PRYTANÉE MILITAIRE
c il serait fait à ce rapport des changements qui ne pourraient être que c satisfaisants. Enfin , j'ai revu une troisième fois la personne que vous c savez et qui ne doit pas être nommée. Son nouveau rapport est prêt. Il c porterait que La Flèche resterait Collège militaire, n'aurait pas, comme € anciennement , moitié des places à Saint-Cyr, mais qu'il lui en serait € accordé chaque année un certain nombre pour les élèves les pliLS distin^ € gués en dehors du concours général...,, »
Cependant, le général Maizière, toujours sur la brèche, nous écrivait de Paris, en date du 20 mai 4853 : « J'ai donc eu un long entretien avec € M. Debacq, (4) et nous avons passé en revue toutes] les questions qui € intéressent le présent et l'avenir du Prytanée. Il s'occupe actuellement € d'une nouvelle organisation, en vue de la 49°>« année accordée définiti- € vement aux élèves , et d'autres détails qui s'y rattachent. Il parait certain € qu'une faveur de points sera faite à nos élèves , lorsqu'il s'agira du clas-*
c sèment des admissibles Voilà, je crois, tout ce qu'on peut espérer
c maintenant Notre projet sur l'engagement à 47 ans et l'admission,
€ comme sous- officiers dans les corps, des bons élèves malheureux au € concours, ne me semble pas avoir été examiné sérieusement » (2)
Enfin , le décret du 23 mai ferme les portes du Prytanée aux fils de soldats et de sous-offlciers , donne aux élèves la faculté de rester dans la Maison jusqu'à l'âge de 49 ans, et tous ceux qui étaient reconnus admissibles pour Saint-Cyr devaient être avancés de quinze rangs sur la liste. Cette dernière mesure provoqua bien des clameurs , car elle ne pouvait profiter qu'à ceux qui se trouvaient dans les quinze premiers non reçus. Elle fut bientôt supprimée, sans que l'on pensât que le Prytanée pût en souffrir.
Le 6 juillet 4853, M. le Maréchal de Saint-Arnaud, Ministre de la guerre, vint visiter le Prytanée. Après avoir passé la revue des élèves, il fit former le carré et leur dit : t Souvenez-vous des exemples que vous ont légués € vos aines; soyez dociles à la voix de vos chefs, car il faut savoir obéir « pour commander plus tard. Rendez-vous dignes, par votre conduite , « des soins dévoués dont vous êtes l'objet, et ne manquez jamais à votre « qualité d'enfants de l'armée. »
Le général Cœur, appelé au siège de Sébastopol , quitta résolument une position calme et tranquille pour aller affronter des dangers de chaque jour, donnant ainsi à ses élèves un grand exemple de courage et d'abnégation.
« — Alors, /e suis battu, dit Tinspecteur. »
De là le sens da rapport qa*U fît de soa Toyage à La Flèche.
(1) M. Debacq, chef du bureau des Etats-majors et des écoles militaires.
(2) Ce projet avait été présenté par M. de Montzey ; il tendait h assurer sans contrerenir à la loi de recrutement, le grade de sergent à 19 ans à tout élève instruit et bon sujet, mais ayant éohoué au concours pour Saint-Cyr.
M. de Robernier reçut alors les fonctions de Commandant en chef, qu'il conserva jusqu'à l'époque de sa retraite ; on chercha à le dédommager de ce renvoi prématuré en le nommant Commandeur dans Tordre de la Légion d'honneur. Il avait, comme chef de bataillon, lieutenant-colonel et colonel, commandant soit en second , soit en chef, donné au Prytanée dix années de son existence. Il eut pour collaborateurs MM. de Luxer et de Monet.
En succédant au Maréchal Vaillant, le Maréchal Randon porta immédiatement son attention sur les moyens de faire progresser l'instruction dans l'armée et d'améliorer toutes les institutions d'éducation militaire. Il donna le commandement, en 4859, à M. le général Lefévre , qui imprima une marche nouvelle à tous les ressorts de cette maison ; douceur ei inflexibilité, telle fut la régie dont on ne se départit plus. L'enfant gangrené put être renvoyé immédiatement, sans que cette mesure subit toutes les lenteurs habituelles ; alors son effet devint décisif.
Une haute Commission , chargée de la réorganisation de l'Ecole spéciale de Saint-Cyr, devait nécessairement s'occuper de celle de La Flèche. Sur quels points devait-elle porter? Rendre désormuis inattaquable l'existence si souvent menacée d*un Etablissement exceptionnel, lui conserf)er sa forme et son édv,cation militaires, l'affilier avec l'Université , dans la proportion du possible et sans altérer sa constitution native, de manière à la faire marcher d'un pas égal avec les autres Collèges.
En conséquence, un Inspecteur de l'Université fut préposé; sous les ordres du général , à la direction des études ; l'élève put concourir pour les deux baccalauréats.
Les professeurs furent proposés par l'Université et acceptés par le Ministre de la guerre.
M. le Lieutenant-Colonel Lecomte , élevé bientôt au grade de Colonel, avait remplacé M. le Colonel de Monet, admis à la retraite, et M. Cournuéjouis , ancien proviseur du collège d'Alger, fut envoyé à La Flèche pour remplir les fonctions d'Inspecteur des études,
Sous ces chefs intelligents et dévoués , le Prytanée se distinguait chaque année par ses succès ; on conserva à sa tête le général Lefévre , quoique son âge l'eût placé dans le cadre de réserve.
Mais ce fut surtout au moment de la fatale guerre de 1 870 que chacun put comprendre que la France possédait à La Flèche une véritable école militaire.
Personne n'ignore qu'après nos revers, on vit paraître une multitude de projets de réorganisation pour l'armée, et, comme toujours depuis bien des années, le Prytanée fut de nouveau vivement attaqué et placé au nombre des institutions qu'on devait supprimer comme inutiles et trop coûteuses. Un journal fort répandu se fit l'avocat de cette mauvaise cause. Nous répondîmes en ces termes: Après chaque révolution, la Maison de
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La Flèche a été toujours Tobjet d'attaques plus ou moins ardentes et injustes. Les plus modérées 9 en demandant sa suppression, cherchent à démontrer qu'elle est inutile ^ que l'éducation, soi-disant militaire que Ton y donne, n'est qu'une plaisanterie ^ qui ne doit tromper personne, et qu'enfin les anciens officiers de St-Cyr, qui ont eu à instruire et à exercer les jeunes gens de La Flèche , affirment qu'il n'existe pas la moindre différence entre eux et ceVfX qui viennent des Lycées. On ajoute que l'on doit, dans l'intérêt des finances de l'État, supprimer tout cet État-Major d'officiers qui se prélassent à l'Ecole ainsi que tou^ les professeurs, et donner simplement des bourses et demi-bourses aux fils de militaires qui ont droit à cette faveur, dans les collèges universitaires. (4)
Quand un officier arrive devant l'ennemi , il est impossible que , malgré tout son courage , il ne reporte pas de suite sa pensée sur les siens, sur ses enfants surtout, que peut-être il ne doit plus revoir. Cette pensée ne serat-elle pas moins amère, s'il sait, qu'en pareil cas, ses enfants seront de droit ceux de la France ? Nous souffrons, quand nous entendons leur appliquer l'épithète de privilégiés par ceux qui doivent la tranquillité de leur existence ou le succès de leurs opérations industrielles à cette armée qui représente la Nation sur le champ de bataille et lui permet de continuer à progresser dans tous les arts et toutes les sciences nécessaires à sa grandeur ou à sa prospérité.
Or, lef^rytanée n'est-il pas la grande maison scolaire de l'armée? N'est-ce pas l'asile qui attend les plus abandonnés? Tout bienfait accordé |dans ce sens ne retentit-il pas dans les corps en rendant plus douce la mort du père sur le champ de bataille? Vis-à-vis d'un tel sacrifice, suffit-il que l'État mette une bourse ou une demi-bourse dans la main de l'orphelin militaire et le place ensuite dans n'importe qud collège universitaire? Ah ! ne voil-on pas que , désormais disséminés dans les différents collèges , les enfants de l'armée y seraient bientôt écrasés par l'influence du rang social et de la fortune de beaucoup de leurs condisciples, privés du lien principal qui les rattache au Gouvernement dans cette maison, véritable type du système égalitaire, où les fils du général, du simple officier, du pauvre, du riche, du noble ou du roturier sont l'objet des mêmes sollicitudes.
Le Prytanée restera donc toujours Maison d'éducation militaire, comme l'ont prouvé des statistiques qui, ainsi que l'affirme M. l'Intendant général Darricau (â] , ont fait sensation au Ministère de la guerre , et qu'on peut retrouver dans le i^*^ volume des Institutions d'Éducation militaire ^ pages 220 et suivantes.
(1) Journal la Liberté, 16 février 1872.
(S) M. Darricau, ancien élève de La Flèche, était alors chef de Tadminislration de la guerre.
Disons maintenant ici que la maison de La Flèche, privée en 4830 de la plupart de ses avantages , a conservé sa supériorité due à la vocation cultivée par la préparation. L'infortuné Général Lecomte, Tun des plus nobles martyrs du devoir, nous disait alors qu'il commandait en second au Prytanée : « Quand nous rencontrons ici la vocation militaire, nous la cultivons avec soin; qiuind elle ne se trouve pas, nous la formons, »
Le général Lecomte était lui-même un élève de l'école, dont il allait prendre le commandement en chef, quand il tomba sous les coups des assassins de la commune. M. le général Lefèvre, nommé divisionnaire pendant la campagne, était rentré dans le cadre de réserve après avoir repris provisoirement ses fonctions à La Flèche. Depuis le concours de 4834., les élèves de La Flèche avaient été soumis aux mômes exigences que leurs rivaux et ont subi la loi commune. (4) Or de 4834 à 4844, La Flèche a envoyé à St-Cyr 244 de ses élèves, dont 42 étaient officiers généraux en 4867 /c'est 4 sur 20. Les autres institutions réunies ont fourni dans cette môme période 4549 élèves, dont, à la môme époque, 41 seulement étaient généraux, ou 4 sur 32. Ces moyennes ne viennent-elles pas dominer la question tout entière? N'apportent-elles pas à la cause que nous plaidons un irrésistible argument? Les officiers et professeurs, qui ont amené par leurs soins de pareils résultats, ne sont-ils pas pleinement justiflés? Est-ce le hasard qui a fait que peu de temps avant la guerre, les quatre emplois qui, à Paris, engagent le plus la responsabilité personnelle, étaient confiés à quatre élèves de La Flèche : le général Soumaîn, commandant la' 4" subdivision de la Seine et de la place de Paris ; le colonel Lourdes , major de la place ; le général de Courson , chef de l'État-Major général , et le colonel Letellier-Blanchard , colonel de la garde de Paris ? Est-ce encore le hasard qui a fait que le seul vainqueur des Prussiens soit le général d'Aurelle , sorti de La Flèche en 4822 pour entrer à St-Cyr, qui le donnait à l'armée en 4824. (2)
Quand la guerre a éclaté, et, surtout après nos dernières défaites , le général Lefèvre, septuagénaire, ainsi que tout son personnel militaire, officiers , sous-officiers et caporaux , ont rejoint les différents corps d'armée , et ils y ont été immédiatement suivis par 86 élèves, dont 5 arrivés aux
(3) Noas avons dit plus haut que, de 1818 à 1831, les élèves de La Flèche jouissaient dn privilège d*un concours séparé par suite duquel ils pouvaient remplir la moitié des places à l'école de St-Cyr.
(4) Pendant que les Prussiens occupaient La Flèche , un commandant de dragons , Je baron Von Rraatz logeait dans no,tre maison ; nous lui adressâmes cette question : t Que pensez-vous dn général d'AurcUe, l'élève de notre maison militaire? »
« Mon frère, général en chef, répondit-il, m'écrivait il y a peu de temps de Vendôme : « Encore un bonheur, cher frère, le général d'Àurelle est destitue. > L'hommage rendu par Tennemi ne pouvait être plus complet.