‹ Histoire de La Flèche et de ses seigneursChapitre 239 sur 251 · LA PROVIDENCE (PAROISSE DE SÀIMTE-COLOHBE. COHHUNE DE LA FLÈCHE · texte numérisé non relu

LA PROVIDENCE (PAROISSE DE SÀIMTE-COLOHBE. COHHUNE DE LA FLÈCHE

Vers le milieu du XVIII siècle, M. François Jamin, de Pontvallain, vint se 6xer à Sainte-Colombe , rue de la Beuffrie , pour y exercer la profession de tanneur. Il y acheta une maison dont la grandeur, le jardin et la proximité de la rivière y rendaient facile l'exécution de son dessein. Il y mourut en 4770, honoré de ses proches , de ses enfants et de tous ceux qui avaient avec lui des rapports habituels, soit d'affaires, soit de société. Sa femme, Renée Sesboué , de Bouère, le suivit de près , laissant trois fils et une fille. L'aîné, après avoir servi dans un régiment de dragons, devint procureur au Présidial de La Flèche et y exerça, pendant plus de trente ans, les fonctions de Juge de Paix. Le cadet embrassa la profession de son père, et il eut pour fille M"<' Françoise Jamin , née le 4*' mars 1773. Elle vint au monde dans les plus mauvaises conditions d'existence. Mais Celui qui la destinait à opérer et à préparer tant de bien, fortifia sa santé. La charité était, pour ainsi dire, l'essence de cette jeune âme, et dès l'âge de sept ans, son imagination rêvait déjà ce qu'elle a accompli depuis. Elle commença son éducation au couvent de la Visitation (maintenant l'Hôpital) , mais une assez grave indisposition nécessita son retour chez ses parents. Une de ses tantes voulut la fixer auprès d'elle, à Tours, et lui procurer tous les plaisirs qui rattachent au monde. Mais rien ne put la séduire. Elle revint chez elle et se mit sous la direction de Michel Chapeau , prieur-curé de Sainte-Colombe, qui cultiva, avec le plus tendre intérêt, cette plante précieuse, dont Dieu avait orné le champ de l'Eglise confiée À ses soins. Dès l'âge de quinze ans, M"* Jamin renonça du fond du cœur aux jouissances du monde et se fit initier aux éléments de la science médicale par M. Charles Boucher, chirurgien de l'Ecole militaire , qu'elle avait souvent rencontré chez les pauvres , qu'ils soignaient de concert.

La Révolution arrivait à grands pas, et, en 1790, Michel Chapeau, qui qui avait été nommé Maire par ses paroissiens, sommé de prononcer le serment, y consentit, mais en faisant de telles restrictions, qu'il fut considéré comme réfractaire et forcé de quitter sa chère paroisse et son élève de prédilection. Ce vieillard octogénaire, arrêté à Angers et traîné une corde au cou par les Révolutionnaires, fut noyé avec un grand nombre de victimes. « Encore quelques- jours , avait pu écrire le saint prêtre à M"« Jamin , c et je vais avoir le bonheur de sacrifier ma vie pour confesser ma foi. En « TOUS écrivant, j'ai voulu vous donner, avant de mourir, une dernière « preuve de mon affection et transmettre par votre organe à mes parois- « siens les avis que je crois leur être nécessaires »

358 l'A FLÈCHE DEFiriS 1789.

L'espace nous manque pour écrire et raconter ce temps de la vie de M^^ Jamin. An reste, nous savons qu'un ecclésiastique s'est occupé , à la ProYtdeace même, de donner au public une vie bien complète de M^^ Jamin , et ce que nous pouvons en dire ne peut nuire à l'intérêt de cette œuvre, qui est en ce moment entre les mains du vénérable aumônier de cette maison, M. l'abbé &oaty. Les secours qu'elle prodiguait à ceux qu'on poursuivait à outrance, son hospitalité si courageuse pour les prêtres cachés, rien ne l'arrêtait, ni les poursuites, ni les rigueurs de l'hiver; le pauvre ^ le malade, le blessé la trouvait toujours auprès de lui au moment où tout l'abandoBoait. Ces actes sublimes attirèrent sur elle les regards de ceux pour lesquels ces mêmes actes devenaient l'accusation la plus positive contre les leurs.

Mais elle fut la plus forte : Dieu était avec elle.

Enfin, l'horizon devint plus serein : on rappela les prêtres. M. Potery put alors exercer son ministère à Sainte-Colombe.

Entoui^e des ruines qu'avait faites la Révolution , W^ Jamin conçut le pi*ojet de fonder un établissement où toutes les misères qu'elle soulageait chaque jour pussent l'être après sa mort.

Elle fit d'abord un noviciat de deux ans aux Incurables de Baugé; puis elle revint à Sainte-Colombe, où elle eut bientôt la douleur de perdre M. Potery, qui succomba sousrles coups d'un homme débauché qu'il avait refusé d'unir à sa concubine du vivant de sa femme légitime.

M. Pierre de La Roche, dont la mémoire est restée si chère aux habitants de La Flèche, prit possession de la cure de cette ville en 4802, et M'^ Jamin l'aida de tous ses efforts pour seconder son désir de rétablir des hospitalières de Saint-Joseph dans le couvent abandonné de la Visitation. Ce fat après y avoir réussi qu'elle songea h fonder, dans d'autres conditions qui comblaient bien des lacunes, son Etablissement de charité. Elle commença par réunir plusieurs femmes de la Reuffrie abandonnées au plus honteux libertinage. M"* Jamin supporta à ce sujet bien des contradictions, et si elle ne réussit pas à ramener toutes ces femmes au bien, elle eut néanmoins la consolation d'en voir mourir plusieurs sous son toit dans les plus pieux sentiments de repentir et de foi.

Bientôt s'éleva une petite chapelle , puis des salles séparées ; du linge et des lits furent offerts par le public, qui, lui-même, donna à ce nouvel asile le nom de Providence, Il fallut alors s'occuper d'un règlement pour les filles pieuses qui voulaient se préparer à l'état religieux en se dévouant an service des pauvres et à l'éducation de leurs enfants.

Sur la demande de Mgr de Pidoll, l'Empereur Napoléon, par nn décret du 25 janvier 4807, autorisa l'érection de la chapelle et l'exercice de l'office public dans la Maison de charité fondée par M"* Jamin.

Cette chapelle fut bénite en 4809 par M. de La Roche, qui ne cessa de

Page 1