COLE MILITAIRE PRÉPARATOIRE
Qu'était devenu le Prytanée militaire au début des événements survenus dans le courant de cette môme année?
Aussitôt que Tarrivée du comte d'Artois fut connue, le général Duteil proclama au Prytanée le gouvernement des Bourbons et, par ordre du 17 avril, fit prendre la cocarde blanche; quelques jours après, les élèves reçurent l'autorisation de porter la croix du Lys, qui devint plutôt un signe d'adhésion et de ralliement qu'une véritable décoration.
Pour tous ces jeunes gens, la guerre était l'espérance d'une vie plus promptement active ; chaque jour, en effet , ils avaient vu naguères quelques-uns de leurs condisciples rejoindre des corps en campagne. Aussi les premiers moments furent un peu difïîciles, et il fallut toute la prudence et la sagesse du général Duteil, qu'ils aimaient, pour maintenir le calme dans la maison.
Par lettre ministérielle du 44 juillet, la division d'artillerie fut supprimée.
Nous avons dit que les cendres de Henri IV et de la Reine avaient été pieusement recueillies en 1793 par M. Ch. Boucher, chirurgien, mort en 181 1 , et léguées à sa famille, qui avait scrupuleusement veillé sur ce dépôt.
Dans le chapitre deuxième du livre troisième nous avons dit ce que fît à cet égard M. Rojou , son gendre , la réception de ces cendres par le général Duteil et la cérémonie qui eut lieu. Seulement, comme le procès-verbal de 1773 (1) confirme que le cœur de la Reine était placé du côté de l'Epitre et constate la présence de ce même cœur dans son enveloppe , nous nous étonnons de ce que les cendres n'aient pas été divisées et placées dans les leux niches.
On avait jugé nécessaire de faire voyager les princes de la famille royale lans les différentes provinces. Le duc d'Angoulème parcourut celles le rOuest où la fermentation des esprits était encore extrême.
Il arriva à La Flèche le 10 août 1814. Après avoir passé les élèves en evue, il se rendit à la chapelle et vint s'agenouiller devant les restes de on illustre aïeul.
Oiielques jours après , le 15 août, les élèves de la division d'artillerie artirent pour Vécole spéciale de Saint-Cyr; ceux qui avaient terminé leurs tudes, durent subir des examens pour entrer dans les régiments d'artillee avec le grade de lieutenant en second.
On fit observer au Roi que, d'après les termes de l'ordonnance du 23 {plembre, les places accordées aux écoles militaires ne pouvaient être itenues que par les fils d'officiers généraux ou supérieurs et des autres milles pauvres, puisqu'elles étaient toutes gratuites, et que comme c'était inique moyen régulier d'arriver de bonne heure et directement au grade
1) Voir le procès-rerbal , 2»« période^ p. 167.
d'ofBcier, les fils des familles riches, n'ayant aucun lien arec Tarmée, se trouvaient écartés ; on ajoutait qu'en fixant la pension de ceux-ci à un taux élevé, le Roi ne ferait que suivre l'exemple de ses prédécesseurs en allégeant, au profit du Trésor, le poids d'une dépense très-sérieuse.
Par son ordonnance du 48 novembre 4844 , le Roi faisant droit à ces justes représentations, autorisa l'entrée aux écoles militaires d'élèves pensionnaires jusqu'à la concurrence de la moitié. La pension fut fixée à 4500 fr. pour Saint-Cyr et à 4200 pour La Flèche, toujours sans effet rétroactif pour les pensionnaires admis sous l'Empire, qui devaient continuer dans les mêmes conditions qu'alors.
Ainsi que Paris-Duverney l'avait prouvé à Louis XV lors de la création de l'école militaire de Paris, en 4754, (4) on peut affirmer que la meilleure garantie de durée et de succès pour ces établissements est de se trouver à l'abri des événements et d'être, pour ainsi dire, propriétaires du fond qui les fait vivre. La centralisation , qui régit maintenant tout en France, ne peut plus le permettre.
Il fut donc pourvu à la dotation spéciale de l'Hôtel des Invalides , des écoles militaires et de l'Ordre de Saint-Louis par la formation d'une caisse des Invalides de la guerre.
Enfermés dans les murs de leurs écoles, les élèves n'eurent pas à prendre part aux événements si inattendus qui ramenèrent Napoléon aux Tuileries le SO mars 4845 et obligèrent Louis XYIII de se réfugier à Gand avec sa famille et beaucoup de serviteurs fidèles. Le Roi y attendit le résultat de la lutte qui allait de nouveau décimer l'armée française.
Rien ne fut changé dans ces écoles que les marques distinclives de la Royauté.
Les préoccupations étaient ailleurs ; il ne s'agissait plus pour Napoléon d'élever de jeunes. officiers, mais bien d'utiliser toutes ses forces pour vaincre.
A La Flèche , le général Duteil , élevé par le Roi au grade de lieutenantgénéral, avait remis le commandement à M. le comte de Meulan, colonel d'Etat-major, qui , au retour de l'Empereur, fut remplacé par le général Meunier.
Celui-ci crut devoir transformer immédiatement l'école en place di guerre. Par son ordre du 24 mai 4 84 5 , il prescrit , en cas d'alerte , d'incendies ou de rumeurs publiques , à tous les militaires ou employés civils faisant partie de l'école militaire, de s'y rendre sur le champ pour recevoii ses ordres et être utilisés à la sécurité et à la défense de rétablissement.
Les événements de l'Ouest, la prise du Lude par les troupes royales, les incidents divers de cette courte guerre civile, devaient motiver les craintes
(1) Inttitulions d^éducation militaire, livre II, chap. second, 18G6. — C. de MontZf^y.