HOTEL-DIBU DB LA FLÈCHE
péchèrent probablement de donner suite à ce projet, qu'on avait trèssérieusement étudié.
Comme nous Tavons dit, les biens de l'Hôpital , propriété des pauvres malades , avaient subi la loi générale : la Nation avait bénéficié de 667, S89 livres 13 sols et 4 deniers , tant que pour immeubles vendus par elle que pour rentes qui lui avaient été remboursées ; il ne restait donc plus à l'Hôpital que S,788 livres 6 sols 7 deniers de rente , et encore ce revenu apparent allait être susceptible de réduction. C'était simplement la misère vis-à-vis de la misère.
Il fallait y pourvoir, reconstituer dans la mesure du possible.
On créa une Commission de secours. Nous nous empressons d'enregistrer ici les noms de ceux qui se vouèrent à une mission aus^i difficile :
C'étaient les sieurs Foucher; Courtois; Le Métayer; Rojou; Boisard; Baratte; Lahorie; Salmon; Jottu; les Dames veuve Gaulais; Morinier; veuve Fonvive. M. Le Métayer était président, M. Rojou, agent-syndic, H. Le Febvre Chérouvrie, administrateur. C'était au 4 messidor an II (22 juin 4794).
Les comptes de l'Hôpitiil devaient être soumis au visa des citoyens Lusson , commissaire général de la commune ; Charles Liberge aîné , commissaire du Comité révolutionnaire, et Le Febvre, commissaire de l'Agence de secours^. Baratte, trésorier, et Boucher, officier de santé.
Neuf Religieuses , a-t-on dit, restèrent à l'Hôpital et prêtèrent serment, sur le conseil d'un prêtre, pour pouvoir continuer leurs soins aux malades.
La révérende Mère Gaudin a bien voulu nous transmettre à ce sujet une note que nous devons consigner ici comme rectification de ce que nous avions transcrit aux archives de l'Hôpital.
Ces neuf personnes reçurent immédiatement de la Municipalité la qualification de Gouvernantes de l'Hôpital, et le Procureur de la commune, terroriste bien connu, leur distribua à son gré les fonctions que chacune d'elles dut remplir. *
Le 10 frimaire an II (30 novembre 1793) , M">« Cottereau avait été nommée Dépositaire ; W^ Joulain fut préposée à la salle des vieillards ; M*»* Richard reçut la direction des deux salles ; M"** Rapicaut dut s'occuper de l'éducation des jeunes garçons , et M"»® Lenoir de celle des jeunes filles , recevant du Procureur de la Commune un programme que certainement elles n'ont pas suivi : M"" Victoire , Hubert et Baudrier présidèrent aux travaux des ouvriers et des ouvrières, et & la boulangerie. M>»* Cristain eut la direction de la pharmacie.
€ M"^** Rapicaut, Lenoir et Victoire ne sont pas des religieuses de notre « Maison, nous écrit la révérende Mère Gaudin; leurs noms ne figurent « sur aucun de nos registres, pas même sur celui des professions. Nous € avons eu plusieurs Sœurs Lenoir ^ mais la dernière est morte en 1787.
« Nos Sœurs Cottereau, Richard et Joulain étaient Scsun de chœur, et nos « Sœurs Hubert , Baudrier et Cristain étaient Sœurs converses. Donc , an « lieu de neuf religieuses hospitalières ayant prêté le serment constitua « tionnely il n'y en a réellement que six. La Sœur Cristain s'était retirée à « Noyen après le renvoi des Religieuses. »
Etant venue à La Flèche, elle y rencontra un des membres de la Municipalité, qui lui dit : « Aimes-tu ton prochain plus que toi-même? » « Oui, « répondit-elle » « Va donc à l'Hôpital. »
Elle y fut.
Plus tard, le U pluviôse an VIII (10 février 4800), elles furent dénoncées au commissaire central du Gouvernement par le commissaire de La Flèche, le citoyen Lenoir, qui avait remplacé le très-honorable M. Rocher. Il y avait une réunion au Temple décadaire pour promettre fidélité à la Constitution. Ces Religieuses s'y rendirent d'autant moins qu'elles n'y avaient pas été invitées, quoique le citoyen Lenoir eût requis l'Administration de le faire; le Président n'en tint pas compte , ne les considérant pas comme fonctionnaires : « Je crois devoir vous prévenir que ces gouvernantes sont des « ex-religieuses qui ont prêté le serment exigé par la loi ; puis elles s'en sont « rétractées et n'ont jamais cessé leurs fonctions depuis cette époque. C'est « vouloir perpétuer le fanatisme dans cette Maison , qui est cependant un « Etablissement républicain, * (Archives du Mans. — Lettre du citoyen Lenoir.)
Cet incident n'eut pas de suite , quoiqu'on en eût saisi le Ministre de la police, qui jugea probablement que ces pauvres filles avaient autre chose à faire que de courir aux fêtes publiques.
Ce détail vient nous dire que les six Sœurs de Saint-Joseph avaient osé rétracter leur serment.
Après une assez longue discussion de commode et incommode avec l'Administration supérieure, l'échange de l'Hôpital avec la Visitation fut définitive le \^ floréal an XII (21 avril 1801), par décision préfectorale.
Par suite, l'Administration municipale proposa au Gouvernement de concéder l'Hôpital pour y établir les prisons , les tribunaux et un corps de caserne pour la gendarmerie ainsi que pour la troupe, établissement dont le besoin se faisait vivement sentir, en raison de l'insalubrité du local occupé par les tribunaux et les prisons, et, en plus, du peu de sûreté de celles-ci. Il s'agit ici de l'ancien Présidial, situé, comme on le sait, au coin de la rue des Quatre-Vents et de celle du Château.
Le don le plus considérable qui fut fait à l'Hôpital au XIX* siècle fut celui de M. Micault, don montant à 50,000 francs.
Il servit à bâtir la chapelle.