CHAPITRE QUATRIEME
SnGNEURS DE L\ FLÈCHE. - 1« MAISON DE BEAUGENCY; HÉLIE. DEUXIÈME SEIGNEUR DE LA FLÈCHE (suite).
Nous avons laissé Hélie de La Flèche occupé à contenir Robert de Bellesme et se préparant, par tous les moyens connus alors, à repousser Guillaume-le -Roux, roi d'Angleterre. Ce prince se voyant débarrassé des principales préoccupations qui le retenaient , finit par se rendre aux pressantes instances de Robert de Bellesme et envahit le comté du Maine avec ane nombreuse armée ; mais les Manceaux, sous le commandement d'Hélie, interceptèrent les chemins avec des abatis d'arbres et gardèrent si bien les principaux passages des rivières , qu'il lui fut impossible de pénétrer. Il laissa de grandes forces à Robert de Bellesme et lui fournit les fonds néœssaires pour qu'il fit fortifier Blèves, Peray, La-Motte-Gautier, le Montde^la-Nue, Saône, Saint-Remy-du-Plain, Ortieuse ou Urson, Aillères, la Motte-lgé, Clinchamp et Afamers. Ces forteresses, avec C3lles du Mont-de-la-Garde et de Quéchaussee, formaient trois lignes de défense se reliant à Baurg-le-Roi, à Alençon et h Essay, couvrant complètement Bellesme et ressemblant à un labyrinthe fortifié , dans lequel il eut été plus qu'imprudent de s'engager. De plus , l'habile Robert les avait enceintes d nne longue ligne de circonvallation , dont il reste encore quelques traces, et qui est connue dans le pays sous le nom de Fossés de Robertl^Diahlp.
Toujours armé et à cheval , et les insignes du croisé sur l'épaule , Hélie «ie La Flèche ne prenait aucun repos, et un jour qu'il était sorti avec quelques cavaUers pour reconnaître l'ennemi qui faisait alors le siège de Dangeal , il tomba dans une embuscade que lui avait dressée Robert de Bellesme et fut fait prisonnier avec son enseigne (Signifer) , le jeune de Montfort. Cet événement était bien grave pour le Maine, dont la conquête devenait très-facile. Bellesme conduisit de suite, sous bonne escorte, son prisonnier au roi Guillaume , qui tenait en ce moment sa cour à Rouen. Le comte
Hélie fat accueilli avec tous les égards dus à son rang , à ses vertus et à son courage. 6uillaume-le-Roux honorait les qualités guerrières aussi bien chez ses ennemis que chez les siens : et Ton pouvait bien dire d'Hélie , qu'il était — primus inter pares.
Mais ce prince chercha immédiatement à tirer tous les avantages possibles de la pénible position du comte du Maine. Ayant convoqué tous les barons de Normandie : « Jusqu'à présent , leur dit-il , je n'avais pas cherché à « recouvrer l'héritage paternel dans la crainte de fatiguer le peuple des cam- « pagnes; mais vous voyez que Dieu récompense la pureté de mes inten- € tiens , et livre présentement mon ennemi entre mes mains. Maintenant € je veux avoir votre avis , que me conseillez-vous de faire? » Tous, d'une voix unanime et avec de grandes démonstrations de joie, lui persuadent de marcher promptement sur le Maine. Guillaume n'avait demandé conseil que pour se rallier plus d'adhérents , et ne se contentant pas de son armée, il fit encore convoquer les milices des différents Etats du continent •— Franà ergo Burgv/ndiones , Morini et Britones, aliœqusvicinœ g entes ad liberalem Patridum (Guillelmum Regem) concurrunt et phalanges ejtis multipliciter auxerwnt. — (Orderic Vital. — Dom Bouquet).
Guillaume savait , au reste , qu'il fallait prendre des précautions , et qu'au défaut d'Hélie , il verrait se dresser devant lui le redoutable comte d'Anjou et son vaillant fils Geoffroy-Martel, qui, fiancé d'Eremburge encore enfant, viendrait défendre son futur héritage.
Toutes ses dispositions étant prises, le roi d'Angleterre partit à la tète de ses troupes, avides de tirer large rançon d'un pays qu'avaient enrichi plusieurs années de repos , traversa Alençon et vint mettre le siège devant Fresnay. La cavalerie de Raoul de Beaumont en défendit un moment les approches , puis ce seigneur combattu et par les rapports d'amitié qu'il avait eus avec le roi et en même temps par le sentiment de ce qu'il devait à son chef alors prisonnier, vint au-devant du roi et lui promit de lui rendre toutes ses places , si les Manceaux le reconnaissaient comme souverain , lui exposant que c'était d'abord au Mans qu'il devait porter ses pas. Geoffi-oy de Mayenne, Rotrou de Montfort et quelques autres, s'obligèrent aux mêmes conditions. C'était une capitulation honorable : au reste il n'était pas facile de résister, car Gilon de Sully, descendant d'une des plus anciennes familles de France , assure n'avoir jamais vu en deçà des Alpes une année plus nombreuse et mieux équipée que celle du roi d'Angleterre , qui passa à Rouessé-Fonlaine (Ruccium), à Fresnay-le-Vicomte ( Frederiacum) , à Montbizot (Mons-Busoti) et trois jours après à Goulaines, où l'armée dressa ses tentes et qui , appartenant à l'évèque Hildebert , dont Guillaume avait si impatiemment supporté l'élection , fut ravagé de fond en comble. Par sa promptitude, le roi avait espéré devancer le comte d'Anjou et son fils et s'emparer du Mans avant qu'ils eussent le temps d'en prendre la défense ;
HÉLIE, DKUXIÈHB SEIGNEUR. 73
mais ils y étaient déjà arrivés et s'opposèrent avec une telle vigueur à tous les efforts que fit leur royal adversaire contre la ville dont ils étaient d'ailleurs les seigneurs suzerains (Capitalù Domini), que les soldats de Guillaume ne purent se venger de leur insuccès que sur le pays qu'ils saccagèrent à un tel point que, la famine se mettant de la partie , il fallut battre en retraite et les licencier jusqu'au moment de la moisson. N'ayant pu prendre le Mans , le roi s'empara de Ballon avec l'aide du seigneur de Montdoubleau, qui lui en facilita les approches , et retourna ensuite en Normandie. Foulqaes-Réchin en profita pour aller mettre le siège devant Ballon , que les Anglais ne purent lui faire lever. Cependant , Guillaume étant revenu au mois de juillet avec de nouvelles troupes au secours des assiégés , Foulques leva le siège , n'étant pas assez fort pour livrer bataille et retourna s'enfermer au Mans. De là on commença à traiter, Foulques , l'évèque Hildebert et les principaux de la ville ne pensant plus pouvoir résister de nouveau à Tannée que Guillaume ramenait devant les murs du Mans. Us proposèrent de rendre la ville et demandèrent à ce qu'Hèlie et les autres prisonniers fassent mis en liberté. Ce qui fut accepté par le roi. Les prisonniers furent donc échangés de part et d'autre , et toutes les places qu'avait possédées Guillaume-le-Conquérant furent remises à son fils. Tous les postes de la ville furent occupés par les milices normandes ainsi que la Tour-au-Roi , le Mont-Barbet et la Motte-Barbet. Toutes ces conditions avaient été convenues d'avance entre Hélie et Hildebert. Le prélat avait été autorisé à aller trouver dans sa prison le comte du Maine , dont les dispositions des comtes angevins avaient éveillé l'attention : il avait lieu de craindre qu'ils ne trai* tassent avec le roi sans s'inquiéter de sa triste position. L'évèque conduisit donc très-habilement ces négociations et reçut le monarque anglais à la tète du clei^é et du peuple.
Avant de partir, le monarque anglais remit la garde de la ville du Mans à Guillaume , comte d'Evreux , à Guilbert de l'Aigle et à leurs compagnons d'armes. Il plaça Gauthier de Rouen dans la Tour-au-Roi , après l'avoir abondamment pourvue en prévision des événements qui pourraient surgir de nouveau (1)- Tous les barons manceaux, ainsi qu'ils en avaient fait la promesse, se rendirent définitivement au vainqueur. Ceci se passait en 4098.
De retour à Rouen , le roi Guillaume manda auprès de lui le comte Hélie, qai fit alors l'abandon de tous ses droits, ne demandant d'autre grâce que
(1) Celle tour, qu'on a appelé le chflteaa, Toar royale (Turrisregia), la Tour OrbindeUe» la grosse Touc du Mans , était située en dehors de Tenceinte Gallo-Romaine. Elle fut constmite, comme nous l'avons dit précédemment, sous Tépiscopat d'Arnaud, par les ordres de Goillaume-le- Bâtard et après la prise du Mans par ce prince en 1063. Cette tour avait aoq étages ; elle se terminait par une plate-forme garnie de mâchicoulis , sur laquelle s'élevait une échanguette munie de sa cloche , et dans ses substructions on avait pratiqué ui^o poterne, qui s'ouvrait sons le pont dormant. (Rucher.)
celle d'être admis au nombre des courtisans en conservant le titre honorifîque de comte du Maine. Nous ne saurions comment expliquer une pareille demande de la part d'un chef qui avait toujours tenu si fièrement sa bannière, s'il n'avait craint les vues , ambitieuses et la politique déloyale du Réchin, qu'il avait vu si souvent à l'œuvre. Il connaissait sa propre valeur et ne pouvait douter que, d'abord simple courtisan , il ne devint bientôt le plus sûr conseiller du roi et en mesure de préparer l'avenir autrement que par tous les hasards d'une nouvelle guerre.
Mais ceux qui approchaient le plus près de Guillaume, Robert de Meulan le premier de tous, craignant, avec juste raison , d'être supplantés par Hélie, firent tous leurs efforts pour l'éloigner et y réussirent. Voyant avec dépit ses offres rejetées, offres qui avaient singulièrement coûté à son amour propre, Hélie déclara au roi que, n'ayant pu acquérir ses bonnes grâces, il ferait tous ses efforts pour rentrer dans la possession de son comté. Guillaume, malgré cette menace, lui répondit qu'il ne le redoutait en rien et lui donna un sauf-conduit pour qu'il put se rendre dans le Maine sans être inquiété. Malmesbury prétend que l'entrevue fut calme de part et d'autre : quoi qu'il en soit, le roi n'en tint pas moins sa parole, et Hélie, rendu à la liberté, se mit de suite en mesure de pouvoir agir, ainsi qn'il avait eu l'audace de l'annoncer.
Quand l'ancien comte du Maine, dépouillé de son autorité, eut remis le pied dans cette province qu'il avait gouvernée avec tant de sagesse et de justice pendant plusieurs années, (4) il vit de suite que tous les cœurs étaient encore à lui, et que les acclamations qui avaient éclaté dans sa ville capitale à l'arrivée du roi d'Angleterre n'étaient que le résultat de la peur ou de la satisfaction momentanée de voir à leur terme et la guerre et ses horreurs. Il sentit que là était sa principale force, puisqu'il était parvenu à dominer ce caractère si versatile et remuant toujours reproché aux Manceaux d'alors. D'un autre côté, ses forteresses La Flèche, Château-du-Loir, Mayet, Lucé et Saint-Mars d'Omtillé cidiieni restées intactes, ne se trouvant pas sur le passage des troupes anglo-nonnandes ; il s'occupa à perfectionner leur système de défense et à fortifier autant que possible les bourgs adjacents. Il ne négligea rien pour réparer ses pertes , exercer ses hommes d'armes et tout prévoir enfin pour recommencer vigoureusement la guerre. Il agit ainsi sans bruit depuis le mois d'août jusqu'au temps de Pâques de l'année suivante, conférant avec tous ses alliés sur les moyens de combattre et de vaincre un ennemi d'autant plus puissant que, pour le moment, tous
(1) Nous voyons le rornle Htilie appaniitre Im-méme dans les moindres nffHircs. ainsi que le constatent nombre de chartes. Dans l'une d'elles concernant réglisc de Saint- Ouimi du Mans {^Sancto-Audoena cenomannensis), nous lisons :
« Hœc signa crucis supradictis facta fecit ipse Guittmus ppa manu et uxor sua in conspec- « ta Helie comitis cenommanis sub testimonio istius rei.
les différents, toutes les grandes rivalités subissaient un temps d'arrêt à cause de la croisade.
Le roi Guillaume , de son côté , ayant subjugué les Manceaux et réglé toutes ses affaires en Normandie, retourna en Angleterre dans le courant de l'automne 1098.
Ilélie laissa passer Thiver et ayant établi des intelligences avec des habitants de la ville, qui lui étaient restés dévoués et probablement aussi avec Tévéque, il commença à attaquer partiellement les anglais-normands cantonnés dans le comté, et à les harceler continuellement dans leurs marches et contre-marches sans entrer ouvertement en campagne. On sait, au reste, combien la situation de ce pays était favorable à cette petite guerre qui peut parfaitement se comparer à celle que nous connaissons , la Chouannerie. Mais vers le mois de juin 1099, toutes ses dispositions étant prises avec cette habileté que nous lui connaissons , il gagna , à la tête d'une nombreuse troupe, les Planches-Godefroi , près du Mans, passa cà gué la rivière de THuisne et provoqua au combat la garnison royale. (4)
Les Normands répondirent à son cartel par une sortie si vigoureusement repoussée, qu'ils furent obligés de rentrer dans les murs où Hélie les suivit l'épée dans les reins. L'ennemi n'ayant pas eu le temps de fermer les portes de la ville , le comte y pénétra avec les siens; les anglo-noimands , par suite de cet incident, se renfermèrent dans la citadelle et dans les autres points fortifiés. Hélie, très-airaé des habitants, fut bien accueilli par eux;
(1) Prairie des Planches, située à l'extrémité Sud-Sud- Est et en dehors de la ville du Mans, longeant la rive droite de la Sarthe, partie sur l'ancienne paroisse de Saint-Gillesdes-Ooérétj de cette ville cl partie sur celle de Saint-Georges-du-Plain.
Pesebe se demande si le lieu et la prairie des Planches portaient le nom de Godefroi ; et si, dans ce cas, le comte Hélie ne dut pas passer la Sarthe à gué plutôt que l'Huisne.
Le récit de Belle-Forest (comingeois et annaUste de S. M. très-chrétienne 1579) diffère un pea, tout en s'en rapprochant, de celui d'Orderic Vital en ce qui concerne la prise de la ville du Mans : « Or avoit l'anglais fait bastir une tour et une forteresse en la cité, comme c ne se fiant point des citoyens , non bien affectioncz à la race normande , en laquelle il meitde
< bonnes garnizons pour la deffence de la place, contre lesquelles garnisons le comte Hélie « fett entreprise, ayant intelligences avec quelques-uns de la ville, entre lesquels on vou-
< lot nombrer l'évesque du lien Uildebert, duquel nous avons parlé cy dessus et parlerons t eooore, puisque la chose fait à nostre propos, et que ça été un homme digne do qui on « face compte. »
c Hélie donc, ayant ces intelligences soit avec les citoyens soit avec l'évesque, vint de « Doict au Mans et emporta la ville d'emblée ; les gens du Roux se retirèrent au fort, où t Hélie les assaillit et emporta la pièce , quoyque les annales de Normandie chantent le
< contraire. »
Noos adoptons le récit d'Orderic Vital et des autres historiens, comme plus conforme à la mite et à la concordance des événements.
D'ailleurs , en dernier lieu et au moment de la remise du fort et de la tour à Hélie luinème, nous retrouverons les mêmes chefs que Guillaume-le-Roui à son départ du Mans y avait placés pour les défendre et qui ne se rendirent que sur l'ordre d'Henri I*^, son frère et son successeur. Puis , nous regretterions d'avoir À passer droit sur ces incidents qui exhalent un vrai parfum de l'antique chevalerie.
mais il ne put les garantir des dommages causés par les scories enflammées (4 ) que Gaultier, commandant de la Tour, fit jeter du haut de ses remparts sur les toits des maisons si agglomérées dans l'ancienne cité du Mans. Un violent incendie se déclara et brûla presqu'entiérement la ville. Malgré tous ses efforts et la coopération active des bourgeois, qui détestaient le joug normand , Hélie ne put emporter ces inexpugnables forteresses parfaitement défendues d'ailleurs par Clérembault de Lisois, Gaultier et un grand nombre de chevaliers ou gens d'élite.
Pendant ce temps , Robert de Bellesme avait fait fortifier Ballon ; aussitôt qu'il apprit qu'Hélie était rentré dans le Mans , il dépécha son courrier Amalgis au roi d'Angleterre pour le prévenir de ces événements. Amalgis , ayant passé la mer, se rendit à Clarendon où il rencontra le roi , qui chassait dans la forêt Neuve (%) avec ses courtisans ; et là il lui apprit que le
(1) Dumoulia dit : « L'amonr naturel qao les habitants avaient pour Iny (Uélie) et le « désir de secouer le joug des Normands , luy donnèrent de Theur et le flrent recevoir avec « acclamations de ioje ; mais à leur perte , car les capitaines de la Tour royale et du Mont- « Barbet firent dans des fourneaux rougir de Fescume de métal et en iettèrent sur les mai- « sons , qui 8*embrasèrent si bien que les flammes dévorèrent en peu d'heures toute la ville « excepté le Mont-Barbet, la Tour- Royale et autres places de deffence, lesquelles furent « conservées k la diligence des Normands, qui les tenaient... »
(2) Depuis les temps les plus anciens cette contrée fertile était parfaitement cultivée et en conséquence très-populeuse; les colons de Southampton alimentaient la ville de Viocheater de leurs produits. Mais Guillaume-le-Conquérant, passionné pour la chasse comme tous les hauts barons et aimant beaucoup les forêts, dévasta complètement cette même contrée et convertit en bois le territoire de plus de soixante paroisses, forçant les habitants à émigrer en d'autres lieux, pour se procurer ce plaisir de la chasse, au sujet de laquelle il avait édicté les peines les plus sévères. Nul homme pris en délit ne pouvait sauver sa vie. Il est à remarquer que dans cette forêt plantée au prix de bien des intérêts compromis et par suite du plus intolérable despotisme, Guillaume perdit son fils Richard, qui s*y blessa mortellement à l'arçon de sa selle et que Guillaumc-le-Roux y fut tué d'un coup de flèche par un de ses compagnons de chasse. (Ord. Vit.)
La chronique des ducs de Normandie dit h propos de la mort de ces deux princes :
Icist reis GuiUaumes le Ros , Ce savom-nos bien a estros , R'out un frère , Richart out non , Dan ceus de Mult gente façon.
En la forest , ce sui Usanz (Uncor ert sis pères vivant), Chaçout un jor, ce mi est avis , Là dreit où li reis fu ocis.
Un cerf berse de plain eslès ; A la branche passer d'un plès Se feri , ne Tpout eschiver ; Les Oilz se dut fair voler, Del cheval chaï toz envers.
L'historien , qui ne peut comme le romancier arranger les faits à sa guise , doit avec le plus grand scrupule n'admettre que les récits qui concordent parfaitement avec les traditions et qui paraissent n'avoir été consignés par les contemporains qu'en dehors de toutD pression et de tout motif d'intérêt ou de caste.
Sans parti pris et dans l'intérêt seul de ce que nous appellerons la sainte vérilé, nous
hMlie, deuxième seigneur. 77
Mans avait été emporté de nouveau par Hélie , que toutefois son maître lui gardait Ballon pendant que ses chevaliers défendaient courageusement la forteresse et les autres points fortifiés contre les attaques journalières du comte du Maine.
tenons à faire apparaître des contrastes , qui la feront mieux valoir en nous appuyant sur ce qu'ont écrit des hommes, dont nous ne prétendons pas être l'émule.
Ainsi tandis que d'un côté soixante paroisses s'étaient successivement formées sur des terrains incultes k l'ombre de la croix dominant le prieuré , le roi d'Angleterre pour la satisfaction d'un plaisir de prince annihilait le travail de bien des années et réduisait à la misère des populations auxquelles les moines avaient appris à cultiver et à conquérir l'aisance et le bonheur. Ecoutons encore M. de Pétigny, l'éloquent avocat de la cause que nous Toolona soutenir :
« Ne soyons pas étonnés, si la population accueillit avec reconnaissance les mesures
< prises par Geoffroy- Martel , comte d'Anjou, pour mettre la plupart des colonies do la ' forêt de Gastines dans la dépendance de l'abbaye de la Trinité. C'était le meilleur moyen
< d'assurer l'œuvre de civilisation et de défrichement commencé par les évéques du Mans
< et continuée par le prélat Renault. Dans ce but, on fonda plusieurs prieurés sur divers c points de ce vaste territoire... Les prieurés (desservis par les moines eux-mêmes détachés
< de leurs abbayes) étaient les chefs-lieux d'exploitations rurales dont se composaient les
< domaines monastiques ; ce sont ces établissements qui ont porté la culture jusque dans le « fond des vieiUes forêts de la Gaule ; beaucoup de nos villages et même de nos villes doi-
< vent leur existence à un prieuré. »
« Toutes nos contrées se couvraient d'établissements monastiques , qui devenaient des
• centres de population. Dépositaires des plus nobles débris de la civilisation , comme le « dit no auteur de nos jours , les moines ne dédaignèrent pas de recueillir avec la science « et les arts, la tradition des procédés mécaniques et agricoles. Une abbaye n'était pas ^ seulement un Ueu de prières et de méditation , c'était encore un asile ouvert contre l'en-
• vahissement de la barbarie , sous toutes ses formes ; ce refuge des livres et du savoir « abritait des ateliers de tout genre, et ses dépendances formaient ce que nous appelons « aujourd'hui un ferme modèle ; il y avait là des exemples d'industrie, d'activité pour le c laboureur, l'ouvrier, le propriétaire. Les moines qui se répandaient au milieu de nos « campagnes et de nos vastes forêts pour y former les petits prieurés dont nous avons parlé ^ et beaucoup d'autres, portaient avec eux les traditions des travaux de l'inteUigence et de
< ceux des champs, qui font la vie des peuples civilisés.
< Sur chaque terre où ils avaient commencé quoiqu'on treprise de culture et de colonisa- « tion, les cabanes des hommes de travail , lites, colons, serfs, esclaves groupés autour de t la croix qu'ils avaient plantée d'abord, croissaient bientôt en nombre, se peuplaient « davantage, arrivaient à former un hameau. Enfin la population augmentant, le village se « transformait en paroisse. » — (Dom Piolin. — Commentaires de Dom Martène et de Dom Calmet sur la règle de Saint-Benoit. — Détails sur la conservation des traditions agricoles et individuelles dans les monastères. — Travail de M. Beugnot sur les municipalités rurales en France, Remie Française ^ août, sept. , oct. , 1838.)
Le IX"* et le Xl»« siècles furent deux époques très caractérisées, dit Dom Piolin : à la première le clergé séculier travailla beaucoup ; à la seconde on ne reconnaît presque exclusivement que l'œuvre des moines (clergé régulier).
t II y a peu de fiefs considérables, dit Dom Lobineau (Histoire de Bretagne), où les moi-
* nés n'aient bâti de nouveaux bourgs, du consentement des seigneurs; et la fondation de
< prieurés a produit cet avantage d'augmenter le nombre des habitants et de mettre à pro- « fit beaucoup de terres incultes , parceque ces nouveaux bourgs étaient peuplés de nouveaux
< habitants ; et c'était Tune des premières conditions du traité que les moines faisaient avec
* les seigneurs. Du reste , les seigneurs leur laissaient tout l'exercice de la justice sur ces
< étrangers, et n'en exigeaient ni service ni corvée, si ce n'était celle de travailler à la ^ réparation des ouvrages publics, dont ils avaient l'usage aussi bien que les anciens habi-
Immédiatement Guillaume-le-Roux tourna bride et annonça h tous ceux qni Tentouraient qu'il allait partir pour punir les rebelles et les mettre hors d'état désormais de secouer le joug. Arrivé au bord de la mer, qui en ce moment était agitée par une affreuse tempête, le roi ne trouva qu'un vieux navire peu en état de tenir par un gros temps. On veut le faire
« tanls, comme les pools et Jcs chaussées. » Ces observations peuvent se rapporter parfaitement à toutes les fondations du Xl'*^ et du XII»^ siècles.
Ainsi nous avons cité une charte par laquelle Jean de La Flèche donne tout le territoire de deux parcelles d'un de ses faubourgs appelées maintenant la BeuiTrie et la Boirie en abandonnant aux moines de Saint-Aubin tous ses droits féodaux à l'exception de celui d'appeler à la défense de son château les habitants qu'ils sauraient y attirer.
«c Cette période, dit M. de Pétigny (seconde moitié du XI»'» siècle), fut si éminemment « féconde, qu'il en est sorti plus de créations nouvelles que des huit siècles qui l'ont soi- « vie. En même temps s'élevaient ces admirables monuments de rart chrétien qui sont en- « corc Tornement et la gloire de nos cités , et ces redoutables forteresses dont les ruines « conservent un imposant caractère do force et de grandeur. Alors aussi se formèrent ces « puissantes associations religieuses, qui, dans leur sainte indépendance, conservèrent le « régime de la force, les droits de l'intelligence, de la liberté morale, et tout en gardant « les traditions des lumières, des sciences et des arts, prirent une part active à la coloni- « sation et au défrichement du pays. Deux faits trop négligés par les historiens et qui sont « pourtant la véritable histoire, celle du peuple et du sol. »
Malgré les immenses services rendus par les moines et le respect qui les entourait, ils n'en étaient pas moins quelquefois la victime des barons et de leurs gens de guerre dont l'ignorance et l'indépendance effrénée faisaient taire le sentiment religieux. Mais le plus souvent le repentir suivait la faute et de nouveaux dons venaient s'ajouter aax anciens.
Pour se garantir de ces insultes surtout dans les moments de guerre de seigneur à seigneur, les moines fortifiaient leur demeure. Ainsi dans l'intérieur du monastère d'Ëvron, on voyait encore en 1780 les fossés très-profonds d'un donjon bftti dans Tintérieur et dans lequel les moines auraient pu se réfugier au moment du danger. Mais ces cas devaient être assez rares au moins pour l'abbé d'Ëvron, qui occupait une position assez élevée pour que les seigneurs de Sablé et de Craon lui rendissent des honneurs féodaux. Vers l'an 1145, Robert de Sablé, au moment de partir pour la croisade , se reconnut vassal de Geoffroy, abbé d'Evron et lui présenta à boire de ses propres mains et à genoux en présence de sa mère et de son fils. (Bibliothèque nationale M.)
Au reste, pour juger sainement d'une institution, il faut Fenvisager dans le milieu an sein duquel elle s'est déployée.
Le moine de ï Occident ne pouvait pas être celui de VOrient : « La société, à laquelle les ti moines orientaux s'étaient soustraits, était une société énervée par le bien-être et par un «c abus séculaire de toutes les jouissances matérielles. La terre même qu'ils foulaient aux « pieds était la terre dos plaisirs. Tout y portait: la douceur du climat, les parfums de Tair, « la transparence du ciel , une civilisation qui avait épuisé tous les raffinements de la vo- « lupté, une mythologie sensuelle, qui plaçait les satisfactions de la chair sous la consé- « cration même de la divinité, des arts efféminés, une littérature amollie, tout ce qa*on « voyait, tout ce qu'on entendait.... » (Abbé Martin, Les Moines et leur influences sociale). Les moines d'orient donnent donc le spectacle des effrayantes austérités du désert : c'étaient là leurs prédications. En occident, les moines trouvent des hommes forts, formés à toutes les privations et à toutes les fatigues, mais incultes; ils vivent comme eux, mais, tout en les instruisant, leur apprenant à vivre plus confortablement, et les poussant dans les voies d'une civilisation saine et morale. Puis à la suite des grandes invasions du V»«ct du VI™e siècles , on a vu les moines adoucir le caractère farouche des barbares et se placer entre les vainqueurs et les vaincus.
attendre : « Non , répondit-il , je partirai ; jamais il ne fat fait d'oraison € funèbre pour un roi noyé; ne craignez-rien : le ciel et les vents seront < bient6t pour moi. »
« Cùnques n'aveit oï parler < De ré qui fust neiez en mer « N'il ne sera jà Ji premiers.
Se confîant donc à sa fortune et à la mer, étranger à toute crainte , il .<(*embarqtte sans suite et sans escorte , et le lendemain arrive à Touques. Les curieux rassemblés sur la plage à la vue d'un navire arrivant d'Angleterre par une mer en furie , poussèrei)t des cris de joie et d'étonnement en voyant le roi , qui , montant sain et sauf à cheval , gagna Bonneville avec an grand concours d'ecclésiastiques et de paysans qui, enthousiasmés, voulurent lui faire escorte.
De tous côtés , il fit partir des courriers portant ses ordres à tous les barons normands , et bientôt , à la tête d'une nombreuse armée , il se porta en plein pays ennemi , s'altachant pas à pas à la poursuite d'Hélie. Il ne 6t que traverser, sans s'y arrêter, la ville du Mans encore en ruines et fumante , et qu'Hélie avait évacuée suivi d'une multitude affamée.
Le lendemain il fit mettre, comme d'usage, tous les environs à feu et à sang. De son côté , Hélie faisait saccager tout le pays derrière lui, afin que Guillaume n'y trouvât aucune ressource pour nourrir son armée : à cette époque il n'y avait ni bagages ni vivres : il fallait que les troupes vécussent de ce qu'elles trouvaient sur leur passage ; c'est ainsi que Vaux et Oustillé furent brûlés. Mais le furent-ils par Ilélie ou par le roi d'Angleterre? Les avis diffèrent à ce sujet. Orderic Vital pense que ce fut Ilélie qui les détruisit avant de les quitter, et que Robert de Montfort , chef de l'armée anglonormande et qui marchait en avant avec 500 cavaliers, éteignit l'incendie de Vaux et répara cette place pour la mettre de nouveau en état de défense.
Quoi qu'il en soit, Hélie couvrit Clu\teau-du-Loir avec des forces considérables pendant que le roi mettait le siège devant Mayet, un vendredi, orJonnant l'attaque pour le lendemain. Cependant, en l'honneur de la sépulture du Seigneur, il donna trêve à ses ennemis jusqu'au lundi. Pendant ce temps, ceux-ci se préparèrent avec ardeur à la défense, qui fut aussi vigoureuse que l'attaque. Le roi commença à avoir des inquiétudes. Un accident particulier contribua à l'impressionner vivement. Une pierre lui fut lancée du haut d'un créneau. Elle ne l'atteignit pas, mais fit jaillir la cervelle d'un homme d'armes qui combattait auprès delui et tomba mutilé à ses pieds. Les assiégés s'écrièrent alors : « Voici de la chair fraîche pour f le repas du roi : qu'on la porte à sa cuisine pour son souper. » Ces paroles railleuses, sans importance par elles-mêmes, indiquèrent à Guil-
laume combien les assiégés étaient tranquilles sur le résultat de ses efforts pour les vaincre.
Par suite , le roi et ses conseillers jugèrent qu'il était inutile et dange- . reux de continuer le siège d*une place si forte et si vaillamment défendue.
Guillaume donna donc Tordre de la retraite et s'arrêta d'abord à Lucé (et non à Luché comme quelques auteurs l'ont écrit) en ravageant en entier toute cette riche vallée. De là il se rendit au Mans , où il mit une forte garnison et s'occupa de différentes affaires dont la principale fut de mettre en accusation l'évéque Hildebert. Cet éminent prélat avait été invité par les légats du pape Pascal II à se rendre au Concile de Poitiers ; il ne put aller les rejoindre en raison du malheureux état de son diocèse, c Les adversités « que j'ai subies, leur écrit-il, ont brisé toutes mes facultés à ce point « qu'il ne me reste qu'une consolation, celle de pratiquer la patience. Voilà « plus de trois ans que le cours de ces calamités a commencé , et chaque « jour n'a fait qu'ajouter douleur sur douleur. Dans ce court espace de temps « notre ville a subi six maîtres (consules), qui, les uns et les autres, se € sont arrogé par le fer et la flamme une puissance éphémère. Le peuple « s'est soumis au tyran que lui imposait la nécessité (Guillaume-le-Rova^), « non au chef que la justice devait lui donner (Hélie). Le joug de ce nou- « veau maître s'est appesanti avec d'autant plus de force que son autorité « semble devoir être de plus courte durée. Sa soldatesque , sous le prétexte « mal fondé d'outrages envers son maître, n'a jugé exempts de crimes que « ceux auxquels il ne restait plus rien à enlever. La dévastation ne s'est « pas arrêtée devant le sanctuaire du Seigneur. Tout ce que je possédais au « dehors de la ville a été réduit en cendres ou ruiné par le pillage..., Tout « a été brisé , volé, souillé.... Parceque je n'ai pas voulu détruire les tours « de mon église cathédrale, il m'a emmené captif au-delà de la mer pour « être jugé dans son royaume.... »
Cette lettre, que nous ne transcrivons pas toute entière, renferme une peinture saisissante des maux que le Maine eut à supporter pendant ces trois années de guerre. Le roi Guillaume, déjà si mal disposé à l'égard d'Hildebert , se vit entouré , à son retour au Mans , de tous les clercs qui étaient restés secrètement les ennemis du prélat. Après lui avoir fait souffrir les vexations les plus injustes, il voulut exiger de lui qu'il fit abattre les tours de sa cathédrale, qui dominaient de fort près le château et avaient servi à Hélie et aux Manceaux pour attaquer ses troupes.
Rien ne put vaincre le prélat; le roi n'osa passer outre à cause des censures de l'Eglise qu'un pareil fait eut attirées sur lui, le déclara son prisonnier et l'emmena en Angleterre , ne pouvant le décider à commettre un sacrilège — Teinperantiâ Régis abjectâ, decrevitnonpriua pontifid parcendum, qtiam pontificem coinpelleret ad sacrilegium. —
AccQsé d'avoir travaillé activement au retour d'Hélie , auquel appartenaient tontes ses sympathies , le prélat proposa au roi de prouver son innocence par les voies canoniques; le roi ne voulait que l'épreuve du fer chaud qu'Yves, évoque de Chartres, consulté, rejeta entièrement. Cet évoque, s'appuyant sur ce que le pape Sylvestre II écrivait à Luitbert, évéque de Mayence , mandait à Hildebert : € Les saints canons n'ont point coutume € de tirer la vérité d'un fait par l'essai et épreuve du feu étincelant ou de € l'eau bouillante ; or ce qui n'est point ordonné par les décrets des Saints c Pères ne faut aussi l'attenter avec une invention superstitieuse. »
Hildebert suivit ce conseil. A cette époque ces sortes de jugement étaient encore en usage. Ce ne fut que plus d'un siècle après , en 1 21 5 , au Concile de Latran , que ces épreuves furent tout à fait abolies et condamnées. Dom Huynes dit lui-même : « Yves de Chartres, épistre LXXV, escrit que c'es- € toit tenter Dieu. Néantmoins il en approuvoit Tusaige pourveu que l'exéc cution s'en fist par authorité du juge.... »
Quand nulle Cour judiciaire soit laïque, soit ecclésiastique, n'était assez forte ou assez courageuse pour condamner un spoliateur que les lois humaines ne pouvaient atteindre jusque sur son trône féodal , les opprimés comptaient sur l'intervention divine. C'est ainsi qu'on courait le risque de rendre la divinité elle-même responsable de faits qu'il était plus raisonnable de rapporter à la force ou à la supercherie de ceux qui figuraient dans les diverses épreuves.
... € L'intervention divine dans les choses humaines, dit Marchegay, c (Archives de l'Anjou) était une croyance admise par l'opinion publique € et consacrée par la législation que les conquérants germains avaient im- € portée avec eux dans les Gaules. Quand on ne pouvait pas faire recon* c naître son droit par un tribunal jugeant sur pièces et sur enquête, on € offrait à la partie adverse le jugement de Dieu. Le défendeur ne pouvait € refuser de s'y soumettre sans par cela même s'avouer coupable. »
Plusieurs chartes du XI"»» siècle viennent à l'appui de ce qui précède : € 2 août 4066, adjudication aux moines de Saint-Florent, en vertu du ju- « gement de Dieu , éprsuve de Veau bouillante , de défrichements et de bois, c situés en Vallée, dans les paroisses de Saint-Lambert-des-Levées et de € Saint'Martin-de-la-Place , et que Geoffroy-le-Barbu , comte d'Anjou, t détenait injustement. » — (Archites d'Anjou,)
De 4070 à 4080, épreuves par l'eau bouillante; les moines de l'abbaye de Saint-Nicolas d'Angers et les chanoines de Saint-Maurille d'Angers.
En 4080 , procès entre les moines de Saint-Nicolas et Guillaume Mainié, de Doué : épreuves par l'eau bouillante.
Autres procès du môme genre et épreuves de iiOi à 44i5,
Profitons de cette digression , se rattachant du reste à notre récit , pour prouver encore combien la cause du peuple était liée intimement alors
celle du clergé : « I>e9 deux ordres , dit M. Marchegay, qui concentraient « entre leurs mains la richesse et le pouvoir, le clergé était le seul qui sut « rendre son joug supportable. Les vassaux , les serfs même trouvaient en « lui un maître souvent juste et presque toujours humain dans Texerace « de son pouvoir. Avec les seigneurs féodaux , au contraire , il n'y avait que « des devoirs rigoureux et cruels. > Les chartes du temps font foi des violences de ces seigneurs , qui les avouent eux-^mémes : ainsi celle de la fondation du prieuré de Courchamp , dépendant de Tabbaye de Saint-Aubin — et ceste aumo$i(ie ge donne et octroice.... franche et quitte de toute cotatume et de tout en tout de toute exaction, taillée, cornée, bians et ausgi de loutes et chascwnes autres violences que chevaliers souUnt et ont aeaustu-mée estarter, lever et avoir de leurs povres subjez. — (Archives de la Préfecture d'Angers.)
Mais le fils du Conquérant touchait au terme de sa carrière et sa mort allait rendre le calme et le repos à notre province désolée , que tous les soins d'Hélie de La Flèche parvinrent à peine à relever.
Vers le mois de juillet 4 400 , le roi Guillaume chassait dans la forêt Neuve avec sa suite ordinaire, dont faisait partie Gaultier Tyrrel, chevalier de haut renom , né en France et seigneur de Foix et d'Amboise.Tout-à-coup un cerf parut ; sans qu'on s'en fut aperçu, le roi avait quitté son poste pour en prendre un autre. Tyrrel, voyant l'animal à portée, lança sa flèche qui, rasant le dos du cerf, vint blesser mortellement Guillaume-le-Roux , qui expira presqu'immédidtement.
Etait-ce accident ou préméditation ? On ne peut répondre à cette question d'une manière précise. Orderic emploie cette expression — p*rpetrato (ascindre — ce qui pourrait faire croire à. un crime. En tous cas , Tyrrel eut peine à échapper à la fureur des courtisans et s'enfuit précipitamment en France; de là il se rendit k Jérusalem, où il mourut. (4)
(1) Li rois (d'Angleterre, GaiUauine-le-Roux), chaçoit eo une noeve foriest qne il œxnU fait faire de XVIII parroces ke il destruites en avoit. Là fu li rois occis, par mésaventare, d*iine sajete dont Tyreas de Pois, ki o lai estoit, coida ferir nne bîeste. Si failli à la bieste et si feri le roi qoi outre la bieste estoit.... Et en cele foriest meismes si harta en si fai tentent Richars, ses frères, à l'arbre que il en morn. Et de chou dist on moll qne Dex le fist pour chou que il avoit les parroces ensi destruites et essorbées. (Publications de la Société de l'Histoire de France ; Histoire des ducs de Normandie et des rois d'Angleterre, p. 67).
Ce fut Guillaume-le-Conquérant et non le Roux , qui créa la Forét-NeuTe aux dépens des populations rurales.
La chronique des ducs de Normandie, après avoir raconté un songe extraordioaiit qu'eut Guillaame-le-Roux avant de partir pour la chasse, dit :
Corage out li rei voleir £ à ses genz le ûgi savoir Qu'en la Nove-Forest ireit , Si tost cum li jorz pareistreit , Chac^r, berser, si l'ont enpris ,
Les historiens fixent la date de la mort de Guillaume au 2 août 1100. Il avait régné 42 ans et 40 mois.
Quoique le cadet , son frère Henri s'empara de suite et des trésors et du sceptre royal : il fut reconnu roi d'Angleterre et consacré à Westminster par Maurice , évéque de Londres.
Son frère Robert-Courteheuse , encore en Terre sainte , n'inspirait aucune confiance par son caractère mou et irrésolu , et Hugues de Chester, Robert de Bellesme et nombre de grands seigneurs qui se trouvaient en Normandie, se hâtèrent de passer en Angleterre pour rendre hommage à leur nouveau souverain , qui , dès les débuts de son règne , ne négligea rien pour se concilier l'affection de ses sujets.
Cet événement et ses conséquences étaient pour la cause si compromise d'Hélie de La Flèche d'une importance capitale.
L'évéque Hildebert obtint sa liberté bien peu de temps après la mort de son persécuteur, le roi Henri paraissant attacher peu d'importance à la possession du Maine, qui avait causé tant de soucis à ses prédécesseurs.
C'était pour Hélie le moment le plus favorable pour reprendre possession de son comté.
D'un côté , les seigneurs normands , libres pour ainsi dire de tout frein , armaient les uns contre les autres et vidaient leurs anciennes querelles -— Nune kabenis relaxatis toto nisu contra sese insurrexerunt et mutuis cœdi-dibm ac damnis rerum miseram regionem rectore carentem desolaverunt — (Orderic Vital); d'un autre côté, le chef manquait — rector earens — Robert-Courteheuse , apprenant la mort de son frère , revenait de Terre sainte et n'était pas capable de reprendre d'une main ferme les rênes —
Mais celé naît fa malt pensis £ en merveiUes granl error Une ne dormi de ci qu'au jor ; E quant il ne pout plus veillier»
Si vit un songe orrible e fier.
.... Seqnente antem nocte, inter matutinas anas nostram claasis ocnlis stabat et psallebat; et eoce illi quidam chartulam admodo parvam legendam exhibait. Aspezit et in ea Obiit Wilhelmus scriptum invenit confeslim aperait oculos, et nulium vidit prster socios. (Eadmerxu de Vita S. Ànselmi.J
Soger {liber de Vita Ludoviei Grossi régis) déclare aroir entendu ce seigneur aflSrmer avec aerment qu'il ne se trouvait pas dans la même partie de la forêt où le roi chassait et qu'il ne l'y avait même pas vu ; nous donnons le texte latin trouvé dans une note de la chronique des ducs de Normandie, par ce qu'elle peint le caractère de Guillaumc-le-Roux et contient l'appréciation d'un contemporain : c Cùm quadam die in Nova Silva vcnationic bas insisterct, subito ioopinatu sagitla percussus, interiit. Divinatum est virum divina « olUone percnssum, assumpto veritatis argumente , eo qnod pauperum exstileral intolera^ « bilis oppressor, ecclesiarum crudelis exactor, et si qunndo episcopi vel prœlati décédèrent, « irreverentissimus retentor et dissipator. Imponebatur a quibusdam cuidam nobilissimo
< viro Galterio Tirello, quodeum sagitta perfordorat. Quem cam nec timoret, necsperaret,
< jurejurando sœpiàs audivimus, et quasi sacrosanctum asserere, quod ea die nec in partem « silve, in qna rex venabatur, venerit, nec eum in silva omnino viderit. »
relaxatœ — du gouvernement de la Normandie. Il rentra donc sans opposition dans son duché, en laissant, par sa nonchalance, toute liberté aux perturbateurs du repos public — Rodbertm vero dux ducatum suum nemine prohibente recepit. — En effet , Henri 1^ était trop occupé pour le moment à s'affermir sur un trône qui lui revenait comme au plus digne, il est vrai , mais non de droit.
Robert, se replongeant dans ses habitudes de mollesse, ne pouvait plus faire obstacle aux projets du comte du Maine. Il se trouvait riche ; son beaupére lui ayant remis , dit-on , la somme qui était nécessaire pour rembourser l'Angleterre de celle qu'il avait reçue à son départ pour l'Orient en échange de son duché — Socordia nempè, mollitieque damnabiliter detentus est, ideoque despicabilis inquietis et ex legibus incolis factus est.,,, — (Orderic Vital.)
Cependant ce prince avait fait preuve en Orient des plus belles qualités guerrières , et les croisés avaient pensé un moment à l'élever sur le trône de Jérusalem, à la place de Godefroi de Bouillon. (1)
Le premier soin d'Hélie fut donc de se rendre au Mans, bien accompagné. Il reprit possession de la ville en refoulant la garnison dans les forts et dans la forteresse qu'Haimeric du Morier et Gaultier de Rouen gardaient et avaient pourvue de toutes les provisions nécessaires pour soutenir un long siège.
Souvent ils adressaient des menaces aux assiégeants ou échangeaient avec eux des plaisanteries. Cependant, étroitement bloqués , ils étaient complètement séparés du monde : ils auraient donc ignoré les événements qui changeaient la face des affaires, si Hélie n'avait pas pris soin de les en instruire
(1) La chronique ÀDglo-Normande [eoniinuation du Brut) dit qu'après la prise de Jémsalem trois comtes furent choisis pour porter chacun un cierge devant le peuple , et que celui d'entre eux dont le cierge s'allumerait miraculeusement, serait élu roi :
E jà le mains le feu se prist
Ki del ciel vint , vean la gent
Ki dunke crient communément :
« Robert nostre rots serra ,
c Le siège de David par droit tendra . . .
Mes Robert, ki aveit oi oi, appris.
Do WiUam son frère e de Henri ,
Cornent WUlam fut bersé, bercé, ptrci de flèches,
E Henri son frère fu roi coroné ,
Pur convaitise d'Engleterre convaitise, convoitise, désir
K'il ontendi prendre par guerre , [de posséder.
Tôle la grâce ad refusé
Ke Dex li avoit destiné; Dex, Dieu,
Mes grant enco[m]brer enoontra encombrer, malheur.
Quant la grâce den refusa. deu, entièrement.
De cette légende miraculeuse acceptée par le poëte, on peut conclure que Robert-Goarteheuse refusa la couronne de Jérusalem, qui lui avait été décernée pour aller réclamer celle d'Angleterre qui lui échappa malgré le concours des hauts barons anglais.
daas ses entretiens intimes avec eux. Telle était Testime qu'il avait su leur inspirer, qu'ils lui donnèrent le privilège de vêtir une tunique blanche et de venir dans Tintérieur de la Tour, dont les portes lui étaient ouvertes toutes les fois qu'il le désirait — Heliœ comiti pHinlegium dederunt ut quotiescumqiie vellety albam tunicam indueret; et sic ad eos, qvi twrrim custodiebant , tutus accéder et — (Orderic Vital). Il profitait donc de cette permission , connaissant la loyauté chevaleresque de ses adversaires. Un jour, ils lui dirent franchement qu'ils se croyaient au-dessus de toute atteinte par la force de leurs remparts et les provisions de tout genre qu'ils possédaient, mais qu'ils avaient réfléchi que cette situation ne devait pas se prolonger, tant dans l'intérêt des uns que des autres , et qu'il serait bon qu'ils fissent trêve jusqu'à ce qu'un de leurs envoyés leur eut apporté une réponse du roi d'Angleterre et du duc de Normandie.
Après avoir conféré avec Foulques d'Anjou , qui était venu lui apporter son concours, Hélie accueillit la proposition des anglo-normands, espérant qu'elle mettrait fin à ce conflit. Il ne se trompait pas.
Robert avait les yeux fixés sur l'Angleterre beaucoup plus que sur le Maine; il aspirait d'ailleurs au repos et n'était pas, répondait-il, remis des fatigues de son long pèlerinage. Il engageait donc les assiégés à rendre les forts du Mans au comte Hélie. — Longo, inquit, labore fatigatus $um y et dueatus mihi sufjicit Normannorum, Invitant me etiam proceres angliœ, ut festinem pelagus transir e , quia parati sunt me in regem suscipere.
On le voit, Robert-Courteheuse maintenait encore avec plus ou moins de ferme vouloir ses prétentions sur la couronne d'Angleterre.
La réponse d'Henri l^ à l'envoyé des assiégés du Mans fut à peu près la même. Il était trop surchargé d'affaires importantes pour les secourir, et préférait s'acquitter loyalement de ses obligations à s'engager par orgueil dans des entreprises étrangères. — Ille verà (Henricus) transmarinis occupcUus negotiis regni, callidè maluit sibi débita legaliter amplecti, quam peregrinis prœ superbiâ et indebitis labaribus nimis merari. — (Orderic Vital.)
D'ailleurs n'était-il pas bien préférable d'avoir pour alliés le puissant comte d'Anjou et celui du Maine au moment même où il allait avoir à combattre les prétentions de Robert, son aine, prétentions justes, s'il avait été digne de les faire valoir.
D'après les réponses des deux fils du Conquérant, qui renonçaient ainsi formellement à la possession de cette province , Gaultier et Aimeri , ayant fait preuve d'une fidélité à toute épreuve et se trouvant déliés de leur serment, prièrent Hélie , qu'ils appelaient le Bachelier blanc (1) — Candidus
(1) c UëUe derenn homrae, dit M. J. Glère, mérita, le beau nom de Chevalier can- « dide. » {Hittoire de l'école de La Flèche,)
Bacularis — de venir les trouver, et après lui avoir déclaré qu'ils se rendaient non parce qu'ils étaient à bout de forces , mais pour obéir à la volonté de leurs souverains, ils le reconnurent comme comte du Maine et lui remirent la citadelle avec tout ce dont Guillaume-le-Roux l'avait pourvue — Undè, strenus vir, probitatem tuam agnoseentes, te eligimus, et arce rdditâ, te prinoipem h4}diè cenomannorum constituimtts — (Orderic Vital).
La paix étant donc ainsi conclue, la garnison sortit avec tous les honneurs de la guerre et le comte Hélie accompagna ses braves adversaires hors de la ville avec âOO cavaliers pour les garantir de toute insulte de la part des habitants , qui se ressentaient encore de toutes les pertes qu'ils avaient essuyées depuis trois ans et n'auraient pas laissé échapper l'occasion de se venger — Helias vsro comss cum ccmilitibus eos per urbem incolumes edtAxit et ne à civibv^ quorum domos prœterito anno combusserant , Uederenter, alacriter protexit.
Désormais, Hélie, seigneur de La Flèche, était comte du Maine nonseulement par son droit de naissance , mais encore par l'abandon volontaire des deux princes , qui seuls auraient pu lui discuter ce droit.
Il s'allia donc & eux — Fœdus amicitiœ ctim Rodberto duce et Henriœ rege postmodùm copulavit, eorumque bellis viriliter interfuit : unique multùm nocuit, altsrique ingens suffragium œntulit. — (Orderic Vital.)
S'il s'allia à ces deux princes , ce ne fut que jusqu'au moment où il fallut choisir entre eux deux ; et dans les événements dont nous allons faire le récita il apparaît clairement qu'il s'attacha, aussitôt la guerre déclarée entre les deux frères, à Henri I•^ roi d'Angleterre , le plus fort et surtout le plus habile.
En renonçant pour lui-même à la possession du Mans et de tout le comté, Robert-Cour teheuse avait déclaré qu'il songeait à revendiquer ses droits à la couronne d'Angleterre. Il y était, en effet, encouragé par les seigneurs anglais, qui avaient, dès le début du nouveau règne, éprouvé les rudes effets de la fermeté d'Henri I^. Pour le bien de ses peuples , ce prince avait cherché à mettre un frein à leur licence et à leurs désordres datant, du reste, de l'époque de la conquête. Ces seigneurs auraient donc préféré être soumis à un prince sans caractère , comme Robert , pour se livrer à leurs passions de tout genre sans crainte de répression. Il n'y avait alors en Angleterre que des vainqueurs ei des vaincus; et ces derniers, écrasés par leurs farouches oppresseurs, ne savaient où abriter et le peu qu'il leur restait encore et l'honneur du foyer conjugal. Henri I®', dans tous ses sujets , quels qu'ils fussent, ne voulut voir que des anglais, ayant droit à la pro-
Ce nom, que ses vertus lui auraient certainement mérité, ne lui a été donné que dans la circoostance que nous venons de citer.
tection directe du souverain. Il chercha, en effet, un moyen d'assurer à ses prétentions de légitime possession du trône Tappui de la faveur du peuple. Les anglais, se rappelant encore avec reconnaissance leurs monarques saxons , les voyaient avec regret exclus du trône. Mathilde , un des rejetons de cette race, renonçant à toute prétention à la royauté, était élevée dans un convent où elle avait déjà pris le voile. Ce fut sur elle qu'Henri jeta les yeux , espérant que la race saxonne se confondrait ainsi dans la race normande, le sang de ces deux nations devant couler dans les veines de ses héritiers. Un concile releva Mathilde de ses vœux, et, femme d'Henri I» le roi normand, la fille des rois saxons vint s'asseoir auprès de lui sur le trône d'Angleterre. — (Bertrand de Molleville). Aussi les seigneurs alarmés engagèrent-ils Robert à passer de suite en Angleterre. Robert de Bellesme et ses deux frères se déclarèrent d'abord tacitement , puis ouvertement pour le duc de Normandie, qui se laissa aller par leurs dangereuses insinuations à tenter cette folle entreprise.
D'un autre côté , les seigneurs normands , méprisant leur duc , résolurent de se soumettre au roi d'Angleterre, aussitôt qu'il leur en donnerait l'occasion.
Telle était la situation , quand Robert-Courteheuse traversa en automne le détroit avec une armée nombreuse , disposé à disputer à Henri , son cadet, la couronne d'Angleterre. Mais celui-ci se montra bien habile. Il ne pouvait pas compter d'une manière absolue sur la plupart des seigneurs anglais qui avaient fomenté cette entreprise après lui avoir prêté serment de fidélité. Il les réunit néanmoins sous ses enseignes et marcha au-devant de son frère , dont il connaissait bien le caractère. Avant d'en venir aux mains , il chercha à se ménager une conférence avec ce prince , qui se laissa bientôt gagner et consentit à une réconciliation , qui compromettait singulièrement une grande partie de ses partisans.
II passa deux mois avec le roi et retourna à Rouen comblé de présents , laissant dans le plus grand embarras les traîtres qui avaient désormais tout à craindre du courroux de leur souverain. Autant Henri se montra magnifique à l'égard de ceux qui lui étaient restés franchement fidèles, autant il fut implacable pour les perfides : il ne pardonna pas surtout au comte de Schrewsbury Arnult , au comte de Lancastre , à Robert de Pontefract, à Guillaume de Warren , au comte de Cornouailles , qui furent poursuivis sur différents chefs d'accusation et bannis du royaume avec confiscation de leurs biens. Robert de Bellesme subit le même sort, et le roi le chassa de toutes les possessions qu'il tenait de son père Roger de Montgomery.
Le duc de Normandie jugea que son frère avait , par ses rigueurs , manqué aux conditions du traité ; il revint à Londres pour s'en plaindre , mais il y fut si mal reçu qu'il fut très-heureux de pouvoir s'échapper en renon-
çant à la pension qui avait été stipulée & son profit. Exaspéré et de retour dans ses Etats , il y exhala sa fureur pendant trois années par d'innombrables attentats.
Robert de Bellesme , de son côté , donnait cours à son implacable haine contre le roi Henri en faisant la guerre avec acharnement aux partisans des anglais, aidé par son neveu Guillaume, comte de Mortain.
Hélie, uniquement occupé pour le moment, avec Tévéque Hildebert, à effacer dans le Maine toutes les funestes traces des guerres successives qu'il avait soutenues, restait neutre, tout en ne permettant pas à son terrible et féroce voisin d'impiéter sur son domaine. Il voyait un nouvel orage se former en Normandie ; il observait , tout en ne doutant pas qu'au premier jour il serait tenu de prendre un parti ; mais déjà il n'y avait plus à hésiter à ce sujet , non-seulement au point de vue d'une saine politique , mais aussi dans l'intérêt général , dominant souvent les droits les plus imprescriptibles des princes. Toute la Basse-Normandie était écrasée par les déprédations du comte de Bellesme et de ses satellites , l'Eglise était opprimée ainsi que ses ministres.
Robert-Courteheuse , plongé dans la mollesse et les plaisirs , oubliait tout, amis et ennemis.
La Normandie, enfin , gémissait sous cette tyrannie du désordre toujours sans remède , à moins d'une crise radicale.
Le roi Henri, instruit de tous ces désastres, passa en Normandie au printemps de l'année 1405 et aborda à Barfleur la seconde semaine du carême ; le samedi de Pâques il prit ses logements à Carentan sur les gués de la Vire.
Le vénérable Serlon , évoque de Séez , arriva le premier auprès du roi pour lui offrir ses services, et lui exposa, dans un long et touchant discours , combien il était urgent qu'il vint mettre un terme aux calamités de tout genre qui désolaient ce beau pays , par suite des désordres de son frère et de la cruauté des seigneurs, qui abusaient de sa faiblesse.
Après avoir célébré la fête de Pâques , Henri envoya des ambassadeurs au roi de France et à Foulques , comte d'Anjou , en leur annonçant sa décision de mettre définitivement un terme à tous ces méfaits : c Au nom du « Seigneur, disait-il, je m'exposerai aux fatigues pour obtenir la paix, et, « avec votre aide , je chercherai soigneusement les moyens de rendre le « repos à l'Eglise de Dieu. »
Le comte Hélie avait rejoint le roi d'Angleterre avec tous les hommes d'armes dont il pouvait disposer et l'accompagna devant la place de Bayeux, défendue par Gunhier d'Aunai. Cette place fut bientôt brûlée de fond en comble et toute la garnison faite prisonnière. Caen se rendit à discrétion , mais Henri n'attaqua pas Falaise, le comte Hélie s'étant retiré sur l'invitation des Normands , dit Orderic , qui n'en donne pas le motif.
HlfUE, DEUXIÈME SEIGNEUR. 89
Malgré une tentative d'accomodement, la guerre n'en recommença qu'a- Tec plus d'acharnement, et, de la Pentecôte & la Saint-Michel , on ne cessa de part et d'autre de piller et de brûler.
Les événements se compliquaient : la guerre était arrivée à son paroxisme. Henri I*', n'entre voyant pas de résultat prochain , résolut d'adresser à son frère des propositions qui ne pouvaient convenir qu'à un homme comme lai. Il lui demanda l'abandon de toutes ses places fortes , et le gouvernement de la Normandie , s'engageant à lui payer chaque année , sur le trésor de son royaume , la pension qu'il lui avait retirée.
Les conseillers du duc , qui voyaient dans ces propositions leur perte personnelle, l'en détournèrent, quoiqu'elles fussent de nature à flatter le caractère efféminé du prince. La continuation de la guerre fut donc décidée.
Henri I*' avait auprès de lui Hélie, comte du Maine, Guillaume d'Evreux, Robert de Meulan, Ranulfe de Bayeux, Raoul de Ck)nches, Robert de Montfort, Robert de Grantmesnil. Dans l'autre camp, Robert-Courteheuse était entouré du comte de Bellesme , du comte de Mortain , de Robert d'Estouteville, de Guillaume de Ferrières avec leurs troupes.
Tinchebray est un bourg situé auprès de la source du Noireau, entre Vire et Falaise. Ce fut dans la plaine au-dessous du château que, la veille de la Saint-Michel 1406, Henri fit mettre son armée en bataille en la divisant en trois corps commandés chacun par Ranulfe de Bayeux , le comte de Meulan et Guillaume de Varenne, qui, depuis que le roi lui avait restitué le comté anglais de Surrey, avait abandonné le duc Robert pour se dévouer & son service. (Orderic Vital. — Depping.) Outre les trois corps , il y avait encore le quartier général , que composaient les anglais et les normands à pied (les archers probablement) commandés par le roi lui-même. Hélie était à la tête de la cavalerie mancelle et bretonne , formant un cinquième corps séparé et ayant sa place de bataille sur l'un des flancs de l'armée.
Les troupes du duc de Normandie étaient divisées en deux corps seulement , commandés l'un par Robert de Bellesme et l'autre par son neveu , le comte de Mortain. Celui-ci attaqua le premier et se jeta avec tant d'impétuosité sur le premier corps d pied de l'armée royale qu'il se fit bientôt une épouvantable mêlée. Tandis que les royaux repoussaient l'ennemi de leur mieux, Hélie de La Flèche, à la tête ses cavaliers, le prit en flanc et le força bientôt à songer à sa sûreté. C'est ainsi que notre valeureux comte décida de la victoire. Et conune dans le même moment le comte de Bellesme prit la fuite avec les siens , (4 ) Robert-Courteheuse resta à la merci des assaille duc Robert, qa*en teneit pris
(Mais assez amt veire gris, reire, vraiment, — gris, fourrure. Chères viandes et déport), déport, plaisir.
Fa à Bristoot en ceu tem mort. Bristoat, Bristol.
lants. Dix mille piétons et quatre cents clievaliers furent faits prisonniers en môme temps que le duc. Trainé & la suite du roi son frère et espérant le fléchir par la plus humble soumission , celui-ci envoya Tordre à tous les commandants des forteresses de les rendre au vainqueur.
II fut emprisonné avec le comte de Mortain, qu'on eut beaucoup de peine à arracher des mains des bretons, à Kardiflf, dans le comté de Galles; il y mourut en captivité vingt ans après. Il avait été 49 ans duc de Normandie.
Nous avons dit qu'il avait d'abord été flancé à Mathilde , sœur d'Herbertle-Jeune, qui décéda avant l'âge nubile. II était parti pour la Terre sainte en septembre 4096, accompagné de son oncle Odon, évéque de Bayeux, de Philippe-le-CIerc , fils du comte Roger, de Rotrou, fils de Geoffroy, comte de Mortagne, et autres chevaliers d'une valeur éprouvée. Il s'était trouvé à la prise de Jérusalem et avait, dit-on , refusé la couronne qui fut donnée à Godefroy de Bouillon. En revenant de Terre sainte, il avait épousé Sibille, fille de Geoffroy, comte de Conversano, ville du royaume de Naples. Cette princesse mourut empoisonnée, en 4402, et fut enterrée dans la nef de la cathédrale de Rouen. Orderic Vital en parle ainsi : Hœc nimirum bonis moribus floruit, et multis honestatibus compta, hi$ qui note" rani illam, amabilis exstitit.., (4) On appelait Robert Courtekeiise , parce-
De lai garder out esté mestre
Aoberl li queos de Gloeostre ; (a) li qaens, le comfe.
Lui Taveit comaodé ii reis ,
Kar mult ert sages et corteis.
S*eissi est veirs cum nos lison ,
Vint 0 oit anz fu en prison. vint et oit, vingi^uU.
Cest munde li covint iaissier
Dreit au novain jor de fevrer ;
£n Sein t- Père de Gloecestre
Deit li suen cors gésir e estre. deit, doit. — sueo , «on.
(a) Le comte de Glocestre, sage et courtois chevalier, avait été chargé ^r le roi de la garde do Robert son frère.
(1) Sibille fat la mère de GuiUaume-CIiton , qui paraît avoir vécu sous Tinfluence de la fâcheuse étoile de son père. Nous aurons bientôt à en parler au sujet do Louis-Ie-Gro8 et de Geoffroy-le-Bel , comte d*Anjoa , gendre d'Hélie de La Flèche.
ROBBRT-COOBTBHBOSB.
En repaire de son veage au retour de son voyage,
Out pris mollier corteise et sage moUier, midier femme.
{Sébile out non) e suer germaine. suer, sonir.
GuiUaume au duc de Conversaine.
Un fiz out la dame de lui;
N'en out plus eir, si cum je qui ; eir, héritier, — je qui , je pense.
Guillaume out non des petitece, petitece, enfance.
Out assez valor et poece.
Sa mère fut, si cum je vos cunt, je vos cunt , je vous conte.
Des plus belcs femmes del munt. del munt, du monde,
Honeste e sage e mult amée; mult, beaucoup, mult^itm.
qu'il portait toujours des bottes fort courtes dites houzeaux. Telle fut la fin de ce prince, léger, faible, dissoin, mais fort brave. Ses compagnons, Guillaume de Mortain , Robert d'Estouteville et antres expièrent leur dé* faite par une prison perpétuelle.
Robert de Bellesme avait d'un coup d'œil jugé la bataille perdue et le mal irréparable ; il était trop brave pour reculer, s'il eut aperçu quelque chance de victoire, mais en même temps trop habile pour se sacrifier et surtout tomber entre les mains de son ennemi personnel. Il savait qu'en politique, il faut surtout gagner du temps. Il était d'ailleurs encore puissant malgré les pertes qu'il avait subies par la confiscation des biens qu'il possédait en Angleterre. Il se sentait de force à tenter le sort de la guerre et il chercha à entraîner Hélie dans ses projets.
A ces insinuations, le noble comte répondit par un refus formel. Voyant alors toutes ses tentatives de corruption échouer (4), Robert de Bellesme, aussi fourbe qu'il était cruel , feignit de se rendre aux sages représentations de celai sans lequel il ne pouvait rien entreprendre de sérieux, et abusant du caractère m magnanime de ce comte auquel il avait fait tant de mal , il le remercia des bons conseils qu'il venait de lui donner et le supplia de le faire rentrer dans les bonnes grâces du roi.
A la prière du comte Hélie, Henri !«', qui ne pouvait rien lui refuser, en raison du service éclatant qu'il lui avait rendu , accorda grâce pleine et entière à Robert , comte de Bellesme , à la condition qu'il restituerait tout ce qu'il avait pris sur le domaine de la couronne. D'un autre côté, il lui donna Ai^entan et le réintégra dans la vicomte de Falaise ainsi que dans tous les autres biens qui avaient appartenu à son père, Roger de Montgomery.
Ne fo dame plas honorée
Toz jorz ert si corages liez. toz jorz ert corages liez, toujours tut U
Qoant li duz s'ert de li loigDiez , loigniez , éloigné, [ccsur gai,
S*alont cent tanz» n*en falleit gaires, s*alout, te réjouit — cent tanz,
Par li mult mieoz toz li afaires [cent fois.
Que quant li anens cors i esteit ; SHens, fon.
Mnlt par ert sages e mult raleit.
Poi Tcsqni mult en Normendie, Kar riches dames par envie Li douèrent la mort à la fin.
Robert-Courteheuse menait une Tie désordonnée; il est probable que jalouses de Sibille, les DiaUresses du prince lui auront donné la mort.
(3) « Benrico confœderatus sum, nec ullam in eo divortii causam reperire possum »
Einqne Rodbertus HeUam inflexibilem ad incongruas factiones inrenisset, et consilium cjos tttiUiatis legitimique census plénum eomprobasset , sagaci coneiliario Tersipellis quasi ez toto immutatus gratias egit, concordiam per eumdem regem requisivit* Et quia inter regem et comitem maxima familiarités erat, obtinuit Argentonium, et quœque de domino prioeipali praeoccuparerat, reddidit. Falesiœ Tero vice-comltatum et rcliquœ quœ patris ejus fuerani, impetravit. — (Ord. Vit.)
Un des derniers actes importants du seigneur de La Flèche fut donc non-seulement de pardonner à un ennemi acharné , mais encore de le rendre plus puissant que jamais au moment où ses complices languissaient dans une prison qui ne devait plus s'ouvrir que devant leur dépouille mortelle.
Le comte Hélie ne prit plus les armes , après la victoire de Tinchebray, que pour venir en aide à ses alliés. Ainsi, au mois de septembre de cette môme année 1106, il se trouvait au siège de Candé avec GeofTroy-Martel II, auquel il avait fiancé sa fille unique et reconnu en conséquence comme héritier de ses biens et de son comté. Nous avons dit dans quelles circonstance ce jeune prince, si bien doué et qui donnait les plus grandes espérances, fut mortellement blessé le 49 mai et mourut le 7 septembre. Hildebert composa Tépitaphe qui fut gravée sur son tombeau , dans l'église de Saint-Nicolas d'Angers.
Hélie et son futur gendre ne se quittaient plus , surtout sur le champ de bataille : celui-ci ne commandait pas la cavalerie angevine à Tinchebray sous les ordres de son beau-père ; car cette bataille se donna après sa mort Nous attachons une certaine importance à ces dates , qui viennent prouver qu'il y eut dans la même année une trêve ou au moins deux campagnes distinctes contrairement au dire de quelques écrivains. Henri I'^, roi d'Angleterre , entama la première au moment de Pâques de Tannée H06 , Hélie et Geoffroy furent le rejoindre et coopérèrent à la prise de Caen et de Bayeux ; nous retrouvons Hélie et Geoffroy au mois de mai devant Candé où se termina la carrière de Geoffroy, et le 27 septembre, Hélie, avec les Manceaux , les Angevins et les Bretons décidait du gain de la bataille de Tinchebray.
D'après le récit de Belle-Forest , Bertrade , alors reine de France et mère de Foulques d'Anjou , auquel , par un crime , elle avait assuré Thèritage du Réchin , aurait cherché à mettre en tout et pour tout son fils au lieu et place du malheureux Geoffroy-Martel ; « mais Geoffroy mourant (comme dit est) « par les ruses et traitreuses menées de Bertrade , sa belle-mère , ceste cy « estant encore avec le roi Philippe, son premier mar y, feit tant que la « ville du Mans fut accordée à son second fils Foulques , qu'il avait eu de € la susdicte Bertrade ; et ainsi le comte Hélie, fortifié du costé d'Anjou, se « mit en deuoir de recouvrer la cité du Mans... que Guillaume-le-Roux luy « tenait encore... » Ce récit renferme plusieurs erreurs.
Foulques était le fils du Réchin et non de Philippe, qui fut le second mari et non le premier, el ensuite Guillaume-le-Roux était mort en 4100 et ne pouvait plus détenir la ville du Mans au comte Hélie, qui , en 1406 , était complètement maître de ses Etats.
Mais nous admettons parfaitement que Bertrade n*ait rien néglige pour unir son fils Foulques d'Anjou à Eremburge , qui , du reste , n'était pas
HjfUE, DEUXIÈME SEIGNEUR. 93
encore nubile — qtU (Fulco) ab Helia, cennomanense comité, unicam fUiam suam, quam Marte llm f rater mus, licet $ibi protnissam, non nup- SKRAT, dari sibi cum cenomannico eonsulatu impetravit; sicqtM ce^nomannieus et andegavensis consulattM conjimctus esse disnoscitur, — (De Gesta consaium andegayorum).
Ainsi la belle Eremburge fut de nouveau fiancée au second fils du Réchin après l'avoir été au premier.
Mais le mariage ne se fit qu'après la mort d'Hélie , ainsi que nous le disent le Gesta Ambajentium Dominorum (l'Histoire des actes des seigneurs d'Amboise) : < Jnterea Fulco, cornes Andegavorum, post Obitum € Hbllc cenomannensis , filiam ejw duxit uxorek ; qiuB qma Radulfi et c Hugonis cognata erat, utrique in celebraiulis nuptiis affluerunt, quibus « Fulco promisit q}wd non eis ampliùs noceret , imo amore uxoris
< siMe.... »
Foulques , depuis roi de Jérusalem , devint comte d'Anjou en 4 4 09 , à la mort de son père Foulques-Réchin , et la même année ou en 4440 comte du Maine y suivant la date qu'on adoptera comme étant celle de la mort d'Hélie , dont il épousa la fille peu de temps après.
Après la mort de Mathilde de Château-du-Loir, le comte Hélie épousa en secondes noces Agnès , fille de Guillaume , comte de Poitou , mariée d'abord à Alphonse » roi de Castiile et de Léon , et répudiée par lui. Cette union ne fat pas longue , car le comte Hélie mourut le 4 4 juillet éé09, suivant Trouillard, et en ///(?, suivant Orderic Vital. Nous ne pensons pas devoir positivement adopter la date inscrite sur la pierre tumulaire du comte le 4 4 juillet 4409, date qui est celle de Trouillard. Cependant, et sous toutes réserves, nous maintenons en tète du chapitre cette date en 4409 en raison de cette inscription sur le tombeau d'Hélie. Historiquement, du reste, ce point discuté est d'une minime importance.
Du moment qu'il y a plusieurs avis , nous disons que celle du 44 juillet 4440 est celle qui nécessairement est la plus exacte (voir la note). (4) Or dans
(I) Nous devions rechercher quelle avait ëtë la cause de la répudiation qui avait fait descendre Agnès du trône de Castiile, ne pouvant admettre que le comte Hélie, ayant encore auprès de lui sa fille Eremburge , lui eut donné pour belle-mère une femme dont la coodoits eut été la cause d*un scandale.
Dom Piolin écrit : c mariée d'abord à Alphonse , roi de Castiile et de Léon , et répudiée • par lui» . . > L*épitaphe gravée sur son tombeau nous dit : « Agnetem GuilUlmi Pictavo-
< non ComUiâ filiam, Eidelphonti GaUeiœ Régis vtdiiam... » Alphonse, roi de Castiile et de Léon est le même que le roi de GaUce; car la Galice, province du royaume d'Espagne, fat érigée en royaume particulier par Ferdinand-le-Grand , roi de Léon et de Castiile, pour rua de ses fils Garcie , en 1065, mais elle fut peu après réunie à la Castiile. Dans Tinscriptioo Galieia Régis, il n*y a pas erreur; la partie y est mise pour le tout; elle est fautive en ce qu'elle nécessite une recherche. Mais il y a erreur positivement dans Texpression tidmm; elle est peut-être volontaire par convenance, relie de répudiée ou séparée ne pouvait pas être inscrite sur un monument. Trouillard (p. 09) dit : « il épousa en secondes noces
< Agnès , fille de Guillaume , comte de Poictou, vcafve d*Alphonse~le-Vicl, roy de GaUce,
91 LA PLicaS ET SES SEIGNEURS.
Tart de vérifier les dates, celle de la mort d'Hélie 1H0 a été adoptée, se trouvant fondée sur deux chroniques de Saint-Aubin d'Angers.
Tel avait été Hélie , comte du Maine , second seigneur de La Flèche , tel 11 fut à la mort II eut le bonheur d'être assisté à ses derniers moments par Hildebert , devenu son ami et l'un des prélats les plus remarquables de cette époque. Hélie fit éclater à cette heure suprême les profonds sentiments de piété, qui avaient fait la règle de toute sa vie. Et quand Agnès, sa seconde femme, et Ëremburge eurent recueilli son dernier soupir, Hildebert fit ensevelir son corps dans l'église abbatiale de la Couture. € On lui « éleva , dit Dom Piolin , à gauche de l'autel majeur, un tombeau sur lequel € il était représenté en habit de guerre , le casque ou le pot de fer en tète, f avec son éou de forme triangulaire, chargé d'une croix ancrée (4)» la « hache pendante dans un long fourreau. Ce tombeau était regardé comme « l'un des plus beaux monuments de ce genre.
Hildebert avait composé en latin l'épitaphe du comte.
Jura tuens, et pacis amans, maximm armis, Helias, censor scelerum, patromis honesti ; Jmtitia et quidquid in principe mundus adorât Ocâdit, et pariter pax et decus urbis et orbis Excidit, Helia patrùB Heu! et rébus ad&mpto.
Ce tombeau a été gravé par les soins de Dom Montfaucon dans les Monuments de la Monarchie française. Il pense, dit Dom Piolin, que récusson a été ajouté longtemps après la mort d'Hélie ; c'est possible , mais il faut se souvenir que la croix était la marque habituelle de tous les effets divers à son usage.
€ On voyait à la Couture, dit Trouillard, son sépulchre élevé de trois c pieds et sa statue couchée et taillée en relief sur sa tombe. » Il a été détruit en 4793.
Le frère Michel l'Aigneau, religieux de cette abbaye, a composé aussi son épitaphe, qu'il fit graver sur une table en marbre noir et en lettres capi-
« mais il mounit l 'onzième juillet, Tan vaze cent neuf.,. » Or ce Tiem roi de CasIiUe et de Léon, Alphonse VI , est mort cette même année 1109, ne laissant qu'une fille naturelle , Ouraque, mariée à Alphonse VII, roi d'Aragon. 11 nous paraît donc difficile que dans «n espace si bref ces trois événements le veuvage d'Agnès, son mariage avec le comte Hélie et son second veuvage puissent trouver place.
Nous devons donc croire, comme dom Piolin, Qu'Hélie est mort le 11 juillet 1110. D'ailleurs cette époque concorde mieux avec les événements que la mort d'Hélie a fait surgir an sujet du Maine.
Agnès no fut pas répudiée, mais son mariage avec Alphonse, roi de CasUUe, fut cassé pour cause de parenté trop rapprochée en 1080 ; cette date indique qu'à l'époque de soa union avec Hélie ,. elle ne devait plus être jenne.
(1) L'usage des armoiries n'existait pas encore. On se rappellera qu'Hélic portait là croix sur toutes les parties principales de son armure et de l'équipement de son cheval de bataille.
HliLIE, DEUXIÈME SEIGNEUR. 95
taies d'or, enchâssée dans un cadre de pierre orné de deux colonnes de marbre jaspé.
Epitaphium Heliœ Cenomanorum Comitû.
Hie jacet HeliaSj Jottnms Flexiensis et Paulœ fiUus, post Hugonem cansobrinum Cornes, gui Mathilde d& GeruaHi Castrolidii filia, fatû fancta, Agnetem Guilleltni Pictavortim Comitis fUiam, Eidelph4>nsi Galiciœ Régis viduam dutit , Gmllelmum Rufum Angliœ Regem, et Robertum Normanniœ Ducem, Cenomaniam occupantes, trimn awnorwn prmliis debellatos expulit : Henrici I, deuictorum Prindpum hœrèdis gratiam virtute demeruit : Calea, Clypeo, Ense, Ephippio, sacra Orucis imagine signatis summa fiduda in prœlUs utebatur. Victor Ecelesiis omandis, paupsribus alendis, popularibus leuandis animum appulit : Missarum solemniis singulis diebus interfuit, inter-orandam tam tehemens, ut lachrymis vultum sœpissime irrigaret : In ieiuniis tam austerus, ut qualibet sexta feria ab omni cibo et potu abstineret : Eremburgem filiam unicam, Fulconi Andegavorum Comiii collocaruit, ex^qua Gaufridus Cornas, Henrici IL Angliarum Régis pater. Obiit v. Id. lulii, Anne salutis M. C. IX. Ab Hildeberto cenoman. Episcopo in hac S. Pétri Basilica nullis non lugentibus sepultus.
Hujus fratres, Goisbertu^ et Enoch, ex militibus in hoc Cœnobw Monaehi facti, in eadem Basilica sepulti sunt.
Ad œtemam ejusdem piissimi et maximi Principis memoriam, vêtus hoc Sepulchrum instauravit humilis Frater Michael l'Aigneau, huius Cœnobii Prœpositm, tertiùm Prior Claustralis , et Prior Joyeo in Chamia, Anno Domini M. DC. XLI.
(Mémoires des comtes du Maine, par Trouillart , 1643.)
L'historien Trouillard ayant écrit ces mémoires deux ans après que le moine de la Couture eut rendu cet hommage à la mémoire du comte Hélie, a adopté la date de la mort d'Hélie et la qualité de veuvt d'Agnès consignées dans cette inscription tumulaire.
Tous les monastères du Maine ressentirent les effets de la pieuse munificence du comte , munificence qu'il étendit sur les cloîtres des provinces voisines, en particulier sur Saint-Aubin d'Angers, Saint-Martin de Séez et le Mont-Saint-Michel. « Beaucoup de simples églises paroissiales eurent
< part à ses largesses , dit Dom Piolin. Il donna à tous les curés du Passais
< le droit de faire paitre leurs porcs dans les forêts de Passais et d'An-
< daine. Aussi après sa mort, tous les curés furent obligés de se rendre
< chaque année à l'abbaye de la Couture pour prendre part à la célébration € de l'anniversaire du généreux comte. Cette coutume se pratiquait encore
< au XIV"« siècle.
c Le chapitre de l'église cathédrale faisait également mémoire du comte
c Héliele44 juillet. Le nécrologe rappelle qu'au commencement de son « Consulat, ce seigneur confirma au chapitre tous les droits que Hugues, € fiU de Geoffroy-Martil (1)> avait remis entre les mains de Tévêque Hoêl, € comme indemnité des pertes qu'avait encourues l'Eglise et des injures « personnelles que ce prélat avait souffertes pendant les troubles précé-
< dents Le comte Hélie ratifia aussi les dons que son beau-père
€ Gervais de Château-du-Loir avait faits à Saint-Julien. » — (Dom Piolin.) Il concourut pour cent quarante-sept pièces d'or pour la reconstruction de l'église cathédrale qu'il avait enrichie, du reste, de dons magnifiques.
Après le mariage d'Ëremburge , sa belle-fille , Agnès , veuve du comte nélie, avait eu d'abord le désir d'aller visiter les Lieux saints ; mais d'après les avis d'Hildebert, elle prit l'habit religieux dans un cloître et y passa le reste de ses jours dans les exercices de la plus haute piété.
Avec Hélie , second seigneur de La Flèche , s'éteignit la branche mâle des comtes du Maine, issus de la maison de Beaugency.
Maître Wace l'avait aussi chanté dans ses vers :
Helies fat de grant poeir
Mult eut graot terre è grant aveir,
Cil del Mans à li se teneient
D*avancier li s*eQtreraetteient
È li homes de la loée
Estoient tins à sa criée. . .
Es li barons de la contrée
Orent par li mainte meslée
Mult le prisoent è amoent
È à seignor le désiroent.
(Robert War>e. — Aomon de Rou,)
(l) Hugues ne peut être le fils de Geoffroy-Martel ; il l'était d*Azoa et c'est le comte du Maine qui a cédé sa dignité à Hélie.