PROVIDENCB DE LÀ FLÈCHE
s'occuper de cet Etablissaoïent. Un règlement plus étendu fut approuvé par l'autorité épiscopale sous le nom de : Règle des Filles du très-saint Cœur de Marie, adoratrices du très» saint Cœwr de Jésus dans le Sacrement de l'Autei, servantes des Pautyres de la Providence de La Flèche. Ce règlement préToit tout ce que la charité la plus étendue peut donner tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. — Asile aux pauvres filles ou femmes sans secours, admission de dames ou demoiselles âgées désirant mener une vie retirée ; instruction donnée aux orphelines ou filles des familles pauvres ; classe pour les petites filles du quartier et des paroisses environnantes ; visites de malades dans la ville et la paroisse de Sainte-Colombe , pauvres ou riches » mais de préférence aux pauvres.
En 4811, M"* de La Girouardière , supérieure des Incurables de Baugé, roulant donner une marque de sympathie à M"^ Jamin , lui concéda un morceau de la Vraie Croix extrait de celui qu'elle possédait et qui, sauvé & la Révolution , avait été , depuis plusieurs siècles , honoré dans la chapelle du couvent de la Boissière.
Mais des épreuves attendaient M"« Jamin : son œuvre fut suspendue faute de moyens pour la soutenir; les calomnies, les créanciers lui firent boire et vider le calice jusqu'à la lie. Elle partit pour Angers et y rencontra an bienveillant consolateur dans Mgr de Montault , qui , après avoir écouté avec attention le cruel récit de ses douleurs , lui dit, en lui offrant une croix d'argent devenue le modèle de celles que portent à cette heure les Religieuses de la Providence : « Prenez cette croix ; ce n'est pas la seule que € vous devez porter; mais souvenez-vous qu'avec la grâce de Dieu il n'en c est pas de trop pesantes. »
De 1842 à 1818 , W^^ Jamin, au prix des plus grands sacrifices et des privations de tout genre, parvint à dégrever sa maison; d'abondantes aumônes et des pensions avantageuses augmentèrent l'aisance de la Communauté, à laquelle M. de La Roche chercha, en 1819, adonner une existence légale. M"« Jamin offrit alors à ses Sœurs de leur faire l'abandon de tout ce qui lui restait de fortune, montant à 37,529 fr. et provenant en partie de dons qui lui avaient été faits.
On n'a pas encore oublié à La Flèche l'effrayante épidémie qui désola la population en 1826. Toutes les classes de la société furent atteintes par un mal qui échappait à la science des médecins; la fille du général Danlion, commandant l'Ecole militaire, succomba ainsi que plusieurs élèves. Les Sœurs de la Providence saisirent avec empressement l'occasion de donner des preuves éclatantes de leur dévouement; partout on les vit seconder Tunique prêtre , qui, au presbytère, n'avait pas été obligé de suspendre ses travaux.
Enfin, le 23 mars 1828, une ordonnance royale fixa définitivement le sort de la Communauté. Mgr du Mans voulut bien donner le pouvoir de
procéder à l'émission des vœux des Sœurs de la Providence. M. de La Roche, supérieur, et M"* Jamin Toulaient, avant d'en^ger ces Religieuses à perpétuité , les préparer au sacrifice irrévocable de leur personne. Aussi , ces vœux provisoires n'engagèrent les douze Sœurs alors présentes à la Communauté que pour une année seulement.
Les événements de 1830 vinrent susciter de nouvelles difficultés à la Mère Jamin et compliquer sa position par les attaques qu'elle eut à subir des héritiers de plusieurs anciens donateurs. Mais d'autres vinrent suppléer à ces pertes. Vers 4835, elle obtint un aumOnier, M. l'abbé Fresneau, (4) qui, dès le débuts s'attacha d aplanir toutes les difficultés inhérentes k son nouveau ministère.
Néanmoins, cette vénérable Mère, rongée par les inquiétudes, se vit encore sur le point d'abandonner son œuvre. Combien de fois elle passa^ dit-on, les nuits en prières, cherchant pendant le jour à relever le courage quelquefois abattu de ses chères Filles.
Cependant, vers 4840, cette âme si forte plia sous le faix. On s'aperçut que SA marche devenait chancelante; sa parole s'embarrassa, et son état s'aggrava au point que toute espérance de guérison fut perdue.
Le 47 novembre elle expira vers la fin de la journée.
Cette sainte Religieuse fut inhumée au milieu du chœur, en présence d'un nombreux public, qui écouta avec un pieux recueillement l'oraison funèbre prononcée par M. l'abbé Poulet, alors vicaire de la paroisse de Saint-Thomas, et mort, il y a peu d'années, curé de celle de Saint-Benoît du Mans.
Sur cette tombe, cette Maison, si péniblement fondée, grandit chaque jour, et riches ou pauvres aspirent à y terminer paisiblement leur vie.
COMBfUNÀUTÉ DE NOTRE-DAME.
Les Religieuses de Notre-Dame, dispersées d'abord par la Révolution , s'étaient réunies, au rétablissement du culte, dans une maison située sur le Port , au numéro 40 , en se livrant à l'instruction des jeunes iilles pauvres. Un peu plus tard, M'»« Davoust, leur supérieure, leur donna asile dans la rue Yernevelle, où était situé son hôtel , appartenant à cette heure à M. de Lorière.
Elles y restèrent jusqu'en 4847. A celte époque, l'ancienne maison de la Madeleine fut achetée pour elles à M™« Le Gouz de Vaux , et le jeudi 26 juin tout le Clergé de La Flèche accompagné par les Membres de l'Admi-
(1) Matlmrin Fresneaa, né k Evron le 15 avril 1779, aumônier de la PrQ?ideflce le 9S janvier 1839, ancien caré de Presnay, mort le 90 juin 1847.
COMMUNAUTÉ DE NOTRE-DAME. 36i
uistratioa municipale, conduisirent ces vénérables Religieuses processionneliement à Téglise de Saint-Thomas, où, après la célébration d'une messe da Saint-Esprit, elles furent installées dans la Communauté qu'elles n'ont plus quittée. Depuis soixante-un ans , elles y dirigent un pensionnat avec succès , ainsi qu'une école gratuite de petites filles pauvres.
Les bâtiments ont été considérablement augmentés , et l'ancienne chapelle des Madeleines a été remplacée par une nouvelle , sous la direction de M. Lemoine, adjoint du génie.
La pension laïque de M"« Baulmont reçoit, de son côté, un assez grand nombre de jeunes filles , qui y rencontrent les soins les plus maternels.
L'un des plus grands services qui aient été rendus à la population pauvre, c'est la Salle d'Asile , dont la fondation est due à l'initiative de M. Ph. de Neufbourg, et de la Société littéraire, qu'il a si longtemps présidée et qui continue à fonctionner dans de bonnes conditions, sous le nom de Société des Lettres, Sciences et Arts. De l'âge de deux à six ans, les enfants des deux sexes y sont admis ; les uns se partagent entre l'Ecole mutuelle et celle des Frères, et les filles vont soit à la Providence, soit à Notre-Dame, tous parfaitement préparés.
Depuis longtemps la Municipalité, qui a pris entièrement cette institution à sa charge, en a confié la direction aux Sœurs de la Providence, sous le patronnage de plusieurs Dames de la ville.
D'un côté , à La Flèche , une Société de secours mutuels, parfaitement administrée , assure aux ouvriers des moyens d'existence au cas où ils deviennent malades ou infirmes; d'un autre côté, la Musique municipale et l'Orphéon, dont les succès éclatants honorent notre ville, en réunissent souvent la jeunesse après les travaux de la journée et donnent aux soirées un emploi aussi agréable qu'utile.