HENRI PLANTAGENBT, CINQUIÈME SEIGNEUR. U
donnés par le Ciel, dit Giraud de Barri, il avait substitué le droit du Foram : € omne jw poli jure fori demutavit. »
Quoique ce puissant roi et ses courtisans — curiales — eussent encore des mœurs souvent féroces, qu'il leur fallut ces tournois, ces exercices violents , ces grandes orgies dans lesquelles ils se livraient aux plus monstrueuses débauches , festins de centaures quelquefois ensanglantés — con- Ttvia Centorum à quibtAs cicatrice nemo revertitwr — Cependant des germes féconds de civilisation apparaissent. La vie élégante se laisse voir sur certains points. Les mœurs commençaient à s'adoucir et nul doute que ces jeunes femmes adonnées aux arts et aux belles-lettres ne fussent pour beaucoup dans celte transformation qui s'opérait insensiblement chez leurs farouches époux et maîtres. Henri II était, du reste, éminemment français : il a toujours parlé notre langue. Constamment il séjournait à Rouen. Tous $es barons étaient normands, tourangeaux ou angevins, et sous l'influence française tout se développait en Angleterre. (4)
Benoit de Sainte-More dit que le roi était dans les lettres un des juges les plus compétents :
Qui menz connist cBrre bien dite , E biea séant, e bien escrite
Sa femme Eléonore était de la patrie des troubadours ; elle s'en entourait. Cette belle fille du Midi, à l'imagination romanesque, à la vie pleine d'aventures , qui , dit-on , avait voulu goûter des amours de l'Orient comme ceux de l'Occident, devait chercher à fondre les mœurs de fer des vieux saxons avec ceux des pays méridionaux, si féconds, si empreints de ces passions exaltées et souvent sans frein.
Henri Plantagenet est celui des rois d'Angleterre qui a le plus étendu sa domination; mais les malheurs de sa vie égalèrent sa fortune. S'il fut malheureux par celle dont il avait recherché la main , nous ne pouvons l'en plaindre. Malgré toutes les précautions que prit Louis le Jeune en se séparant d'Eléonore de Guyenne , le déshonneur de cette princesse était flagrant. Elle réunissait tous les genres de passion.
(1) Henri se souvenait toujours qa*il était d'origine angevine ; les intérêts de cette beUe et fertile province ne lai étaient pas devenus étrangers. Il construisit à Saumur des halles magnifiques, dont le sire de Joinville parle avec admiration dans son histoire de Saint Louis ; eUes n'existent plus aujourd'hui et on n'a pas conservé le souvenir de leur emplace- ■eot
Pour prévenir les inondations de la Loire , qui ravageaient périodiquement la contrée située sur la rive droite de la vallée d'Anjou, Henri II voulut compléter le système des digues anciennes , qui resserraient imparfaitement le fleuve dans son lit. La construction de la levée, depuis Saumur et au-dessus jusqu'à Angers, fut entreprise et sans doute achevée sous son règne. Jusqu'alors la vallée avait peu d'habitants; Henri H peupla celte terre marécageuse de colons, qu'il astreignit, vers 1170, au travail de la levée, sous bénéfice de graads privilèges.
Le roi de France l'avait trouvée infidèle ; unie au roi d'Angleterre, elle se montra jalouse et ambitieuse. Elle lui donna quatre fils : Henri, Richard, dit Cœur de Lion, Geoffroy et Jean, qui se révoltèrent contre leur père. Henri Plantagenet dut se souvenir alors qu'il avait manqué au serment prêté sur les restes du sien et privé 'son frère Geoffroy de son légitime héritage. Ce prince , au reste , tenait de ses pères une passion immodérée pour les femmes.
On sait que l'une de ses maîtresses les plus aimées, célébrée par les romanciers , Rosemonde Clifford , vivait au château de Woodstook , dont le parc renfermait un labyrinthe dans lequel cette favorite pouvait échapper aux poursuites d'Ëléonore, dont la jalousie était ainsi motivée.
On dit que cette princesse parvint, au moyen d'un fil , jusqu'à sa belle rivale et la força , le poignard sous la gorge , à boire du poison.
Depuis longtemps dégoûté d'elle, irrité de plus en plus par ce crime causé par la jalousie d'une femme dévergondée, et aussi peut-être par les déplorables conseils qu'elle donnait à ses fils , Henri condamna Eléonore de Guyenne à expier ses fautes par une longue captivité.
En 4461, commença le fameux différend entre le roi d'Angleterre et Thomas Becket, archevêque de Cantorbéry, successeur de Théobald , pendant la vie duquel Henri n'avait pas voulu réagir contre les prétentions du clergé, dont l'influence temporelle faisait de jour en jour des progrès visibles en Angleterre.
La paix de Montmirail eut pour principal résultat, en 1169, le mariage de Marguerite, fille de Louis le Jeune, avec Henri, fils du roi d'Angleterre.
Tous les efforts de volonté de Henri II, ce prince si jaloux de sa puissance, avaient complètement échoué devant l'inébranlable fermeté de Thomas Becket. Il prononça devant ses courtisans un mot imprudent, échappé à son irritation et à son impatience , mais que nul n'aurait pu traduire comme le firent quatre d'entre eux. Croyant être agréable à leur maître et grandir dans sa faveur, quatre chevaliers partirent pour Cantorbéry et assassinèrent le prélat sur les marches de l'autel. Ils se nommaient Réginald Fitz-Ursa, Guillaume de Tracy, Hugues de Morville et Richard Brito :
Ricardus Brito , nec non Morelus ,
Et Hago WiUelmus Tracy, Renaldus filins Urai ,
Thomam martyriam fecere aibi beatom ,
Anno milleno centeno septuageno
Ànglorum primas corrnit ense Thomas.
Joan. Picard. Notis ad lib. 3. Vril. Neubrig.
Ce qu'il y avait de plus urgent pour Henri après cette affreuse catastrophe était de prouver au pape qu'il n'en était coupable que par une seule parole criminellement et ambitieusement interprétée.