‹ Histoire de La Flèche et de ses seigneursChapitre 228 sur 251 · COLLÈGE OD PRYTANÉE MILITAIRE, DE 1830 A · texte numérisé non relu

COLLÈGE OD PRYTANÉE MILITAIRE, DE 1830 A

Jusqu'en 4830, aucune ordonnance ne vint modifier celles qui avaient institué Técole royale militaire préparatoire. Le fait d'une adoption complète des enfants militaires par le pays paraissait tout simple. Il fallait une révolution nouvelle pour menacer l'existence d'un établissement si national et datant de plus de deux siècles.

Dans un rapport présenté au roi Louis-Philippe en date du 40 novembre 4830 , le ministre de la guerre lui propose « que tout soldat ou sous-officier, € ayant au moins un an de service sous les drapeaux, puisse se présenter « à un examen destiné à constater qu'il possède une instruction suffisante « pour être admis à Técole militaire ; que ceux qui auraient satisfait à cet « examen soient admis , par ordre de mérite et suivant les besoins du ser- € vice, à Técole militaire, où ils entreraient avec le grade de sergent, que « les deux tiers des emplois leur soient réservés, que l'autre tiers soit c donné aux sous-officiers ayant fréquenté l'école secondaire au moins « pendant un an ; que l'école militaire préparatoire soit supprimée ; que € les bourses établies à cette école soient reportées dans les collèges royaux, « que ces bourses appartiennent aux différents corps de l'armée et soient € réparties suivant leur ordre numérique. »

Le Roi approuva ce rapport, qui devait apporter une complète perturbation dans l'armée. Le coup fut détourné par Téminent général de Préval , alors directeur du personnel de la guerre. On peut lire ses judicieuses observations dans le Journal des Sciences militaires (21 ™« vol.) et la discussion du mémoire qui les contient dans le second volume des Institutions d'éducaliion militaires avant et après 4789, pages 282 et suivantes. — Ch. de Montzey. 4867.

Mais, néanmoins, l'esprit qui avait présidé à une décision qui séparait Tarmée des classes aisées, qui la privait d'éléments honorables et précieux, de jeunes gens ayant reçu une éducation libérale , qui , d'un autre côté ,

détournait les enfants des familles militaires de la carrière de leurs pères ; cet esprit de réaction , disons-nous , se reproduisit dans les dispositions dont Técole de La Flèche ne tarda pas à être Tobjet. En effet, une ordonnance du 12 avril 1831 substitua au titre d* école militaire préparatoire c^\m de collège militaire, et, à dater de cette ordonnance, les élèves de La Flèche ont été privés du droit à la moitié des places disponibles à Saint-Cyr et de celui de concourir seulement entre eux pour y être admis. Ils furent confondus avec tous les autres candidats, et ce qu'ils pouvaient acquérir sous le rapport de l'éducation et de l'instruction militaire leur fut désormais compté pour rien. Bien plus, ils ne pouvaient se présenter à Saint-Cyr que jusqu'à Tâge de 18 ans, par exception jusqu'à 19, tandis que les élèves civils étaient admis jusqu'à 20 ans , avantage dont on ne pouvait jouir que par le moyen d'une fortune permettant la continuation des études nécessaires.

Par un mémoire paru en 1851, nous avons surabondamment prouvé combien ce soi-disant privilège des élèves de La Flèche avait été profitable à l'Armée et à l'Etat.

Les idées démocratiques avaient donc trop prévalu même au ministère de la guerre ; et ce n'est pas la première fois qu'il y a lieu de remarquer que la démocratie et l'organisation militaire sont loin d'être sœurs.

L'école de La Flèche , plus éloignée du centre des événements , commandée par un chef ferme et impassible, resta jusqu'au dernier moment dans l'ignorance de la chute d'une monarchie qui l'avait toujours soutenue et protégée. Plusieurs élèves partirent dès le 5 août avec des congés de vacances. Le 20 eut lieu, sans apparat, la distribution des prix , et le 21 le drapeau tricolore fut hissé sur le grand portail au-dessus du buste du roi Henri IV.

Le28, M. legénéral Danlion, appelé à l'armée d'Afrique, remettait à M. de Buor, chef de bataillon , le commandement qu'il avait exercé pendant neuf ans , et quittait l'école préparatoire au moment même où son existence allait être mise sérieusement en question.

La situation, déjà très-précaire, devenait très-difficile pour le général Guye, vieil officier du premier Empire, appelé à remplacer le général Danlion. On chercha, de prime-abord, à faire diversion à l'esprit agité des élèves en les militarisant un peu plus et en créant pour les plus sages la décoration du ruban tricolore.

Il était impossible cependant que les conséquences d'une révolution si soudaine n'eussent pas de retentisssement dans cette maison et que les bruits de guerre qui y pénétraient n'arrêtassent pas tout travail chez les plus âgés.

Dans l'une des exhortations du général Guye , inscrite au livre d'Ordres , nous remarquons ce passage plein de tact et de réserve : « .... Que chacun

« attende au moins de connaître le rôle qu'il est appelé à jouer sur la scène € sociale avant d'oser se permettre de porter sur ce qui peut mieux lui € convenir un jugement qu'en sa simple qualité d'élève et avant la maturité « de son âge et de sa raison, il ne doit pas* encore être appelé à se prononf eer, et que tous se persuadent bien de la sagesse de ce conseil , qui ne « leur est pas donné par un chef, mais par un père. »

On ne pouvait mieux dire, surtout à des enfants qui, alors pour la plupart, appartenaient à des familles dont les sentiments ne leur permettaient pas de transiger avec les aspirations du présent.

Le commandant de Buor prit sa retraite en 4831 . Il quitta le collège après y avoir rendu d'éminents services, pendant longues années et sans solliciter le moindre des avancements. On eut tort à cette époque de ne pas lui donner au moins la rosette d'ofDcier de la Légion d'honneur, qu'il avait mille fois méritée.

Il fut remplacé par le commandant Gilbert qui conserva peu de temps cette position, donnée au commandant Géry. Celui-ci devint le zélé collaborateur du général Baurot, successeur de M. le général Guye, et qui dirigea le collège de 1831 à 1834. Il avait perdu une jambe à la bataille de Toulouse.

M. le commandant Géry, partant quelques temps après pour l'Afrique, où il devait user sa vie par des fatigues sans nombre et donner son nom à une ville du Sud (province d'Oran), Gèryville, fit ses adieux à ses élèves en leur disant : « Souvenez-vous que hors la ligne des devoirs, il n'y a € plus ni gloire ni bonheur. »

Comme nous l'avons dit, l'ordonnance du 12 avril 1831 faisait rentrer les élèves dans le droit commun. La décision du 23 octobre 1834 confiait la direction des études au commandant en chef, pouvant n'avoir que le grade de colonel , et la sous-direction au lieutenant-colonel ou chef de bataillon commandant en second. C'était une faute, car, dans un tout bien ordonné, il faut que dans un établissement mixte de ce genre, chacune de ses parties principales ait sa direction particulière et que toutes soient dominées par une direction générale unique.

Le 16 novembre 1834, M. le colonel Carré, ancien officier de la garde royale, et le commandant Lebreton sortant du même corps, prirent la direction du collège. (1) Leur tenue, leur belle prestance militaire, leur parole si nette et si positive firent revivre les beaux jours de l'école militaire préparatoire. Sous leur main habile autant que vigoureuse, le collège se releva donc , et , malgré les mauvaises conditions dans lesquelles on l'avait placé, reprit une bonne place parmi les autres institutions.

Le duc d'Orléans, qui s'occupait beaucoup de l'armée, voulut encourager

(1) M. Lebreton, depuis général de division et député de la Sarthe.

ces bonnes dispositions et institua un prix d'honneur destiné à récompenser au moment de son départ définitif l'élève qui, pendant tout le temps de son séjour à La Flèche, avait constamment tenu la tète par sa conduite, son travail et ses succès. Ces 4rois conditions devaient être pleinement rempUes ; et il en est encore ainsi chaque année. Le prix est remis an lauréat avant la distribution des prix par le général inspecteur et , au même moment, on suspend dans la salle un bouclier portant les noms de l'élève et celui du lieu de sa naissance. Plusieurs de ces boucliers sont déjà ceints d'une écharpe de crêpe noir, indication du sacrifice après le triomphe.

Le premier qui reçut le prix d'honneur, le colonel Cassaigne, l'aide de camp du maréchal Pelissier, tué à la prise de Sébastopol en portant l'uii de ses ordres , fut un des officiers les plus distingués de l'armée.

En quittant La Flèche, en 4835, il y laissa ce charmant adieu :

Adieu , ma charmanto prison Que mon cœur a toujours chérie.

Adieu, ma seconde patrie, Je pars pour un autre horizon.

Je m'en vais comme l'hirondelle , Mais hélas! c'est pour plus longtemps.

Que ne puis-je aux jours du printemps, Mon doux nid, revenir comme elle!

Cher séjour, en passant ton seuil, Il me semble que je m*exilc. Je te quitte.... et pour quel asile?

Oh! mon cœur se remplit de deuil.

Reverrai-je verdir les branches De ton rideau de peupliers Que coupent les verts maronniers Jaspés de girandoles blanches?

Dois-je entendre aux flancs de la tour Résonner la cloche argentine , Lorsque la croix qui la domine Etincelle aux rayons du jour?

Non sans doute , le sort trop rude Me sèvre de toi sans espoir.

Je ne dois plus , quand vient le soir, Retrouver ma lampe d'étude.

Adieu , mes tranquilles plaisirs , Mes innocentes causeries!

Rompez- vous, guirlandes fleuries, Tissu doré de mes désirs !

£n prenant la robe virile Combien l'homme perd de bonheur !

Qu'il se flétrit ! Combien son cœur Se dessèche et devient stérile?

PRYTANËE MILITAIRE. 325

Frère, (1) que n'es-ta de moitié Dans mon lointain pèlerinage?

Hélas ! mon bfltoa de voyage N'est point tenu par l'amitié I

Nonrrice aimable, la sagesse Ici bien souvent me parlait.

Ah I paisse-t-elie de son lait Me nourrir aux jours de détresse !

Mais mon aile s'ouvre à demi Aux vents dont s'éveille l'haleine.

Je vais partir.... qu'on a de peine A fuir le séjour d'un ami.

Le brave colonel Cassaigne , retenu par les exigences de la vie militaire et son service presque continu en Afrique auprès du général Pelissier, dont il était le modérateur et le bras droit, ne revit jamais la maison qu'il aimait tant. Mais son nom y est deux fois inscrit, d'abord sur le bouclier du prix d'honneur et ensuite sur la plaque commémorative placée dans la chapelle, où figurent les noms de tous les élèves tombés glorieusement sur le champs de bataille. Et ils sont nombreux I

Le colonel Carré , promu au grade de maréchal de camp, laissa ce commandement au colonel de Kœnigsegg, qui ne l'exerça que pendant un an (de septembre 1839 à septembre 1840). M. Maumet, appartenant au corps d'Etat-major et qui avait succédé au commandant Lebreton, promu lieutenant-colonel , prit avec le grade de colonel le commandement du collège après l'avoir, au départ de M. de Kœnigsegg , exercé provisoirement pendant quelques mois.

L'ordonnance du 12 avril 1831 laissait au moins aux élèves l'avantage de conserver leurs bourses à Saint-Cyr; cet avantage leur est ôté en partie par l'ordonnance du. 21 octobre 1840 et rendu par celle du 7 mai 1841.

Celle du 24 mars de cette même année ouvrait les portes de cette maison aux fils de sous-offlciers et soldats ; il leur était accordé quinze bourses et cinq demi-bourses. Ce nouveau mode de recrutement abaissait la moyenne d'éducation première et apportait au sein du troisième bataillon le germe des vices de la caserne.

Toutes ces ordonnances , dont l'une autorisait la candidature pour Saint- Cyr des soldats, caporaux et sous-ofïicier3 de vingt à vingt-cinq ans, portaient un coup fatal à La Flèche, dont les élèves, non-admissibles à dixhuit ans, étaient rendus à leurs familles sans aucun moyen de profiter de la seconde limite d'âge, de continuer fructueusement leurs études et dé suivre les exigences d'un programme rendu plus rigoureux d'année en année.

(1) Son frère, plus jeune, capitaine aux zouaves, fut tué le 8 juillet devant Sébastopol.

326 LA FLiCHE DEPUIS 4789.

Le 7 août 4843, le duc et la duchesse de Nemours Tisitërent le collège en se rendant du Mans à Saumur. Us furent étonnés de la magnificence de cette création de leur aïeul ; mais cette Yisite resta stérile pour elle.

Le colonel Maumet commanda le Collège jusqu'en novembre 4845. Atteint d'une fatale maladie, la perte de la raison, il fut remplacé par le général Mayr de Baldegg, ancien ofiScier d'état-major, qui fit de Tains efforts avec son second , le commandant Guntz , pour maintenir le calme parmi les élèves.

Des troubles sérieux se produisirent sous le commandement de cet honorable chef, dont le système différait essentiellement de celui de son prédécesseur. De là , défaut de suite dans le régime disciplinaire.

Le commandant Maiffredy de Robernier, ancien élève de la petite école de Saint-Cyr, aussi bon militaire que savant humaniste, remplaça M. Guntz.

Il semblait qu'un vent révolutionnaire commençait déjà à souffler; les punitions devenaient de jour en jour plus nombreuses; il ne pouvait y avoir d'esprit de corps parmi ces enfants de provenances diverses; ou s'il s'en formait, il était de mauvais aloi.

Depuis plusieurs années, l'Inspecteur général, V^ Schramm, cherchait à combattre ces mauvaises dispositions. Mais le mal était surtout dans la constitution du troisième bataillon, devenant successivement second et premier, toujours avec les mêmes habitudes et les mêmes instincts.

M. le général de Baldegg, découragé, avait déjà demandé son changement, quand la Révolution de 4848 vint mettre tin à son commandement

Officier d'état-major comme MM. Maumet et de Baldegg, le général de Senilhes, qui avait fait avec beaucoup de distinction la guerre en Afrique et savamment coopéré, quelques années auparavant, comme aide-decamp du C^ de Préval , à la confection des règlements militaires , fut envoyé à La Flèche par le Gouvernement provisoire. Ce nouveau chef n'eut pas à combattre , comme il fallut le faire en 4 830 , les regrets des élèves en faveur de la Royauté tombée ; ils parurent entrer de suite dans un autre ordre d'idées.

M. de Senilhes chercha à en profiter. On lui reproche d'avoir fait à ces enfants des concessions beaucoup trop larges; mais enfin, à une époque où tout était bouleversé, il parvint à maîtriser cette ardente jeunesse, dont les sentiments religieux et catholiques parurent renaître. L'éminent Evéque du Mans , Mgr Bouvier, fut heureux et en même temps très-surpris d'avoir à constater un pareil progrès, dû à un chef protestant.

Est-il permis de dire, à cette occasion, que la fin justifie les moyens?

Dans des circonstances exceptionnelles, le général de Senilhes avait employé les moyens correspondant à ces mêmes circonstances et comptait, avec le calme, revenir en arrière. Mais il n'en eut pas le temps et légua cette difficulté au général Maizière, qui avait fait partie de cette brillante pléiade

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de jeunes officiers sortis des écoles de Fontainebleau et de Saint-Cyr sous le premier Empire.

On ne pouvait faire un choix plus judicieux. Plus que tout autre, il était en mesure d'imprimer sans secousse une marche nouvelle à cette Maison militaire. Mais les élèves se trompèrent à sa parole si douce, si calme, à la distinction de ses formes ; ils ne soupçonnaient pas que ces formes ne faisaient que recouvrir une inébranlable fermeté.

Le général Maizière ne crut pas devoir accepter tel quel le legs du passé et trancha dans le vif en revenant d'un seul coup sur les concessions de son prédécesseur.

Les élèves se mutinèrent.

Envoyé immédiatement par le Ministre de la guerre , le général Scfaramm provoqua le renvoi des soixante plus coupables. Le calme fut rétabli à ce prix.

La République ne traita pas moins sévèrement le Collège militaire que ne l'avait fait le Gouvernement de juillet. Les décrets du 49 juillet et du 24 octobre 4848 enlevèrent déflnitivement aux élèves le droit d'arriver à l'Ecole spéciale avec la position de boursiers ou demi-boursiers qu'ils avaient acquise à leur entrée à La Flèche. Il fallut que de vieux officiers allassent devant un Conseil municipal mettre à nu leur misère! et il le faut encore.

Que penser d'un tel état de choses?

Tout esprit observateur, en suivant l'ordre et le sens de ces ordonnances, de ces décrets, de ces décisions, depuis 4830 jusqu'en 4848 ,« reconnaîtra que chacun de ces documents vient miner la Maison de La Flèche dans sa base, que tout indique une situation malade.

On suivait, à l'égard de l'Ecole préparatoire, une marche tout opposée. Les élèves qui en faisaient partie pouvaient compter sur l'avenir; et quelques-uns, beaucoup même, avec l'imprévoyance de leur âge, n'appréciaient pas à leur juste valeur les avantages bien réels de leur position ; il en résultait néanmoins pour tous une quiétude d'esprit qui favorisait singulièrement le travail. C'est un souvenir qui nous est resté et nous l'inscrivons simplement.

Pendant toute la durée de son commandement, le général Maizière ne cessa pas d'étudier toutes ces questions les unes après les autres et de réclamer pour ses enfants d'adoption des mesures plus justes et plus en rapport avec les droits de leurs familles. Il a toujours défendu énergiquement la maison de Henri IV, rejetant avec raison sur les vices d'une organisation bâtarde les agitations qui, de temps à autre, appelaient l'attention du Gouvernement.

Le 6 janvier 4853, on rendit au Collège son ancien nom de Prytanée Impérial Militaire; c'était déjà consolider la base. De ce jour naquit naturellement l'espoir de restitutions plus complètes.

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