‹ Histoire de La Flèche et de ses seigneursChapitre 227 sur 251 · ÉCOLE MILITAIRE PRÉPARATOIRE · texte numérisé non relu

ÉCOLE MILITAIRE PRÉPARATOIRE

Louis XVIIl, avant la sortie des premiers élèves de Técole spéciale, qui Q*eut lieu. que le 4*' octobre 1820, autorisa par exception, et à Tinstar du passé, rentrée immédiate dans des régiments d'un très-petit nombre d'élèves en qualité d'officiers ou de sous-offlciers ; ainsi Artaud , Richepanse , officiers; Gougelet, Brody et Broëders, sergents; un seul fut envoyé à l'école des arts et métiers, le nommé Schwartz.

Le 14 mars 1817, anniversaire de la bataille d'Ivry, eut lieu l'inauguration de la statue de Henri IV dans le péristyle conduisant de la cour Royale au Parc , en présence de tout le personnel de l'établissement et des autorités de la ville. C'est dans cette même partie de la maison que le cœur du Roi avait été déposé en attendant qu'il le fut dans la chapelle. En 1 81 5 et 1816, on fit plusieurs constructions à l'école et des réparations indispensables.

An commencement du mois d'août, M. le général Gavoty prit le commandement et fut installé par M. Dupont de Chaumont, inspecteur général des écoles militaires.

Cette maison devait naturellement sentir le contre-coup de toutes les secousses des années précédentes. En outre, un manque d'équilibre et des tiraillements se laissaient trop apercevoir entre l'autorité militaire et les employés civils de la maison. Le ministre avait déjà adressé de vifs reproches relatifs au manque de discipline et à la faiblesse de l'instruction constatée par les inspecteurs. De là cette révolte de la fin de l'année 1818, qui motiva l'envoi du général de Loverdo, en qualité de délégué du Gouvernement, et l'expulsion de plusieurs élèves, replacés pour la plupart dans les collèges royaux.

Au mois de février 1818, M. le général Gavoty, nommé inspecteur-général d'infanterie, fut remplacé parle général Baron de Montfort, et le colonel de Préval par le colonel de Montzey, qui commandait la place de Douay et s'y était fait remarquer l'année précédente par son courage et sa fermeté dans une violente sédition causée par une affreuse disette. Sous oes chefs, auxquels avaient été adjoints le commandant de Buor, les capitaines Delpy de la Roche, de la Brousse, Saget (1) et de Kermel, tout rentra dans l'ordre et le calme si nécessaires aux bonnes études. M. l'abbé de Bigaultd'Harcourt, directeur des études, fut, au mois d'octobre 1817, remplacé par M. l'abbé Duchateau, qui remplissait ces mômes fonctions à Saint-Cyr. M. le commandant de Buor avait permuté avec M. Viénot et avait été suivi par M. Delpy de la Roche.

Le vieux prince de Condé, colonel-général de l'infanterie, mourut à

(1) M. le capitaÎDe Saget était le père de trois officiers d*état-major. élèvet de La Flèche; Alexandre, assassiné ea Afrique par an chef arabe ; Eugène» mort général de dirision , chef de l'Etat-major général du commandement de Paris ; et Henri, actuellement sous-chef d'Etat-major général du 2"<« corps d'armée.

Paris dans le courant de l'année 4818, à Tàge de 82 ans. Son épée et son cordon bleu furent donnés à la maison de La Flèche et placés sous la tribune du chœur, du côté de TEvangile. Cette épée revenait , pour ainsi dire, de droit à une école militaire, car ce prince était alors le chef de la branche des Bourbons, appelée la branche de laurier.

L'ordre du jour du 47 février 4820 annonçait aux élèves l'assassinat du duc de Berry ; ils en furent d'autant plus frappés que ce Fils de France , dont le caractère franc et ouvert avait plu à l'armée, était tombé sous le poignard d'un assassin comme son aïeul , fondateur de la maison qui abritait leurs jeunes années. L'école militaire demanda au Roi, en 4827, l'épée et le cordon bleu de ce prince ; ces reliques furent alors placées en pendant de celles du prince de Condé. Ces épées et ces cordons furent ôtés, par ordre, de la chapelle, restèrent cachés pendant plusieurs années et sont maintenant convenablement renfermés avec les procès-verbaux dans la bibliothèque.

Dans le courant de l'année 4849, Louis XVIII avait passé la revue du bataillon de Saint-Cyr commandé par l'élève Pointe , venant de La Flèche : « Chacun de vous , avait dit le Roi , a dans sa giberne le bâton du maréchal « de Reggio; il dépend de vous de l'en faire sortir. » Pour exciter l'émulation de ses élèves, le général de Montfort mit à l'ordre du jour le récit de cette revue. Capitaine de grenadiers au 28"»« de ligne, Pointe fut tué en attaquant avec sa compagnie les barricades dressées, en 4834, par les insurgés de Lyon.

Vers les commencements de l'année 4820, le général de Montfort fut atteint d'une cécité qui fit de rapides progrès. Mais, grâce à la coopération dévouée du colonel de Montzey, il put être conservé dans son commandement jusqu'au printemps de 4824. Le général Obert le remplaça à cette époque ; il ne fît pour ainsi dire que passer, ayant été promu au grade de lieutenant-général. Alors arriva M. le général Danlion, ancien colonel commandant en second l'école spéciale de Saint-Cyr. Il entra en fonctions au mois de septembre pour ne les quitter qu'en 4830 : « Ferme et énerve gique, quelquefois despote, dit M. Clère, plus souvent homme de cœur « et de dévouement, relevant dans un moment d'épidémie le moral de la « jeunesse qu'il commandait au prix d'un deuil dans sa propre famille, le « général, par la netteté et la précision rigoureuse de ses ordres, sut « imprimer à notre école une marche nouvelle. » Ce portrait est vrai ; peut-être les souvenirs de beaucoup de nos camarades ne concordent pas avec ce que nous venons de transcrire ; mais , plus qu'à tout autre , il nous est permis de l'affirmer, puisque ce qui pouvait paraître acerbe et dur dans les ordres du général était toujours adouci dans l'exécution par l'aménité du commandant en second, le colonel de Montzey, dont les soins paternels avaient depuis longtemps gagné les cœurs des parents et des élèves euxmêmes.

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Seulement le général Danlion exerçait sous la Restauration un commandement des plus importants et des plus en vue presque sur le théâtre où, vingt ans auparavant, il avait marqué comme officier républicain contre les troupes royalistes et dans les conseils de guerre. C'était un grave inconvénient, dont il eut souvent peine à annihiler les effets.

Vers la fin de 4823, le général Danlion eut à réprimer une tentative d'émeute , qui nécessita la présence d'un escadron de chasseurs en garnison au Mans. Plusieurs élèves furent renvoyés et le calme se rétablit pour ne plus être troublé pendant tout le temps de Texistence de l'école préparatoire.

Peu de temps auparavant, M°>« la duchesse d'Angoulôme, parcourant les provinces de l'Ouest, s'était arrêtée à l'école de La Flèche, où elle fut magnifiquement reçue. Elle voulut visiter le fort Henri , situé dans le parc et qu'affectionnaient particulièrement le duc et la duchesse de Bourbon- Vendôme; elle fit de sa main une bouture du vieux myrthe planté, dit-on, par Henri IV et qui provenait des anciens jardins du marquis de la Varenne.

M. le général du génie Campredon, M. Biot, qui avait succédé à M. Poisson, et M. Letronne étaient alors inspecteurs-généraux des écoles militaires.

M. Biot, après sa visite annuelle du 8 mai 1824, sonna la cloche d'alarme : « Depuis plusieurs années, dit-il dans son rapport, l'étude des € mathématiques s'était élevée graduellement sans nuire aux humanités; € mais elle vient de tomber tout à coup à un degré d'abaissement et de < faiblesse également contraire au bien du service et à l'intérêt des élèves. « Une déplorable inertie, ajoute-t-il, semble s'être emparée de la plupart € de ceux qui doivent se présenter aux examens de Saint-Cyr. »

On le voit, sentinelles attentives, les inspecteurs-généraux ne permettaient pas que le pmi/^gf^ put devenir une cause de paresse. Cette note, inscrite sur le livre d'ordres , contenant ces mots : — « Contraire au bien € du service et à l'intérêt des élèves » — fait comprendre à tous que cet illustre savant place dans cette maison royale l'intérêt du service avant Fintérôt de l'enfant lui-môme, qui, élevé gratuitement, contracte chaque jour une dette qu'il ne peut acquitter qu'en travaillant plus tard à la grandeur du pays.

Ce fut à cette époque de décadence momentanée que M. Lemoine, professeur de mathématiques, consacra gratuitement et avec un infatigable dévouement tous ses loisirs aux retardataires, qui, bien des années après, .«ious la tente ou en garnison, rappelaient ce bienfait. La croix d'honneur, Irés-rarement accordée alors au corps de l'instruction, fut bientôt placée sur la poitrine de celui qui avait donné à tant d'autres le moyen de la gagner sur le champ de bataille. Il est mort en retraite à La Flèche, le 29 juin 1856. Honneur à sa mémoire I

Le marquis de Clermont-Tonnerre, ministre de la guerre, aussi élégant littérateur que vaillant soldat, vint, le 27 septembre 4825, s'assurer par lui-même de l'état de la maison militaire qui était placée sous sa haute direction. Il en partit suffisamment édifié sur les besoins et l'importance d'un établissement toujours resté si peu connu de ceux qui ont eu d dit>erses fois d décider de son sort.

Au moment du sacre de Charles X , en 4 825 , cette maison ne fut pas oubliée dans la personne de ses deux chefs ; tous les deux reçurent les insignes de commandeur dans l'Ordre de la Légion d'honneur.

Par ordre du 20 novembre 4826, le général prévenait les élèves qu'en date du 23 août le Roi avait décidé que les officiers sortant de Saint-Cyr, prendraient chacun rang dans l'armée d'après le numéro qu'ils avaient obtenu aux examens de dernière année, Il leur faisait judicieusement observer que le sort d'une carrière dépendait souvent d'un classement plus ou moins élevé.

Pourquoi , à cette même époque , ces nuages s'amoncelant au-dessus de la maison de Henri IV, nuages, au reste, qui ne se sont jamais dissipés entièrement? Pourquoi ces attaques contre cette réunion d'enfants de l'armée ou les plus nécessiteux arrivaient tour à tour? Pourquoi ces menaces ?

Dés 4828, le ministre de la guerre, pressentant les exigences du côté gauche de la Chambre des députés, avait cherché à réduire le budget en supprimant des emplois que, jusque-là, on avait reconnus nécessaires.

Déjà, en 4827, la maison avait été dénoncée; elle avait ses détracteurs, ses ennemis , peut-être même dans la ville qui en a toujours tiré profit et gloire. Elle fut dénoncée, disons-nous, dans la personne de plusieurs de ses chefs ou employés, d'une manière assez positive pour avoir sérieusement éveillé l'attention du ministre de la guerre, qui prévoyait déjà, comme nous venons de le dire, que le danger viendrait surtout du cOté de la Chambre des députés.

Or, deux messieurs, sans caractère apparent, vinrent s'établir au Liond'Or et, après y avoir séjourné pendant huit jours, en conservant le plus strict incognito , se rendirent à l'école militaire et demandèrent le général Danlion : l'un était le lieutenant-général de Conchy, l'autre un conseiller d'Ëtat. Leur visite inattendue, leurs questions et surtout la nature de ces mêmes questions, la connaissance qu'ils paraissaient posséder des actes et des habitudes de tels ou tels , prouvèrent de suite à M. Danlion de quelle importance était pour tous^ sans exception, une mesure si peu habituelle. Leurs investigations portèrent avec rigueur sur toutes les parties du service. Quand elles furent terminées, ces deux dignitaires, qui s'étaient adjoint M. le préfet de la Sarthe, tinrent conseil et firent comparaître devant eux M. le colonel de Montzey, qui, toujours inattaquable, était resté

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imUaqué; aux offres qui lui fureht faites, il répondit en vrai chevalier et mit à néant la plupart des calomnies ou accusations qui avaient , en portant très-haïUf motivé une mesure aussi insolite. Un capitaine et quelques employés, qu'il ne put sauver^ furent les victimes désignées au ministre, beaucoup plus en raison de leurs relations au dehors de Técole que pour leur conduite privée.

Comme nous Tavons dit, le ministre de la guerre, le \^ avril 4829, voulant rendre Tattaque moins décisive à la Chambre des députés , supprima l'emploi de colonel , celui de deux capitaines et ceux de plusieurs autres services. Ce sacrifice n'avait pas suffi : « Je demande, s'écriait à la tribune < M. Eusèbe de Saiverte, la suppression des écoles militaires, parce que, c tant qu'elles subsistent, tous les Français ne seront pas admissibles € au grade d'officier, puisque toutes ces places sont dévolues d'avance aux € élèves de ces écoles; je le demande, parce qu'il est contraire aux prin- € cipes de la Charte que les places d'officiers soient en partie le patrimoine € d'une classe privilégiée, et, je dirai plus, d'une classe élevée et instruite « aux frais de l'Etat.... Je demande donc une réduction de 354,000 francs € sur le budget de l'école de La Flèche. »

Il y a beaucoup à répondre à de pareils arguments (nous l'avons fait surabondamment ailleurs); arguments aussi faux dans leur base que contraires à la raison et au bien de l'Etat, et, nous ajouterons, trèsdangereux , parce que dans leur forme ils plaisent toujours aux masses peu éclairées.

M. de Saiverte demandait tout simplement la suppression de l'école militaire préparatoire de La Flèche, dont certainement il n'avait pas étudié la constitution et dont encore il ne pouvait pas connaître les résultats prévus.

M. le vicomte de Conny, député de la Gironde, et M. de Lamandé, inspecteur-général des Ponts-et-Chaussées et député de la Sarthe, signalèrent à la chambre les succès de l'école de La Flèche.

Nous devons extraire du Moniteur une partie du discours de M. de Conny, discours qui , implicitement , a nécessité nos longs travaux sur les écoles militaires :

< Depuis l'année dernière , des réformes motivées par des vues d'éconoc mies ont été opérées ; elles ont atteint le commandant en second de cette € école ; il a été éloigné d'un établissement qui conservera longtemps le c souvenir des qualités rares qui distinguent si éminemment ce respec- « table officier; les élèves l'ont pleuré ; c'était un père qui se séparait de « ses enfants. » (1)

(1) M. de MoDtzey, FraDcois-Antoine, né à RamberviUers (Vosges), issu d'une ancienne famille de rnagistratarc de Lorraine , mort à La Flèche en 1842 , maréchal de camp , cornmandear de la Légion d'honneur, chevalier des ordres de Saint-Louis et du Phœnix d'Ho*

Le commandant de Buor (\) prit alors la seconde place à l'école , et, avec un personnel simplifié , la maison continua cependant à marcher sous la direction ferme et énergique du général Danlion.

On a voulu dire que vers les dernières années, le niveau des études avait baissé , que les Fléchois arrivant à Saint-Cyr par le moyen d'un concours tout spécial, y montraient une infériorité réelle.

Nous avons répondu à cette attaque que non-seulement depuis 4820 ils avaient tenu leur épée aussi fermement que possible, obligés qu'ils étaient d'ailleurs par leur naissance et leur éducation militaires, mais que sur les 25 officiers d'Etat-major entrés à l'école d'application pendant les douze premières années, époque de la Restauration, l'école préparatoire y comptait, en 4852, trente-neuf de ses enfants, depuis le grade de général, depuis celui de capitaine inclusivement : et cependant, souvent les élèves de La Flèche, dénués de fortune, ne pouvaient prétendre à entrer dans le corps d'Etat-major faute, non de science, mais d'argent.

Notre réponse , en son temps , a paru péremptoire.

L'année scolaire commençait au 10 octobre et finissait le jour de la Saint-Louis. La permission d'aller en vacances n'était accordée qu'aux bons sujets ; aucune sortie pendant le courant de l'année. Tout élève puni était privé d'aller au parloir, s'il y était appelé. L'observance à ce sujet était telle que le maréchal de Bell une, passant à La Flèche en 1823, refusa de voir son fils, parce qu'il était en prison.

L'uniforme des officiers et des élèves était en drap bleu avec un liseret amaranthe , les boutons au chiffre couronné du roi. Les officiers portaient l'aiguillette et tous les servants la livrée royale.

Pour armement, le fusil de dragon et un autre modèle de moindre dimension qu'on avait envoyé de Saint-Cyr pour les plus jeunes; les buffleteries noires.

Sur sa cassette , le roi voulait bien donner à chaque enfant cinq centimes par jour.

henlohe, commaDdeur de l'ordre de Danebrog, ancieD colonel commaDdant en second de TEcole royale militaire préparatoire de La Flèche (1817-1829).

(1) M. le chevalier de Baor, ancien officier au régiment de Viennois, fil la campagne d'Amérique et en revint capitaine et chevalier de Saint-Louis à 22 ans. Rentré dans la vie civile , il ne reprit du service qu'en 1810 avec le commandement d'un bataillon de gardes nationaux mobiles avec lequel il fut fait prisonnier à Gorkum. Placé aux écoles militaires avec son grade, il ne les a pas quittées depuis 1814 jusqu'en 1831 , époque à laquelle il fut atteint par la retraite. Il mourut à La Flèche, nonagénaire, entouré de la vénération de tous.

I^ul ne rendit plus de services, et cependant, capitaine et chevalier de Saint-Louis à 22 ans, il se retirait à 74, simple chef de bataillon , et sans la rosette d'officier de la Légion d'honneur,

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