine était un profond politique, d'autant plus profond que dans tous ses actes il ne se laissa emporter qu'une seule fois au-delà des bornes de la justice. En examinant l'horizon, il vit de suite que la tempête ne pouvait gronder que du côté du Nord ou du Nord-Est. Les princes Normands ou Anglo-Normands tenaient à posséder le Maine et leur sentinelle avancée était Robert de Bellesme , fils de Mabile et de Roger de Montgomery : c'était un guerrier redoutable, il alliait le génie à la force, mais ternissait ces qualités par un caractère féroce et une ambition sans bornes. — MU^ quidem magnus erat in armis et acerrimus, ingenio et eloquentid cum fartUudine pollebat. Sed nimio tumore et crudelitate omnia polluebat, scekrumque nefaria congerie dona sibi divinitùs prœstita obscurabat — (Orderic Vital).

Il possédait trente places , fortifiées avec ce talent que les Bellesme se transmettaient avec le sang, et si bien disposées, qu'elles paraissaient constituer un triple rempart pour couvrir son château de Bellesme, qui n'était pas moins imprenable que les autres : il commandait en même temps à plusieurs milliers d'hommes habitués à plier sous sa main de fer et sachant d'ailleurs que le maître ne punissait que la défaite et jamais les actes atroces qui précédaient ou suivaient le succès — Trigenta quatuor castella munitùsima possidebat, multisque millibus hominum dominatu prœemi" nabot. —

Mais, comme le lion de la fable, il eut aussi pour constant adversaire un moucheron qui le harcela sans cesse. Ce fut Hugues de Nouant — pauper oppidanus et vicinus — qui ne voulut jamais plier sous ce terrible baron , lui résista plusieurs années et ravagea impunément ses domaines — ingentia damna injuriasque freqrt^nter intulit — (Orderic Vital).

Le comte Hélie devait naturellement chercher son point d'appui sur l'Anjou, et nous verrons qu'il ne négligea rien pour s'allier avec Foulques- Réchin, l'ennemi né de Guillaume-le-Conquérant et de ses fils. Quelques années plus tard, à une date sur laquelle nous aurons à discuter, Eremburge, (1) sa fille unique, s'unissait à Foulques, fils du Réchin et de cette

(1) Foulques-Réchin avait eu de sa première femme, Ermangarde, un fils nommé Geoffroy-Martel II, prince accompU — juf?eniSj prudens et animonu — qui devait devenir comte d'Anjou après la mort de son père. Le comte Hélie lui avait fiancé sa fiUe Eremburge, qui n'était pas encore nubile — Huie Martelîo Helias cornes unieam filiam suam, non adhue matrimonio aptam , desponsavit et cenommanum cum omnibus appenditiis ejuM trihuit — et en même temps lui avait assuré son héritage. (Chronita de gesta Consulum Andtgavorumj.

NaturcUement, il vint en aide h son futur beau-père et combattit dans beaucoup d'occasions et avec grand succès Guillaume-le-Rout , après le départ de Robert de Normandie pour la Terre sainte — Sœpe Uartellus cum rege Rvfo conflixit muUaque municipia in Normanniam vastavit et succendit, — Lorsque les ftlanceaux voulurent secouer le joug dos Normands, Robert eut recours h Foulques-Réchin pour Taider à les maintenir dans le devoir. Le comte d'Anjou promit son concours à la condition que le duc de IVormandie lui ferait obtenir la main de Bertrade, fille de Simon de Montfort et d'Agnès d'Ëvreux, dont la beauté extraordinaire faisait bruit dans le monde. Ce mariage se conclut et Foulques en eut un second fils, Foulques d'Anjou, qui devint roi de Jérusalem. £u 1007, Geoffroy II fut tué devant le château de Candé, par suite des embûches que lui tendait sa belle-mère Bertrade — Sequenti anno Martellus insidiis suorum et novercœ, paire ut feront eonsenliente, Cande Castro occisus est, sepultusque in ecclesia Deati-Nicholai-Andegavis. — (Idem.)

Ce meurtre accompli assurait F Anjou au fils de Bertrade, dont ainsi les désirs furent remplis; après le déc^ès de Philippe, survenu en 1108, eUe revint k Angers, où elle ne tarda pas à voir, en 1109, expirer son mari. Elle finit Fa coupable et singulière carrière sous l'habit de Fontevrault, qu'elle avait reçu des mains de Robert d'Arbrissel, et y mena jusqu'à la mort une vie exemplaire. C'est à tort que René Chopin, dans ses commentaires sur la coutume d'Anjou, rapporte que Bertrade, femme de Foulques, en l'an 1110, rebâtit entièrement le chAteau de la ville d'Angers après la mort de son mari. La construction de l'enceinte actuelle est due à Saint-Louis. — (S. Port).

Nous hésitons à partager l'opinion de plusieurs historiens au sujet de la complicité de Foulques-Réchin dans le meurtre de son fils Geoffroy- .Martel. Il devait àtre fier des qualités héroïques de ce fils, qui avait été son compagnon de guerre et devait apporter de nouveaux fieurons h la couronne des comtes d'Anjou. Bertrade, mariée au Réchin, en 1089, le quitta pour Philippe, quatre ans après, et no revint définitivement en Anjou qu'en 1108, un an oprès le meurtre do Geoffroy- Martel. Comment l'épouse adultère aurait-elle, de loin, conservé assez d'empire sur le comte d'Anjou, abandonné, pour le décider à devenir son complice dans la perpétration d'un pareil acte , en conséquence duquel l'un avait tout à perdre et l'autre tout à gagner. Bertrade donc fut seule coupable. La chronique de Gestis Consulum Àndegavorum , plusieurs fois citée dans celte note , dit encore — « Ineredibile mihi videtur « patrem in nece tanti filii consensisse, cum et nimium senex esset, et filius , si longinquitas c vitœ sibi concederetur, quidquid amiserat recuperasset. » — A la mort do son frère. Foulques, fils de Bertrade, avait au plus 17 ans et ne pouvait certainement pas encore le remplacer utilement.

Quelques écrivains ont donnés h Eremburge ou Aremburge le nom de Sibile d'après les chroniques d'Anjou (Gesta Consulum Andegavorum], qui disent < de Mathilda vero genuit « (Helias) Sibillam, quam Fulco filius Fulconis Réchin, post modum rex Jerasolimorum, « duzit uzorem. »

Dans la table des chartes des archives d'Angers , nous en trouvons une de IHO environ par laquelle Foulques-le-Jeune , comte d'Anjou , et sa femme Eremburge , fille d'Hélie , comte du Maine, étant venus visiter le monastère de Soint-Maur-sur-Loire , aboUrent la

fameuse Bertrade, qui, en 1092, avait quitté le Ut conjugal pour entrer dans celui de Philippe I«', roi de France ; Eremburge , fille unique et héritière du comte Hélie , en tout bien digne de son père, ne fut pas moins estimée pour ses connaissances des lettres que pour sa beauté. Elle pouvait s'allier aux comtes d'Anjou, de qui on pouvait dire , quoiqu'ils fussent toujours prêts pour la bataille « inter clericos et Idicos facundissimi, » Eremburge, € dit Bodin , réunissait à tous les attraits de son sexe un caractère plein f de noblesse et de droiture et Tesprit le mieux cultivé. »

cootomc établie injastement depuis plasienrs années par ses prévôts da château de Beaafort, qai s* y faisaient nourrir et entretenir le jonr de Saint-Maur.

Dans ]a charte n« LUI, 1135, Eremburge est nommée Arambnrgc. Dans la charte XII, il est dit : « Quod ego Falco cornes andegaroram , Falconis yenerabilis comi-

< tis filins et nxor mea Aremburgis comitissa signnm Fulconis — signum Aremburgis

c — signum Gaufridi filius comitis. » Charte LUI : « et uxor mea nomine Aremburgis, « EUe cenomanensium comitis filia »

Hugues de Cleers, dans son écrit sur la revendication du comte d'Anjou Foulques de la dignité de grand sénéchal do France, dit, au sujet du choix qu'on fit de lui pour l'en- Toyer en mission auprès de Louis-le-Gros : « Quod cum comitissa Aremburgis audiret con>

< silium, landavit quod nullus iret nisi Hugo de Cleriis. *

Ainsi le nom de la fille d'Hélie, la noble et gracieuse enfant de La Flèche, est en latin Aremburgis qu'on traduit par Aremburgis, Haremburge , Héremburge ou Eremburge.

Le poète Villon , né à Paris en 1431, pauvre, oisif et débauché , que son talent sauva de la corde , de la prison et du bannissement, et dont Boilcau dit que le premier il sut :

dans ces siècles grossiers ,

Débrouiller l'art confus de nos vieux romanciers ,

le poète Wilion, disons-nous, n'oublia pas Eremburge dans sa nomenclature des femmes illustres du XI*»" et XII»» siècle.

Ou est la très sage Héloïs , Pour qui fut chastré (et puis moyno) Pierre Esbaillartà Saint-Denys, Pour son amour eut cest essoyne?

Semblablement où est la Royne Qui commande que Buridan Fust jette en ung sac en Seine?

Alais où sont les neiges d'Antan?

La Royne blanche comme ung lys, Qui chantoit à voix de sereine ; Berthe au grand pied , Biétris , Allys , Harembourge qui tint le Maynet Et Jehanne, la bonne Lorraine, Que Angloys bruslèrcnt à Rouen?

Où sont-ils, Vierge souveraine?

Mais où sont les neiges d'Antan?

Dites-moy où , ne en quel pays

Est Flora la belle Romaine,

Archipiada , ne Thaïs ,

Qui fut sa cousine germaine?

Echo parlant quand bruyt on maine

Dessus rivière ou sus estan ,

Qui beaulté eut trop plus que humaine?

Mais où sont les neiges d'Antan?

58 LA FLiCHE ET SES SEIGNEURS.

Le comte Hélie était donc certain que sa fille serait ardemment recherchée; et cet avantage était de nature à consolider son autorité sur les grandes maisons, dont il était maintenant le seigneur suzerain. Les unes tenaient complètement au Maine par leur résidence habituelle , les autres par les possessions qu'à la faveur des troubles continuels elles avaient ajoutées à leur propriétés. Le peuple et les habitants des campagnes seuls souffraient en payant pour tous dans ces perpétuelles commotions. Les premières étaient les maisons de Beaumont, de Sablé, de Mayenne et de Laval , les deux autres celles de Bellesme et de Vendôme. Nous avons parlé déjà de la maison de Beaumont : ses chefs étaient les lieutenants du comte du Maine ; ils devaient toujours suivre sa bonne ou mauvaise fortune. Ea son absence , ils commandaient dans la province, c Ut unusquisque Cornes € Vicecomitem suum, cum duohus aliis habeat, etc.. Et Cornes prced- € piat suo Viceœmiti, etc. » dit Charles-le-Chauve dans ses capitulaires. A cette époque vivait Robert de Nevers , dit le Bourguignon ou TAllobroge — Signum Roberti Bu/rgundionis ; Ego Robertus Allobrox — brave el illustre chevalier pour lequel le pape Urbain II vint exprès à Sablé, en i 096, afin de l'exhorter à se croiser. Après avoir fait différents dons à l'église , ce seigneur partit pour la Terre sainte , quoiqu'il fut très-àgé , puisque dans le cartulaire de Vendôme il existe un accommodement daté de 1039 entre les parents de Maurice , allié à Geoffroy-Martel , et un nommé Gauthier qui l'avait tué, et dans lequel Robert-le-Bourguignon apparaît comme témoin. Il mourut en Orient. Ce fut son petit-fils qui devint grand-maitre des Templiers, sous le même nom. Son troisième fils, Robert, premier du nom, lui succéda comme seigneur de Sablé. L'ainé, Renault, était devenu seigneur de Craon par son mariage avec Enoguen de Vitré, dame de Craon. Les armoiries de la maison de Sablé étaient d'or à l'aigle éployé d'azwr.

La maison de Mayenne était une des plus considérables de la province du Maine, Dès le X™» siècle , il était question d'un Aubert de Mayenne , qui avait fondé en 922 le prieuré de Notre-Dame, dans la paroisse de Saint- Mars.

Nous avons parlé de son descendant, Geoffroy III, qui avait pris une si grande part dans les affaires et les révoltes des Manceaux. Il mourut en 1099.

Son fils aîné était l'allié d'Hélie , ayant épousé Alis ou Alice , fille de Raoul de Beaugency et de la seconde fille d'Herbert-Eveille-Chien.

La seigneurie de Laval a été possédée successivement et sans aliénation par Guy-Valla, qui bâtit dans le IX"» siècle le château, pour s'opposer aux courses fréquentes que les bretons Armoricains faisaient dans le Maine.

Un de ses descendants, Guy IV, était, sous Hélie, seigneur de Laval; il

flt, en 1096, le voyage de Terre sainte, et fut autorisé par le pape Pascal II, à son retour et en raison des services qu'il avait rendus, à prendre lui et tous ses descendants le nom de Guy, privilège qui fut confirmé par le roi Philippe.

Le Vendômois , pour le spirituel , avait été de tout temps partagé entre deux diocèses ; la partie que Ton a appelée depuis le Bas-Vendômois a toujours été comprise dans le diocèse du Mans ; le Haut-Vendômois appartenait à celui de Chartres avant l'érection, faite en 1697, de Tèvôché de Blois auquel il a été attribué.

Bouchard P', dit le Vieux , fils puiné de Foulques-le-Bon , comte d'Anjou, et de Gerberge , reçut de son père en partage les terres de Vendôme , de Montoire , de Lavardin et autres qui formèrent le comté de Vendôme. Du temps d'Hélie, le descendant de Bouchard, qui avait hérité du comté de Vendôme, était Geoffroy, dit Grisegonnelle, qui mourut en Languedoc revenant de la Terre sainte.

Nous ne pouvons donner la nomenclature de tous les hauts barons et seigaeurs qui relevaient d'Hélie , et qu'il dominait par sa capacité et sa valeur bien éprouvée. L'orage grondait, mais n'éclata pas de suite. Son premier acte d'autorité fut de réprimer les entreprises de Robert de Bellesme , qai avait fait bâtir des forteresses sur les terres que les religieux de la Couture et de Saint-Vincent possédaient dans le Sonnois , canton de la province du Maine, séparée de la Normandie par la Sarthe — Is jam dadàm in Cenomanico Consulatu castra violenter in alieno jure construxit, in possessionibus scilicet Sancli-Petri de Culturâ et Sancti-Vincenti martyris, quibus colonos graviter oppressit — (Orderic Vital). De là Robert de Bellesme inquiétait les Manceaux et commettait toutes sortes de déprédations.

De son côté Robert, duc de Normandie, excité par les conseils du comte de Bellesme , s'était mis en devoir de déposséder Hélie. Mais bientôt, soit indolence, soit amour de l'équité, il consentit à lui accorder la paix. Le Maine jouit donc pendant huit années d'une certaine tranquillité.

Robert de Bellesme était à juste titre surnommé le Diable. Il se présente à la postérité, dit Dom Piolin , comme un des hommes les plus féroces de ces temps. En 1091, les seigneurs Manceaux, qui le détestaient, se liguèrent avec ses ennemis particuliers pour le réduire à l'impuissance. Le comte de Mortagne, Bernard, seigneur de la Ferté-Bernard , Guillaume, seigneur de Sillé-le-Guillaume , Robert Giroie, seigneur de Saint- Cénéré, Rotrou, seigneur de Montfort, et Henri, fils de Guillaunie-le-Conqnérant, devaient l'attaquer chacun de leur côté. Mais cerné, il bondit comme un lion , et tout l'Alençonnais et le Passais furent le théâtre de la guerre la plus opiniâtre et la plus sanglante. Le comte Hélie , dont les religieux avaient imploré le secours , essaya de faire à son parent des repré-

sentations qui ne furent pas écoutées. Hélie marcha contre lui , et le surprenant dans une position désavantageuse, le défit, après un combat acharné près du ruisseau de Riolt ou Riolet, dans un lieu que la tradition désigne au nord du bourg de Dangeul. Pour couvrir le Maine de ce côté, il fit alors fortifier Dangeul et y mit une forte garnison.

Mais cela ne pouvait suffire pour contenir Robert et l'arrêter dans ses entreprises.

Lorsque la grande voix du lion retentit dans le désert, toutes les autres se taisent, et les êtres qui le peuplent s'arrêtent cessant toute poursuite ; ils ne songent plus qu'au danger commun aux faibles comme aux plus forts. Ainsi l'Europe, à cette heure, attentive aux cris de détresse jetés par les pèlerins, qui allaient visiter la terre que Jésus-Christ avait arrosée de son sang pour le salut des peuples, et faisant trêve à ses discordes, semblait se recueillir sous la parole ardente de Pierre-rErmite. Le XI"« siècle touchait à sa fin, ce siècle si rempli et contrastant d'une manière si frappante avec l'atonie des dernières années du X™«,que les ténèbres les plus épaisses avaient envahies. Tous les chrétiens restaient glacés d'épouvante ; et , comme nous l'avons dit, par une fausse interprétation des saintes écritures, tous, ou du moins la plupart, croyaient que le monde allait finir. Cette croyance avait été cependant combattue énergiquement par les esprits les plus judicieux ; mais elle n'en était pas moins universelle aux approches de l'an iOOO. Dans les actes publics , dans les chartes rédigées à cette époque , ces formules sont très-ordinairement employées : « Mundi termino appropin- « quante; fine seculi imminente etc. « Aussi, dit DomPiolin, lorsque la « fatale époque fut passée , les peuples , ressentant en eux-mêmes comme une « vie nouvelle , se laissèrent aller à des transports de joie. Toutes les proie vinces de la France se couvrirent en peu de temps d'innombrables monu- € ments destinés à satisfaire aux besoins des populations si religieuses. € Lorsque l'humanité vit que le soleil continuait sa marche et que la voix « de l'ange n'appelait pas encore les hommes au dernier jugement, elle se « rassura et comprit, comme Ezéchias , que le Seigneur voulait bien ajouter « à ses jours. Elle se leva de son agonie, se remit à vivre, à travailler et à € bâtir ; à bâtir d'abord les églises de Dieu. Alors on vit à une morne stupeur « succéder une activité extraordinaire. . . »

De pareils faits viennent prouver cependant que le X'»« siècle n'avait pas été comme le VIII™®, le dernier terme de la première décadence des lettres et des sciences dans les Gaules : à partir du VII1™« et même pendant son cours, on s'occupait à les faire refieurir dans les Gaules. On a généralement dépeint le X"*' siècle comme un siècle de fer, un siècle de plomb pour sa mollesse, un siècle d'obscurité, un siècle de ténèbres, enfin comme un siècle qui n'a été célèbre que par l'ignorance et toutes ses suites ordinaires. S'il n'y a pas erreur, il y a peut-être un peu d'exagération , si on considère

que quelques hommes célèbres, surtout dans TEglise, conservaient le feu sacré, entretenaient des écoles, et firent éclater subitement la lumière qu'ils tenaient prudemment cachée, quand les hommes furent rendus à la raison. L'enthousiasme ne suflîsait pas pour produire : il fallait qu'il fut appuyé par la jeunesse conservée pieusement dans TArche sainte. Ce fut alors que pour seconder cet élan des peuples , un nouveau genre d'architecture fut inventé : c Doué d'une grandeur, d'une gravité, d'une majesté

< particulière, le style roman satisfaisait entièrement aux sentiments prot fonds d'adoration qu'inspire (et surtout qu'inspirait alors) le culte cathof lique : aussi fut-il applaudi avec ivresse par les contemporains. » (Dom Piolin, p. i4,2"»«voI. — Quicherat, Revue arcyologiqiie , année 1863, pages 62-83).

Ce mouvement préparait les cœurs : pour tous le tombeau du Christ était le premier, le plus grand des autels. Depuis le commencement de ce siècle de renaissance , et môme depuis le VIII™*', de nombreux pèlerins s'acheminaient vers Jérusalem , les uns simplement par esprit de dévotion , les autres pour se faire pardonner des crimes ou des actes de violence si fréquents à celte époque. Mais après l'an 1000, le mouvement redouble; t l'Europe, « dit Dom Piolin , semble vouloir s'arracher de ses fondements pour tomber

< sur l'Asie. » Ces voyages en Terre sainte devenaient donc populaires , surtout, quand de puissants seigneurs comme Foulques-Nerra en donnaient IVxemple et en rapportaient, avec une conscience plus tranquille, le surnom de Palmier et de Hiérosolymitain.

Pierre-rErmite, né à Amiens et issu d'une famille noble, avait quitté le métier des armes et pris la robe d'ermite. Il fit le pèlerinage de la Terre sainte en 1093 et revint par Rome , porteur d'une lettre de Siméon , patriarfhe de Jérusalem. Il peignit d'une manière si pathétique les maux qu'avaient à supporter les pèlerins ainsi que les profanations infligées au Tombeau du Christ par les infidèles, que le pape Urbain II lui donna mission de prêcher en tous lieux pour décider les grands et les humbles à se croiser. Pierre parcourut une partie de l'occident pieds nus, une corde à la ceinture, le crucifix à la main et souleva toutes les populations par sa parole ardente et inspirée. Le héraut de la croisade porta ses pas jusque dans le diocèse du Mans. On retrouve des traces de son passage à Laval.

Le principal objet du Concile qui s'ouvrit le 18 novembre 1095, en présence du pape Urbain, fut la croisade. Enflammés par les paroles éloquentes du pontife , le peuple et la chevalerie s'écrièrent d'une seule voix : f Deu lo volt! Deu lo volt! » Ces mots devinrent le cri de guerre de cette expédition lointaine comme la croix d'étoffe rouge cousue sur l'épaule devint la marque de chaque pèlerin guerrier.

Le pape Urbain parcourut le Maine et l'Anjou t confirmant les dons , « donnant des bulles en faveur des monastères, terminant les différents,

« réconciliant les ennemis, disposant enfin tous les esprits à la grande « œuvre qu'il proposait à leur zèle et à leur piété. »

Pendant son séjour en Anjou , il avait cherché à adoucir la position du malheureux Geoffroy-le-Barbu , dépossédé de ses Etats par son frère le Réchin , qui le tenait resserré dans une étroite prison au château de Chinon.

Pour récompenser le comte Foulques de son obéissance à ses avis , il lui remit à Tours la Rose d'or (1). Le comte Hélie ne négligea rien pour rece-

(1) Une homélie d*Houorias III, conservée à Sainte-Croix en Jérusalem, où eUe a été prononcée , dit : « Aujourd'hui le pontife Romain a coutume de porter à la main une rose c d*or. Nous devons considérer, au sujet de cette Rose, le temps, le Heu, la personne. Le « temps, c'est le milieu de la Quadragésime ; la personne, c'est le souverain pontife. Quant c au temps , il faut observer que la solennité présente fut ordonnée par le bienheureux c Grégoire , en le dimanche de la Quadragésime , parceque le corps humain est sujet aux « infirmités humaines. > — (Texte publié par Moroni , t. LIX, p. 113).

« Cette fleur, écrivait Alexandre III à Louis VII, roi de France, préfigure la résurrection « du Christ... »

« Le pape , dit l'encyclopédiste des antiquités de Rome , allait en cavalcade solennelle de c son palais de Latran h la basilique de Sainte-Croix en Jérusalem.. .. L'autel était décoré « des statues d'argent des douze apôtres avec la croix et les chandeliers les plus précieux. « Le pape chantait la messe et prêchait après l'évangile. . . . Après quoi, tenant en main la c Rose qu'il avait bénite , il la montrait au peuple , qu'il instruisait de sa signification mys- «c tique. II retournait ensuite à sa résidence en cavalcade , la Rose à la main jusqu'au porc tique de la basilique de Latran. Le préfet de Rome, revêtu de pourpre avec des chans- « sures couleur d'or, n'avait pas cessé d'accompagner le pape en tenant sa mule par li c bride ; il lui aidait à monter les marches du portique. Pour ces actes d'obséquiosité, il était « gratifié de la Rose d'or, qu'il recevait k genoux en baisant les pieds du pontife. — (Moroni, « t. Vni,p. 277). »

Cette cérémonie eut lieu jusqu'au XIII"« siècle, époque à laquelle les papes quittèrent Rome pour Avignon. Elle s'accomplit alors simplement dans les chapelles pontificales.

Urbain II, étant en France pour prêcher la croisade et se trouvant à Tours au milieu do carême de 1096, se rendit en procession de l'église de Saint-Maurice (Saint-Gatien, à celle de Saint-Martin, la Rose d'or à la main, c Unde diseedens (Urbanus II} cenomannim venit, c indè Turonum ; ibique datis renerabili coneilio decretis, média quadragesima , eoronatus « est et cum solemni processiones ab ecclesia Saneti-Mauricii ad ecelesiam Beati-Martim « deductiis ; u6t mihi (Fulco Richin) florem aureum quem in manu gerebat donamî, quem « ego etiam, o6 memoriam et amorem illius, in Osanna semper mihi meisque suceessoribus « deferendum constitui ...» — (Fragmentum Historiœ Andegavensis auctore Fulcone Richin, Comité Andegavorum). En souvenir d'Urbain et par amour pour lui, le comte d'Anjou avait donc décidé que la Rose d'or serait toujours portée par lui et ses successeurs à l'Osanna , c'est-à-dire le dimanche des Palmes ou des Rameaux. Qu'est devenue cette Rose d'or?

A leur rentrée à Rome, les papes continuèrent, dans leurs chapelles privées, les usages introduits à Avignon . et remirent la Rose au prince le plus digne qui se trouvait présent le jour du dimanche de Lœtare. On ne voit plus qu'une fois , au XV<"« siècle, la Rose d'or brUler au soleil : ce fut au couronnement de Nicolas V, le 19 mars 1447, jour qui coïncidait avec le 4»« dimanche do carême.

Anciennement, il n'y avait qu'une Rose d'or peinte en rouge, comme l'atteste une lettre d'Alexandre III en 1163. Sous Siste IV, elle devint un rameau épineux, avec des feuilles et nombre de roses, toutes d'or (Velegante ramo di rose d'Oro. . . t wui di genUle forme, da i quali nasee il ramo di rose, ~ Morini, t. IX, p. 113). Ce fut au commencement du XV^^ siècle que fut introduit l'usage do la bénédiction de la Rose d'or.

Charles VII , Marie-Thérèse, reine de France , pour le dauphin, l'impératrice Eugénie ont

voir dignement le souverain pontife , et s'empressa de prendre la croix de ses mains; son exemple fat suivi par plusieurs autres dont les noms sont tombés dans l'oubli. En se rendant d'Angers au Mans , Urbain II voulant exhorter le vieux et brave Robert-le-Bourguignon à prendre la croix , passa par Sablé et s'y trouvait en 4096, le 46 mars, ainsi que cela se justifie par Tune de ses bulles : c Datum apud Sabloïlum., per manus Johannis Sanctœ € Romanœ Ecclmœ Cardinalis, 46 cal, martii, indicat, 4. Ànno dominicœ < incarnat, 4096, (Ménage). » Il résida au Mans les 46, 47, et 48 mars et partit le 49 pour Vendôme.

Robert Courteheuse , duc de Normandie , avait cédé lui-môme à cet irrésistible entraînement et avant de se mettre sous la conduite de Godefroy de Bouillon avec Hugues , frère du roi de France, Etienne, comte de Boulogne, et le vieux Raimond , comte de Toulouse, dont la maison devait être un peu plus tard la victime d'une autre croisade (celle des Albigeois), Robert, disons-nous , avait engagé son duché à son frère GuilIaume-le-Roux , roi d'Angleterre, pour la somme de 660,000 livres, et avant de partir traité de la paix définitive avec Hélie , qui , lui aussi , désirait passionnément faire le pieux voyage (4).

Mais le roi Guillaume n'avait pas ratifié ce traité, et le comte Hélie devait craindre que ce prince , considérant que le comté du Maine était son propre bien et non celui d'un croisé auquel il n'était plus permis sous aucun prétexte de porter dommage en l'absence du titulaire (8), ne profitât de son absence pour s'emparer du Maine.

reçn la Rose d'or. Moas ne savons encore h quel souverain est destinée celle que Tillustre Pie IX a bénie cette année. — (Notes extraites du Monde, 13, 17, 18 mai 1870. Àbbë Davin).

(1) CR0I8ADB

Eissi en Tan secunt prochain, Duc , prince et conte e châtelain E tote la flor d'Occident Qui de deçà les munt s'estent S'esmurent senz plus demorer, Por le saint temple délivrer.

D'icest saint haut pèlerinage Out li dux Robert teu corage Que la croix prist, là 'n vont aler E por ce li covint mander Le rei son frère en Normandie, Kar de ce l'en semunt e prée Que de ses trésors le secorre Senz delaiance e senz demore :

Sa duchée et quanqu'il tient E ce que & sa main en vient Li laissera , tôt ait e prenge, Desqu'il repairt et qu'il revienge.

(3) Les pèlerins et leurs biens étaient inviolables : Un seigneur de Laval encourut les ensores de l'Eglise pour avoir fait prisonnier le seigneur de Vitré à son retour de Terre sainte.

Hélie partit donc pour Rouen, et, tout étant réglé avec Robert, il se rendit auprès du roi qu'il trouva entouré de toute sa cour : € Seigneur, « lui dit-il, d'après l'invitation du pape, je me suis croisé et ait fait vœu « de me joindre aux nobles pèlerins qui se rendent à Jérusalem. Avant de € partir, je viens vous demander votre amitié et votre protection , désirant € recevoir en môme temps de vous l'assurance que la paix ne sera pas trou- € blée entre nous » : « Partez , si tel est votre désir, répondit le roi ; mais « remettez-moi le comté du Maine, qui me revient à cette heure du chef € de mon père — qub vis vade, sed Cmnomannicamurbem cum totoCom" € taiu mihi dimitte , quia quidquid pater meus voluit possidere., . (Orderic « Vital). » — Hélie lui déclara alors que, tenant ce comté de ses ayeux, il le remettrait à ses enfants tel qu'il l'avait reçu après le départ de son cousin Hugues et sa renonciation à tous ses droits et que , d'après ses intentions hostiles, son premier devoir étant de défendre ses Etats, il renonçait désormais à aller combattre les infidèles : « Mais, ajouta-t>il , je n'en con- « serverai pas moins la croix sur l'épaule; elle brillera sur toutes mes « armes. En conséquence , tous ceux qui me combattront , combattront en « môme temps contre la milice du Christ. — Sed Clypeo meo , galeaque et « m omnibus armis mets eamdem faciam et in sella frenoque meo sacrœ « cruâs signum infigam. Tali caractère munitu^, in hostis pacis et reetitu- « dinis procedam, et Christianorum regiones militando defendam... et « omnes adversarii, qui contra me insurrexerint , in milite Christiprœlia- « buntur, (Orderic Vital). »

Voyant qu'il ne pouvait gagner sa cause et que Guillaume-le-Roux renouvelait ses menaces dans des termes qui ne pouvaient lui laisser aucune espérance, le comte du Maine se retira, non sans laisser à tous ceux qui entouraient le roi une haute idée de son caractère chevaleresque. Chacun connaissant le naturel emporté du roi , nul n'osa intervenir de peur que plus d'insistance ne vint à compromettre la liberté du comte du Maine. Hélie n'avait donc plus qu'à se préparer k la défense, heureux encore qu'après cette orageuse conférence, le roi ne l'eût pas retenu prisonnier.

Une circonstance grave était venue compliquer la position du comte du Maine , la mort d'Hoël, évoque du Mans , qui avait suivi constamment l'infatigable pontife Urbain II, qu'il défraya lui et sa suite pendant tout son séjour dans sa ville épiscopale et qu'il suivit jusqu'à Tours. Rentré dans son diocèse, il fut saisi d'une fièvre violente, qui fit en peu de temps d'effroyables progrès. Il expira le 29 juillet 1096, âgé d'environ cinquante ans, et fut inhumé dans le chapitre de l'abbaye Saint-Vincent.

Deux partis divisaient le Maine, celui des Angevins, dont évidemment Hélie partageait les sympathies et celui des Anglo-Normands. Ils devaient .<^e disputer avec chaleur le siège resté vnrant.

Mais Hëlie et GailIanme-le-Roux se tronvërent implicitement d'accord sur le choix da candidat.

Geoffroy, doyen du chapitre, était breton de naissance. A la vertu et à la science, il joignait les avantages d'une hante naissance. Il était particulièrement honoré de Testime du comte du Haine. D'un autre côté , 6uillaume-Ie- RoQx ne voulait à aucun prix d'un manceau pour évéque et pensait que rien ne s'opposait à ce qu'un breton devint au jour voulu l'un des partisans de sa cause (1).

Geoffroy se croyait donc sûr du succès, quand Hildebert, l'archidiacre, fat tout-à-coup proclamé évéque par les suffises du clergé inférieur et du peuple. Il voulut d'abord résister, mais il fut forcé par l'enthousiasme populaire et porté , pour ainsi dire, sur le trône épiscopal. Ses adversaires se déchaînèrent contre lui : le comte Hélie, cédant d'abord à un premier mouvement, voulut protester; mais se rendant bientôt à la raison et craipant un schisme dans l'église du Mans , il abandonna son premier projet.

Heureusement que le peuple souvent aveugle dans son choix , ne l'avait pas été cette fois : car prêtre distingué, né en 1055 (2) dans le diocèse du Mans, paroisse de Lavardin au Bas-Vendômois , il devint un des prélats les plus remarquables de son temps.

Les calomnies atroces dont il fut l'objet et que plusieurs écrivains , Bayle entre autres, ont admises, tombèrent bientôt devant la sainteté et la pureté de sa vie. (3) On voit donc quelle puissance avait déjà cette voix du peuple, si méprisée jusqu'alors , si peu écoutée, quand il s'agissait de faits politiques. Car remarquons bien que c'est ici le peuple et le bas clergé l'emportant sans contest sur de puissants, seigneurs qui le plus souvent à la moindre opposition, ne savaient qu'à en appeler à la force , à la violence et à leur épée.

C'était donc là le véritable réveil ; l'Eglise a toujours été l'Arche sainte où s'est conservée pure et nette la tradition de la liberté. Des libertés religieuses aux libertés communales, libertés sociales plutôt que politiques, il n'y avait qu'un pas. Nulle part nous n'avons rencontré un fait plus caractéristique : deux intérêts, nécessairement opposés, se réunissant un instant dans leur force et leur puissance, renversés , vaincus par la volonté d'une classe infime et dépouillée d'habitude de tout droit et de tout moyen de la laire prévaloir.

(1) Dom Bouquet. — Dora Mabillon. — Orderic Vital. — Dom Piolin.

(2) Dom Colomb, dons nne lettre datée du 26 mars 1760, parait admettre qu*Hildcbcrt est né eu 1057 et non pas en 1055, en ce qu'il fut élu à 40 ans, en 1097, évéque du Maos.

(3) Bajle 8*appuie sur la lettre qu'Yves de Chartres écrivit à Hildebert au moment de son âévation : « Dicunt quidam de majoribus Cenomanensis Ecdesiœ, qui ante actam vitam tuam se < noue tettantur, quod ultra modum laxaveris frcena pudieiiiœ» in tantum est post acceptum c Archidiaeonatum, accubante lateribus tuis plèbe muliercularum, multam genuerist plebem « pnerorum et puellarum, ^

GuiUaume-le-Roux usa de tout son crédit pour faire casser cette élection. II ne put y parvenir ; toutes les diiBcaltés étant donc applanies , Hildebert se rendit à Tours et fut sacré par les mains de Raoul II, archevêque métropolitain , en présence d'Hélie et d*un nombreux clergé, dont faisait partie son compétiteur lui-même, Geoffroy, doyen du chapitre. Le roi d'Angleterre convaincu par l'union dont cette circonstance particulière faisait preuve , qu'il ne pourrait jamais compter ce prélat au nombre de ses créatures , résolut de ne plus ménager le comte du Maine, ajoutant ce grief au désir qu'il avait de s'emparer de ses Etats.

Robert Talvas, comte de Bellesme, lui servait de sentinelle avancée ; d'ailleurs ce farouche seigneur n'avait pas oublié la défaite qu'Hélie lui avait infligée quelques années auparavant sur les bords du Riolt. Il guettait avec impatience l'occasion de se venger. Mais le roi d'Angleterre préoccupé par les affaires du Vexin français et surtout par celles d'Irlande ne put pas lui venir de suite en aide.

Pendant ce temps, Robert, par de continuelles attaques, tenait Hélie en éveil ; les campagnes retentissaient des cris de ses victimes. Pendant le temps du carême , il fit , dans ses forteresses , périr de faim et de misère prés de trois cents prisonniers qui ne demandaient qu'à payer leur rançon. Nous renvoyons les événements de guerre au chapitre suivant, voulant suivre dans celui-ci le comte Hélie dans tous les actes de sa vie civile et religieuse.

Le gouvernement d'IIélie avait rendu la paix au pays : aussi les travaux de l'église cathédrale , qu'on avait dû interrompre pendant ces troubles continuels, avaient-ils été repris par Hoël; ils furent terminés en 1093 et on songea à en faire une nouvelle dédicace et à y transporter les reliques de Saint-Julien et des autres saints , dont on conservait les dépouilles dans les autres basiliques.

Cette cérémonie se fit en présence d'Hélie et des principaux seigneurs de la contrée. A la même époque, le comte Hélie de La Flèche rebâtit l'église collégiale de Saint-Pierre-de-la-Cour , que les temps et les guerres avaient presque ruinée. C'était la chapelle des comtes du Maine, attenante à leur résidence sur l'emplacement de Thôtel de ville actuel. Quelques pans de murs pouvaient seuls naguère faire reconnaître le lieu habité par les anciens maîtres de la province.

Ce palais était occupé en 969 par Hugues , premier comte héréditaire , qui dans une charte de donation dit — aux moines de l'église de Saint-Pierrede-la-Cour quœ est capella ma. Il en était de même du temps du comte Hélie (0» et de ses successeurs^ ainsi que le témoignent un grand nombre

(1) Charte par laquelle il résulte que du temps d'Hélie, comte du 5Iaine et de Robertle-Gros, chantre de 8aint-Pierre-de-la-Cour, une grande contestation s'éleva entre les chanoines de Saint-Pierre et les officiers dudit comte, qui prétendaient avoir le droit de faire

de chartes par lesquelles les chanoines recevaient des dons ou défendaient leurs droits et prérogatives assez souvent attaquées. Le comte Hélie se montra constamment le défenseur zélé de la collégiale fondée par ses ancêtres. Enoch ou Henoc, frère aîné du comte, se consacra à Dieu après avoir porté les armes comme le second frère Gausbert ou Goisbert : tous les deux devinrent moines de la Couture. A l'occasion de la prise d'habit d'Enoch (0, Hélie fit don à ce monastère de sa terre de Liminier (Liminarom), et de la moite du domaine de BoifTart.

Dès les premiers temps de son gouvernement Rannulphe , abbé de Saint- Vincent, et ses religieux , qui s'étaient toujours montrés partisans de Robert, dac de Normandie , leur bienfaiteur, lui représentèrent tous les dommages que l'abbaye avait supportes pendant que lui-même assiégeait la forteresse bâtie par Guillaume-le-Conquérant sur le Mont-Barbet (morts Barbatv^), Cette forteresse était située entre l'abbaye de Saint- Vincent (maintenant Grand-Séminaire) et la ville. Ces représentations furent d'abord de nul effet : mais enfin Hélie, touché de la régularité et des vertus des moines, leur accorda , comme indemnité , la juridiction entière sur tout le faubourg de Saint- Vincent (2). Il exigea en retour un anniversaire pour son père ,

assister les chanoines aux sépultures de tous les membres de leur famille, savoir : de toute la famiUe du maître pannetier, de toute celle du mattre écbanson et de celle du maître culsioier. De leur côté les chanoines, qui soutenaient le contraire, prouvèrent, par serment, qoe ii coutume de leur église était qu'ils devaient assister aux sépultures des trois maîtres serviteurs susdits , de leurs femmes et de leurs enfants , mais que si quelques membres de ees familles venaient à quitter la maison paternelle par suite de mariage ou par tout autre owtif , ils cessaient alors d'être tenus d'aller à leur sépulture.

L'église de Saint-Pierre-de-la-Conr où se sont agenouillés tant de prélats et de princes et même le pape Urbain II, sans nul doute, à son passage au Mans, sert maintenant d'école mntaelle. La seule portion que l'on puisse regarder comme appartenant À la construction primitive , est un pan de muraille qui faisait autrefois partie des murs de la ville et donnait sur les Bas-Fossés.

^1) Notitie tam presentium quam futurorum intimare curavimus, quod ego HeliaSt comes ceDomanensis, divine pietates intuitu, pro sainte etiam et remedio anime mee et anteccssorum meorum , me non et pro monaehatu Enoch fratris met , Deo et monachis S. Pétri de Cuitura in perpetuum dedi et concessi medietariam de Boifart in eleemosynam , cum pritiset terram de Ciminario, in prœsentia Uoelli tune temporis cenomanensis episcopi , ia prcsentia Juhelli tune temporis Culturensis abbatis, qui quasi in materno gremio fratum «uian predictum cum summo honore et jucunditate in abbatia suscepit. Et ne hujus rei memoria, ut solet, in irritum renocetur, in hanc paginam recorda tionis , quam munimento Bîgilli mei confirma vi, recurrendum. fCarlulaire de la Couture, f. 30).

{ij M ne faut pas s'étonner de ce que les comtes se démissent en faveur des abbayes do quelques-uns de leurs droits de juridiction.

Ced actes faisaient faire de grands pas ù la civilisation et tendaient ù adoucir les mœurs qae ies guerres maintenaient toujours barbares. Renault I'^^, comte de Vendôme et évéque de Faris avait livré aux cultivateurs le vaste territoire compris dans la for^t de Gasiincs. Malgré les encouragements de ce prélat, Geoffroy-Martel ayant fait faire une enquête sur Ivs défrichements opérés , y trouva beaucoup do désordres : et tous ceux qui ne purent pas jastjflerdela légitime possession de leurs terres, furent soumis, sans la perdre, à l'autorité des moines de l'abbaye de la Trinité, devenus leurs seigneurs : « Cette autorité, dit M. de

68 LA FLiCHK ET SBS SEIGNEURS.

an antre pour sa mère et un troisième pour lui-même. Pour les localités, c'était un réel avantage d'être soumises à la juridiction des moines ; car la flagellation et autres peines alBictives, si multipliées dans les siècles da moyen-âge, n'ayaient pas d'application dans les tribunaux religieux. (Dom Martin — Dom B<yaquet — Dom Piolin),

Ce fut en présence d'Ebrard, abbé de Saint-Calais et ayant comte de Breteuil , vicomte de Chartres et seigneur du Puiset , et le jour de la consécration de Tévêque Hildebert, que le comte Hèlie fit don de l'église de Boecay à Fabbaye de Preuillé au diocèse d'Angers, ou plutôt confirma celui qu'avait fait son frère Gausbert dont l'existence est ainsi constatée (4 ). Il

« Péiigny (Histoire archéologique du Vendômoii), était beaucoup plus douce et plus éclairée « que celle des seigneurs laïques. Les vassaux de la Trinité surtout trouvèrent de grands « avantages dans les privilèges de cette abbaye. Participant à toutes ses immunités, ils « étaient à l'abri des exactions qui pesaient sur le reste de la population rurale ; le gonver- < nement des abbés était en général sage et paternel ; la justice se rendait à leur Cour avec « équité et k peu de frais, toujours attentifs à protéger leurs sujets; ils les défendaient « contre les vexations des hommes puissants et les brigandages des gens de guerre. Dans « les temps de calamités , ils venaient au secours des cultivateurs , les nourrissaient dans K les famines et les soignaient pendant les épidémies. L'infirmier et l'aumônier du monas- 'i tère avaient la charge spéciale de parcourir les villages, de s'informer des besoins, de « secourir les pauvres et de soulager les malades. Aussi la condition des vassaux d'une « abbaye était-elle préférable à celle des hommes libres d'une condition inférieure ; et c'est <c pourquoi l'on trouve à cette époque tant de chartes par lesquelles les hommes libres, « renonçant à une liberté onéreuse, se constituaient volontiers serfs d'un monastère. »

Les archives du Mans renferment une charte curieuse qui correspond à ce que nous venons de citer : elle contient un don fait à Dieu et aux religieux de Saint-Âubin établis apud Ccutrum Fixe par Fromundus Chaliboî^ qui désirait prendre l'habit religieux, d'une vigne en proximité de la maison des lépreux et qui lui avait été donnée par Hélie , comte du Maine.

Ce don est consenti par Doda , sa femme , et son fils.

Cette charte est signée par Hubertus^ presbyter de Fixa, et Euhertus, preshyler de Sancta- Columha, et Gaufridus de Clahers (Geoffroy de Cleers).

Quelques temps après, sa femme Doda vint dans le chapitre de Saint*Aubin et pria l'abbé Hamelin de vouloir bien l'associer aux bienfaits de son Eglise et de lui prêter conseil et assistance. Elle fît don aux moines de tout ce qu'elle possédait , et il fut convenu qu'elle partageratt l'habit et la nourriture des moines , si eUe le voulait ou si la nécessité venait à l'y contraindre et qu'à sa mort les moines célébreraient sa sépulture d'une manière convenable ; qu'enfin eUe serait considérée comme membre dudit monastère, — Cyrographe original sans date... de 1119 à 1127. —

Le Cyrographe était un acte double entre deux parties intéressées qu'on écrivait sur la même pièce de vélin , de manière qu'entre ces deux copies se trouvait un symbole , une inscription, une peinture etc., que l'on coupait ensuite ou on ligne droite ou en ligne dentelée. Chacune des parties emportait son duplicata : et ainsi la vérification était facile.

On le voit donc par cette convention bizarre et assez inusitée la protection monacale ne pouvait pas aller plus loin.

(1) Helias, cornes cenomanensis... Illud donum quod a fratre meo Goxbetto datum erat Ecclesiœ sancti Pétri Pruliacensis de ecclesia Bociaci et cunctis ipsis pertinentibus, concedo rogationi domni Othonis, Pruliacensis abbatis, in die consecationis domni Hiideberti, episcopi nostri, in capitulo Sancti-Juliani Turonensis... Hanc concessionem feci coramdomno Uildeberto episcopo et abbate sancti Carilephi Ewrardo , et Gaufrido , cenomanensis Ecclesiœ decano, et Fulchrado precontore, et Gaufrido archidiacono , et coram istis meîs militibus GuiUelmo, Tibulo et Richardo Harengardo... {Ex-Cartulario Pruliaeensi),

donna aussi aux moines de la Couture l'église de Tennie (Tefiitia). La seigneurie de Tennie avait été donnée à Foulques Riboulé par le comte du Maine , qui l'avait confisquée sur Foulques de Tennie , quand celui-ci quitta son parti pour s'attacher à celui du duc de Normandie.

Geoffroy de Mayenne avait enlevé au prieuré de Saint-Guingalois de Château-du-Loir l'église de Chahaignes, pour en gratifier l'un de ses ofiBciers. Saint-Brunon , légat du Saint-Siège , se trouvant au Mans , fut chargé par l'abbé de Marmoutier de juger ce différent. Malgré les subterfuges inventés par Emery, détenteur du prieuré, Saint-Brunon rendit, en 4406 , une sentence , qu'en faveur des moines et au nom de Saint-Pierre , l'évéque Hildebert et le comte du Maine durent faire exécuter.

De temps immémorial une compagnie d'hommes à cheval, nommés Francs-bouchers ou Lanciers , couverts d'une cuirasse , portant heaume et casque de fer en tète , armés d'une longue lance de bois d'aulne ferrée , escortait la croix à la procession des Rameaux , allant de l'église de Saint- Vincent à la cathédrale de Saint-Julien. Quoique l'on ne possède aucune donnée bien positive sur cette coutume , on pense qu'Hélie de La Flèche se trouvant à cette procession en sa qualité de comte du Maine , fut pris par des anglais qui s'étaient cachés et placés en embuscade , et qu'il fut délivré par les bouchers qui s'empressèrent de voler à son secours. D'autres disent que la croix seule fut prise. Quoi qu'il en soit , il est probable que le comte du Maine, en reconnaissance de ce fait, soit qu'il le concernât lui-même, soit la croix seulement , chargea les bouchers d'escorter désormais la procession.

Circonscrite dans les anciennes fortifications romaines , la ville primitive du Mans avait bien peu d'importance. Elle formait d'abord un parallélogramme trës-allongé. Sur l'un des grands côtés, joignant à cette heure la place des Jacobins, se trouvait la cathédrale, le palais èpiscopal et celui des comtes du Maine. Guillaume-le-Conquérant , après s'être rendu maître plusieurs fois de la ville , construisit le château hors des murs d'enceinte et Tentoura de muraillles qui formèrent un premier accroissement. « Vers la

< fin du XII°^ siècle, disent plusieurs écrivains, Hélie de La Flèche, au-

< quel on doit la porte de la Cicogne et les fortifications des Bas-Fossés , c fit ceindre de murs le quartier Saint-Benoit. » — c Peu de temps après,

< dit Richelet (Lt Mans ancien et moderne, 4830), Philippe-Auguste, vou- « lant donner encore au Mans une plus grande étendue, y joignit le quar- « tier de Gourdaine , terrain marécageux envahi par les eaux de la Sarthe € que la nouvelle enceinte resserra dans un lit plus étroit. Enfin , par un « acte du mois de novembre de l'an 4247, passé à Melun , le même prince « permit aux chanoines d'étendre leur cathédrale au-delà des murs de la

< cité, si toutefois cela ne portait pas préjudice à Bérengère, veuve de € Richard, alors comtesse du Maine.... »

Ce qui précède renfemae de graves eiTeurs.

Les historiens qui n'ont fait que se copier successivement se sont trompés, lorsqu'ils ont attribué à Philippe-Augmte et même à Hélic de La Flèche (1094-4099), la clôture des quartiers de la Tannerie et de Saint- Benoit. Ils n*ont pas remarqué que les Annalss de Roger Howden ei \es Imagines Historiarum de Radulfus de Diceto disent positivement que le combat livré en 4 1 89 , entre les troupes de Philippe- Auguste et celles de Henri II , eut lieu entre le pont de pierre , sur la Sarthe , et la Porte- Ferrée , qne \e fdiuhoxïrg (suburbium) fut livré aux flammes par Etienne, sénéchal d'Anjou , pour empêcher l'armée française de s'y loger, ce qui implique un facile accès, et qu'à la suite du combat, français et anglais entrèrent pêle-mêle dans la cité. Si les quartiers de la Tannerie et de Saint- Benoit avaient été clos de murs à cette époque , le drame se serait passé tout autrement. (Hucher, Enceintes successives de la ville du Mans).

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