‹ Histoire de La Flèche et de ses seigneursChapitre 23 sur 251 · D'ANJOU . DE TODRAINE ET DU MAINE · texte numérisé non relu

D'ANJOU . DE TODRAINE ET DU MAINE

(De 1009 à ]129.)

Lorsque Bertrade de Montfort quitta Foulques-le-Réchin pour suivre Philippe !«•, roi de France, elle avait emmené avec elle son fils Foulques, encore tout enfant, pour le faire élever à la Cour de France. Mais, à la mort (le Geoiïroy-Martel , mort qui secondait si bien les ambitieux desseins qu'elle avait formés pour son fils, le roi Philippe confirma la possession du comté d'Anjou à Foulques, et, comme il était encore fort jeune, le confia à Guillaume, duc de Poitiers, qui se trouvait par hasard à la Cour, pour qu'il le reconduisit à son père Foulques-le-Réchin. Manquant à sa parole, ce duc, pour obtenir du comte d'Anjou de comprendre dans son territoire les places qui se trouvaient sur les confins de l'Anjou et du Poitou , retint le jeune Foulques en prison jusqu'à ce qu'elles lui aient été concédées, malgré les menaces du roi de France et de Bertrade.

Nous avons dit que Geoffroy-Martel , mort des suites de sa blessure , avait ^lé fiancé à Eremburge, fille d'Hélie de La Flèche , l'une des plus brillantes fleurs de cette contrée angevine si fertile en plantes suaves et odorantes. Ce prince si distingué laissait donc à son frère, en mourant, une double couronne, puisqu'à celui-ci fut assuré celle du Maine avec la main d'Eremburge, qui devint la providence des malheureux et des opprimés en adoucisïianl, par sa douce influence, la rigueur des arrêts rendus quelquefois dans des moments d'impatience ou de colère. De temps en temps , à cette époque encore marquée au sceau d'une cerUiine barbarie, il apparaissait de ces jeunes femmes douées de la beauté irrésistible des anges et qui, sous

la simple pression de leurs mains délicates , faisaient plier le fer qui couvrait le cœur de leurs époux.

Foulques V devint définitivement comte d'Anjou en 4109, à la mort de son père Foulques-le-Réchin. La même année ou la suivante, suivant la date 1109 ou 1 no qu'on adoptera, il succéda à son beau-père Hélie, comte du Maine.

Comme seigneurs de La Flèche, les d'Anjou remplaçaient donc les Beaugency. Qu'étaient ces princes?

« Àndegavorum gentem magnanimis et bellicosis principibus valuisse « et terrori exstitisse drcumfusis 'nationihus célèbre percognitum est; € siquidem principes ipsos suis viribus finitimos fulminasse et sibi subju- « gcLSse terras pêne nulli dubium est, » Ils étaient forts par leurs armes, mais forts aussi par leur science, et c'était ce qui les maintenait au-dessus des autres seigneurs, laissant à leurs aumôniers ou à leurs clercs le soIq d'écrire et de signer pour eux.

Tout homme n'est vraiment supérieur que lorsqu'il est supérieur à son siècle, qu'il le domine par des connaissances plus étendues, qu'il pose une pierre de plus à cet édifice qui monte, monte chaque année, mais reste et restera toujours séparé du ciel par des espaces immenses.

Alors, dans ce XI"® siècle, à la lin duquel naquit le comte Foulques, bien peu de laïcs encore savaient lire. La noblesse n'avait de passion que pour les armes. Elle méprisait les lettres à l'instar des Allemands, ou si elle élisait instruire ses enfants , c'étiiit dans l'unique but de les pousser aux dignités ecclésiastiques.

Cependant le roi Robert et Guillaume V, comte de Poitiers, aimaient les lettres, Guillaume-le-Conquérant les favorisait. Mais ces exemples, donnés de si haut, n'avaient pas sur les masses d'influence bien positive.

Le calme n'était nulle part : le livre précédent l'indique surabondamment. Puis fut décidée et conclue la fameuse croisade préchée par Pierre l'Ermite et si vivement encouragée par Urbain IL Quel trouble, quel renversement dans tout l'état social ! Les évoques quittaient pour longtemps leurs diocèses, les abbés leurs monastères. Dans l'histoire de l'un d'eux on lit :

Dum loca sancta petit Gerebardus nostcr, obortum est, Rupto intcr fralres fœdere , dissidium ; Sedari potuit mon i ta discordia naUo ; AbbaUs reditus pacis origo fuit.

Puis en l'absence des rois, des seigneurs, des évèques et de toute autorité, que de désordres!

Raoul Glabert , témoin oculaire , s'écrie :

c Fraus , raptus , quodcumquo nefas dominatur in orbe , « r^uUas hoDor sanctis, nuUa est rcvercntia sacris.

FOULQUES V, TIIOISIÈME SEIGNKUU. 99

« Hinc gladius, peslisque, famcs popuiantur ubiquc; « Nec tamen impietas homianm corrccla pepercit. »

Ce fut par le moyen des conciles que les évoques , qui n'avaient pas suivi le torrent, clierchêrent à mettre un terme à tous ces maux; le rétablissement lies écoles fut impérieusement ordonné et il fut enjoint d'y recevoir les pauvres comme les riches. On multiplia les monastères et on réforma ri^roureusement ceux qui existaient déjtà.

On put préparer ainsi les résultats civilisateurs produits par la première croisade et celles qui l'ont suivie ; ces résultats ne sont plus contestés à cette heure; le mot si profond de M. de Maislre reste toujours vrai : « Aucune n'a réussi, mais toutes ont réussi. »

Les comtes dWnjou étaient élevés successivement à l'école d'Angers (1);

(1) On rapporte géuéralement h Van 1031 la fondation de l'école d'Angers ou collège, dit de la Porte-de-Fer, et aussi de Saint-Maurice , uni plus tard à celui des prêtres de l'oratoire do la même ville. (La porte de fer ou porte du Piéboulct fermait la montée de Saint-Maurice. On la trouve au XV»» siècle appelée Porte-d'Enfer, traduit vulgairement du latin porta ioferior, qui désignait sa situation au bas de la cité. — CélesUn Port.) En admettant que ce collège ait été fondé en 1031, il est certain qu'il n'y a pas en France une fondation de ce genre plus ancienne. L'ancien était auparavant une chapelle nommée Sainte-Marie, qui fat érigée en collège parles chanoines de Saint-Maurice, en 1031, pour enseigner leurs clercs, les chapelains et la jeunesse d'Angors, ainsi qu'il est rapporté dans un acte de leur chapitre.

Cette fondation . tombée en oubli , fut renouvelée en 1250 par Aron Tilletrouyée , en 1304 par François Roger, en 1521 par Guillaume Hervé. Le collège était redevenu désert dès la fln du XVI"« siècle et loué par le chapitre à un tavernicr en 1G08. Les oratoriens en reprirent possession en 1682. (C. Port, arch.)

Bernard, disciple du célèbre Fulbert de Chartres, enseignait publiquement à Angers où Tévi^que du lieu l'avait appelé.

Ud ded successeurs de Bernard dans cette école fut Jean , qui la dirigeait en 1040 ; de ce nombre fut aussi, vers le milieu du XI»** siècle, Marbode, élu évéque de Reunes en 1096. SoQS sa direction éclairée et savante, cette école se fit remarquer par de grands succès. Un de ses plus brillants élèves fut Geoffroy-Martel H.

On ne sait rien de bien positif ni à remarquer sur l'école de l'église du Mans jusqu'à l'épiseopat de Gervais de Château-du-Loir, du sang des fameux Bellesme, depuis archevêque de Reims, pn-lat de mérite et de grand savoir, sinon qu'il en fut élève (Mabillon. — Goff.- Yind.\ Il trouva à la tête cette école Ermenulphe, qui la dirigea au moins jusqu'en 1040; à celui-ci succéda Robert, appelé le grammairien, aussi distingué par sa vertu que pour sa doctrine. Arnaud son neveu lui succéda et remplit les foncUons de scholastique jusqu'en 1067. Il y eut pour élève Hoël, qui fut évéque du Mans après Vulgrin et donna la direction de cette école à Uildebert; et en même temps qu'on cultivait les lettres avec succès à l'école épiscopale, on ne les négligeait pas aux abbayes de Saint- Vincent et de la Couture.

Mais il n'y avait pas un pays en France où Ton s'occupât plus des bcUes-letlrcs qu'en Normandie. Ce peuple y était d'ailleurs fort disposé : un de leurs écrivains, Geoffroy do Malaterra, dit ingénuement de ses compatriotes : « Eloquenliœ studiis inserviensin tantum, « Vf etiam iptos pueros quasi rethores alendos. »

Les femmes elles-mêmes se faisaient remarquer par leur goût pour l'étude. Nous citerons seulement Belwide, sœur du duc de Lorraine et mère du pape Léon IX ; Mathilde. femme de Guillaume-le- Conquérant, fille de Baudouin Y, comte de Flandre, aussi estimée pour 6es conaaissances dans les lettres que pour sa beauté. Deux de ses filles acquirent la réputation de savantes, Cécile, multipîiciler eruditat qui devint abbesse de la Trinité de Caen

iOO LA FLÈCHE ET SES SEIGNEURS.

ils en faisaient le plus illustre ornement. La science, surtout celle des lois, était héréditaire dans leur maison. Ses aînés, comme nous aurons bientôt à le dire , étaient de droit grands sénéchaux de France et en cette qualiU» les premiers juges du royaume. Ils y jugeaient souverainement les causes les plus importantes. Il est certain que le comte Maurice, fils de GeolTroy- Orisegonelle et frère de Foulques-Nerra, était assez instruit pour son temps — ipse vero peritus in caiisis (Andeg, Cons. fiesta). — Par acquit comme par nature, il était éloquent — quœ esset erudita quœ popularis oratio edocebat. Nous avons déjà dit que Foulques-le-Bon était au X»« siècle, Tun des princes les plus érudits de son temps. Au XI^^ siècle, Hildeberl, évoque du Mans , fit l'épitaphe de Geoffroy, premier grand-onde du comte Foulques, et dit :

c (jais nitor eloquii judicive rigor!

« Quantus doctrioâ, quantus et ingenîo ! [Hild. car.)

Le morceau d'histoire qui nous reste de la façon du comte Foulques- Réchin son neveu par les femmes et son successeur, montre que son auteur avait assez bien étudié et ne manquait pas de talent pour écrire. (Spicihflium.)

Son fils Foulques , Tépoux d'Eremburge , était fort instruit de sa religion et a laissé quelque écrit historique.

Il s'écarta des voies qu'avaient suivies son père Foulques-Réchin et sa mère Bertrade — viainpatris et matris d^serem, — il fut juste dans ses actes et gouverna avec prudence et sagesse.

Les chroniques angevines disent qu'il fut intrépide guerrier, catholique fervent, toujours bienveillant pour les ministres du seigneur, ami fidèle, redoutable aux méchants, et qu'il acquit en peu de temps une gloire sans pareille — gloria et optima fama impar nulli in brevi effectus est.

La comtesse Eremburge lui donna quatre enfants, deux fils, Geoffroy et Ilélie, deux filles, Mathilde et Sibylle.

La mort du comte Ilélie ramena les troubles et la guerre dans la province, son gendre ne partageant pas ses sympathies pour Henri I»", roi d'Angleterre. Foulques porta son hommage à Louis-le-Gros , roi de France, afin de n'avoir pour ses deux provinces l'Anjou et le Maine qu'un seul seigneur suzerain. C'était un ca^us belli : aussi Henri I" rassemblant de nombreuses troupes s'avança pour attaquer Foulques. D ailleurs les efforts

et Adèle, comtesse de Blois ; Agnès, fille de Guillaume, comte de Poitou et duc d'Aquitaine; Jde, comtesse de Boulogue cl mère do Godefroy de Bouillon; Constance j fille de Robert, duc de Bourgogne, et femme d'Alphonse VI , roi de Castille. (Duchcsne-Mabillon. Histoire littéraire de France.) C'est ce même Alphonse Vï qui avait répudié Agnès de Poitiers. seconde femme d'Hélie de La Flèrhe , ou du moins s'en était séparé pour cause de parenté trop rapprooliée.

FOULOUES V, TROISIÈME SEIGNEUR. 401

cachés de Robert de Bellesme en faveur de Clilon, son neveu, flls de Robert-Courteheuse, n'avaient pas échappé à son attention; il savait de plus que Foulques d'Anjou n'était pas étranger aux démarches de beaucoup de seigneurs , sûr qu'il était de l'appui de Louis-le-Gros , alors débarrassé de ses luttes avec la plupart de ses grands vassaux , démarches dont le but était de reconquérir pour ce môme Guillaume Cliton non-seulement le duché de Normandie, mais peut-être le royaume d'Angleterre.

Ce jeune prince était, en effet, un prétendant sérieux, qui devait, malgré la légitimité de son droit, terminer son existence dans l'exil. Après la défaite du duc Robert à Tinchebray, Henri trouva à Falaise son jeune neveu qu'on avait mis à l'abri des fortes murailles qui avaient vu naître son ^^rand-père Guillaume-le-Conquérant. Né au retour de la croisade, Guillaume Cliton n'avait encore que cinq ans. (4)

Les droits de cet enfant étaient si légitimes et si réels qu'Henri craignit que si accidentellement il venait à mourir, on ne l'accusât de cette mort prématurée venant éteindre toute juste compétition.

Il le donna donc en garde à un chevalier, connu pour sa vertu, Hélie de Sainl-Saens , qui, ayant épousé une fille naturelle de Robert, se trouvait ainsi allié de très-près ti son pupille et devait être tout dévoué à ses intérêts. Mais quand Henri reconnut que ce prétendant servait de point d'appui «i tous ceux qui conspiraient contre lui, il chercha à le reprendre. Hélie de Saint-Saens, prévenu à temps, parvint à échapper à toutes les recherches du roi et éleva cet enfant comme son propre fils, en le conduisant dans différentes contrées et en faisant connaître son mérite à beaucoup de grands seigneurs et de partisans.

Parmi ceux-là, nous l'avons dit, se trouvait Robert de Bellesme, qui, en 1H2, leva décidément le masque, aidant de ses conseils et de ses forces Foulques d'Anjou et les autres ennemis de son maître. Cité le 4 novembre devant Henri pour sa conduite , il se présenta , se croyant à couvert par la (jualité qu'il avait prise d'ambassadeur de Louis-le-Gros. Mais d'après un jugement rendu par la Cour du roi à Bonneville-sur-Touques , il fut étroitement enchaîné et retenu définitivement en prison , punition trop tardive de ses innombrables attentats.

Pendant ce temps, le comte d'Anjou qui destinait la main de sa fille à Clitan , lui donna asile à Angers et, à l'instigation de son oncle Amaury de

i]; 3feDse septerabri 1100, Rodbertus, dux, in Noriuanniam venit, et, a suis susceplus, eam sibylla conjuge sua montem sancti Michaëlis ArchangcU de periculo maris adiit. Ibi pfu reditu salvo de longioqua pcregrinatione Deo gralias egil, ac posteà sponsam suani, Ooiffredi de conversana filiara, cognovit, quac seqnenti anno filium ci peperit , qucm Guillelmuâ Archipricsu! baptisavit, cique nomen suum imposait. — (Ord. Vit.)

GoiUaume Cliton naquit dans le courant de Tannée UOl : en 1106 il n'avait donc que cinq ans.

Montfort, frère de Bertrade, il chercha par tous les moyens à nuire aux intérêts d*Henri. Le succès de la guerre fut d'abord du côté de Foulques, mais devint funeste à l'église du Mans, dont l'illustre pasteur Hildebert fut longtemps tenu en prison par Rotrou, comte du Perche; celui-ci l'avait traîtreusement attiré à NogeHt-le-Rotrou après s'être déclaré contre Foulques. C'est vers cette époque que son ancien compétiteur Geoffroy, doyen du chapitre, fut appelé à l'archevêché de Rouen.

Le comte Robert de Bellesme étant tombé entre les mains du roi Henri, le comte d'Anjou, privé de son appui, jugea prudent, malgré le succès de ses armes, de demander la paix et, en 1113 , dans la première semaine du carême, il eut une entrevue avec le roi en un lieu nommé la Pierre-Percée ou Pont-Percé, aux environs d'Alençon. Là, il lui fit hommage pour son comté du Maine , et cette paix , qui ne devait pas être de très-longue durée, fut cimentée par la promesse de la main de Mathilde d'Anjou pour Guilhiume-Adelin, fils et héritier de la couronne d'Angleterre.

Les guerres entre la France et l'Angleterre, qui ne finirent que sous Charles VII, commencèrent en 1113.

Louis-le-Gros s'apperçut trop tard de la faute qu'il avait faite en permettant aux Anglais de prendre pied en France, faute que le divorce de Louis Vn avec la reine Eléonore devait rendre bien plus grave encore. Il aurait dû surtout soutenir le duc Robert dans sa lutte avec son frère, qui ainsi s'empara de la Normandie. Henri se refusant de remettre la forteresse de Crisors sous le séquestre ou de la raser, comme on en était convenu , cette place se trouvant sur la fontière de la Normandie et de la France, Louisle-Gros lui déclara la guerre dans le cours de laquelle les vassaux prirent parti pour ou contre, suivant leurs intérêts. Cette guerre se termina en 11U par un traité qui laissait Gisors à l'Angleterre, sous la condition de l'hommage.

Mais, en 1116, Louis-le-Gros reprit les armes contre Henri et chercha à soutenir la cause de Guillaume Cliton, âgé alors de quinze ans, en entreprenant de le rétablir dans son duché de Normandie.

H était déjà trop tard; Henri était puissant — smsu dùitiis prœditm et hellico apparatu copiosè frétas, — Pour combattre un tel ennemi, il ne fallait négliger aucune ressource. Il rechercha donc immédiatement l'alliance du comte d'Anjou, qui en profita pour revendiquer un droit de sa famille tombé en désuétude depuis longues années; nous voulons parler ici de la possession héréditaire du grand dapiféral de France ou grande sénéchalie, c'est-à-dire de la première et de la plus impartante charge de la Cour du roi. Cette charge confirmait au titulaire la suprématie sur tous les officiers de la maison du roi, sur tous les chefs de l'armée et enfin sur tout ce qui concernait l'administration de la justice. Le peu de séjour que les vassaux du premier rang tantôt alliés , tantôt ennemis du roi faisaient à la

Cour, ne permettait pas aux comtes d'Anjou de s'acquitter exactement et à riieure voulue de toutes les fonctions inhérentes à leur emploi. On leur donna donc un substitut, qui exerçiiit h leur place, mais toujours avec di^pendance et obligation à l'hommage. Depuis longtemps, cet emploi était rempli par les Garlandes , favoris et ministres de Louis-le-Gros, qui avaient Oni par se débarrasser de cette môme dépendance.

Le comte Foulques craignant de laisser éteindre son droit établi sur un litre, du reste assez discutable, mit pour condition à son alliance avec Louis-le-Gros contre Henri d'Angleterre que ce prince le reconnaîtrait solennellement, et que le sénéchal de France tiendrait de lui cet emploi à fief.

P.->ur ne pas embarrasser notre récit, nous mettons en note toute cette négociation , ne devant pas l'omettre par ce double motif que ce fut d'après le conseil de la comtesse Eremburge que Hugues de Cleers, sénéchal de La FltVhe et de Baugé, en fut spécialement chargé. (4)

(r LES COMTES D*ANJOU GRANDS sMxiîCaAUX H^RIÎDITAIRES DE FRANCE.

HDGDES DE CLEERS (HDGO DE CLEERIIS).

Nous parcoorions dernièremeot avec intérêt et cariosité les volumineux in-quarto do VHittoire littéraire de la France, œuvre patiente des bénédictins de Sain t-Maur,yuf gu'au !//•« siècle, et rééditée par Paulin. Mous y acquerrions , à chaque page , la preuve évidente qae les sciences, les lettres et les arts veulent pour fleurir le calme et le repos. On voit le nombre des savants augmenter ou diminuer suivant que les temps étaient plus ou moins à l'orage, et parmi les hommes d'épée qui ont écrit au Xlli"* siècle, nous rencontrâmes tout à roDp nugues de Cleers, sénéchal de La Flèche et de Baugé ; à ces deux titres, cet homme , à la fois lettré, magistrat et guerrier nous appartenait. Nous devions donc nous arrêter immédiatement sur ce nom d'une famille dont Tcxistence dans notre pays est parfaitement constatée par différentes chartes.

.Nous retrouvons d'abord le nom de Girard de Cleers (Giraldus de CleeriisJ, oncle probablement de Hugues, dans Tacte de donation fait au proût de Tabbaye de Saint-Aubin, en l(i87, par Jean, seigneur de La Flèche (vir nobilis et miles egregius cui nomen est Johannes de FissaJ, de l'église de Saint-Odon ou Sainte-Colombe, dans une charte de même nature et du même seigneur datée de 1005, dans une troisième relative à un don fait par Hélie, fii^ de Jean , seigneur de La Flèche et comte du Maine, dans une autre charte par laquelle lai-m^nie, Girard de Cleers; se faisant moine à Saint-Aubin, fait don à cette abbaye d'une oarhe de terre. Nous voyons le même Girard signer une transaction passée à Luché entre les moines de Saint-Aubin, possesseurs du prieuré de ce lieu, et le N. Bernardus Suberamus. Son nom se retrouve encore dans deux chartes relatives à l'abbaye du Mélinais. Girard de Cleers eut certainement pour frère, ou au moins parent très-rapproché , Geoffroy <it* Cleers, qui eut trois fils, Hugues qui lui succéda dans les fonctions de sénéchal , Foulques et tieoffroy.

(> fut Geoffroy de Cleers (Dapifer vel siniscalcusj qui obtint de son seigneur suzerain G«olfroy-PIantagenet, vers l'an 1135, la fondation de notre prieuré de Saint-Jacques. Le titre de fondation nous manque, mais la charte de confirmation de Henri II, roi d'Angleterre, duc de Normandie et d'Aquitaine, comte d'Anjou, ne laisse aucun doute sur l'existenre du titre primitif. En effet, vers la fin de son règne, co prince confirme aux lépreux de Fixa, dont la maison a été fondée par son père et Geoffroy de Claris, Dapifer cjoâ, tous les dons qui lui ont été faits, tant en terres qu'en rentes, auxquels dons il en ajoute plusieurs autres. Au bas de cette charte est apposée la signature d'Hugues de Cleers, mais sa date doit faire présumer que ce signataire est un petit-fils de Geoffroy et non son fils, aussi nommé Hugues , et dont nous avons à nous occuper ici.

Dans rintérôt de sa politique, Louis-^le-Gros était donc décidé à soutenir les droits de Guillaume Cliton. Ce jeune prince ou plutôt ceux qui avaient suivi sa mauvaise fortune, ne manquèrent pas de profiter des bonnes dispositions du roi de France. Ils ne voulurent pas douter du succès, quand

Geoffroy et son fils Hugaes sont encore cités dans une charte de Geoffroy-Plantageoel. sonmettant une contestation survenue entre ]ui et les chanoines de Saint-Pierre-de-la-Coar, à Pagano de Claris-VaUbns et Gaufrido et Hugone filio ejns.

Hugues et Geoffroy de Cleers, fils du sénéchal déjà cité, apparaissent dans une autre charte relative à une grande contestation qui s*éleva entre Guillaume , évéque du Mans , et les chanoines de Saint-Pierre-de-la-Cour, vers 1154, du temps du pape Adrien et d'Henri, roi d'Angleterre, comte d'Anjou et du Maine. Nous les retrouvons encore avant 1157, comme témoins d'une donation faite & l'abbaye de Saint-Aubin, d'une vigne apud montem Josmeri par une femme nommée Pagane, qui, en échange, reçoit de son mari une vigne à Saneîo- Germano (Saint-Germain, bourg près de La Flèche). L'époque où le château de La Flèche fut incendié {Hoc illo tempore quo. coitrum Fissœ horribiliter combustum est)^ c'est-4-<lire en 1081, est rappelée dans cette charte du XI1'"« siècle. Dans une autre charte qui dit qu'en 1157, Guillaume, abbé de Saint-Aubin , consent à ce qu'il soit établi des chapelains à Saint- Jacques, près le château de La Flèche {juxta castrum Fissfm)^ nous acquérons la preuve qu'Hugues de Cleers a déjà succédé à son père Geoffroy, son co-signataire, dans sa charge do sénéchal, et que celui-ci est mort ou retiré des affaires, puisqu'il est dit qu'Hugues de Cleers, sénéchal, donne à l'abbaye de Saint-Aubin, pour le repos de l'âme de son frerc Geoffroy, le pré de Pierre-Morel , situé apud Chinceium , la moitié du mouUn de Cré-snr- Loir et un quartier de pré.

Deux autres chartes nous conGrment l'existence et la digniië d'Hugues de Cleers, Tune par la constatation d'un droit de sépulture à l'abbaye de Saint-Aubin , Tautre du don d*un N. Pinczon, de sa personne et de ses biens à celte abbaye, en la Cour du comte et en présence d'Uagues de Cleers , qui siniscalcus erat. Pinczon investit de ces dons Guillaume , prieur de Saint-Thomas, et Hermenant, prieur de Sainte-Colombe, tous deux moines de Saint-Aubin, abbaye qui a possédé ces deux prieurés jusqu'au siècle dernier. Dans le même titre, noas lisons qu'un autre don est fait aux moines de Saint-Aubin , de la dlme de trois quartiers de vigne par Fromundus Pelieporc, m Monta fem ante domum Tadei militis, (Le Montafoin est à l'extrémité sud du coteau de Saint-Germain , au pied duquel s'ouvre une étroite vallée.) Du reste, dès l'année 1146 , Hugues de Cleers était déjà sénéchal do La Flèche et de fiaugé , ainsi que l'indique une charte de l'abbaye de Vendôme.

L'Anjou fut donc le pays natal d'Hugues de Cleers et La Flèche sa demeure ordinaire. Sa maison était noble ; elle est classée dans la généalogie de Martigné. On prétend que c'est celle des Cleers qui subsistait encore au XVI II"* siècle, et portait d'or d iix chevrons d'axur, U est certain, an reste, que la famille de Cleers existait en 1534. La marche do grand autel de Notre-Dame de Chalonnes porte un fragment venu d'un tombeau : — Claudine de Cleers, morte en 15*24.

Jean de Marmoutier, angevin lui-même, fait mention de trois frères de Cleers dans son histoire de Geoffroy- Pla n lagene t , comte d'Anjou (Vita Gaufridi, eomitis Andegavorum , ^. 69). Ce prince les honora siugulièremenl et se servit utilement de leurs conseils et de leurs épées, dont il fit l'épreuve en différentes circonstances cl particulièrement eu l'année 1144, pendant la guerre qu'il eût à soutenir contre Robert de Sablé, qui avait entraîné dans son parti presque tous les barons de l'Anjou. Ce seigneur avait réussi en même temps à soulever la noblesse du Maine. Le comte Geoffroy rassembla ceux des barons qui lui étaient restés fidèles; à leur tête, dit le moine de Marmoutier, étaient Hugues de Cleers et ses deux frères : c quorum maximi et principales erant Hugo de Cleeriis et duo fratres ejus Gaufri- « dus et Fulco, » La fortune favorisa le comte d'Anjou, qui porta le ravage jusqu'aux portes du Mans et prit plusieurs forteresses du seigneur de Sablé, entre autres Briolay, qu'il rasa de fond en comble, et La Suze qu'il traita avec moins de rigueur : « Guerram « movens, quidquid à Brioleto usque Andegavensis, à Sablio et Susa usque eenomanis ferro « et igné aggrediendo, depopulatus est, » (Chroniques d'Anjou.) Cette guerre, qui finit par

ils virent y adhérer le comte d'Anjou, qui supportait toujours impatiemment d'avoir été contraint à Thommage vis-à-vis du roi d'Angleterre et qui pensait que Cliton l'en déchargerait, quand par son secours il serait vainqueur.

la défaite des rebelles, ne fît pas moins d'honneur à la fidélité qu*à la valeur des trois frères.

Les eomtes d*Anjoii avaient la prétention de posséder héréditairement auprès de la Cour de France la charge de grand sénéchal, qui comprenait celle de dapifer ou grand>ma!tre d'hôtel. La première conférait le commandement des armées et la prépondérance dans les conrs de jastice, la seconde la première place dans la maison du roi.

Robert de France, nous disent toutes les vieilles chrouiques, aurait donné k Geoffroy- Grisegonelle la charge de grand sénéchal de la Couronne et en même temps tout ce qu'il possédait en Anjou {quidqvid habebat in episcopatu Àndegavensi) pour le récompenser de ce qu'il lui avait porté secours contre Othon , empereur d'Allemagne. D'un autre côté, disentelles encore, David , comte du Mans, s'étant révolté contre le roi et refusé de se rendre à son appel, ce prince aurait concédé de plus au comte d'Anjou, qui l'avait aidé à prendre Mortagne au comte du Perche, Fhommage que le Maine lui devait, la ville elle-même et loat ce qu'il possédait dans le diocèse du Mans. Tous les historiens ont raconté et successivement répété ces mêmes faits, toujours basés sur un titre écrit par Fou Iques-N erra, fils de Geoffroy-Grisegonelle , et surnommé le Hiérosolymitain ; ce titre était déposé dans l'église du Saint -Sépulcre de Loches — Boc scriptum feeit Fulco cornet Hierosolymitanus in ttclesià tepulchri de Loehit cum magna gepulius magnil%centid. — Cette pièce est véritablement antique; Sirmond l'a traduite d'après le vieux manuscrit d'Hugues de Cleers déposé h l'abbaye de Saint-Aubin d'Angers. Malgré cette qualité qu'on ne peut lui refuser, elle se trouve ians valeur positive , fourmillant d'anachronismes. Cependant, par la discussion on arrive, ce nous semble, en ce qui concerne le récit de Foulques-Nerra , aussi près que possible de la vérité historique, autant que le permet le manque de documents dû à une époque de décadence et d'ignorance générale. On ne doit pas s'étonner, du reste , des ténèbres du X»" siècle : c Une lourde et pénible inquiétude, dit Goda rt-Faul trier, attristait le

< foyer du serf comme celui du maître : car c'était une croyance universeUement répandue c qu'avec l'an 1000 devait finir le monde. >

Robert, duc de Normandie, dont le frère, roi d'Angleterre, avait envahi le duché, était toujours en prison. En 1114, il avait un fils âgé d'environ 14 ou 15 ans, qui errait dans toutes les Cours d'Europe sans pouvoir trouver de ressources pour soutenir son légitime droit et délivrer son père. Louis VI, dit le Gros, était très-bien intentionné en sa faveur, mais il ne se sentait pas assez fort pour le remettre en possession de ses Etats. Guillaume Cliton, ou plutôt ceux qui avaient suivi sa mauvaise fortune, ne manquèrent pas cependant de profiter des favorables dispositions du roi de France. Ils négocièrent heureusement auprès des seigneurs normands. Enfin Foulques d'Anjou lui-même , malgré ses liaisons avec Henri W, roi d'Angleterre, liaisons qui ne l'empêchaient pas de supporter impatiemment d'avoir été contraint k Thommage pour le comté du Maine, promit à Guillaume- Cliton do le seconder, espérant que vainqueur, il s'en déchargerait. Mais , quand il fut question de coQclure une ligue avec Louis-le-Gros , le comte d'Anjou déclara qu'il ne signerait le traité que lorsque ce monarque lui aurait rendu , avec la qualité de grand sénéchal de France, le romiiiandement de l'armée; qualité qu'il prétendait être héréditaire dans sa famille et dont le roi ou l'un de ses prédécesseurs Tavait dépouillé : « Cornes vero respondit, quod nullo c modo ei servire debebat ; eum namque de majoratu et senescalcid Franciœ exhereditabat. »

Touà les historiens parlent de cet incident plus ou moins exactement et toujours d'après IWit d'Hugues de Cleers, dans lequel il rend compte de sa mission auprès de Louis-lc- Gros, au sujet de la réclamation de Foulques V^ que notre sénéchal a appuyée du titre de Fou'ques-Nerra ci-dessus indiqué, et qu'il avait copié lui-mému à Loches : ^ Vos autem qui c ista seripta audietis , scitote quod ego, Hugo de Cleriis, vidi seripta Fulconis eomitis ,

< JerosoUmiîani , in ecclesid sancti srpulchri de Luchis , de majoratu et senescalcid Franciœ,

< sibi et suis antecessoribus à rege lloberto eoUatis. » Remarquons ici qu'en raison de l'ignorance du siècle, Hugues de Cleers dit qui ista seripta audietis et non legetis, car alors

Les chances de la guerre furent d'abord diverses; toutefois Foulques y acquit une grande réputation de valeur et d'humanité : il se distingua surtout en repoussant les anglais et en délivrant, en face d'Henri lui-même, les Alençonnais de la pression qu'exerçait sur eux la garnison anglaise.

sur un lecteur il y avait plasiears mUUers d'auditeurs pour lesquels tout écrit était lettre raorte.

Hugues de Cleers n'a écrit cette relation qu'en 1156, au moment d'un accord entre Louisie-Jeuno et Henri H Plantagenet, roi d'Angleterre et comte d'Anjou, accord dont doqs parlerons tout à l'heure et qui touche k notre sujet. Cette relation est précédée de la copie de récrit de Foulques- N orra , qui nous donne une preuve nouvelle de rignorauce de cette époque, puisque ce comte transporte au règne de Robert, fils d'Hugues Capet, des faits très-authentiques, mais tenant à celui de Lothaire, avant-dernier roi de la race des Carlovingiens.

Nous trouvons dans Dom Piolin, le savant et judicieux bénédictin de Solesmes, une page de son histoire de l'église du Mans , traitant cette même question et la rectifiant en partie : « L'épiscopat de Sigefroy, dit-il , fut encore marqué par un événement très-grave « pour notre province. En l'année 979, Geoffroy I«r, dit Grisogonelle, comte d'Anjou , mar- « cha au secours du roi Lothaire contre rempercur Othon H, qui s'était avancé jusqu'à « Montmorency, dont il faisait le siège, et même jusque sur les buttes de Montmartre, « d'où il menaçait Paris. Geoffroy eut la principale part dans la victoire que remportèrent <( les Français ; il poursuivit l'empereur Othon jusqu'à la forêt des Ardennes, et lui proposa,

< suivant les règles de la chevalerie, de vider la querelle par un duel. L'empereur Otbon « refusa le défi , soit qu'il manquât de courage , soit qu'il crût au-dessous de sa dignité « d'entrer en lice avec un comte angevin. Dom Piolin ajoute (et nous avons eu sous les <( yeux lu texte latin qui l'a guidé et termine l'œuvre de Foulques-Nerra par ces mots : « Uuc usque sunt scripta Fuleonis Jerosolimitani) : A ce privilège , le monarque en ajoute « un autre plus important par les ouvertures qu'il pouvait offrir aux entreprises futures de « la muison d'Anjou. Dans une assemblée générale des évêques , des comtes et des barons,

< il lui assura tous les droits dont les rois de France avaient joui dans les évéchés du Mans « et d'Angers. Plus tard ces concessions furent confirmées par les premiers princes de la « dynastie capétienne, à laquelle les comtes d'Anjou s'attachèrent, et en particulier par le « roi Robert. » Ne nous est-il pas permis de dire que le don du roi Lothaire a été confondu par Foulques-Nerra avec la confirmation subséquente faite par Robert de France?

Fouiques-Xerra dit encore dans celte même pièce que David, comte du Mans, s'était révolté contre le roi et avait refusé de se rendre à son appel. Le comte du Mans ne voulait pas reconnaître le nouveau pouvoir établi, qui avait, au contraire, toutes les sympathies de l'Anjou. Il ne voulait pas plier devant des princes de race bourguignonne. Les manccaux, du reste, n'étaient pas faciles à dominer ni à conduire — quasi naturali semper inquietudine agitantur, dit Ordoric Vital, et mobilitate sud paeem turbant, ipsi que turbantur — David , cornes cenomanicus et Gaufridus . cornes corbonensis dedignabantur recipere feodum suum à prœdicto rege ; asserentes nullo modo se passe subici generi Burgundionum. — Le roi Robert donna donc au comte d'Anjou, qui l'avait aidé à prendre Mortagne au comte du Perche, l'hommage que le Maine lui devait, la ville elle-même et tout ce qu'il possédait dans le diocèse du Mans.

Nous avons toujours de la peine à admettre . au moins pour ce qui précède , le rapprochement de Geoffroy-Grisegonelle avec les deux premiers rois de la raco capétienne , puisqu'il mourut au moment même de leur avènement. Mais peut-être avait-il été run de leurs principaux appuis dans leur haute entreprise. On sait d'ailleurs que Roberl-le-Fort , le chef de cette race, avait reçu l'Anjou de Charles-b-Chauve , et avait été tué à Brissarthe (Anjou) en 866 par les Normands.

La Flèche tient au Maine comme à V Anjou; les destinées de ces dmx promnces sont pour nous d'un intérêt presqu' égal. Disons donc que Trouillard. sieur de .Montfcrré. avocat au Mans dans le courant du XVIH* siècle, n'admet ni le don de cotte province ou du moins de la suzeraineté au comte d'Anjou, ni l'existence de Hugues David, c^mte du Maine, que

Henri, roi d'Angleterre, malgré cet insuccès, conçut une véritable estime pour le comte angevin et jugeant qu'une alliance avec Foulques assurerait la paix, de la Normandie, il lui envoya des ambassadeurs pour traiter; c'est alors que fut conclue l'union de Guillaume-Adelin avec Matbilde d'Anjou,

sous Tenons de citer comme vassal rebeUe du roi de France. Nous avons cependant on main une charte d'Hugues David , comte du Mans , de 970 , donnant pour le salut de son ftme aux moines de la Couture et h ses chanoines de l'église de Saint- Pierre-do-la-Gour {que est eapella sua), les terres qui sont in vadum Guitionis. Cette charte porte les signatures suivantes : Hugo, eomitis. Hugo filius, Scingefridus episcopus. Dans une seconde charte de la lin du X"« siècle , le comte Hugues est appelé fils de David , Hugo, David /tlius. Dom PioUn pense qu'Hugues fut le l"' comte héréditaire du Maine. Mais comme nous avons une charte d'un comte HDgues, de 1055, il s'ensuivrait que celui qui a signé les chartes précédentes aurait eu à sa mort, en 1055, plus de 100 ans; c'est possible, mais bien rare à ces époques de fatigues guerrières et de vie turbulente. 11 y a lieu de penser qu'au X"^ siècle il y a eu deux comtes Hugues David dans le Maine, issus d'un seigneur nommé David, et jouissant d'une grande importance* dans la contrée. Cependant encore, Le Paigt fait un David comte du Maine de 957 à 970. Auquel donc se rapporte la chronique de Foniqnes-Nerra? A un David Hugues, comte du Maine, bien certainement : < audiens c autem Rex {Robertus) arrogantiam et indignatiomem prœdicti comitis, ipsum David et t eenommanieam suanut Gaufrido Grisoganelld et suis successoribus ex dono régis tribuit hic

< possidendam. >

Los avis divers émis par les historiens peuvent tous raisonnablement se résumer dans celui-ci. Rappelons d'abord que les premiers comtes Inge'gériens d'Anjou étaient très* dévoués i la famille puissante dont le chef, Robert-ie-Kort , avait été investi do toute l'autorité dans les marches angevines, et que Geoffroy-Grisegonelle , ce seigneur dont Thistoiro tient da si près i la légende, se disait toujours en tête de ses chartes — « Comte d'Anjou « par la grâce de Dieu et la faveur d'Hugues-le-Grand, ûls de Robert-Ie-Port et père

< d' Hugues -Capet. » — Plus avancés, plus instruits que leurs pareils, les comtes d'Anjou s'étaient tournés vers Tastre qui s'élevait à l'horizon. Si d'un côté Hugues-le-Grand , menacé des foudres de réglise, contribua puissamment à faire reconnaître l'autorité de Lothaire à la mort de Louis-d' Outremer, d'un autre côté GeofTroy-Griscgonelle aida le roi de France à refouler hors du territoire Othon II et ses troupes qui l'avaient envahi.

Lothaire avait récompensé celui-ci en le nommant signifer et non pas siniscalcus, portoétendard royal et dapifer, c'est-à-dire que le comte d'Anjou avait le privilège de combattre auprès du roi et de porter le signe indiquant sa place de bataiUe et ensuite de remplir les premières fonctions de la maison du prince et de la Cour : « qui ob insignia summi et singuc larismeriti, à rege in prœliis Signifer et in coronatione regum Dapifer, Jam tpse quam

< ejus hœredts eonstituantur ; et agnomen Grisa-Tunica referenSf prœmia maximœ probitatis c sibi adquisivit (Chronica de gesti Consulum Àndegavorum.J

f^eoffroy-GriscgoncUe était loin d'être revêtu d'une dignité ayant l'importance du sénéfhalat sous les premiers capédiens. Sous les derniers carlovingiens, les comtes du Palais existaient encore avec tous leurs privilèges et leurs hautes prérogatives. Hugues Capet et son fils Robert ne leur laissèrent plus qu'une existence nominale, et unissant le dapiférat au sénérbalat, en firent la première dignité du royaume. Le dévouement des comtes d'Anjou à la race capétienne leur valut certainement la conûrmalion de leur position à la Cour do France, et ils y grandirent en même temps que cette position elle-même.

Lorsque Foulques-Ncrra , le fils de Geoffroy-Grisegonelle , voulut établir un titre pour ses successeurs, il chercha probablement à donner à sa prétention une base plus solide en ne faisant dater et les services rendus à Lothaire et la promotion de son père au dapiférat qoe du règne des premiers capétiens, et avec d'autant plus de raison que la dignité de grand-sénéchal, telle qu'il la réclamait, n'avait été constituée que sous ces princes et non sous Lothaire.

Il y avait, du reste, h cette époque une toile confusion soit dans les écrits, soit dans les souvenirs de chacun , que les événements les plus récents, quand ils n'avaient pas lieu

iOS LA FLÈCHE ET SES SEIGNEURS.

dont il avait déjà été question en 1113. Ils furent unis à Lisieux et la paix parut enfin momentanément rétablie entre des peuples si divisés. A la prière du comte, le roi reçut en grâce Guillaume-Talvas, fils de Robert tie Bellesme, qui devait mourir dans les fers, et lui rendit toutes les tenvs

dans la pronnce même et sous les yeux, se trouvaient complètement transformés en passant de bouche en bouche. On conçoit combien il était facile de les défigurer quand on y trouvait avantage et de finir par donner force de loi ou autorité historique indiscutable à des écrits que les chroniqueurs copiaient et recopiaient sans cesse en remplissant ainsi leurs énormes in-folio. D*un autre côté, M. de rEstang, ancien officier de marine et sarant manceau très-distingué, vient nous dire qu'une partie du manuscrit cité est du X^- siècle et Tautre partie du XIE*»*; n*y fait-on pas dire alors à Foulques-Nerra que ce doD de suzeraineté de la province du Maine a été fait à son père, tandis qu'il Ta été à lai-méme, devenant par la mort de celui-ci comte du Maine en même temps que Robert était associé à la couronne? L'anachronisme flagrant, que nous avons signalé, serait ainsi expUqaé.

Quoi qu'il en soit, ce fut avec ce même titre qu'Hugues de Cleers se présenta à la Cour de France devant Louis-ie-Gros qui, ayant besoin du secours du comte d'Anjou, admit les droits de sa maison en se contentant d'un titre aussi contestable, ou sciemment, oa par ignorance de l'histoire du X»* siècle.

L'écrit d'Hugues de Cleers se compose de deux parties : la première, de l'acte dressé par Foulques-Nerra , plus ou moins apocryphe , et qu'il déclare avoir fidèlement transcrit à Loches ; la seconde contient la relation de son voyage et de sa négociation à la Cour de France. Son titre est Hugonis de Cleeriis Commentarius de majoratû et senescalià Francict « Andegavorum olim Comitibus hereditarid. Celte relation porte tous les caractères de la sincérité et cependant a été controversée. L'auteur de la Chronologie militaire (Pinard, t. l, p. 19) prétend que c'est une invention postérieure au XIl"'* siècle. Guidé par les savantes recherches des bénédictins, nous allons défendre notre historien avec d'autant plus d'empressement que ce sujet cadre parfaitement avec ceux que nous avons étudiés dans nos travaux militaires.

Pinard prétend que du temps de Foulques et de Louis-Ie-Gros, de 1113 à 1118, U n'y avait alors qu'un seul maréchal et aucun officier de troupes des communes appelé connétable. 11 n'accorde aucune authenticité au prétendu écrit d'Hugues de Cleers qu'il déclare fabriqué depuis les époques précitées, non-seulement parce qu'il n'est pas cité dans l'ouvrage intitulé Gesta Consulum Andegavorum ^ mais encore parce qu'il n'y eut, dit-il , qu'on deuxième maréchal qu'entre les années 1^60 et 1270. Pour le premier point de cette critique nous répondrons d'abord que le Gesta Consulum Andegavensium se terminant à la mort de Geoffroy-le-Bel , en 1151, est plus ancien que l'écrit d'Hugues de Cleers, composé vers 1156, et ne peut en conséquence en faire mention. Pour le second. Picard n'avait pas la certainement le document suivant contenu dans la constitution de Charles-le-Gros, empereur, touchant son expédition de Rome ; il y est dit : « Chaque prince, en effet, aura ses officiers « spéciaux, maréchal, maître d'hôtel ^ échanson ei chambellan; tous quatre doivent être « distingués au-dessus de tous par les appointements, le vêtement et la monture, à savoir « qu'à chacun il sera attribué 10 livres et 3 chevaux ; on en ajoutera un quatrième pour le

« maréchal, quartus marschatco addatur » On voit donc que ces ch&rges se mnlti.

pliaient avec le nombre des princes de la maison royale et qu'elles n'avaient pas alors l'importance qu'elles prirent depuis. Vers 1156, par conséquent avant le XI il'»* siècle, od ne mettait pas en doute l'existence de la dignité du grand dapiférat et du grand sénéchalat pas plus que le droit héréditaire de la maison d'Anjou, qui la possédait. Le doute n'existe que sur l'origine de ce même droit.

Edgard Boutaric, le savant auteur des Institutions militaires de la France, n'hésite pa*» à aflîrriier que cette charge importante de grand sénéchal, datant du X'"" siède (c'est-è-dire du règne des capétiens;, était héréditaire Uans la maison d'Anjou, qui régna sur l'Angleterre depuis Henri Planlagenet. Dans cette nouvelle position, lus comtes d'Anjou no pouvaient pas remplir dans la maison du roi de France une charge élevée, sans doute, mais incompatible avec la dignité royale. Les rois de France en investirent des seigneurs de

FOULQUES V, TROISIÈME SEIGNEUH. 409

c|iie son père avait possédées en Normandie, Alençon, Almenèches, Vignats, ainsi que d'autres cluiteaux à l'exception des donjons où il mit garnison.

Lii bataille de Brenneville, en 4H9, gagnée par Henri d'Angleterre, le

lear choix, les de Montihéry, les Ânseau de Garlandc, Raoul, comle de Vermandois, Thibaut, comte de Blois et de Chartres. On a, du reste, depuis l'an 1060, le Dom des divers sénéchaux , exerçant cette charge soit directement soit à fief relevant des comtes d'Anjou. Nous ne pouvons pas indiquer d'une manière certaine à quelle époque les comtes d'Anjou cessèrent d'exercer une charge dont ils ne jouissaient plus au commencement du XII*"* siècle, ainsi que nous le prouve la réclamation de Foulques V et son refus de servir Louisle-Gros, s'il ne lui est rendu justice : « Cornes Régi respondit, ait Hugo de Cleeriis, quod * itullo modo servire debebat» eum; namque de majoratu et senescalid Franciœ exheredi- < tabat, » D'après Hugues de Glers, ce serait donc Louis-le-Gros lui-même qui aurait enlevé cette charge aux comtes d'Anjou , mécontent des liaisons intimes de Foulques V avec Henri, roi d'Angleterre, an ûls duquel il avait donné sa ûUe Mathilde en mariage. L'opinion des bénédictins de Saint-Maur est que ce fut plutôt sous Philippe I«r, qui enleva Bertrade à Foolqnes-Réchin , père de Foulques V, et que ce comte irrité de ce rapt adultère ne put et ne voulut plus, sous aucun prétexte, exercer une charge en face d'une reine de France qui avait été sa femme, et qu'il la fielTa, comme on pouvait le faire alors pour tout ce qn'on possédait. A son avènement au trône, Louis-le-Gros, laissant les choses dans l'état où il les trouvait, paraissait, en ne confirmant pas le droit du comte d'Anjou, le dépouiller de son héritage.

< Le roi, nous dit Hugues de Cleers, envoya au comte d'Anjou Amaury de Montfort, Geoffroy, abbé de Vendôme, et Raoul de Beaugency, pour conférer avec lui de cette affaire. » Après que le conseil du comte eut délibéré , il fut décidé qu'un de ses premiers officiers serait député k Louis-le-Gros, et sur Tavis d'Eremburge, comtesse d'Anjou et dame de La Flèche , ce fut Hugues de Cleers qui fut choisi — quod cum comitissa Àremburgis audiret consilium, laudtnit quod nulltu iret nisi Hugo de Cleeriis.

Ce seigneur rencontra le roi à Vignory (Champagne) et remplit sa mission auprès de lui. Mais Louis-le-Gros , ayant désiré avoir une entrevue avec le comte d'Anjou , celui-ci accepta, et tous deux se rencontrèrent dans la plaine de la Boauce, entre Marchenoir et Bierné. Dans cette conférence , tons les droits du comle d'Anjou furent admis et reconnus , droits ne comprenant, du reste, que des prérogatives honorifiques, la mouvance et la supériorité féodale : < Ibique sunt recognita jura comitis^ ridelicet majoralus et senescalia Franciœ,

< GuUUlmus de Garlandâ, tune Franciœ senescallus , recognovit in Hlo colloquio hominium se « debere comitis FuUoni de senescalciâ Franeiœ, etindè fuit in voluntate comitis,.., ^ A Guillaume succédèrent, à titre de sénéchaux feudalaires des comtes d'Anjou, Etienne de Gariande et Raoul , comte de Péronne.

< Raoul de Péronne, dit Robert, abbé du Mont, faisait de notre temps (XII'»» siècle) le

< service de cet emploi — quem cornes Andegavensis antiquities habebat, indè etiam noslris c temporibus Radulphus de Perronâ pro eo serviebat, undè ei homagium, ut Dominum, ho-

< norabat, > Raoul de Péronne n'étant mort qu'en 1152, nous acquérons encore de ce fait la preuve que Fécrit d'Hugues de Cleers n'a pu être composé que vers 1156 , lorsque Henri n Plantagenet, roi d'Angleterre, stipulait ses droits avant de rendre hommage au roi de France, il nous parait évident qu'Hugues de Cleers, le fidèle serviteur de la maison d'Anjoa, écrivit la relation de sa mission en 1156 , au sujet de l'accord qui se fit entre ces deux monarques. Le comte d'Anjou^ roi d'Angleterre, revendiquait la garde de Saint-Julien de Toars comme devant lui appartenir en sa qualité de grand dapifer de la Cour de France.

Les lettres qu'il expédia à tous ses sujets, fidelibus suis, ne portent pas do date, mais il paraît, d'après Robert, abbé du Mont, que ce fut peu de temps après qu'il eut, cette même année 1156, rendu hommage pour tous les domaines qu'il possédait en France, et certainement avant l'an 11.59, puisque Robert de Neufbourg, qui mourut à cotte époque, est nommé dans l'acte.

En 1169 il y eut un traité de paix conclu entre Louis-Ie-Jeunc et Henri II, celui de

rendit plus puissant que jamais. Le jeune Clilon y combattit bravement el montra qu'il éLait digne d'une couronne. Mais cette victoire ne fut pas décisive. Le pape Calixle II, qui venait de monter sur le trône pontifical , se lit médiateur entre les deux rois et la paix fut enfin conclue.

Montmirail ; le résuUat de ce traité fut que lo fils du roi d'Angleterre flt hommage an roi de France (son beau-père par aon mariage arec Marguerite) pour le comté d'Anjou cl le duché de Bretagne, et que le roi Louis-le-Jeune lui donna rinvestiture de la grande sénéehalie, comme un droit attaché à son fief : * et ei concessit, dit Robert du Mont, ut esid

« senescalcus Franciœ, quod pertinet ad feudum Àndegavense » Un mois après, ce jeune

prince en fit les fonctions en servant le roi à table : « In purifitatione heatœ Mariœ fuit Uenricus filius Régis Ânglorum Parisiis, et servivit Regem Francorum ad mensam^ ut

Senescallus Franciœ Hanc Senescaliam, vel ut antiquities dicebatur, nuijoratum

« domus regiœ Robertus, Rex Franiœ, dedtt Gaufrido Grisogonella Comiti Àndegavorwn. >

On le Yoit encore, Robert du Mont commettait la même erreur et adoptait cette chronique sans la contrôler et ne rapportant pas k Lothairc ce qu'il attribue à Robert qui arrivait au trône, comme nous l'avons déjà dit, seulement au moment de la mort de Gcollroy- Grisegonello.

Pendant la guerre qui avait éclaté entre les deui rois, Louis-Ie- Jeune avait revêtu son gendre Thibaut, comte de Bloiset de Chartres, de la grande sénéchalie; il fallut alors que celui-ci, tout en continuant de l'exercer, en fit hommage au fils de Henri II, son beau- frère.

Après le meurtre d'Artus. duc de Bretagne, et la confiscation de tous les Etats que son oncle et son meurtrier, Jran-sans-Tcrrc, possédait en France, les princes d'Angleterre perdirent, avec leur comté d'Anjou, tous leurs droits à la grande sénéchalie.

Tout ce qui précède nous donne la mesure de l'importance du rôle que joua dans le XIIi^ siècle notre sénéchal de La Flèche et de Baugé, Hugues de Clecrs. D'après lui, tels étaient les droits attachés à la dignité de grand sénéchal ; ces droits sont ceux qui ont été depuis attachés aux dignités de connétable et de grand mattre d'hôtel : « Voici , dit Hugues de «< Cleers, l'hommage et les services que celui qui sera sénéchal de France fera au comte : « lorsque le comte se rend à la Cour du seigneur roi , le sénéchal commande anx mare- « chaux du seigneur roi de lui préparer un logis : à l'arrivée du comte, le sénéchal ira au- « devant de lui et le conduira à son logis ; alors le sénéchal ira dire au roi que le comte « d'Anjou est arrivé. Si le comte veut aller voir lo roi, le sénéchal le conduira k la Cour, « et de la Cour le ramènera au logis. Si le comte veut assister aux couronnements du roi, « le sénéchal fera préparer les logis qui sont alTeclés et dus au comte. (Coronamentum ; « c'étaient des cours plcnières qu'on appelait aussi curia coronata, où nos rois, aux grau- « dus solennités de l'année, paraissaient avec toute la majesté du trône). Lorsque le rot sera « à table le jour de son couronnement , le sénéchal fera préparer un banc des plus L)eattx, « couvert d'étoffes ou tapis, et le comte y sera assis jusqu'à ce qu'on apporte les services « de la table. Quand le premier plat paraîtra, le comte se débouclant (se defibulans, ôtant « son manteau) se lèvera de son banc, recevra lo plat de la main du sénéchal, le placera « devant le roi et la reine , et ordonnera au sénéchal de servir les autres tables. Le comte * sera assis un peu en arrière en attendant les autres services, et fera pour les suivants « comme il a fait pour les premiers. Le service des tables étant achevé, le comte montera « à cheval et retournera au logis accompagné du sénéchal. Le cheval que le comte aura « amené en venant à la Cour sera un cheval de bataille, Dextrarius; il sera donné au « queux du roi comme une redevance féodale, et le manteau dont le comte était revC'tu à «( la Cour sera donné au dépensier, mais seulement après le dîner. Alors le panetier enverra « au comte deux pains et un septier do vin — vint tectarium — et le queux un morceau e de viande et une pièce do rôti. Tel est, ajoute Hugues de Cleers, la livrée — liberatio « — c'est-à-dire la ration du grand sénéchal ce jour là. Le sénéchal du comte recevra ces « livrées et les donnera aux lépreux. »

Quant aux prérogatives qui furent attribuées plus tard au connétable, Hugues de Cleers les décrit ainsi qu'il suit : « Quand le comte ira à l'armée du roi, le sénéchal lui fera pré- « parer une tente assez grande pour ronlenir 100 hommes, cl fournira le cheval de somme

Les ïnléréts du prélendant furent oubliés comme toujours; cependant l'inlêrt^t personnel de chacun devait bientôt les faire revenir à lui.

Depuis six mois, lu jeune Matbildè, grande et belle, quoiqu'elle n'eut encore que douze ans , était unie à Guillaume-Adelin. Le roi Henri , ayant

< ponr la porter avec les cordages et les pieux , un homme à cheval et deux à pied pour € conduire le sommier. L'expédition étant finie , le comte rendra la tente au sénéchal ; mais « quand même U ne la rendrait pas, lo sénéchal n'en sera pas moins tenu à lui en fournir K une nouvelle dans une autre expédition. Quand le comte sera à l'arntée, il commandera

< Tavant-garde — protutelam — en allant, et T arrière-garde — retutelam — au retour; « el quelque bon ou mauvais succès qu'il lui arrive, il n'en sera pas responsable

< et le roi ne ren blâmera point. Moi, continue Hugues de Clcers, j'ai vu qu'on rendait ces ( services au comte Foulques, roi de Jérusalem» dans deux expéditions en Auvergne (1132

< et 1126)^ et dans un couronnement à Bourges; et je Us ai vus rendus au comte Geoffroy- « le-Bel . qui est enterré au Mans, à un couronnement à Bourges et à un autre à Orléans. »

Geoffroy- le- Bel passait pour avoir beaucoup de savoir et ne le cédait à aucun laïc ou clerc pour l'éloquence — optimè litteraius, inter clericos et laïcos facundissimus. — C'était un des meilleurs élèves de Técole d'Angers, où professaient les savants les plus distingués sous rëpîcopat d'Uiger, école que cherche à faire revivre à cette heure notre éminent évoque Mgr Freppel. Hugues de Cleers y avait précédé le comte , et tout vient nous allirmer que le^ comtes donnant alors un grand exemple aux hommes d'épée, faisaient le plus illustre ornement de cette vieille Université.

La science et surtout celle des lois étaient héréditaires dans leur maison. Ils étaient donc savants et légistes : Cette dernière qualité leur était d'autant plus indispensable, quc^ nonseulement ils étaient journellement appelés à rendre souverainement la justice dans leurs Etats, mais aussi en France, comme appel à leur Cour, en leur qualité héréditaire de grands sénéchaux du roi. Cette prérogative peut paraître très-étrange au premier abord, et rependant elle s*explique : « Pareillement, dit Hugues de Clcers dans le m^me écrit, quand « le comte sera en France, ce que sa Cour aura jugé sera forme et stable — et quod inde « sua curia judicabit firmum erit et stabile. — Mais s'il naît quelque contestation sur un c jugement rendu en France, le roi mandera le comte pour le réformer ; que si le comte « ne juge pas à propos d'envoyer quelqu'un pour ce sujet, le roi lui fera tenir les écritures f des deux parties et le jugement que rendra sa cour sera ferme et stable. — Moi, Hugues « de Cleers, j'ai vu plusieurs fois des jugements rendus en France . qui ont été réformés en c Anjou. Tel fut celui qui concernait la guerre (ou le combat) qui eut lieu près de Saint- € Omer, sans parler de plusieurs autres plaids ou jugements. — » Le roi de France était le seigneur suzerain du comte d'Anjou ; il parait donc bizarre, au premier aperçu, que telui-ci eut à juger en dernier ressort des litiges sans que le souverain pût contrôler ses décisions. Mais ce n'était, au fait, qu'en sa qualité de grand sénéchal et en vertu d'une délégation royale que ce grand ofUcier de la couronne rendait ou réformait des jugements ; r'était près de lui qu*on en appelait des arrêts rendus parle sénéchal de France, fcudataire pour ces mêmes fonctions du comte d'Anjou.

Hais quand les comtes d'Anjou devinrent rois d'Angleterre, ils ne figurèrent plus comme sénéchaux, encore moins comme chefs de l'armée; car pendant bien des années, les deux nations ne cessèrent pas d'être en guerre. Les droits honorifiques de ces princes tombèrent en désuétude, et quand Thibaut, comte de Chartres et de Blois, mourut au siège d'Acre en 1191 , il ne fut pas remplacé dans sa dignité de sénéchal que lui avait conféré son beaupère, le roi Louis-le-Jeune. Cette dignité ne fut cependant pas supprimée; elle existait, mais sans titulaire, puisque jusqu'en 1262, sous le règne de Saint-Louis, on retrouve toujours la formule — Dapifero nullo. — On ne voulait plus qu'elle relevât des rois d'Angleterre, mais on en conserva les émoluments dont une partie, par une ordonnance de Philippe-le-Bel , servit à doter, par les soins de son aumônier, des jeunes filles nobles et pauvres. Le commandement des armées, qui rentrait dans les importantes attributions du sénéchal, fut alors donné au connétable, et le service de Cour passa entièrement au prandmaltre ; c'est ainsi que ces deux charges devinrent les premières do l'Etat.

pendanl l'été de 4119 fait une expédition contre tous les révoltés, ordonna d'armer sa Hotte pour qu'il put retourner en Angleterre, où il comptait récompenser lar^oment tous ceux qui l'avaient bien servi. Le roi s'embarqua avec toute sa suite à Barfleur le 25 novembre.

Guillaume et Richard, ses fils, montèrent un autre navire appelé la Blanche-Nef; ils y étaient accompagnés par près de trois cents personnes

Cependant il fallait des chefs immédiats aux départements de la guerre et de la justice. Philippe-Auguste institua dans ses domaines des baillis, dont les fonctions consistaient non-seulement à rendre la justice, mais aussi à conduire à rarmée le ban et rarrière-ban . tandis que dans les terres des grands fiefs de la couronne» c'étaient des sén^haux particuliers qui exerçaient ces fonctions. Plus tard^ les grandes attributions judiciaires passèrent an Parlement.

Ce droit héréditaire des comtes d'Anjou , que nous avons longuement discuté, nous amène à parler de la question du drapeau de la France et de rerreur qui a été longtemps accréditée, que le drapeau ou enseigne de saint Martin a, été celui de la France. Le labarum des chrétiens est le chaînon qui a rattaché les étendards des peuples k ceux du paganisme. Les rois mérovingiens avaient-ils un étendard suprême, ayant ensemble un caractère religieux et national? Plusieurs l'ont pensé et, suivant eux, cet étendard était la chape de saint Martin, c'est-à-dire son manteau bleu porté au bout d'une pique par respect pour sa mémoire. (Aug. Galland.) Un autre auteur, Beneton, distingue roratoire ou la chflsse de saint Martin , contenant ses vêtements et appelé Cappa Sancti-Martini , suivant le roi à l'armée, de la bannière du même nom ressemblant aux labarum et aux bannières de nos processions. M. Rey adopta à peu près cette opinion, cependant il pense que la chape de saint Martin a été remplacée è l'armée par l'enseigne. Le Père Daniel (Milices franeaûa) rejette l'opinion de Galland et reste persuadé que la chape de Saint-Martin n'a jamais été un étendard dans les armées françaises. Ducange {glostairé) donne une solution plus précise. Il p^nse qu'en effet, la chape de saint Martin figura comme relique principale dans un oratoire portatif qui accompagnait les rois de la première et de la seconde race, mais jamais comme étendard ou bannière de saint Martin {vcxiilum Sancti- Martini), Mais pîus tard, cet étendard fut porté soit par les comtes d'Anjou, seigneurs de Touraine, et en leur lieu et place par les comtes de Preuilly, dans leurs guerres privées, comme avoués et protecteurs nés de l'abbaye de Saint-Martin do Tours. On sait combien les comtes d'Àojoa, et principalement Foulques-le-Bon en 9U7, nvaicnl de vénéralion pour la mémoire de saint Martin. Dans leurs fonctions de grands sénochaux, qui leur donnaient le commandement des troupes françaises, il se servaient certainement de la bannière bleue de samt Martin, et, en voyant cette bannière dominer leur brillant cortège, soit à Tavant-garde , soitè Tarrière-garde de l'armée, il est tout naturel que Ton en vint à croire que c'était bien l'étendard Français.

Nous avons cru devoir transcrire dans leur entier ces documents qui : < malheureuse- « ment, dit M. Sébastien Port, archiviste de Maine-et-Loire, sont très-suspects. » Il ne pense pas qu'Hugues de Clcers, prenant encore en 1170 le titre de sénéchal et vivant par conséquent à ccttodate, ait pu, en 1118, élre chargé d'une mission auprès du roi de France. Cependant c'est possible; et dans ce cas il faut admettre qu'il est mort très-âgé. £n lui donnant 30 ans au moment où son priiii'e réclama son droit de sénéchal, il aurait eu, en 1170, i^2 ans, et CS quant il écrivit ces mêmes documents. £in tout état de cause, si tout n'est pas à prendre, cependant l'historien trouve toujours duns ces vieux titres quelque chose à récolter. Ajoutons que dans le même écrit, Hugues de Cleors parle de Geoffroyle-Del et de sa mort qui eut lieu en 1154.

Le Robert de Neufbourg dont il est question dans cette note était, suivant toutes les chroniques, Tun d^^s compagnons du duo de Normandie, roi d'Angleterre. On trouve son nom aucours de la généalogie d'un de nos anciens et vénères habitïints, feu H. P. de Neufbourg, décéilé à La Flèciie en 1872, ex-professaur do rhétorique et chevalier de la Légion d'honneur.

FOULQUES V, TROISIÈME SEKÎNEUR. 143

an nombre desquelles se trouvaient beaucoup de nobles barons et dix-huit femmes du plus haut parage , étant toutes filles , ou sœurs , ou nièces , ou femmes de monarques ou de comtes. A peu de distance, la Blanche-Nef , par la faute du pilote et des matelots , qui , ainsi que la plupart des illustres passagers, s'étaient livrés à la débauche, toucha un récif que le reflux metlait à nu chaque jour et qui devait être bien connu de tous les marins de la côte. Deux planches ayant été enfoncées , le navire sombra immédiatement et périt corps et biens. Un seul matelot parvint à gagner le rivage et put raconter toutes les tristes péripéties de cet événement, qui plongea le roi dans le plus sombre désespoir. Chacun regrettait le jeune Guillaume- Adelin , héritier du trône d'Angleterre , à peine âgé de 17 ans. Sa charmante épouse échangea bien promptement le diadème royal pour le bandeau de veuve. Le roi d'Angleterre la retint à sa Cour et la combla d'honneurs et de délicates attentions.

Mais elle demanda bientôt à retourner auprès de sa mère Eremburge, qui n'avait plus longtemps à vivre : cette circonstance ainsi que le nouveau différent qui s'éleva entre le roi et son père ne doivent pas être étrangers à sa détermination. Sous l'inspiration de Goisfred , évoque de Chartres , elle ne tarda pas à prendre le voile.

En 1423, Hildebert, évéque du Mans, se rendit au concile de Latran présidé par le pape Calixte IL Pendant son absence et cette même année , le Maine fut au moment de voir se renouveler toutes les horreurs de la guerre. Foulques d'Anjou avait donné à sa fille Mathilde le comté du Maine en dot. Après la mort de Guillaume-Adelin , cette princesse prit le voile à FontevrauU. Son père devait donc rentrer en possession de la dot de sa fille ; mais le roi d'Angleterre s'obstina à retenir cette province , objet de la convoitise de tous. Foulques avait fiancé sa fille Sibylle à Guillaume Cliton quelques années auparavant ; il résolut alors de conclure définitivement ce mariage en affectant pour dot de sa fille le comté du Maine. A l'instigation d'Henri, le légat du pape cassa cette alliance pour cause de parenté, sentence qui fut confirmée par Calixte II , le 26 août 1124. La résistance de ces deux princes provoqua des mesures rigoureuses de la part de l'Église. Le pape déclara Foulques excommunié et confirma l'interdit que son légat avait jeté sur ses Etats. On sait quelle perturbation amenait une pareille mesure dans tout un pays. Hildebert , étant alors revenu du concile de Latran , prit une part très active dans cette affaire , qui touchait de si près les intérêts de son diocèse. Elle se traita dans un concile rassemblé à Chartres au mois de mars 1124, Les débats furent très-vifs, et malgré Hildebert, qui parla d'une manière très- brillante sur le mariage considéré comme sacrement, l'interdit porté par le légat fut confirmé. Hildebert vojait clairement qu'un intérêt purement humain dominait ces discussions, puis4ine,avec une insistance égale, Henri, roi d'Angleterre et Louis, roi

4U LA FLÈCHE ET SES SElftNEURS.

de France, plaidaient Tun pour la rupture et l'autre pour le maintien de cette union.

Enfin Guillaume-Cliton consentit à la rupture de son mariage. Depuis il erra malheureux , redoutant la colère de son oncle. Devenu dans la suite comte de Flandre, il mourut bien jeune encore, en 1428, sous l'habit monastique à Tabbaye de Saint-Martin. Dans son malheur, il eut la consolalion de ne jamais avoir été abandonné par son premier tuteur Hélie de Saint-Saens et par Tyrrel de Mainières.

Par suite de tous ces événements, Sibylle d'Anjou épousa Théodoric de Flandre.

Le 26 mai 4420, peu de temps après le mariage de sa fille avec Adelin, le comte Foulques partit pour la Terre sainte. Il y entretint cent hommes d'armes qu'il menait lui-même au combat et, en rentrant en France au bout d'une année , il avait laissé en Orient de tels souvenirs qu'ils décidèrent peu d'années après de son existence future.

Avant son départ dans les premiers mois de l'année 4420, le dimanche de l'octave de Pâques , le comte Foulques et Eremburge s'étaient trouvés à la consécration de l'église cathédrale du Mans , dont les travaux avaient toujours marché par les soins d'Hildebert malgré les malheurs du temps. Cette église fut dédiée^ sous le patronage de la Sainte- Vierge, aux saints martyrs Gervais et Protais et à Saint-Julien confesseur (4). Deux archevêques, trois évoques et un grand nombre d'abbés y assistaient. Gilbert, archevéquede Tours, consacrale maître-autel, Geo[Troy,archevéquede Rouen, quiavaitété doyen duchapitreduMans, celui deSaint-Julien;MarbodeouMarbeuf , évéque de Rennes, celui de Saint-Pierre et Saint-Paul ; Renaut de Martigné, évéque d'Angers, celui du crucifix, et Hildebert la chapelle de N.-D.-du-Chevet. Le comte Foulques, prenant dans ses bras son fils aîné Geoffroy, âgé de dix ans, le plaça un instant sur l'autel, en donnant des marques de la plus haute piété : « 0 Saint-Julien , s'écria-t-il , je te confie « mon fils et mes Etals; soit le protecteur de l'un et de l'autre! » Jamais les comtes du Maine et leurs chevaliers ne chargeaient l'ennemi sans invoquer ce saint évéque. En mémoire de cette mémorable fête , Foulques et Eremburge accordèrent une foire de trois jours , le samedi , le dimanche et le lundi pour chaque anniversaire de la dédicace. Ils abandonnèrent au chapitre tous les droits que les comtes percevaient pendant ces trois jours, tant dans la ville que dans les faubourgs, ainsi que toutes les coutumes et amendes, ne se réservant que le cas où il y aurait effusion de sang.

La comtesse Eremburge prenait toujours l'initiative des fondations reli-

(1} L*ëglise cathédrale du Mans a d*abord élu consacrée ù la Sainlo-Viorge , cnsaile, dans le VJ*"* siècle, aux saints martyrs Gervais et Protais et. vers 838, à son premier évéque, saint Julien , dont le corps fut transféré du cimetière des chrétiens, où il avait été inhumé, dans l'église cathédrale que saint Aldric venait de construire. — (Le Paige.)

jfieiises. Au retour du comte, elle Tavait engagé à fonder le 4 septembre 1124, l'abbaye cistercienne du Loroux au diocèse d'Angers. Elle comptait parmi les plus généreuses bienfaitrices de la fameuse abbaye de Fontevrault où sa belle-mére Bertrade avait terminé son orageuse carrière et qui devait s*y trouver remplacée dans des conditions bien différentes parMathilde, sa petite-filIe.

Par Foulques et sa femme avait été fondé le prieuré de N.-D.-de-la- Fontaine-Saint-Martin. Ils lui donnèrent, outre le lieu môme où était situé le monastère, les droits d'usage, chauffage et pernage dans la forêt de Longaunay, soixante livres de revenu, et autres dons considérables. « Il est € vraisemblable , dit Dom Piolin , que les premiers fondateurs de ce prieuré

< constituèrent sa féodalité , qui comprenait la seigneurie et patronage de € la paroisse de la Fontaine-Saint-Martin. La prieure, souvent qualiflée du € titre d'abbesse, y exerçait haute, moyenne et basse justice. »

Geoffroy, fils des fondateurs, Henri II, roi d'Angleterre, Jean, duc de Normandie, Charles, comte du Maine, et Philippe de Valois sont les principaux bienfaiteurs de cette maison , dont il ne reste plus à cette heure que les murs du parc et le principal pavillon.

La série des prieures manque : parmi les noms connus, nous retrouvons celui de Rabodanges de Normandie et celui de Broc du Maine.

L'acte de fondation fut fait au Mans, dans le palais du comte, en date du 44 novembre 4447 : il se termine ainsi : « Hujtbs donationis testes sunt : « Fulco Dapifer, Gaufridus ftlius Garneri, Hugo filiiis Beraldi, Gaufridus € d*. Rameforti, Salomon ds Brione, Gaufridus Eleemosinarius ; Radul-

< phus moncLcus , Gervasius de Trom , Hugo de Cleers , Odo de Villers, € Rodtilphus Torellus, Josselinus Summuris ; Turrens de Rotundo Colducio. € f Sig. Fulconis comitis. f Sig. Gaufridi comitis.

Cette donation fut approuvée plus lard et signée par Geoffroy, comte d'Anjou et du Maine, qui, au moment de la fondation, n'avait pas plus de 7 ou 8 ans. Etant au château de La Flèche, il investit les religieuses de leur prieuré après le départ définitif de son père pour l'Orient, par l'entremise d'un moine nommé Raoul , auquel il donna son anneau pour les mettre en possession. — (Courvaisier.)

Le Maurier est une petite terre, alors fieffée à ce môme monastère, et moins considérable qu'à cette heure, qui était habitée au XVI"»® siècle par Louis Aubery, fils de Benjamin Aubery, ambassadeur en Hollande. Elle est occupée à cette heure par M™* Latouche , veuve de M. Latouche , mort maire de la ville de La Flèche.

En 4424, le comte d'Anjou vint à Troo avec sa femme Eremburge; il répara les murs de la ville haute et fit construire au sommet de la montagne une citadelle, qui dominait le cours du Loir et la belle vallée que ses eaux fertilisent. Mais dans leurs travaux , comme à leurs tables , les seigneurs

du XII*»» siècle faisaient toujours la part de Dieu. Les deux époux firent donc élever sur la pente de la même montagne, une église consacrée à Notre-Dame et la donnèrent à Guillaume, abbé de Marmoutier, qui y fonda un prieuré sous le nom de Notre-Dame-de-Marchais. II reste encore aujourd'hui des ruines remarquables de cette église.

Ils donnèrent à Tabbaye de Beaulieu (d'abord N.-D.-de-Luceau et aussi N.-D.-du-Parc) Téglise de Saint-Fraimbault-sur-Pisse et toutes ses dépendances.

Cette abbaye de Beaulieu avait été fondée par Bernard de Sillé, puis si richement dotée par Philippe, archidiacre et chanoine du Mans, qu'on le regarde comme le principal fondateur. La consécration de l'église et dn monastère se fil le 29 octobre H23.

En 4426, Foulques-le-Jeune lit une fondation pour treize pauvres écoliers des diocèses du Mans et d'Angers. Il chargea les religieuses du Ronceray de prendre soin de leur nourriture et de leur entretien , et il imposa au prieuré de la Haye une redevance en farine et de onze livres sept sous tournois (6,392 francs). Cbaque clerc recevait sa part : le treizième, appelé paavn de la comtesse Eremburge , n'avait pas part à ce don, et recevait chaque dimanche sa nourriture de l'abbaye du Ronceray. De plus, le jour de la Nativité de la Vierge, il recevait trente sols tournois et une portion des pitances distribuées ce jour là dans le monastère. (Dom Piolin).

L'illustre Ilildebert avait été appelé , en 4426, sur le siège archiépiscopal de Tours, où il mourut le 48 décembre 4434 II fut inhumé au côté majeur, dans l'église métropolitaine de Tours. Quoique plusieurs miracles aient éclaté sur son tombeau, l'église du Mans et celle de Tours n'ont jamais fait aucune démarche pour lui obtenir un culte solennel.

Sous l'épiscopal d'IIocl et sous le sien, l'école de la cathédrale du Mans brilla du plus vif éclat. Comme toutes celles de cette époque, elle embrassait l'enseignement A tous les dégrés ; elle comprenait les langues dans leurs éléments pour monter ensuite jusqu'aux plus hautes conceptions de la philosophie et de la théologie. « On y étudiait même les sciences et les arts; « les mathématiques, la poésie, l'éloquence, la musique et l'architecture, « avec les différentes parties qui en dépendent , y occupaient une place « distinguée. »

Le XI"« siècle vit fleurir la langue romane.

Les habitants du Maine acquirent la réputation de parler parfaitement ce langage et les étrangers convenaient que l'éloquence semblait être un i% leurs privilèges. De là les succès des Manceaux en France, en Angleterre et les autres Etats. (G. de Malmesbury. — Dom Piolin).

« Il n'y eut point, dit Dom Piolin , de question plus vitale pour rBglisii « pendant tout le moyen-âge que celle des investitures. Le sacerdoce sem- « blait vainqueur, et son triomphe était consacré par l'élection de Lothairii

€ de Saxe; (1) d'un aulre côté la monarchie s'acheminait vers ses glo- « rieuses destinées sous la main habile et ferme de Louis-le-Gros , lorsque f Foulques-le- Jeune , comte d'Anjou et du Maine, en prétendant dispof ser de Tévôché du Mans, jeta le trouble et la confusion dans le diocèse. »

Les prétentions du comte Foulques avaient été surtout encouragées et soutenues par les clercs de l'église du Mans, qui ambitionnaient la dignité épiscopale. L'archevêque métropolitain de Tours Hildebert ne consentit pas à admettre , quoiqu'elles s'appuyassent sur d'anciens traités entachés de violence, conclus entre les comtes d'Anjou et les évéques Sigefroy et Gervais : ce prélat soutenait que Foulques ne devait pas plus que ses ancêtres jouir du droit d'investiture. Sous le prétexte de droit de régale, (2) le comte saisit toutes les terres de l'évéché, et pendant un an entier fit gémir l'église du Mans sousiîette oppression. Sur ces entrefaites, Eremburge tomba dangereusement malade ; vivement inquiet de l'état de la comtesse qu'il aimait tendrement et touché de ses supplications, Foulques envoya au Mans Robert, fils de Raoul , pour donner satifaction en son nom et déposer eu signe de réparation la somme de six livres quatre sous sur l'autel de Saint-Julien. (3)

La comtesse succomba peu de temps après, laissant quatre enfiints à son époux, Mathilde et Sybille dont nous avons déjà parlé, Geoffroy et Hélie. Tous épousèrent des enfants de rois. Eremburge , par ses derniers vueux testamentaires, prescrivait des libéralités religieuses dont Foulques s'acquitta pieusement.

On voit sa croix autographe sur une charte du prieuré de Thorigné. Elle mourut en 1126 ; le nécrologe de Bourgueil précise la date du 15 février et commet une erreur flagrante en fixant l'époque à 1136, puisqu'on 1129 Foulques était remarié à la fille du roi de Jérusalem. Jean , moine de Saint- Nicolas d'Angers, fut le médecin de Foulques V. Il soigna la comtesse Eremburge dans sa dernière maladie. Il figure dès 1060-1062 dans une charte de Chantoceaux avec ce double titre et en 1100-1115 dans une autre de Chemillé. On le trouve encore abbé en 1 136.

La mort prématurée d'Eremburge, la noble et belle fille de La Flèche, qui, née au Mans en 1090, n'avait que 36 ans en 1126, allait changer les destinées de Foulques, ainsi que nous avons maintenant à le dire. Nous regrettons de n'avoir aucun détail précis sur cet événement, qui dut im-

(1) Lotbaire II, de Sapplimbourg , empereur d'Allemagne (1125-1137), était duc de Saxe elfatéla au préjudice de Frédéric, duc de Souabe et de Conrad, duc de Franconie. Il eut longtemps à combattre ses compétitcars et n'en triompha qu'avec l'appui du pape et du duc de Bavière, Henri-le-Supcrbe.

v2) Les droita de régale constituent ceux do percevoir le revenu des évéchés et des archcvéeliés pendant la vacance du siège, jusqu'à ce que le nommé ait prêté le serment de fidé^ Uté et que ce serment ait été enregistré.

v3) Dom Mabillon. — M** de la Bibliothèque du Hians, ^ Dom Piolin.

pressionner vivement les provinces dont elle était la souveraine. Aucun historien n'a indiqué le lieu où elle mourut ni Tabbaye qui reçut ses dépouilles mortelles.

On peut croire qu'elle mourut à Angers où au Mans , mais nous sommes fondé à penser que les eaux du Loir furent le premier objet extérieur qui fixa ses regards.

Guy d'Etampes , né à Ploermel et sorti d'une des plus illustres familles de Bretagne , connu par sa science et ses vertus , était devenu chanoine , archiprôtre , écolâtre et préchantre de l'église du Mans , après avoir rempli des emplois élevés dans celles de Salisbury, de Lincoln et de Rouen. Malgré beaucoup d'intrigues de la part de ses opposants, les suffrages ie portèrent sur le siège du Mans. Il fut sacré vers la Un de l'année 1126 par Hildebert , qu'il remplaçait sur le siège que cet archevêque venait de quitter pour s'asseoir sur celui de Tours.

Henri , roi d'Angleterre , ayant perdu sa femme Mathilde et ses deux fils légitimes , n'avait plus d'autre enfant que Mathilde , mariée à l'empereur Henri V. Il se détermina alors à épouser Adélaïde, fille de Godefroi, duc de Lorraine, qui ne lui donna pas de postérité.

Ainsi, après le naufrage de la Blanche-Nef, le fils du duc Robert, alors puissamment soutenu par son beau-père le comte d'Anjou , par le roi de France et beaucoup d'autres seigneurs, se trouvait dans la situation la plus favorable pour recouvrer ses Etats et môme succéder à Henri P'. Mais ce puissant monarque trouva le moyen de s'attacher la maison d'Anjou d'une manière indissoluble.

L'empereur son gendre étant mort sans enftints , le roi donna sa fille à Geoffroy-Plan tagenet, fils aîné de Foulques, et pour assurer sa succession à Mathilde , il la fit reconnaître héritière de tous ses Etats, obligeant tous ses barons à lui prêter serment de fidélité.

Geoffroy-le-Bel, dit Plantagenet, était d'une taille gracieuse et svelte, de figure régulière , les yeux pleins de flamme , comme son père un peu rouge de cheveux ; le moral égalait le physique , et si nous en croyons son historien Jean de Marraoutier (Johannes monachm majoHs mondsterii), Geoffroy était — mitis, gratus, civilis animi; in cives démens, offensarum et injurariarum iinmemor. Sa bonté et sa magnanimité étaient telles qu'il leur dut ses victoires plutôt qu'à la force de ses armes. Benoit de Sainte-More dit de ce prince :

Graat chevalier e for et bel E proz e sage e conqueranz.

Prince n'estcit nus plus vaillanz, De sa valor ne de s*igaoce, De ça les munz n'en tôte France,

FOULOL'ES V, TROISIÈUE SEIGNEUR. M9

Geoffroy reçut le surnom de Phmtagenet par suite de riuibilude qu'il arait prise de placer sur son casque une branche de genêt, arbuste trèscomman dans les campagnes angevines. Il le transmit aux princes de sa dynastie.

Quoiqu'il n'eut encore que quinze ans, sa réputation attira l'attention du roi d'Angleterre. De plus, la raison politique militait en faveur d'un pareil choix qu'appuyait, en outre, Tillustration des ancêtres du jeune comte. Henri I" envoya donc des ambassadeurs auprès de Foulques pour lui faire connaître son désir et Foulques s'empressa d'y acquiescer — régis petitionem effeetui se mancipaturum gratanter promisit.

Geoffroy-le-Bel se rendit à Rouen, suivi par une escorte brillante et nombreuse dont faisaient partie Robert de Semblancay, Hardouin de Saint- Médard , Robert de Blois, Pagane de Clairvaux. Le roi envoya à sa rencontre ses plus nobles chevaliers pour rendre plus solennelle encore son entrée dans la capitale de la Normandie. On remarqua que ce puissant prince, qui ne se levait jamais de son siège pour personne — qui antea nulliassurgère eonsueveraê — alla à la rencontre de son futur gendre , et qu'après l'avoir serré dans ses bras, il le fit asseoir auprès de lui — propria enim ^nanu deditcens, sibi cùnsedere facit. — Puis lui adressant la parole, il voulut juger de son mérite en lui proposant différentes questions — multa eipraponfns, ut ex mtitua œnfabulatione, respondentis prudentiam experiretur. — Le jeune prince pouvait répondre avec succès devant cette assemblée si imposante , qui , en lui , voyait en expectative son futur souverain ; car n'était-ce pas de lui dont on a écrit qu'il était non-seulement

— optime litteratus — savant dans les lettres , mais aussi qu'il passait pour on des hommes les plus éloquents de son siècle dans l'Ëtat comme dans TEgUse — Inter clericos et laicos facundissimus, — Le roi fut saisi d'admiration en reconnaissant tant de sagesse et d'érudition dans son futur gendre auquel il fut fait, ainsi qu'aux seigneurs de sa suite, la plus magnifique réception. Les fêtes durèrent sept jours.

Mais l'impératice , qui conserva ce titre même après son mariage — imperatoris siquidem uxor exstiterat , — avait trente ans; sa persistance à ne pas prendre une qualité moindre indiquait de sa part peu d'empressement à s'unir à un simple comte. Personne ne nous dit que l'inconvénient de l'âge fut pallié par une grande beauté et ces charmes que les poètes célèbrent toujours pour les souverains, môme lorsque chez toute autre femme ils seraient à peine remarqués. Benoit de Sainte-More dit simplement

— l'empereriz laproz, la sage. — De plus elle était veuve, et ce charmant prince — excedens itaque pueritûB metas — était déjà trop fait, trop mûr par ses talents et sa science pour s'être laissé conduire en aveugle dans une pareille circonstance. La politique d'un côté, l'ambition de l'autre décidèrent donc cette union.

Le roi Henri fit connaître à Foulques qu*il se rendrait au Mans avec rimpératrice et Geoffroy-le-Bel et qu'il l'engageait à s'y trouver à l'époque de la Pentecôte pour que le mariage fût célébré dans cette ville. Le comte d'Anjou se trouva au rendez-vous, et, le 22 mai 4128, jour de la Pentecôte, Turgisus, évéque d'Avranches, bénit l'union des deux époux en présence d'un grand nombre de prélats. Les fêtes nuptiales durèrent pendant trois semaines et les princes répandirent les plus grandes largesses dont leurs hommes d'armes paraissent avoir obtenu la plus grande part — peraetis nuptiis, n^mo militum a regio munere vacmis abeessit.

Après le départ du roi, le comte Foulques conduisit les deux époux à Angers où les fêtes recommencèrent plus brillantes que jamais. L'avenir allait bientôt dire s'il y avait lieu de se réjouir.

Dans cette môme année (4128), Guillaume de Bures 0^'illelmus de Buris) , chanoine du Mans et l'un des élèves les plus distingués de l'école de la cathédrale, entreprit par pénitence le voyage de Jérusalem. Il y fut reçu avec de grands honneurs et s'y fît remarquer par sa science et son éloquence. En revenant de l'Orient, il rapporta des présents magnifiques pour la cathédrale et en même temps des lettres d'Etienne , patriarche de Jérusalem, et du roi Baudouin, par lesquelles celui-ci offrait au comte Foulques-le>Jeune , sa couronne et la main de sa fille Mélisende. (4)

Baudouin du Bourg avait succédé à ses deux cousins Godefroy de Bouillon et Baudouin Ps l'un des compagnons de guerre du premier. U avait un esprit droit, une âme élevée, une douceur inaltérable. Il passa dix-huit ans sur le trône d'Edesse, douze sur celui de Jérusalem et en deux fois resta sept ans dans les fers des infidèles. Il fut très-regretté de ses sujets , quoiqu'il ait eu très-peu de part aux victoires qui illustrèrent son règne.

Il se contentait de diriger du haut de son trône ces hommes de fer arrivant chaque jour d'Europe pour s'associer aux travaux des chevaliers chrétiens, bravant la chaleur et la soif et qui, malgré la pesanteur de leurs armures, se transportaient d'un lieu à un autre avec une rapidité sans égale. Mais indisciplinés , ils abandonnaient ou rejoignaient à leur gré les drapeaux qui les conduisaient à l'ennemi, ne demandant à leurs chefs que l'exemple de la bravoure.

Quel était donc le mode d'éducation qui les trempait ainsi? Que devien-

(1) Micbaad, daos ï Histoire des croisades, dit que Baudouin proposa la main de sa fille et la succession au trône de Jérusalem h Foulques-lc-Jeunë pendant qu'il était en Orient.

Cette proposition fut faite après lo premier voyage qa*il y fit. Les chroniques d'Anjov disent que Baudouin lui envoya des ambassadeurs. — Cum Fulco Àndegavensern, Turonh cum Cenomanuicumque Consulatum in prosperitate regeret, rex Jérusalem Bauduiniu seeundus nuniios in Franciam misit , qui, prudentium eonsilio , virum idoneum qui filiam cum Jcrosolimitano regno duceret uxorem, simm adducerentn

(iraient nos jeunes hommes en pareille circonstance, eux qui ne peuvent plus marcher qu'abrités de la pluie et du soleil ?

La mort d'Eremburge, cette épouse si accomplie , avait causé à Foulquesle-Jeune un profond chagrin. La vue des lieux qu'ils avaient habités ensemble lui était devenue insupportable.

On conçoit qu'il acceptât avec empressement les propositions de Baudouin , quoiqu'il sût par expérience qu'il faudrait défendre chaque jour l'épée à la main la couronne qui lui était offerte. Les lieux saints avaient d'ailleurs, dans ces temps de foi si vive, un attrait tout particulier. Il reçut la croix et les insignes du pèlerin, suivant l'usage, des mains de l'archevêque de Tours, Hildebert, qui en même temps bénit ses armes, le jour de la fêle de la Pentecôte 1129, et partit de là pour Jérusalem avec une suite nombreuse. (1) Il devint peu de jours après son arrivée le gendre de Baudouin et l'héritier du trône. Pendant deux années ces deux princes vécurent dans la plus complète union ; ils s'occupèrent à combattre les Sarrazins et à faire fleurir le royaume.

Baudouin , voyant approcher sa dernière heure , se fit transporter au lieu même où Jésus-Christ était ressuscité et y mourut le 1 5 août 1130, dans les bras de son gendre et de sa fille, dont la sœur cadette avait épousé Bohémond-le-Jeune , prince d'Antioche.

L'historien des croisades ne parait pas croire que Foulques rencontra deux fois le même bonheur conjugal. Cependant il eut de Mélisende deux fils, dont l'un , Baudouin III , âgé de 13 ans , lui succéda, (i)

En 1142 , Foulques , roi de Jérusalem, étant à la chasse dans la plaine de Ptolémaîs, tomba de cheval. Il se blessa mortellement et fut enterré dans l'église du Saint-Sépulcre au dessous du Calvaire. (Guillaume de Tyr.)

Guillaume de Tyr, en faisant l'éloge de ce prince, remarque, avec une simplicité digne de ces temps reculés, qu'il avait les cheveux roux et que cependant on ne pouvait lui reprocher aucun des défauts attribués aux hommes de cette couleur.

M. Michaud dit qu'il avait plus de soixante ans quand il monta sur le trône de Jérusalem.

C'est une erreur. Fils de Bertrade, mariée en 1089 à Foulques-le-Réchin , il n'a pu naître qu'au commencement de l'année 1090. Il n'avait donc que 39 ans en 1129 et 52 ans quand il mourut. « Dans les derniers temps de sa

(1} Les insignes du pèlerin consistaient en an bourdon et une écharpe bénits avec des prières spéciales.

(2) Il y afait dans la vallée de Josaphat une abbaye de bénédictins ; c'est là où se trouraît le tépulcre de la Saintt-Vierge. L'église avait été détruite , mais , dit-on , rebâtie par Mélisende, mère de Baudouin iil et régente. — Pretiosum sepulcrttm de eandido et polito «ormore, in quo sejpulta venerabilis Regim Melicendi^» — (Fabri. t. V, p. 275.)

« vie, dit Michaud, sa mémoire était si fort aiïaiblie qu'il ne reconnaissait € plus ses propres serviteurs ; il n'avait plus assez de forces et d'activité € pour être le chef d'un royaume environné d'ennemis. »

Il est à croire que les fatigues de la guerre et le changement de vie et de climat ont usé ce prince avant l'âge.

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