‹ Histoire de La Flèche et de ses seigneursChapitre 26 sur 251 · HENRI PLANTAGENET, CINQUIÈHE SEIGNEUR · texte numérisé non relu

HENRI PLANTAGENET, CINQUIÈHE SEIGNEUR

tonge , du Poitou et de la Guyenne. Au moment de la mort d'Etienne , il assiégeait un cMteau sur les frontières de la Normandie; il ne voulut pas en abandonner le siège avant que la place ne fut rendue.

Le premier acte du roi d'Angleterre fat d'offrir la paix à Louis VII, de qui relevaient tous les Etats qu'il tenait en France, en s'engageant à lui payer 2,000 marcs d'argent pour le dédommager des frais de la guerre. Cette bonne intelligence dura seulement six années. Pendant ce temps, Louis voulut faire un pèlerinage au Mont Saint-Michel ; le monarque anglais vint le recevoir sur la frontière de Normandie , l'accompagna dans tout son voyage , le défraya magnifiquement et lui Fit rendre par ses vassaux les honneurs que des sujets doivent à leur roi.

A son avènement au trône , Henri renvoya sur le continent tous les mercenaires étrangers, qui avaient fait tant de mal, puis révoqua toutes les concessions faites par son prédécesseur et qui avaient donné une si grande puissance aux seigneurs , sans même en excepter celles que la nécessité avaient arrachées à la princesse Mathilde , sa mère. Il se sentit assez puissant pour ordonner surtout la démolition de tous les châteaux nouvellement bâtis et qui étaient devenus de véritables repaires.

Quand tout fut tranquille dans son royaume, il passa sur le continent pour repousser les entreprises de Geoffroy, son frère, qui s'était déjà emparé d'une partie de l'Anjou et du Maine , profitant des dispositions des barons toujours hostiles à une domination étrangère et éloignée, de nature à leur faire perdre leur complète autonomie.

Par sa seule présence , Henri les fit tous rentrer dans l'obéissance, et Geoffroy, après avoir pris possession du comté de Nantes après l'expulsion d'Hoël , renonça à toutes ses prétentions sur l'héritage paternel moyennant une pension.

A la mort de ce frère , qu'Henri avait toujours persécuté , il réclama le comté de Nantes comme lui appartenant et le disputa vivement à Conan , qui acheta la paix en consentant au mariage de sa fille unique Constance avec Geoffroy, troisième fils du roi d'Angleterre. La puissance de ce prince allait toujours croissant; le comte de Blois avait été forcé de lui remettre Amboise et quelques autres domaines qu'il avait usurpés sur ses prédécesseurs.

Thierry d'Alsace, comte de Flandre, en partant pour la Palestine, venait de lui confier ses Etats et la personne de son fils Philippe, qui , malgré son âge touchant encore à l'enfance, était déjà marié à la comtesse de Vermandois. On peut ainsi dire que l'heureux Henri tenait la France entièrement bloquée.

Le roi d'Angleterre voulait faire revivre les prétentions de sa femme Eléonore sur le comté de Toulouse. Mais Raymond, trop faible pour résister, s'adressa au roi de France , qui lui accorda son secours armé , craignant

de voir Tautorité du roi d'Angleterre grandir encore. Cette guerre, de laquelle ne surgit aucun incident mémorable, se termina par une paix due à la médiation et à l'autorité du pape Alexandre III, qui, ayant été chassé de Rome par l'antipape Victor lY, résidait alors en France. Henri y gagna le Quercy.

Avant qu'il possédât l'Angleterre , les Etats de ce prince étaient déjà deux fois plus étendus que ceux du roi de France : « Bientôt roi d'Angleterre, c dit Michelet, maître de tout le littoral de la France depuis la Flandre jusc qu'aux Pyrénées , il prit le Maine et la Touraine à son frère , il réduisit la c Gascogne, il gouverna la Flandre comme tuteur et gardien en l'absence do € comte, il prit le Quercy au comte de Toulouse. Allié du roi d'Aragon, € comte de Barcelonne et de Provence, il réduisit le Berry, le Limousin, € l'Auvergne , et acheta la Marche. A sa mort , il possédait les pays qui € répondent à quarante-sept de nos départements et le roi de France n'en € avait pas vingt. »

Qu'on remarque bien , en outre , qu'il n'avait pas un pouvoir purement nominal. Henri II, par lui et par sa femme, était personnellement maître de tous ses Etats. Sa puissance militaire était énorme. < Il avait à la fois € la puissance d'apparat, la force féodale avec ses vassaux, barons et che- € valiers , et la puissance réelle , la force moderne par ses soudoyers Gal- € lois , Anglais , Brabançons , troupes qu'il avait dans sa main , qui n'avaient € pas de liens de parenté ni de vasselage avec les ennemis qu'il voulait « choisir, qui servaient quand il voulait, où il voulait et aussi longtemps € qu'il voulait. »

li n'en était pas ainsi pour le roi de France.

Lingard lui donne toutes les qualités d'un grand roi. Doux, affable, enjoué, n'oubliant jamais ni les actes ni les figures de chacun ; il ne voulait avoir auprès de lui aucune autorité qui ne relevât de la sienne.

Henri, petit-fiis des ducs de Normandie, des comtes d'Anjou, du grand et loyal Hélie , comte du Maine , tenait à eux tous par leurs qualités et leurs défauts. Ses panégyristes l'appellent c un lion de justice ; » ses ennemis disaient : c Léo et leone truculentior, dum vehementius excanduit. » Il tendait dans tous ses actes à abaisser les grands, à protéger et à soulager les petits. Etait-ce politique, ou générosité? — Humilitalis amator, nobili" tatis oppresser et superbiœ calcator, — Unissant les plus nobles héritières à des serfs, il avait réduit tout le monde à la roture, disait-on. — Filias miserœ conditionis corruptas et oppressas copulans clarissimis, hœredes omnes wechanicos creavit. Servis generosas copulans, pedanece conditionis feoit universos. — En somme il ne voulait voir que lui, — et ad omnia solus existens. — Le mot de Louis XIV : t l'Etat, c'est moi » n'est-il pas la traduction de ce qui précède?

En vrai fils des comtes d'Anjou , il aimait les légistes. A tous les droits

Page 1