CHAPITRE DEUXIEME
? MAISON D'ANJOD. - GEOFFROY-LE-BEL. COMTE D'ANJOU. DE TODRADŒ ET DU MAINE, DUC DE NORMANDIE, QUATRIÈME SEIGNEUR DE U FLÈCHE.
On a dit de notre dernier seigneur royal, Henri IV, qu'il régna et par droit de conquête et par droit de naissance. Les deux vers de Voltaire peuvent s'appliquer avec plus de raison encore aux princes du XII"»« siècle. Louis VI, dit le Gros, eut à réduire ses grands vassaux et surtout le seigneur du Puiset, dont le seul château, situé près d'Orléans, lui coûta trois années de guerre. L'un de ses descendants, Hugues du Puiset, avait été, à Jérusalem, cause des inquiétudes conjugales de Foulques d'Anjou. (1)
Geoffroy-le-Bel avait à peine 18 ans quand son père, en partant pour la Palestine, lui laissa le gouvernement de ses Etats. Croyant n'avoir affaire qu'à un enfant sans force et sans expérience , les grands vassaux se soule- Tèrent. Ils se trompaient, car, nous l'avons dit, Geoffroy devançait son âge
(1) Fonlqaes d'Anjou , qui Tenait de rétablir la paix chez ses voisins , troura à son retour U discorde dans ses Etats et jasque dans sa propre maison. Gauthier» comte de Césarée » accQsa Hugues da Puiset, comte de Jaffa, du crime de félonie envers son roi. Ce dernier s'était attiré la haine de Foulques d'Anjou et des grands du royaume ; les uns disent par soo orgueil et sa désobéissance , les autres par de coupables liaisons avec la reine Mélitende.
Lorsque les barons eurent entendu Gauthier de Césarée, ils proposèrent un combat en champ clos entre l'accusé et Taccusateur : comme le comte de Jaffa ne se trouva pas au lieu désigné pour le combat, il fut déclaré coupable. Hugues, furieux d'avoir été condamné» coonit dans Ascalon implorer le secours des musulmans contre les chrétiens ; puis il vint l'enfermer dans Jaffa, où il fut bientôt assiégé par Foulques. Le patriarche de Jérusalem interposa sa médiation, et Hugues , menacé de rabandon des siens , consentit avant l'attaqoeà se rendre, et à s'engager à quitter le royaume pendant 3 ans.
Son père était ce du Puiset qui tint si longtemps en échec les troupes de Louis-le-Gros. Taioeu, il s'était réfugié en Palestine où ses exploits lui avaient fait obtenir le comté de iaffa qu'U transmit à son fils en même temps que son caractère impétueux et intraitable* (Bistoire des CroisadenJ
par ses qualités éminentes — excedens pueritiœ metas. — Si, d'un cdté, il cultivait aveo soin son intelligence , il ne négligeait pas les exercices propres à se rendre redoutable sur le champ de bataille ; le chef alors n'était que le premier des combattants; il devait être an plus fort de la bataille. Aussi, aimait-il les tournois et ces combats fictifs, qui ne laissaient pas d'avoir leurs dangers réels et étaient presque toujours suivis de mort d'homme. Il les recherchait jusqu'aux frontières de la Flandre et toujours y acquit une gloire nouvelle. — Gaufredris, ludi cupidus, in confinio Flandriensium et longe positis terris cœpit torneamenta perquirere et laudis cupitœ ex bene gestis rebv^s in dies emolumenia percipere.
L'autorité du jeune prince fut d'abord attaquée par une ligue de seigneurs poitevins; ils avaient donné l'exemple de la révolte, sachant que dans le Maine et la Touraine ils trouveraient des adhérents qui suivraient et appuieraient leur mouvement. Le moine de Marmontier ne parait pas disposé en faveur des habitants du Poitou — Pictavemes igitur, finitimi ejus, grns sdlicet effara nimis et plus atisa temerario quam virtutis constantia prœsumens, crebris assultibus in eum irruebant.
Par son courage et ses talents précoces , Geoffroy déjoua promptement cette ligue, qui, par ses ramifications avec notre pays, y fit éclater plus tard un mouvement formidable pour tout autre que le jeune et valeul'eux comte.
Dés le début, il avait été aux prises avec les seigneurs de Sablé, Lisiard et Robert II ; ils avaient, avec Sablé , Briolay et La Suze, et se trouvèrent assez puissants pour attaquer le comte d'Anjou. Lisiard ayant fait des courses jusque sous les murs d'Angers , Geoffroy-Ie-Bel ne put supporter cet affront : il pilla et ruina Briolay, puis dévasta les environs de Sablé sans pouvoir s'emparer de cette ville ; mais il se dédommagea de cet échec par la prise de La Suze. Après la mort de Lisiard , il pardonna à Robert, à condition de l'hommage, en considération surtout de ce qu'il avait été son frère de lait. Mais ayant peu de confiance dans les promesses de ce vassal, il fit bâtir, en 1131, pour le maintenir, un château sur la Sarthe, à quatre lieues d'Angers, six de Sablé et à deux de Briolay, et qu'on appela, ainsi que le bourg qui s'y bâtit successivement, Château-Neuf — Anno MCXA'XI, Gaufridas cornes firmat castrum 7iovum, — D'après les conseils de son oncle Hugues de Malhefelon , mari de la sœur de Lisiard , Robert se révolta de nouveau contre son seigneur et se remit à piller le pays, depuis Briolay jusqu'à Angers.
Après une nouvelle campagne, dont, comme d'ordinaire, le peuple des villes et les colons payèrent tous les frais, Robert de Sablé obtint de nouveau la paix par l'entremise d'Ulger, évéque d'Angers, et de Hugues de Saint-Calais , qui, doyen du chapitre du Mans en 1135, avait succédé à Guy d'Ëtampes, mort cette même année, et descendait d'une des familles les
plus illustres du Maine. Nous ne savons trop à quelle date placer cette seconde rébellion de Robert de Sablé. Le moine de Marmontier la fixe quelques années avant le soulèvement des barons du Maine et de l'Anjou — Elapsis denique aligtiantis aimis^ — et dans une note de Duchesne nous lisons — non aliqtiot annis, sed mensibus tantum, — ce qui, suivant Topi- Dion de cet bistorien, mettrait l'acte de Robert en 1U3 au plus tard, et encore cela ne nous parait pas possible , puisque Hugues de Saint-Calais , l'un des médiateurs de cette seconde paix, mourut le 6 février de cette môme année.
Quoi qu'il en soit, cette guerre entre les barons et Geoffroy commença en H 44 et ne se termina qu'en 1U6. Dans cet accord entre les vassaux, combattant la plupart du temps pour leurs intérêts particuliers, on doit voir, ce nous semble, un sentiment national et le désir de se soustraire à l'autorité d'un prince portant le titre de duc de Normandie et tendant, soit pour lui, soit pour ses enfants , à devenir Anglais, en raison des droits de sa femme Matbilde. Pour donner à cette levée d'armes un caractère plus significatif, les grands barons avaient entraîné Hélie , le frère de Geoffroy, dans leur parti, lui réservant le comté du Maine au cas de la victoire. Cela seul explique cette persistance dans la rébellion de Robert de Sablé contre l'ami et le compagnon des jeux de son enfance. Guy IV, seigneur de Laval , autrefois intimement uni à Foulques-le- Jeune , avait pris part lui-même à ce mouvement insurrectionnel et patriotique contre Geoffroy, qui le força à se réfugier dans son château de Meslay. Il ne dut la vie et celle de ses compagnons d'armes qu'à la clémence du vainqueur. Le comte Hélie, vaincu comme ses partisans, fut traité plus sévèrement par son frère. Fait prisonnier, il resta longtemps enfermé dans une étroite prison. Il mourut, peu de temps après sa mise en liberté, d'une maladie qu'il y avait contractée.
Il avait été retenu six années dans cette prison. C'était, au reste, une tradition dans la famille des comtes d'Anjou et comme une portion d'héritage que les fils se révoltassent contre le père et se fissent entre eux la guerre ; ce legs domestique se transmit presque invariablement de génération en génération, pendant 150 années, depuis Geoffroy-Martel jusqu'aux Plantagenets , devenus rois d'Angleterre. « Nous ne nous aimons pas les € uns les autres dans notre famille; c'est là notre héritage; nous n'y re- « noncerons jamais... Sortis d'une telle souche, est-il surprenant que nous c ne vivions pas bien ensemble? Du diable nous venons, et au diable nous t retournerons, disaient deux petits-fils de Geoffroy Plantagenet, Geoffroy, € duc de Bretagne , et Richard-Cœur-de-Lion , roi d'Angleterre. » (Histor. script, angl., t. 4 , col, 4045,)
Dans cette guerre , Hugues de Cleers et ses deux frères Geoffroy et Foulques, Pagane de Clairvaux, Josselin de Blois, Hardouin de Saint-Médard se montrèrent constamment ses chevaliers les plus fidèles. Hugues de Cleers
était alors, comme nous Tavons dit avec détail dans une note précédente, sénéchal de La Flèche et de Baugé , tenant ainsi de sa main tantôt les balances de la justice, tantôt Tépée de chevalier. Il avait succédé à son père, Geoffroy de Cleers, qui, en 1435, occupait cet emploi et avait fondé, avec le comte d'Anjou et du Maine, le prieuré de Saint- Jacques de La Flèche, connu d'abord sous le nom de Maladrerie.
Nous avons un peu anticipé sur les événements pour suivre sans coupures cette guerre civile que Geoffroy soutint avec autant de courage que d'habileté. Il s'y fit surtout remarquer par sa clémence, et s'il se montra plus rigoureux pour son frère , c'est que celui-ci y avait donné lieu par son imprudence et son ambition.
La comtesse Mathilde aimait à résider au Mans, et c'est là que, le 5 mars 4 432 , elle donna le jour à un fils qui porta la couronne d'Angleterre sous le nom d'Henri IL Cet enfant fut baptisé dans l'église cathédrale, par les mains de Guy d'Etampes, en présence d'une illustre assemblée. Il fut porté sur l'autel de saint Julien, comme son père, Geoffroy, l'avait été lui-même par Foulques d'Anjou le jour de la consécration de cette môme cathédrale. On voulait que l'apôtre du Maine l'adoptât pour pupille. Henri I**, roi d'Angleterre, avait promis en mariage à sa 011e les châteaux de Normandie; mais soit que cette promesse ne fût pas formelle, soit qu'il ne voulût souffrir aucune suprématie dans sa maison ou dans ses Etats, il ne se pressait pas de les livrer. Le jeune prince, en réclamant ses droits, offensa tellement le roi, que celui-ci eut la pensée d'emmener sa fille en Angleterre et d'y faire reconnaître son petit-fils pour son successeur. Geoffroy tenait fort peu à conserver sa femme, dont l'âge et le caractère altier tendaient à l'éloigner d'elle. (4)
Il se mit en campagne et assiégea même le vicomte Roscelin de Reaumont, qui avait épousé une des filles naturelles du roi d'Angleterre ; il brûla sa ville et mit toutes ses possessions à feu et à sang. Guillaume de Bellesme, dit Talvas, comme son père et Roger de Toëne, travaillaient sourdement contre le roi , qui somma le premier de venir à sa cour. Comme Guillaume ne se rendit pas â cet ordre , craignant que le résultat de cette entrevue ne lui fût fatal, Henri I*'' le déposséda de tous ses biens, et au mois de septembre, Talvâs se retira soit au Pérai, soit à Mamers, châteaux si bien fortifiés par le fameux Bellesme et qu'il tenait à fief de Geoffroy.
(1) Au reste, il pnralt que Gcoffroy-PIantagenct cherchait à se consoler d*ano union si mal assortie. Il eut une fille naturelle nommée Emma d'une jeune femme du Mans — Cum quadam cenomannici generis eonsueludinem habens, non usquequam Ucitam. — David, prince de Norwége, parvint è faire épouser la jeune Emma à son frère — volent suœ pàsteritati, ti filiot procreaverit , fastum quemdam ex regali stirpe descendere et terrorem incutere Walensihus aliis, afj^niiatis nwœ pretcxtu.
Ce mariage eut lieu alors que le frère d'Emma, Henri II, était roi d'Angleterre ot l'un des princes les plus puissants de l'Europe (1174).
Telle était la situation; du côté de TAngleterre, elle était d'autant plus tendue que les barons anglais, courbés sous le bras puissant du roi, fomentaient de nouvelles ligues contre lui ; du côté de TAnjou et du Maine , elle ne l'était pas moins, les seigneurs de ces deux provinces se résignant avec peine à obéir à un prince dont toutes les vues tendaient à n'en faire que des Etats fort secondaires. Depuis le commencement d'août 1435, le roi d'Angleterre parcourut le territoire d'Almenèches , s'empara d* Al ençon et des autres places de Talvas. Ayant réuni beaucoup d'ouvriers, il augmenta les fossés d'Argentan, fortifia beaucoup cette place, dont, peu de temps après, la garnison cauSa de grands préjudices aux habitants du voisinage.
Le 25 novembre , le roi Henri se rendit au château de Lions pour chasser. Il y mourut le ^^ décembre 1435, d'une indigestion de lamproies, âgé de 68 ans, après trente-cinq ans de règne. Ayant perdu ses deux fils légitimes au naufrage de la Blanche-Nef, il avait épousé en secondes noces la princesse Adélaïde , fille de Godefroy, duc de Lorraine , dont il n'eut pas d'enfants. De tous ses enfants naturels (et il en avait quinze) , seul , Robert de Glocester, qu'il aimait le plus, était auprès de lui. Il avait attiré aussi en Angleterre , pour les combler d'honneurs , les deux plus jeunes fils de sa sœur Adèle, que Guillaume le Conquérant, son père, avait mariée au comte de Blois, descendant d'un des compagnons de Rollon. (1)
Henri avait été nommé abbé de Glastonbury et évéque de Vinchester, et Etienne avait épousé la fille d'Eustache, comte de Boulogne, qui lui avait apporté, outre cette souveraineté féodale en France, d'immenses propriétés en Angleterre , dont son père avait été investi par Guillaume le Conquérant. Ce jeune prince montrait le plus vif attachement pour son oncle, et s'était concilié l'affection des Anglais par son courage, son activité et ses habitudes libérales. Aussitôt que son oncle eut rendu le dernier soupir, comptant sur son pouvoir et son influence , il s'empara immédiatement et des trésors du roi et de sa couronne.
Aidé par son frère, l'évoque de Vinchester, il reçut l'onction royale de l'archevêque de Cantorbéry, dont on eut beaucoup de peine à vaincre la répugnance et les scrupules.
La facilité avec laquelle il put exécuter ce coup de main s'explique par la profonde répulsion que les grands feudataires anglo-normands éprouvaient à juste titre contre la suzeraineté d'une femme. Le peuple saxon , voyant
(I) Gelon, brave capitaine Normand, faisait alors compagnie à Rhou (Rollon) son coulia; Charles, roi de France, recognat à son visage les marques de la grandeur de son courage ; Oncques pour l'obliger à son service, et en recognoissance de ses mérites, il lui doDoa en mariage une belle et riche dame de sa Cour avec le comté de Blois, où Geslon fit bastir un chasteau qui reste encore h prdsent : de leur mariage sortit Thibaut-le-Vieil, qoi esponsa la lilie de Tcmpercur Conrad.
(Dudo Sancii Quinlini, de Moribui-Norman. lib. 30
en Mathilde la descendante de ses anciens rois, lui réservait de son côté toutes ses sympathies.
Mais Mathilde n'était pas femme à céder sans combat. Suivie d*une année d'Angevins et de Manceaux , elle entra de suite en Normandie avec son mari.
Les ravages exercés par les Angevins dans le duché soulevèrent les popalations contre elle. Les habitants du Sap, au moment même où la garnison allait se rendre , se jetèrent sur les Angevins et les Manceaux avec une telle furie que Geoffroy, blessé , battit en retraite sans attendre les renforts que Mathilde lui amenait.
Etienne, après avoir fait de grandes concessions à les barons et au clergé, croyant son pouvoir bien établi en Angleterre , se décida à passer en Normandie pour combattre Geoffroy, et débarqua à la Hogue au mois de mars 1137. Cette campagne aboutît à une trêve de deux ans.
A l'expiration de cette trêve, on reprit les armes et successivement toutes les forteresses de Normandie se rendirent au comte d'Anjou. Pais Mathilde se rendit en Angleterre avec son frère Robert de Glocester. Attaquée par Etienne, elle accepta la bataille, et ses troupes remportèrent une victoire complète sur celles du prince, qui, fait prisonnier, fut d'abord traité avec déférence par Robert , puis bientôt étroitement resserré.
Mais Mathilde , indépendamment des désavantages de son sexe , qai lui ôtaient toute influence directe sur ces fiers barons, si belliqueux et si remuants, était d'un caractère hautain et irascible.
Son sang saxon la portait à réprimer leurs actes et à adoucir le sort du peuple vaincu. Ces seigneurs fomentèrent donc contre elle des conjurations qui aboutirent à la faire déposer et à replacer Etienne sur le trône.
Alors la guerre civile se ralluma avec plus de fureur que jamais.
Mathilde avait pu se réfugier à Oxfort, qu'Etienne parvint Remporter; mais bientôt lui-môme fut battu à Vitton par Glocester. Par le conseil de celui-ci, le comte d'Anjou avait envoyé son fils aîné pour le faire connaître aux anglais. Mais cette tentative n'eut pas de résultats , au moins immédiats.
Mathilde , alarmée des dangers qui la menaçaient ainsi que sa famille , se retira en Normandie. D'ailleurs la mort de Robert de Glocester porta le dernier coup à ses intérêts.
Une trêve tacite s'établit en Angleterre, chaque parti étant trop faible : celui d'Etienne pour réduire au silence les soutiens de Mathilde ; celui de Mathilde pour remettre la comtesse d'Anjou sur le trône anglais.
Tous ces événements occupèrent les années depuis 1135 jusqu'à 1U7. Geoffroy occupé tantôt à contenir ses propres grands vassaux, tantôt à conduire ses troupes angevines et mancelles sur le territoire de la Normandie, n'avait pas un instant de repos. Comme toujours, une croisade allait mettre fin pour le moment aux dissensions particulières.
Lonis le Gros était mort en H37. Le premier de nos rois, il avait été chercher l'oriflamme à. Saint-Denis en sa qualité de comte de Vexin (0- Ce
(1) L'oriflamme, — Cri de ËÊonijoie. — Nous empruntons à M. Marius Sepet (Revue des Qunfiont historiques) les détails qui snirent sur roriflamme et le cri de Montjoie, qui jouissent d*une grande célébrité. Beaucoup en ignorent Torigine. Une peinture en mosaïque esécutée par Tordre de Léon X, dans l'église de Saint-Jean-de-Latran , nous montre saint Pierre assis donnant le Pallium au pape Léon et la bannière à Charlemagne. Cette bannière porte sur on fond bleu six roses rouges; attachée d'un seul côté de la lance, elle n*a aucune ressemblance avec le Labarum. C'est une flamme à trois pointes dominée par nne houppe. Serait-ce la même bannière que l'étendard de saint Maurice (oexil- 2iim Saneti'Mtturieii) que Charlemagne aurait fait porter dans ses armées lors de la grande guerre contre les Sarrazins d'Espagne. Cette bannière jouit d'une grande renommée ; il en est ptrlé dans la chanson de Roland :
Munjoie escrienL 0 dels est Carlemagne.
Geffreid d'Anjou portet l'orie flambe, Seint Pierre fut, si aveit num Romaine Mais de Munjoie ilou aut pris cschange.
Aoi!
Le dernier corps est des barons de France, Cent mille sont des meilleurs capitaines. Corps ont gaillards et les barbes sont blanches. Ils ont vêtu hauberts, doubles cuirasses, Et ceint épées françaises ou d'Espagne , Leurs écus portent des marques différentes, A cheval sont : la bataille demandent, Montjoie, ils crient! Entre eux est Charlemagne, Geoffroy d'Anjou y porte l'oriflamme.
Fut de Saint- Pierre et avait nom Romaine, Mais de Montjoie son nom l& prit échange.
Aoi!
Le poète commet ici une très-grave erreur : car Geoffroy d'Anjou vivait sous Louis le Gros, an XII"* siècle, et non sous Charlemagne. La dynastie des d'Anjou ne s'affirme et ne devint héréditaire que vers le milieu du X»* siècle. Cette erreur, néanmoins, fait voir combien leur droit était établi dans l'opinion publique : elle nous prouve ensuite que Charlemagne transmit cette enseigne à ses successeurs. Elle retint le nom de Montjoie d'une éminence d*où l'on découvre la ville éternelle (ancien mont de Mars;. Le cri de France fut Montjoie, puis Montjoie Saint-Denis, quand la bannière suprême fut l'étendard de ce nom.
Que devint cette Romaine, ce Montjoie, cet étendard de Charlemagne? M. Marius Sepet va BOUS le dire. — Seint Pierre fut, si aveit num Romaine. Mais de Munjoie» il ou aut pris tschange. — On peut conjecturer que déposée à Saint-Denis, quand la résidence royale et le siège de la maison militaire que commandait le grand sénéchal ou son suppléant le dapifer, furent définitivement fixés à Paris avec les premiers Capétiens , elle commença à servir de bannière de saint Denis. Les rois devinrent comtes du Vexin et firent porter en leur nom la bannière propre de l'abbaye et alors la confusion se fit. De là l'oriflamme de saint Dents, devenant bannière de France. Ducange ne connaissait pas les vers de la chanson de Roland et fait remonter l'oriflamme de saint Denis à Charlemagne. « Nous concluons
• donc, dit Marius Sepet, que la bannière romaine — avait nom Romaine — depuis ban- « niire de saint Denis , devenue bannière de France, cessa d'être levée et la bannière rouge
• de saint Denis la remplaça Celle-ci était la bannière particulière de l'abbaye de Saint- < Denis portée par les comtes du Vexin , qui avaient droit de la lever dans leurs guerres
• particulières, comme celle do saint Martin par les comtes d'Anjou. La réunion du Vexin
fut lui qui commença à reprendre Tautorité dont les vassaux s'étaient emparés, soit par l'affranchissement des serfs , soit par rétablissement des communes, soit en diminuant la trop grande autorité des justices seigneuriales : Ce fut, il est vrai, priiicipalement l'œuvre de Suger et des quatre frères Garlande, ses principaux ministres.
Louis-le-Jeune, son fils, lui succéda. Son mariage avec Eléonore, fille et héritière du duc d'Aquitaine, l'avait rendu très-puissant. Ce prince, pér-
it à la couronne eut Heu sons le règne de Philippe l^. Et c'est cette réunion qai valut à la « bannière de saint Denis Thonneur de devenir Tétendard de la France. >
L'empereur Henri V, dont la veuve devait épouser le fils du comte d'Anjou, prétendant avoir reçu un affront dans un concile tenu à Reims où il avait été excommunié k l'occasioo des investitures, se prépara à entrer en Champagne. Le roi de France, Louis le Gros, rassembla ses vassaux et Suger, abbé de Saint-Denis^ s'y trouva avec tous les sujets de cette abbaye.
L'empereur n'osa pas poursuivre son entreprise et le roi fut vainqueur sans comkMittre. Ce fut à cette occasion que Louis le Gros fit, en 1124, la première levée de la bannière de saint Denis : « Res autem, scribit Suger abbat, vexUlum ab altare iutcipient guod de comi- « tatu VUcastini (comté du Vexin) quo ad Ecelesiam feodatus est , tpectat , voticœ tanqnam « à dominio suo tutcipientt pauea manu contra hoites, ut tibi provideat, evolat. » Louisle-Gros rapporta la bannière sur l'autel de Saint-Denis et exprima sa reconnaissance des secours donnés par les religieux par de nouveaux privilèges et de nouveaux dons.
Cet étendard fut déployé à Bouvines et à Azincourt. et témoin de nos victoires et de nos défaites, mais, depuis le triomphe des Anglais, l'oriOamme tomba dans l'oubli , et en 1504. dit Marins Sepct, on montrait à Saint-Denis cette vieUle relique que les religieux disaient être VOriflambe. En 1594, Dom Félibien Pavait vue mangée par les mites. Quand k sa forme, elle se rapprochait de celle de nos drapeaux attachés à la hampe : « Henri de Metz, « maréchal de France sous saint Louis , est représenté dans les vitres de Notre-Dame de « Chartres, recevant Torifiamme des mains de saint Denis. Cette oriflamme est une ban- <( nière rouge au haut d'une pique et attachée d'un seul côté. * La couleur de celte bannière était rouge en souvenir du martyr de saint Denis et non comme couleur nationale,
Marius Sepet résume ainsi ce qui précède :
l» En premier lieu , la première oriflamme, don du pape Léon III à Charlemagne, d'abord appelée Romaine, puis Montjoie, qui fut probablement portée après le Grand Empereur dans les armées des rois carlovingiens ses successeurs et peut-être même sous les deux ou trois premiers capétiens. Les comtes d'Anjou en étaient les porteurs héréditaires en qualité de grands sénéchaux. Comme nous l'avons dit, le poète de la chanson de Roland commettait une anachronisme en plaçant Geofl'roi d'Anjou dans le cortège de Charlemagne. Le premier Ingelgérien n'a apparu que sous Louis le Bègue, et le premier comte granif sénéchal , Geoffroy-Grisegonelle , que sous Lolhaire; mais si l'oriflamme Romaine on Montjote a été portée par eux sous les deux ou trois premiers capétiens, ils pouvaient bien faire porter en même temps par leur propre sénéchal la bannière de saint Martin. De là, les confusions et les incertitudes;
2a La seconde oriflamme, ou bannière de saint Denis, portée par les rois de France, en qualité de comtes du Vexin, et, comme tels vassaux de l'abbaye de Saint-Denis, étendard suprême des armées françaises jusqu'au temps de Charles VII ;
3» Conjointement avec la bannière de saint Denis, la bannière da France d'azur aux fleurs de lys d'or et que peut-être on peut, dès le milieu du XV""« siècle , qualifier de drapeau bleu.
Nous avons suivi cette discussion jusqu'à ce point pour aflirmer mieux encore la grande et noble existence des comtes Ingelgérieus d'Anjou, nos seigneurs, et, en raison des cir^ constances actuelles et de la question brûlante et bien peu élucidée qui nous agite, nous
suadé par saint Bernard que Texpialion de ses péchés exigeait qu'il allât au secours des pays conquis en Terre sainte par les chrétiens , conduisit, malgré les conseils de Suger, une armée de 80,000 hommes et y fut bientôt suivi par l'empereur Conrad.
On sait quel fut le malheureux résultat de cette croisade.
Baudoin III, fils et successeur de Foulques d'Anjou, régnait alors à Jérusalem et ayait 18 ans : C'était un jeune prince d'une grande espé-
rédons au désir de la développer Je plus succinctement possible jusqu'à l'époque de la Révolution française, toujours guidés par les consciencieux travaux de M. Marius Sepet.
En même temps donc que la bannière de saint Denis, dès l'origine de celle-ci, entant qu'étendard national, est considérée comme la première (la bannière de saint Martin ne pouvant fétre que comme appartenant aux comtes d'Anjou, grands sénéchaux) ; après elle nous voyons apparaître dans les armées françaises une autre bannière, appelée d'abord bannière royale, puis bannière de France. Sous Louis VIT , cette bannière, dont se servit aussi Louis le Gros (sceau du roi), est précédée par l'oriflamme et portée par G. de Rancogne, qui guidait l'avant-garde de Tarmée des croisés dans les montagnes de la Pisidie et de la Phrygie. « Illa die faciebat antegardam Gaufridus de Ranconio, unus de nobilioribus t barmiibus provinciœ Pictavensis , qui gerebat régit banneriam, quam prœeedebat, pro ut « morts est, vexillum beati Dyonisii quod Galtice dicetur Oriflambe, » fOesla Ludovici VII. — Duehesne.} Gales de Montigny la portait également à Bouvines à côté de Philippe Auguste. « Vexillum regale — Régis Franciœ scilicet prœcipuum , ex cœruleo liliitque intersHnctum , « quod vulgà la bannière de France appellamus. » (Will. Brito de prœlio Bovinensi.J Cette même bannière est signalée à Saint-Jean-d'Acre sous le même roi. Sur les vitraux de la cathédrale de Chartres, saint Louis est représenté achevai, tenant d'une main son écn , de l'autre sa bannière semée de fleurs de lys sans nombre sur un fond bleu. Dans l'un des lableaux de la chapelle de Saint-Cyr, représentant la vie de saint Louis, nous nous rappelons avoir vu ce prince se jetant à la mer pour gagner plus vite le rivage couvert de Sarrasins, son ëpée d'une main et sa bannière bleue de Tautre semée de fleurs de lys. Charles VI Tarbora comme ses ancêtres. Elle vit la fin de l'oriflamme et lui survécuL Son origine est évidemment Vécu de la maison de France, et en raison de l'étroite union de la raco capétienne avec la France, cette couleur de la maison royale doit être de bonne heure considérée celle de la nation. Charles VI usait non-seulement, aux armées, de la bannière et des pennons de France, mais encore d'un étendard particulier et tout personnel blanc j rouge et noir sur lequel était brodé le paon son emblème.
D'on autre côté , sans qu'on en puisse marquer exactement l'origine , il n'est pas douteux que la croix blanche ne fut même avant Charles VI un signe royal et national. Jean Jouvenel des Ursins, dit dans son histoire de Charles VI, en 1411 ; « est, dit-il, à advertir que c toutes les choses se faisaient au nom du roi et de Mgr le Dauphin. Mais ils laissèrent la < croix droite blanche, qui est la rrate enseigne du roy. et prirent la croix de saint André « et la devise du duc de Bourgogne. Elle était directement opposée à la croix rouge des « Anglais. »
On ne sait à quel moment précis cette marque nationale balança d'abord, puis remplaça toni à fait l'azur comme couleur de nation et passa des vêtements sur l'étendart. Les premières croix qui passèrent sur les enseignes ne les couvraient pas entièrement. Ces croix ne tonchaient pas les quatre côtés de l'enseigne où elles se voyaient; elles étaient seulement mises en franc-canton, ou bien une enseigne avait un franc-canton sur lequel était mise la croix que cette enseigne devait avoir. Sons Louis XI et sous Charles VIII cette marque nationale figurait sur les étendards. Le président Chassanée , qui a vécu sous les rois Loois XII et François I», fait de cette croix la principale enseigne et la marque distioclive des armées françaises. — Franci vero utuntur in prœlio pro signe Cruce alba — Burgondi cruce Sancte-Andreœ rubcd — Scoli cruce albd — Angli cruce nibea contra Fran-
rance, ausssî impatient d'étendre sa renommée que d'agrandir son royaume.
Cette croisade fut plus malheureuse que la première ; aucun genre de gloire n'y racheta les revers des chrétiens. La dissolution des mœurs, jointe à la conduite perfide de l'empereur de Constantinople , en fut la cause principale. On recevait, en effet, dans les rangs des croisés, les hommes les plus corrompus, saint Bernard y appelant les grands pécheurs pour les ramener dans la voie de Dieu.
cos et rosis contra Scotos — Veneti Leone — Saevi Urso — Senenses Lupd — NapoIiUnî asino onerato clitelld.
L'étendard bleu à croix blanche figurait aux fonëraiUcs d*Henri IV. (André FaTjn.)
Sons Louis XIV le pavillon de la marine royale était blanc, et les capitaines des naTÎres de long cours ne pouvaient prendre, diaprés son ordonnance du 9 octobre 1661, que TaDcien pavillon de la nation française, qui est la croix blanche dans un étendard d'étoffe bleue avec l'écu des armes de sa majesté sur lé tout. — On le voit . le pavillon bleu cède la place au pavillon do même couleur chargé d'une croix blanche.
Sous le règne de François l***, le pavillon bleu commence donc à céder le pas au pavillon bleu et blanc et le règne de ce dernier étendard s'étend de François I'' à Henri I V.
Sous quel règne le drapeau blanc qu'amenait le cours naturel des choses ; relégoa-til définitivement le drapeau bleu et blanc au dernier rang?
L'étendard de Jeanne d'Arc était blanc — Eratque coloris iiBi de tela alba vel boMeessino— Perceval de Cagny, — procès — Elle y entra (dans Orléans) armée de toutes pièces,
montée sur un cheval blanc et faisait porter devant elle son estendart qui estait
blanc.
Le premier drapeau blanc porté au nom du roi dans les armées françaises fut ce qu*on appelait la Cornette blanche. En créant un colonel général de l'infanterie, François l** lui accorda la cornette blanche pour marquer son autorité supérieure sur toute l'armée, délégation de l'autorité royale par conséquent. On doit en inférer que son pennon (bannière personnelle) était aussi blanc. Daniel fait remarquer que lorsque nos rois marchaient aa combat, c'était sous la cornette blanche, qui depuis François !<' devint le pavillon de censmandement. Le P. Daniel écrivait cela en 1660. Louis XIV ayant supprimé la charge de colonel général d'infanterie , le colonel de chaque régiment devint le chef direct d'une de ses compagnies, nommée alors compagnie colonelle, qui eut la cornette blanche, les autres portant soit les couleurs de leur province, soit celle do leur chef, toujpurs traversées par la croix blanche.
Henri IV portant Técharpe blanche, le panache blanc, la cornette 62afi€^et le blanc étant devenu le signe du parti royaliste, d'autre partie pavillon national tendant toujours i éliminer le bleu pour devenir complètement blanc, il y. a lieu de penser que cette transformation a été complète sous ce règne.
L'Assemblée nationale Ta, du reste, hautement reconnu, car elle a décrété : « L'Asaemc blée nationale, ouï le rapport de ses comités de marine, diplomatique, militaire et des « colonies, décrète que le pavillon blanc, qui jusqu'à présent a été le pavillon de la France, c sera changé en un pavillon aux couleurs nationales. »
Néonmoins , encore à cette heure, le blanc est toujours en France le signe du commande^ ment en chef. Le lieutenant-colonel, portant le plumet aux trois couleurs, prend Taigrette blanche, quand il est promu au grade de colonel. Tous les généraux de brigade portent à leur chapeau la plume noire , ainsi que les généraux de division ,* la plume blanche ne peut être portée que par les généraux de division ayant commandé un corps d'armée en chef devant l'ennemi et par les maréchaux, qui ne sont promus à cette dignité, qu'après avoir rempli cette même condition. Le blanc est donc resté la marque de l'autorité suprême.
La reine Eléonore, dont la beauté était éclatante, y avait donné les plus mauvais exemples par la légèreté de sa conduite et la licence de ses mœurs.
Baudoin III régna jusqu'à 4462, empoisonné par un médecin syrien. Sa mort excita les regrets les plus vifs. Nourredin lui-môme refusa de profiter de cette occasion pour entrer en Palestine : « A Dieu ne plaise, dit-il, que € j'aille troubler la douleur d'un peuple qui pleure un si bon roi... » Il eut pour successeur son frère Amaury, de 1462 à 4474. Baudoin IV, fils d'Amaury, régna sur Jérusalem de 4474 à 4485, et son neveu Baudouin y, seulement que de nom. L'année suivante Saladin s'emparait de Jérusalem.
Nous avons suivi jusqu'à son extinction cette branche de la maison d'Anjou tenant de si près à Hélie de La Flèche par Eremburge , sa fille , épouse de Foulques (Michaud).
Au moment où saint Bernard prêchait cette croisade , Henri d'Anjou , fils de Geofîroy-Plantagenet et arriére-petit-fils d'Hélie de La Flèche, atteignait sa 46"*« année , âge auquel la jeune noblesse recherchait les honneurs de la chevalerie et tâchait de gagner ses éperons ; les fils des princes n'étaient pas assujettis à un long noviciat ; il fallait qu'ils pussent de bonne heure prendre la tête de la bataille. Aussi il désira être armé chevalier par son grand-oncle David , roi d'Ecosse de 4424 à 4443. Bertrand de Molleville dit que le jeune Henri ne serait passé en Angleterre qu'en 4447. A cette époque le roi David était mort.
Quoiqu'il en soit, il débarqua en Angleterre avec une suite considérable et fut trouver le roi à Carlisle , ville qui , alors , appartenait à ce prince. De l'Ecosse , il fit quelques incursions pour ranimer les espérances de son parti.
De retour en Normandie, il fut, à l'instigation de sa mère, investi par le roi Louis VII de ce duché, ainsi que des Etals de son père, qui mourut au mois de septembre 4152 à Château-du-Loir. Ayant voulu se baigner dans les eaux limpides du Loir, Geoffroy fut atteint d'une pleurésie qui l'emporta à l'âge de quarante ans. L'archevêque de Tours et l'évêque du Mans, Guillaume de Passavant, s'étaient empressés de se rendre auprès de son lit de mort. Ils l'assistèrent dans ses derniers moments et furent chargés par lui de notifier sa volonté à son fils Henri , volonté relative à la réparation de ses injustices à l'égard des églises. Il partageait ses Etats entre ses deux fils. Avant d'expirer, il exigea des évêques et des seigneurs présents la promesse de ne point inhumer son corps avant que son fils Henri ne se fut engagé par serment à respecter ses dernières volontés. Celui-ci s'y décida avec peine ; il le fit cependant, mais avec la résolution de s'en dégager à la première occasion.
Le comte Geoffroy-Plantagenet fut enseveli dans l'église cathédrale du
Mans, par Guillaume de Passavent, avec une pompe digne du rang du défunt.
Ce prince fut le premier qui fut enterré dans l'enceinte d'une ville. On voyait encore à la fin du XVIII'»® siècle sur le premier pilier â droite, au haut de la nef, un portrait de Geoffroy, sur cuivre émaillé, qui avait fait partie du monument que l'évoque avait élevé à la mémoire du comte et qui passait pour un chef-d'œuvre. Ce bel émail est conservé au musée du Mans. Au bas de ce tableau on lisait ce distique attribué à l'évéque Guillaume :
Ense tao, Princeps, prœdonum turba fagatur ; Ecclesiisque quies, pacs vigente, datur.
(Par ton épée , ô prince, les brigands sont mis en fuite ; la paix est assurée au pays et le repos aux églises.)
Ce fut encore révôcjne qui engagea un jeune moine nommé Jean, appartenant à l'abbaye de Marmoutier et devenu l'un des bons historiens de son temps , à écrire son histoire.
« Quoiqu'il en soit, dit encore Dom Piolin, il est certain que le moine « Jean et les chroniques d'Anjou ont représenté Geoffroy-Plantagenet sous « des couleurs trop flatteuses. Sa bravoure et ses talents militaires étaient « éclipsés par une aveugle férocité ; son orgueil lui lit mépriser plusieurs « fois les saintes lois de l'Eglise... »
Le jugement sévère du savant bénédictin n'est pas à dédaigner ; nous devions donc en tenir compte et ajouter qu'en raison des mœurs du temps, ces actes, méritant le blâme, attiraient moins l'attention des contemporains.
Geoffroy avait fait peindre sur son bouclier des lions, qui sont encore les armes d'Angleterre, quoique beaucoup les prennent pour des léopards. C'était un habile fourbisseur nommé Galane, fabrorum superlativus Galanus, qui avait forgé son armure.
Selon Rapin Thoiras (Hist, d\Angl., t. II, p. 240), Richard Cœur de Lion fut le premier qui prit trois lions dans ses armes. Il en avait fait mettre deux dans son écu , comme le rapporte Thibaud dans son Histoire du Poitou; il ajouta, sans doute, le troisième comme duc d'Aquitaine ou de Guyenne. On sait que cette province portait un lion dans ses armes, ainsi qu'il résulte d'une médaille de Charles VII de U51. (Extrait de Baraillon, Recherches sur plusieurs moiiumeiits celtiques,)
L'usage des armoiries a commencé pendant les croisades pour distinguer les personnes, qui, étant toutes couvertes de fer, n'étaient guères reconnaissables sans une marque extérieure ; c'étaient par les cottes d'armes que les chevaliers se distinguaient; et les différentes fourrures que les français mettaient sur leurs cuirasses formèrent les couleurs , qui de là passèrent
dans leurs armes , et qu'il est aisé d'y reconnaître, telles que l'hermine, le vair, le sable, le sinople, etc. A ces couleurs, on ajouta quelques ornements pris encore de l'habillement, comme la face de la jarretière, la pale de répieu, le sautoir représentant l'étrier, la macle, mailles qui formaient le haubert.... etc. (Du Cange.)
A ce sujet, M. Bégin , le docte historien de la Lorraine et de ses princes, ancien bibliothécaire du Louvre , dit :
< Ayant les croisades , il existait déjà des armoiries exclusivement pro- 4 près aux seigneurs qui avaient paru dans les tournois ; mais elles nedevin- < rent fixes et liéréditaires , distinctives de race , qu'après la première expé- « dition en Palestine. » (Bégin , Hist, de Metz.)