CHAPITRE TROISIEME
2- MAISON : ANJOU. - HENRI PUNTAGENET, COMTE D^ANJOU. DE TOURAINE ET DU MAINE (1151), ROI D^ANGLETERRE (1154-1189), CINQUIÈME
SEIGNEUR DE LA FLÈCHE
La fortune de la maison d'Anjou allait toujours en croissant ; nous avons TU Foulques devenir roi de Jérusalem, et le fils de son second mariage lui succéder en restant digne de sa noble origine. Son petit-fils devait monter sur le trône d'Angleterre. Ainsi l'élévation de ces princes, celle de la famille de Tancrède en Sicile , de la maison de Bourgogne en Portugal , tout confirme à la France le nom glorieux de mère des rois.
Quelque temps après les obsèques de son père Geoffroy, le nouveau comte d'Anjou, Henri Plantagenet, vint tenir une Cour pleinière au château de Baugé , bâti sur la motte féodale du Petit-Mont , élevée au XI">« siècle par Foulques-Nerra.
L'archevêque de Tours, Engelbaud de Preuilly, et les évéques Normand de Doué d'Angers , Guillaume du Mans , se rendirent alors à Baugé , où ils se constituèrent juges des dommages causés aux églises par le comte défunt, Geoffroy-Plantagenet.
Henri émit bientôt une prétention exorbitante , celle de désigner le successeur de l'évéque d'Angers, Normand de Doué, qui venait de mourir. Le chapitre résista ; l'affaire fut portée à Rome ; par suite , le pape Adrien IV repoussa la prétention d'Henri II , devenu roi d'Angleterre , et Mathieu de Loudun fut élu, suivant l'usage de l'Eglise, par le chapitre de la cathédrale.
Louis VII, surnommé le Jeune, avait succédé à son père en 1137, comme nous l'avons dit dans le chapitre précédent. Il vivait froidement avec la reine Eiéonore. L'un, né grave, fuyait les plaisirs et les amusements; l'autre, galante et belle, s'y livrait sans retenue ; à un grand désordre de mœurs , elle joignait une morgue et une fierté insultante. Tous les deux étaient implicitement d'accord pour une séparation. Mais il importait de
garantir riionneur compromis de la reine de France, qui, dit-on, perlait déjà ses vues sur l'avenir, depuis une visite que le jeune Henri avait faite à la Cour, et pendant laquelle il s'était laissé prendre d'amour pour cette séduisante princesse. Une pensée ambitieuse se rattachait peut-être à cet amour si prompt et voilait tout ce qu'il y avait honorablement à reprendre dans la conduite d'Eléonore. Un concile prononça à Beaugency la sentence de divorce entre Louis VII et la princesse de Guyenne. Six semaines après la reine de France divorcée épousait Henri Plantagenet, prince à la fleur de l'âge , bien fait , plein de feu , galant , brave , vigoureux , capable enfin de défendre ses Etats et de contenter ses désirs. Les prétendants, au reste, ne manquaient pas. Les plus considérables étaient Thibaut, comte de Chartres et de Blois , Geoffroy, comte de Chinon , frère du comte Henri Plantagenet.
Le premier, se voyant refusé, chercha à arrêter la reine quand elle passa sur ses Etats pour se rendre en Guyenne, et le second fit la môme tentative au port de Pile. Elle échappa à tous ces pièges et Henri courut la rejoindre au premier avis qu'elle lui transmit de l'offre de sa main et du duché d'Aquitaine.
La perte de ce duché était grave pour la France. Louis VII n'avait consulté que son honneur et nous ne saurions le désapprouver. Il fut , du reste, d'autant plus irrité de ce mariage qu'Eléonore deshéritait par son contrat de mariage les deux filles issues de son union avec le roi, qui commença à se repentir amèrement d'avoir investi Henri d'Anjou du duché de Normandie. Ce fut alors qu'il se réunit au roi d'Angleterre Etienne, au comte Eustache, son fils, et au comte Geoffroy, frère du nouveau duc d'Aquitaine.
Mais cette ligue n'eut point d'effet, tant par l'adresse du duc que par la mort du fils d'Etienne. Le monarque anglais n'avait plus d'enfants ; les anglais souhaitaient la paix ; Mathilde consentait à ce que l'usurpateur demeurât toute sa vie paisible possesseur du trône; elle exigeait seulement qu'il reconnût Henri pour son héritier. On dit qu'elle l'obtint d'autant plus aisément qu'elle serait parvenue à lui persuader que ce jeune prince était son propre fils. Etienne et Mathilde s'étaient aimés, et leurs relations avaient dérpassé, dit-on, les bornes ordinaires. Le traité fut donc conclu et signé.
Quand Louis VII l'apprit , il fondit sur la Normandie et mit le siège devant Vernon , qu'il fit bientôt capituler.
Sur ces entrefaites (1153) Etienne vint à mourir, laissant une grande réputation de valeur dans les combats et d'une égale prudence dans le gouvernement; Henri lui succéda du consentement unanime de tous les Ordres du royaume , qui prit une nouvelle face entre les mains d'un prince , possesseur déjà de la Normandie , de l'Anjou , de la Touraine , de la Sain-